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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 251 — Niveau Lamdan : à partir de quand le vendredi cesse d’être un jour ordinaire

Hilkhot Shabbat — étude approfondie
סימן רנ״א
שלא לעשות מלאכה בערב שבת מן המנחה ולמעלה
עיון, פלפול, סוגיית פסחים נ:
⚡ Pour lamdanim et talmidé hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

La sougya de Pesahim 50b, la ḥakira sur le « signe de bénédiction »,
et les deux lectures du mot « minha »

Sujet : שולחן ערוך אורח חיים סימן רנ״א · 2 seifim

Base talmudique : פסחים נ: · ירושלמי פ״ק דתענית

Rédaction : Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La sougya — la braïta de Pesahim 50b et ce qu’elle dit exactement
  2. Ḥakira de fond sur le signe de bénédiction — interdit ou perte ?
  3. Minha guedola et minha ketana — les deux horloges
  4. La lecture « minha guedola » — le Maharam dans le Mordekhi, et le Tour
  5. La lecture « minha ketana » — Rachi, et la kachya du Taz
  6. Ce que tranche le Choulhan Aroukh — les deux lectures côte à côte
  7. Ḥakira kéva / arai — la glose du Rama et sa source
  8. Nafka mina : écrire une lettre
  9. Le seif ב — vêtements, coiffeur, écriture
  10. Écrire pour autrui contre salaire — le Rama, et le sofer de la Michna Beroura
  11. Réduire un peu l’étude — Yeroushalmi, Maguen Avraham, Michna Beroura
  12. Nafka minot pratiques

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 2 seifim

Le siman tient en deux seifim, et chacun porte une glose du Rama — que Sefaria rend, à l’intérieur même du seif, dans un small introduit par הגה. Savoir où finit le Meḥaber et où commence le Rama commande tout ce qui suit : la distinction kéva / arai, qui est le cœur pratique du siman, est du Rama, et le Meḥaber ne la connaît pas.

Seif א — le Meḥaber

« העושה מלאכה בערב שבת מן המנחה ולמעלה אינו רואה סימן ברכה יש מפרשים מנחה גדולה ויש מפרשים מנחה קטנה » (שו״ע או״ח רנ״א:א)

résumé : celui qui fait un travail le vendredi à partir de minha ne voit pas de signe de bénédiction ; certains lisent « minha » comme minha guedola, d’autres comme minha ketana.

Seif א — la glose du Rama

« ודוקא כשעושה מלאכה דרך קבע אבל אם עושה אותה דרך עראי לפי שעה ולא קבע עליה שרי… ולכן מותר לכתוב אגרת שלומים וכל כיוצא בזה » (רמ״א או״ח רנ״א:א — ב״י בשם א״ז / ד״ע)

résumé : cela ne vaut que d’un travail fait de manière fixe ; fait de manière occasionnelle, pour un moment, sans s’y installer, c’est permis — et c’est pourquoi il est permis d’écrire une lettre de salutations. Le Rama donne lui-même sa source : le Beit Yossef au nom du א״ז.

Seif ב — le Meḥaber, puis le Rama

« לתקן בגדיו וכליו לצורך שבת מותר כל היום » (שו״ע או״ח רנ״א:ב)
« וה״ה בגדי חבירו אם הוא לצורך שבת ואינו נוטל עליו שכר ב״י » (רמ״א או״ח רנ״א:ב)
« והוא הדין למי שכותב ספרים לעצמו דרך לימודו » (שו״ע או״ח רנ״א:ב)
« אבל אסור לכתוב לחבירו בשכר » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — מרדכי פ׳ מקום שנהגו)
« ומסתפרין כל היום אפי׳ מספר ישראל » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — כל בו וב״י)
« ויש לאדם למעט קצת בלמודו בע״ש כדי שיכין צרכי שבת » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — ש״ג פי״ו דשבת ירוש׳ פ״ק דתענית)

résumé : réparer ses vêtements et ses ustensiles pour Shabbat est permis toute la journée ; le Rama étend aux vêtements d’autrui, à condition que ce soit pour Shabbat et sans salaire. Écrire des livres pour soi, dans le cours de son étude, est permis (Meḥaber) ; écrire pour autrui contre salaire est interdit (Rama). On se coupe les cheveux toute la journée, même chez un coiffeur juif. Et il convient de réduire un peu son étude le vendredi pour préparer les besoins de Shabbat.

1. La sougya — Pesahim 50b

Le texte de la braïta

La braïta n’apparaît pas dans notre sougya comme un enseignement autonome : elle y est amenée en objection. La michna du chapitre מקום שנהגו dit que là où l’usage est de travailler la veille de Pessaḥ jusqu’à midi, on travaille — et la guemara demande aussitôt : pourquoi parler de la veille de Pessaḥ ? Les veilles de Shabbat et de fête aussi !

« הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה אֵינוֹ רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם » (פסחים נ׳ ע״ב)

La guemara répond en deux temps, et les deux réponses commandent la suite du siman. Première réponse : là-bas (veille de Shabbat) c’est « à partir de minha » qui est interdit, mais juste avant minha c’est permis ; ici (veille de Pessaḥ) c’est dès midi. Seconde réponse : là-bas, il ne perd que le signe de bénédiction, on ne le met pas au ban ; ici, on le met au ban. Ces deux réponses sont la matière des deux sections qui suivent : la première fonde la ma’hloket sur l’heure, la seconde fonde la ḥakira sur la nature de la chose.

Ce que la braïta dit, et ce qu’elle ne dit pas. Elle met sur le même plan la veille de Shabbat et la veille de fête. Elle n’emploie ni le mot אסור ni le mot חייב : elle décrit une conséquence, אינו רואה סימן ברכה (פסחים נ׳ ע״ב) — il ne voit pas de signe de bénédiction. La formulation, plus loin dans la même page, est la même pour celui qui compte sur le salaire de sa femme ou sur la location de sa meule, et pour celui qui s’enrichit sur les roseaux et les cruches : c’est une famille d’énoncés sur le gain qui ne prospère pas, non une famille d’interdits.

La version dite גופא, un peu plus bas dans la même page, est plus large que celle qui est amenée en objection : elle ajoute les issues de Shabbat, de fête et de Kippour, et tout endroit où il y a un soupçon de faute. Notre siman ne retient que la veille de Shabbat.

« וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת וּבְמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב וּבְמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים, וּבְכׇל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ שָׁם נִידְנוּד עֲבֵירָה, לְאֵתוֹיֵי תַּעֲנִית צִיבּוּר » (פסחים נ׳ ע״ב)

2. Ḥakira de fond — interdit, ou simple perte ?

Ḥakira. Qu’est-ce que אינו רואה סימן ברכה (שו״ע או״ח רנ״א:א) ? Un interdit rabbinique véritable, dont la sanction serait annoncée en termes de perte — ou bien aucun interdit du tout, seulement l’annonce que ce gain-là ne profitera pas ?

Les trois côtés ont chacun leur témoin dans l’appareil de ce siman même.

Le Taz — une perte, non un interdit. À la fin de son long ס״ק א, le Taz appuie sa conclusion pratique précisément sur ce point : il n’y a ici aucun interdit, seulement l’absence de signe de bénédiction.
« ולענין הלכה כיון דאין כאן איסור אלא להיות׳ דאין בו סימן ברכה הסומך על רש״י לא הפסיד הברכה ח״ו » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק א)
Le Semag, rapporté par le Maguen Avraham — la position intermédiaire. Sur les mots מן המנחה ולמעלה, le Maguen Avraham rapporte au nom du Semag une formule qui distingue l’empêchement de la sanction.
« ומונעין אותו אבל אין עונשין אותו » (מגן אברהם או״ח רנ״א ס״ק ב — סמ״ג)
Le Peri Megadim, rapporté par la Michna Beroura — un soupçon d’interdit. À propos du cas où l’on a besoin du salaire, la Michna Beroura avertit qu’il y a plus en jeu que la bénédiction perdue.
« כי משמע מכמה פוסקים דמלבד דאין רואה סימן ברכה יש חשש איסור בזה [פמ״ג] » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ה)

Yessod. Le Choulhan Aroukh n’emploie pas le mot אסור dans le seif א : il recopie la conséquence de la braïta. C’est l’appareil qui se partage sur ce que cette conséquence vaut, et la ligne de partage est exactement celle de la seconde réponse de la guemara — שַׁמּוֹתֵי לָא מְשַׁמְּתִינַן לֵיה (פסחים נ׳ ע״ב). La question reste ouverte dans l’appareil, et ce niveau ne la tranche pas.

Nafka mina. Si ce n’est qu’une perte de bénédiction, celui qui accepte de la perdre n’a rien enfreint, et l’on ne l’en empêche pas. Si c’est un interdit, on l’en empêche — ce que dit précisément le Semag rapporté ci-dessus — et la question se pose alors de savoir si un tiers peut lui prêter la main.

3. Minha guedola et minha ketana — les deux horloges

Le mot « minha » de la braïta ne désigne pas une prière mais une heure, et cette heure a deux bornes reçues. Le Beit Yossef, sur notre siman, renvoie pour cela au début du chapitre תפלת השחר.

« וזמן מנחה גדולה מו׳ שעות ומחצה הוא דהויא כדאיתא בר״פ תפלת השחר » (בית יוסף או״ח רנ״א — ברכות כו:)

La Michna Beroura donne les deux bornes l’une après l’autre, et ajoute la précision sans laquelle le tableau ci-dessous n’aurait pas de sens : ce sont des heures proportionnelles, non des heures d’horloge.

« היינו בשש ומחצה ומנחה קטנה היינו תשע ומחצה והסומך על המקילין לא הפסיד והשעות הם זמניות » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ג)
 Minha guedolaMinha ketana
Heure proportionnelle6 h 1/2 (fin de la sixième heure et demie)9 h 1/2 (fin de la neuvième heure et demie)
Ordre de grandeur, hiver~ 12 h 30~ 15 h 00
Ordre de grandeur, été~ 13 h 00~ 16 h 00
Source de la borneBerakhot 26b, d’après le Beit Yossef cité ci-dessus

Les deux lignes en heures d’horloge sont des ordres de grandeur pour une latitude moyenne, non une donnée des sources : l’heure proportionnelle varie chaque jour, et le calcul se fait pour le lieu et la date.

4. La lecture « minha guedola » — le Maharam dans le Mordekhi, et le Tour

Le Mordekhi au nom du Maharam. C’est là que le Beit Yossef va chercher la borne des six heures et demie, et il le dit en toutes lettres en expliquant le Tour.
« ומ״ש מו׳ שעות ומחצה ולמעלה כ״כ שם מרדכי בשם הר״מ » (בית יוסף או״ח רנ״א)
Le Taz décrit la même position, et lui donne sa raison. Pour cette lecture, la veille de Shabbat et la veille de Pessaḥ ont la même borne — minha guedola — et ce qui les distingue est ailleurs : la veille de Pessaḥ, on a ajouté le temps qui précède immédiatement, si bien que l’interdit y commence dès midi.
« אבל מהר״ם במרדכי והטור פי׳ דגם בע״ש היה השיעור מ״ג דהיינו ו׳ ומחצה » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק א)

Cette lecture a pour elle la lisibilité de la guemara : la question « pourquoi parler de la veille de Pessaḥ ? » n’a de force que si les deux veilles se ressemblent beaucoup. Le Taz écrit d’ailleurs de cette voie qu’elle est droite et simple selon la lecture directe du Talmud. Elle a contre elle que « minha », dans la braïta parallèle sur le fait de manger avant Shabbat, s’entend de minha ketana — argument que le Taz prête à Rachi et qui fait l’objet de la section suivante.

5. La lecture « minha ketana » — Rachi, et la kachya du Taz

Rachi, tel que le Taz le cite. Sur place, dans le chapitre מקום שנהגו, Rachi glose « à partir de minha » par une heure précise, et c’est la borne tardive.
« ופרש״י התם מן המנחה ט׳ שעות ומחצה » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק א)

Le Beit Yossef rapporte la même chose, avec une variante de leçon : il lit chez Rachi « neuf heures », tandis que Rabbi Éliyahou Mizrahi — le מהרא״מ, dans ses gloses sur le Semag — lisait « neuf heures et demie », et le Beit Yossef discute laquelle des deux leçons rend compte de la guemara. Le Taz écrit de son côté que le Beit Yossef a rapporté l’avis du Semag et celui du מהרא״מ, qui l’écrivent au nom de Rachi.

Kachya du Taz sur Rachi. Si la veille de Pessaḥ l’interdit commence à midi et la veille de Shabbat seulement à minha ketana, l’écart entre les deux est énorme — et alors la question même de la guemara s’effondre : pourquoi demander « pourquoi la veille de Pessaḥ ? » si les deux jours n’ont rien de comparable ?

« ואיכא למידק לפרש״י דיש חילוק גדול דבע״פ אסור מחצות דהוא אחר ו׳ שעות ובע״ש אין איסור אלא ממנחה קטנה א״כ מאי פריך המקשן » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק א)

Tirouts du Taz. Le Taz répond en relisant ce que demande exactement celui qui pose la question. Celui-ci ne demandait pas qu’on enseigne les deux jours sous une seule mesure ; il demandait qu’on les enseigne ensemble, chacun selon la sienne — la veille de Shabbat depuis minha ketana, la veille de Pessaḥ depuis midi. La michna n’a mentionné que midi, c’est-à-dire la seule mesure de la veille de Pessaḥ : voilà la question. Et la réponse de la guemara est alors exactement à sa place : les mesures ne sont pas de même nature, puisque la veille de Shabbat le temps qui précède immédiatement reste permis, tandis que la veille de Pessaḥ il est déjà pris.

« דלא בעי לאקשוי ליתני ע״ש בהדי ע״פ בחדא מחתא בחדא שיעורא דודאי בע״ש שיעור שלה מנחה קטנה ובע״פ עד חצות » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק א)

Le Maguen Avraham n’attaque pas la lecture « minha guedola » par la sougya, mais par deux autres endroits, et il pose dessus un צ״ע explicite.

« היינו בשש ומחצה וצ״ע » (מגן אברהם או״ח רנ״א ס״ק ד)

Ses deux difficultés : d’une part, la guemara décrit une seconde sonnerie de chofar destinée à faire chômer la ville et ses boutiques, et cette seconde sonnerie est bien postérieure à minha guedola — signe qu’on travaillait encore après ; d’autre part, le traité des lois civiles enseigne, au nom du Yeroushalmi, que l’ouvrier doit travailler chez son employeur presque jusqu’au coucher du soleil. Il propose une voie de conciliation pour la seconde difficulté — le Yeroushalmi parlerait du droit de l’employeur, sans nier la perte de la bénédiction — mais écrit que la première difficulté demeure entière, et conclut :

« לכן נ״ל כמ״ד מנחה קטנה » (מגן אברהם או״ח רנ״א ס״ק ד)

6. Ce que tranche le Choulhan Aroukh — les deux lectures côte à côte

Le Meḥaber ne tranche pas. Il pose les deux lectures l’une après l’autre, sans en préférer aucune.
« יש מפרשים מנחה גדולה ויש מפרשים מנחה קטנה » (שו״ע או״ח רנ״א:א)

Ce que disent ensuite les trois commentateurs de ce siman, chacun dans ses mots.

Yessod. Les trois disent la même chose dans le même ordre : la borne stricte est minha guedola, et c’est elle que l’on retient par précaution ; mais aucun des trois n’écrit que celui qui travaille entre les deux bornes a fait quelque chose de mal. Ce silence n’est pas un oubli : il découle directement de la ḥakira de la section 2 — on ne peut pas être strict par précaution contre une perte de bénédiction comme on l’est contre un interdit.

7. Ḥakira kéva / arai — la glose du Rama et sa source

Le texte du Rama

« ודוקא כשעושה מלאכה דרך קבע אבל אם עושה אותה דרך עראי לפי שעה ולא קבע עליה שרי… ולכן מותר לכתוב אגרת שלומים וכל כיוצא בזה » (רמ״א או״ח רנ״א:א — ב״י בשם א״ז / ד״ע)
La source, telle que le Rama la donne lui-même. Il écrit ב״י בשם א״ז — le Beit Yossef au nom du א״ז, sigle que le Choulhan Aroukh ne développe pas et qu’on lit communément « Or Zaroua » — puis, pour la conséquence sur la lettre de salutations, ד״ע, qui désigne son propre avis. C’est un élargissement considérable : la borne du seif א ne porte plus sur l’acte mais sur la manière dont il est fait.

Ḥakira. Qu’est-ce qui fait qu’un travail est דרך קבע plutôt que דרך עראי ? Trois côtés se présentent, et ils ne se recouvrent pas.

La Michna Beroura tranche un des trois côtés. Sur les mots mêmes דרך עראי, elle pose quatre mots qui excluent le critère du gain : l’occasionnel reste permis même contre salaire. Le salaire ne fait donc pas le kéva à lui seul.

« היינו אפילו בשכר » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ד)

Nafka mina immédiate. Un homme qui n’est pas du métier rend un service payé, une fois, le vendredi après-midi : le critère du gain l’interdirait, la Michna Beroura le permet. Reste entière la question inverse — l’homme du métier qui fait gratuitement, une fois, un acte de son métier — sur laquelle la Michna Beroura ne se prononce pas ici, et que ce niveau laisse ouverte.

Une autre explication de fond, chez les Richonim. Le האגור rapporte au nom de Rabbenou Tam une raison qui n’est pas celle du signe de bénédiction : l’honneur de Shabbat, parce qu’on ajoute du profane au sacré. Il en tire que seul le travail profane est visé, et non un travail saint comme l’écriture. Cette raison-là n’est pas celle que le Choulhan Aroukh retient, et elle éclaire par contraste la structure du seif ב.
« רבינו תם ז״ל פי׳ הטעם למה אסור לעשות מלאכה בערב שבת מן המנחה ולמעלה משום כבוד שבת וי״ט שמוסיפי׳ מחול על הקודש » (האגור הלכות שבת ש״נ)

8. Nafka mina : écrire une lettre

Le cas que le Rama choisit lui-même. Il ne choisit pas un cas de bord : il prend l’écriture, qui est un travail au sens plein, et qui serait donc interdite si la borne du seif א portait sur l’acte. Le fait même qu’il permette אגרת שלומים — une lettre de salutations — est la démonstration que la borne porte sur la manière.

La ligne de partage, transposée. Le critère du Rama n’est pas le support mais l’installation : ce qui relève d’un travail suivi tombe du côté du kéva, ce qui se fait « pour un moment » tombe du côté du arai — et la Michna Beroura vient d’ajouter que le fait d’être payé ne suffit pas à le faire basculer. Le seif ב va donner à cette ligne deux applications nommées, et c’est par là qu’il faut passer avant d’en tirer des cas nouveaux.

9. Le seif ב — vêtements, coiffeur, écriture

Réparer ses vêtements et ses ustensiles

Le Meḥaber — et non le Beit Yossef : c’est le texte même du Choulhan Aroukh, hors de toute glose.
« לתקן בגדיו וכליו לצורך שבת מותר כל היום » (שו״ע או״ח רנ״א:ב)
La source chez les Richonim. Le Rosh, au chapitre מקום שנהגו, rapporte le אבי העזרי, et c’est de là que le Beit Yossef tire les deux permissions du seif ב — les vêtements et les livres écrits pour soi. On y voit que le critère n’est pas la nature de l’acte mais le fait de travailler להשתכר, pour se faire payer.
« כתב רבינו אבי העזרי ז״ל דוקא העושה מלאכה להשתכר אבל מתקן הוא כליו ובגדיו לשבת ויום טוב וכן מי שכותב לעצמו ספרים דרך לימודו מותר כל היום » (רא״ש פסחים פ״ד סימן ב)
Le Rama étend aux vêtements d’autrui, à deux conditions cumulatives : que ce soit pour Shabbat, et qu’il n’en prenne pas de salaire.
« וה״ה בגדי חבירו אם הוא לצורך שבת ואינו נוטל עליו שכר ב״י » (רמ״א או״ח רנ״א:ב)
Le Taz assouplit la seconde condition. Sur ces mots mêmes du Rama, dans le second de ses deux ס״ק sur ce siman, il écrit que si l’homme est pauvre et compte dépenser ce salaire pour les besoins de Shabbat, c’est permis — et il l’appuie sur le fait que même pendant ḥol hamo’ed on permet dans un tel cas.
« נ״ל אם הוא עני ורוצה להוציא השכר שיטול לצורך שבת דמותר » (ט״ז או״ח רנ״א ס״ק ב)

Se faire couper les cheveux

Le Rama. La permission est dans sa glose, pas chez le Meḥaber, et elle porte sa source : כל בו וב״י.
« ומסתפרין כל היום אפי׳ מספר ישראל » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — כל בו וב״י)
Ce que dit le Kol Bo, tel que le Beit Yossef le cite. Le Beit Yossef le donne avec sa référence, et le mouvement de sa phrase est l’inverse de ce qu’on attendrait : le Kol Bo commence par pencher vers l’interdit, propose ensuite de permettre la coupe faite à la manière d’un profane, et c’est l’usage qui a tranché pour la permission.
« וכתב הכלבו בסי׳ נ״ח נראה שאסור לספר מספר ישראל בע״ש וי״ט מן המנחה ולמעלה » (בית יוסף או״ח רנ״א)

Le Maguen Avraham, sur ces mots, donne la raison de la permission et en tire aussitôt une conséquence qui va plus loin que le Kol Bo : puisque c’est pour Shabbat, c’est permis même en prenant salaire.

« ונ״ל טעם ההיתר כיון שהיא לצורך שבת שרי אפי׳ נוטל שכר » (מגן אברהם או״ח רנ״א ס״ק ה)

Kachya. Mais réparer les vêtements d’autrui contre salaire est interdit, et pour Shabbat aussi — c’est la condition même que le Rama vient de poser. Pourquoi le coiffeur serait-il traité autrement ?

Tirouts du Maguen Avraham. La différence n’est pas dans l’acte ni dans le salaire, mais dans ce qui se voit : la coupe de cheveux est visiblement faite pour Shabbat, la couture ne l’est pas.

« ואף על גב דבתיקון בגדים אסור ליטול שכר אפי׳ לצורך שבת שאני תספורת דניכר לכל שהי׳ צורך שבת » (מגן אברהם או״ח רנ״א ס״ק ה)

La Michna Beroura reprend exactement ce tirouts, et en tire une limite dans la foulée : ce qui autorise le salaire, c’est que la finalité se voie — donc il faut prendre garde de ne pas raser un non-juif, où rien ne se voit.

« היינו אפילו אם הספר נוטל שכר והטעם נראה לכל שעושה המסתפר לצורך שבת ולכן שרי ולא דמי לתיקון בגדים שאסור בנטילת שכר דהתם אין ניכר בפעולה שהוא לצורך שבת משא״כ בזה » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ז)
Une conduite rapportée, qui n’est pas la loi du seif. La Michna Beroura rapporte au nom du Maguen Avraham que le Ari za’l se gardait de se raser après minha, même la veille de Shabbat ; et elle explique que « après minha » veut dire ici : une fois venue l’heure de minha, et non après avoir prié. C’est une conduite de piété, posée à côté de la permission du seif, et non contre elle.
« כתב המ״א שהאר״י ז״ל היה נזהר שלא לגלח אחר מנחה אפילו בע״ש » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ז)

Écrire pour soi, dans le cours de son étude

Le Meḥaber — et ici l’attribution est exacte : la phrase se tient hors du הגה, entre les deux gloses du Rama.
« והוא הדין למי שכותב ספרים לעצמו דרך לימודו » (שו״ע או״ח רנ״א:ב)

Deux mots y font tout le travail : לעצמו, pour soi, et דרך לימודו, dans le cours de son étude. Ils rejoignent exactement le critère du אבי העזרי cité plus haut — ce qui est visé est le travail fait להשתכר — et ils préparent la glose suivante du Rama, qui prend le cas opposé.

10. Écrire pour autrui contre salaire — le Rama, et le sofer de la Michna Beroura

Le Rama, immédiatement après la phrase du Meḥaber, et avec sa source : le Mordekhi, chapitre מקום שנהגו — c’est-à-dire le chapitre de notre sougya.
« אבל אסור לכתוב לחבירו בשכר » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — מרדכי פ׳ מקום שנהגו)

La glose est le miroir exact de la phrase précédente : לעצמו contre לחבירו, דרך לימודו contre בשכר. Les deux moitiés ne sont pas indépendantes : c’est parce qu’il écrit pour un autre et qu’il est payé que l’acte quitte l’étude pour le métier.

La Michna Beroura en tire le cas du sofer. Sur ces mots du Rama, elle nomme celui qui écrit des סת״ם — rouleaux, tefilin, mezouzot — et pose trois exceptions nommées, qui toutes ramènent à un besoin présent.
« לכן יזהר ג״כ הכותב סת״ם שלא יכתוב בשכר אם לא שהוא צריך עתה למזוזה או ס״ת או תפלין או שהוא דחוק לצרכי שבת » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ו)

Où passe exactement la ligne, d’après l’appareil de ce siman.

Nafka mina. L’étudiant qui recopie pour un camarade, gratuitement, tombe du côté de לחבירו mais non du côté de בשכר : la glose du Rama vise les deux ensemble, et ce niveau ne tranche pas ce que donne la moitié seule. Le sofer payé, lui, est nommément visé par la Michna Beroura, avec ses exceptions.

11. Réduire un peu l’étude — Yeroushalmi, Maguen Avraham, Michna Beroura

Le Rama, pour clore le siman, avec ses deux sources, qu’il donne en sigles : le ש״ג — non développé par le Choulhan Aroukh — sur le chapitre 16 de Shabbat, et le Yeroushalmi au premier chapitre de Ta’anit.
« ויש לאדם למעט קצת בלמודו בע״ש כדי שיכין צרכי שבת » (רמ״א או״ח רנ״א:ב — ש״ג פי״ו דשבת ירוש׳ פ״ק דתענית)

Ḥakira. C’est un énoncé surprenant : d’ordinaire l’étude ne cède pas devant ce qu’un autre pourrait faire à notre place. Qu’est-ce qui, le vendredi, la fait céder ? Deux côtés.

Le principe. Ce n’est pas de l’étude abandonnée pour du profane : la préparation de Shabbat est elle-même une mitsva, et l’on est donc dans le cas connu de celui qui est occupé à une mitsva. C’est aussi pourquoi le Rama écrit קצת — un peu — et non pas de tout interrompre.

« הָעוֹסֵק בְּמִצְוָה פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה » (סוכה כ״ה ע״א)

La Michna Beroura tranche entre les deux côtés de la ḥakira, et c’est la personne qui l’emporte. S’il a un serviteur qui prépare à sa place, il n’a pas besoin de réduire ; et à plus forte raison s’il a préparé dès le jeudi, il peut étudier comme à l’ordinaire. Si la règle tenait à l’heure, ces deux cas ne changeraient rien.

« ואם יש לו משרת שיכין בשבילו אין צריך וכ״ש אם הכין ביום ה׳ בודאי יוכל ללמוד כדרכו » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ט)

Mais la Michna Beroura ne laisse pas le raisonnement aller jusqu’au bout, et c’est le point fin de la section : même déchargé de la préparation, il doit tout de même arranger quelque chose en l’honneur de Shabbat. Ce n’est donc pas seulement que Shabbat soit prêt ; c’est que lui y ait mis la main.

« מיהו מ״מ צריך לתקן איזה דבר לכבוד שבת » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ט)
La limite inverse, au nom du סדר היום. Une étude régulière qui a une mesure fixée, ou qui se fait avec d’autres, ne s’annule pas. La règle du Rama mord donc sur l’étude libre, non sur l’étude engagée.
« ובספר סדר היום כתב דאם רגיל ללמוד דבר שיש לו קצבה או שלומד עם רבים אל יבטלנו » (משנה ברורה או״ח רנ״א ס״ק ח)

12. Nafka minot pratiques

Chaque ligne ci-dessous renvoie à l’entrée d’appareil qui la porte, et aux sections où elle est citée. Ce niveau expose un raisonnement : il ne tranche pas, et un cas réel se pose à un rav.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire et arbres de décision.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l’Admour HaZaken dans le Choulhan Aroukh HaRav.

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DAAT · רב יוסף חיים סממה

Siman 251 · Niveau 2 — Lamdan
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