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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 206 — Lamdan : ידים מוכיחות et la direction de la parole

Huit questions sur cinq seifim : ce qu'il faut avoir dit, et dans quel sens il faut l'avoir dit
יורה דעה · סימן ר״ו
דִּינֵי יְדוֹת הַנְּדָרִים
🎓 Niveau Lamdan · למדנות
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Le niveau Base a lu les cinq seifim. Ici, on ouvre ce qui s'y discute — et la discussion du siman 206 a ceci de particulier qu'elle porte souvent sur le texte lui-même : le Taz tient qu'une glose du Rama manque et la restitue ; le Chakh en doute et le signale ; le Ba'h lit le silence à l'envers. Trois A'haronim, un même blanc dans la page.

Sujet : Siman 206 — Lamdan : ידים מוכיחות et la direction de la parole
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ו

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. ידים מוכיחות — la ma'hloket centrale du siman, et la glose qui manque
2. Le Taz émende, le Chakh doute, le Ba'h renverse : trois manières de lire un même silence
3. Ce qu'un homme ne peut pas faire : s'interdire lui-même par un נדר
4. לך contre ממך — une lettre, deux régimes
5. Le צ״ע du Chakh sur le Mehaber au seif ג
6. כנדרי רשעים : pourquoi une observation de mœurs devient une règle de droit
7. Le seif ה et le pivot du bloc : quand la parole est du registre du serment
8. Récapitulatif des positions

1. ידים מוכיחות — la ma'hloket centrale du siman

Le Choul'han Aroukh pose la condition dans sa première ligne : une יד ne vaut que si elle est מוכחת קצת. Puis, quelques lignes plus loin, il traite le cas où l'homme n'a pas achevé sa phrase — et il lui donne un effet. Le Tour, lui, traite le même cas et lui donne l'effet inverse :

« ידות נדרים כנדרים והוא שיהיו מוכיחות קצת על הנדר » (טור יו״ד ר״ו)
« אבל אם אומר שאני אוכל לך לבד או שאומר מודרני ממך או מופרשני ממך או מרוחקני ממך ולא סיים דבריו שאיני אוכל לך אינו כלום » (טור יו״ד ר״ו)

Le Mehaber suit ici le Rambam, qui donne à chaque formule inachevée l'effet de sa racine :

« הָאוֹמֵר לַחֲבֵרוֹ מֻדָּר אֲנִי מִמְּךָ מַשְׁמַע דָּבָר זֶה שֶׁלֹּא יְדַבֵּר עִמּוֹ. מֻפְרָשׁ אֲנִי מִמְּךָ מַשְׁמָעוֹ שֶׁלֹּא יִשָּׂא וְיִתֵּן עִמּוֹ. מְרֻחָק אֲנִי מִמְּךָ מַשְׁמָעוֹ שֶׁלֹּא יֵשֵׁב בְּאַרְבַּע אַמּוֹתָיו » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה כ״ג)
La ma'hloket, en deux lignes. (א) Le Rambam, suivi par le Mehaber : « מודרני ממך » sans suite est une יד — et le sens de la racine dit à quoi elle s'applique (parler, commercer, quatre coudées). (ב) Le Roch, le Tour et le Ran : tant que la phrase n'est pas achevée, la parole peut vouloir dire ceci ou cela — elle n'est donc pas מוכחת, et ce n'est pas un vœu du tout. Le Taz (ס״ק א) donne exactement cette raison.
« וטעמו דכל שאמר מודרני ממך בלא סיום יש להסתפק אם לדבר עמו קאמר אם לאיסור הנאה וכיון שאין מוכיח לא הוי יד » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק א)
חקירה. Que signifie exactement מוכיחות ? (א) Que la parole désigne une chose déterminée — auquel cas « מודרני ממך » échoue, car on ne sait pas de quel interdit il parle (Taz). (ב) Que la parole montre qu'un vœu a été fait, sans qu'il faille savoir lequel — auquel cas « מודרני ממך » réussit, et l'on détermine son objet par le sens du mot (Rambam, Mehaber). La première lecture demande une preuve du contenu ; la seconde, une preuve de l'acte.

2. Le Taz émende, le Chakh doute, le Ba'h renverse

Voici l'un des passages les plus instructifs du corpus, parce que trois A'haronim y font trois choses différentes avec un même silence : le Rama n'a pas rapporté l'avis du Roch au seif א, et pourtant il y renvoie au seif ג en écrivant « וכבר נתבאר » — et il a déjà été expliqué. Expliqué où ?

(א) Le Taz : il manque un texte, et le voici

« נראה שיש כאן חסרון וכן צ״ל הג״ה וי״א דכל שלא סיים שאיני אוכל או שאני אוכל לאו כלום הוא והיינו דעת הרא״ש בטור » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק א)

Le Taz ne se contente pas de constater l'absence : il écrit la glose manquante, mot pour mot, et conclut que son émendation rend enfin intelligible le renvoi du seif ג. C'est une conjecture textuelle, assumée comme telle.

(ב) Le Chakh : la même hypothèse, mais avec un צ״ע

« צ״ע על הרב שלא הביא דעת הרא״ש וטור והר״ן דס״ל דכל שלא סיים דבריו אינו נדר כלל כיון דמשמע הכי ומשמע הכי לא הוי ידים מוכיחות » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ג)
« ונראה דחסר כאן הגהת הרב » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ג)

Le Chakh arrive à la même conclusion — une glose manque — mais il la formule comme une observation, non comme une restitution. Et il ajoute une remarque qui vaut d'être notée : sur le Mehaber, il n'y a pas de difficulté, car « c'est sa manière de suivre le sentier du Rambam » ; la difficulté est sur le Rama, dont le rôle est précisément de rapporter l'autre avis.

(ג) Le Ba'h : le silence veut dire l'inverse

« והב״ח מחמיר ביותר דידים שאינן מוכיחות הויין ידים והלכך אפילו לא סיים דבריו אסור אפילו לאכול עמו ואין זה עיקר בש״ס ופוסקים » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ג)
Trois lectures d'un silence. Le Taz : le texte est corrompu, et voici ce qu'il portait. Le Chakh : le texte est probablement lacunaire, mais je ne le restitue pas — je le signale. Le Ba'h : le texte est intact, et le silence signifie que le Rama tient l'avis opposé à celui du Roch — plus rigoureux encore : même des ידים שאינן מוכיחות sont des ידים, et même inachevée la parole interdit jusqu'à manger avec lui. Le Chakh répond que ce n'est pas l'essentiel dans le Chass ni chez les décisionnaires.
נפקא מינה, et elle est très concrète. Un homme dit « מודרני ממך » et s'arrête. Roch/Tour/Ran (et Taz) : rien du tout. Rambam/Mehaber : il ne peut plus lui parler. Ba'h : il ne peut même plus manger avec lui. Trois conduites différentes pour trois mots. Le Chakh, au ס״ק ו, conclut pour la halakha : il n'y a pas lieu d'être indulgent.
« ונראה דלענין הלכה אין להקל מטעם שכתבתי » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ו)

3. Ce qu'un homme ne peut pas faire : s'interdire lui-même par un נדר

Le ס״ק ב du Chakh est l'entrée la plus longue du siman, et l'on peut en extraire une règle qui gouverne tout le reste. Elle ne porte pas sur la longueur de la phrase mais sur sa direction :

« ואם אמר שאיני אוכל אפילו אמר מודרני ממך או שאר הלשונות אינו כלום דאין לך יד לנדר אלא דוקא כשאוסר החפץ בנדר » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ב)
« דכל זמן שאוסר עצמו על החפץ לא הוי יד לנדרים » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ב)
יסוד. Une יד est le manche d'un נדר ; elle ne peut donc exister que là où un נדר pourrait exister. Or un נדר interdit la chose à l'homme. Il s'ensuit que toute formule qui va dans l'autre sens — qui interdit l'homme à l'égard de la chose — ne peut pas être une יד, quelle que soit sa longueur. Le Chakh le montre jusqu'à l'extrême : même un נדר complet, s'il est dit dans cette direction (« הרי עלי שלא אוכל ככר זה כקרבן »), n'est rien.

Il en tire une critique de la glose du Rama — et elle est vive. Le Rama avait écrit que « même s'il a dit שאני אוכל לך » c'est interdit, comme s'il s'agissait d'un 'hidouch. Le Chakh répond que c'est l'inverse :

« וגם להורות שמ״ש הרב וי״א דאפילו אמר שאני אוכל לך כו׳ אינו מדוקדק כלל דאדרבה טפי אסור לכ״ע » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ב)
Pourquoi l'inverse ? Parce que שאני אוכל לך — « que je mangerai de ce qui est à toi » — pose l'objet comme ce qui est visé : ce que je mangerai chez toi soit קונם. Tandis que שאיני אוכל לך — « que je ne mangerai pas » — met le sujet au centre. Le premier va donc dans la direction du נדר, le second dans celle de la שבועה. Le Chakh s'appuie sur les Tossefot au début de Nedarim, qui posent la même hiérarchie.

4. לך contre ממך — une lettre, deux régimes

« משמע כלומר נכסי אסורים לך ומשמע משלך מה שאין כן בממך » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ב)
Le mécanisme, déplié. « מודר אני ממך » désigne une origine : ce qui vient de toi m'est interdit. L'interdit a une seule direction, et le compagnon n'est pas touché. « מודר אני לך » désigne un destinataire : le Ran, cité par le Taz, explique que la formule s'entend en deux sens à la fois — mes biens te sont interdits, et aussi ce qui est à toi [m'est interdit]. C'est cette double lecture qui rend les deux hommes interdits l'un à l'égard de l'autre.

Le Chakh, au ס״ק ד, tire de ce seif la conséquence qui sépare le Tour du Mehaber — et elle renvoie exactement à la ma'hloket du seif א :

« ואם לא הזכיר לא אכילה ולא הנאה לא הוי נדר כלל עכ״ל טור והוא לשיטתו דלעיל אבל להרמב״ם והמחבר הוי נדר שאינו רשאי לדבר עמו » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ד)
נפקא מינה. Un homme dit « מודר אני ממך » sans mentionner ni la nourriture ni le profit. Pour le Tour (cohérent avec sa position au seif א) : rien du tout. Pour le Rambam et le Mehaber : c'est un vœu, et il ne peut plus lui parler — exactement l'effet donné au seif א à la formule inachevée. Le Chakh remarque que le Mehaber a délibérément omis la fin des mots du Tour : les deux textes ne se contredisent pas par hasard.

5. Le צ״ע du Chakh sur le Mehaber au seif ג

Le seif ג range trois mots. La guemara en avait déjà réglé deux :

« אָמַר רַב פָּפָּא: בִּ״נְדִינָא מִינָּךְ״ — דְּכוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר. ״מְשַׁמַּתְנָא מִינָּךְ״ — לְכוּלֵּי עָלְמָא שְׁרֵי » (נדרים ז׳ ע״א)

Le Rambam, lui, écrit ceci :

« אָמַר לוֹ מְנֻדֶּה אֲנִי לְךָ שֶׁלֹּא אֹכַל לְךָ אֵינוֹ אוֹכֵל לוֹ וְאִם אָכַל אֵינוֹ לוֹקֶה. אָמַר לוֹ נָדִינָא מִמְּךָ הֲרֵי זֶה אָסוּר לֵהָנוֹת » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה כ״ד)
קושיא du Chakh. Le Mehaber, au seif ג, écrit deux choses qui ne tiennent pas ensemble. S'il pense que מנודה אני לך n'est pas une formule de vœu — ce qui explique qu'achevée elle permette tout — alors à plus forte raison, inachevée, elle devrait tout permettre : pourquoi interdit-elle les quatre coudées ? Et s'il pense qu'elle est une formule de vœu, alors même achevée elle devrait interdire de manger avec lui. Le Chakh résume : le Mehaber donne gain de cause aux deux parties.
« דהמחבר מזכה שטרא לבי תרי דבאומר מנודה אני לך שאני אוכל לך פסק דמותר בכל » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ה)
« ואי ס״ל להמחבר דמנודה אני לך לשון נדר הוא א״כ בסיים דבריו שאני אוכל לך נמי אסור לאכול עמו » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ה)

Le Chakh examine ensuite plusieurs voies — la distinction du Beit Yossef entre מנודה et משמתינא, la lecture du Raavad qui les égalise, la formulation de Rabbénou Yerou'ham — et il conclut qu'on peut y répondre, mais avec peine, et sur un וצ״ע. Le Taz, lui, avait tranché autrement, en une ligne : מנודה n'est pas du tout une formule de vœu, à la différence de נדירנא.

« דזה אינו לשון נדר לגמרי מה שאין כן בנדירנא שהוא לשון נדר » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ג)

6. כנדרי רשעים : d'une observation de mœurs à une règle de droit

Le seif ד est bâti sur une prémisse qui n'est pas juridique : les méchants ont coutume de vouer, les hommes droits de donner. Le Taz la pose, puis en donne la raison de fond :

« שהרשעים דרכן לידור אבל כשרים אין דרכן לידור אבל דרכן להתנדב » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ד)
« והטעם דנדר הוא בלשון הרי עלי נמצא שהאחריות על הנודר ושייך בזה תקלה דאם יאבד אותו שהפריש לא יתן אחרת מה שאין כן בנדבה שהיא בלשון הרי זו אין שום אחריות עליו » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ד)

Le Rambam donne la même prémisse dans une formulation plus morale encore :

« אָמַר כְּנִדְרֵי כְּשֵׁרִים לֹא נִתְחַיֵּב בִּכְלוּם שֶׁאֵין הַכְּשֵׁרִים נוֹדְרִים בְּדֶרֶךְ אִסּוּר וָכַעַס » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה כ״ו)
יסוד. L'התפסה exige un point d'attache réel (siman 204). « כנדרי רשעים » en a un : les vœux des רשעים existent, et le Chakh (ס״ק ז) va jusqu'à écrire que c'est comme dire « ce pain m'est comme un קרבן », car un רשע ordinaire est tenu à un קרבן. « כנדרי כשרים » n'en a pas : la classe visée est vide. Ce n'est donc pas une sévérité morale envers les רשעים, c'est une question d'existence de l'objet de référence.
« דהוי כאומר ככר זה עלי כקרבן דסתם רשע חייב בקרבן » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ז)
Et voici le point le plus fin du seif. Que se passe-t-il si l'homme dit « כנדרי כשרים ce pain m'est קונם » ? Il a prononcé en clair le mot le plus fort de la langue des vœux. Et pourtant cela ne lie pas. Pourquoi ? חקירה : (א) les premiers mots expliquent le קונם — ils disent de quelle sorte de קונם il s'agit, et il se trouve que cette sorte n'existe pas ; (ב) ou bien ils révoquent le קונם — l'homme a d'abord dit qu'il ne voulait pas vouer, et ce qui suit ne peut plus rien. Le Chakh (ס״ק ח) écrit בטל את הקונם, le Taz (ס״ק ה) מבטל — les deux emploient le verbe de la seconde lecture.
« דמה שתלה בכשרים בטל את הקונם דכשרים לא נדרי כלל אלא נודבין » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ח)
« לפי שמה שאמר תחילה כנדרי כשרים מבטל מה שאמר אחר כך לשון קונם » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ה)

7. Le seif ה et le pivot du bloc 204-206

Trois textes disent la même chose dans les mêmes termes — le Chakh, le Taz, et derrière eux le Rambam. C'est le moment où le traité entier se résume en une phrase :

« כלומר דלשון נדר היינו שאוסר החפץ עליו ולשון שבועה היינו שאוסר עצמו על החפץ » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ט)
« דלשון נדר הוא שאוסר החפץ עליו ולשון שבועה הוא שאוסר את עצמו על החפץ » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ו)
« שֶׁהַנִּשְׁבָּע אוֹסֵר עַצְמוֹ עַל דָּבָר שֶׁנִּשְׁבַּע עָלָיו. וְהַנּוֹדֵר אוֹסֵר הַדָּבָר הַנָּדוּר עַל עַצְמוֹ » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ג׳ הלכה ז)
« אַיְּידֵי דִּתְנָא נְדָרִים דְּמִיתְּסַר חֶפְצָא עֲלֵיהּ, תְּנָא נָמֵי חֲרָמִים, דְּמִיתְּסַר חֶפְצָא עֲלֵיהּ. לְאַפּוֹקֵי שְׁבוּעָה, דְּקָאָסַר נַפְשֵׁיהּ מִן חֶפְצָא » (נדרים ב׳ ע״ב)
Le pivot, énoncé une dernière fois. Le נדר interdit l'objet à l'homme ; la שבועה interdit l'homme à l'égard de l'objet. Dire « je fais vœu que je ne mangerai pas avec toi » revient donc à employer une grammaire de serment dans un acte de vœu. Résultat : ce n'est pas un נדר (mauvaise direction), et ce n'est pas non plus une שבועה (il n'a pas juré). Le Chakh le dit en toutes lettres, au nom du Roch — et c'est la raison pour laquelle le siman conclut que ce n'est même pas une יד.
« דוקא באומר מודרני ממך אסר על עצמו הנאת חבירו ואע״פ שלא התפיס בדבר הנדור יד מיהא הוי » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ט)
קושיא. Si cela n'est rien du tout, pourquoi le Choul'han Aroukh exige-t-il une התרה ? On ne délie pas ce qui n'existe pas.
תירוץ. Le Choul'han Aroukh donne lui-même la raison, et elle n'est pas du même ordre que le reste du seif : כיון דהאידנא מרגלא בפומייהו דאינשי למינדר בהאי לישנא — puisque de nos jours il est courant, dans la bouche des gens, de vouer dans cette formule. Ce n'est donc pas la parole qui est déliée, c'est l'usage qui est protégé : si l'on laissait passer cette formule, les gens apprendraient qu'une formule de vœu peut être sans effet. C'est exactement le motif du siman 205 — שלא ינהגו קלות ראש בנדרים.

Deux réserves closent le siman, et elles vont en sens opposés. La première élargit : il y a qui dit qu'un נדר énoncé en formule de שבועה, et l'inverse, sont efficaces au titre des ידות. Le Pit'hei Techouva la restreint aussitôt, au nom du Noda BiYehouda :

« שכתב דפלוגתא זו דוקא אם היה בדבר שיש בו ממש כמו לא אוכל שהמאכל יש בו ממש » (פתחי תשובה יו״ד ר״ו ס״ק ב)
« שומעין להקל כדעת הרא״ש ואפי׳ להרמב״ן עכ״פ במקום קצת מצוה מתירין אפי׳ ע״ד רבים » (פתחי תשובה יו״ד ר״ו ס״ק ב)

La seconde réserve va dans l'autre sens, et c'est le dernier mot du siman : en matière de נזירות énoncée dans une formule de serment, tous s'accordent que cela lie. Le Chakh (ס״ק י) en donne la raison, et elle referme la boucle du bloc :

« דנזירות לכ״ע אם הוציאו בלשון שבועה חל דעיקרו לשון שבועה הוא דהא אתפוסי גברא הוא כמו שבועה » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק י)
Pourquoi la נזירות fait exception. Parce qu'elle n'est pas, au fond, du registre du נדר : celui qui dit « הריני נזיר » lie sa propre personne, exactement comme celui qui dit « הריני נשבע ». Son fondement est donc déjà une formule de serment. L'employer dans une formule de שבועה n'est pas une erreur de grammaire — c'est sa grammaire propre. Le Chakh le prouve du début de Nedarim, là même où la guemara oppose מיתסר חפצא et קאסר נפשיה. Il signale par ailleurs que ce point ne figure pas dans le Beit Yossef, et que le Mabit lui-même conteste — nous le rapportons sans trancher.

8. Récapitulatif des positions

La questionPositionQuiConséquence
« מודרני ממך » sans suitePas un vœu du tout — ce ne sont pas des ידים מוכיחותRoch, Tour, Ran ; le Taz les restitue dans la glose (ס״ק א)Aucun interdit
« מודרני ממך » sans suiteC'est une יד — et elle interdit de lui parlerRambam, MehaberInterdit de parler
« מודרני ממך » sans suiteMême des ידים שאינן מוכיחות sont des ידיםBa'h, rapporté par le Chakh ס״ק גInterdit même de manger avec lui
La glose manquante du Rama au seif אLe texte est corrompu ; voici ce qu'il portaitTaz ס״ק אLe « וכבר נתבאר » du seif ג s'explique
La glose manquante du Rama au seif אUne glose manque probablement — צ״עChakh ס״ק גOn ne restitue pas ; on signale
« שאני אוכל לך » (sans yod) dans ces formulesInterdit — et c'est plus interdit, de l'avis de tousChakh ס״ק ב, contre la formulation du RamaLa glose du Rama n'est pas exacte
« מודר אני ממך » sans mentionner ni אכילה ni הנאהPas un vœu du toutTourRien
« מודר אני ממך » sans mentionner ni אכילה ni הנאהC'est un vœu : il ne peut plus lui parlerRambam, Mehaber, Ba'h, Pericha (Chakh ס״ק ד)Interdit de parler
Le seif ג du MehaberPosition incohérente — צ״עChakh ס״ק הOn ne s'appuie pas dessus pour permettre
Le seif ג du Mehaberמנודה n'est pas une formule de vœu, נדירנא l'estTaz ס״ק גLa distinction est de vocabulaire
« כנדרי כשרים … קונם »Les premiers mots annulent le קונםChakh ס״ק ח, Taz ס״ק הRien n'a pris
« הנודר שלא אוכל »Pas même une יד — c'est une formule de שבועהChakh ס״ק ט, Taz ס״ק ו, RochMais une התרה est requise
נדר en formule de שבועה, et l'inverseEfficace au titre des ידות« יש מי שאומר » du seif הLie
La mêmeSeulement pour un דבר שיש בו ממשNoda BiYehouda, dans le Pit'hei Techouva ס״ק בSinon, on écoute l'avis indulgent
נזירות en formule de שבועהLie, de l'avis de tousRadbaz, dans le Chakh ס״ק י — et le Mabit contesteLe Chakh y adhère
Le siman 206 referme le bloc en revenant à son commencement. Le 204 avait dit : le נדר interdit la chose. Le 205 avait dit : et il ne se rattache qu'à ce qu'une parole aurait pu produire. Le 206 dit : et il suffit d'avoir commencé à le dire, pourvu que la direction soit la bonne. C'est pourquoi la formule la plus longue du siman — « je fais vœu que je ne mangerai pas avec toi » — ne lie pas, tandis que les trois mots « מודרני ממך » peuvent lier. Ce n'est pas la quantité de parole qui compte, c'est son orientation.
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ר״ו · Niveau 2 — Lamdan
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