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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 96 — L'aliment piquant coupé au couteau de viande : pourquoi le piquant fait ressortir le goût absorbé, jusqu'où il se répand, et comment on l'ôte — étude et pilpoul
סימן צ״ו
דבר חריף, נטילת מקום, חורפיה ודוחקא דסכינא, דק דק וכולו אסור
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma'hlokot des Richonim et des A'haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן צ״ו (cinq seifim)
עם נושאי כלים: ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), פתחי תשובה

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ל״ט ע״א — le קורט של חלתית et le couteau qui le coupe
חולין קי״א ע״ב — דגים שעלו בקערה, d'où le principe de נ״ט בר נ״ט que le piquant vient renverser

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Entrée dans la sougya — le radis ou la bette coupés au couteau de viande (seif 1)
  2. Le yessod du דבר חריף — חורפיה et דוחקא דסכינא : le goût absorbé rendu comme s'il était en nature
  3. La ma'hloket sur la définition du piquant — le Maharam (le חלתית seul) contre le Séfer haTerouma et le Rachba (tout דבר חריף)
  4. La mesure de l'interdit dans le radis — נטילת מקום, דק דק, et le כולו אסור du Rachba et du Ran (Rama, seif 1)
  5. חתיכה נעשית נבילה dans un דבר חריף — soixante contre toute l'épaisseur ôtée, et le permis qui revient (seif 1)
  6. Les autres aliments piquants — ail, oignon, poireau, raifort (seif 2)
  7. Les épices pilées au mortier — בן יומו et שאינו בן יומו (seif 3)
  8. Jus de citron et poissons salés — l'annulation dans la majorité, et le chou (seif 4)
  9. Grattage et rinçage · le goût qui annule — concombres, navet, et le radis après le navet (seif 5)
  10. Ḥakira et nafka minot pour la pratique
  11. Tableaux de synthèse

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

דין מאכל חריף שנחתך בסכין של בשר. ובו ה׳ סעיפים: צנון או סילקא שחתכם בסכין של בשר בן יומו או שאינו מקונח אסור לאכלם בחלב עד שיטול ממקום החתך כדי נטילת מקום שהוא כעובי אצבע או שיטעמנו ולא יהא בו טעם בשר שאז מותר בהדחה ויש אומרים דהוא הדין לאינו בן יומו והוא מקונח. ואם לא נטל מהם כדי נטילת מקום וגם לא טעמם ובשלם בחלב צריך ששים כנגד מה שנגע מהסכין בהם וה״ה לחתכם בסכין של עובד כוכבים: הגה ואם חתכן דק דק צריך לשער ס׳ נגד כל הצנון (ב״י בשם סמ״ק) וי״א שאם חתך צנון בסכין של איסור כולו אסור (רשב״א ור״ן וכן משמע בארוך כלל ל״ה) וכן אם חתכו בסכין של בשר אסור כולו בחלב וכן נוהגין לכתחילה אבל בדיעבד אין לאסור רק כדי נטילה (ב״י ואו״ה) . וכל זה אם חתך הצנון עצמו אבל אם חתך הירק שעל הצנון אין לחוש ואם יש ספק אם נחתך בסכין של איסור אזלינן לקולא (שם) לכן קונים הצנונות שיש בהן חתוכין לצד זנבותיהן כי תלינן שנעשה במרא וחצינא (שם בהג״ה ומהרא״י בהגהת ש״ד) ובמקום שאין נמצא לקנות רק החתוכים בסכין נוהגין לקנותו ולהתיר ע״י נטילת מקום:

1. Entrée dans la sougya — le radis ou la bette coupés au couteau de viande

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le point de départ — pourquoi un aliment piquant interdit

Un דבר חריף — un radis (צנון) ou une bette (סילקא) — a été coupé avec un couteau de viande employé le jour même : le Choulhan Aroukh interdit de le manger avec du lait. À première vue la chose étonne. Le couteau n'a rien d'interdit en lui-même, ce qu'il a absorbé est peu de chose, il n'y a ni chaleur ni sauce pour faire passer le goût, et partout ailleurs un goût sorti d'un ustensile pour entrer dans un aliment n'est qu'un נ״ט בר נ״ט, un goût de second rang, affaibli, que le siman 95 permet.

La réponse tient en un mot : le piquant. Sa force ne dilue pas le goût absorbé — elle le fait ressortir et le remet à l'état de matière. Aussi le Mehaber n'autorise-t-il le radis avec du lait que si l'on ôte du lieu de la coupe כדי נטילת מקום, l'épaisseur d'un doigt, ou si l'on goûte et qu'on n'y trouve aucun goût de viande — auquel cas un simple rinçage suffit. Et si l'on a manqué aux deux et qu'on l'a cuit dans du lait, il faut soixante contre ce que le couteau a touché.

Les deux conditions du couteau — בן יומו ou non essuyé. Le Mehaber écrit בן יומו או שאינו מקונח, et le « ou » est un raisonnement entier. Le couteau qui a servi le jour même porte un goût encore bon ; celui qui n'est pas essuyé porte, lui, de la graisse figée sur sa lame, c'est-à-dire de l'interdit en nature et non un goût. Le Chakh l'écrit ainsi :
« ואינו מקונח דסתמא השמנונית קרוש על פניו » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ג)
Restent les couteaux qui ne sont ni l'un ni l'autre — vieux d'un jour et propres : c'est exactement ce que le ויש אומרים דהוא הדין לאינו בן יומו והוא מקונח du Mehaber vient trancher, et la ma'hloket du § 3 porte là-dessus.
La racine du din dans le Chas. Le modèle de tout le siman est le קורט של חלתית, le morceau d'assa fœtida de la michna d'Avoda Zara, que le non-Juif débite au couteau :
« וְהַקּוֹרֶט שֶׁל חִילְתִּית. מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּמַפְסְקִי לֵיהּ בְּסַכִּינָא » (עבודה זרה ל״ט ע״א)
« אַגַּב חוּרְפֵּיהּ דְּחִילְתִּיתָא מְחַלְּיָא לֵיהּ שַׁמְנוּנִיתָא » (עבודה זרה ל״ט ע״א)
La Guemara y dit que même un goût gâté — נותן טעם לפגם, permis en principe — redevient un goût qui améliore, parce que le piquant du ḥiltit l'y ramène. De là les Richonim ont tiré le din de tout aliment piquant coupé au couteau, et c'est le fondement du siman entier (voir aussi le siman 103 sur le דבר חריף dans un ustensile, et le siman 95 sur le נ״ט בר נ״ט).

2. Le yessod du דבר חריף — חורפיה et דוחקא דסכינא

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C'est le cœur du siman, et c'est là que le Chakh et le Taz portent tout leur poids.

La ḥakira — quelle est au juste la force du piquant ? Partout, le goût qu'un ustensile relâche dans l'aliment posé sur lui est un goût de second rang, affaibli, et c'est pour cela qu'il est permis (siman 95). Dans un aliment piquant, on aurait donc attendu un allègement — et l'on trouve une aggravation. Qu'est-ce donc que ce piquant, qui renforce un goût faible au lieu de l'user ?
Le yessod — le piquant fait sortir l'absorbé et le rend comme de l'interdit en nature.
Le Chakh formule la chose en une phrase, et elle porte tout le siman :
« דאגב חורפיה דצנון וסילקא ודוחקא דסכינא פלט סכין גוף הטעם שבו והוי כמו איסור בעין » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ב)
Deux forces s'y additionnent : le piquant du radis et de la bette (חורפיה), et la pression du couteau qui coupe (דוחקא דסכינא). Ensemble, elles ne tirent pas du couteau un goût affaibli, mais le corps même du goût qui s'y trouve, et ce que l'on obtient vaut de l'interdit en nature. D'où la conséquence que le Chakh tire aussitôt :
« הלכך ל״ד לשאר נ״ט בר נ״ט דלעיל סי׳ צ״ה דמותר » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ב)
Il n'y a donc pas ici de נ״ט בר נ״ט du tout : le piquant a supprimé ce qui faisait la faiblesse du goût. Et de même pour un goût gâté, celui d'un couteau qui n'a pas servi le jour même — le Chakh écrit que le piquant le ramène au bon goût, à l'image du ḥiltit :
« הטעם דחורפיה דצנון מחליא ליה ומשוי ליה לשבח כמו קורט של חלתית » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ו)
Les deux racines de l'interdit chez le Taz (ס״ק ג). Le Taz montre que, pour interdire même un couteau qui n'a pas servi le jour même, il y a deux motifs distincts, et non un seul : « והוה נ״ט בר נ״ט מן הממש ועוד משום חורפיה דצנון ואגב דוחקיה דסכינא פלט טפי מדגים הרותחין » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ג)
La nafka mina entre ces deux racines, le Taz la donne lui-même, et elle est décisive : le raifort frotté dans une écuelle laitière propre, sans couteau et sans graisse, est permis avec de la viande.
« בתמכא שקורין קריי״ן שנמלל תוך קערה חולבת נקייה שמותר לאכול אותו הקריי״ן עם בשר כי אין כאן דוחקא דסכינא ולא שמנונית » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ג)
Autrement dit, le piquant à lui seul, sans un mécanisme qui extraie — la lame, ou le pilon dans un ustensile chargé —, n'interdit rien. Nous rapportons, nous ne tranchons pas.
Jusqu'où va l'interdit, une fois admis ? Le Chakh donne la mesure en une ligne, et elle commande tout le § 4 :
« דדבר האוסר מחמת חריפות אינו אוסר יותר מכדי נטילה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ד)

3. La ma'hloket sur la définition du « חריף » — le Maharam et le Séfer haTerouma

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C'est la ma'hloket centrale du siman : jusqu'où s'étend la catégorie « aliment piquant » ?

La racine du désaccord — le ḥiltit seul, ou tout aliment piquant ?
ChitaCe qui interdit même un couteau qui n'a pas servi le jour mêmeSource
Le Maharam — et c'est ainsi que le Taz lit le Mehaber Le seul קורט של חלתית, piquant à l'extrême. Les autres aliments piquants n'interdisent que par un couteau du jour ou non essuyé, et alors c'est la graisse qui interdit, non le piquant ט״ז ס״ק א
Le Séfer haTerouma (et, pour l'étendue de l'interdit, le Rachba) Tout דבר חריף est comme le ḥiltit : il donne un goût qui améliore même sur un couteau qui n'a pas servi le jour même ט״ז ס״ק ג
La lecture du Mehaber par le Taz (ס״ק א). Le Taz explique que le Mehaber suit le Maharam :
« דלא מקרי דבר חריף אלא קורט של חלתית דמנקב בני מעיה של בהמה כשאוכל אותה » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק א)
— c'est le ḥiltit qui perfore les entrailles de la bête, donc lui seul est piquant à ce point. Pour tout le reste, ce n'est pas le piquant qui interdit mais la graisse de la lame, et c'est pourquoi le Mehaber a écrit « du jour même, ou non essuyé » :
« ואז אוסר מפני השמנונית שעליו ע״כ צריך נטילת מקום » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק א)
Le Taz rapproche alors ce din de la fin du siman 94, où la graisse figée sur la lame est également ce qui décide.
La chita du Séfer haTerouma (ט״ז ס״ק ג). À l'inverse, le Taz expose que, pour le Séfer haTerouma, le radis est comme le ḥiltit :
« דצנון וכל דבר חריף דמי לקורט של חלתית ואוסר אפילו אינו בן יומו » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ג)
Et il donne deux motifs, dont chacun suffirait seul : la graisse figée, qui n'est pas un simple goût de second rang mais un נ״ט בר נ״ט venu du corps ; et, même sur une lame propre, le piquant joint à la pression du couteau. Le Chakh tient cette seconde chita pour la halakha et écrit qu'ainsi tranchent tous les A'haronim et que tel est l'usage.
Nafka mina — le raifort frotté à la main. Le Taz (ס״ק ג) l'a tirée de sa propre analyse : du raifort (תמכא, « קריי״ן ») frotté dans une écuelle laitière propre, où il n'y a ni couteau ni graisse figée, peut être mangé avec de la viande. On apprend de là que, même pour qui étend la catégorie du piquant, le piquant sans mécanisme d'extraction n'interdit pas. Pour la pratique — demande à ton Rav.
La preuve des Michkenot Yaakov (פתחי תשובה ס״ק א). Le Pit'hei Techouva rapporte, au nom des Michkenot Yaakov, une preuve tirée de la Guemara en faveur de ceux qui allègent :
« שמוכיח מגמרא ראיה לדעת המקילין דלא מיקרי ד״ח רק חלתית » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק א)
Et le Taz lui-même, là où il n'y a pas moyen de faire autrement, s'appuie sur cette ligne :
« כי הרבה הוכחות כתב מהר״ם דלא מיקרי דבר חריף רק קורט של חלתית על כן יש להקל בשאר דברים חריפים במקום שיש קצת סברא להקל » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ח)

4. La mesure de l'interdit dans le radis — נטילת מקום, דק דק et כולו אסור

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La glose du Rama (seif 1)

ואם חתכן דק דק צריך לשער ס׳ נגד כל הצנון (ב״י בשם סמ״ק) וי״א שאם חתך צנון בסכין של איסור כולו אסור (רשב״א ור״ן וכן משמע בארוך כלל ל״ה) וכן אם חתכו בסכין של בשר אסור כולו בחלב וכן נוהגין לכתחילה אבל בדיעבד אין לאסור רק כדי נטילה (ב״י ואו״ה) . וכל זה אם חתך הצנון עצמו אבל אם חתך הירק שעל הצנון אין לחוש ואם יש ספק אם נחתך בסכין של איסור אזלינן לקולא (שם) לכן קונים הצנונות שיש בהן חתוכין לצד זנבותיהן כי תלינן שנעשה במרא וחצינא (שם בהג״ה ומהרא״י בהגהת ש״ד) ובמקום שאין נמצא לקנות רק החתוכים בסכין נוהגין לקנותו ולהתיר ע״י נטילת מקום:

Le yessod — d'où à où le goût du couteau se répand.
Trois degrés, selon l'étendue que l'on reconnaît au piquant :

• Une coupe ordinaire — il suffit d'ôter כדי נטילת מקום, l'épaisseur d'un doigt, là où la lame a touché. Le Chakh en donne la raison de principe : « דדבר האוסר מחמת חריפות אינו אוסר יותר מכדי נטילה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ד)
• דק דק — coupé menu, le lieu de la coupe est partout : il faut soixante contre le radis entier. Le Chakh explique pourquoi : « דכל חתיכה וחתיכה נאסרה כדי נטילה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ט)
• Pour le Rachba et le Ran — même sans avoir coupé menu, le piquant porte le goût dans tout le radis, et כולו אסור. Le Taz : « דבכל גוונא מתפשט טעם הסכין בכל הצנון כמו בקורט של חלתית בגמרא » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ז)
La ma'hloket sur l'étendue dans le radis :
ChitaMesure de l'interditSource
Le Mehaber, et le Rama dans sa première opinion נטילת מקום seule — l'interdit est au lieu de la coupe ; coupé menu → soixante contre tout le radis מחבר ס״א; ב״י בשם סמ״ק
Le Rachba et le Ran (le יש אומרים du Rama) כולו אסור — le piquant se répand dans tout le radis même sans coupe menue ; d'où l'usage d'interdire le tout לכתחילה, et de s'en tenir à נטילה בדיעבד רמ״א ס״א; ט״ז ס״ק ו–ז
Ce que le Taz ajoute (ס״ק ז), et le partage entre לכתחילה et בדיעבד. Pour le Rachba, ce n'est pas la finesse de la coupe qui répand le goût, c'est le piquant lui-même : « דבכל גוונא מתפשט טעם הסכין בכל הצנון כמו בקורט של חלתית בגמרא » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ז)
De là l'usage rapporté par le Rama — interdire le radis entier לכתחילה — et l'allègement qu'il garde pour le cas déjà fait. Le Chakh précise que la rigueur לכתחילה vaut aussi bien pour un couteau de viande que pour un couteau d'interdit :
« נוהגין לכתחלה לאסור כולו » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י)
Le partage entre les deux régimes n'est donc pas un compromis de convenance : il est la forme que prend un doute entre deux chitot, dont aucune n'est écartée.
Une limite que le Chakh pose au « soixante contre tout le radis » (ס״ק ט). Le Chakh observe que mesurer soixante contre le radis entier n'a de sens que si l'on ne peut mesurer contre la lame elle-même :
« אבל כשהסכין קטן מהצנון והוא לפנינו פשיטא דאין צריך ששים אלא כנגד הסכין » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ט)
La règle du דק דק n'est donc pas une aggravation en soi : elle est une manière de mesurer quand la mesure exacte échappe.
La feuille du radis, et le doute (ש״ך ס״ק י״א–י״ב, פתחי תשובה ס״ק ב). Le Rama allège deux fois : ce qui est coupé n'est pas le radis mais le vert qui le couvre, et il n'y a pas lieu de s'en inquiéter ; et là où l'on ignore si le radis a été coupé au couteau, on va vers l'allègement, d'où l'usage d'acheter les radis entaillés du côté de la queue, ce qu'on impute à la houe. Le Chakh restreint ce second allègement :
« לא התיר מהרא״י בספק אלא הקרי״ן מטעם דהרבה פוסקים אינם אוסרים אלא בסכין בן יומו וכן יש פוסקים אינם אוסרים אלא בצנון ולא במידי אחריני » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י״ב)
« אלא דמסופק אם חתך בו הצנון או לא דאי הוי חתך ביה בודאי הוי אסור לכ״ע ספיקא לחומרא » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י״ב)
La raison du Chakh n'est donc pas qu'il y aurait, pour le raifort, un doute de plus sur l'instrument : c'est que pour le raifort plusieurs poskim allègent déjà sur le fond — les uns n'interdisant qu'avec un couteau du jour, les autres ne tenant pour piquant que le radis —, tandis que pour le radis même, où le couteau est connu pour être du jour, le doute porte sur un cas où tous interdiraient, et un tel doute se tranche en rigueur. Sur la feuille, le Chakh ajoute au nom du איסור והיתר que les queues d'ail et d'oignon ne sont pas piquantes non plus :
« דזנבותיהן של שומים ובצלים נמי לא חריפים ולא בלעי אלא כדי קליפה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י״א)
La suite de la discussion chez les A'haronim (פתחי תשובה ס״ק ב). Le Pit'hei Techouva rapporte trois voix, et l'ordre importe. Le Kreti ouPleti objecte au Chakh que le légume possède une présomption de permis :
« דהא יש לירק ההוא חזקת היתר והעמד דבר על חזקתו דלא נחתך בסכין של איסור » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ב)
Le Toldot Yits'hak réfute cet argument de présomption — on ne l'invoque, dit-il, que si le soupçon naît de la chose elle-même, non d'un mélange venu d'ailleurs — mais il ne se range pas pour autant au Chakh, et conclut en faveur du Rama :
« העלה דדברי רמ״א ז״ל נכונים ודלא כהש״ך משום שגם בצונן יש כמה צדדים להקל » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ב)
« דדוקא בקרי״ן הוא דיש להתיר כה״ג ולא בצנון » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ב)
Ainsi, des trois, deux tiennent le Rama pour juste, par deux chemins qui ne se rejoignent pas — et c'est le Chakh qui reste seul à restreindre. Pour la pratique — demande à ton Rav.

5. חתיכה נעשית נבילה dans un דבר חריף

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Ici le din du piquant rencontre le yessod de חתיכה נעשית נבילה (voir siman 92, seif 4).

La ḥakira — soixante contre quoi ? Si l'on a cuit le radis dans du lait sans avoir ôté le lieu de la coupe, contre quoi mesure-t-on les soixante : contre le mince goût sorti de la lame, ou contre toute l'épaisseur qu'il aurait fallu ôter ?
Le yessod — le חנ״נ s'applique à l'épaisseur ôtée.
Le Mehaber, au siman 92, ne dit חתיכה נעשית נבילה que pour la viande et le lait ; le Rama y tranche autrement :
« וי״א דאמרינן בכל האסורים חתיכה נעשית נבילה » (רמ״א יו״ד צ״ב ס״ד)
« וכן המנהג פשוט ואין לשנות » (רמ״א יו״ד צ״ב ס״ד)
Le Taz applique ici cette position, et c'est elle qui fixe la mesure :
« אבל לדידן דקי״ל בכל האיסורין אמרינן חתיכה עצמה נ״נ בעינן כאן ס׳ נגד כל מקום הנטילה בצנון » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ו)
Ce n'est donc pas le goût de la lame qu'il faut annuler, mais toute l'épaisseur devenue interdite. Et si l'on a coupé menu :
« אבל אם חתכו דק דק נאסר כל הצנון וע״כ צריך ס׳ נגד כולו » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ו)
Le ḥidouch du Taz (ס״ק ה) — l'annulation rend le permis. Le Taz distingue nettement deux situations, et la distinction est toute la finesse du passage. Tant qu'on n'a pas cuit, tout était permis — la viande comme le légume —, et il n'y avait qu'un goût à craindre :
« אבל הכא כולו היתר הוא קודם הבישול » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ה)
« דאם יש ס׳ א״צ להסיר הבצלים כיון שלא היה שם איסור עליהם » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ה)
Ce n'est pas le cas du siman 106, où une pièce devenue interdite par absorption le reste pour toujours : là, la pièce ne peut plus revenir à son permis, tandis qu'ici rien d'interdit n'a jamais été absorbé. Mais le Taz ferme aussitôt la porte pour le couteau d'interdit :
« אבל נחתכו הבצלים בסכין של איסור נעשו נבילה ואף אם יש ס׳ צריך להסיר הבצלים » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ה)
Le חנ״נ vaut donc ici pour la mesure — soixante contre toute l'épaisseur — sans valoir pour l'irréversibilité, et seulement tant qu'il s'agit de viande et de lait, non d'un interdit proprement dit.
Nafka mina — soixante contre la lame entière (ט״ז ס״ק ד). Si l'on ignore à quel endroit du radis la lame a touché, on ne mesure pas au jugé : on mesure contre toute la lame, le manche excepté, parce qu'un homme ne retient pas ce dont il n'a pas la charge.
« דמילתא דלא רמיא עליה דאינש לא מידכר ע״כ צריך ס׳ נגד כל הלהב דסכין חוץ מהקתא » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ד)
Le Taz rapporte que tel est aussi l'avis du Maharchal. Pour la pratique — demande à ton Rav.
Et la solution de la dégustation ? (ט״ז ס״ק ב, ש״ך ס״ק ה). Le Mehaber offre une issue : goûter, et ne rien trouver. Deux A'haronim la referment en partie. Le Taz :
« כתוב בת״ח כלל ס״א דאין אנו בקיאין עכשיו בטעימה זו » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ב)
Le Chakh, lui, la maintient pour le cas déjà fait mais l'écarte לכתחילה :
« מיהו הוכחתי בספרי מן הש״ס דלכתחלה אסור לאכלו בכותח ע״י טעימה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ה)

6. Les autres aliments piquants — ail, oignon, poireau, raifort

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 2)

אם חתך בו שומין ובצלים וכרישין (ותמכא שקורין קרי״ן) (הגהת ש״ד והגהת או״ה שם) וכיוצא בהם מדברים החריפים ופירות חמוצים (אורחות חיים) ודגים מלוחים דינם שוה לחתוך בו צנון (שבולי לקט): הגה ומכל מקום מותר לאכול מרקחת חריפים של עובדי כוכבים כגון זנגביל וכיוצא בו דיש להם כלים מיוחדים לכך או תולשין אותו (מרדכי ואגודה פ׳ כיצד מברכין):

Le yessod — ce que recouvre « ושאר דברים חריפים ».
Tout ce que le seif énumère — ail, oignons, poireaux, le raifort que le Rama nomme קרי״ן, les fruits acides, les poissons salés — reçoit le din du radis, parce que tous font sortir du couteau ce qu'il a absorbé. On a vu au § 3 que, pour le Mehaber, ils n'interdisent un couteau qui n'a pas servi le jour même qu'à cause de la graisse, et pour le Séfer haTerouma à cause du piquant lui-même. Le Chakh ajoute une limite qui sert de contre-épreuve à tout le siman :
« מיהו ודאי בשאר דברים שאינם חריפים דין סכין כשאר כלים » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ו)
Le poisson salé, et pourquoi (ש״ך ס״ק ט״ז). Le poisson n'est pas piquant par nature ; c'est le sel qui le rend tel, et le Chakh l'écrit :
« דאז אגב חורפיה דמלח ודוחקא דסכינא בלעי טפי » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק ט״ז)
Il en tire aussitôt que la qualification dépend du degré : très salé, c'est un דבר חריף ; un peu de sel ne suffit pas à le faire entrer dans la catégorie.
Confitures et conserves piquantes des non-Juifs (Rama). Bien que le gingembre soit lui aussi piquant, le Rama permet les conserves piquantes des non-Juifs, pour deux motifs qu'il donne l'un après l'autre : ou bien les artisans כלים מיוחדים לכך, des ustensiles réservés à cet usage, ou bien ils détachent le fruit à la main et ne le coupent pas au couteau — et alors il n'y a pas de דוחקא דסכינא. On retrouve là que la pression du couteau est bien la condition de l'interdit. Le Chakh, sur ce même mot, réduit l'écart avec le ḥiltit : le gingembre n'est pas piquant au même point, et il ne faut pas être rigoureux à son sujet autant qu'on l'est pour le radis.
Les petits oignons (פתחי תשובה ס״ק ג). Le Pit'hei Techouva rapporte, au nom des écrits de Rabbi Daniel, une gradation à l'intérieur même du piquant :
« נראה דהני בצלים כשהם קטנים אינם חריפים כ״כ ואם חתכם בסכין שאינו בן יומו יש להקל במקום הפסד » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ג)
Le seuil n'est donc pas une frontière nette entre piquant et non piquant : c'est une échelle, et l'allègement reste attaché à la perte.

7. Les épices pilées au mortier — בן יומו et שאינו בן יומו

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 3)

תבלין שנדוכו במדוכה של בשר בן יומו אסור לאכלם בחלב. (וי״א אפי׳ אינו בן יומו) (רשב״א סימן תמ״ט ובארוך וע״ל סימן צ״ה סוף ס״ב בהג״ה):

Le yessod — le mortier à la place du couteau.
Ce que la lame est au radis, le mortier l'est à l'épice : le pilon exerce une pression, et l'épice piquante fait sortir du mortier ce qu'il a absorbé. Le Chakh rapporte les termes du Séfer haTerouma :
« דהא תבלין חזק וחריף » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י״ט)
Et il en tire, par le rapprochement même que le Séfer haTerouma opère avec le radis, que le mortier interdit même s'il n'a pas servi le jour même :
« ומשמע דאפילו כשאינו ב״י אוסר דהא מדמי ליה לצנון » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק י״ט)
Le mortier qui n'a pas servi le jour même :
ChitaMortier שאינו בן יומוSource
Le Mehaber Il écrit בן יומו seulement — d'où l'on entend que, sans cela, ce serait permis (dans la ligne du Maharam, pour qui seul le ḥiltit est piquant à l'extrême) מחבר ס״ג
Le Rama, au nom du Rachba (sim. 449) Interdit même s'il n'a pas servi le jour même — et le Chakh écrit que c'est là l'essentiel, et que tel est l'usage רמ״א ס״ג; ש״ך ס״ק י״ט
L'étonnement du Taz (ס״ק י) — le Mehaber contre le Mehaber. Le Taz relève que le Mehaber lui-même, au siman 103, tranche l'inverse :
« תמוה הוא דבסי׳ ק״ג סעיף ו׳ פסק הש״ע גופיה אפי׳ אינו בן יומו » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק י)
La question est donc interne : ce n'est pas le Rama qui contredit le Mehaber, c'est le Mehaber qui paraît se contredire d'un siman à l'autre.
Ce que le Chakh répond (ס״ק י״ט). Le Chakh pose la même difficulté et la résout non pas en réconciliant les deux endroits, mais en tranchant : puisque la halakha suit le יש אומרים du seif 1 — pour qui tout piquant est comme le ḥiltit —, il en va de même ici, et c'est pourquoi le Rama a glosé. Il renvoie aux endroits où le Rama écrit de même sans réserve (siman 95 fin du seif 2, siman 122 seif 3), et conclut que tel est l'avis de tous les A'haronim et l'usage reçu. La contradiction interne au Mehaber, elle, reste ouverte — c'est le Taz qui la pose et nul ne la referme ici.
Nafka mina — le raifort frotté dans un ustensile propre. Le yessod du Taz (ס״ק ג) revient ici et limite la rigueur du Rama : elle porte sur un mortier de viande qui a absorbé, non sur un ustensile entièrement propre, où il n'y a ni pression de lame ni graisse en nature.
« בתמכא שקורין קריי״ן שנמלל תוך קערה חולבת נקייה שמותר לאכול אותו הקריי״ן עם בשר כי אין כאן דוחקא דסכינא ולא שמנונית » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ג)
Le Chakh ajoute une limite d'une autre sorte, qui vaut d'être retenue : l'interdit tient au pilage, non au séjour dans le mortier — des épices simplement posées dans un mortier de viande ne sont pas concernées. Pour la pratique — demande à ton Rav.

8. Jus de citron et poissons salés — l'annulation dans la majorité

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (seif 4)

מי לימוני״ש שמביאים העובדי כוכבים וכן חתיכות דג מליח שמביאים העובדי כוכבים בחביות מותרים: הגה מפני שמביאים הרבה ביחד ואף אם נאסרו מקצתן שנחתכו בראשונה עם סכין עובד כוכבים נתבטלו באחרים הנחתכים אחר כן שאינן נאסרין כי כבר נתבטל טעם הסכין בראשונים ולכן כולם מותרים וכל כיוצא בזה (בית יוסף בשם שבולי לקט) ולכן אוכלים בקצת מקומות הכרוב שקורין קומפש״ט אע״ג דפרוס וחתוך ויש מקומות שמחמירין בזה ואין לשנות המנהג (מהרי״ו סי׳ מ״ט) אבל שאר דברים שאינם חריפין כגון תפוחים או לפתות יבשים וכדומה נוהגין בהן היתר כמו בלימוני״ש ואין להחמיר כלל (בארוך):

Le yessod — l'annulation dans la majorité en matière de piquant.
Chacune de ces denrées est piquante, et pourtant le Mehaber les permet. Le Rama en donne la raison : on en apporte beaucoup à la fois ; les premiers morceaux, coupés avec le couteau du non-Juif, ont bien pu devenir interdits, mais ils se sont annulés dans la majorité de ceux qui ont été coupés après eux — et ceux-là ne sont pas devenus interdits, puisque le goût du couteau s'était déjà épuisé dans les premiers. Le tout est donc permis.
La difficulté que le Chakh soulève et résout (ס״ק כ'). Le raisonnement du Rama semble se retourner contre lui : s'il suffit que le goût du couteau s'épuise dans les premiers morceaux, pourquoi exiger, au seif 1, soixante contre tout le radis coupé menu ? Le Chakh répond par une distinction de degré à l'intérieur du piquant :
« דלימוני״ש וכיוצא בו כיון שאינם חריפים כמו הצנון » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק כ׳)
Le radis, très piquant, fait ressortir jusqu'à ce qui est absorbé dans l'épaisseur de la lame ; le citron, moins piquant, n'extrait que ce qui adhère à la surface — et cela-là s'épuise dans les premiers morceaux. Le Chakh ajoute qu'il ne faut pas s'appuyer sur ce seul motif en droit strict, et que ce qui rend l'usage tenable est la conjonction de plusieurs allègements : le goût déjà épuisé, la possibilité d'ustensiles réservés, et les poskim qui allègent sur le couteau qui n'a pas servi le jour même.
Le partage du Rama entre piquant et non piquant :
CatégorieLe din
Aliments piquants — chou (קומפש״ט), poissons salés, jus de citron Permis au titre de l'annulation dans la majorité ; mais il est des lieux où l'on est rigoureux, et l'on ne change pas l'usage
Non piquants — pommes, navets secs et semblables Permis comme le jus de citron, et ואין להחמיר כלל
Les pommes acides ne sont pas piquantes (ט״ז ס״ק ט). Le Taz écrit, au nom du Torat Ḥatat rapportant le איסור והיתר :
« דתפוחים חמוצים לא מיקרי דבר חריף » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ט)
Et il ajoute qu'en cas de perte on peut s'appuyer là-dessus. En revanche, la boisson faite en Russie de son et d'eau, qu'on appelle בארש״ט, est bien un דבר חריף selon lui :
« ואותו משקה שעושין במדינות רוסי״א מסובין עם מים שקורין אותו בארש״ט נראה פשוט דמיקרי דבר חריף » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק ט)
Le בארש״ט et les eaux de son (פתחי תשובה ס״ק ד). Le Pit'hei Techouva rapporte la décision du Peri Megadim, qui fait dépendre la qualification de l'aptitude à être bu tel quel :
« דאם אינו יכול לשתותו חי הוי ד״ח כצנון וכשיכולין לשתות חי הוי כפירות חמוצים דשרי במקום הפסד » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ד)
Pour les eaux de son, le même passage distingue selon le moment : si l'eau a été chauffée dans une marmite laitière du jour, c'est interdit לכתחילה et permis בדיעבד seulement, au titre du נ״ט בר נ״ט —
« אם הוחמו המים בקדרה חולבת ב״י לכתחלה אסור ובדיעבד שרי דהוי נ״ט בר נ״ט » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ד)
— la raison étant qu'au moment où l'eau a reçu le goût, elle n'était pas encore piquante, l'acidité n'étant venue qu'après. Le Pit'hei Techouva rapporte ensuite que le Peri Tevoua conteste ce point même. Pour la pratique — demande à ton Rav.
La cohérence exigée par le Taz (ס״ק י״ב). Le Taz observe que les lieux qui sont rigoureux sur le chou ne peuvent pas tenir le motif du Rama — puisque du chou aussi on en prépare beaucoup à la fois — et qu'ils doivent donc l'être également sur les conserves piquantes et le jus de citron :
« להמחמירים בכרוב פרוס אחר חמיצותו יחמירו ג״כ במרקחת חריפים ומי לימוני״ש » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק י״ב)
Autrement, dit-il, ce seraient deux positions qui se contredisent l'une l'autre.

9. Grattage et rinçage · le goût qui annule — concombres, navet, radis

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 5)

חתך קישואים בסכין של בשר מותר לאכלם בחלב בגרידה בלבד שיגרוד ממקום החתך ואם חתך בו לפת אפי׳ גרידה אינו צריך אלא הדחה בעלמא ולא עוד אלא אפילו צנון שחתך אחר הלפת שרי בהדחה כמו הלפת לפי שטעם הלפת משונה ומבטל טעם הנפלט מהסכין: הגה ודוקא לפת שטעמו משונה אבל ירק או לחם ושאר דברים לא ואפי׳ בלפת אין להתיר לחתוך צנון רק פעם אחת אבל לא הרבה פעמים אם לא שחתך כל פעם לפת בין חתיכת צנון לצנון (ב״י בשם סמ״ג):

Le yessod — une échelle du piquant, et une échelle de l'ôtement.
Ce qu'il faut retirer varie avec le piquant et avec l'humidité :

• Le radis, piquant — נטילת מקום, l'épaisseur d'un doigt.
• Les concombres, humides — גרידה seulement, un grattage moindre qu'un épluchage.
• Le navet, dont le goût est autre — ni grattage ni épluchage, un simple rinçage.
Ce qu'est un grattage, et pourquoi le rinçage ne suffit pas (ט״ז ס״ק י״ד, ש״ך ס״ק כ״א). Le Taz :
« הדחה לא סגי כיון שהוא לח והגרידה פחותה מקליפה » (ט״ז יו״ד צ״ו ס״ק י״ד)
Le Chakh donne la définition technique, au nom du Ran :
« והוא פחות מקליפה שהקליפה צריך שתהא גסה קצת כדי שתוכל להנטל כולו כאחד » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק כ״א)
Et il retourne alors l'argument de l'humidité d'une façon qu'on n'attendait pas : ce n'est pas que l'humidité fasse pénétrer le goût plus profond, c'est qu'elle empêche le rinçage d'emporter quoi que ce soit —
« אלא שמתוך לחותה א״א להדיח אותה דאדרבה ע״י ההדחה נסרך בהם יותר ולכך סגי בגרידה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק כ״א)
— l'eau, au contraire, y fait adhérer davantage. En droit strict, dit-il, un rinçage suffirait, puisqu'il s'agit de froid sur froid ; c'est l'impossibilité pratique de rincer utilement qui impose le grattage. Le Taz, lui, en fait une question de profondeur. Les deux lectures tiennent, et la page ne tranche pas entre elles.
Ḥakira — qu'est-ce que le navet « annule » ? Ce n'est pas une annulation par soixante : il n'y a ici aucune mesure. C'est une annulation par différence de goût — le goût du navet, étant autre que celui que la lame a relâché, le recouvre et le dissipe. Ce qui annule, c'est donc le goût autre, et non le goût simplement plus fort ; le Rama le dit en excluant le reste : ni légume, ni pain, ni rien d'autre.
Nafka mina — une fois seulement, ou du navet entre chaque fois (Rama). Puisque l'annulation par le navet est limitée, on ne permet de couper un radis après le navet qu'פעם אחת — une seule fois : deux radis de suite, et il n'y a plus rien qui annule, à moins de recouper du navet entre l'un et l'autre, ce qui renouvelle l'annulation. Le Chakh rapporte en outre que le Maharchal permet même לכתחילה de couper le radis après le navet, contre le איסור והיתר :
« אבל מהרש״ל באו״ש ובספרו שם חולק על האו״ה ומתיר אפילו לכתחלה » (ש״ך יו״ד צ״ו ס״ק כ״ג)
Mais il ajoute qu'il est défendu de couper du navet exprès pour pouvoir ensuite y couper le radis. Pour la pratique — demande à ton Rav.
Le poisson et le frottement (פתחי תשובה ס״ק ה). Le Pit'hei Techouva rapporte le Ḥavot Yaïr sur un poisson ouvert par un non-Juif avec son couteau :
« והורה שידיחנו וישפשף במקום נגיעת הסכין יפה יפה » (פתחי תשובה יו״ד צ״ו ס״ק ה)
La question qu'il se pose est précisément celle du seif : le poisson est humide comme les concombres, et devrait donc demander un grattage. Sa réponse est qu'un poisson ne se gratte pas — on y perdrait la chair —, et qu'un frottement énergique à l'eau y tient lieu de grattage.

10. Ḥakira et nafka minot pour la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ḥakira d'ensemble du siman : quelle est la force de l'aliment piquant, jusqu'où l'interdit se répand, et par quelle mesure on l'ôte ?
Nafka minot pour la pratique, telles qu'elles ressortent des A'haronim rapportés ci-dessus :
  1. Radis ou bette coupés au couteau de viande du jour → interdits avec du lait tant qu'on n'a pas ôté נטילת מקום ou goûté ; et selon l'usage rapporté par le Rama, le tout est interdit לכתחילה.
  2. Coupé דק דק → soixante contre tout le radis ; mais si la lame est là et plus petite que le radis, le Chakh mesure contre la lame. Si l'on ignore où la lame a touché → soixante contre toute la lame, le manche excepté.
  3. Les autres piquants — ail, oignon, poireau, raifort, fruits acides, poissons salés → le din du radis ; petits oignons, moins piquants, on allège en cas de perte avec un couteau qui n'a pas servi le jour même.
  4. Épices pilées au mortier → interdites ; et pour le Rama, même si le mortier n'a pas servi le jour même. Raifort frotté dans un ustensile propre, sans couteau ni graisse → permis.
  5. Concombres → grattage ; navet → rinçage ; radis coupé après le navet → rinçage, une seule fois, ou du navet entre chaque fois.
Pour la pratique — demande à ton Rav.

11. Tableaux de synthèse

↩ Explication détaillée (niveau 1)

L'aliment, et la mesure de l'ôtement

L'aliment / le cas Le résultat et la mesure Source
Radis ou bette, couteau de viande du jour Interdits avec du lait ; נטילת מקום (l'épaisseur d'un doigt) ou dégustation מחבר ס״א; ט״ז ס״ק א; ש״ך ס״ק ד
Coupé דק דק Soixante contre tout le radis ; sauf si la lame est là et plus petite (Chakh) רמ״א ס״א; ב״י בשם סמ״ק; ש״ך ס״ק ט
Couteau d'interdit (Rachba, Ran) Le tout interdit לכתחילה ; בדיעבד, כדי נטילה רמ״א ס״א; ט״ז ס״ק ז; ש״ך ס״ק י
On ignore où la lame a touché Soixante contre toute la lame, le manche excepté ט״ז ס״ק ד; רש״ל
Ail · oignon · poireau · raifort · fruits acides · poissons salés Le din du radis מחבר ס״ב; ש״ך ס״ק ט״ז
Épices pilées dans un mortier de viande Interdites ; pour le Rama, même si le mortier n'a pas servi le jour même מחבר ס״ג; רמ״א; ש״ך ס״ק י״ט
Raifort frotté dans une écuelle propre Permis — ni pression de lame, ni graisse ט״ז ס״ק ג
Jus de citron · poissons en tonneaux · chou Permis — annulation dans la majorité מחבר ס״ד; רמ״א; ש״ך ס״ק כ׳
Concombres Grattage seulement מחבר ס״ה; ט״ז ס״ק י״ד; ש״ך ס״ק כ״א
Navet · radis coupé après le navet Rinçage seulement — le goût autre annule מחבר ס״ה; רמ״א; ש״ך ס״ק כ״ג

Les ma'hlokot du siman

Sujet Première chita Seconde chita
Ce qui interdit un couteau qui n'a pas servi le jour même Le Maharam — le seul קורט של חלתית Le Séfer haTerouma — tout aliment piquant
L'étendue dans le radis Le Mehaber — נטילת מקום (דק דק → le tout) Le Rachba et le Ran — כולו אסור (לכתחילה)
Mortier qui n'a pas servi le jour même Le Mehaber — il faut qu'il ait servi le jour même Le Rama, au nom du Rachba — interdit même sinon
Le doute sur un radis déjà coupé Le Rama — on allège ; le Kreti ouPleti y ajoute la présomption de permis, et le Toldot Yits'hak le confirme par un autre chemin Le Chakh — l'allègement du doute ne vaut que pour le raifort, non pour le radis (פ״ת ס״ק ב)
La dégustation comme solution Le Mehaber — elle vaut, et même לכתחילה Le Chakh — בדיעבד seulement ; le Taz — on ne sait plus goûter (ס״ק ב)
Le בארש״ט Le Peri Megadim — s'il n'est pas buvable tel quel, c'est un דבר חריף comme le radis Le Peri Megadim — s'il est buvable, c'est comme les fruits acides, permis en cas de perte (פ״ת ס״ק ד)

Les sources de la sougya

גמרא : עבודה זרה ל״ט ע״א (קורט של חלתית) · חולין קי״א ע״ב (דגים שעלו בקערה — נ״ט בר נ״ט)
ראשונים : רש״י · רשב״א · ר״ן · מהר״ם מרוטנבורג · ספר התרומה · סמ״ק · סמ״ג · טור · איסור והיתר הארוך · שבלי הלקט · אורחות חיים · מרדכי · אגודה
אחרונים : בית יוסף · רמ״א · תורת חטאת · ש״ך · ט״ז · מהרש״ל · מהרא״י · מהרי״ו · לבוש · כרתי ופלתי · פרי מגדים · פתחי תשובה · משכנות יעקב · חוות יאיר · תולדות יצחק · פרי תבואה

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
Pilpoul et iyoun sur le דבר חריף coupé au couteau de viande · Siman 96 · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est destiné à l'étude et à l'iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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