Siman 106 — Comment on annule dans 60 : le calcul proportionnel (לפי חשבון) et le morceau qui a absorbé un interdit — Psika lema'asse
סימן ק״ו · הלכה למעשה
דִּין הֵיאַךְ מְבַטְּלִין בְּשִׁשִּׁים
פסק המחבר והרמ״א · הכרעת נושאי הכלים · פסיקת הספרדים והאשכנזים בזמננו
⚖️ פסק הלכה ולמעשה ⚖️
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Halakha lema'asse — la psika pratique
Du psak du Mehaber et du Rama, à l'arbitrage du Shach, du Taz, du Pri Megadim
et du Pithei Teshuva, jusqu'aux poskim séfarades et ashkénazes contemporains
Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״ו (ב׳ סעיפים)
עם נושאי הכלים: ש״ך, ט״ז, פרי מגדים, פתחי תשובה
⚠ Avertissement de niveau :
Ce niveau n'est pas « Daat HaRav » : le Choulhan Aroukh HaRav
(Admour HaZaken) ne couvre pas le Yoreh De'ah, donc pas le Siman 106.
C'est un niveau de psika pratique : ce que l'on fait, et à qui demander.
Rédaction et iyun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Comment lire ce niveau. Chaque affirmation est ancrée soit dans le texte du Choulhan Aroukh et de ses nossei kelim (Shach, Taz, Pri Megadim, Pithei Teshuva), soit dans une responsa nommée des poskim contemporains. Sur le Yoreh De'ah, il n'y a ni Mishna Berurah (qui ne commente que l'Orach Chaim), ni Choulhan Aroukh HaRav / Daat HaRav (l'Admour HaZaken n'a pas écrit le YD). Toute application concrète (lema'asse) se conclut par le renvoi à ton Rav : les cas réels mêlent des détails de fait (proportions exactes, viande grasse ou maigre, interdit collé ou non, reconnu ou non, liquide ou solide) que seul un posek voyant ta situation peut trancher.
📑 תוכן העניינים
שורש הסימן — היאך מבטלין בששים, לפי חשבון (סעיף א')
Le calcul proportionnel (לפי חשבון). Un morceau qui a absorbé un interdit sans avoir 60 pour l'annuler, et qui tombe dans une marmite : il n'interdit qu'au prorata de l'interdit qu'il contient. Si ce qui est dans la marmite, joint au morceau lui-même, totalise 60 contre l'interdit absorbé en lui → ce qui est dans la marmite est permis.
Mais le morceau lui-même est interdit, parce que l'interdit qui est en lui n'en sort pas complètement (אפשר לסוחטו אסור).
— Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 106:1 · base talmudique : sougya du כחל (Houllin 100) · Sefaria YD 106:1
1. שורש הסימן — היאך מבטלין בששים
Le fondement. Le titre du siman l'annonce : דין היאך מבטלין בששים — « la loi : comment on annule dans soixante ». Le cas-type n'est pas l'interdit qui tombe directement dans la marmite, mais le morceau qui a déjà absorbé un interdit (חתיכה שבלעה איסור) sans avoir eu 60 contre lui, et qui ensuite tombe dans une marmite. La question : que compte-t-on dans les 60 — l'interdit absorbé seul, ou tout le morceau ?
Deux foyers d'interdit (seif 1). Il faut distinguer deux objets : (a) ce qui est dans la marmite (le bouillon, les autres morceaux) — il peut être permis si l'on a 60 contre le seul interdit absorbé ; (b) le morceau lui-même qui a absorbé l'interdit — il reste interdit, car ce qu'il a absorbé « n'en sort pas complètement ». C'est la racine de tout le siman : un même morceau peut interdire « au prorata » le reste, tout en restant lui-même interdit.
Pourquoi « au prorata » et non « tout le morceau »
Selon le Mehaber (qui suit le dîn), un morceau qui n'a fait qu'absorber un interdit — sans être interdit par lui-même — n'est pas devenu un « corps interdit » : il n'interdit donc qu'en proportion de l'interdit absorbé (לפי חשבון), et le morceau se joint au décompte des 60. C'est exactement le point que le Rama va contester pour notre usage, au nom de חתיכה נעשית נבילה (cf. siman צ״ב).
2. פסק המחבר והרמ״א — la carte du siman
Le Siman 106 compte 2 seifim. Le Mehaber pose le principe du calcul proportionnel (seif 1) et la conduite pratique du retrait d'un morceau (seif 2) ; le Rama (הגה) glose chacun des deux seifim au nom de notre usage de חתיכה נעשית נבילה dans tous les interdits. Voici la carte d'ensemble, telle qu'elle ressort du texte lui-même.
Seif
Sujet
Psak (ancré dans le texte)
1
לפי חשבון ; le morceau reste interdit ; liquide / solide
Morceau qui a absorbé un interdit sans 60, tombé dans une marmite : il n'interdit qu'au prorata de l'interdit absorbé ; 60 contre l'interdit absorbé (le morceau se joignant au compte) → le reste de la marmite est permis ; mais le morceau lui-même reste interdit (אפשר לסוחטו אסור). Différence avec נבלל ונימוח (liquide qui se dissout) : du sang dans du jus de permis, puis le permis augmente jusqu'à 60 → tout permis. Rama : selon notre usage חנ״נ dans tous les interdits, pas de différence liquide/solide, sauf que si l'élément interdit est solide (יבש) et qu'il y a 60 → on le retire si on le reconnaît ; non reconnu → annulé sauf חתיכה הראויה להתכבד. Voir simanim 92 et 99.
2
retirer un morceau d'une marmite (conduite pratique)
Morceau contenant du חלב, cuit dans une marmite qui a 60 contre le חלב : ne rien retirer de la marmite tant que le morceau d'interdit y est (il pourrait rester en dernier sans 60) ; ne pas le sortir non plus en premier (le חלב en lui l'interdirait). Remède : laisser jusqu'à ce que la marmite refroidisse. Rama : selon חתיכה נעשית נבילה, on retire le morceau interdit et le reste est permis.
כלל הפסק של הסימן :
חתיכה שבלעה איסור ואין בה ס׳, ונפלה לקדרה — אינה אוסרת אלא לפי חשבון איסור שבה, והחתיכה עצמה אסורה (אפשר לסוחטו אסור). וכל זה לשיטת המחבר ; אבל למנהגנו שחתיכה נעשית נבילה בכל האיסורים — צריך ס׳ כנגד כל החתיכה, ומסירין את החתיכה האסורה והשאר מותר.
3. לפי חשבון איסור שבה — le calcul proportionnel
חתיכה שבלעה איסור ואין בה ששים לבטלו, שנפלה לקדרה — אינה אוסרת אלא לפי חשבון איסור שבה. שאם יש במה שבקדרה, מצורף עם החתיכה עצמה, ששים כנגד איסור הבלוע בה — מותר מה שבקדרה.
— שולחן ערוך יו״ד ק״ו:א
Le Mehaber (Shach s.k. 1). Le morceau n'a pas été interdit « par lui-même » : il n'a fait qu'absorber un interdit (sans avoir eu 60). Donc, lorsqu'il tombe dans une marmite, il n'interdit qu'au prorata de l'interdit qu'il contient — on compte 60 contre le seul interdit absorbé, et non contre tout le morceau. Le Shach (s.k. 1) souligne que c'est la position du Mehaber (pas de חנ״נ dans les autres interdits), mais que pour nous, le compte est différent (renvoi YD 99:3,5).
Le morceau se joint au compte (מצורף עם החתיכה עצמה). Le texte précise un point pratique majeur : on additionne, contre l'interdit absorbé, tout ce qui est dans la marmite plus le corps du morceau lui-même. La masse permise du morceau aide donc à atteindre les 60 contre la petite quantité d'interdit qu'il a absorbée. Si l'on y arrive → ce qui est dans la marmite est permis.
Lema'asse (לפי חשבון). Dans la voie du Mehaber, on n'évalue les 60 que contre la petite quantité d'interdit absorbée (et le morceau se joint au compte) — pas contre tout le morceau. Mais le calcul exact (quelle est la quantité absorbée, ce qui compte dans la marmite) dépend du cas, et notre usage diffère (§5). Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
4. אפשר לסוחטו אסור — le morceau lui-même reste interdit
אבל החתיכה עצמה אסורה, לפי שאיסור שבה אינו נפלט ממנה לגמרי.
— שולחן ערוך יו״ד ק״ו:א
« Ce qu'on pourrait en exprimer est interdit » (Shach s.k. 2). Même quand le reste de la marmite est permis, le morceau lui-même demeure interdit : l'interdit qu'il a absorbé ne sort jamais totalement de lui. C'est le principe אפשר לסוחטו אסור — « ce qu'on pourrait en presser est interdit ». Le Shach (s.k. 2) note que le morceau reste toujours interdit, même selon Rabbenou Ephraïm ; et pour nous (חנ״נ), c'est a fortiori le cas.
La lecture du Taz (s.k. 1) — אפשר לסוחטו seulement en bassar be-halav
Le Taz (s.k. 1, longue) rattache la question à la sougya du כחל (la mamelle, Houllin 100), « נפלה לקדירה אחרת ». Il pose que אפשר לסוחטו אסור ne vaut que pour bassar be-halav [cf. siman צ״ב], car כל דתיקון רבנן כעין דאורייתא ; dans les autres interdits, où אפשר לסוחטו מותר, même le morceau serait permis. Le Rashba, lui, craint que tout l'interdit ne soit pas sorti à la première cuisson — sans différence bb"h / autres → le morceau reste interdit.
Lema'asse (le morceau interdit). Retiens que le morceau qui a absorbé l'interdit reste, en principe, interdit — אפשר לסוחטו אסור — même quand le bouillon est permis. Selon qu'on parle de bassar be-halav ou d'un autre interdit, et selon les écoles, ce morceau peut être traité différemment. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
5. חתיכה נעשית נבילה — la divergence centrale séfarade / ashkénaze
Mehaber (séfarade) vs Rama (ashkénaze) — la mahloket de psak du siman
Mehaber (séfarade) : חנ״נ s'applique seulement en bassar be-halav. Dans les autres interdits, le morceau qui a seulement absorbé n'interdit qu'au prorata (לפי חשבון), et il n'est interdit lui-même que par אפשר לסוחטו — donc on compte 60 contre le seul interdit absorbé, le morceau se joignant au compte.
Rama / usage ashkénaze :חתיכה נעשית נבילה dans tous les interdits (Shach s.k. 1-2, 5-6). Le morceau entier devient נבילה → il faut 60 contre tout le morceau (là où l'interdit est collé), et non plus seulement contre l'interdit absorbé. Renvoi explicite au siman צ״ב.
Liquide / solide (Shach s.k. 3-4) : le Shach applique חנ״נ aussi en לח בלח quand il n'y a pas הפסד גדול (cf. Rama 92:4) ; en cas de הפסד גדול ou de חתיכה הראויה להתכבד, l'analyse s'affine (§6).
Conditions (Shach s.k. 5-6) : pour nous, 60 contre tout le morceau là où le חלב est collé ; le morceau reste interdit. Conditions du salage préalable, חלב דרבנן / בהמה כחושה — détails qui pèsent lema'asse.
הכרעה. La divergence pratique du siman 106 est exactement celle du חנ״נ : pour le séfarade (Mehaber), dans les interdits autres que bassar be-halav, on raisonne en לפי חשבון (60 contre l'interdit absorbé), et le morceau n'est interdit que par אפשר לסוחטו. Pour l'ashkénaze (Rama), le morceau est devenu נבילה dans tous les interdits → on compte 60 contre tout le morceau, et on le retire. C'est la clé de tout le seif 1.
Renvoi au siman צ״ב (chatikha naasit nevila). Le siman 106 présuppose le débat développé au siman צ״ב : là, le Rama tranche que l'usage applique חנ״נ à tout issour (« ואין לזוז »). Ici, le seif 1 en tire la conséquence directe sur le décompte des 60 : selon le Mehaber, 60 contre l'interdit absorbé ; selon le Rama, 60 contre le morceau entier. Garde présent que le renvoi « סימן צ״ב » dans le corps est légitime.
Lema'asse (חתיכה נעשית נבילה). Le séfarade suit le Mehaber : dans les autres interdits, 60 contre l'interdit absorbé (לפי חשבון). L'ashkénaze suit le Rama : 60 contre tout le morceau, qu'on retire. Savoir s'il s'agit de bassar be-halav ou d'un autre interdit, si l'interdit est collé, si le morceau est dans le bouillon, est une question de fait. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
6. נבלל ונימוח לעומת יבש — liquide qui se dissout vs solide
מה שאין כן בדבר הנבלל ונימוח, כגון דם וכיוצא בו שנפל לתוך רוטב של היתר ואסרו מחמת מיעוטו, ואחר כך נתרבה רוטב ההיתר עד שיש ס׳ לבטל כל הדם — הכל מותר, מפני שהכל מעורב ונימוח.
— שולחן ערוך יו״ד ק״ו:א · הגה: ולדידן דחתיכה נעשית נבילה בכל האיסורים
Situation
Mehaber (dîn)
Rama (notre usage)
Liquide qui se mélange et se dissout (נבלל ונימוח) — du sang dans du jus, puis le permis augmente jusqu'à 60
Tout permis — le tout est mélangé et dissous
Tout permis dès qu'il y a 60 contre ce qui a été interdit en premier
Élément interdit déjà solide (יבש), avec 60 contre lui
(le morceau interdit reste au prorata)
Le morceau interdit en premier reste dans son interdit → on le retire si on le reconnaît
Solide non reconnu
—
Annulé s'il n'est pas une חתיכה הראויה להתכבד (sinon non, siman 101)
La distinction liquide / solide (Shach s.k. 3-4). Pour un liquide qui se mélange et se dissout (נבלל ונימוח) — du sang tombé dans un jus de permis, qui l'a d'abord interdit faute de 60, puis le permis augmente jusqu'à 60 contre tout le sang → tout est permis, car le mélange est continu. Pour un solide (יבש), le Rama tranche (selon חנ״נ) que le morceau interdit en premier reste interdit : on le retire si on le reconnaît ; non reconnu → annulé sauf s'il est une חתיכה הראויה להתכבד (davar hashouv qui ne s'annule pas — siman 101). Le Shach (s.k. 3) ajoute חנ״נ même en לח בלח quand il n'y a pas הפסד גדול (Rama 92:4) ; s.k. 4 affine לח/יבש et le הפסד גדול.
Lema'asse (liquide / solide). Liquide qui se dissout puis est dilué jusqu'à 60 → tout permis (mélange continu). Solide (selon notre usage) → le morceau interdit reste interdit : on le retire si on le reconnaît ; sinon il est annulé, sauf s'il est une חתיכה הראויה להתכבד. Qualifier « liquide ou solide », « reconnu ou non », « ראוי להתכבד », est une question de fait. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
7. נוטל חתיכה מן הקדרה — retirer un morceau (seif 2)
חתיכה שיש בה חלב, שנתבשלה בקדרה שיש בה ששים לבטל החלב — צריך ליזהר שלא יטול כלום מן הקדרה בעוד שחתיכת האיסור בתוכה, שמא תישאר באחרונה בעת שאין בקדרה ס׳ לבטל החלב. וגם לא יטלנה תחילה, שהחלב שבה אוסרתה. ומה תקנתה ? יניחנה עד שתצטנן הקדרה.
Le dilemme du seif 2 (Mehaber). Un morceau contenant du חלב cuit dans une marmite qui a 60 contre le חלב. Tant que ce morceau d'interdit y est encore, il faut prendre garde de ne rien retirer de la marmite : on craint que le morceau d'interdit ne reste en dernier, à un moment où la marmite n'a plus 60 pour annuler le חלב. Mais on ne le sortira pas non plus en premier, car le חלב qui est en lui l'interdirait (il n'a pas 60 contre lui à part). Le remède du Mehaber : laisser jusqu'à ce que la marmite refroidisse (alors il n'y a plus de transfert de goût).
Le Taz (s.k. 2) — pourquoi « laisser » suffit ici. Le Taz précise une différence importante avec le seif 1 : là, le morceau était déjà interdit par absorption ; ici, il n'a pas encore absorbé le חלב qui est dessus, et tant que tout reste dans la marmite, la פליטה se répartit également (le morceau dégorge dans le reste, qui a 60). C'est pourquoi le simple fait de le laisser jusqu'au refroidissement rend l'ensemble permis — il ne devient pas un « corps interdit » figé.
Le Rama (selon חנ״נ) — Shach s.k. 7
Pour le Rama, dès lors que חנ״נ s'applique, la conduite est plus simple : on retire le morceau interdit, et le reste est permis. Le Shach (s.k. 7) note que, selon חנ״נ, retirer le morceau ne nuit pas (מזיק rien) au reste — car le reste a 60 contre ce que le morceau a dégorgé. Ainsi, là où le Mehaber dit « laisse refroidir », le Rama dit « retire le morceau ».
Lema'asse (retirer un morceau). Selon le Mehaber : ne retire rien tant que le morceau d'interdit est dans la marmite (risque qu'il reste en dernier sans 60), ne le sors pas non plus en premier, et laisse refroidir. Selon le Rama (חנ״נ) : retire le morceau interdit, le reste est permis. Savoir s'il reste 60, si le morceau est reconnu, est une question de fait. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
8. פתחי תשובה — נודע ביהודה et תפארת צבי
Pithei Teshuva (s.k. 1) — le Noda BiYhuda (ח"יד 20) : אפשר לסוחטו מותר si le morceau a absorbé un interdit de son espèce (מינו) par salage (מליחה) ; dans ce cas, même ce morceau-là est permis — et même pour nous. Détail important : tout dépend de la nature de l'interdit absorbé (même espèce ou non) et du mode d'absorption (salage et non cuisson).
Pithei Teshuva (s.k. 2) — le Tiferet Tsvi sur le כבוש (le marinage) : de même, si un mets cuit avec 60 refroidit et que le permis diminue ensuite sous 60, le marinage (כבוש כמבושל) peut rendre la chose interdite. Le facteur temps (combien de temps les éléments restent ensemble une fois sous 60) devient alors décisif.
Ce que le Pithei Teshuva ajoute au seif. Les deux notes du Pithei Teshuva nuancent le principe אפשר לסוחטו אסור du seif 1 et la conduite du seif 2 : (1) il existe des cas où אפשר לסוחטו מותר (interdit de même espèce, absorbé par salage) — le morceau même est alors permis ; (2) le danger n'est pas seulement « rester en dernier » dans la cuisson, mais aussi le כבוש après refroidissement si le permis tombe sous 60. Détails à ne pas trancher seul.
Lema'asse (Pithei Teshuva). Selon le Noda BiYhuda, un morceau qui a absorbé un interdit de même espèce par salage peut être permis (אפשר לסוחטו מותר) ; selon le Tiferet Tsvi, attention au כבוש après refroidissement, qui peut interdire si le permis descend sous 60. Ces distinctions (même espèce, salage vs cuisson, durée du marinage) sont des questions de fait. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
9. פסיקת הספרדים בזמננו — la psika séfarade contemporaine
Note de méthode. Les responsa qui suivent (Yabia Omer, Yehavé Daat, Yalkout Yossef, Or LeTzion) prolongent les principes du siman 106 ci-dessus pour des cas modernes. Elles ne figurent pas dans le corpus du siman ; elles sont citées comme courants de psika reconnus, à confirmer auprès d'un Rav avant toute application.
La psika séfarade contemporaine (école du Rav Ovadia Yossef, Rav Ben-Tzion Abba Chaoul) suit exactement le Mehaber : dans les interdits autres que bassar be-halav, le morceau qui a seulement absorbé n'interdit qu'au prorata (לפי חשבון) — on compte 60 contre le seul interdit absorbé (le morceau se joignant au compte) — et il n'est interdit lui-même que par אפשר לסוחטו. L'école séfarade ne retient pas le חנ״נ pour les autres interdits, et tend à alléger en הפסד גדול, comme le rappelle le Pithei Teshuva au nom du Noda BiYhuda.
Cas concret
Orientation séfarade (à vérifier)
Morceau ayant absorbé un autre interdit, tombé dans une marmite
לפי חשבון : 60 contre l'interdit absorbé seul ; le morceau se joint au compte ; pas de חנ״נ hors bassar be-halav.
Le morceau lui-même
אפשר לסוחטו אסור en bassar be-halav ; dans d'autres interdits, on est plus indulgent — surtout en הפסד גדול (Noda BiYhuda).
Liquide qui se dissout (נבלל ונימוח)
Dilué jusqu'à 60 → tout permis, mélange continu.
Retirer un morceau d'une marmite (seif 2)
Suivre le Mehaber : ne pas retirer tant que le morceau d'interdit y est ; laisser refroidir.
Ancrage dans le siman. Tout ceci découle du texte : לפי חשבון (seif 1), אפשר לסוחטו אסור (seif 1), la distinction נבלל ונימוח / יבש (seif 1), et la conduite du retrait (seif 2). Les responsa contemporaines appliquent ces règles aux cuisines d'aujourd'hui, en restant fidèles à la voie du Mehaber.
10. פסיקת האשכנזים — la psika ashkénaze
Note de méthode. Même remarque : ces courants prolongent le Rama et les nossei kelim ; ils sont cités comme repères de psika, à confirmer auprès d'un Rav.
La psika ashkénaze part du Rama et des acharonim (Hokhmat Adam, Aroukh Hachoulhan YD, et pour le XXᵉ siècle l'Iggrot Moshe). Le trait du Rama qui domine ce siman : חתיכה נעשית נבילה בכל האיסורים. Conséquences directes : (1) on compte 60 contre tout le morceau (et non contre l'interdit absorbé seul) ; (2) pour le solide interdit, on retire le morceau si on le reconnaît (sinon annulé sauf חתיכה הראויה להתכבד) ; (3) au seif 2, on retire simplement le morceau interdit, le reste est permis (Shach s.k. 7).
Cas concret
Orientation ashkénaze (à vérifier)
Morceau ayant absorbé un interdit, tombé dans une marmite
חנ״נ : 60 contre tout le morceau (Shach s.k. 1-2, 5-6), pas seulement contre l'interdit absorbé.
Solide interdit reconnu / non reconnu
Reconnu → on le retire ; non reconnu → annulé sauf חתיכה הראויה להתכבד (siman 101).
Liquide qui se dissout (נבלל ונימוח)
Permis dès qu'il y a 60 contre ce qui a été interdit en premier ; חנ״נ aussi en לח בלח hors הפסד גדול (Shach s.k. 3).
Retirer un morceau (seif 2)
On retire le morceau interdit, le reste est permis (Rama, Shach s.k. 7).
Habad — uniquement par des sources réelles. Le Choulhan Aroukh HaRav ne couvre pas le Yoreh De'ah ; il n'y a donc pas de « Daat HaRav » sur le siman 106. Pour la pratique Habad sur ces questions, on se réfère aux responsa du Tzemach Tzedek et au Sefer HaMinhagim Habad lorsqu'ils traitent explicitement d'un point — et l'on s'abstient d'attribuer à l'Admour HaZaken un psak qu'il n'a pas écrit ici.
11. מקרים מודרניים — cuisine d'aujourd'hui
Comment le siman 106 éclaire la cuisine. Trois outils du siman servent à trancher les cas modernes : (1) לפי חשבון — 60 contre l'interdit absorbé seul (seif 1) ; (2) אפשר לסוחטו אסור — le morceau qui a absorbé reste interdit (seif 1) ; (3) la conduite du retrait, et la divergence חנ״נ (seif 2).
Cas moderne
Outil du siman
Orientation (à confirmer auprès du Rav)
Un morceau de viande ayant absorbé un peu de lait (sans 60) tombe dans un grand plat de viande
Seif 1 (לפי חשבון)
Séfarade : on compte 60 contre le lait absorbé seul (le morceau se joint au compte) → le plat permis, mais le morceau reste interdit (bassar be-halav). Ashkénaze : 60 contre tout le morceau (חנ״נ), qu'on retire.
Une boulette ayant absorbé un autre interdit (non bassar be-halav) tombe dans la marmite
Seif 1 (לפי חשבון ; חנ״נ)
Séfarade : לפי חשבון, 60 contre l'interdit absorbé seul ; le morceau interdit seulement par אפשר לסוחטו. Ashkénaze : חנ״נ → 60 contre tout le morceau.
Du sang (liquide) tombé dans un jus, puis on ajoute du jus permis jusqu'à 60
Seif 1 (נבלל ונימוח)
Tout permis — le liquide se mélange et se dissout, et il y a 60 contre tout le sang.
Retirer une boulette (contenant du חלב) d'une marmite qui a 60
Seif 2 (retirer un morceau)
Mehaber : ne pas retirer tant que la boulette d'interdit y est ; ne pas la sortir en premier ; laisser refroidir. Rama : retirer la boulette interdite, le reste permis.
Un mets cuit avec 60 qui refroidit, puis le permis diminue sous 60
Seif 1-2 (PT s.k. 2, כבוש)
Attention au כבוש (marinage) qui peut interdire si le permis descend sous 60 après refroidissement (Tiferet Tsvi).
Lema'asse. Ces situations mêlent des questions de fait — bassar be-halav ou autre interdit, quantité absorbée, morceau reconnu ou non, liquide ou solide, reste-t-il 60, durée du כבוש — que seul ton Rav peut trancher en voyant le cas. La règle pratique : reconstituer précisément ce qui a été absorbé, en quelle quantité, dans quel interdit, et s'il reste 60. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
12. סיכום מעשי — récapitulatif et tableaux
טבלה — comment on annule, en pratique
Cas
Séfarade (Mehaber)
Ashkénaze (Rama)
Morceau ayant absorbé un autre interdit, tombé dans une marmite
לפי חשבון : 60 contre l'interdit absorbé seul
חנ״נ : 60 contre tout le morceau
Le morceau lui-même
Interdit en bb"h (אפשר לסוחטו) ; plus indulgent ailleurs
Interdit (חנ״נ) → on le retire
Liquide qui se dissout (נבלל ונימוח), dilué jusqu'à 60
Tout permis (mélange continu)
Tout permis dès 60 contre l'interdit initial
Solide interdit (יבש) reconnu
Reste au prorata
On le retire ; non reconnu → annulé sauf ראוי להתכבד
Retirer un morceau d'une marmite (seif 2)
Ne rien retirer tant qu'il y est ; laisser refroidir
Retirer le morceau interdit, le reste permis
טבלה — qui dit quoi (nossei kelim du siman)
Posek
Apport décisif (ancré corpus)
Mehaber (seifim 1-2)
לפי חשבון איסור שבה (le morceau se joint au compte des 60) ; אפשר לסוחטו אסור — le morceau reste interdit ; נבלל ונימוח / יבש ; et la conduite du seif 2 : ne pas retirer tant que l'interdit y est, laisser refroidir.
Rama (הגה)
חתיכה נעשית נבילה בכל האיסורים → 60 contre tout le morceau (seif 1) ; solide reconnu → on le retire (sauf ראוי להתכבד) ; seif 2 → retirer le morceau interdit, le reste permis (renvoi siman צ״ב, 99).
Shach (Siftei Kohen)
s.k. 1 : « לפי חשבון » = position du Mehaber (pas de חנ״נ ailleurs ; pour nous différent, renvoi 99:3,5) ; s.k. 2 : אפשר לסוחטו אסור, le morceau toujours interdit ; s.k. 3-4 : חנ״נ en לח בלח hors הפסד גדול, לח/יבש, ראוי להתכבד ; s.k. 5-6 : 60 contre tout le morceau là où le חלב est collé ; s.k. 7 : selon חנ״נ on retire le morceau (מזיק rien).
Taz (Turei Zahav)
s.k. 1 : la sougya du כחל (Houllin 100), « נפלה לקדירה אחרת » ; אפשר לסוחטו אסור seulement en bassar be-halav (כל דתיקון רבנן כעין דאורייתא), Rashba craint que tout ne soit pas sorti → le morceau reste interdit ; s.k. 2 : seif 2 — si on le laisse il est permis (≠ seif 1), il n'a pas encore absorbé, la פליטה se répartit également.
Pri Megadim (פר״מ)
Analyse fine du לפי חשבון et du חנ״נ entre les écoles, comme arrière-plan du Shach et du Taz sur ce siman.
Pithei Teshuva (פתחי תשובה)
s.k. 1 : Noda BiYhuda (ח"יד 20) — אפשר לסוחטו מותר si interdit de même espèce absorbé par מליחה → même ce morceau permis, même pour nous ; s.k. 2 : Tiferet Tsvi — de même en כבוש, le marinage après refroidissement peut interdire si le permis descend sous 60.
טבלה — courants de psika contemporains (hors corpus, à vérifier)
Séfarades : école du Rav Ovadia Yossef (Yabia Omer, Yehavé Daat), Yalkout Yossef ; Or LeTzion (Rav Ben-Tzion Abba Chaoul). Suivent le Mehaber : לפי חשבון (60 contre l'interdit absorbé seul) hors bassar be-halav, pas de חנ״נ pour les autres interdits ; אפשר לסוחטו אסור en bb"h, plus indulgent ailleurs (הפסד גדול, Noda BiYhuda).
Ashkénazes : Iggrot Moshe (Rav Moshe Feinstein) et acharonim (Hokhmat Adam, Aroukh Hachoulhan YD). Suivent le Rama : חתיכה נעשית נבילה בכל האיסורים → 60 contre tout le morceau, qu'on retire ; solide reconnu retiré (sauf ראוי להתכבד).
Habad : pas de Choulhan Aroukh HaRav sur le YD. On ne cite que des sources réelles — responsa du Tzemach Tzedek, Sefer HaMinhagim — quand elles traitent explicitement le point.
Sur le fond, retiens les deux mesures du siman : לפי חשבון (60 contre l'interdit absorbé) et אפשר לסוחטו אסור (le morceau qui a absorbé reste interdit) — c'est la grille du seif 1.
La divergence centrale : le séfarade (Mehaber) tient חנ״נ seulement en bassar be-halav → ailleurs לפי חשבון ; l'ashkénaze (Rama) tient חנ״נ dans tous les interdits → 60 contre tout le morceau, qu'on retire.
Au seif 2, pour retirer un morceau : le Mehaber dit ne rien retirer tant que l'interdit y est et laisser refroidir ; le Rama dit retirer le morceau interdit, le reste permis.
Et pour tout cas réel — bassar be-halav ou autre interdit, liquide ou solide, reconnu ou non, reste-t-il 60 — la halakha lema'asse passe par ton Rav. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות פסק והלכה למעשה בדין היאך מבטלין בששים · סימן ק״ו · ⚖️ Niveau 4 — Halakha lema'asse
⚠️ Ce contenu est à but d'étude. Les courants de psika contemporains cités (séfarades et ashkénazes) sont des repères, non un psak personnel. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.