✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 108 — Niveau Lamdan : ce que l’odeur transporte, et ce qu’elle ne transporte pas

Ne pas cuire ensemble le permis et l’interdit dans un même four — étude et pilpoul
סימן ק״ח
ריחא מילתא או לאו מילתא, פיטום, דבר חריף, מחבת וצירוף ששים
Sougya, chakiroth, shitoth des Richonim et des Aharonim, nafka minoth
⚡ Pour les lomdim et les talmidei hakhamim ⚡
✦ ❖ ✦

Pilpoul et étude approfondie

Sougyoth, sources, hakira de fond, ma’hlokoth des Richonim et des Aharonim,
nafka minoth pour la halakha et examen des shitoth

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״ח (ז׳ סעיפים)
avec ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), פתחי תשובה

Racine de la sougya dans le Chas :
פסחים ע״ו (כיצד צולין — ריחא מילתא ou ריחא לאו מילתא) · עבודה זרה ס״ו ע״ב · סוכה ל״ז ע״ב (הדס ואתרוג)

Rédaction :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — ריחא מילתא ou ריחא לאו מילתא, le permis et l’interdit dans un même four (séif 1)
  2. Le fondement du פיטום — le hiddouch de Rachi rapporté par le Taz, et la difficulté de אין הנאסר אוסר (ט״ז ס״ק א, ש״ך ס״ק א)
  3. Maigre avec maigre, gras avec maigre — quand ריחא לאו מילתא de l’avis de tous, et ce que le Chakh refuse de déduire pour un interdit d’ordre biblique (ש״ך ס״ק א–ב)
  4. דבר חריף — ריחא מילתא même בדיעבד — ce qui est fait pour l’odeur, la מחבת commune et le זה אחר זה (ש״ך ס״ק ט, יב ; פ״ת ס״ק ב)
  5. Le compte des soixante et le חמץ בפסח qui interdit במשהו (ש״ך ס״ק י״ג, יד–טו ; ט״ז ס״ק א, ו)
  6. La marmite sépare · la מרדה — cuisson et rôtissage, et חד בתרי בטל (séifim 2–3 ; ש״ך ס״ק ט״ז–כ ; ט״ז ס״ק ז–ח)
  7. Pain chaud sur un tonneau de vin · sentir et goûter — séifim 4–7, le זילוף et la sougya de הדס ואתרוג
  8. Hakira et nafka mina pour la pratique
  9. Tableaux récapitulatifs

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — séif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

אין צולין בשר כשרה עם בשר נבילה או של בהמה טמאה בתנור א׳ ואף על פי שאין נוגעים זה בזה ואם צלאן הרי זה מותר ואפילו היתה האסורה שמינה הרבה והמותרת רזה ואם התנור גדול שמחזיק י״ב עשרונים ופיו פתוח מותר לצלותם בו ובלבד שלא יגעו זה בזה ואם אחד מהם מכוסה בקערה או בבצק וכיוצא בו מותר לצלותם אפילו בתנור קטן ופיו סתום

הגה: וה״ה לבשר עם חלב נמי דינא הכי (טור סימן צ״ז) ונוהגין להחמיר לכתחלה אפילו בתנור גדול ובדיעבד להקל אפילו בתנור קטן (ארוך כלל ל״ט דלא כב״י ובתשובת ר״י מינץ ובהגהת ש״ד ואגור בשם מהרי״ל וטור בשם רשב״א שכן הסכמת רוב המורים והוא שיטת רש״י וה״ג ורי״ף ורמב״ם) ואם אפה פת עם בשר אסור לאכלו עם חלב אם יש לו פת אחר (שם) וכן אם עובד כוכבים אפה פת עם איסור אסור לקנות אותו פת אם יש פת אחר דכל זה מקרי לכתחלה אבל אם אין לו פת אחר בריוח מותר בשניהם דזה מקרי לענין זה דיעבד (אגור בשם ר״י מולין) י״א דאין מתירין ריחא אפילו בדיעבד אלא אם כן התנור פתוח קצת מן הצד או למעלה במקום שהעשן יוצא (שם בארוך) ובמקום הפסד אין להחמיר בדיעבד אפילו סתום לגמרי

(שו״ע יו״ד ק״ח:א)

1. Introduction à la sougya — ריחא מילתא ou ריחא לאו מילתא

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le fondement — l’odeur fait-elle passer l’interdit ?

Tout le siman part d’une situation unique. On rôtit, ou l’on cuit, du permis et de l’interdit dans un même four, sans qu’ils se touchent ; l’interdit dégage un souffle chaud — un ריח — que le permis respire. Reste à savoir si ce souffle fait passer l’interdit avec lui. Tannaïm et amoraïm en ont débattu dans la sougya de כיצד צולין (Pessahim 76) et à la fin d’Avoda Zara (66b) : ריחא מילתא — l’odeur est quelque chose, et elle interdit — ou ריחא לאו מילתא — l’odeur n’est rien, et elle n’interdit pas. La halakha suit le second terme, et le Chakh l’écrit en toutes lettres à propos des mots du Mehaber « ואם צלאן הרי זה מותר ». De là : בדיעבד, c’est permis ; et לכתחילה on ne rôtit pas ensemble le permis et l’interdit, de peur qu’ils ne se touchent et par simple précaution.
« דריחא לאו מלתא היא בדיעבד » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ב)
Les deux portes qui permettent לכתחילה : bien que ריחא לאו מילתא et que בדיעבד tout soit permis, le Mehaber ouvre deux cas où l’on peut rôtir même לכתחילה : (a) un four grand — qui contient douze עשרונים — et dont la bouche est ouverte, l’odeur se dispersant alors au lieu d’être absorbée ; (b) l’un des deux couvert d’un plat, de pâte ou de semblable, et alors même un petit four à bouche fermée est permis. Et par-dessus les deux, une condition générale : qu’ils ne se touchent pas — car s’ils se touchent ce n’est plus de l’odeur mais un contact, qui interdit par נותן טעם. Le Taz relève que les deux qualités du premier cas sont cumulatives, et non l’une ou l’autre.
« משמע דתרתי בעינן גדול וגם פיו פתוח » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ב)
La décision du Rama (glose) : le Rama étend d’abord le din à בשר בחלב, puis fixe l’usage — rigoureux לכתחילה même dans un grand four, indulgent בדיעבד même dans un petit. Il donne ensuite le cas qui sert de mesure à tout le reste : du pain cuit avec de la viande est interdit avec du lait s’il a un autre pain ; s’il n’en a pas aisément, les deux sont permis — et le Rama nomme cela du dièvad. Il ajoute enfin un י״א plus strict, pour qui on ne permet même בדיעבד que si le four est un peu ouvert sur le côté ou en haut ; mais en cas de perte, on ne se montre pas rigoureux בדיעבד même si le four est entièrement fermé.
« וה״ה לבשר עם חלב נמי דינא הכי » (שו״ע יו״ד ק״ח:א)
« ואם אפה פת עם בשר אסור לאכלו עם חלב אם יש לו פת אחר » (שו״ע יו״ד ק״ח:א)
« אבל אם אין לו פת אחר בריוח מותר בשניהם דזה מקרי לענין זה דיעבד » (שו״ע יו״ד ק״ח:א)

2. Le fondement du פיטום — le permis assaisonne l’interdit, qui revient interdire

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’un des hiddouchim les plus aigus de la sougya, et tout le gadr de ריחא מילתא en dépend : le hiddouch de Rachi sur כיצד צולין, que le Taz cite en son nom et sur lequel le Chakh bâtit son ס״ק א.

La hakira — comment une odeur peut-elle interdire si elle n’a pas de corps ? À première vue, si ריחא לאו מילתא, pourquoi craindre le moins du monde de rôtir ensemble interdit et permis ? L’odeur n’a pas de corps et ne transporte pas l’interdit. Et inversement — si l’odeur interdit vraiment, pourquoi n’interdit-elle pas toujours ?
La réponse de Rachi, rapportée par le Taz — le mécanisme du פיטום : l’odeur ne tient pas debout seule. La graisse et le souffle brûlant du permis assaisonnent — מפטם — l’odeur de l’interdit ; et cette odeur enrichie revient se faire absorber dans le permis et l’interdit. Le Taz souligne que cela vaut même quand c’est la pièce cachère qui est grasse et l’interdite maigre. Le Chakh dit la même chose et en tire la borne : la crainte n’existe qu’à la condition que l’un des deux soit שמן.
« אפי׳ אם הכשירה שמינה והאיסור רזה דריח הכשירה מפטם לאיסור וחוזר ואוסר את ההיתר כן פרש״י בפרק כיצד צולין » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק א)
« דוקא כשהאחד מהן שמן אפילו הכשרה דאזיל ההיתר ומפטם לאיסור בריחיה והדר אזיל האיסור ואוסר להיתר » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
La difficulté de אין הנאסר אוסר : si le permis assaisonne l’interdit et que l’interdit revient interdire le permis, le permis finit par être la cause de sa propre interdiction. Or nous tenons partout qu’une chose rendue interdite ne va pas à son tour interdire là où le corps de l’interdit lui-même ne pourrait aller (voir siman 105). Le Chakh pose la difficulté en ces termes, et le Taz renvoie à ce qu’il a écrit au siman 105 au nom du Mahara’i.
« ואע״ג דקי״ל בכל דוכתי דאין הנאסר יכול לילך ולאסור במקום שאין האיסור בעצמו יכול לילך שם » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
« דאין הנאסר אוסר אלא במקום שהאיסור עצמו יכול לילך שם » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק א)
La réponse du Mahara’i — ריחא שאני : l’odeur ne se règle pas comme une absorption ordinaire. Dans les autres interdits, ce qui voyage est le corps de l’interdit absorbé, et c’est de lui qu’on dit « אין הנאסר אוסר » ; ici, le פיטום conduit l’odeur et le goût du maigre avec elle, ce qui est un autre mécanisme, auquel la règle ne s’applique pas. Le Chakh rapporte ce תירוץ des הגהות שערי דורא, et le Taz le rappelle au même endroit.
« תירץ מהרא״י בהגהת ש״ד סי׳ ל״ה דריחא שאני לפי שהפטום מוליך הריח וטעם הכחוש עמו » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
La racine de l’affaire : toute la sougya de ריחא se tient entre deux pôles. D’un côté ריחא לאו מילתא — l’odeur seule n’a pas la force d’interdire, et בדיעבד tout est permis. De l’autre, partout où il y a פיטום ou une force particulière donnée à l’odeur — la graisse, la חריפות — l’odeur interdit bel et bien. Tous les détails du siman — gras ou maigre, חריף, la מחבת commune, le זה אחר זה — ne font que délimiter l’endroit où l’odeur a assez de force pour interdire.

3. Maigre avec maigre, gras avec maigre — où s’arrête ריחא לאו מילתא

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Le fondement — ce que le Chakh tient, et ce qu’il refuse de tenir (ס״ק א) :
Le Chakh tire de la formule de Rachi que tout le souci de l’odeur ne naît que si l’un des deux est שמן, et il en tire les distinctions qui suivent.

• Maigre avec maigre — les deux secs : le Chakh apporte le Rashba, qui permet de l’avis de tous, et il entend même לכתחילה, puisqu’il n’y a là aucun פיטום.
• Gras avec maigre — que le gras soit l’interdit ou le permis : il y a פיטום, donc לכתחילה on s’abstient, et בדיעבד c’est permis, ריחא לאו מילתא.
• Interdit d’ordre biblique, et maigre — l’איסור והיתר הארוך permet לכתחילה de cuire notre ‘halla, qui est d’ordre rabbinique, avec le pain ; on pourrait en déduire qu’un interdit d’ordre biblique, même maigre, serait interdit לכתחילה. Le Chakh écarte cette déduction — « וז״א » — et l’appuie sur les responsa de Rabbenou Tam et du Raavya, les תשובות מיימוניות, le Mordekhi, le Roke’ah et le Maharshal.
« אבל כששניה׳ כחושים כתב הרשב״א בת״ה דף ק״ה ע״ג דשרי לכ״ע ומביאו ב״י ומשמע אפילו לכתחלה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
« משמע דאיסור דאורייתא כחוש אסור לכתחלה וז״א » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)

Le Chakh appuie encore sa lecture sur la sougya elle-même : le mot de Rav, tel qu’il le cite, ne parle que de gras avec maigre, et il n’a pas énoncé de cas plus fort ; puisque la raison donnée est מפטמי אהדדי, il ressort que là où les deux sont maigres, même Rav permet.

« רב בשר שחוטה שמן שצלאו עם בשר נבלה כחוש אסור מ״ט מפטמי אהדדי » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
« משמע להדיא דבששניהם כחושים אפילו לרב שרי » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)

Reste une réserve d’usage, et le Chakh ne la cache pas : le תורת חטאת, après avoir tranché comme le Rashba, écrit qu’il est tout de même bon d’être rigoureux לכתחילה, parce que le Beit Yossef a écrit que ce raisonnement ne lui paraît pas. Le Chakh s’en étonne — le Beit Yossef n’a contesté que le cas du Mahara’i (rôtir un foie avec un plat gras), non le cas des deux maigres, qu’il a rapporté du Rashba sans réserve.

« ומ״מ טוב להחמיר לכתחלה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
« ותימה דהא הב״י לא פליג » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק א)
Gras et maigre — le tableau des cas
Le casLe dinSource
L’interdit gras, le permis maigre פיטום venant de l’interdit → crainte לכתחילה ; בדיעבד permis, ריחא לאו מילתא מחבר ס״א · ש״ך ס״ק א–ב
Le permis gras, l’interdit maigre la graisse du permis assaisonne elle aussi l’odeur de l’interdit → crainte רש״י · ט״ז ס״ק א · ש״ך ס״ק א
Maigre avec maigre permis de l’avis de tous — pas de פיטום ; et le Chakh entend même לכתחילה רשב״א (תורת הבית) · ש״ך ס״ק א
Interdit biblique, et maigre déduction de l’או״ה : interdit לכתחילה — et le Chakh l’écarte ש״ך ס״ק א
La finesse du Chakh (ס״ק ב) — בדיעבד et le כותח : si on les a rôtis בדיעבד, le permis se mange tel quel. Mais du pain cuit avec du rôti, le Rambam et le Mehaber (fin du siman 97) interdisent de le manger avec du כותח, plat lacté — et le Chakh en donne la raison au nom du Rif : puisqu’il peut le manger sans כותח, cela compte comme לכתחילה. C’est exactement le ressort de la glose du Rama, s’il a un autre pain : tout le partage entre לכתחילה et דיעבד tient à ce que l’on peut faire autrement.
« דכיון דאפשר לאכלו בלא כותח הוי כלכתחלה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ב)

4. דבר חריף — quand ריחא redevient מילתא, même בדיעבד

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est le front principal du siman : l’endroit où l’odeur reprend assez de force pour interdire alors même que la chose est faite.

La glose du Rama (suite du séif 1)

הגה: ואם האיסור דבר חריף וכל שכן אם ההיתר דבר חריף ריחא מילתא היא ואפילו בדיעבד אסור אם שניהם מגולים אבל אם אחד מהם מכוסה אפילו בבצק בעלמא מותר (מרדכי פ׳ ג״ה ואו״ה) אם אפו או צלו איסור והיתר תחת מחבת אחת מגולין אסור (תוספות) אפילו בדיעבד (שם בארוך) וה״ה אם אפו בכה״ג פת עם בשר אסור לאכלו בחלב (ש״ד סימן ס׳ ומהרא״י) אבל בזה אחר זה אין לחוש (תשובת מיי׳ סוף הל׳ מ״א ותשובת ר״י ואו״ה) אלא אם כן הזיע המחבת משניהם דאז אסור אפילו בזה אחר זה אם היו שניהם מגולין דהוי ככיסוי של קדרה (ד״ע ממשמעות הרא״ש סימן צ״ג) כדלעיל סימן צ״ג.

(שו״ע יו״ד ק״ח:א)
Le fondement — le חריף et ce qui est fait pour l’odeur (ש״ך ס״ק ט) :
Le Rama interdit même בדיעבד quand l’interdit est un דבר חריף — et à plus forte raison quand c’est le permis qui est חריף, la חריפות faisant pénétrer davantage. Le Chakh y ajoute, au nom de l’איסור והיתר הארוך, une seconde catégorie qui vaut d’être notée : ce qui a été fait pour son odeur. Là, dit-il, ריחא מילתא même בדיעבד, même dans de grands fours, et même si la bouche du four est ouverte sur le côté. Et malgré tout cela : si l’un des deux est couvert, même d’une simple pâte, la crainte tombe, car l’odeur ne monte pas.
« או שנעשה לריח ונאפה אפילו עם הפת ובתנורים גדולים ודאי אמרינן ריחא מילתא היא אפילו בדיעבד אפילו פי התנור פתוח בצידו » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ט)
Une seule מחבת · l’un après l’autre · le poêle qui a sué
Le casLe dinSource
Sous une même מחבת, découverts, en même temps comme une cuisson → interdit même בדיעבד רמ״א ס״א
L’un après l’autre (זה אחר זה) pas de crainte — l’ustensile ne reçoit ni odeur ni פיטום qu’il rendrait ensuite רמ״א ס״א · ש״ך ס״ק י״ב
Le poêle a sué des deux interdit même l’un après l’autre, comme le couvercle d’une marmite (siman 93) רמ״א ס״א
Ce que le Chakh ajoute, et ce que le Pit’hei Techouva retranche : le Chakh donne la raison du זה אחר זה — l’ustensile n’a reçu ni odeur ni פיטום qu’il pourrait rejeter ensuite dans l’aliment, et cela même s’il est בן יומו, pourvu qu’il n’y ait pas contact réel. Puis il va plus loin : même une chose faite pour son odeur, dont le parfum flotte encore dans le four, ne donne pas de souci pour le זה אחר זה. Le Pit’hei Techouva, au nom du חינוך בית יהודה, borne la chose : cette indulgence ne vaut que si la seconde fois aussi tout se passe par l’odeur ; si la seconde fois se fait par un contact réel, c’est interdit — car ce n’est plus un din de ריחא mais une absorption ordinaire.
« כי לא נמצא ריחא ופיטום לכלי שיחזור ויפלוט לאוכל ואפילו כלי בן יומו רק שלא יגע ממש » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ב)
« ונראה דאפילו דבר שנעשה להריח ועדיין ריחו בתנור אין לחוש לבזה אחר זה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ב)
« דדוקא אם גם בפעם שאח״ז הוא ע״י ריח אבל אם פעם שני הוא ע״י נגיעה אסור » (פתחי תשובה יו״ד ק״ח ס״ק ב)

5. Le compte des soixante, et le חמץ בפסח qui interdit במשהו

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Deux questions se posent ici : l’odeur a-t-elle un seuil d’annulation comme tout interdit, et que devient-elle face à un interdit qui interdit à la moindre quantité ?

La glose du Rama (suite du séif 1)

הגה: י״א דכל מקום דאמרינן ריחא מלתא ואוסר בדיעבד היינו דוקא דליכא ששים מן ההיתר נגד האיסור אבל בדאיכא ששים מן ההיתר אפי׳ בכל מה שבתנור מבטל האיסו׳ (שם בארוך כלל ל״ט די״ח) ולצורך הפסד יש לנהוג כן. י״א דאיסור האוסר במשהו כגון חמץ בפסח ריחא מלתא ואוסר אפילו בדיעבד אם התנור קטן והוא סתום והאיסור וההיתר מגולין תוך התנור (ד״מ בשם הגהת סמ״ק ובשם תוספות עבודת כוכבים דף ס״ו ע״ב) ויש אומרים שאין לחלק (ד״מ בשם מרדכי) ובמקום הפסד יש לסמוך אדברי המקילין ועיין לקמן סוף סימן קי״ח.

(שו״ע יו״ד ק״ח:א)
Le compte des soixante — ריחא se règle comme les autres interdits (ש״ך ס״ק י״ג ; ט״ז ס״ק ו) : le Chakh rassemble les endroits où le Rama en parle et conclut que, pour le compte des soixante, le din de ריחא est le même que celui des autres interdits (voir la fin du siman 111). Hors perte, chaque morceau doit trouver ses soixante par lui-même, quand bien même les morceaux se touchent. En cas de perte — et le Chakh précise qu’il s’agit d’une perte importante — tout ce qui est dans le four se joint pour annuler. Le Taz y ajoute la sevara : puisqu’il n’est même pas sûr qu’il y ait eu absorption, tout ce qui est entré dans le doute aide à annuler.
« שדעת הרב שדין ריחא שוה לשאר איסורים לענין צירוף ששים » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ג)
« דבמקום שאין הפסד צריך בכל חתיכה וחתיכה בפני עצמה ששים לבטל » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ג)
« אבל במקום הפסד יש לצרף כל החתיכות אפילו אינן נוגעות לבטל בששים דכולן נכנסו בספק » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ג)
« מכל מקום בריחא יש להקל מטעם דכל הנכנס בספק מסייע לבטל » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ו)
חמץ בפסח — l’odeur interdit-elle un interdit qui interdit במשהו ?
ShitahPositionRattachement
Le premier י״א du Rama un interdit qui interdit במשהו, comme le חמץ à Pessah : ריחא interdit même בדיעבד, dans un petit four fermé, les deux découverts ד״מ בשם הגהת סמ״ק ובשם תוספות עבודת כוכבים דף ס״ו ע״ב
Le second י״א du Rama il n’y a pas de distinction — même pour le חמץ, ריחא לאו מילתא בדיעבד ד״מ בשם מרדכי
Le Chakh ס״ק י״ד צ״ע sur la borne petit four : les Tossafot laissent entendre que même dans de grands fours c’est interdit ; il propose que les Tossafot suivent leur propre voie, et laisse la question ouverte ש״ך ס״ק י״ד
Le Chakh ס״ק ט״ו צ״ע sur le rattachement du second י״א : dans le Mordekhi il ne trouve pas ce qu’on lui prête, mais seulement que le pain de חמץ cuit avec de la מצה ne pose pas de ריחא ; sur le principe du משהו il ne l’a pas vu contester les Tossafot et le סמ״ק ש״ך ס״ק ט״ו
« צ״ע דבתוס׳ דעבודת כוכבים משמע להדיא דאפילו בתנורים גדולים אסור » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ד)
« משמע דלהמרדכי אין חילוק בין איסור האוסר במשהו לשאר איסורים » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ט״ו)
Le pain n’a pas d’odeur — le Taz (ס״ק א) et le Chakh (ס״ק ט״ו) : le Taz rapporte au nom de Rabbenou Tam que le pain ne tient tout simplement pas d’odeur, et il en tire que du pain de חמץ cuit à Pessah avec de la מצה ne rend pas la מצה interdite — alors même que le חמץ interdit במשהו. Le Chakh cite la raison dans la forme du Mordekhi : on ne trouve pas d’odeur de pain dans du pain. Il ressort de là que toute la rigueur du במשהו ne vise que l’aliment qui est de nature à répandre une odeur, et non le pain. Et en cas de perte, conclut le Rama, on peut s’appuyer sur ceux qui allègent.
« ובפת כתבו הפוסקים בשם ר״ת שאין שייך בו ריח כלל משום הכי אין אוסר פת חמץ בפסח שנאפית עם מצה » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק א)
« דלא מצינו ריח פת בפת » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ט״ו)

6. La marmite sépare · la pelle du boulanger (מרדה)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber et le Rama (séif 2)

בד״א בצלי אבל אם בא לבשלם בקדרה זה לעצמו וזה לעצמו אפילו בתנור קטן ופיו סתום מותר ואף על פי שפי הקדרות מגולה: הגה ודוקא שהתנור פתוח קצת אבל אם הוא סתום מכל הצדדים כדרך שמטמינים החמין לצורך שבת אסור (מהרי״ו סימן מ״ד ואו״ה והגהת ש״ד בשם מהר״מ) ואפילו בדיעבד יש מחמירין ואוסרין אם האיסור וההיתר מגולה (כך משמע בהגהת ש״ד) ובמקום הפסד מרובה יש להקל.

(שו״ע יו״ד ק״ח:ב)
Le fondement — c’est la marmite qui fait écran (ש״ך ס״ק ט״ז–יז) :
Dans un rôtissage, l’interdit et le permis sont nus dans le four et l’odeur monte de l’un à l’autre. Dans une cuisson en marmite, la paroi s’interpose : l’odeur ne monte plus de l’aliment mais de la marmite, et c’est permis même dans un petit four à bouche fermée. Le Chakh montre que le Beit Yossef, contre le Tour, ne fait tenir la chose à rien d’autre qu’à l’écran de la marmite — ni à la cuisson ni au rôtissage comme tels. Et il précise que lorsque le four est un peu ouvert, c’est permis même לכתחילה : c’est exactement là que passe la différence entre la cuisson et le rôtissage.
« רק בהפסק הקדרה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק ט״ז)
« ואז אפילו לכתחלה מותר » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ז)
Four un peu ouvert, four entièrement scellé (הטמנה)
Le casLe dinSource
Cuisson en marmites, four un peu ouvertpermis — la marmite fait écran, et même לכתחילהמחבר ס״ב · ש״ך ס״ק י״ז
Scellé de tous côtés, comme on enfouit le ‘hamin du Chabbatinterditרמ״א ס״ב
בדיעבד, les deux découvertsil y a qui sont rigoureux ; en cas de perte importante, il y a lieu d’allégerרמ״א ס״ב
L’avis du Maharshalil ne distingue pas, et interdit toujours dans un four scellé, même grand ; le Chakh entend qu’il interdit jusque dans la perte importante, et note que le ב״ח tranche comme le Ramaש״ך ס״ק י״ח
« ומהרש״ל באו״ש ובספרו פג״ה סי׳ י״ד לא חילק ואוסר לעולם בתנור סתום אפילו גדול » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ח)

Le Mehaber et le Rama (séif 3 — la מרדה)

אם יש שמנונית של איסור על המרדה שקורין פאל״א אסור ליתן עליה היתר כל היום מיהו כשאינה בת יומא מותר להשתמש בה משום דאי אפשר בענין אחר: הגה כל זמן שהיא בת יומא לא מהני בה הגעלה ולא קליפה בכלי אומנות.

(שו״ע יו״ד ק״ח:ג)
La hakira — que fait au juste il n’est pas possible autrement ? (ט״ז ס״ק ח ; ש״ך ס״ק י״ט) Pourquoi, lorsque la pelle n’est pas בת יומא, a-t-on allégé jusqu’à permettre לכתחילה, alors qu’ailleurs on ne se sert pas לכתחילה d’un ustensile qui n’est pas בן יומו ? Le Taz rapporte des Tossafot que le boulanger non juif n’écoutera pas qui lui demanderait de refaire une pelle neuve chaque fois qu’il y verse de l’interdit ; de là, conclut-il, on a permis à l’Israélite de s’en servir לכתחילה. Le Chakh dit la même chose et donne le mot qui porte tout : puisqu’il n’est pas possible. Le Taz, lui, écarte l’explication du Levouch, qui voyait là une simple absence de décret — il la juge inventée et sans source. Ce qui reste : c’est la contrainte, et non une indulgence de principe, qui permet ici le נותן טעם לפגם לכתחילה.
« שהרי לא ישמע לו העובד כוכבים לעשות מרדה חדשה בכל פעם שישפוך עליה איסור » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ח)
« ע״כ הותר גם לישראל להשתמש בה לכתחלה » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ח)
« כיון דלא אפשר שהרי העובד כוכבים לא ישמע לו לעשות מרדה חדשה בכל פעם שישפוך עליה של איסור » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק י״ט)
« והוא פירוש בדוי מלב אין לו מקור » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ח)
חד בתרי בטל et la pièce digne d’être offerte (ט״ז ס״ק ז ; ש״ך ס״ק כ) : le Taz rapporte de l’איסור והיתר הארוך que l’on a interdit même בדיעבד lorsque le non-Juif a sorti du four, sur une même pelle, des gâteaux et un pâté interdit — mais il relève aussitôt que seul le premier pain a été interdit, celui dont on sait avec certitude qu’il est sorti immédiatement après le pâté, à cause de la graisse d’interdit restée sur la pelle. Et si l’on ne sait plus le reconnaître, un contre deux l’annule, bien qu’il s’agisse d’une pièce digne d’être offerte — car son interdiction ne vient pas de son propre corps. Le Maharshal, lui, exige soixante, suivant sa propre voie. Pour la pelle elle-même, le Chakh rappelle qu’aussi longtemps qu’elle est בת יומא ni הגעלה ni קליפה n’y servent : elle relève des ustensiles dont l’usage se fait par le feu, et c’est le ליבון qu’il faudrait (voir siman 121).
« מיהו לא אסר אלא הפת הראשון שידוע בבירור שהוציאוהו מיד אחר הפשטיד״א משום שמנונית של איסור שעל המרדה » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ז)
« ואם אין מכירו חד בתרי בטל אע״ג דהוה ראוי להתכבד דאין איסורו מגופו » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ז)
« וכתב רש״ל פ׳ גיד הנשה סי׳ ל״ח דצריך ששים בהיתר נגד האיסור שברחת » (ט״ז יו״ד ק״ח ס״ק ז)
« דמרדה דינה ככלי שתשמישו ע״י האור » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ)

7. Pain chaud sur un tonneau de vin · sentir, goûter, asperger

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber (séif 4 — le pain chaud sur le tonneau)

פת חמה שמונח על גבי חבית פתוחה של יין נסך אסורה (ודווקא אם מונחת נגד המגופה) (ארוך כלל ל״ט) אבל אם הפת צוננת אפילו אם החבית פתוחה או פת חמה וחבית מגופה (פי׳ סתומה) מותר ואם היה פת שעורים אסור אם הפת חמה אפילו חבית מגופה.

(שו״ע יו״ד ק״ח:ד)
Le fondement — le pain chaud aspire l’odeur (ש״ך ס״ק כ״א–כג) :
Le Chakh donne la raison sans détour : c’est interdit parce que le pain aspire l’odeur du vin. Et il en tire une conséquence qui n’allait pas de soi : cela vaut même pour du סתם יינם, dont on a le droit de tirer profit, car une odeur de cette sorte compte comme un aliment — ici, il la mange réellement. De là aussi les deux cas permis : un pain froid n’aspire pas, et c’est permis même si le tonneau est ouvert ; et un tonneau bouché ne laisse pas monter d’odeur. Le pain d’orge, qui absorbe davantage, reste interdit chaud même contre un tonneau bouché.
« אסור מפני ששואב הריח של יין » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״א)
« משום דריח כי האי חשיב כאוכל » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ב)
« ה״ה בחבית פתוחה ופת צוננת » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ג)
Pourquoi ce séif ne contredit pas le séif 1 (ש״ך ס״ק כ״א) : la question se pose d’elle-même : au séif 1 le Mehaber écrit que si on les a rôtis c’est permis, et ici le pain chaud est interdit. Le Chakh répond que les poskim rapprochent bien ces deux dins, mais que les Tossafot et le Rosh écrivent explicitement, au dernier chapitre d’Avoda Zara, qu’ils ne se comparent pas l’un à l’autre — et qu’il en va de même chez le Raavan et d’autres. Là-bas l’odeur n’est qu’un souffle qui se disperse ; ici le pain chaud tire à lui l’odeur du tonneau qui le touche presque.
« הא התוס׳ והרא״ש כתבו להדיא בפרק בתרא דעבודת כוכבים דף ס״ז דל״ד להדדי » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״א)

Le Mehaber et le Rama (séifim 5–7 — sentir, goûter, asperger)

ה. מותר לשאוף בפיו ריח יין נסך דרך נקב שבחבית לידע אם הוא טוב: הגה אבל אסור לטועמו אע״פ שאינו בולעו (ריב״ש סימן רפ״ח) ואסור לזלף יין נסך שאסור בהנאה (בשערים בשם הגהות אשיר״י סוף עבודת כוכבים) אבל מותר לזלף סתם יינם דמותר בהנאה.

ו. שק של פלפלין וזנגביל שמשימין בקנקני יין נסך מותר להריח בהם אבל לבשמים דהבדלה אסור.

ז. בשמים של עבודת כוכבים וכלאי הכרם וערלה אסור להריח בהם.

(שו״ע יו״ד ק״ח:ה–ז)
Sentir · goûter · asperger — et pourquoi les trois ne se valent pas
L’acteLe dinRaison et source
Aspirer l’odeur du vin par le trou du tonneau pour l’éprouverpermisil n’y a pas là de jouissance d’interdit (מחבר ס״ה)
Le goûter, même sans l’avalerinterditle Rivach : dans tous les interdits alimentaires, même ceux dont le profit est permis (רמ״א ס״ה · ש״ך ס״ק כ״ד)
Asperger du vin interdit au profit (זילוף)interditle זילוף est une jouissance pleine (רמ״א ס״ה · ש״ך ס״ק כ״ה)
Un sac de poivre et de gingembre mis dans des cruches de vinpermis à sentirce sont eux qui parfument le vin, et non l’inverse (מחבר ס״ו · ש״ך ס״ק כ״ו · ט״ז ס״ק י)
Les mêmes, pris pour les בשמים de la havdalainterditהקריבהו נא לפחתך (מחבר ס״ו · ש״ך ס״ק כ״ו)
« דבכל איסורי אכילה אפי׳ שאינם אסורים בהנאה נמי אסור לטועמן » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ד)
« דזילוף חשיב הנאה גמורה ואסור לכ״ע ביין האסור בהנאה » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ה)
« לפי שאין היין נותן בהם כח ואין עושין כן כדי ליתן היין טעם בתבלין אלא אדרבה ליתן התבלין טעם ביין » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ו)
« מסתבר דלבשמים דהבדלה אסור משום הקריבהו נא לפחתך » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ו)
Ce qui est fait pour être senti — et la preuve que le Chakh refuse (ש״ך ס״ק כ״ז) : pour les בשמים d’avoda zara, de כלאי הכרם et d’ערלה, le Chakh donne la raison au nom du Rashba : ces choses sont interdites au profit, et tout ce qui est fait pour être senti — comme la rose et le myrte — est interdit ; le Beit Yossef le formule comme une règle générale. C’est là le partage avec le séif 5 : le vin et le poivre ne sont pas faits pour l’odorat, et l’odeur n’y est donc pas la jouissance interdite ; mais un parfum fait pour l’odorat, l’odeur est sa jouissance. Le Mordekhi tire preuve de la sougya de הדס ואתרוג à Souka 37b ; et c’est ici que le Chakh s’arrête : il dit ne pas reconnaître cette preuve, et que le passage semblerait même dire l’inverse — car là-bas le myrte est interdit parce qu’il a été mis de côté pour la mitsva, ce qui ne dit rien d’un interdit de la Torah, où il n’y aurait pas lieu de distinguer, puisque de toute façon il jouit de l’odeur. Aussi conclut-il, avec les Tossafot d’Avoda Zara, qu’au moins pour l’avoda zara il n’y a pas à alléger.
« דאסורים הם בהנאה דכל שעשויים להריח כורד והדס כו׳ אסור » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ז)
« אבל דבר שעומד להריח כגון ורד והדס אסור ליהנות מהריח » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ז)
« הדס של מצוה אסור להריח בו אתרוג של מצוה מותר להריח בו » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ז)
« אבל באמת ראייה זה איני מכיר ואדרבה משמע לכאורה איפכא » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ז)
« הלכך בעבודת כוכבים עכ״פ אין להקל » (ש״ך יו״ד ק״ח ס״ק כ״ז)
Nafka mina — ce qui est fait pour être senti sans être interdit au profit (פ״ת ס״ק ה) : le Pit’hei Techouva rapporte le שלטי הגיבורים, dont l’avis est que, même pour les interdits qui ne sont pas interdits au profit, si leur objet principal est d’être sentis, il est interdit de les sentir — et à plus forte raison de réciter une bénédiction sur eux. L’אמונת שמואל le conteste et permet de les sentir, fût-ce quand ils sont faits pour le parfum ; et il conteste au même endroit la lecture que le Chakh (ס״ק כ״ז) fait du Mordekhi. La question reste donc ouverte, et le Pit’hei Techouva ne la tranche pas. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
« שדעתו דה״ה בשאר איסורים שאינם איסורי הנאה אם עיקרם להריח אסור להריח בהם וק״ו לברך עליהם » (פתחי תשובה יו״ד ק״ח ס״ק ה)
« ועיין בתשובת אמונת שמואל סימן מ״ה שהשיג עליו והעלה דאם אינם איסורי הנאה שרי להריח בהם אפילו עשוייה לריח » (פתחי תשובה יו״ד ק״ח ס״ק ה)

8. Hakira et nafka mina pour la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La hakira qui traverse tout le siman : quand l’odeur fait-elle passer l’interdit, et que vaut sa force auprès du contact et de l’absorption ?
Nafka minoth pour la pratique, telles que le siman les pose :
  1. ריחא לאו מילתא → בדיעבד permis ; לכתחילה on ne rôtit ni ne cuit ensemble permis et interdit (מחבר ורמ״א ס״א).
  2. לכתחילה n’est permis que dans un grand four à bouche ouverte, ou quand l’un des deux est couvert — et à condition qu’ils ne se touchent pas.
  3. Un דבר חריף, ou ce qui est fait pour son odeur → ריחא מילתא même בדיעבד, sauf si l’un des deux est couvert (ש״ך ס״ק ט).
  4. Sous une même מחבת, découverts et en même temps → interdit même בדיעבד ; l’un après l’autre est permis, tant que la seconde fois se fait par l’odeur seule (ש״ך ס״ק י״ב ; פ״ת ס״ק ב).
  5. Cuire en marmites est permis, la marmite faisant écran ; un pain chaud sur un tonneau ouvert est interdit, parce qu’il aspire (מחבר ס״ב, ס״ד ; ש״ך ס״ק ט״ז, כא).
Et pour la pratique — demande à ton Rav.

9. Tableaux récapitulatifs

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les figures de l’odeur et leur din

La figureLe dinSource
Rôtir interdit et permis dans un même four ריחא לאו מילתא → בדיעבד permis ; לכתחילה on s’abstient מחבר ס״א · ש״ך ס״ק ב
Maigre avec maigre permis de l’avis de tous — il n’y a pas de פיטום רשב״א · ש״ך ס״ק א
Grand four à bouche ouverte, ou l’un des deux couvert permis même לכתחילה, pourvu qu’ils ne se touchent pas מחבר ס״א · ט״ז ס״ק ב · פ״ת ס״ק א
דבר חריף, ou ce qui est fait pour son odeur ריחא מילתא même בדיעבד, si les deux sont découverts רמ״א ס״א · ש״ך ס״ק ט
Sous une même מחבת, découverts comme une cuisson → interdit même בדיעבד ; l’un après l’autre est permis רמ״א ס״א · ש״ך ס״ק י״ב
Le compte des soixante ריחא se règle comme les autres interdits ; en cas de perte importante tout ce qui est au four se joint ש״ך ס״ק י״ג · ט״ז ס״ק ו
חמץ בפסח, qui interdit במשהו deux avis rapportés par le Rama ; et pour le Taz le pain n’a pas d’odeur, de sorte que la מצה reste permise רמ״א ס״א · ט״ז ס״ק א · ש״ך ס״ק י״ד–טו
Cuisson en marmites permis — la marmite fait écran ; scellé de tous côtés, c’est interdit מחבר ס״ב · רמ״א ס״ב · ש״ך ס״ק ט״ז–יז
Graisse d’interdit sur la מרדה בת יומא : interdit d’y poser du permis tout ce jour ; sinon : permis, car il n’est pas possible autrement מחבר ס״ג · ט״ז ס״ק ז–ח · ש״ך ס״ק י״ט
Pain chaud sur un tonneau de vin interdit, parce qu’il aspire l’odeur ; froid, ou tonneau bouché : permis מחבר ס״ד · ש״ך ס״ק כ״א–כג
Sentir, goûter, asperger sentir pour éprouver est permis ; goûter et asperger sont interdits מחבר ס״ה · רמ״א ס״ה · ש״ך ס״ק כ״ד–כה
בשמים d’avoda zara, d’ערלה et de כלאי הכרם interdits à sentir — ce qui est fait pour l’odorat, l’odeur en est la jouissance מחבר ס״ז · ש״ך ס״ק כ״ז

Tableau — les ma’hlokoth centrales du siman

Le pointPremière shitahSeconde shitah
ריחא מילתא ou ריחא לאו מילתאRav, tel que le Chakh le cite : du gras rôti avec du maigre interdit, מפטמי אהדדיריחא לאו מילתא — et c’est la halakha : בדיעבד permis (ש״ך ס״ק ב, יד)
אין הנאסר אוסר appliqué à ריחאla difficulté : le permis finirait par être cause de sa propre interdiction (ש״ך ס״ק א ; ט״ז ס״ק א)la réponse du מהרא״י : ריחא שאני — le פיטום conduit l’odeur et le goût du maigre avec elle
חמץ בפסח, qui interdit במשהותוספות והגהות סמ״ק, par le ד״מ : ריחא interdit même בדיעבדמרדכי, par le ד״מ : il n’y a pas de distinction — et le ש״ך pose un צ״ע sur les deux rattachements (ס״ק י״ד–טו)
Le pain chaud du séif 4 face au séif 1תוספות ורא״ש : les deux cas ne se comparent pas, car ici le pain aspire (ש״ך ס״ק כ״א)ט״ז ס״ק א au nom de ר״ת : le pain ne tient pas d’odeur du tout
Ce qui est fait pour être senti, sans être interdit au profitשלטי הגיבורים : interdit à sentir, et a fortiori à bénir (פ״ת ס״ק ה)אמונת שמואל : permis — et il conteste la lecture que le ש״ך (ס״ק כ״ז) fait du מרדכי

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : פסחים ע״ו (כיצד צולין) · עבודה זרה ס״ו ע״ב · עבודה זרה ס״ז · סוכה ל״ז ע״ב (הדס ואתרוג)
Richonim : רש״י · רבנו תם · תוספות · רא״ש · רשב״א (תורת הבית) · רמב״ם · רי״ף · מרדכי · ראב״ן · ראבי״ה · רוקח · ריב״ש · מהרא״י (הגהות שערי דורא) · תשובות מיימוניות · הגהות סמ״ק · טור
Aharonim : בית יוסף · דרכי משה · רמ״א · תורת חטאת · איסור והיתר הארוך · מהרש״ל · לבוש · ש״ך · ט״ז · ב״ח · חינוך בית יהודה · שלטי הגיבורים · אמונת שמואל · יד אליהו · פרי מגדים · שער המלך · פתחי תשובה

← Niveau 1 — Base Niveau 3 — Synthèse →
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
Talmid hakham · donne des cours de halakha et de hassidout
Pilpoul et étude sur la cuisson du permis et de l’interdit dans un même four · סימן ק״ח · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seulement. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Accueil · Siman 108 · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha