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DAAT · NIVEAU 2 — לַמְדָּן

Siman 110 — Niveau Lamdan : ce qui ne s’annule pas, ce qui reste fixé, ce que la majorité emporte

Quatre mécanismes d’autorisation, et ce qui les neutralise l’un après l’autre
סימן ק״י
דָּבָר חָשׁוּב, כָּל קָבוּעַ כְּמֶחֱצָה, כָּל דְּפָרִישׁ מֵרוּבָּא, וּסְפֵק סְפֵקָא
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lomdim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, la hakira de fond, les ma’hlokot des Richonim et des Aharonim,
les nafka minot pour la halakha et l’examen des chitot

Le sujet :
Choulhan Aroukh, Yoré Déa, siman 110 (dix seifim)
avec ses nossei kelim : ש״ך · ט״ז · פתחי תשובה

Le fondement de la sougya dans le Chas, tel que l’appareil du siman le nomme :
ביצה ג׳ — דבר שבמנין, R. Yohanan et Rech Lakich (ט״ז ס״ק א ; ש״ך ס״ק ט) · בבא קמא מ״ד ע״ב וכתובות ט״ו ע״א — le verset וארב לו וקם, source de כל קבוע (ש״ך ס״ק ט״ו) · חולין צ״ה — פירש לפנינו, cité par le Rama au séif 3 · זבחים ע״ד — les trois mélanges de la orla (ט״ז ס״ק י׳) · כתובות פרק קמא — ספק תחתיו, le ס״ס d’école (ט״ז ס״ק י״ב)

Rédaction et étude :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Ouverture de la sougya — le siman 110, fondement des lois du doute (davar hachouv, kavoua, rov, safek sfeka)
  2. דבר חשוב ודבר שבמנין — les sept objets, R. Yohanan et Rech Lakich, l’œuf ; c’est mi-derabbanan, donc son doute va vers la légèreté (séif 1)
  3. Les êtres vivants s’annulent une fois abattus — une importance qui ne tient qu’au vivant (séif 2)
  4. Les neuf boutiques — כל קבוע כמחצה על מחצה contre כל דפריש מרובא פריש (séif 3)
  5. Majorité de boutiques et mélange — un safek sfeka opère-t-il sur du kavoua ? (séif 4)
  6. La viande du makoulin — avant la découverte de la trefa et après (séif 5)
  7. פירש במתכוין et פירש ממילא — le Rachba contre le Roch, les deux derniers, l’œuf (séif 6)
  8. Mangé / tombé à la mer — deux par deux, et pas tout par une seule personne (séif 7)
  9. Deux et trois mélanges — le safek sfeka que produit la dilution, et le דבר שיש לו מתירין (séif 8)
  10. Un doute de trefa mélangé — un doute né dans le corps même · Un poumon trefa mélangé (séifim 9–10)
  11. La hakira du safek sfeka et sa nafka mina pratique
  12. Tableaux de synthèse

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — séif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

דין ספק טריפות שאירע בבשר. ובו י׳ סעיפים:
דבר חשוב אוסר במינו בכל שהוא והם ז׳ דברים ואלו הם אגוזי פרך ורמוני בדן וחביות סתומות וחלפות תרדין וקלחי כרוב ודלעת יונית וככרות של בעל הבית וכן בעלי חיים חשובים הם ואינם בטלים אבל שאר דברים אף על פי שדרכן לימנות הרי אלו עולים כשיעורן: הגה ויש אומרים דכל דבר שבמנין דהיינו שדרכו למנותו תמיד אינו בטל (טור בשם ר״י וב״י) וכן נוהגין. הא דדבר חשוב אינו בטיל אינו אלא מדרבנן ואזלינן בספיקו לקולא (ארוך כלל כ״ה והרמב״ם פי״ז דמאכלות אסורות ותוספות דזבחים סוף דף ע״ג ואגודה שם ורא״ש פרק ג״ה ורשב״א בת״ה ונ״י פ׳ הערל ועוד הרבה פוסקים כמו שיתבאר בסי׳ זה בכמה דוכתי): כל דבר שהוא חשוב אצל בני מקו׳ מהמקומות כגון אגוזי פרך ורמוני בדן בארץ ישראל באותם הזמנים הוא אוסר בכל שהוא לפי חשיבותו באותו מקום ובאותו זמן ולא הוזכרו אלו אלא לפי שהן אוסרים בכל שהן בכל מקום וה״ה בכל כיוצא בהן בשאר מקומות:

résumé : un objet important interdit, dans son espèce, en quelque quantité que ce soit ; ce sont sept objets nommés, auxquels s’ajoutent les êtres vivants. Tout le reste, même si l’usage est de le compter, s’annule à la mesure ordinaire. Le Rama ajoute que tout objet qu’on a coutume de toujours compter ne s’annule pas, et que telle est la pratique — puis il pose la clef de tout le siman : cette non-annulation n’est que rabbinique, et son doute va donc vers la légèreté. Le siman s’ouvre enfin sur ce que le chapeau annonce, le doute de trefa survenu dans de la viande.

1. Ouverture de la sougya — le siman 110, fondement des lois du doute

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le fondement — un siman qui fonde les règles du doute

Le siman 110 est le siman fondateur des règles du doute dans les lois des mélanges. Son chapeau annonce « דין ספק טריפות שאירע בבשר » (שו״ע יו״ד ק״י — l’en-tête du siman) — mais ce qu’il traite déborde largement ce titre, et le lecteur doit le savoir d’entrée. Quatre fondements y sont examinés : (a) le davar hachouv, ce qui ne s’annule pas même dans mille (séifim 1–2) ; (b) כל קבוע כמחצה על מחצה face à כל דפריש מרובא פריש, la loi de la majorité et celle du fixé (séifim 3–5) ; (c) ce qui s’est détaché d’un mélange important — volontairement ou de soi-même (séifim 6–7) ; (d) le safek sfeka — quand deux doutes autorisent et quand ils ne s’additionnent pas (séifim 8–10). Ce qui relie le tout : que devient un doute là où ni la majorité ni l’annulation ne viennent au secours ?
Trois outils distincts. Il faut séparer trois mécanismes que rien n’autorise à confondre — l’annulation dans une majorité ou dans soixante (l’interdit disparaît dans le mélange), la majorité (on suit le grand nombre dans un doute — כל דפריש), et le safek sfeka (deux doutes qui autorisent parce qu’aucun des deux ne se tranche). Le davar hachouv neutralise la première ; le kavoua neutralise la deuxième ; le doute né dans le corps même neutralise la troisième. Les trois ont une seule racine : un facteur qui retire à l’autorisation ordinaire sa force.
Les sources de la sougya, telles que l’appareil du siman les nomme. Pour כל קבוע, le Chakh renvoie à deux endroits précis — Bava Kamma 44b et Ketoubot 15a, que sa phrase nomme entre parenthèses — et à un verset :
« הכי ילפינן בב״ק… ובפרק קמא דכתובות… מקרא דוארב לו וקם » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ט״ו)

Le verset est celui du meurtrier qui guette — « וְאָ֤רַב לוֹ֙ וְקָ֣ם עָלָ֔יו » (דברים י״ט:י״א) — d’où les Sages ont tiré, en matière de doute capital, qu’un interdit resté à sa place n’est pas jugé d’après la majorité mais comme moitié-moitié. Et le Chakh précise aussitôt que cette règle joue dans les deux sens, pour alléger comme pour aggraver :

« דהא דקי״ל דכל קבוע כמחצה על מחצה הוא בין לקולא ובין לחומרא » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ט״ו)

2. דבר חשוב ודבר שבמנין — les sept objets et l’œuf

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est le fondement du siman : qu’est-ce qu’un « objet important » qui ne s’annule pas même dans mille, et pourquoi ?

La hakira — quel est le gader de cette « importance » ? Pourquoi la force de l’annulation céderait-elle devant un objet important ? Une majorité de permis annule bien un interdit ! Trois lectures se présentent : (a) sept objets seulement — une liste fermée, celle que le Mehaber énumère ; (b) tout être vivant, dont l’importance lui est propre ; (c) selon le Rama, tout דבר שבמנין, tout ce qu’on a coutume de toujours vendre au compte et non à l’estime. La question n’est pas décorative : elle décide si l’importance est une qualité de la chose ou une qualité de l’usage qu’on en fait.
« דבר חשוב אוסר במינו בכל שהוא » (שו״ע יו״ד ק״י:א)
« דכל דבר שבמנין דהיינו שדרכו למנותו תמיד אינו בטל » (שו״ע יו״ד ק״י:א)
R. Yohanan et Rech Lakich — comment lire « דבר שבמנין » (ט״ז ס״ק א) :
ChitaLecture de la michnaCe qui en découle pour l’œuf
R. Yohanan, selon R. Méir היינו כרבי יוחנן בגמרא אליבא דרבי מאיר דסבירא ליה את שדרכו למנות שנינו Seul ce qui ne se vend jamais autrement qu’au compte ; l’œuf, qu’on vend parfois au panier plein, s’annule
Rech Lakich ולא כריש לקיש דסבירא ליה כל שדרכו למנות שנינו וביצה אסורה אינה בטילה Tout ce qu’on a coutume de compter ; l’œuf ne s’annule pas
Le Mehaber, au début du siman היינו כר׳ עקיבא בגמרא דפליג עם ר״מ Seul le davar hachouv ne s’annule pas ; le davar shebeminyan, lui, s’annule
Le Rama (« et telle est la pratique ») דכל דבר שבמנין דהיינו שדרכו למנותו תמיד אינו בטל Ce qu’on a coutume de toujours compter ne s’annule pas

Le Taz explique le partage par l’exemple même de l’œuf :

« פירוש שלעולם אין מוכרין אלא במנין מה שאין כן ביצה שפעמים מוכרים סל מלא ביצים זהו בטל » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק א)
Le Chakh et le Taz ne concluent pas du même côté. Le Chakh lit le « toujours » du Rama à la lettre — donc l’œuf s’annulerait ; puis il rapporte que le Maharchal et le Ba’h tiennent au contraire la rigueur, et que tel est l’usage. Le Taz, lui, s’arrête sur le fait que toute l’affaire est rabbinique et en tire une conséquence pratique.
« אבל דבר שמוכרים לפעמים ג״כ באומד כמו ביצים שלפעמים מוכרים סל מלא ביצים כדאית׳ בש״ס ריש מסכת ביצה בטל » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ט׳)
« דנהגינן לחומרא כסה״ת » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ט׳)
« ולענין הלכה כיון דמילתא דרבנן היא כדאי הם המתירים לסמוך עליהם במקום הפסד » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק א)
Le fondement — le davar hachouv n’est que rabbinique, donc son doute va vers la légèreté.
C’est le Rama qui pose l’énoncé, et le Chakh qui en dit la portée exacte : ce qui va vers la légèreté, c’est le doute sur l’importance elle-même, et non n’importe quel doute du siman.
« הא דדבר חשוב אינו בטיל אינו אלא מדרבנן ואזלינן בספיקו לקולא » (שו״ע יו״ד ק״י:א)
« כלומר אם יש בו ספק אם הוא דבר חשוב או לא » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק י׳)
« אבל שאר ספיקות אשכחן דאזלינן לחומרא » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק י׳)
במינו ou même שלא במינו (ש״ך ס״ק א). Le Mehaber écrit que le davar hachouv interdit « דבר חשוב אוסר במינו בכל שהוא » (שו״ע יו״ד ק״י:א) — « dans son espèce ». Le Chakh relève que tout le séif est repris du Rambam, et que le Rama, dans son Torat Hatat et dans sa glose du siman 101, a tranché autrement ; il s’étonne alors que le Rama n’ait rien annoté ici.
« ופסק דאפילו שלא במינו אוסר בכל שהוא » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק א)
« וצ״ע למה לא הגיה כאן כלום אדברי המחבר » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק א)
Le davar hachouv interdit aussi à la jouissance (ש״ך ס״ק ב). Le Chakh établit qu’un objet important qui ne s’annule pas ne s’annule pas non plus quant à la jouissance, et rapporte des Tossafot, au nom du Yerouchalmi, le remède : vendre le tout à un non-Juif en défalquant le prix de l’interdit qui s’y trouve — et seulement là où l’on n’a pas à craindre qu’il le revende ensuite à un Juif.
« דדברים החשובים האסורים בהנאה אם נתערבו אפילו באלף כולן אסורות בהנאה » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ב)
« דמותר למכרן לעובד כוכבים חוץ מדמי איסור שבהן » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ב)
L’importance est locale et datée. Le Mehaber termine le séif en mesurant l’importance à l’usage du lieu et du temps : les sept objets n’ont été nommés que parce qu’ils interdisaient partout, et il en va de même de tout ce qui leur ressemble ailleurs.
« כל דבר שהוא חשוב אצל בני מקו׳ מהמקומות » (שו״ע יו״ד ק״י:א)
« הוא אוסר בכל שהוא לפי חשיבותו באותו מקום ובאותו זמן » (שו״ע יו״ד ק״י:א)

De là le débat que rapporte le Pit’hei Techouva (ס״ק א) sur l’œuf : le Min’hat Yaakov, au nom du Taz, allège en cas de perte importante ; la Techouva Méahava refuse et tient que de nos jours l’œuf reste interdit même là.

« ועיין בספר מנחת יעקב כלל מ״ב סק״ב שכתב בשם הט״ז דיש להקל בהפ״מ דביצה בטילה » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק א)
« דדברי המ״י בטילים הם דמ״ש הט״ז דבהפ״מ מותר היינו דבר שפעמים במנין אבל ביצה אף בהפ״מ אסור האידנא » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק א)

3. Les êtres vivants s’annulent une fois abattus

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ב׳

בעלי חיים שנתערבו באחרים ונשחטו בטל חשיבותן ובטלין והוא שנשחטו בשוגג (ודוקא בעלי חיים קטנים שאינן ראוים להתכבד לאחר שחיטתן) (או״ה כלל כ״ה):

résumé : des êtres vivants mélangés à d’autres puis abattus perdent leur importance et s’annulent — à condition que l’abattage ait été fait par inadvertance ; et le Rama restreint aux petits animaux, ceux dont on ne fait pas honneur à un hôte une fois abattus.

Le fondement — une importance qui ne tient qu’au vivant.
L’importance de l’animal tient à ce qu’il est une créature entière et vivante. Une fois abattu, il n’est plus « un être vivant » mais un morceau de viande, et il s’annule dans la majorité. D’où les deux conditions que porte le texte : l’abattage « בעלי חיים שנתערבו באחרים ונשחטו בטל חשיבותן ובטלין והוא שנשחטו בשוגג » (שו״ע יו״ד ק״י:ב) — par inadvertance, pour qu’on ne puisse pas s’arranger pour annuler un interdit à dessein ; et la restriction du Rama aux petits animaux.
« ודוקא בעלי חיים קטנים שאינן ראוים להתכבד לאחר שחיטתן » (שו״ע יו״ד ק״י:ב)
Deux importances distinctes (ט״ז ס״ק ב). Le Taz montre que l’importance de l’être vivant n’est pas celle du morceau dont on fait honneur à un hôte (la חתיכה הראויה להתכבד du siman 101) : la première tombe avec l’abattage, la seconde peut prendre le relais si la bête est grande. C’est pour cela que la glose précise « petits ». Il y a donc deux portes d’importance, et le petit animal abattu est sorti des deux. Le Taz rapporte d’abord la réponse du Maharchal — qui distingue la bête écorchée de celle qui ne l’est pas — puis donne la sienne.
« ולי נראה דחשיבות של בעל חי הוא חשיבות בפני עצמו » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ב)
« רק כ״ז שהוא חי יש לו חשיבות מצד שהוא בעל חי » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ב)

4. Les neuf boutiques — כל קבוע כמחצה על מחצה

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ג׳

ט׳ חנויות מוכרות בשר שחוטה ואחת מוכרת בשר נבילה ולקח מאחת מהן ואין ידוע מאיזה מהן לקח הרי זה אסור שכל קבוע כמחצה על מחצה דמי אבל בשר הנמצא בשוק או ביד עובד כוכבים מותר כיון שרוב החנויות מוכרו׳ בשר שחוטה דכל דפריש מרובא פריש זהו דין תורה אבל חכמים אסרוהו אף על פי שכל השוחטים וכל המוכרים ישראל: הגה ועיין לעיל סימן ס״ג והא דאמרינן כל דפריש מרובא פריש היינו שלא פירש לפנינו אבל אם פירש לפנינו או שרואה כשהעובד כוכבים לקחו הוי כאילו לקחו משם בידו (טור בשם רשב״א ותוס׳ פרק ג״ה דף צ״ה ור״ן שם והג״א בשם ר״י ותוס׳ ואגודה פ׳ התערובות ורא״ש בתשובה כלל כ׳ סימן ט״ו וסמ״ג סוף דף נ״ב וסמ״ק סימן רי״ד וש״ד סימן מ״ו ור׳ ירוחם נט״ו והמ״מ פ״ה מהמ״א בשם המפרשים):

résumé : neuf boutiques vendent de la viande abattue rituellement et une vend de la neveila ; il a acheté à l’une d’elles sans savoir laquelle — c’est interdit, car tout ce qui est fixé à sa place compte pour moitié-moitié. Mais la viande trouvée au marché, ou dans la main d’un non-Juif, est permise : ce qui s’est détaché s’est détaché de la majorité. Le Mehaber ajoute que c’est là la loi de la Torah, et que les Sages ont tout de même interdit. Le Rama renvoie au siman 63 et pose la limite du « détaché devant nous ».

Le fondement — le fixé contre le détaché.
Deux lois inverses tiennent dans un seul séif :

• « שכל קבוע כמחצה על מחצה דמי » (שו״ע יו״ד ק״י:ג) — l’interdit resté à sa place est jugé comme moitié-moitié, et la majorité ne l’emporte pas, si bien que l’achat est interdit alors même que neuf boutiques sur dix sont cacher.
• « דכל דפריש מרובא פריש » (שו״ע יו״ד ק״י:ג) — ce qui s’est déjà détaché, on le suit d’après la majorité : c’est de la majorité qu’il s’est détaché, donc permis.

Et le Mehaber marque lui-même l’écart entre la loi écrite et l’interdit rabbinique.
« זהו דין תורה אבל חכמים אסרוהו אף על פי שכל השוחטים וכל המוכרים ישראל » (שו״ע יו״ד ק״י:ג)
Détaché devant nous ou hors de notre vue (רמ״א ס״ג). Le Rama restreint : la règle du détaché ne vaut que là où la séparation ne s’est pas faite sous nos yeux. Si nous l’avons vue, ou si nous avons vu le non-Juif prendre le morceau, c’est comme s’il l’avait pris de sa main dans le fixé — et le statut de kavoua revient. Toute la différence entre « la viande trouvée » et « la viande que nous avons vu prendre » tient là.
« והא דאמרינן כל דפריש מרובא פריש היינו שלא פירש לפנינו אבל אם פירש לפנינו או שרואה כשהעובד כוכבים לקחו הוי כאילו לקחו משם בידו » (שו״ע יו״ד ק״י:ג)
La viande soustraite au regard (voir siman 63). Même si « la viande trouvée » est permise par la loi de la Torah, les Sages ont interdit la viande qui a disparu de la vue puis a été retrouvée, de crainte qu’elle n’ait été échangée. C’est une rigueur rabbinique traitée au siman 63, et le Rama y renvoie expressément depuis notre séif. Nous ne tranchons rien ici : voir sur place, et demander à son Rav.

5. Majorité de boutiques et mélange — un safek sfeka opère-t-il sur du kavoua ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’une des divergences les plus vives du siman : le safek sfeka autorise-t-il lorsque le premier doute est un doute de kavoua ?

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ד׳

רוב חנויות מוכרות בשר שחוטה ומיעוט מוכרות בשר נבילה לקח מאחת מהן ואינו יודע מאיזו מהן לקח ונתערבה באחרות ואינה ניכרת בטלה ברוב משום ספק ספיקא: הגה ויש אוסרין בכה״ג משום דכל מקום דאיסור במקומו הוי כמחצה על מחצה והואיל וספק הראשון אסור מן התורה ואין כאן עוד ספיקא להתיר רק תערובות לא מקרי ספק ספיקא (ארוך כלל כ״ה) והכי נהוג:

résumé : la majorité des boutiques vend de la viande abattue rituellement et une minorité de la neveila ; il a acheté à l’une d’elles sans savoir laquelle, puis le morceau s’est mélangé à d’autres et ne se reconnaît plus — pour le Mehaber il s’annule dans la majorité au titre du safek sfeka ; le Rama rapporte ceux qui interdisent, et conclut que telle est la pratique.

La racine de la divergence — un safek sfeka sur du kavoua :
ChitaMajorité de boutiques + mélangeSource
Le Mehaber Le morceau s’annule dans la majorité, au titre du safek sfeka : doute sur la boutique, puis doute sur le morceau בטלה ברוב משום ספק ספיקא (שו״ע יו״ד ק״י:ד)
Le Rama (« il y a qui interdisent ») Le premier doute est un doute de kavoua, donc interdit par la loi de la Torah ; le mélange n’ajoute pas un second doute, ce n’est qu’un mélange — et cela ne s’appelle pas safek sfeka והכי נהוג (שו״ע יו״ד ק״י:ד)
« ויש אוסרין בכה״ג משום דכל מקום דאיסור במקומו הוי כמחצה על מחצה והואיל וספק הראשון אסור מן התורה ואין כאן עוד ספיקא להתיר רק תערובות לא מקרי ספק ספיקא » (שו״ע יו״ד ק״י:ד)
La hakira — qu’est-ce qu’un vrai « second doute » ? Le Mehaber voit dans les deux événements — de quelle boutique, puis quel morceau — deux doutes indépendants. Le Rama objecte que le premier doute est déjà un interdit de la Torah : le mélange n’ajoute alors rien quant à l’existence de l’interdit, il ne fait que demander où il se trouve. C’est exactement la règle qui reviendra au séif 9, sous le nom de doute né dans le corps même.
Majorité de boutiques ou majorité de viande (פתחי תשובה ס״ק ב, au nom du Beit Efraïm). L’entrée est posée sur le séif 3, sur les mots « la viande trouvée », et non sur notre séif ; nous la lisons ici parce qu’elle éclaire le même partage. La question est celle-ci : suit-on le nombre des boutiques ou la quantité de viande vendue ? Le Beit Efraïm ne tranche pas d’un seul côté — il distingue deux cas.
« וכל שאר הבשר נשאר במקומו הולכין אחר רוב החנויות » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק ב)
« אבל אם יש בא׳ יו״ד בהמות נבלה ובט׳ יש בכל אחד אחת כשירה ומכרו כולם כל הבשר פשיטא דבכה״ג אזלינן בתר רוב הבשר שנמכר היום » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק ב)

6. La viande du makoulin — avant et après

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ה׳

מי שלקח בשר מהמקולין (פי׳ בית המטבחים) ואפילו חתיכה הראויה להתכבד ונמצאת טרפה במקולין ולא נודעו חתיכות הטרפה ואינו יודע מאיזו לקח כל מה שלקחו מהמקולין קודם שנמצאת הטרפה מותר שלא נפל הספק בקבוע אלא לאחר שפירש וכיון שהרוב כשר מותר אבל ליקח מכאן ואילך אסור ואפילו חתיכה שאינה ראויה להתכבד שאין הכל בקיאין בזה ויטעו בין ראויה להתכבד לשאינה ראויה:

résumé : qui a acheté de la viande à l’étal — même un morceau dont on fait honneur à un hôte — et qu’une trefa s’y est trouvée sans que les morceaux de trefa soient reconnaissables, tout ce qu’il a pris avant la découverte est permis ; à partir de là, prendre est interdit, même un morceau dont on ne fait pas honneur.

Le fondement — avant / après.
Une trefa a été trouvée à l’étal, et elle ne se reconnaît pas.

• Avant la découverte : le doute n’est pas tombé sur le fixé, il est né après que le morceau s’en était détaché, et la majorité de l’étal est cachère → permis.
• À partir de là : celui qui viendrait prendre maintenant prendrait du fixé → interdit, et même un morceau dont on ne fait pas honneur, parce que tous ne savent pas faire la différence.
« כל מה שלקחו מהמקולין קודם שנמצאת הטרפה מותר שלא נפל הספק בקבוע אלא לאחר שפירש וכיון שהרוב כשר מותר » (שו״ע יו״ד ק״י:ה)
« אבל ליקח מכאן ואילך אסור ואפילו חתיכה שאינה ראויה להתכבד שאין הכל בקיאין בזה ויטעו בין ראויה להתכבד לשאינה ראויה » (שו״ע יו״ד ק״י:ה)
Kavoua de la Torah et kavoua rabbinique (ט״ז ס״ק ג). L’entrée est ancrée sur le séif 4, mais tout son propos porte sur l’étal de notre séif : le Taz commence par s’étonner du Mehaber, puis distingue deux sortes de fixé. Dans le premier, l’interdit est présent et reconnaissable à sa place — ce sont les neuf boutiques, et là כל קבוע vaut par la Torah. Dans le second, tout le contenu de l’étal serait annulé dans la majorité par la loi écrite, et ce sont les Sages qui lui ont donné le statut de fixé. La nafka mina est considérable pour les doutes.
« יש כאן תמיה על הש״ע שהרי הרשב״א לא כתב כן דמהני תערובות אלא בלקח ממקולין » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ג)
« האחד הוא קבוע דאורייתא דהיינו ט׳ חנויות כשרות וא׳ טריפה שבזה אמרינן מדאורייתא כל קבוע כמחצה כו׳ כיון שהאיסור ניכר במקומו » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ג)
« וקבוע דרבנן הוא במקולין אחד שנמצא שם טריפה נתערבה בין הכשירות ואינו יודע מאיזה לקח דמדאורייתא הוה כל בשר שבמקולין כשר דבטל ברוב » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ג)
Le Pit’hei Techouva sur ce séif (ס״ק ד–ה). Il rapporte, sur le mot « permis », le cas très concret du Mahari"t — un boucher qui abat sept bêtes chez lui, en sort deux à l’étal et la moitié d’une troisième, l’autre moitié restant à la maison, puis une aiguille est trouvée et l’on ne sait de quelle bête ; et, sur le mot « interdit », il renvoie au Tiferet Tsvi et au Cheïlat Yaavets. Nous ne tranchons pas ce cas : il est donné comme le lieu où la distinction du Taz se met à l’épreuve.

7. פירש במתכוין et פירש ממילא — le Rachba contre le Roch

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ו׳

בעלי חיים ושאר דברים החשובים שנתערבו בהיתר שאינם בטלים אפי׳ באלף אפי׳ אם פירש אחד מן הרוב אחר שנודעה התערובת אסור והוא שהפרישו במתכוין אבל אם פירש ממילא שרי: הגה והא דאסור אם הפרישו במתכוין היינו שלא פירש רק מעט ונשארו מקצת האיסורים במקומם דאז חיישינן שמא יקח מן הקבוע גם כן אבל אם נתפרשו כולן ביחד ולא נשארו במקומן ובשעת עקירתן פירשו קצתן אותן שפירשו אז מותרים (דברי קבלה מחמיו הגאון מהר״ר שכנא ז״ל) רק שנים האחרונים אסורים (טור ס״ס נ״ז) ואם נתערבה תרנגולת טרפה בכשרות ונמצא ביצה ביניהם הביצה מותרת אע״ג דהתרנגולים חשובים ולא מתבטלין לגבי ביצה אזלינן בתר רובא (ארוך כלל כ״ו):

résumé : des êtres vivants et autres objets importants mélangés à du permis ne s’annulent pas même dans mille ; si l’un s’est détaché de la majorité après que le mélange fut connu, c’est interdit — et cela quand on l’a séparé à dessein, mais s’il s’est détaché de lui-même, c’est permis. Le Rama restreint l’interdit au cas où une partie seulement a été séparée et où des interdits demeurent à leur place, ajoute que les deux derniers restent interdits, et termine sur l’œuf trouvé parmi les poules.

פירש ממילא — le Rachba contre le Roch (ש״ך ס״ק ל״ג–ל״ז) :
ChitaDétaché de soi-même d’un mélange importantSource
Le Rachba Permis — la fixité est déjà défaite, on suit la majorité comme pour tout détaché ; et il en va de même si tout s’est dispersé, fût-ce sous nos yeux שלא בפנינו או שנתפזרו כולן אפי׳ בפנינו מותר שכבר נתבטל הקביעות (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ל״ה)
Le Roch et beaucoup de poskim Interdit — même détaché de soi-même, parce que tout est mêlé et qu’ici l’interdit ne se reconnaît pas à part, à la différence des neuf boutiques והרא״ש והרבה פוסקים פסקו דפירש ממילא אסור (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ל״ו)

Le Mehaber a tranché comme le Rachba ; le Rama y a joint la restriction qui vient du Roch — il faut que des interdits soient demeurés à leur place. Et le Chakh rapporte encore, en son nom, que tant que le mélange n’était pas connu, la chose est permise même pour celui qui interdit le détaché de soi-même.

« דל״ד לט׳ חנויות דהתם האיסור ניכר בפני עצמו ולא חיישינן שיקח מן הקבוע » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ל״ו)
« אבל קודם שנודע התערובות מותר » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ל״ג)
Le fondement — à dessein contre de soi-même.
Un mélange d’objets importants, qui ne s’annulent pas. Si l’un s’en détache après que le mélange fut connu : séparé à dessein, c’est interdit, car c’est comme prendre du fixé à sa place ; détaché de lui-même, c’est permis, car on suit la majorité. La raison du partage : en prenant de la main, il choisit dans le fixé ; dans une séparation spontanée, ce qui se détache se détache ordinairement de la majorité.
« והוא שהפרישו במתכוין אבל אם פירש ממילא שרי » (שו״ע יו״ד ק״י:ו)
Tout s’est dispersé, et les deux derniers (רמ״א ס״ו, ש״ך ס״ק ל״ה). Le Rama restreint : l’interdit du « séparé à dessein » ne vaut que si une partie seulement a été détachée et que des interdits sont restés en place — là on craint qu’il ne prenne du fixé. Mais si tout a été détaché ensemble et que rien n’est demeuré à sa place, ce qui s’est alors détaché est permis : il n’y a plus de fixé où puiser. Les deux derniers, eux, restent interdits — ceux-là sont bel et bien moitié-moitié. Et le Chakh explique, au nom du Rachba, que tout se disperser sous nos yeux revient à se détacher hors de notre vue.
« אבל אם נתפרשו כולן ביחד ולא נשארו במקומן ובשעת עקירתן פירשו קצתן אותן שפירשו אז מותרים » (שו״ע יו״ד ק״י:ו)
« רק שנים האחרונים אסורים » (שו״ע יו״ד ק״י:ו)
« דנתפזרו כולן בפנינו חשוב כפירשו שלא בפנינו » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ל״ה)
Nafka mina — l’œuf et la majorité des poules. Une poule trefa s’est mélangée à des cachères et un œuf est trouvé parmi elles : l’œuf est permis. Les poules elles-mêmes sont importantes et ne s’annulent pas, mais l’œuf n’est pas un être vivant : c’est une chose séparée, qui s’annule dans la majorité, et l’on va pour lui d’après la majorité des poules. L’importance de la mère ne passe pas à l’œuf. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
« ואם נתערבה תרנגולת טרפה בכשרות ונמצא ביצה ביניהם הביצה מותרת אע״ג דהתרנגולים חשובים ולא מתבטלין לגבי ביצה אזלינן בתר רובא » (שו״ע יו״ד ק״י:ו)

8. Mangé / tombé à la mer — deux par deux

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ז׳

דבר שאינו בטל מחמת חשיבותו כגון בעלי חיים ובריה וחתיכה הראויה להתכבד ודבר שיש לו מתירין שנתערב באחרים ונאכל אחד מהם בשוגג (בין שאכלו עצמו בשוגג בין שאכלוהו אחרים בשוגג) (ת״ה סימן קע״ה) או נפל מעצמו לים בענין שנאבד מן העולם הותרו כל האחרים שאנו תולין לומר האיסור הלך לו ודוקא כשאוכל הנשארות שתים שתים ביחד דממה נפשך איכא חדא דהיתרא אבל לאוכלם אחת אחת אסור: הגה ואפילו לאכלם שתים שתים אסור לאדם אחד לאכול את כולם ואפי׳ ב׳ בני אדם אין לאכלם כולם בבת אחת (ב״י לדעת טור):

résumé : une chose qui ne s’annule pas à cause de son importance — être vivant, créature entière, morceau dont on fait honneur, chose qui trouvera son permis — s’est mélangée, et l’une d’elles a été mangée par inadvertance, ou est tombée d’elle-même à la mer au point d’être perdue du monde : tout le reste est permis, car on suppose que c’est l’interdit qui est parti. Mais on ne mange le reste que deux par deux ; un par un, c’est interdit. Le Rama ajoute qu’une seule personne ne mangera pas le tout, et que même deux personnes ne le mangeront pas d’un coup.

Le fondement — « l’interdit est parti ».
Une chose importante s’est mélangée, et l’une du mélange a été mangée par inadvertance ou perdue du monde : on suppose que c’est l’interdit qui s’en est allé, et tout le reste est permis. Mais on ne les mange que deux par deux : dans chaque paire, de toute façon, l’un au moins est permis — il n’y avait qu’un seul interdit, les deux ne peuvent pas l’être ensemble. Un par un, c’est interdit : celui-là est peut-être l’interdit.
« הותרו כל האחרים שאנו תולין לומר האיסור הלך לו » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)
« ודוקא כשאוכל הנשארות שתים שתים ביחד דממה נפשך איכא חדא דהיתרא אבל לאוכלם אחת אחת אסור » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)
« Perdu du monde », et rien de moins (ש״ך ס״ק מ״ד). Le Chakh, au nom du Rachba, pose la condition dans sa forme stricte : tant que la chose existe encore dans le monde, pourquoi dirions-nous que c’est celle-là qui était l’interdite ? Au contraire — l’interdit est dans la majorité. L’autorisation ne tient donc que si l’interdit est sorti de l’existence.
« או נפל מעצמו לים בענין שנאבד מן העולם » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)
« אבל כל שישנו בעולם ואתה צריך לדון עליה ועל השאר מפני מה נאמר שזו האחת היא האסורה אדרבה י״ל איסורא ברוב איתא » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק מ״ד)
Le Taz n’accepte pas l’explication reçue (ט״ז ס״ק ח). Le Beit Yossef expliquait l’écart entre « mangé » et « tombé à la mer » ainsi : on ne pénalise l’inadvertance à cause du délibéré que là où l’homme a agi — donc pour la chute à la mer, non pour ce qui a été mangé. Le Taz s’en déclare troublé, parce que cette explication contredit une réponse du Roch, et il conclut dans l’autre sens : il faut craindre qu’on ne fasse manger l’interdit délibérément à un chien ou à un non-Juif. La question reste ouverte ici comme elle l’est chez lui.
« דברים תמוהים נראה לע״ד בכאן » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ח)
« אבל אם הפילו הוא אפילו שוגג קנסינן שוגג אטו מזיד היינו דוקא בנפל לים » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ח)
« ונ״ל הטעם דחיישינן שמא יאכיל במזיד לכלב או לעובד כוכבים » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק ח)
Deux par deux, quatre par quatre (ש״ך ס״ק מ״ז, מ״ט). Le Chakh, appuyé sur Rachi dans Zeva’him, tire la règle générale : si deux se sont perdus, on mange quatre par quatre ; si trois, six par six. Le nombre de chaque groupe suit le nombre des disparus. Et il note que d’après le sens simple des Tossafot et du Roch, deux par deux une seule personne pourrait les manger, pourvu qu’elle ne les mange pas tous en une fois — la formulation du Rama vient du Beit Yossef lisant le Tour, et le Chakh la donne pour non contraignante ; voir aussi le siman 140.
« דאם נתערבו שתים צריך לאכול ארבע ארבע וכן ג׳ צריך לאכול שש שש » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק מ״ז)
« דבשנים שנים מותר לאכלן לאדם אחד רק שלא יאכל כולן כאחד » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק מ״ט)
« ואפילו לאכלם שתים שתים אסור לאדם אחד לאכול את כולם ואפי׳ ב׳ בני אדם אין לאכלם כולם בבת אחת » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)

9. Deux et trois mélanges — le safek sfeka de la dilution

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Ici commence le cœur de l’étude du safek sfeka : comment la dilution d’un mélange fait naître un second doute.

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ח׳

דבר שאינו בטל מחמת חשיבותו שנתערב באחרים ונפל מהתערובות הזאת אחד לשנים אחרים ונפל מן השלשה אחד לשנים אחרים הרי אלו האחרים מותרים שהרי האחד של תערובות הראשונה בטל ברוב ואם נפל אחד מהתערובות הראשונה לאלף כולם אסורים ולא נאמר בטל ברוב אלא להתיר ספק ספיקן שאם יפול מן התערובות השניה למקום אחר אינו אוסר. (לשון רמב״ם פרק ט״ז מהמ״א דין י׳): הגה ומכל מקום אין לאדם אחד לאכול את כולן ודוקא שהאיסור שנתערב הוא ודאי איסור אבל ספק איסור שנתערב ונפל מאותה תערובות למקום אחר התערובות השנית שרי (ארוך כלל כ״ו) יש אומרים דדבר שיש לו מתירין אין להתיר מכח ספק ספיקא (שם כלל כ״ה) וטוב להחמיר אם לא לצורך מאחר שיש לו היתר בלאו הכי:

résumé : une chose qui ne s’annule pas à cause de son importance s’est mélangée à d’autres ; de ce mélange l’une est tombée dans deux autres, et des trois l’une est tombée dans deux autres — ces dernières sont permises. Mais si l’une du premier mélange est tombée dans mille, toutes sont interdites. Le Rama ajoute qu’une seule personne ne mangera pas le tout, distingue l’interdit certain du doute d’interdit, et rapporte ceux qui refusent le safek sfeka pour une chose qui trouvera son permis.

Le fondement — deux ou trois mélanges.
Un interdit important s’est mélangé ; l’une du mélange tombe dans deux autres, et des trois l’une tombe dans deux autres → les dernières sont permises, parce que celle du premier mélange s’est annulée dans la majorité. Mais si l’une du premier mélange tombe dans mille, toutes sont interdites : il n’y a là qu’un mélange, pas un second doute.
« הרי אלו האחרים מותרים שהרי האחד של תערובות הראשונה בטל ברוב » (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
« ואם נפל אחד מהתערובות הראשונה לאלף כולם אסורים » (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
D’où vient l’exigence de trois mélanges — Rabbénou Tam contre Rabbénou Yits’hak (ט״ז ס״ק י׳) :
ChitaCe qu’il tientSource
Rabbénou Tam Le « mélangée dans mille » de la guemara ne parle que de l’œuf certainement pondu à Yom Tov ; si c’est le doute qui s’est mélangé, c’est un safek sfeka et c’est permis — deux mélanges suffisent והקשה ר״ת דהא ספק ספיקא היא כשנתערבה (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י׳)
Rabbénou Yits’hak En pareil cas ce n’est pas un safek sfeka ; il faut trois mélanges, comme pour la orla dans Zeva’him 74 ור״י חולק עליו ביבמות פרק הערל וס״ל דבכהאי גוונא לא הוה ספק ספיקא (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י׳)
« דהאי אם נתערבה קאי אודאי נולדה בי״ט אבל אם הספק נתערבו ה״ל ספק ספיקא ומותר » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י׳)
« אלא צריך ג׳ תערובות וכדאיתא בזבחים… לענין איסור ערלה שנפל לרבוא איסורין ומרבוא לג׳ ומג׳ למקום אחר מותר ש״מ שצריך ג׳ תערובות » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י׳)
Interdit certain : trois mélanges ; doute d’interdit : deux (רמ״א ס״ח). Le Rama tranche en distinguant : pour un interdit certain il faut que la dilution passe par trois mélanges avant que naisse le safek sfeka ; mais si ce qui s’est mélangé est déjà un doute d’interdit — un doute existant déjà dans la chose même — deux mélanges suffisent, le premier doute étant donné et la dilution produisant le second. Le nombre de mélanges nécessaires dépend donc du nombre de doutes déjà présents dans l’objet. C’est exactement la position de Rabbénou Tam que le Taz vient de rapporter.
« ודוקא שהאיסור שנתערב הוא ודאי איסור אבל ספק איסור שנתערב ונפל מאותה תערובות למקום אחר התערובות השנית שרי » (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
Une chose qui trouvera son permis, dans un safek sfeka (ש״ך ס״ק נ״ו–נ״ט, ט״ז ס״ק י״א, פתחי תשובה ס״ק י״א) :
Chitaדשיל״מ dans un safek sfekaSource
« Il y a qui disent » — le Rama Le safek sfeka ne l’autorise pas, puisqu’il trouvera son permis de lui-même ; et il est bon d’être rigoureux hors du besoin יש אומרים דדבר שיש לו מתירין אין להתיר מכח ספק ספיקא (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
Le Taz Il trouve la glose du Rama difficile, et rapporte le Ran, qui autorise le safek sfeka dans un דשיל״מ rabbinique מ״ש רמ״א כאן לענין דבר שיש לו מתירין די״א שלא מועיל ס״ס ומסיק להקל במקום צורך הוא תמוה (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י״א)
Le Chakh Hésite à alléger hors d’une perte importante, et tient qu’en matière rabbinique on ne dit pas, pour un דשיל״מ, que le doute va vers la légèreté וצ״ע אם יש להקל בזה שלא במקום הפסד מרובה כיון דגדולי הפוסקים סוברים כן (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק נ״ח)
Le Tsla’h / Noda BiYehouda (rapporté par le Pit’hei Techouva) La rigueur ne vaut que pour ce qui n’avait pas de présomption de permis ; ce qui en avait une, son doute rabbinique est permis même en דשיל״מ ולענין ס״ס בדרבנן בדשיל״מ עיין ט״ז ס״ק י״א שדעתו להקל אך הש״ך בנה״כ כתב דאין חילוק (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק י״א)
« וטוב להחמיר אם לא לצורך מאחר שיש לו היתר בלאו הכי » (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
« כתב הר״ן ריש פרק אין צדין דספק ספיקא מותר בדבר שיש לו מתירין כגון ספק ביצה בי״ט שני » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י״א)
« אבל באיסור דרבנן ויש בו ספק אע״ג דבעלמא אמרינן ספק דרבנן לקולא בדשיל״מ לא אמרינן הכי לכ״ע » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק נ״ט)
« שכתב דלא אמרינן דשיל״מ אפילו בדרבנן ספיקו אסור אלא בדבר שלא היה לו חזקת היתר אבל בדבר שהיה לו חזקת היתר ונולד בו ספק איסור דרבנן אפילו הוא דשיל״מ ספיקו מותר » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק י״א)

10. Un doute de trefa mélangé · un poumon trefa — le doute né dans le corps même

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף ט׳

ספק טרפה שנתערב באחרות כולן אסורות עד שיהא בהיתר כדי לבטל האיסור אם הוא מדברים המתבטלים שכיון שספק הראשון היה בגופו אין להתירו מספק ספיקא: הגה ויש אומרים הטעם דאסור הואיל והספק הוא איסור דאורייתא ולא נוכל לומר עוד ספק שאין כאן איסור רק שנתערב באחרים לא מקרי ספק ספיקא ואסור (שם) אבל אם היו ב׳ ספיקות אם היה כאן איסור כלל ונודעו ב׳ הספיקות ביחד מתירין ס״ס בכל מקום אפי׳ באיסור דאורייתא וגופו של איסור ואפילו היה לו חזקת איסור כגון עוף שבחזקת איסור עומד ונשבר או נשמט גפו ספק מחיים או לאחר שחיטה ואם תמצא לומר מחיים שמא לא נקבה הריאה יש להתיר מכח ספק ספיקא אע״פ שיש לברר על ידי בדיקת הריאה אין לחוש ועיין לעיל סימן נ״ג:

résumé : un doute de trefa qui s’est mélangé à d’autres — toutes sont interdites tant qu’il n’y a pas assez de permis pour annuler l’interdit (si la chose est de celles qui s’annulent), parce que le premier doute était né dans le corps même et qu’on ne peut l’autoriser par un safek sfeka. Le Rama donne une autre raison, puis pose le cas inverse : deux doutes portant sur l’existence même de l’interdit et connus ensemble autorisent partout, même contre une présomption d’interdit.

Le fondement — un doute né dans le corps même ne se dénoue pas par un safek sfeka.
Le doute est né dans le morceau lui-même — trefa ou cachère — et le mélange n’ajoute pas un doute sur l’existence de l’interdit, mais seulement sur le lieu où il se trouve. Il n’y a donc pas deux doutes indépendants ; un simple mélange ne fait pas un safek sfeka. C’est la règle même du séif 4.
« ספק טרפה שנתערב באחרות כולן אסורות עד שיהא בהיתר כדי לבטל האיסור אם הוא מדברים המתבטלים » (שו״ע יו״ד ק״י:ט)
« שכיון שספק הראשון היה בגופו אין להתירו מספק ספיקא » (שו״ע יו״ד ק״י:ט)
La hakira — deux doutes portant sur l’existence de l’interdit (רמ״א ס״ט). Le Rama pose le contre-cas : si les deux doutes portent sur le fait même qu’il y ait ici un interdit, et qu’ils ont été connus ensemble, le safek sfeka autorise partout — même en matière de Torah, même dans le corps de l’interdit, et même contre une présomption d’interdit. Son exemple : un oiseau dont l’aile s’est brisée ou déboîtée, doute si c’est avant l’abattage ou après ; et si c’est avant, peut-être le poumon n’a-t-il pas été percé. Deux doutes, donc on autorise.
« אבל אם היו ב׳ ספיקות אם היה כאן איסור כלל ונודעו ב׳ הספיקות ביחד מתירין ס״ס בכל מקום אפי׳ באיסור דאורייתא וגופו של איסור ואפילו היה לו חזקת איסור » (שו״ע יו״ד ק״י:ט)
« כגון עוף שבחזקת איסור עומד ונשבר או נשמט גפו ספק מחיים או לאחר שחיטה ואם תמצא לומר מחיים שמא לא נקבה הריאה יש להתיר מכח ספק ספיקא » (שו״ע יו״ד ק״י:ט)
Les règles du safek sfeka — quand deux doutes se joignent (ש״ך ס״ק ס״ג, ט״ז ס״ק י״ב) :
La conditionL’explicationSource
Un seul corps, un seul sujet Les deux doutes doivent porter sur l’interdit lui-même, et non l’un sur le corps et l’autre sur un simple mélange ובאמת צריך שיהא ס״ס בגוף אחד מענין אחד כמו שתי תערובות (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י״ב)
Le premier doute n’est pas déjà un interdit de la Torah Le Chakh va plus loin que le Rama : même si les deux doutes sont connus ensemble, dès lors que le premier est un interdit de la Torah ce n’est pas un safek sfeka כיון שהספק הראשון אסור מן התורה לא הוי ספק ספיקא (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ג)

Et le Chakh donne les deux raisons de fond qui font tomber le ס״ס : les doutes ne sont pas du même sujet, ou ils ne sont pas d’un même corps.

« אין הספיקות מענין אחד או מגוף אחד » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ג)
« כמו באשה שזינתה ספק תחתיו ספק אינו תחתיו ואת״ל תחתיו ספק באונס ספק ברצון בפ״ק דכתובות » (ט״ז יו״ד ק״י ס״ק י״ב)
Présomption d’interdit, et l’examen du poumon (ש״ך ס״ק ס״ד, ס״ו). Sur la présomption d’interdit, le Chakh appuie le Rama au nom d’une responsa du Rachba : le safek sfeka opère même là. Mais sur le dernier mot du Rama — qu’on n’a pas à s’inquiéter de pouvoir vérifier par l’examen du poumon — le Chakh ne suit pas : il rapporte que le Rachba, dans ses ’hiddouchim, exige l’examen partout où l’on peut vérifier, et il écrit que tel lui semble à lui aussi, preuve à l’appui. Il ajoute que si l’on voit un défaut dans les organes internes, aucun safek sfeka ne tient. C’est l’un des endroits du siman où la glose et son commentateur ne vont pas du même côté ; nous ne tranchons pas — demande à ton Rav.
« אע״פ שיש לברר על ידי בדיקת הריאה אין לחוש » (שו״ע יו״ד ק״י:ט)
« דהרשב״א כתב בתשובה סימן ת״א דמהני ס״ס אפילו בדבר שהיה לו חזקת איסור » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ד)
« כלומר וא״צ בדיקה כלל » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ו)
« אכן הרשב״א בחידושיו פא״ט דף נ״ג ע״ד כתב דאפילו היכ׳ דאיכ׳ ס״ס צריך בדיקה היכ׳ דיכולין לברר ע״י בדיקה וכן נלפע״ד להוכיח מן הש״ס » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ו)
« מ״מ אם רואה ריעותא באברים הפנימים פשיטא דאפילו ס״ס לא מהני » (ש״ך יו״ד ק״י ס״ק ס״ו)
Le Pit’hei Techouva sur les règles du doute rabbinique (ס״ק ט״ו). La divergence qu’il rapporte est de plein fond, et dans ce sens-ci : le Pri ’Hadach conteste le Chakh et allège — même là où la chose a un fondement dans la Torah et où il y a présomption d’interdit, le doute rabbinique va vers la légèreté ; le Chaar HaMelekh réfute longuement le Pri ’Hadach et maintient le Chakh dans sa rigueur.
« הנה הפר״ח ס״ק ט״ו השיג על הש״ך והעלה דאפילו בשיש לו עיקר מה״ת ואיתחזק איסורא אמרינן סד״ר לקולא » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק ט״ו)
« ועיין בשער המלך שם כלל א׳ שהאריך לדחות דברי הפר״ח ולקיים דברי הש״ך » (פתחי תשובה יו״ד ק״י ס״ק ט״ו)

Le texte du Choulhan Aroukh — סעיף י׳

ריאה טרפה שנמצאת בין ריאות כשרות ואמר הבודק שהי׳ יודע באות׳ סירכא ובשגגה נתערבו אותה ריאה טרפה בין הכשרות ולא היתה בכבשים ערבוביא הכבשים מותרים:

résumé : un poumon trefa trouvé parmi des poumons cachers, l’examinateur ayant dit qu’il connaissait cette adhérence, et le poumon trefa s’étant mélangé par erreur parmi les cachers — s’il n’y a pas eu de confusion entre les bêtes, les bêtes sont permises.

Le fondement — pas de confusion entre les bêtes.
Le poumon trefa, que l’examinateur reconnaissait à son adhérence, s’est mélangé par erreur parmi les poumons cachers. Tant qu’il n’y a pas eu de confusion entre les bêtes elles-mêmes, chaque poumon reste rattaché à sa bête et les bêtes sont permises : le doute ne porte que sur les poumons mélangés, non sur les corps. Les poumons se sont mêlés, les bêtes non — et c’est la condition de l’autorisation.
« ולא היתה בכבשים ערבוביא » (שו״ע יו״ד ק״י:י)

11. La hakira du safek sfeka et sa nafka mina pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La hakira qui tient tout le siman : quand la force ordinaire d’autorisation — annulation, majorité, doute — se trouve-t-elle neutralisée, et qu’est-ce qui la rend ?
Ce qui en ressort pour l’étude — et ce qui reste ouvert :
  1. Le davar hachouv et le davar shebeminyan ne s’annulent pas (רמ״א ס״א) ; mais le doute sur l’importance elle-même va vers la légèreté, parce que la chose est rabbinique (רמ״א ס״א ; ש״ך ס״ק י׳). Le Taz en tire qu’on peut s’appuyer sur ceux qui autorisent en cas de perte (ט״ז ס״ק א) ; le Chakh rapporte que l’usage est la rigueur (ש״ך ס״ק ט׳), et le Pit’hei Techouva rapporte les deux. La question n’est pas tranchée ici.
  2. כל קבוע כמחצה על מחצה (מחבר ס״ג) ; et ce qui s’est détaché hors de notre vue suit la majorité et est permis (מחבר ורמ״א ס״ג).
  3. Le safek sfeka n’autorise pas lorsque le premier doute est un kavoua ou un doute né dans le corps (רמ״א ס״ד וס״ט) ; mais deux doutes portant sur l’existence de l’interdit et connus ensemble autorisent, même contre une présomption d’interdit (רמ״א ס״ט ; ש״ך ס״ק ס״ד).
  4. Détaché de soi-même : permis, comme le Rachba, et tel est le Mehaber (מחבר ס״ו) ; séparé à dessein alors que des interdits demeurent en place : interdit, sauf si tout s’est dispersé (רמ״א ס״ו) — et le Roch, avec beaucoup de poskim, interdit même le détaché de soi-même (ש״ך ס״ק ל״ו).
  5. Pour une chose qui trouvera son permis, le Rama refuse le safek sfeka et conseille la rigueur hors du besoin (רמ״א ס״ח) ; le Taz trouve cela difficile et rapporte le Ran (ט״ז ס״ק י״א) ; le Chakh maintient la rigueur (ש״ך ס״ק נ״ח–נ״ט). Là non plus rien n’est tranché ici.
  6. Sur la nécessité d’examiner le poumon quand il y a safek sfeka, la glose du Rama et le Chakh ne vont pas du même côté (רמ״א ס״ט ; ש״ך ס״ק ס״ו).
Et pour la pratique — demande à ton Rav.

12. Tableaux de synthèse

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les figures du doute et leur loi

La situation La loi La source
דבר חשוב / דבר שבמנין Ne s’annule pas même dans mille ; mais le doute sur l’importance va vers la légèreté (rabbinique) מחבר ורמ״א ס״א ; ט״ז ס״ק א ; ש״ך ס״ק ט׳–י׳
Êtres vivants abattus par inadvertance Leur importance tombe et ils s’annulent dans la majorité (petits animaux, hors morceau d’honneur) מחבר ורמ״א ס״ב ; ט״ז ס״ק ב
Neuf boutiques (il a acheté à l’une) כל קבוע כמחצה על מחצה → interdit מחבר ס״ג ; ש״ך ס״ק ט״ו
Viande trouvée au marché / détachée hors de notre vue כל דפריש מרובא פריש → permis מחבר ורמ״א ס״ג
Majorité de boutiques, puis mélange Le Mehaber autorise au titre du safek sfeka ; le Rama rapporte ceux qui interdisent, et telle est la pratique מחבר ורמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק ג
Viande de l’étal — avant la trefa Permis (כל דפריש) ; à partir de là — interdit מחבר ס״ה ; ט״ז ס״ק ג ; פ״ת ס״ק ד–ה
Séparé à dessein, des interdits demeurant en place Interdit ; détaché de soi-même — permis selon le Mehaber, interdit selon le Roch מחבר ורמ״א ס״ו ; ש״ך ס״ק ל״ג–ל״ז
Mangé par inadvertance / tombé à la mer Le reste est permis ; on le mange deux par deux, et pas le tout par une seule personne מחבר ורמ״א ס״ז ; ש״ך ס״ק מ״ד, מ״ז–מ״ט ; ט״ז ס״ק ח
Deux ou trois mélanges (dilution) Les dernières sont permises (safek sfeka) ; tombé dans mille — interdit מחבר ורמ״א ס״ח ; ט״ז ס״ק י׳–י״א
Doute de trefa mélangé (né dans le corps) Interdit — pas de safek sfeka ; mais deux doutes sur l’existence de l’interdit autorisent מחבר ורמ״א ס״ט ; ש״ך ס״ק ס״ג–ס״ו ; ט״ז ס״ק י״ב
Poumon trefa parmi des cachers, sans confusion des bêtes Les bêtes sont permises מחבר ס״י

Tableau — les ma’hlokot centrales du siman

Sujet Première chita Seconde chita
דבר שבמנין — comment lire la michna R. Yohanan, selon R. Méir — seulement ce qui se vend toujours au compte (ט״ז ס״ק א) Rech Lakich — tout ce qu’on a coutume de compter (ט״ז ס״ק א)
L’œuf, de nos jours Le Taz — on peut s’appuyer sur ceux qui autorisent en cas de perte (ט״ז ס״ק א) Le Maharchal et le Ba’h — l’usage est la rigueur (ש״ך ס״ק ט׳) ; Techouva Méahava, contre le Min’hat Yaakov (פ״ת ס״ק א)
במינו ou שלא במינו Le Mehaber, d’après le Rambam — « dans son espèce » (שו״ע יו״ד ק״י:א) Le Rama, au siman 101 — même hors de son espèce (ש״ך ס״ק א)
Majorité de boutiques + mélange (safek sfeka sur du kavoua) Le Mehaber — s’annule, au titre du safek sfeka (שו״ע יו״ד ק״י:ד) Le Rama — le kavoua ne fait pas un safek sfeka, והכי נהוג (שו״ע יו״ד ק״י:ד)
Détaché de soi-même d’un mélange important Le Rachba — permis, et tel est le Mehaber (ש״ך ס״ק ל״ה) Le Roch et beaucoup de poskim — interdit (ש״ך ס״ק ל״ו)
Combien de mélanges pour un safek sfeka Rabbénou Tam — deux suffisent quand c’est un doute qui s’est mélangé (ט״ז ס״ק י׳) Rabbénou Yits’hak — il en faut trois (ט״ז ס״ק י׳)
דבר שיש לו מתירין dans un safek sfeka Le Rama — il n’est pas autorisé, il trouvera son permis de lui-même (שו״ע יו״ד ק״י:ח) Le Taz, au nom du Ran — autorisé en matière rabbinique (ט״ז ס״ק י״א) ; le Chakh maintient la rigueur (ש״ך ס״ק נ״ט)
Faut-il examiner le poumon malgré le safek sfeka ? Le Rama — on n’a pas à s’en inquiéter (שו״ע יו״ד ק״י:ט) Le Rachba dans ses ’hiddouchim, et le Chakh avec lui — l’examen s’impose là où l’on peut vérifier (ש״ך ס״ק ס״ו)
ספק דרבנן לקולא quand il y a présomption d’interdit Le Pri ’Hadach — on l’applique tout de même (פ״ת ס״ק ט״ו) Le Chakh, soutenu par le Chaar HaMelekh — on ne l’applique pas (פ״ת ס״ק ט״ו)

Tableau — les sources de la sougya

Guemara, telle que l’appareil du siman la nomme : ביצה ג׳ — דבר שבמנין, R. Yohanan et Rech Lakich (ט״ז ס״ק א ; ש״ך ס״ק ט) · בבא קמא מ״ד ע״ב et כתובות ט״ו ע״א — le verset וארב לו וקם, source de כל קבוע (ש״ך ס״ק ט״ו) · חולין צ״ה — cité par le Rama au séif 3 · עבודה זרה ע״ד ע״א — les objets importants interdits à la jouissance (ש״ך ס״ק ב) · זבחים ע״ד — les trois mélanges de la orla (ט״ז ס״ק י׳) · כתובות פרק קמא — ספק תחתיו (ט״ז ס״ק י״ב)
Richonim nommés dans l’appareil : רש״י · רבנו תם · רבנו יצחק · רמב״ם · רשב״א (תורת הבית, משמרת הבית, חידושים, תשובות) · רא״ש · ר״ן · תוספות · סמ״ג · סמ״ק · מרדכי · טור · איסור והיתר הארוך · שערי דורא
Aharonim nommés dans l’appareil : בית יוסף · רמ״א (תורת חטאת, דרכי משה) · ש״ך (ונקודות הכסף) · ט״ז · מהרש״ל · ב״ח · פרישה · מנחת יעקב · פרי חדש · פרי מגדים · פתחי תשובה · נודע ביהודה (צל״ח) · תשובה מאהבה · בית אפרים · שער המלך · משנה למלך · מהרי״ט · תפארת צבי · שאילת יעב״ץ · משאת בנימין · כנסת יחזקאל

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
פלפול ועיון בדין דבר חשוב, קבוע, רוב וספק ספיקא · סימן ק״י · ⚡ רמה ב' — לַמְדָּן
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seuls. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

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