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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 115 — Niveau Lamdan : le lait, le fromage et le beurre faits par un non-Juif

Trois interdits nés du même lait, et trois gadrim différents — étude et pilpoul
סימן קט״ו
חלב עכו״ם, מרתת ושמא יעמוד ויראהו, גבינת עכו״ם ולא פלוג, וטעם החמאה
Sougya, hakiroth, shitoth des Richonim et des Aharonim, nafka minoth
⚡ Pour les lomdim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyoth, sources, hakira de fond, ma’hlokoth des Richonim et des Aharonim,
nafka minoth pour la halakha et examen des shitoth

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קט״ו (ג׳ סעיפים)
avec ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), פרי חדש, פתחי תשובה

Racine de la sougya dans le Chas :
עבודה זרה ל״ה ע״ב (la michna, et חלב טהור עומד חלב טמא אינו עומד) · עבודה זרה ל״ה ע״א (les raisons du décret sur le fromage) · עבודה זרה ל״ו ע״א (אין בית דין יכול לבטל … אלא אם כן גדול הימנו בחכמה ובמנין) · עבודה זרה ל״ט ע״ב (la beraïta יושב ישראל בצד עדרו) · חולין ג׳ ע״א (שחיטת כותי — יוצא ונכנס)

Rédaction :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — trois espèces : le lait, le fromage, le beurre (séif 1)
  2. La hakira de fond — pourquoi le lait a-t-il été interdit ? doute de mélange, ou chose interdite במנין comme le יין נסך
  3. מרתת — « de peur qu’il ne se lève et le voie » — le mécanisme de la permission, et les distinctions du Taz (ס״ק א–ג)
  4. La décision du Rama — לכתחילה et בדיעבד, les servantes, l’enfant, et « de nos jours » (racine du חלב סתם)
  5. Les ustensiles, le mélange, et la tournure en fromage ou en beurre — fin du séif 1
  6. Le fromage du non-Juif — la raison du décret, « même s’il l’a fait prendre avec des herbes », et לא פלוג (séif 2)
  7. Pourquoi le fromage ne s’annule pas dans soixante — Ri Ibn Migash / Taz ס״ק ט, et l’absence de בשר בחלב d’ordre biblique
  8. La décision du Rama sur le fromage — Rabbenou Tam בדיעבד, le Noda BiYehouda, et l’objection du Taz (ס״ק י״א)
  9. Le beurre — la raison de l’indulgence, la cuisson et l’annulation dans la minorité, et les rigueurs du lieu (séif 3)
  10. Hakira et nafka mina pour la pratique
  11. Tableaux récapitulatifs

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — séif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

חלב שחלבו עובד כוכבים ואין ישראל רואהו אסור שמא עירב בו חלב טמא היה חולב בביתו וישראל יושב מבחוץ אם ידוע שאין לו דבר טמא בעדרו מותר אפילו אין הישראל יכול לראותו בשעה שהוא חולב היה לו דבר טמא בעדרו והישראל יושב מבחוץ והעובד כוכבים חולב לצורך ישראל אפילו אינו יכול לראותו כשהוא יושב אם יכול לראותו כשהוא עומד מותר שירא שמא יעמוד ויראהו והוא שיודע שחלב טמא אסור לישראל:

(שו״ע יו״ד קט״ו:א — לשון המחבר)

1. Introduction à la sougya — trois espèces dans un seul siman

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La charpente du siman — lait, fromage, beurre

Le siman réunit trois aliments qui sortent tous de la même bête et passent tous par la main du non-Juif ; chacun porte pourtant son décret propre et sa raison propre. Le lait (séif 1) est interdit par une crainte — שמא עירב בו חלב טמא, qu’il y ait mêlé du lait d’une bête impure — et il se permet par la vue, ou par ce qui en tient lieu, le מרתת. Le fromage (séif 2) est interdit par un décret ancien, pris במנין, et il n’a pas l’annulation ordinaire. Le beurre (séif 3) est le plus léger des trois : il dépend de l’usage du lieu et de la cuisson. La racine des trois est dans le traité Avoda Zara, et toute la discussion moderne du חלב ישראל et du חלב סתם naît de la hakira sur le fondement de l’interdit du lait.
Trois degrés de rigueur : observe l’échelle — le fromage est plus grave que le lait (décret pris במנין, pas d’annulation dans soixante, interdit même quand on l’a fait prendre avec des herbes), et le beurre est plus léger que le lait (il ne rend pas les ustensiles interdits, ni son mélange). Ainsi, bien que les trois sortent du même lait, leur din n’est pas le même — et l’écart ne tient pas à la matière, mais au gadr du décret que les Sages ont porté sur chacun.

2. La hakira de fond — pourquoi le lait a-t-il été interdit ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est la hakira décisive : toute la discussion contemporaine du חלב סתם en dépend.

La hakira — la raison de l’interdit du lait : le Mehaber écrit que c’est interdit שמא עירב בו חלב טמא. Est-ce (a) un simple doute — la crainte réelle qu’un lait de bête impure (chameau, chamelle) s’y soit mêlé ? Ou bien (b) un décret fixe, pris par les Sages במנין, comme toute chose comptée au nombre des voix, et qui ne dépend plus du tout de la subsistance de la crainte ?
« שמא עירב בו חלב טמא » (שו״ע יו״ד קט״ו:א)
Deux façons d’entendre le fondement de l’interdit :
ShitaGadr de l’interditSource
Le Radbaz et le Pri Hadach un doute de mélange, et rien de plus — là où il n’y a aucun lait impur à craindre, la crainte tombe et il n’y a pas lieu d’interdire rapportés (pour être écartés) dans le פתחי תשובה ס״ק ג ; et voir la fin de la glose du Rama, « de nos jours … c’est permis »
Le Hatam Sofer le lait a été interdit במנין comme le יין נסך — l’interdit tient debout même sans la crainte, tant qu’un Juif ne voit pas חתם סופר יו״ד סימן ק״ז, rapporté dans le פתחי תשובה ס״ק ג
« שהאריך להביא ראיות דחלב נאסר במנין כיין נסך » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ג)
« ומש״ה גם במקומות דאין שום חשש חלב טמא כל שאין ישראל רואהו אסור ודלא כהרדב״ז ופר״ח » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ג)
Le yessod — « une chose interdite במנין » :
C’est une règle générale : une chose que les Sages ont interdite במנין — en assemblée et au compte des voix — ne se délie que par un autre compte, devant un beit din plus grand, même si la raison pour laquelle elle a été interdite a disparu. La michna le pose en propres termes, et la guemara y revient dans notre sougya même.
« אֵין בֵּית דִּין יָכוֹל לְבַטֵּל דִּבְרֵי בֵּית דִּין חֲבֵירוֹ, אֶלָּא אִם כֵּן גָּדוֹל הֵימֶנּוּ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן » (עבודה זרה ל״ו ע״א)
La racine de l’affaire pour la pratique : toute la discussion du חלב ישראל et du חלב סתם est suspendue à cette hakira. Si l’on tient comme le Pri Hadach, là où un contrôle public rend le mélange d’un lait impur impossible en fait, la crainte a disparu et il n’y a plus lieu d’interdire. Si l’on tient comme le Hatam Sofer, il faut la vue d’un Juif, ou quelque chose qui vaille cette vue, faute de quoi l’interdit demeure en place. C’est de là que partent les poskim de notre temps — les uns tenant le contrôle de l’État pour l’équivalent d’une vue, les autres exigeant du חלב ישראל en fait ; on trouvera la discussion réunie, entre autres, dans אגרות משה יו״ד ח״א סימנים מ״ז–מ״ט. Le Pit’hei Techouva note d’ailleurs qu’une autre question du siman — croit-on un enfant qui a surveillé la traite ? — dépend elle aussi de cette même hakira. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
« ולענ״ד דזה תליא באם חלב נאסר במנין » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ב)

3. מרתת — « de peur qu’il ne se lève et le voie »

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le mécanisme de la permission

Le Mehaber bâtit trois degrés de permission. (a) Le Juif est assis dehors et il n’y a pas de bête impure dans le troupeau — c’est permis même s’il ne voit rien du tout pendant la traite, puisqu’il n’y a rien à craindre. (b) Il y a une bête impure dans le troupeau et le non-Juif trait pour le besoin du Juif — ce n’est permis que s’il pourrait le voir en se levant ; le non-Juif est alors מרתת, il redoute qu’il se lève et le voie. (c) Et tout cela à la condition que le non-Juif sache que le lait impur est interdit au Juif : s’il l’ignore, il ne redoute rien, et il n’y a pas de מרתת du tout.
« אם יכול לראותו כשהוא עומד מותר שירא שמא יעמוד ויראהו » (שו״ע יו״ד קט״ו:א)
« והוא שיודע שחלב טמא אסור לישראל » (שו״ע יו״ד קט״ו:א)
Le yessod — le מרתת est une vue en puissance :
Il n’est pas besoin d’une vue en acte ; la possibilité de la vue suffit, parce qu’elle fait peur. Tant que le non-Juif sait qu’un Juif peut se lever et regarder, il craint de mêler et s’en abstient. C’est le modèle qui court dans tout le siman : la servante qui trait dans la maison du Juif, l’enfant qui se tient là — tous agissent par la force du מרתת, non par une vue continue. La beraïta que la guemara rapporte est la source du cas du Mehaber.
« יוֹשֵׁב יִשְׂרָאֵל בְּצַד עֶדְרוֹ שֶׁל גּוֹי, וְגוֹי חוֹלֵב וּמֵבִיא לוֹ, וְאֵינוֹ חוֹשֵׁש » (עבודה זרה ל״ט ע״ב)
Les distinctions du Taz dans le fondement de la permission :
ס״קCe que le Taz établitRenvoi
ס״ק א qu’il ait trait לצרכו ou לצורך ישראל, les deux sont interdits sans vue ; on aurait pu croire qu’en trayant pour lui-même il n’aurait pas gâté son propre lait, et pourtant c’est interdit ט״ז ס״ק א ; et de même ש״ך ס״ק א au nom du Tour
ס״ק ב être assis quelque part ne suffit pas — il faut, selon les termes de la beraïta, qu’il soit assis dehors, à côté du troupeau, de façon à pouvoir voir en se levant ט״ז ס״ק ב
ס״ק ג entrer et sortir suffit — il n’est pas besoin d’une présence continue, comme pour la chehita d’un Kouti ט״ז ס״ק ג ; ש״ך ס״ק ד
« לא שנא חלבו לצרכו או לצורך ישראל » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק א)
« לא שנא חלבו לצרכו או לצורך ישראל טור והסכמת הפוסקים ופשוט הוא » (ש״ך יו״ד קט״ו ס״ק א)
« אבל עכ״פ בעינן שישב מבחוץ בצד עדרו » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ב)
« נראה דכ״ש דמהני כשהוא יוצא ונכנס דהא אפילו גבי שחיטת כותי מהני כשישראל יוצא ונכנס » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ג)
« ולפ״ז נראה דאפילו יוצא ונכנס מותר כיון דטעמא הוא משום דמירתת » (ש״ך יו״ד קט״ו ס״ק ד)
L’analogie de la chehita du Kouti : le Taz (ס״ק ג) tient le din du lait pour celui de la chehita — là aussi, un Juif qui entre et sort rend cachère la chehita du Kouti, car le מרתת n’exige pas une station continue mais la crainte d’une irruption. De là un grand yessod : le מרתת opère même quand l’attention est par intervalles, pourvu que la surprise reste possible. À l’inverse, le Taz (ס״ק ב) exige au minimum qu’il soit assis dehors à côté du troupeau : s’il est tout à fait éloigné et hors d’état de se lever et de voir, le מרתת est aboli.
« הַכֹּל שׁוֹחֲטִין, וַאֲפִילּוּ כּוּתִי. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים? כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל יוֹצֵא וְנִכְנָס » (חולין ג׳ ע״א)
Une borne que le Chakh pose (ס״ק ג) : tout ce mécanisme du מרתת ne vaut, chez lui, que lorsque le non-Juif trait pour le besoin du Juif. Quand il trait pour lui-même, et qu’il y a une bête impure dans son troupeau, le Chakh exige une vue en acte, au moment même de la traite.
« אבל לצורך עצמו צריך לראות ממש בשעה שהוא חולב שלא יערב בו דבר טמא כיון שיש דבר טמא עמו בעדרו » (ש״ך יו״ד קט״ו ס״ק ג)

4. La décision du Rama — servantes, enfant, et « de nos jours »

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Dans la glose du Rama au séif 1 sont déposées les semences de toute la discussion du חלב סתם.

Le texte du Rama (glose du séif 1)

הגה ולכתחלה צריך להיות הישראל בתחילת החליבה ויראה בכלי שלא יהיה בכלי שחולבין בו דבר טמא (א״ו הארוך כלל מ״ה ונהגו להחמיר שלא יחלוב בכלי שדרכו של עובד כוכבים לחלוב בו שמא נשארו בו צחצוחי חלב של עובד כוכבים (שם) מיהו בדיעבד אין לחוש לכל זה (ש״ד ועס״ק ח׳) ושפחות שחולבות הבהמות בבית ישראל או בדיר שלהם כל מקום שאין בית עובד כוכבים מפסיק ואין לחוש לדבר טמא מותר אפילו לכתחילה להניח אותן לחלוב אע״פ שאין שם ישראל כלל דמאחר שהוא בבית ישראל או בשכונתו אין לחוש לדבר טמא (ש״ד סימן פ״ב בשם ר״ת ומהרא״י שם) אבל אם בית עובד כוכבים מפסיק צריך להיות ישראל שם כאילו חולבות בבית עובד כוכבים (או״ה שם) ואפי׳ ישראל קטן או קטנה מועילים דהעובד כוכבים מרתת לפניהם (ג״ז שם) ואם חלבו עובד כוכבים מקצת בהמות ולא היה שם ישראל ואח״כ בא ישראל אל האחרים עכשיו בזמן הזה שאין חלב דבר טמא מצוי כלל מותר (הגהות ש״ד) מיהו אם לא בא שם הישראל עד לאחר שנחלבו כולם הוי כחלב שחלבו עובד כוכבים דאסור׳ אע״פ שאין דבר טמא בעדרו (ב״י בשם הר״ף ובשם סמ״ק)

(רמ״א יו״ד קט״ו:א)
Ce que la glose ajoute :
Le dinLa raisonSource / ס״ק
Les servantes qui traient dans la maison du Juif — permis לכתחילה sans qu’un Juif soit là dès lors que c’est dans la maison du Juif ou dans son voisinage, il n’y a pas lieu de craindre une bête impure ; mais si une maison de non-Juif s’interpose, il faut qu’un Juif soit présent Rama, au nom du שערי דורא, de Rabbenou Tam et du Mahara’i
Un enfant, garçon ou fille, y suffit le non-Juif est מרתת même devant un enfant Rama ; ט״ז ס״ק ה, qui précise l’âge de neuf ans au nom du או״ה
« De nos jours » — permis il n’y a plus du tout de lait impur en usage, et la crainte est tombée Rama, au nom des הגהות שערי דורא
« בד״מ כתב בשם או״ה דהיינו בן ט׳ שנים » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ה)
« עכשיו בזמן הזה שאין חלב דבר טמא מצוי כלל מותר » (רמ״א יו״ד קט״ו:א)
La distinction du Taz (ס״ק ו) : le Taz lit la clause du Rama sur la traite faite en partie comme portant sur le cas où l’on trait les bêtes du Juif, dans l’enclos qui est derrière sa maison ; là, c’est permis, parce qu’il n’y a rien d’impur. Mais pour le lait que le non-Juif tire de sa propre bête, le Taz rapporte au nom du Mahara’i que l’on ne permet rien du tout à moins qu’un Juif ne le voie. Au fond : là où le lieu est en présomption de permis (la maison du Juif), le מרתת opère de lui-même ; la maison du non-Juif est en présomption de crainte, et l’on y exige une vue.
« אמנם חלב שחלבו עובד כוכבים מבהמה שלו לא שרינן כלל אלא א״כ ישראל רואהו » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ו)
La semence de la discussion du חלב סתם : la fin de la glose — « de nos jours … c’est permis » — paraît à première vue soutenir le Radbaz et le Pri Hadach : l’interdit tient à la crainte, et la crainte tombée, l’interdit tombe. Le Hatam Sofer l’a repoussé : même si la crainte locale a disparu, l’interdit a été pris במנין et tient jusqu’à ce qu’un Juif voie. Il faut ajouter que le « בדיעבד אין לחוש » du Rama n’a pas été reçu sans réserve : le Taz conclut pour la halakha qu’il y a lieu d’être rigoureux même בדיעבד tant que le Juif n’a pas vu le début de la traite, et le Chakh, après un long examen du או״ה, en vient à dire que même בדיעבד on exige que le Juif ait d’abord regardé dans le récipient. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
« ולענין הלכה נראה דיש להחמיר ולאסור אפילו דיעבד כל שאין רואה הישראל תחילת החליבה » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ד)
« אלמא דאפילו דיעבד בעינן שראה ישראל מתחלה בכלי » (ש״ך יו״ד קט״ו ס״ק ח)

5. Les ustensiles, le mélange, et la tournure en fromage

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Rama (fin du séif 1)

חלב של עובד כוכבים אוסרת כלים שנתבשלה בהם כשאר איסור אע״פ שאינו רק ספק שמא עירב בה דבר טמא וכן גבינותיהם (תשובת הרשב״א סי׳ קמ״ג ובארוך) אבל לא חמאה שלהם אפילו במקום שנהגו בה איסור אינה אוסרת הכלים שנתבשלה בה ולא תערובות שלה שאם נתערבה בהיתר הכל שרי (בארוך) כדלעיל גבי פת של עובד כוכבים ועיין לעיל סי׳ קי״ב (תשובו׳ מהרי״ל ל״ח ואו״ה שם) חלב של עובד כוכבי׳ שנאסרה אינו מועיל אם יעשו אח״כ גבינות או חמאה ממנה אלא נשארת באיסורה וכל מה שנעשה ממנה אסור (מרדכי פא״מ ואגודה שם ותשובת מהר״מ סי׳ רי״ו ואו״ה ורשב״א וב״י ונ״ל שכ״ד הרמב״ם ודלא כהר׳ המגיד):

(רמ״א יו״ד קט״ו:א)
Le yessod — un doute qui interdit comme une certitude :
Nouveauté considérable : bien que l’interdit du lait ne soit qu’un ספק — peut-être a-t-il mêlé — il rend pourtant les ustensiles interdits comme tout interdit avéré ; une fois interdit, on le traite en interdit plein, avec toutes ses rigueurs. En face, le beurre — même là où l’usage est de s’en abstenir — ne rend interdits ni les ustensiles où il a cuit, ni son mélange : s’il s’est mêlé à du permis, le tout est permis, comme il en va du pain d’un non-Juif, et le Rama renvoie pour cela au siman 112.
« חלב של עובד כוכבים אוסרת כלים שנתבשלה בהם כשאר איסור » (רמ״א יו״ד קט״ו:א)
« Elle demeure dans son interdit » — changer de forme ne délie pas : celui dont le lait est devenu interdit, et qui en fait ensuite du fromage ou du beurre, n’a rien gagné : tout est interdit. On en tire que le changement de forme ne permet pas ce qui est absorbé — l’interdit s’attache à la matière, non à sa figure. Et cela ne contredit pas la permission du séif 2 pour qui a vu faire le fromage : là, la permission vient de ce qu’il est établi qu’aucun lait impur ne s’y est mêlé, et non d’un changement de forme.
« אלא נשארת באיסורה וכל מה שנעשה ממנה אסור » (רמ״א יו״ד קט״ו:א)

6. Le fromage du non-Juif — לא פלוג

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (séif 2)

גבינות העובדי כוכבים אסרום מפני שמעמידים אותם בעור קיבת שחיטתם שהיא נבלה ואפילו העמידוה בעשבים אסורה:

הגה וכן המנהג ואין לפרוץ גדר (ב״י) אם לא במקום שנהגו בהם היתר מקדמונים ואם הישראל רואה עשיית הגבינות והחליבה מותר (אגור פ׳ שואל) וכן המנהג פשוט בכל מדינות אלו ואם ראה עשיית הגבינות ולא ראה החליבה יש להתיר בדיעבד כי אין לחוש שמא עירב בו דבר טמא מאחר שעשה גבינות מן החלב כי דבר טמא אינו עומד ובודאי לא עירב בו העובד כוכבים מאחר שדעתו לעשות גבינות (הגהות אשיר״י פא״מ ובארוך) . ומכל מקום אסור לאכול החלב כך (שם):

(שו״ע יו״ד קט״ו:ב)
Hakira — la raison du décret sur le fromage : les amoraïm se sont partagés dans la guemara sur la raison de l’interdit — Rabbi Hanina dit que le fromage ne peut se faire sans un reste de lait, et Chmouel dit que c’est parce qu’on le fait prendre dans la peau de la caillette d’une bête qu’ils ont abattue, laquelle est une נבלה. Et si tout tient à la caillette, pourquoi « même s’il l’a fait prendre avec des herbes, c’est interdit », alors qu’il n’y a là aucune נבלה ?
« אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהּ בְּלֹא צִחְצוּחֵי חָלָב, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲמִידִין אוֹתָהּ בְּעוֹר קֵיבַת נְבֵילָה » (עבודה זרה ל״ה ע״א)
« ואפילו העמידוה בעשבים אסורה » (שו״ע יו״ד קט״ו:ב)
La réponse du Taz (ס״ק י) — לא פלוג : le Taz explique que le fromage du non-Juif est nommé dans la michna, explicitement, pour être interdit ; les Sages n’ont donc pas distingué selon ce qui le fait prendre — לא פלוג רבנן — et cela d’autant plus qu’il s’en trouve encore aujourd’hui qui le font prendre dans la peau d’une נבלה. C’est le contraire du גילוי (siman 116), qui tenait au péril des serpents : comme la réalité a changé, il est permis aujourd’hui. Le fromage, lui, relève d’un décret qui ne suit pas sa raison, et il n’a pas été délié.
« דגבינות נזכר במשנה בהדיא לאיסור ולא פלוג רבנן כיון דאיכא שמעמידין אותה גם עכשיו בעור נבילה » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י)
« משא״כ במידי דגזרו בה משום גילוי בסימן קי״ו דמותר האידנא דאין שייך גילוי כלל שאין מצוי בינינו נחשים » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י)
Le fromage contre le גילוי : la pointe est là — le גילוי a été interdit par péril, et la crainte ayant cessé, il a été permis. Le fromage a été interdit par un décret qui porte sur l’espèce entière ; la raison de la caillette ne vaut pas pour les herbes, et pourtant לא פלוג, il demeure dans son interdit. L’écart n’est pas dans la raison mais dans le גדר : un péril dépend de la réalité, un décret n’en dépend pas. Le Taz ajoute encore, au nom du Beth Yossef citant le Semak, que pour Rabbenou Tam — qui tient l’interdit du fromage pour un cas de גילוי — il reste interdit aujourd’hui même. De là que le fromage requiert toujours une certification, fût-il pris par une présure microbienne ou végétale.

7. Pourquoi le fromage ne s’annule pas dans soixante

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La kachya — la caillette est une minorité négligeable : si le fromage a été interdit à cause du peu de peau de caillette de נבלה qui le fait prendre — mais la caillette est annulée dans soixante par le fromage ! Pourquoi donc interdit-elle, au lieu de s’annuler dans la majorité de permis, comme tout interdit absorbé ?
La réponse du Taz (ס״ק ט), au nom de Rabbi Yossef Ibn Migash : la règle veut qu’une chose interdite parce qu’elle donne du goût s’annule dans soixante, puisqu’à soixante son goût ne se sent plus. Mais ce fromage-ci n’est pas interdit par le goût de la caillette : la caillette est ce qui le fait prendre, et ce qui fait prendre interdit en quelque quantité que ce soit. Le Taz explique en outre qu’il n’y a pas ici de בשר בחלב d’ordre biblique, parce que la caillette agit à froid ; tout l’interdit est donc rabbinique, et il tient au מעמיד. Il rapporte encore une autre réponse, celle du Raavad : tout ce que les Sages ont interdit dans ce qui appartient aux non-Juifs, l’annulation dans la majorité n’y sert de rien, pour qu’on n’aille pas rompre la haie.
« שכל האסור מחמת נתינת טעם כמו בשר בחלב אין אוסר יותר מן ס׳ אבל כאן בעור נבילה הוה איסור מעמיד ואוסר בכל שהוא » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ט)
« אבל משום בשר בחלב אין איסור דאוריית׳ דצונן הוא ואע״ג דקא מעמיד אין איסור אלא מדרבנן » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ט)
« דכל שאסרו חכמים בשל עובדי כוכבים אינו מועיל ביטול ברוב כדי שלא יפרצו » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק ט)
Le yessod — מעמיד contre נותן טעם :
Deux manières tout à fait distinctes dont un interdit agit dans un mélange :

• נותן טעם — l’interdit agit par son goût ; le goût étant annulé dans soixante, l’interdit l’est aussi.
• מעמיד — l’interdit agit par sa force de faire prendre, non par son goût ; et comme le fromage tout entier tient debout par elle, il n’y a pas d’annulation.

C’est pourquoi le fromage ne ressemble pas aux mélanges dont traitent les lois d’annulation (voir siman 134) : ceux-là s’annulent dans soixante à cause du goût, celui-ci ne s’annule pas, à cause de ce qui le fait prendre.

8. La décision du Rama sur le fromage — Rabbenou Tam בדיעבד

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Les degrés que la glose du Rama distingue :
La situationLe dinLa raison
Il a vu la traite et la fabrication du fromage permis, et tel est l’usage répandu il n’y a plus rien à craindre — la vue est entière
Il a vu la fabrication mais non la traite permis בדיעבד le lait impur ne prend pas, et à coup sûr il n’a rien mêlé puisqu’il avait en vue de faire du fromage
Ce lait même, pour le consommer tel quel interdit — quoique le fromage ait été permis le Rama le dit en propres termes et n’en donne pas la raison ici
« כי אין לחוש שמא עירב בו דבר טמא מאחר שעשה גבינות מן החלב כי דבר טמא אינו עומד » (רמ״א יו״ד קט״ו:ב)
« ומכל מקום אסור לאכול החלב כך » (רמ״א יו״ד קט״ו:ב)
« חָלָב טָהוֹר עוֹמֵד, חָלָב טָמֵא אֵינוֹ עוֹמֵד » (עבודה זרה ל״ה ע״ב)
L’objection du Taz (ס״ק י״א) : le fondement de la permission « il a vu la fabrication et non la traite » est la sevara de Rabbenou Tam — le lait impur ne prend pas —, si bien qu’un fromage en étant sorti, c’était du lait pur. Le Taz écrit qu’il n’est pas parvenu au fond de la pensée du Rama, et il objecte : le Beth Yossef et le Choulhan Aroukh ont tranché comme le Rambam que même pris avec des herbes à coup sûr c’est interdit, par לא פלוג — et ici aussi il devrait être interdit, puisqu’il n’était pas à la traite ; de plus, on en viendra à permettre de consommer le lait lui-même, car qui saura distinguer ; et de plus, dans le lait il y a la crainte d’un mélange de lait impur, qui est un interdit biblique ; et le Rama lui-même a écrit, tout près, qu’il ne faut pas rompre la haie. Le Taz ne lève pas la difficulté : il conclut qu’à son humble avis il n’y a pas lieu d’être indulgent ici non plus, et que l’on ne permet qu’à la condition qu’un Juif ait été présent à la traite, selon l’avis du Rambam.
« ולא ירדתי לסוף דעת רמ״א » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״א)
« ותו דיבוא להתיר גם אכילת החלב » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״א)
« נראה לע״ד שאין להקל גם בזה ואין להתיר אא״כ היה ישראל אצל החליבה לפי דעת הרמב״ם » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״א)
La décision du Noda BiYehouda (פ״ת ס״ק ו) : le Pit’hei Techouva rapporte que le Noda BiYehouda a tranché comme les mots du Rama — et non comme le Chakh, le Taz et le Pri Hadach — ; que le Min’hat Yaakov et le Peri Toar ont enseigné de même ; et qu’il a écrit que tel est l’usage répandu. Il rapporte encore : si la caillette appartient à un Juif, même lorsque c’est le non-Juif qui la met dans le lait, c’est permis de l’avis de tous, et même לכתחילה. Tout cela, dans un lieu où l’on a tenu le permis depuis les anciens ; là où l’usage est de s’abstenir, le Rama a écrit au séif 2 qu’il ne faut pas rompre la haie.
« שהכריע כדברי הרמ״א ולא כהש״ך וט״ז ופר״ח וכן הורה המנ״י והפרי תואר וכתב שכן פשט המנהג » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ו)
« ואם הקיבה של ישראל אף שהעובד כוכבים נותנה לתוך החלב מותר לכ״ע אף לכתחלה » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ו)

9. Le beurre — la raison de l’indulgence et les rigueurs du lieu

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (séif 3)

החמאה של עובד כוכבים אין מוחין לאנשי המקום שנוהגים בו היתר ואם רוב בני המקום נוהגים איסור אין לשנות ובמקום שאין מנהג אם בשלה עד שהלכו צחצוחי החלב מותרת:

הגה גם מותר לבשלה לכתחלה כדי שילכו צחצוחי חלב (ב״י) ואם בשלה עובד כוכבים מותרת דסתם כליהם אינן בני יומן (ב״י לדעת הפוסקים) ואם הולך ממקום שאין אוכלין אותה למקום שאוכלים אותה אוכל שם עמהם אבל אסור להביאה עמו ולאכלה במקום שנוהגים בה איסור אם לא שיש בה היכר שהיא ממקומות המותרים וההולך ממקום שנהגו בה היתר למקום שנהגו שם איסור אסור לאכלה שם (ארוך) וי״א דה״ה אם הובאה ממקום היתר למקום איסור נמי אסורה אפילו יש בה היכר (תשובת מהרי״ל סימן ל״ה) והכי נהוג:

(שו״ע יו״ד קט״ו:ג)
Le yessod — pourquoi le beurre est plus léger :
Le Taz (ס״ק י״ב) déroule son explication en plusieurs temps, et le dernier est le plus décisif. (a) Pour le lait impur, il va de soi qu’il n’y a rien à craindre, puisqu’il ne prend pas. (b) Et à supposer qu’on y ait d’abord mêlé du lait impur, comme on fait cuire le beurre, les restes de lait s’en vont, et ce qui n’est pas parti et demeure est annulé dans sa minorité. (c) Et si l’on objecte que pour le fromage on interdit même là où tout a été fait en permis — le beurre est autre : il n’a jamais été compris dans le décret de la michna, et il n’y a donc pas lieu de dire ici לא פלוג רבנן.
« שלחלב טמא פשיטא שאין לחוש שאינו מעמיד » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״ב)
« כיון דמבשלים אותה הלכו צחצוחי חלב טמא שיש בה ומה שלא הלך ונשאר שם בטל במיעוטו » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״ב)
« שאני חמאה שלא היתה כלל בתוך הגזירה במשנה ע״כ לא שייך בזה לומר לא פלוג רבנן » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״ב)
Cuisson et rinçage : là où il n’y a pas d’usage établi, le Mehaber permet le beurre qu’on a fait cuire jusqu’à ce que les restes de lait s’en aillent, et le Rama ajoute qu’il est permis de le faire cuire לכתחילה à cette fin. Le Pri Hadach, lui, a contesté le Mehaber et tient que c’est permis même là où il existe un usage de s’abstenir. Le Pit’hei Techouva rapporte que le Noda BiYehouda a repoussé ses paroles ; il rapporte encore, au même endroit, qu’un rav avait permis le beurre d’un non-Juif dans un lieu où l’usage est de s’en abstenir, au moyen d’un rinçage trois fois — et que le Noda BiYehouda a jugé le raisonnement plausible, mais a refusé de s’y fier, n’ayant trouvé cette sevara chez personne. La cuisson faite par le non-Juif lui-même ne gêne pas, puisque ses ustensiles sont présumés ne pas avoir servi le jour même.
« ובמקום שאין מנהג אם בשלה עד שהלכו צחצוחי החלב מותרת » (שו״ע יו״ד קט״ו:ג)
« עפר״ח שהשיג על המחבר ודעתו דמותר אף ביש מנהג » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ח)
« וכתב עוד שרב אחד התיר חמאה של עובדי כוכבים במקום שנהגו איסור ע״י הדחה ג״פ » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ח)
« וכתב דטעמא דמסתבר הוא ואעפ״כ כיון שלא מצאנו סברא זו קשה להתיר » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ח)
Les rigueurs du lieu, pour celui qui se déplace (ט״ז ס״ק י״ג–יד, פ״ת ס״ק ט) :
La situationLe din
Il va d’un lieu où l’on n’en mange pas vers un lieu où l’on en mange il en mange là-bas avec eux — et le Taz explique que les rigueurs du lieu qu’il a quitté ne s’appliquent pas ici, puisque là-bas on le fabrique en toute cacheroute
Il va d’un lieu de permis vers un lieu où l’on s’abstient il lui est interdit d’en manger là-bas
Apporter du beurre dans un lieu où l’on s’abstient interdit — sauf s’il porte un היכר montrant qu’il vient d’un lieu où c’est permis ; et il y a qui disent que même avec un היכר c’est interdit, et tel est l’usage
« ואם הולך ממקום שאין אוכלין אותה למקום שאוכלים אותה אוכל שם עמהם » (רמ״א יו״ד קט״ו:ג)
« ולא שייך כאן נותנים עליו חומרי המקום שהלך משם דמה שאוכלין אותה במקום ההוא משום דשם עושין אותה בהכשר בלא חשש בעולם » (ט״ז יו״ד קט״ו ס״ק י״ג)
« וההולך ממקום שנהגו בה היתר למקום שנהגו שם איסור אסור לאכלה שם » (רמ״א יו״ד קט״ו:ג)
« וי״א דה״ה אם הובאה ממקום היתר למקום איסור נמי אסורה אפילו יש בה היכר » (רמ״א יו״ד קט״ו:ג)
Une nafka mina entre le beurre et le fromage (פ״ת ס״ק ז) : le Pit’hei Techouva rapporte le Hatam Sofer (יו״ד סימן ע״ט), interrogé sur un beurre fait des restes de fromage laissés dans la cuve — ce qu’on appelle צווארי״ך. Sa réponse distingue : si les fromages ont été pris dans de la peau de caillette, ce beurre est interdit lui aussi ; s’ils ne l’ont pas été, alors bien que les fromages soient interdits comme chose interdite במנין, le beurre, lui, n’a pas été interdit במנין, et là où l’usage est de permettre le beurre, celui-ci est permis. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ט) traite au même chapitre de celui qui transporte du beurre d’un lieu à l’autre, et rapporte les objections du Beth Efraïm. Le fond de tout cela : le beurre relève du din de l’usage — חומרי המקום —, non d’un interdit plein, et c’est pourquoi il change d’un lieu à l’autre.
« נהי דהגבינות אסורים משום דבר שנאסר במנין מ״מ חמאה לא נאסר במנין » (פתחי תשובה יו״ד קט״ו ס״ק ז)

10. Hakira et nafka mina pour la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La hakira qui embrasse tout le siman : quel est le gadr de chacun des trois interdits, et qu’est-ce qui en dépend ?
Nafka mina pour la pratique (telle qu’elle ressort des sources citées ci-dessus) :
  1. Un lait trait par un non-Juif sans qu’on l’ait vu est interdit ; la permission passe par le fait d’être assis dehors à côté du troupeau, par le מרתת, ou par une servante ou un enfant dans la maison du Juif (Rama, séif 1).
  2. La question du חלב סתם est suspendue à la hakira de fond : tenir le contrôle public pour l’équivalent d’une vue, ou exiger du חלב ישראל en fait.
  3. Le fromage d’un non-Juif est interdit même pris avec des herbes (לא פלוג), et il ne s’annule pas dans soixante (din du מעמיד) ; le fromage requiert donc toujours une certification.
  4. Pour le beurre, on n’empêche pas ceux qui tiennent le permis ; là où il n’y a pas d’usage établi, la cuisson suffit ; et les rigueurs du lieu pèsent sur celui qui se déplace et sur ce qu’il apporte, avec la question du היכר.
Et pour la pratique — demande à ton Rav.

11. Tableaux récapitulatifs

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les trois espèces et leur din

L’espèce La raison de l’interdit La permission / la rigueur Où le lire
Le lait (séif 1) de peur qu’il y ait mêlé du lait impur vue / מרתת / servante / « de nos jours » ; rend les ustensiles interdits Mehaber et Rama séif 1 ; ט״ז ס״ק א–ו ; ש״ך ס״ק א–ח
Le fromage (séif 2) la peau de la caillette d’une נבלה — et un décret pris במנין interdit même avec des herbes (לא פלוג) ; ne s’annule pas dans soixante Mehaber séif 2 ; ט״ז ס״ק ט–י
Le beurre (séif 3) les restes de lait — et un usage, rien de plus on n’empêche pas ; cuisson / annulation dans la minorité ; rigueurs du lieu Mehaber et Rama séif 3 ; ט״ז ס״ק י״ב–יד ; פ״ת ס״ק ז–ט
Un lait devenu interdit dont on fait du fromage ou du beurre il demeure dans son interdit — changer de forme ne délie pas le tout est interdit Rama, fin du séif 1
Il a vu faire le fromage mais non la traite le lait impur ne prend pas (Rabbenou Tam) le fromage est permis בדיעבד ; le lait, pour le consommer tel quel, reste interdit Rama séif 2 ; ט״ז ס״ק י״א ; פ״ת ס״ק ו

Tableau — les ma’hlokoth centrales du siman

Sujet Shita א Shita ב
Le fondement de l’interdit du lait Radbaz et Pri Hadach — un doute de mélange ; la crainte tombée, l’interdit tombe Hatam Sofer — le lait a été interdit במנין comme le יין נסך (פ״ת ס״ק ג)
A-t-il trait pour lui-même ou pour le Juif ? ש״ך ס״ק ג — pour son propre besoin, il faut une vue en acte ט״ז ס״ק א — dans les deux cas c’est interdit sans vue
Le « בדיעבד אין לחוש » du Rama Rama — בדיעבד il n’y a pas lieu de craindre à tout cela ט״ז ס״ק ד et ש״ך ס״ק ח — on exige davantage, même בדיעבד
Le fromage même avec des herbes la raison est la caillette d’une נבלה ט״ז ס״ק י — לא פלוג, un décret qui porte sur l’espèce (contre le גילוי, siman 116)
Pourquoi le fromage ne s’annule pas dans soixante ce qui donne du goût s’annule dans soixante Ri Ibn Migash, rapporté par le ט״ז ס״ק ט — din du מעמיד, qui interdit en quelque quantité que ce soit ; et le Raavad donne une autre raison
Il a vu faire le fromage mais non la traite Rama — permis בדיעבד ; ainsi a tranché le Noda BiYehouda (פ״ת ס״ק ו) ט״ז ס״ק י״א — il n’est pas parvenu au fond de la pensée du Rama et conclut à la rigueur ; de même le Chakh et le Pri Hadach
Le beurre là où l’usage est de s’abstenir Pri Hadach — permis même là où il y a un usage (פ״ת ס״ק ח) Noda BiYehouda — il repousse ses paroles, et ne se fie pas non plus au rinçage trois fois

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : עבודה זרה ל״ה ע״ב (la michna des choses interdites, et חלב טהור עומד חלב טמא אינו עומד) · עבודה זרה ל״ה ע״א (les raisons du décret sur le fromage) · עבודה זרה ל״ו ע״א (un beit din n’annule pas les paroles d’un autre, sauf s’il est plus grand בחכמה ובמנין) · עבודה זרה ל״ט ע״ב (la beraïta : יושב ישראל בצד עדרו) · חולין ג׳ ע״א (la chehita d’un Kouti — יוצא ונכנס) · et voir plus haut siman 112 (le pain d’un non-Juif), siman 116 (le גילוי), siman 134 (l’annulation)
Richonim, tels que le siman et ses commentateurs les nomment : רמב״ם · רש״י (cité par le שערי דורא dans le ט״ז ס״ק ד) · תוספות · רבנו תם · ר״י אבן מיגאש · ראב״ד · רשב״א (תורת הבית) · מרדכי · אגודה · מהר״ם · מהרא״י · אגור · הגהות אשיר״י · איסור והיתר הארוך · שערי דורא · הר״ף · סמ״ק · מגיד משנה
Aharonim : בית יוסף · רמ״א · לבוש · ש״ך · ט״ז · ב״ח · רדב״ז · פרי חדש · חכמת אדם · מנחת יעקב · פרי תואר · חתם סופר (יו״ד ק״ז, ע״ט) · נודע ביהודה · בית אפרים · מקום שמואל · תפארת למשה · ביאור הגר״א · באר היטב · פתחי תשובה · ערוך השולחן. La discussion contemporaine du חלב סתם se poursuit notamment dans אגרות משה יו״ד ח״א סימנים מ״ז–מ״ט.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
Talmid hakham · donne des cours de halakha et de hassidout
Pilpoul et étude sur le lait, le fromage et le beurre faits par un non-Juif · סימן קט״ו · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seulement. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

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