Première approche du Siman 125 : les 11 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Le siman précédent parlait de la main posée sur le vin ; celui-ci parle de ce que cette main met en mouvement sans le toucher. Un récipient soulevé, une charrette redressée, une roue de pressoir, une pierre poussée, un tonneau porté sur l’épaule : à chaque fois la même question — ce vin est-il venu de sa force, et à combien de crans de distance ?
Sujet : Le vin mû par la force du non-Juif — כחו, כח כחו, נצוק, מסייע שאין בו ממש, מזיגה Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״ה
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l’étude
1.Le texte du Mehaber : les 11 seifim, par groupes thématiques
2.Contexte : d’où vient la règle du כֹּחוֹ
3.Les concepts-clés : כחו, כח כחו, נצוק, שכשוך, מסייע שאין בו ממש…
4.Le tableau récapitulatif : ce qui est permis, ce qui est interdit, et à quel degré
5.Le Taz et le Shach : quatre entrées-clés
6.La glose du Rama (הגה) : les trois interventions
7.Cas pratiques modernes : le serveur, le manutentionnaire, le pressoir mécanisé
8.Synthèse et questions de compréhension
1. Le texte du Mehaber — les 11 seifim
Le Siman 125 ne parle jamais d’un non-Juif qui touche le vin — c’était l’affaire du siman 124. Il parle de ce qu’il met en mouvement : un récipient qu’il soulève et qui se vide, une charrette qu’il redresse, une roue de pressoir qu’il fait tourner, un objet qu’il pousse, un tonneau qu’il porte. La Guemara appelle cela כֹּחוֹ, sa force. Tout le siman mesure deux choses, et deux seulement : à combien de crans le vin se trouve de cette force (seifim 1-3), et si la force a produit quelque chose, et avec quelle intention (seifim 4-11). Le Rama intervient dans trois seifim — 1, 4 et 10 — chaque fois pour tracer la limite exacte de la permission.
Groupe A — La force du non-Juif et ses degrés (seifim 1-3)
Seif 1 — Soulever le récipient et le vin sort : sa force, et le nitsok
דין יין הבא מכח עובד כוכבים וכח כחו. ובו י״א סעיפים: נטל עובד כוכבים כלי של יין והגביהו ויצא היין אף על פי שלא שכשך נאסר בשתייה שהרי היין בא מכחו ומה שנשאר בכלי אסור גם כן משום נצוק. (וי״א דלא אסרינן נצוק בכח עובד כוכבים)(טור והרא״ש ומרדכי ור״ן בשם רש״י ותוספות וראב״ן ותשובת מיי׳ המ״א סימן י״א)(ומכל מקום יש להחמיר אם לא בהפסד מרובה כדלקמן סימן קכ״ו) ואם הוא שלא בכוונה שלא ידע שהוא יין (או שלא הגביה הכלי)(בית יוסף סימן קכ״ד) הכל מותר אפי׳ בשתייה:
Titre du siman : les lois du vin qui vient de la force d’un non-Juif et de la force de sa force ; onze seifim. — Un non-Juif a pris un récipient de vin, l’a soulevé, et le vin en est sorti : même s’il ne l’a pas agité, le vin est interdit à la consommation, car le vin est venu de sa force ; et ce qui est resté dans le récipient est interdit lui aussi, à cause du nitsok. Glose du Rama :certains disent que l’on n’interdit pas le nitsok lorsqu’il s’agit de la seule force du non-Juif ; néanmoins il y a lieu d’être rigoureux, sauf en cas de perte importante, comme il est dit plus loin au siman 126. Et si c’est sans intention — il ne savait pas que c’était du vin — (ou qu’il n’a pas soulevé le récipient) — tout est permis, même à la consommation.
Trois choses en un seul seif, et il faut les tenir séparées. D’abord la règle : le vin qui sort par la force du non-Juif est interdit à la boisson, sans contact et sans même une agitation — c’est le koaḥ, non le maga. Ensuite une extension : ce qui reste dans le récipient serait interdit par le nitsok, le filet qui relie ce qui sort à ce qui reste. Enfin la limite : sans intention, tout est permis. Le Rama refuse l’extension du nitsok à la seule force ; le Chakh, dès son premier signe, s’en étonne plus fort encore — au siman 124 le Mehaber lui-même a permis ce qui reste à l’intérieur (voir section 5).
Seif 2 — La force de sa force, et le troisième cran : la poutre du pressoir
כח כחו ככחו דמי ואם הוא כח כח כחו כגון קורת הגת שגלגלה עובד כוכבים שיש שם ג׳ כחות הדפין והגלגל והקורה בדיעבד מותר אפילו בשתייה:
La force de sa force est comme sa force.Et si c’est la force de la force de sa force — par exemple la poutre du pressoir qu’un non-Juif a fait tourner, où il y a trois forces : les planches, la roue et la poutre — après coup c’est permis, même à la consommation.
Le siman se donne ici son échelle.Un cran : le vin sort de ce que le non-Juif a soulevé — koḥo, interdit. Deux crans : le vin sort de ce qu’a mû ce que le non-Juif a mû — koaḥ koḥo, et le Mehaber tranche que c’est la même chose. Trois crans : la force s’est diluée dans trois relais mécaniques — planches, roue, poutre — et après coup le vin reste permis même à la boisson. Le Chakh ajoute aussitôt la restriction qui manque : d’emblée, c’est interdit même à dix forces (voir section 5).
Seif 3 — Quand les deux forces se mêlent : l’adulte, et l’enfant
אם כח ישראל וכח עובד כוכבים מעורבים יחד כגון ששניהם עירו ביחד מותר בדיעבד ואפילו אם היה העובד כוכבים יכול לבדו לערות בלא סיוע ישראל והוא שיהא הישראל המסייע גדול אבל אם היה נער קטן אסור משום דהוי מסייע שאין בו ממש:
Si la force d’un Juif et la force d’un non-Juif sont mêlées ensemble — par exemple s’ils ont versé tous les deux ensemble — c’est permis après coup, et même si le non-Juif aurait pu verser seul, sans l’aide du Juif ; à condition que le Juif qui aide soit un adulte. Mais s’il s’agissait d’un jeune enfant, c’est interdit, parce que c’est une aide sans consistance.
Deux mains sur le même geste : à qui appartient la force ? Le Mehaber refuse de trancher par la puissance — même si le non-Juif pouvait très bien s’en passer, la part du Juif compte. Ce qui la fait compter, c’est qu’elle soit réelle : un enfant qui pose la main sur l’anse n’ajoute rien, et l’on retombe sur la force du seul non-Juif. Retenir l’expression מסייע שאין בו ממש : elle revient au seif 4, mais cette fois pour permettre — ce qui n’ajoute rien ne rend rien interdit non plus.
Groupe B — Ce qui n’ajoute rien, ce qui pousse, ce qui tombe (seifim 4-7)
Seif 4 — Le vin coulait déjà : l’aide qui n’ajoute rien
אם היין מקלח מהחבית שבעגלה לתוך הכובא והעובד כוכבים מגביה העגלה כדי שיקלח היין יותר יפה מותר: הגה אבל אם לא היה מקלח בלא הגבהת עובד כוכבים אסור והוא הדין אם ישראל מריק מכלי אל כלי ובא עובד כוכבים ומנענע ידו של הישראל אם היה היין מקלח בלאו הכי שרי (סברת הרב לחלק במה שכתב המרדכי בשם ר׳ פרץ) ואם לאו אסור. עובד כוכבים שבא לפרוק חבית יין מעל העגלה ויצא מכחו יין לחוץ שרי דהוי שלא בכוונה דבמלאכתו הוא עוסק (מרדכי פר״י):
Si le vin coule du tonneau posé sur la charrette dans la cuve, et que le non-Juif soulève la charrette pour que le vin coule mieux — c’est permis. Glose du Rama :mais s’il ne coulait pas sans que le non-Juif la soulève, c’est interdit. Et il en va de même si un Juif transvase d’un récipient à l’autre et qu’un non-Juif vient remuer la main du Juif : si le vin coulait de toute façon, c’est permis ; sinon, c’est interdit. Un non-Juif venu décharger un tonneau de vin de la charrette, et du vin est sorti au-dehors par sa force : c’est permis, car c’est sans intention — il est occupé à son travail.
Le critère n’est plus la quantité de force mais son effet. Le vin coulait déjà ; le geste du non-Juif ne fait que l’accélérer ; il ne produit donc rien, et le Chakh donne le mot exact au nom des Tossefot : מסייע שאין בו ממש, une aide sans consistance (voir section 5). Le Rama en tire le revers, qui est la vraie difficulté pratique : si sans lui rien ne coulait, tout ce qui coule est à lui. Et il ferme la glose sur une seconde porte, celle de l’intention : l’ouvrier occupé à décharger ne pense pas au vin.
Seif 5 — La pierre jetée, l’objet poussé, et le geste de colère
זרק אבן או חפץ לתוך היין מותר אפי׳ בשתייה אבל אם החפץ מתגלגל והוא דוחהו עד שנופל לתוך היין אסור אפילו בהנאה ואם עשה כן בחמתו מותר אפי׳ בשתיה:
Il a jeté une pierre ou un objet dans le vin — c’est permis, même à la consommation. Mais si l’objet roule et qu’il le pousse jusqu’à ce qu’il tombe dans le vin — c’est interdit même au profit. Et s’il a fait cela dans sa colère — c’est permis, même à la consommation.
Trois gestes très proches, trois statuts.Jeter : l’objet quitte la main, le vin n’a rien reçu de la force du non-Juif — permis. Pousser jusque dans le vin : la main accompagne l’objet, on n’est plus loin d’un contact par l’intermédiaire d’une chose, et l’interdit monte d’un cran — même au profit. Dans la colère : le geste est aveugle, il n’y a pas d’intention. Ce dernier cas vient tout droit de la michna d’Avoda Zara — זֶה הָיָה מַעֲשֶׂה וְהִכְשִׁירוּ — et le Taz signale au passage qu’il entre en tension avec ce que le Mehaber a écrit au siman 124 (ט״ז יו״ד קכ״ה ס״ק ח).
Seif 6 — Les raisins jetés dans le pressoir
עובד כוכבים שהביא ענבים בסלים ובדרדורי׳ (פי׳ רש״י גיגיות קטנות) וזרקן לגת שיש בו יין דרוך מותר בדיעבד אף על פי שיש בדרדורים יין שזב מהענבים שבהם ואם ישראל מסייע לעובד כוכבים בזריקתו לגת מותר אפילו לכתחלה:
Un non-Juif qui a apporté des raisins dans des paniers et dans des dardourim — Rachi explique : de petites cuves — et les a jetés dans le pressoir où il y a du vin foulé : c’est permis après coup, quoiqu’il y ait dans les dardourim du vin qui a suinté des raisins qui s’y trouvaient. Et si un Juif aide le non-Juif à les jeter dans le pressoir, c’est permis même d’emblée.
Le vin est bien là, et il part bien de sa force — et pourtant. Le Chakh en donne la raison : ce vin ne s’est pas encore écoulé dans le pressoir, il n’a pas le statut d’un vin constitué ; si l’on interdit tout de même d’emblée, c’est par crainte qu’on n’en vienne à verser du vin proprement dit (ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק ט). La dernière ligne surprend : quand le Juif aide, la chose devient permise d’emblée — l’aide qui, au seif 3, ne sauvait qu’après coup, suffit ici à ouvrir la porte, parce qu’il n’y a plus d’interdit de fond à écarter, seulement un décret.
Seif 7 — L’eau jetée dans le vin : toute la question est la mezigah
עובד כוכבים שזרק מים לתוך היין מותר אפילו בשתיה והוא שאינו מכוין למוזגו כגון שזרק מים לחביות גדולות או לכוס ולא ידע שהוא יין אבל אם מכוין למזוג אסור בשתייה ואם אינו ידוע אם כוון למזיגה אם לאו מותר:
Un non-Juif qui a jeté de l’eau dans le vin — c’est permis, même à la consommation, à condition qu’il n’ait pas l’intention de le couper : par exemple s’il a jeté de l’eau dans de grands tonneaux, ou dans un verre, sans savoir que c’était du vin. Mais s’il a l’intention de le couper — c’est interdit à la consommation.Et si l’on ne sait pas s’il a visé la mezigah ou non — c’est permis.
L’eau n’est pas du vin. Elle ne se lie pas au vin par le nitsok, et son arrivée n’est pas une libation. Ce qui inquiète ici n’est donc pas la matière mais le geste : couper le vin est un geste de sommelier, une manière de s’occuper du vin — d’où le risque, disent le Rachba et le Ran rapportés par le Taz, qu’il finisse par y toucher (ט״ז יו״ד קכ״ה ס״ק י). C’est pourquoi le seif oppose le grand tonneau, où personne ne coupe le vin, au verre, où c’est l’usage même. Et quand le doute demeure : doute sur un interdit rabbinique — on va vers l’indulgence (ט״ז יו״ד קכ״ה ס״ק י״א).
Groupe C — Verser, porter, transporter (seifim 8-11)
Seif 8 — Qui verse dans le récipient de qui
עובד כוכבים שמערה מכלי שבידו לכלי שביד ישראל היוצא אסור בשתייה וישראל שמערה מכלי שבידו לכלי שביד עובד כוכבים מותר אפילו בשתייה ואם נדנד העובד כוכבים הכלי נאסר היין:
Un non-Juif qui verse du récipient qu’il tient dans un récipient tenu par un Juif : ce qui sort est interdit à la consommation. Et un Juif qui verse du récipient qu’il tient dans un récipient tenu par un non-Juif : c’est permis, même à la consommation.Et si le non-Juif a secoué le récipient — le vin est interdit.
Tout le seif tient dans une symétrie : la main qui verse fait la force ; la main qui reçoit ne la fait pas. D’où la précision finale : recevoir ne suffit pas, mais secouer — נדנד — c’est déjà agir sur le vin, et l’on retombe sous le שכשוך du siman 124. Retenir aussi, avec le Chakh, la portée exacte des mots היוצא אסור : ce qui sort est interdit, ce qui reste à l’intérieur ne l’est pas — c’est précisément ce que le Chakh oppose au seif 1 (voir section 5).
Seif 9 — L’outre portée, la main sur son ouverture
העביר העובד כוכבים נוד של יין ממקום למקום והוא אוחז פי הנאד בידו בין שהיה הנוד מלא או חסר מותר ואע״פ שהיין מתנדנד שאין דרך ניסוך בכך:
Un non-Juif a transporté une outre de vin d’un endroit à un autre, en tenant l’ouverture de l’outre dans sa main : que l’outre ait été pleine ou entamée — c’est permis, et quoique le vin y soit ballotté, car ce n’est pas là une manière de faire une libation.
Un vin ballotté n’est pas un vin agité. Il n’est le produit d’aucune intention, et surtout, dit la Guemara, ce n’est pas ainsi que l’on verse une libation — אֵין דֶּרֶךְ נִיסּוּךְ בְּכָךְ. Reste à comprendre pourquoi le texte insiste sur la main sur l’ouverture : ainsi tenue, explique le Chakh au nom du Beit Yossef, l’outre n’est pas un récipient ouvert, et le שכשוך n’y est pas possible (ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק י״ז).
Seif 10 — Le récipient ouvert : plein ou entamé, et le regard du Juif
היה נושא כלי פתוח ובו יין וישראל הולך אחריו אם הוא חסר ולא שכשכו מותר בשתייה (וי״א דאפילו שכשכו בכלי שרי כאן)(רשב״א והראב״ד והרא״ש ור״ן)(וכן עיקר) ואם הוא מלא אסור בהנאה שמא נגע בו ואם הישראל הולך בצדו ונטר ליה אפילו מלא מותר שא״א לו ליגע שלא יראנו ואם היה נושא הכלי במוט בשנים אפילו מלא והישראל הולך אחריו מותר וה״ה לנושא דלי דרך טבעתו (תוספות וסה״ת וסמ״ק):הגה ובלבד שהישראל סייעו כשהכניס המוט בטבעת הכלי (מרדכי בשם ראבי״ה) או שראה כשהכניסו העובד כוכבים שלא נגע:
S’il portait un récipient ouvert contenant du vin et qu’un Juif marche derrière lui : s’il est entamé et qu’il ne l’a pas agité — c’est permis à la consommation. Glose du Rama :certains disent qu’ici, même s’il l’a agité dans le récipient, c’est permis — et telle est la règle. Et s’il est plein — c’est interdit même au profit, de peur qu’il n’y ait touché.Et si le Juif marche à côté de lui et le surveille — même plein, c’est permis, car il lui est impossible de toucher sans être vu. Et s’il portait le récipient à deux, sur un bâton — même plein, et même si le Juif marche derrière lui, c’est permis ; et il en va de même de celui qui porte un seau par son anneau. Glose du Rama :à condition que le Juif l’ait aidé lorsqu’il a passé le bâton dans l’anneau du récipient, ou qu’il ait vu, quand le non-Juif l’y a passé, qu’il n’a pas touché.
Ce seif ne parle plus de force mais de contact possible — et il renverse le critère du seif 9 : ici, un récipient plein est plus grave qu’un récipient entamé, parce qu’un vin qui affleure se touche sans effort. La suite est un catalogue de ce qui rend le contact impossible : le regard (le Juif marche à côté), la distance (le bâton porté à deux), la prise (le seau tenu par son anneau). Et le Rama pose la condition qui les rend fiables : encore faut-il avoir vu le début de l’opération.
Seif 11 — Le tonneau sur l’épaule : la force sans intention
עובד כוכבים שנושא חבית אפילו על כתיפו ובלכתו יצא מהיין לחוץ שלא בכוונה מותר בשתייה אפילו מה שיצא לחוץ דכחו שלא בכוונה לא גזרו:
Un non-Juif qui porte un tonneau, même sur son épaule, et qu’en marchant du vin en est sorti au-dehors sans intention — c’est permis à la consommation, y compris ce qui est sorti au-dehors, car sur sa force sans intention, ils n’ont pas décrété.
Le siman se referme sur la phrase qui en donne la mesure :דכחו שלא בכוונה לא גזרו. Tout ce qu’on vient de lire est rabbinique — la Guemara le dit expressément (voir section 2) — et un décret ne s’étend pas au-delà de ce qu’il vise. Le seif 1 l’avait déjà dit du vin qu’on verse sans savoir ; ici, c’est le vin qui déborde tout seul. Noter la générosité de la formule : même ce qui est sorti au-dehors — c’est-à-dire l’endroit même où le décret mord d’ordinaire.
2. Contexte — d’où vient la règle du כֹּחוֹ
La force d’un non-Juif n’est pas un contact. Le siman précédent traitait de la main posée sur le vin ; celui-ci traite de ce que cette main a mis en mouvement sans le toucher. La Guemara pose la règle à propos d’un non-Juif qui vide un tonneau vers une cuve tenue par un Juif :
La force du non-Juif est donc interdite des Sages ; et ils ont décrété sur ce qui sort au-dehors, non sur ce qui reste à l’intérieur. C’est de là que vient le dernier mot du seif 11, et c’est là que le Chakh ira chercher sa difficulté sur le seif 1. À l’autre bout, la Guemara donne la formule qui libère — tout mouvement du vin n’est pas une libation :
Le Rambam codifie la règle en deux phrases, que le Mehaber reprend presque mot pour mot au seif 1 — au détail près qu’il écrit ויצא היין, “et le vin sortit”, là où le Rambam écrit ויצק היין, “et il versa le vin” :
Qu’est-ce qu’une “force” ? Pas un contact, pas une agitation : un mouvement du vin produit par le geste du non-Juif. Le seif 1 le dit en toutes lettres — même s’il n’a pas agité.
Jusqu’où va-t-elle ? Le seif 2 compte les relais : un, deux, trois. Le deuxième cran est encore sa force ; le troisième ne l’est plus, après coup.
Que faut-il pour qu’elle compte ? Qu’elle produise quelque chose (seif 4) et qu’elle vienne d’un agent réel (seif 3). Une aide sans consistance ne compte ni pour permettre ni pour interdire.
Et l’intention ? C’est la porte de sortie de tout le siman : sur la force sans intention, ils n’ont pas décrété (seifim 1, 4 et 11).
Ce siman ne traite ni du contact du non-Juif avec le vin (siman 124), ni du mélange d’un vin permis avec du yayin nessekh (siman 126). Il occupe la place exacte entre les deux : le vin n’a pas été touché, et il a pourtant bougé. Toute la question est de savoir si ce mouvement est le sien, ou celui du non-Juif.
3. Les concepts-clés de ce siman
כֹּחוֹ — sa force. Le vin s’est déplacé à cause du geste du non-Juif, sans qu’il l’ait touché : il a soulevé le récipient, redressé la charrette, poussé l’objet. La Guemara pose que cette force interdit à la boisson, et qu’elle est un interdit des Sages, non de la Torah.
כֹּחַ כֹּחוֹ — la force de sa force. Un relais s’est intercalé : le non-Juif a mis en branle une chose, et c’est cette chose qui a mû le vin. Le seif 2 tranche que ce deuxième cran vaut le premier. Le troisième — כֹּחַ כֹּחַ כֹּחוֹ, l’exemple de la poutre du pressoir — est permis après coup seulement.
נִצּוֹק — le filet qui relie. Le jet continu de liquide qui va du récipient supérieur au récipient inférieur : est-il un lien, de sorte que l’interdiction remonte à ce qui reste en haut ? Le Mehaber l’applique ici ; le Rama rapporte que l’on n’étend pas le nitsok à la seule force. La question propre du nitsok est traitée au siman 126.
שִׁכְשׁוּךְ — l’agitation. Secouer le vin dans son récipient, même sans le toucher ni le soulever. C’est le sujet du siman 124 ; ici il n’apparaît que par contraste — même sans agitation, la force suffit (seif 1) — et il revient à la fin des seifim 8 et 10.
מְסַיֵּעַ שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ — une aide sans consistance. Un concours qui n’ajoute rien au résultat. Le siman s’en sert deux fois en sens contraire : au seif 3, l’enfant qui aide le non-Juif ne compte pas, donc on interdit ; au seif 4, le non-Juif qui accélère un vin qui coulait déjà ne compte pas non plus, donc on permet.
שֶׁלֹּא בְּכַוָּנָה — sans intention. Il ne savait pas que c’était du vin (seif 1), il était occupé à son travail (seif 4), le vin a débordé en marchant (seif 11). Le décret rabbinique ne s’applique pas à ce que personne n’a voulu : דכחו שלא בכוונה לא גזרו.
בַּחֲמָתוֹ — dans sa colère. Le geste de fureur du seif 5, qui vient de la michna d’Avoda Zara. Un homme qui jette un objet de rage ne pense pas au vin ; c’est la forme la plus visible du sans intention, et la michna l’avait déjà déclaré permis.
מְזִיגָה — couper le vin. Y ajouter de l’eau pour le boire, geste ordinaire du service du vin. Au seif 7, c’est l’intention de mezigah — non l’eau elle-même — qui pose problème : elle range le non-Juif du côté de celui qui s’occupe du vin. D’où l’opposition entre le grand tonneau et le verre.
אֵין דֶּרֶךְ נִיסּוּךְ בְּכָךְ — ce n’est pas ainsi que l’on fait une libation. La formule de Rav Achi, au seif 9 : un vin ballotté dans une outre que l’on porte n’a rien d’un geste rituel. Elle explique aussi, en creux, pourquoi le seif 10 s’inquiète non plus de la force mais d’un contact possible.
4. Le tableau récapitulatif — ce qui est permis, et à quel degré
Le siman répond rarement par “permis” ou “interdit” tout court. Trois échelles se croisent : d’emblée ou après coup, interdit à la boisson ou interdit au profit, et à combien de crans de la force du non-Juif. Voici les onze seifim mis à plat.
המקרה
Situation
Statut
Seif
הגביהו ויצא היין
Il soulève le récipient et le vin sort
אסור בשתייה — et le reste du récipient, par le nitsok
1
וי״א דלא אסרינן נצוק בכח
Le nitsok pour la seule force
Le Rama : on ne l’interdit pas ; être rigoureux sauf perte importante
1 (Rama)
שלא ידע שהוא יין
Il ne savait pas que c’était du vin
הכל מותר אפי׳ בשתייה
1
כח כחו
La force de sa force
ככחו דמי — comme sa force, donc interdit
2
כח כח כחו · קורת הגת
Trois relais : planches, roue, poutre
בדיעבד מותר אפילו בשתייה ; d’emblée non
2
שניהם עירו ביחד
Le Juif et le non-Juif versent ensemble
מותר בדיעבד, même si le non-Juif pouvait seul
3
המסייע נער קטן
L’aide est un jeune enfant
אסור — מסייע שאין בו ממש
3
מקלח · מגביה שיקלח יותר יפה
Le vin coulait ; il accélère
מותר
4
לא היה מקלח בלא הגבהתו
Sans lui, rien ne coulait
אסור
4 (Rama)
בא לפרוק חבית ויצא מכחו
Il décharge, et du vin gicle
שרי — שלא בכוונה, דבמלאכתו הוא עוסק
4 (Rama)
זרק אבן או חפץ
Il jette une pierre dans le vin
מותר אפי׳ בשתייה
5
דוחהו עד שנופל
Il pousse l’objet jusque dans le vin
אסור אפילו בהנאה
5
עשה כן בחמתו
Il l’a fait dans sa colère
מותר אפי׳ בשתיה
5
זרקן לגת
Il jette des raisins dans le pressoir
מותר בדיעבד
6
ישראל מסייע בזריקתו
Un Juif l’aide à les jeter
מותר אפילו לכתחלה
6
זרק מים ולא ידע שהוא יין
Il jette de l’eau sans savoir
מותר אפילו בשתיה
7
מכוין למזוג
Il vise la mezigah
אסור בשתייה
7
אינו ידוע אם כוון למזיגה
On ignore son intention
מותר — ספיקא דרבנן לקולא
7
מערה לכלי שביד ישראל
Le non-Juif verse, le Juif reçoit
היוצא אסור בשתייה ; l’intérieur reste permis
8
ישראל מערה לכלי שבידו
Le Juif verse, le non-Juif reçoit
מותר אפילו בשתייה
8
נדנד העובד כוכבים הכלי
Le non-Juif secoue le récipient
נאסר היין
8
נוד · אוחז פי הנאד בידו
Outre portée, main sur l’ouverture
מותר — אין דרך ניסוך בכך
9
כלי פתוח · חסר ולא שכשכו
Récipient ouvert, entamé
מותר בשתייה ; Rama : même s’il l’a agité
10
כלי פתוח · מלא
Récipient ouvert, plein
אסור בהנאה — שמא נגע בו
10
ישראל הולך בצדו ונטר ליה
Le Juif marche à côté et surveille
אפילו מלא מותר
10
במוט בשנים · דלי דרך טבעתו
Porté à deux sur un bâton ; seau par l’anneau
מותר, à condition d’avoir vu la mise en place
10
נושא חבית · יצא שלא בכוונה
Tonneau sur l’épaule, débordement
מותר בשתייה — דכחו שלא בכוונה לא גזרו
11
Lue de haut en bas, la colonne du milieu raconte le siman : presque tout ce qui est interdit ne l’est qu’à la boisson, et presque tout ce qui est permis ne l’est qu’après coup. Deux exceptions encadrent le tableau — l’objet poussé du seif 5 et le récipient plein du seif 10, seuls cas où l’interdiction monte jusqu’au profit ; et deux portes de sortie le traversent — l’absence d’intention et l’aide sans consistance.
5. Le Taz et le Shach — quatre entrées-clés
Les deux grands commentaires imprimés autour du Choul’han Aroukh de Yoré Déa sont le Taz (Turé Zahav, Rabbi David haLevi Segal, 1586-1667) et le Shach (Siftei Kohen, Rabbi Chabtaï haCohen, 1621-1662). Sur ce siman, ils ne commentent pas, ils mesurent : jusqu’où va le décret, et où le texte du Mehaber se contredit-il ?
Une entrée-clé du Taz
Taz s.k. 5 — l’odeur suffit à savoir que c’est du vin
בגמרא איתא דאפילו בריחא תליא מלתא דהיינו אם הוא יין ישן ודאי ידע שהוא יין ע״י הריח
— ט״ז יו״ד קכ״ה ס״ק ה
Il est dit dans la Guemara que même l’odeur fait la chose : c’est-à-dire que si c’est du vin vieux, il savait certainement que c’était du vin, par l’odeur.
La permission du seif 1 — il ne savait pas que c’était du vin — n’est pas une déclaration mais un constat de fait, et le Taz rappelle qu’il se vérifie. Un vin jeune, dans un tonneau fermé, peut passer pour de l’huile ou de la bière ; un vin vieux, non : son odeur le trahit. Toute la question de l’intention se joue donc sur ce que le non-Juif pouvait raisonnablement savoir, non sur ce qu’il dit.
Trois entrées-clés du Shach
Shach s.k. 1 — la difficulté sur le nitsok, au seif 1
קשה דלעיל סי׳ קכ״ד סי״ד פסק דמה שנשאר בפנים מותר והיינו משום דלא החמירו כחו בניצוק
— ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק א
C’est difficile : car plus haut, au siman 124 seif 14, il a tranché que ce qui est resté à l’intérieur est permis — et cela parce que l’on n’a pas été rigoureux d’appliquer le nitsok à la force.
Le Chakh met le doigt sur une tension interne au Choul’han Aroukh : le même auteur qui interdit ici ce qui reste dans le récipient l’a permis au siman 124, et le permettra encore au seif 8 de notre siman — היוצא אסור בשתייה, ce qui sort, et cela seul. Il ajoute une seconde difficulté, plus structurelle : le nitsok ne joue qu’à propos d’un vin interdit au profit, or ici le vin sorti n’est interdit qu’à la boisson. Sa conclusion est un צ״ע — la question reste ouverte.
Shach s.k. 4 — d’emblée, même dix forces ne suffisent pas
אבל לכתחלה אסור אפילו בעשרה כחות ויותר כן משמע בטור ופוסקים
— ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק ד
Mais d’emblée, c’est interdit, même avec dix forces et davantage — c’est ce qui ressort du Tour et des décisionnaires.
Sans cette ligne, on lirait le seif 2 comme un barème : deux crans interdits, trois crans permis. Le Chakh rétablit le vrai partage : le compte des forces ne dit que ce qui se passe après coup. D’emblée, aucun nombre de relais ne rend la chose permise — on ne fabrique pas une distance.
Shach s.k. 7 — le mot exact, au nom des Tossefot
כיון דבלא״ה היה נמי היין מקלח ולא הועיל מעשה העובד כוכבים אלא שעי״כ מקלח יותר יפה א״כ מותר דהוי מסייע שאין בו ממש. תוספות
— ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק ז
Puisque de toute façon le vin coulait aussi, et que l’acte du non-Juif n’a servi à rien sinon à ce qu’il coule mieux — c’est donc permis, car c’est une aide sans consistance. Tossefot.
C’est la formule qui donne au seif 4 sa règle de décision, et elle est mesurable : la question n’est pas “le non-Juif a-t-il agi ?” mais “son acte a-t-il changé quelque chose ?”. Noter la symétrie avec le seif 3 : le même concept y écartait l’aide de l’enfant. Une aide sans consistance ne compte jamais — ni pour interdire, ni pour permettre.
6. La glose du Rama (הגה) — trois interventions
Le Rama n’intervient que dans trois des onze seifim — 1, 4 et 10 — et chaque fois au même endroit : là où le Mehaber a posé une règle et où il faut savoir jusqu’où elle porte.
Sur le seif 1 — le nitsok ne suit pas la force
Le Mehaber interdit ce qui reste dans le récipient. Le Rama rapporte l’avis contraire — וי״א דלא אסרינן נצוק בכח עובד כוכבים — au nom d’un très large front de Richonim : le Tour, le Roch, le Mordekhaï et le Ran au nom de Rachi, des Tossefot, du Raavan et des Techouvot Maïmoniot. Puis il ne tranche pas franchement : il y a lieu d’être rigoureux, sauf en cas de perte importante. Le Taz trouve la formule mal ajustée (ט״ז יו״ד קכ״ה ס״ק ד) : en cas de perte importante, on est indulgent même sur un nitsok véritable. Le Rama ajoute encore, en fin de seif, une deuxième porte de sortie — או שלא הגביה הכלי — que le Chakh, lui, tient pour douteuse (ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק ג).
Sur le seif 4 — ce que l’aide doit produire
La glose la plus pratique du siman. Elle retourne le seif : le Mehaber avait permis parce que le vin coulait déjà ; le Rama en tire que si le vin ne coulait pas, c’est interdit, et étend aussitôt le critère à un autre cas — le non-Juif qui vient remuer la main du Juif pendant qu’il transvase. Même question, même réponse : le vin coulait-il de toute façon ? Puis la glose se referme sur une seconde règle, indépendante : l’ouvrier qui décharge un tonneau et fait gicler du vin est sans intention, דבמלאכתו הוא עוסק — il est occupé à son travail.
Sur le seif 10 — l’agitation, et le début de l’opération
Deux apports. D’abord une indulgence : même s’il a agité le vin dans le récipient, ici c’est permis — et le Rama ajoute וכן עיקר, telle est la règle. Le Chakh en donne la raison : le récipient dont il s’agit est large, et l’on n’agite pas volontiers un récipient large, de peur de renverser (ש״ך יו״ד קכ״ה ס״ק י״ט). Ensuite une exigence de vigilance : le portage à deux sur un bâton ne vaut que si le Juif a aidé à passer le bâton dans l’anneau, ou a vu que le non-Juif ne touchait pas. La permission ne tient pas à la position finale, mais à ce que l’on a vu du début.
Une même ligne traverse les trois gloses : le Rama ne conteste pas la règle, il en délimite l’application. Où le nitsok cesse de suivre la force, à quelle condition une aide compte, à partir de quel moment il faut avoir regardé. C’est un travail de seuils — et, comme souvent, c’est là que la vie pratique se joue.
7. Cas pratiques modernes
Cas 1 — Le serveur non-Juif qui remplit les verres
C’est très exactement le seif 8, et c’est le cas le plus fréquent de tout le siman. La main qui verse fait la force : si le serveur tient la bouteille et remplit le verre du convive, ce qui sort est en cause ; si c’est le convive qui verse et le serveur qui tend le verre, il n’y a pas de question. On observera aussi la précision du seif : ce qui sort, et non ce qui reste dans la bouteille. Un cas réel se pose à un Rav ; ce niveau donne la structure, pas le psak.
Cas 2 — Le pressoir mécanisé et le bouton
La poutre du pressoir du seif 2 est l’ancêtre direct de la question moderne : un non-Juif qui appuie sur un bouton, met en route une pompe, ouvre une vanne. Le siman fournit la grille — compter les relais — mais non la réponse : savoir si un moteur, un automate ou une minuterie constituent une, deux ou trois “forces” est une question que les poskim ont abondamment traitée, et qui relève du niveau 4. Retenir surtout la ligne du Chakh : le compte des forces ne vaut qu’après coup.
Cas 3 — Le manutentionnaire qui décharge les caisses
Le seif 4 in fine et le seif 11 se rejoignent ici : un employé non-Juif décharge, porte, empile — et du vin déborde ou gicle. Les deux textes disent la même chose, chacun à sa manière : il est occupé à son travail, sur la force sans intention ils n’ont pas décrété. Mais attention à la portée : ce siman parle de vin découvert. Le vin en bouteille scellée relève d’une autre question, traitée ailleurs dans ce bloc de simanim.
Cas 4 — L’aide qui ne change rien
Un non-Juif tient le bas d’une caisse pendant qu’un Juif verse ; il maintient une porte, redresse un fût qui coulait déjà. Le critère du seif 4, précisé par le Chakh au nom des Tossefot, est parfaitement opératoire : le vin coulait-il sans lui ? Si oui, מסייע שאין בו ממש. Si non, tout le vin qui coule est venu de sa force. Et le seif 3 rappelle l’autre face du même principe : une aide qui n’a pas de consistance ne sauve pas non plus.
Cas 5 — L’eau, le glaçon, le soda
Le seif 7 est plus subtil qu’il n’en a l’air : ce n’est pas l’eau qui pose problème, c’est l’intention de couper le vin. D’où la distinction, transposable telle quelle : de l’eau versée dans une grande cuve n’est pas une mezigah ; de l’eau versée dans un verre l’est presque toujours. Et si l’on ignore ce qu’il visait, le Taz donne la règle : doute sur un décret rabbinique — indulgence.
Cas 6 — Le vin porté, transporté, ballotté
Les seifim 9 à 11 forment le manuel du transport. Un contenant fermé, ou tenu par le goulot, ne pose pas de question : ce n’est pas une manière de faire une libation. Un contenant ouvert en pose une, et elle change de nature — il ne s’agit plus de force mais de contact possible —, avec trois parades que le seif énumère : surveiller, éloigner, voir le début de l’opération.
8. Synthèse du Siman 125
En une phrase : le vin qu’un non-Juif a mis en mouvement sans le toucher est interdit à la boisson — mais l’interdit est rabbinique, et les onze seifim ne font que compter ce qui l’éloigne : le nombre de relais entre sa main et le vin, l’effet réel de son geste, et l’intention qu’il y avait ou non. Là où ces trois comptes tombent à zéro, le vin reste permis, même à la consommation.
Tableau-mémoire
La question
Le critère
Où
Faut-il un contact ?
Non : sa force suffit, même sans agitation
seif 1
Et ce qui reste dans le récipient ?
Mehaber : נצוק · Rama : on ne l’étend pas à la force
seif 1
Jusqu’à combien de relais ?
Deux crans = sa force · trois crans = permis après coup
seif 2
Et d’emblée ?
Interdit même à dix forces (Chakh)
seif 2
Deux mains sur le même geste ?
Permis après coup, si l’aide est un adulte
seif 3
Quand une force compte-t-elle ?
Quand elle produit quelque chose
seif 4
Jeter, pousser, s’emporter ?
Jeter : permis · pousser : même au profit · colère : permis
seif 5
Des raisins jetés au pressoir ?
Après coup permis ; avec l’aide d’un Juif, d’emblée
seif 6
De l’eau dans le vin ?
Tout dépend de l’intention de mezigah
seif 7
Verser, ou recevoir ?
Verser fait la force ; recevoir, non
seif 8
Un vin ballotté ?
אין דרך ניסוך בכך
seif 9
Plein ou entamé ?
Plein = crainte du contact ; regard, distance, prise
seif 10
Et sans intention ?
לא גזרו — le décret ne mord pas
seif 11
Questions de compréhension
Le seif 1 précise “même s’il n’a pas agité”. Contre quoi cette précision est-elle dirigée, et de quel siman vient l’agitation ?
Le Mehaber interdit au seif 1 ce qui reste dans le récipient, et le permet au seif 8. Quelle est exactement la difficulté du Chakh, et sur quel mot du seif 8 s’appuie-t-elle ?
Au seif 2, pourquoi le troisième cran est-il permis après coup seulement ? Quelle ligne du Chakh l’impose ?
Les seifim 3 et 4 emploient tous deux מסייע שאין בו ממש, l’un pour interdire et l’autre pour permettre. Montrer que c’est bien le même principe.
Au seif 5, qu’est-ce qui distingue l’objet jeté de l’objet poussé, au point que le second soit interdit même au profit ?
Au seif 7, pourquoi le grand tonneau et le verre ne reçoivent-ils pas la même réponse, alors que l’eau est la même ?
Le seif 9 permet une outre pleine, le seif 10 interdit un récipient plein. Pourquoi ces deux seifim, voisins, ne se contredisent-ils pas ?
Le seif 11 conclut par דכחו שלא בכוונה לא גזרו. Sur quelle phrase de la Guemara cette conclusion s’appuie-t-elle (voir section 2) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : le pilpoul — la ma‘hloket sur le כח כחו dans Avoda Zara, la ḥakira sur la nature du décret de כחו, et la question du nitsok appliqué à la force
✨ Niveau 3 — Synthèse : les tableaux comparatifs (degrés de force, boisson / profit, d’emblée / après coup) et la mémorisation rapide des 11 seifim