✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman 151 — Ce qu’un Juif vend, loue, donne et dit à un non-Juif

דברים המוצרכים לעבודת כוכבים אסור לישראל למוכרם

Quatorze seifim. Le siman précédent achevait les lois de l’objet interdit ; celui-ci passe au rapport quotidien, et il y réunit quatre interdits qui n’ont pas la même racine
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide


Source : Shulchan Aroukh, Yoreh De'ah קנ״א — 14 seifim
Nossei kelim : ש״ך (19 ס״ק) · ט״ז (9 ס״ק) · באר היטב (15 ס״ק) · פתחי תשובה (5 ס״ק) · בית יוסף · טור · רמב״ם
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Pour les étudiants ayant maîtrisé les Niveaux 1 et 2
daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L’axiome : le siman ne pèse pas la marchandise, il pèse ce que l’acte donne
  2. Les 4 questions-réflexes
  3. Tableau-maître — les quatorze seifim, un par ligne
  4. Quatre interdits dans un seul siman
  5. La ligne du Chakh : tout dépend de qui est en face
  6. Les six ma’hlokot du siman
  7. Les 5 règles d’or
  8. Mnémonique — l’aide-mémoire « סחורה »
  9. Les 5 pièges classiques
  10. Carte-éclair finale

1. L’axiome : le siman ne pèse pas la marchandise, il pèse ce que l’acte donne

Le siman ne demande jamais si l’objet est saint ou profane : il demande ce que l’acte donne à l’autre, et ce qu’il retire à celui qui l’accomplit. L’encens est permis en gros et interdit à l’unité (seif א). La cire est permise le lundi et interdite le dimanche (seif ג). La même épée est interdite au seif ה et permise au seif ו. La même maison ne peut être vendue et peut être louée en terre d’Israël (seif ח), et ne peut être louée pour l’habitation ailleurs (seif י). Rien de tout cela ne tient à la marchandise.

La preuve la plus nette est le seif 6. L’arme y est exactement la même qu’au seif 5 — et elle devient permise parce que le raisonnement change de sujet : ce n’est plus le tiers qu’elle menace, c’est le vendeur qu’elle protège. La raison est écrite dans le texte, et la guemara la dit d’un mot à propos des Perses :

« וְהָאִידָּנָא דְּקָא מְזַבְּנִינַן, אָמַר רַב אָשֵׁי: לְפָרְסָאֵי דְּמַגְּנוּ עִילָּוַון » (עבודה זרה ט״ז ע״א)

Et c’est pourquoi les seifim 12 et 13, qui paraissent hors sujet, sont exactement à leur place : ils disent ce qui se passe quand l’acte ne donne au culte aucun appui, ne donne à l’autre aucun ancrage, et n’ôte à celui qui agit aucun devoir. Il reste alors la paix, et tout redevient permis.

« תָּנוּ רַבָּנַן: מְפַרְנְסִים עֲנִיֵּי גוֹיִם עִם עֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל, וּמְבַקְּרִין חוֹלֵי גוֹיִם עִם חוֹלֵי יִשְׂרָאֵל, וְקוֹבְרִין מֵתֵי גוֹיִם עִם מֵתֵי יִשְׂרָאֵל, מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם » (גיטין ס״א ע״א)

2. Les 4 questions-réflexes

  1. Qu’est-ce que je remets, et pour quoi va-t-il servir ? Un objet réservé à ce culte-là ? Alors seifim 1 à 3. Une bête ou une arme ? Alors seifim 4 à 6, et la question du culte ne se pose même pas.
  2. À qui ? Un non-Juif idolâtre, un non-Juif qui ne l’est pas, un Juif observant, un Juif qui ne l’est pas. Le Chakh au ס״ק ו fait de cette question la clef du seif 1, et le Chakh au ס״ק ז de celle du monde d’aujourd’hui.
  3. Cela lui donne-t-il un ancrage ? Un bien attaché au sol, une maison, un champ, trois logements à la fois. Alors seifim 7 à 10, et la réponse dépend d’abord du pays.
  4. Est-ce que je reçois quelque chose en retour ? Si oui, ce n’est pas un don (seif 11). Si non, et que la contrepartie est la paix, c’est permis et même souhaitable (seifim 12 et 13).

3. Tableau-maître — les quatorze seifim, un par ligne

SeifCe qu’il dit
אInterdit de vendre ce qui est réservé à ce culte-là à ses adorateurs, ici. Permis : en gros, avec un autre usage vérifié, après mise hors d’usage. Rama : eau du baptême non ; s’ils peuvent acheter ailleurs, tout est permis.
בInterdit : la commande gonflée pour cacher l’article de culte. La quantité ne prouve plus rien.
גInterdit : la cire, le jour de leur fête. Rama : et la veille. Permis les autres jours.
דPetit bétail : selon l’usage du lieu. Gros bétail : interdit partout, sauf courtier juif ou vente pour l’abattoir. Aujourd’hui l’usage permet en tout — la vente seulement.
הInterdit : fauves, armes, cep, fers, chaînes, lingot ; aiguisage ; construction du tribunal. Même règle pour le Juif suspect et le brigand juif.
וPermis : vendre des armes à l’armée du roi sous alliance, parce qu’elle défend la ville où l’on habite.
זTerre d’Israël : rien d’attaché au sol. Permis à charge de couper, et il coupe.
חTerre d’Israël : ni maison ni champ à vendre ; maison à louer, champ non. Syrie : maison vendue, champ loué. Diaspora : les deux se vendent.
טInterdit : trois d’un coup, vente ou location, en quartier juif. Un ou deux : tout — et l’on ne craint pas la revente.
יLocation : entrepôt oui, habitation non. Rama : l’usage loue aussi pour l’habitation ; et qui loue d’un non-Juif n’y laissera pas son objet de culte.
יאInterdit : le don gratuit à un non-Juif qu’on ne connaît pas. Permis à un ami, un voisin, un client.
יבPermis : subvenir à leurs pauvres, visiter leurs malades, enterrer leurs morts, les louer, consoler leurs endeuillés — voies de paix.
יגOn n’empêche pas leurs pauvres de prendre le glanage, l’oubli et le coin du champ.
ידInterdit : la louange, même de la seule beauté. Permis : rendre grâce au Créateur d’une belle créature.

4. Quatre interdits dans un seul siman

C’est la distinction la plus utile du siman, et celle qu’on oublie le plus vite. Quatre racines, quatre régimes, et rien ne se transporte de l’une à l’autre.

1. לפני עור — l’obstacle devant l’aveugle · seifim א ב ג · Ce que je fournis servira au culte. Se mesure à la possibilité qu’il l’obtienne sans moi ; s’efface avec elle.
2. שביתת בהמתו — le repos de sa bête · seif ד · Rien à voir avec l’idolâtrie. Un décret de Chabbat, et l’un des deux seuls interdits du siman à demeurer entier aujourd’hui — pour le prêt et la location.
3. נזק לרבים — le dommage au public · seifim ה ו · Se mesure au tiers, non au culte. S’inverse quand le tiers protégé est moi.
4. לא תחנם — la grâce refusée · seifim ז ח ט י יא יד · Un seul verset, trois lectures : l’ancrage dans la terre, le don gratuit, la grâce aux yeux. Six seifim en sortent — près de la moitié du siman.

Restent les seifim יב et יג, qui n’appartiennent à aucune des quatre racines : ils viennent de דרכי שלום et vont dans l’autre sens.

5. La ligne du Chakh : tout dépend de qui est en face

Le seif 1 se lit deux fois : une fois comme une ma’hloket entre le Mordekhi et les מחמירין, une fois comme un partage de cas. Le Chakh choisit la seconde, et cette lecture réorganise tout le siman.

« אבל לפעד״נ דלא פליגי דכ״ע מודים להמרדכי ותוס׳ בפ״ק דעבודת כוכבי׳ דבעובד כוכבי׳ או מומר שרי » (ש״ך יו״ד קנ״א ס״ק ו)
Celui qui est en facePeut-il acheter ailleurs ?VerdictSource
Non-Juif idolâtreNonInterditSeif א
Non-Juif idolâtreOuiPermis — et tel est l’usageRama, seif א
Non-Juif d’aujourd’hui, non idolâtreSans objetPermis — il n’est pas averti sur le שיתוףChakh ס״ק ז · Baer Hetev ס״ק ה
Juif apostatSans objetComme un non-Juif selon le ChakhChakh ס״ק ו
Juif apostatSans objetComme un Juif selon le ‘Havot YaïrPit’hei Techouva ס״ק ג
Juif observantOui, et cela ne change rienInterdit — obligation d’écarter de la fauteChakh ס״ק ו, au nom du Roch
Il y a là une conséquence qu’on n’attend pas : la ligne la plus sévère du seif 1 ne concerne pas les non-Juifs mais les Juifs. Tout ce que l’usage a allégé l’a été du côté du non-Juif ; du côté du Juif, rien n’a bougé, et le Chakh le tire du Roch — « cela ne vaut pas moins qu’un enfant juif qui mange des nevelot, que le tribunal est tenu d’écarter ; à plus forte raison un Juif adulte ».

6. Les six ma’hlokot du siman

Sur quoiPosition APosition BCe qui est retenu
Vendre à qui peut acheter ailleursMordekhi, Tossefot : permisיש מחמירין : interdit même alorsL’usage suit A ; un בעל נפש suit B pour lui-même. Le Chakh : ils ne divergent pas, ils partagent les cas
La permission du Rama elle-mêmeRama : la possibilité d’acheter ailleurs suffitEmounat Chmouel : la guemara dit « il a », non « il peut acheter »Pit’hei Techouva ס״ק ב rapporte le doute sans le trancher
Vendre la cire la veille de la fêteRama, d’après le Mordekhi : interditRabbenou Tam et tous les décisionnaires : le jour même seulementChakh ס״ק ח : צ״ע ; sa solution est que le Mordekhi parlait de la terre d’Israël
La raison de l’interdit sur le petit bétailGuemara, Rachi, Tossefot : le soupçon de bestialitéLevouch : un décret pris à cause du gros bétailChakh ס״ק ט contre le Levouch — puis il trouve Rachi sur Pessa’him de son côté, et laisse en צ״ע
Le courtier du seif 4Tour : seulement un maquignon juif qui revend aussitôtRachi et Rambam : un simple courtierLe Mehaber écrit « courtier » ; le Chakh ס״ק י״א ajoute : juif
Vendre un arbre à condition de couperRambam, Roch : permisRif : seulement après la coupeLe Mehaber suit le Rambam ; Chakh ס״ק י״ד : il coupe après la vente

7. Les 5 règles d’or

  1. La marchandise ne décide pas seule. L’objet, l’acheteur et le lieu sont pris ensemble — c’est pourquoi le seif 1 écrit deux fois « de ce lieu-là ».
  2. On répond de l’obstacle, non de l’obstacle de l’obstacle — sauf si le maillon suivant est un Juif (Taz ס״ק ג).
  3. « L’usage a permis en tout » ne couvre jamais que ce dont il parle. Au seif 4, la vente ; ni le prêt ni la location, contre lesquels le Chakh et le Taz disent de protester.
  4. Ce qui touche la terre suit le pays ; ce qui touche le nombre le franchit. Les seifim 7 et 8 s’arrêtent aux frontières d’Eretz Israël ; le seif 9 vaut partout (Chakh ס״ק ט״ו).
  5. Un don qui appelle une contrepartie n’est pas un don. Le seif 11 ne vise que ce qui ne revient jamais — et le seif 12 montre que même ce qui ne revient jamais est permis quand ce qu’on cherche est la paix.

8. Mnémonique — l’aide-mémoire « סחורה »

Les six lettres de סחורה — « marchandise » — donnent les six questions du siman, dans l’ordre où il les pose.

ססחורה · la marchandise est-elle réservée à ce culte ? (seifim א ב ג)
חחי · s’agit-il d’un être vivant, bête ou fauve ? (seifim ד ה)
ווברית · une alliance renverse-t-elle l’interdit ? (seif ו)
ררשות · s’agit-il d’un bien-fonds, et où ? (seifim ז ח ט י)
ההענקה · est-ce un don sans contrepartie ? (seif יא)
ההודאה · et si je parle, est-ce une louange ou une action de grâce ? (seif יד)

Restent les deux seifim des voies de paix, qui ne se retiennent pas par une lettre mais par leur place : ils sont mis entre le don et la louange, entre ce qu’on donne et ce qu’on dit.

9. Les 5 pièges classiques

  1. Croire que « l’usage a permis en tout » couvre le prêt d’un animal. Il ne couvre que la vente. Le Chakh au ס״ק י״ב et le Taz au ס״ק ה écrivent tous deux qu’il faut protester contre le prêt et la location.
  2. Appliquer la permission du Rama à un client juif. C’est l’erreur exacte que le Chakh au ס״ק ו écarte : la possibilité d’acheter ailleurs ne dispense pas de l’obligation d’écarter un Juif de la faute.
  3. Croire que le seif 9 ne vaut qu’en terre d’Israël, parce qu’il suit le seif 8. Le Chakh au ס״ק ט״ו dit expressément : même hors de la Terre.
  4. Croire que la vente est plus grave que la location au seif 10. C’est l’inverse : la vente pour l’habitation est permise là où la vente est permise, parce que le Juif n’a plus aucun droit sur la maison — Beit Yossef, Chakh ס״ק ט״ז.
  5. Oublier la fin de la glose du Rama au seif 10. Elle ne parle plus du bailleur mais du locataire : celui qui loue une maison à un non-Juif ne doit pas y laisser l’objet de culte du propriétaire.

10. Carte-éclair finale

Quatorze seifim, quatre racines, une question. Ce que je remets sert-il au culte (א–ג) ? me lie-t-il encore par le Chabbat (ד) ? met-il en danger un tiers (ה–ו) ? donne-t-il un ancrage, un don gratuit, un regard de faveur (ז–יא, יד) ? Et si la réponse est non quatre fois, alors les voies de paix reprennent la main (יב–יג).

Trois choses à ne pas oublier en sortant. Le prêt d’un animal reste interdit malgré l’usage. La permission du Rama ne vaut pas devant un Juif. Et le seuil de trois logements franchit les frontières, contrairement à tout le reste du bloc de לא תחנם.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קנ״א · Niveau 3 — Synthèse
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