Les lois de l’attente entre la viande et le lait — étude et pilpoul
סימן פ״ט
Ne pas manger de fromage après de la viande (« שלא לאכול גבינה אחר בשר »)
Étude, pilpoul, chitot des Richonim et des A’haronim
⚡ POUR LES LAMDANIM ET LES TALMIDEI ’HAKHAMIM ⚡
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Pilpoul et étude approfondie
Sougyot, sources, la ’hakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et examen des chitot
Le sujet :
Choul’han Aroukh, Yoré Déa, siman פ״ט (4 seifim)
avec les nossei kelim : Chakh (Siftei Kohen), Taz (Tourei Zahav), Peri Megadim, Pit’hei Techouva
Le fondement de la sougya dans le Chass :
Houlin 105a (Mar Oukva) · chapitre Kol ha-bassar (« פכ״ה » dans la langue du Chakh) · Zohar, parachat Michpatim
Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
Ouverture de la sougya — Mar Oukva et l’attente après la viande (Houlin 105a)
Les deux ta’amim — la graisse qui prolonge le goût (Rachi / le Tour) contre la viande entre les dents (le Rambam)
La ’hakira de fond — qu’est-ce qu’un « autre repas », et quel est le rôle du birkat ha-mazon
Ma’hloket des Richonim — six heures (Rif / Rambam) contre « immédiatement, s’il a desservi et béni » (Tossafot / Raavia)
La chita du Rama — trois degrés : immédiatement, une heure, six heures
La viande entre les dents — après la durée d’attente et après l’heure
Kinou’ah et hadaha — le mécanisme du séif ב — et son application au fromage après la viande
Viande après fromage — l’asymétrie, le fromage dur et le Zohar
La plougta du Chakh et du Taz — viande après fromage dur et fromage véreux
Plat cuisiné, graisse et serveur — séif ג
La table, la nappe et le couteau — le plantage en terre et l’usage des deux couteaux (séif ד)
’Hakira et nafka minot pratiques · tableaux de synthèse
אכל בשר אפילו של חיה ועוף לא יאכל גבינה אחריו עד שישהה שש שעות ואפילו אם שהה כשיעור אם יש בשר בין השינים צריך להסירו והלועס לתינוק צריך להמתין
(הגה: ואם מצא אחר כך בשר שבין השינים ומסירו צריך להדיח פיו קודם שיאכל גבינה (הר״ן פכ״ה) ויש אומרים דאין צריכין להמתין שש שעות רק מיד אם סלק ובירך ברכת המזון מותר על ידי קנוח והדחה (תוס׳ ומרדכי פכ״ה והגהות אשיר״י והג״ה מיימוני פ״ט דמ״א וראבי״ה) והמנהג הפשוט במדינות אלו להמתין אחר אכילת הבשר שעה אחת ואוכלין אחר כך גבינה מיהו צריכים לברך גם כן ברכת המזון אחר הבשר (ע״פ הארוך והגהות ש״ד) דאז הוי כסעודה אחרת דמותר לאכול לדברי המקילין אבל בלא ברכת המזון לא מהני המתנת שעה ואין חילוק אם המתין השעה קודם ברכת המזון או אחר כך (ד״ע ממהרא״י ולאפוקי או״ה) ואם מצא בשר בין שיניו אחר השעה צריך לנקרו ולהסירו (ד״ע ממשמעות הר״ן הנ״ל) ויש אומרים דאין לברך ברכת המזון על מנת לאכול גבינה (ארוך בשם מהר״ח) אבל אין נזהרין בזה ויש מדקדקים להמתין שש שעות אחר אכילת בשר לגבינה וכן נכון לעשות)
Traduction — Le Me’haber : celui qui a mangé de la viande, fût-ce de bête sauvage ou de volaille, ne mangera pas de fromage après elle avant d’avoir attendu six heures ; et même s’il a attendu la durée requise, s’il reste de la viande entre les dents, il doit l’ôter ; et celui qui mâche pour un enfant doit attendre.
Le Rama : s’il trouve ensuite de la viande entre les dents et l’ôte, il doit rincer la bouche avant de manger du fromage (Ran, chapitre Kol ha-bassar). Et certains disent qu’il n’est pas nécessaire d’attendre six heures : dès qu’il a desservi et récité le birkat ha-mazon, c’est permis moyennant kinou’ah et hadaha (Tossafot, Mordekhi, Haghot Acheri, Haghot Maïmoniyot, Raavia). L’usage répandu dans ces pays est d’attendre une heure après avoir mangé de la viande et de manger ensuite du fromage ; mais il faut aussi réciter le birkat ha-mazon après la viande (d’après le Aroukh et les Haghot Chaarei Doura), car alors c’est comme un autre repas, permis selon ceux qui allègent ; tandis que sans birkat ha-mazon, l’attente d’une heure ne sert à rien. Et il n’y a pas de différence entre avoir attendu l’heure avant le birkat ha-mazon ou après (opinion propre, d’après le Mahara’i, à l’exclusion du Issour ve-Heter). S’il trouve de la viande entre ses dents après l’heure, il doit la curer et l’ôter (opinion propre, d’après ce qui ressort du Ran cité plus haut). Certains disent qu’on ne récite pas le birkat ha-mazon dans le but de manger du fromage (Aroukh au nom du Maharah), mais on n’y prend pas garde. Et certains sont méticuleux et attendent six heures entre la viande et le fromage — et il est juste d’agir ainsi.
1. Ouverture de la sougya — Mar Oukva et l’attente après la viande
Le din prend sa source au traité Houlin (105a), au chapitre Kol ha-bassar — que le Chakh désigne par le sigle
« פכ״ה ». Mar Oukva y compare sa propre pratique à celle de son père :
Traduction — « Moi, en cette matière, je suis du vinaigre fils de vin auprès de mon père : car mon père, lorsqu’il mangeait de la viande maintenant, ne mangeait pas de fromage jusqu’au lendemain à la même heure ; tandis que moi, c’est à ce repas-ci que je n’en mange pas — à un autre repas, j’en mange. »
Remarque de fond : la langue de Mar Oukva laisse entendre que ce din n’est pas un interdit de la Torah en lui-même, mais une harhaka — un écart institué par les ’hakhamim entre la viande et le fromage. Le père de Mar Oukva s’abstenait
« עַד לִמְחַר » (« jusqu’au lendemain »), tandis que Mar Oukva lui-même s’abstenait seulement
« לִסְעוֹדְתָּא אַחְרִיתָא » (« jusqu’à un autre repas ») (חולין ק״ה ע״א — Houlin 105a). De ces deux formulations sont nées les deux chitot que le Rama rapportera : la mesure du temps (six heures) de l’une, et la mesure de l’« autre repas » (desservir et bénir) de l’autre.
2. Les deux ta’amim — la graisse qui prolonge le goût contre la viande entre les dents
Le Chakh (ס״ק ב), sur le lemme
« עד שישהה כו », cite le Tour et le confronte au Rambam :
ז״ל הטור ובתוך השש שעות אפי׳ אין בשר בין השינים אסור לפי שהבשר מוציא שומן ומושך טעם עד זמן ארוך ולפ״ז הטעם אם לא אכלו אלא שלעסו לתינוק א״צ להמתין דכיון שלא אכלו אינו מוצא טעם והרמב״ם נתן טעם לשהייה משום בשר שבין השינים והלועס לתינוק צריך להמתין וטוב לאחוז כחומרי שני הטעמים עכ״ל
(Chakh — ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב)
La ’hakira fondamentale du siman : quelle est la racine de l’attente après la viande ?
Ta’am א (Rachi / le Tour) :
« הבשר מוציא שומן ומושך טעם עד זמן ארוך » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh, au nom du Tour) — la viande rend de la graisse et prolonge le goût longtemps ; la racine de l’écart est donc le goût de la viande qui demeure dans la bouche. De là : celui qui mâche pour un enfant sans manger lui-même n’a pas à attendre.
Ta’am ב (le Rambam) : l’attente tient à la viande restée entre les dents, qui jusqu’à six heures
« דמקרי בשר עד שש שעות » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק א — Taz) — est encore appelée « viande ». De là : même celui qui mâche pour un enfant doit attendre, car il se peut qu’il en soit resté entre ses dents.
Le yessod de la ’hakira :
la décision pratique du Tour est de ne trancher ni l’un ni l’autre mais —
« וטוב לאחוז כחומרי שני הטעמים » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh), « il est bon de tenir les rigueurs des deux ta’amim ». Le Taz écrit de même :
« וקי״ל להחמיר כשני הטעמים » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק א — Taz).
• Du ta’am de la graisse — il faut une attente de temps (six heures), même sans viande entre les dents.
• Du ta’am de l’entre-dents — il faut ôter la viande même après six heures, et celui qui mâche pour un enfant est tenu d’attendre.
Le Chakh (ס״ק ב, en fin de note) s’en prend à l’Atérèt Zekenim, qui avait voulu fondre les deux ta’amim en un : selon lui, celui qui mâche pour un enfant doit attendre parce que
« טעם הבשר נשאר לו בפיו ומשך לו טעם שומן כאלו אכל » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh) — « le goût de la viande lui est resté dans la bouche et lui a tiré un goût de graisse comme s’il avait mangé ». Et le Chakh tranche :
« ודבריו תמוהין » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh), « ses propos sont étonnants ». C’est-à-dire : le Chakh refuse de mélanger les deux ta’amim l’un dans l’autre. Celui qui mâche est tenu du ta’am de l’entre-dents, et non de celui de la graisse.
Le Pit’hei Techouva (ס״ק א, sur le lemme
« שש שעות ») tire du Peri Megadim une nafka mina : celui qui mâche pour un enfant un plat contenant de la graisse — à première vue, aucun des deux ta’amim ne s’applique (il n’y a pas de goût « tiré » puisqu’il n’a pas mangé, et rien entre les dents). Et pourtant le Peri Megadim écrit
« דיש להחמיר להמתין שש שעות משום לא פלוג ולא לפרוץ גדר » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק א — Pit’hei Techouva) — qu’il y a lieu d’être rigoureux et d’attendre six heures, au titre du lo plog et pour ne pas ouvrir une brèche dans la clôture.
3. La ’hakira de fond — qu’est-ce qu’un « autre repas », et le rôle du birkat ha-mazon
Le Chakh (ס״ק ה), sur le lemme
« וי״א כו », explique la racine même de la ma’hloket :
טעם פלוגתתן דאיתא בש״ס פכ״ה דאחר בשר אסור לאכול גבינה עד סעודה אחרת ודעת סברא הראשונה דהיינו מכדי זמן סעודת הבקר עד סעודת הערב שהוא ו׳ שעות וסברת הי״א דמיד כשסילק ובירך מיקרי סעודה אחרת וכ׳ מהרש״ל שם דלכ״ע אם לא סילק ובירך אפי׳ כל היום כולו אסור דהא בעינן סעודה אחרת והרבה בני אדם מקילין בזה וטעות הוא בידם עכ״ל ומ״ש הרב בהג״ה אבל בלא ברכת המזון לא מהני המתנת שעה הוא לאו דוקא דאה״נ דכל היום כולו אסור עד שסילק ובירך
(Chakh — ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ה)
’Hakira : quelle est la mesure instituée par les ’hakhamim — un temps, ou un « autre repas » ?
Le côté du temps : la mesure est la durée au terme de laquelle la viande est digérée et son goût dissipé — six heures, du repas du matin à celui du soir. C’est l’avis de la première opinion (Rif / Rambam).
Le côté du repas : la mesure est le passage à un autre repas — et cela se détermine par le fait d’avoir desservi et béni, non par le temps écoulé. C’est l’avis du yech omrim (Tossafot / Raavia).
Le diyouk du Chakh : même pour le yech omrim qui allège, l’allègement ne porte pas sur le temps mais sur le repas. Aussi le Maharchal écrit-il, rapporté par le Chakh :
« אם לא סילק ובירך אפי׳ כל היום כולו אסור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ה — Chakh, au nom du Maharchal) — s’il n’a pas desservi ni béni, c’est interdit même toute la journée durant. Et le Chakh ajoute, en fin de note, que ce qu’écrit le Rama —
« אבל בלא ברכת המזון לא מהני המתנת שעה » (רמ״א יו״ד פ״ט:א — Rama, séif א) — n’est pas à prendre à la lettre quant à l’heure :
« דאה״נ דכל היום כולו אסור עד שסילק ובירך » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ה — Chakh).
Le Chakh (ס״ק ו), sur le lemme
« ובירך ברכת המזון » :
« נראה דאם אכל בשר בלא סעודה צריך לברך ברכה אחרונה מקודם ובלאו הכי לא הוה סילוק » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ו — Chakh) — s’il a mangé de la viande hors d’un repas, il doit d’abord réciter la berakha a’harona, faute de quoi il n’y a pas eu de « silouk », de sortie du repas. Autrement dit : même une consommation occasionnelle exige sa berakha pour compter comme un dessertissement.
4. Ma’hloket des Richonim — six heures contre « immédiatement, s’il a desservi et béni »
Immédiatement dès qu’il a desservi et récité le birkat ha-mazon — moyennant kinou’ah et hadaha
Hagaha séif א ; Chakh ס״ק ה, ז
La décision du Me’haber : il tranche six heures, comme le Rif et le Rambam — le Taz rapporte d’ailleurs que le Maharchal s’étonnait qu’on ait allégé contre eux, eux qui exigeaient au moins six heures (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz). La décision du Rama : il rapporte le yech omrim, puis l’usage d’attendre une heure, mais scelle la hagaha par
« ויש מדקדקים להמתין שש שעות אחר אכילת בשר לגבינה וכן נכון לעשות » (רמ״א יו״ד פ״ט:א — Rama, séif א). Le Chakh (ס״ק ח) y joint :
« וכ״כ מהרש״ל דכן ראוי לעשות לכל מי שיש בו ריח תורה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ח — Chakh) — « il convient d’agir ainsi pour quiconque a en lui un parfum de Torah ».
Le Ran (rapporté par le Chakh ס״ק ג) innove sur le retrait de la viande d’entre les dents :
« דא״צ שהייה ו׳ שעות מאותו זמן שמסירו אלא מאכילה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ג — Chakh, au nom du Ran) — les six heures ne se comptent pas à partir du moment où il ôte la viande, mais à partir de l’acte de manger. Et le Torat ’Hatat écrit que
« דה״ה לענין המנהג בהמתנת שעה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ג — Chakh, au nom du Torat ’Hatat) — il en va de même pour l’usage de l’attente d’une heure.
il a desservi et récité le birkat ha-mazon → permis moyennant kinou’ah et hadaha
Tossafot, Mordekhi, Raavia
L’usage répandu
attendre une heureet aussi réciter le birkat ha-mazon
d’après le Aroukh et les Haghot Chaarei Doura
Les méticuleux
six heures —
« וכן נכון לעשות »
la décision du Rama
Diyouk sur l’usage de l’heure : le Rama écrit
« ואין חילוק אם המתין השעה קודם ברכת המזון או אחר כך » (רמ״א יו״ד פ״ט:א — Rama, séif א) — il n’y a pas de différence entre avoir attendu l’heure avant le birkat ha-mazon ou après (opinion propre, d’après le Mahara’i, à l’exclusion du Issour ve-Heter). C’est-à-dire : la berakha est l’essentiel, et l’attente n’est qu’un surcroît d’usage — l’ordre des deux n’est donc pas dirimant. Mais sans la berakha, l’heure ne sert à rien du tout, conformément au Chakh ס״ק ה pour qui c’est toute la journée qui reste interdite.
Le Taz (ס״ק ב, sur le lemme
« אחר אכילת הבשר שעה אחת ») s’étend au nom du Mahara’i :
« רבים עושים פשרה מדעתן להמתין שעה אחת אחר הסעודת בשר וסילקו ובירכו ואוכלין גבינה » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz, au nom du Mahara’i) — beaucoup font d’eux-mêmes un compromis et attendent une heure après le repas carné, une fois desservi et béni, puis mangent du fromage ;
« אע״ג דלא אשכחן רמז לשיעור זה מ״מ מי ימחה בידם הואיל והתו׳ וראבי״ה מתירין » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz) — bien qu’on ne trouve aucune allusion à cette mesure, qui protestera contre eux, puisque Tossafot et le Raavia permettent ? Et pourtant
« אבל הצנועים מושכים ידיהם מסעודת שחרית לערבית » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz) — « les pudiques retiennent leur main du repas du matin jusqu’à celui du soir ».
Le Taz (fin du ס״ק ב) précise encore : le Levouch a écrit que l’usage de l’heure vient du Semag — et le Taz répond
« והוא ט״ס שלא כתב שום פוסק כן רק מהרא״י ואו״ה כתבו שהעולם נוהגים כן אבל לא דדינא הכי » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz) — c’est une faute d’impression : aucun poseq n’a écrit cela ; seuls le Mahara’i et le Issour ve-Heter rapportent que le monde en a l’usage, mais non que tel soit le din. Et le Taz conclut :
« ודבר פשוט הוא דמי שנוהג בקולא זו להמתין שעה אחת שצריך ג״כ לקינוח והדחה » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz) — il est évident que celui qui suit cet allègement de l’heure a également besoin de kinou’ah et de hadaha.
6. La viande entre les dents — après la durée et après l’heure
Le Chakh (ס״ק ז), sur le lemme
« צריך לנקרו ולהסירו » :
וכבר נתבאר בס״ק ד׳ דצריך הדחה וקינוח הפה אבל ודאי אם לא מצא בשר בין שיניו דהמנהג בהמתנת שעה סגי אפי׳ בלא קינוח והדחה וכ״כ באו״ה שם ד״ד ומביאו בת״ח לפסק הלכה וכ״נ ומ״ש הרב די״א מיד אם סילק ובירך מותר ע״י קינוח והדחה משמע דקינוח והדחה מיהא בעי היינו אם בא לאכול מיד אחר שסילק ובירך
(Chakh — ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ז)
Une nafka mina fine entre les trois degrés du Rama rappelés ci-dessus :
Immédiatement (yech omrim) : il faut kinou’ah et hadaha en toute hypothèse, puisqu’il n’y a ici aucune attente — le Chakh l’infère du Rama lui-même :
« משמע דקינוח והדחה מיהא בעי » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ז — Chakh).
Une heure : s’il n’a pas trouvé de viande entre ses dents —
« דהמנהג בהמתנת שעה סגי אפי׳ בלא קינוח והדחה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ז — Chakh, d’après le Issour ve-Heter), l’usage de l’heure suffit même sans kinou’ah ni hadaha ; et s’il en a trouvé, il lui faut curer, ôter, faire kinou’ah et hadaha.
Six heures : il suffit d’ôter la viande d’entre les dents si l’on en trouve, le goût étant déjà digéré.
Le Chakh (ס״ק ד), sur le lemme
« צריך להדיח פיו » :
« והר״ן כתב שצריך קנוח הפה ולא הזכיר הדחת הפה וכן העתיק בב״י בא״ח שם ובת״ח והיינו דאזיל לטעמיה דס״ל בעלמא דלא בעינן הדחת הפה אבל לדידן דבעינן הדחת הפה וכמ״ש הט״ו בסעיף ב׳ ה״ה הכא ולזה כתב הרב צריך להדיח פיו ופשיטא דבעי נמי קנוח אלא שקיצר בלשון » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ד — Chakh). Le Ran avait écrit qu’il faut un kinou’ah de la bouche sans mentionner la hadaha — et c’est qu’il suit sa propre chita, pour qui la hadaha n’est pas requise en général. Mais pour nous, qui exigeons la hadaha de la bouche comme l’écrivent le Tour et le Choul’han Aroukh au séif ב, il en va de même ici. C’est pourquoi le Rama a écrit « il doit rincer sa bouche » —
« ופשיטא דבעי נמי קנוח אלא שקיצר בלשון » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ד — Chakh) : il va de soi qu’un kinou’ah est requis lui aussi, le Rama ayant simplement abrégé. À retenir : c’est du séif ב — qui traite de la viande après le fromage — que le Chakh tire l’exigence de hadaha pour le fromage après la viande.
7. Kinou’ah et hadaha — le mécanisme du séif ב, et son application au fromage après la viande
אכל גבינה מותר לאכול אחריו בשר מיד ובלבד שיעיין ידיו שלא יהא שום דבר מהגבינה נדבק בהם ואם הוא בלילה שאינו יכול לעיין אותם היטב צריך לרחצם וצריך לקנח פיו ולהדיחו והקינוח הוא שילעוס פת ויקנח בו פיו יפה וכן בכל דבר שירצה חוץ מקימחא ותמרי וירקא לפי שהם נדבקים בחניכין (פי׳ מקום למעלה מבית הבליעה קרוב לשינים) ואין מקנחים יפה ואחר כך ידיח פיו במים או ביין במה דברים אמורים בבשר בהמה וחיה אבל אם בא לאכול בשר עוף אחר גבינה אינו צריך לא קינוח ולא נטילה
(Choul’han Aroukh — שו״ע יו״ד פ״ט:ב)
Traduction — celui qui a mangé du fromage peut manger de la viande après lui immédiatement, à condition d’examiner ses mains pour qu’il n’y reste rien de collé du fromage ; et s’il fait nuit et qu’il ne peut les examiner correctement, il doit les laver. Il doit aussi faire le kinou’ah de sa bouche et la rincer. Le kinou’ah consiste à mâcher du pain et à s’en essuyer soigneusement la bouche — et de même avec tout ce qu’il voudra, hormis la farine, les dattes et les légumes, qui collent aux gencives et n’essuient pas correctement ; après quoi il rincera sa bouche à l’eau ou au vin. Tout cela vaut pour la viande de bête domestique ou sauvage ; mais s’il vient manger de la volaille après du fromage, il n’a besoin ni de kinou’ah ni de nétilat yadayim.
Le Chakh (ס״ק י״ב), sur le lemme
« חוץ מקימחא » :
« כ״כ הטור ומשמע דבכל קימחא לא הוי קינוח » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ב — Chakh) — ainsi a écrit le Tour, et il en ressort qu’aucune farine ne vaut kinou’ah ; et de même
« ועוד דבש״ס ר״פ כ״ה (דף ק״ה ע״א) משמע להדיא דבכל קימחא אסור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ב — Chakh) — le Chass, au début du chapitre Kol ha-bassar (105a), laisse entendre explicitement que toute farine est écartée. Le Chakh en conclut
« והדבר פשוט שט״ס הוא בטור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ב — Chakh) — que la leçon du Tour
« חוץ מקימחא דשערי » (« hormis la farine d’orge ») est une faute d’impression. Autrement dit : pour le Chakh, il n’y a pas à distinguer entre farine de blé et farine d’orge — nulle farine ne fait kinou’ah.
Le Pit’hei Techouva (ס״ק ה, sur le lemme
« שילעוס פת ») rapporte le Peri Toar :
« דהקינוח הוא שיבלע דוקא לא שלועס ופולט » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ה — Pit’hei Techouva, au nom du Peri Toar) — le kinou’ah suppose qu’il avale, et non qu’il mâche et recrache. Et le Pit’hei Techouva ajoute :
« ומיהו לכתחלה בלא״ה צריך לבלוע ואסור לפלוט משום הפסד אוכלין » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ה — Pit’hei Techouva) — de toute façon, il faut de prime abord avaler, et il est interdit de recracher, à cause du gaspillage de nourriture (voir Ora’h ’Haïm ס״י קע״ב).
Le Pit’hei Techouva (ס״ק ו, sur le lemme
« ותמרי וירקי ») rapporte la Knesset ha-Guedola, dans ses gloses sur le Tour :
« די״א שאר פירות נמי לא » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ו — Pit’hei Techouva) — certains disent que les autres fruits non plus ne conviennent pas ; mais il conclut
« דבשאר פירות הוי קינוח » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ו — Pit’hei Techouva) — que les autres fruits font bien kinou’ah. Seuls sont donc écartés la farine, les dattes et les légumes.
Le Chakh (ס״ק ט), sur le lemme
« ובלבד שיעיין ידיו » : Rabbenou Yerou’ham a écrit que, la nuit aussi, s’il dispose d’une belle lampe, il n’a pas besoin de nétila — et le Chakh précise
« ונראה דדוקא נקט נר יפה אבל בסתם נר צריך נטילה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ט — Chakh) : c’est bien d’une belle lampe qu’il parle ; avec une lampe ordinaire, la nétila s’impose. Il ajoute que le Tour, au nom du Raf, exigeait le lavage même de jour —
« לפי שלפעמים הגבינה שמינה ונדבקת בלחלוחית הידים » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ט — Chakh, au nom du Tour et du Raf), « parce qu’il arrive que le fromage soit gras et adhère à l’humidité des mains » — et tel est l’avis des A’haronim. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ד) y joint le Peri ’Hadach et conclut
« דנכון להחמיר בדבר שאין בו טורח » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ד — Pit’hei Techouva, au nom du Peri Megadim) — qu’il est juste d’être rigoureux là où cela ne coûte aucune peine.
8. Viande après fromage — l’asymétrie, le fromage dur et le Zohar
La racine de l’asymétrie : pourquoi faut-il six heures après la viande, alors qu’après le fromage c’est permis immédiatement ? La réponse tient aux deux ta’amim : le fromage ne rend pas une graisse dont le goût se prolonge longtemps, et il ne se loge pas entre les dents comme la viande. Après le fromage, kinou’ah, hadaha et examen des mains suffisent donc. Mais le fromage dur, lui, prolonge son goût — et son din devient celui de la viande.
La langue du Rama (séif ב)
הגה: ויש מחמירין אפילו בבשר אחר גבינה (מרדכי בשם מהר״ם וב״י בא״ח סי׳ קע״ג) וכן נוהגין שכל שהגבינה קשה אין אוכלין אחריה אפילו בשר עוף כמו בגבינה אחר בשר (וכן הוא בזוהר) ויש מקילין ואין למחות רק שיעשו קנוח והדחה ונטילת ידים מיהו טוב להחמיר
(Rama — רמ״א יו״ד פ״ט:ב)
Traduction — certains sont rigoureux même pour la viande après le fromage (Mordekhi au nom du Maharam, et Beit Yossef dans Ora’h ’Haïm ס״י קע״ג). Et tel est l’usage : dès lors que le fromage est dur, on ne mange après lui même pas de la volaille, comme pour le fromage après la viande (et il en est ainsi dans le Zohar). Certains allègent, et il n’y a pas lieu de protester, pourvu qu’ils fassent kinou’ah, hadaha et nétilat yadayim ; toutefois il est bon d’être rigoureux.
Le Chakh (ס״ק ט״ו), sur le lemme
« שכל שהגבינה קשה » :
« ומן הסתם אם היא ישנה ו׳ חדשים חשיבה קשה והכי איתא בת״ח שם די״ב » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ט״ו — Chakh) — en règle générale, si le fromage a six mois, il est réputé dur ; ainsi est-il écrit dans le Torat ’Hatat. Voilà donc la mesure du « dur » : un fromage vieux de six mois.
Le Chakh (ס״ק ט״ז), sur le lemme
« אין אוכלין כו », rapporte le Sefer Metsaref la-’Hokhma :
« דלפי מה שנתבאר בסעיף ח׳ דאחר אכילת בשר נוהגין להמתין שעה א׳ א״כ אפשר דגם הזוהר מודה שלא אסר רק בסעודה חדא ובשעתא חדא » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ט״ז — Chakh, au nom du Metsaref la-’Hokhma) — puisqu’on a l’usage, après avoir mangé de la viande, d’attendre une heure, il se peut que le Zohar lui-même ne prohibe que dans un seul et même repas et une seule et même heure. Et le Chakh ajoute :
« ולישנא דהזוהר פרשת משפטי׳ הכי משמע » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ט״ז — Chakh) — la langue du Zohar, parachat Michpatim, va bien en ce sens.
9. La plougta du Chakh et du Taz — viande après fromage dur et fromage véreux
C’est ici le point de ma’hloket notable du siman entre le Chakh et le Taz, sur la rigueur de la viande après le fromage. Présentons d’abord la langue de l’un et de l’autre, puis l’analyse.
La langue du Chakh (ס״ק י״ז)
ומהרש״ל שם קרא תגר על המחמירים שהוא כמו מינות ואמר דוקא מהר״מ שבא מכשול לידו פעם א׳ החמיר אבל מי שלא בא לידו תקלה לא יכול להחמיר ע״ש שאין דבריו מוכרחים ואדרבה בדברי מהר״מ שם משמע איפכא
(Chakh — ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ז, sur le lemme « מיהו טוב להחמיר »)
Traduction — le Maharchal s’est élevé contre ceux qui sont rigoureux, disant que c’est « שהוא כמו מינות » — « comme une forme d’hérésie » — et que seul le Maharam, à qui un trébuchement était arrivé une fois, s’est montré rigoureux, tandis que celui à qui nul accident n’est arrivé ne saurait l’être. Mais le Chakh rétorque « שאין דבריו מוכרחים ואדרבה בדברי מהר״מ שם משמע איפכא » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ז — Chakh) : ses propos ne s’imposent pas, et au contraire les termes mêmes du Maharam impliquent le contraire.
Le Chakh prend donc parti pour la rigueur de la viande après le fromage (dur), contre l’allègement du Maharchal.
La langue du Taz (ס״ק ד)
פי׳ להמתין שש שעות. ושיעור גבינה קשה שזכר רמ״א היינו שעברו עליה ו׳ חדשים או שהיא מתולעת… אבל נלע״ד דדוקא בגבינה מותלעת יש להחמיר כן והוא מדינא מטעם שזכרנו. אבל בגבינה ישינה ואינה מותלעת… אין להחמיר בזה יותר מקינוח וניקור שינים והדחת פה וידים כי אם מי שנוהג בתוספת פרישות וזהירות.
(Taz — ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ד, sur le lemme « ויש מחמירין אפי׳ בבשר אחר גבינה »)
Traduction — « Entendre : attendre six heures. Et la mesure du fromage dur dont a parlé le Rama, c’est qu’il ait passé six mois ou qu’il soit véreux… Mais il me semble que c’est précisément pour le fromage véreux qu’il y a lieu d’être rigoureux ainsi, et cela relève du din même, pour la raison que nous avons dite… Tandis que pour un fromage vieux et non véreux… il n’y a pas lieu d’être rigoureux au-delà du kinou’ah, du curage des dents et du rinçage de la bouche et des mains — sauf pour celui qui se conduit avec un surcroît d’abstinence et de vigilance. »
La raison que le Taz invoque pour le fromage véreux est donnée dans sa propre note : « שטעם שלה נמשך בפה זמן רב » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ד — Taz) — son goût se prolonge longtemps dans la bouche, c’est-à-dire qu’il relève du ta’am de la graisse.
La ’hakira précise : quel fromage impose une attente après lui ?
Le Rama :
« שכל שהגבינה קשה » (רמ״א יו״ד פ״ט:ב — Rama, séif ב) — « tout fromage qui est dur » ; et le Chakh (ס״ק ט״ו) l’entend d’un fromage vieux de six mois.
Le Taz (ס״ק ד) : restreint la chose, quant au din lui-même, au seul fromage véreux, dont le goût est piquant et se prolonge ; tandis que pour un fromage simplement vieux, kinou’ah, curage et rinçage suffisent — « sauf pour celui qui se conduit avec un surcroît d’abstinence ».
Où cela mène : il se trouve donc que le Chakh est rigoureux selon le sens simple du Rama (tout fromage dur, soit vieux de six mois), tandis que le Taz allège quant au din et restreint au fromage véreux. C’est une ma’hloket véritable, tirée des textes eux-mêmes : le Chakh (ס״ק י״ז) écarte l’allègement du Maharchal et tient la rigueur, le Taz (ס״ק ד) ramène l’essentiel du din au seul fromage véreux. Pour la pratique — demandez à votre Rav.
אכל תבשיל של בשר מותר לאכול אחריו תבשיל של גבינה והנטילה ביניהם אינה אלא רשות (ויש מצריכים נטילה) (שערים והגהות ש״ד) אבל אם בא לאכול הגבינה עצמה אחר תבשיל של בשר או הבשר עצמו אחר תבשיל של גבינה חובה ליטול ידיו
הגה: ושומן של בשר דינו כבשר עצמו (רשב״א סימן ש״י ומרדכי והגהת ש״ד) ונהגו עכשיו להחמיר שלא לאכול גבינה אחר תבשיל בשר כמו אחר בשר עצמו ואין לשנות ולפרוץ גדר (ארוך וב״י) מיהו אם אין בשר בתבשיל רק שנתבשל בקדירה של בשר מותר לאכול אחריו גבינה (שם) ואין בו מנהג להחמיר וכן נוהגין לאכול בשר אחר תבשיל שיש בו גבינה או חלב מיהו יש ליטול ידיו ביניהם ואפי׳ לא יאכל בשר ממש רק תבשיל של בשר אחר תבשיל של גבינה אם נגע בהן בידיו (בשערים והג״ה שערי דורא) שמש המשמש בסעודה ונוגע באוכלין אינו צריך נטילה דלא הצריכו נטילה רק לאוכלים
(Choul’han Aroukh et Rama — שו״ע ורמ״א יו״ד פ״ט:ג)
Traduction — Le Me’haber : celui qui a mangé un plat de viande peut manger après lui un plat de fromage, et la nétila entre les deux n’est qu’une faculté (certains l’exigent) ; mais s’il vient à manger le fromage lui-même après un plat de viande, ou la viande elle-même après un plat de fromage, la nétila est obligatoire. Le Rama : la graisse de la viande a le din de la viande elle-même (Rachba, Mordekhi, Haghot Chaarei Doura) ; et l’usage est désormais d’être rigoureux et de ne pas manger de fromage après un plat de viande, comme après la viande elle-même, et il ne faut ni y changer ni ouvrir une brèche (Aroukh et Beit Yossef). Toutefois, si le plat ne contient pas de viande mais a seulement été cuit dans une marmite de viande, il est permis de manger du fromage après lui, et il n’y a là aucun usage de rigueur. De même a-t-on l’usage de manger de la viande après un plat contenant du fromage ou du lait — mais il faut se laver les mains entre les deux, et même s’il ne mange pas de viande proprement dite mais un plat de viande après un plat de fromage, s’il les a touchés de ses mains. Le serveur qui sert au repas et touche aux aliments n’a pas besoin de nétila, car on n’a imposé la nétila qu’à ceux qui mangent (Beit Yossef au nom de Rachi).
Le Chakh (ס״ק י״ט) explique le heter du
« מיהו אם אין בשר בתבשיל רק שנתבשל בקדירה של בשר מותר לאכול אחריו גבינה » (רמ״א יו״ד פ״ט:ג — Rama, séif ג) :
« לקמן ריש סי׳ צ״ה יתבאר דאפי׳ לאכלו עם גבינה מותר דהוי נ״ט בר נ״ט » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ט — Chakh) — au début du siman צ״ה il sera expliqué qu’il est même permis de le manger avec du fromage, puisque c’est un noten ta’am bar noten ta’am. Et le Chakh en déduit que ce que le Rama nous enseigne ici vaut
« אפילו נתבשל בקדרה שלא הודחה יפה דהוי קצת ממשות של איסור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ט — Chakh) — même si le plat a été cuit dans une marmite mal rincée, où subsiste un peu de substance interdite : manger cela avec du fromage serait défendu, mais le manger avant le fromage est permis. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ז) y joint :
« ולפ״ז פשיטא דתבשיל שהושם בו מעט שומן מותר לאכול אחריו גבינה אף אם לא היה ס׳ נגד השומן » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ז — Pit’hei Techouva) — un plat dans lequel on a mis un peu de graisse est permis même s’il n’y a pas soixante contre elle ; et il rapporte un contradicteur, le Beit Le’hem Yehouda :
« אבל אם נותן הממשות טעם בתבשיל הוי כמו שומן » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ז — Pit’hei Techouva, au nom du Beit Le’hem Yehouda) — si la substance donne du goût au plat, c’est comme de la graisse.
Le Chakh (ס״ק י״ח), sur le lemme
« ושומן של בשר וכו » :
« ואפילו שומן של עוף דינו כשומן ממש כ״כ בת״ח שם ד״ד בשם המרדכי והגהת ש״ד » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ח — Chakh) — même la graisse de volaille a le din de la graisse proprement dite. Le Taz (ס״ק ה) y joint
« דאפי׳ בשומן אווז יש להחמיר כן » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ה — Taz, au nom du Torat ’Hatat et des Haghot Chaarei Doura) — qu’il y a lieu d’être rigoureux même pour la graisse d’oie ; et il rapporte la distinction de Rabbenou Yona :
« ורבי׳ יונה פ׳ אלו הדברים כתב דיש לו דין תבשיל של בשר הואיל והוא צלול אבל אם הוא עב כמו ירקות יש לו דין בשר » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ה — Taz, au nom de Rabbenou Yona) — un bouillon clair a le din d’un plat de viande, mais s’il est épais comme des légumes, il a le din de la viande elle-même.
Le Chakh (ס״ק כ), sur le lemme
« מיהו יש ליטול ידיו ביניהם » (pour la viande après un plat de fromage) :
« אף ביום לכ״ע דיותר נדבק בידים מגבינה עצמה כן הסכימו הפוסקים » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ — Chakh) — de jour aussi, de l’avis de tous, car cela adhère aux mains plus que le fromage lui-même ; ainsi en ont convenu les poskim.
Le Chakh (ס״ק כ״א), sur le lemme
« שמש המשמש כו » : le Beit Yossef a écrit au nom de Rachi (chapitre Kol ha-bassar, 107b) que le serveur qui touche aux aliments n’a pas besoin de nétila ; mais le Chakh objecte :
« ובאמת לא דקדקו כלל דרש״י לא איירי התם אלא לענין נ״י הראשונים לאכילה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״א — Chakh) — on n’y a pas regardé d’assez près : Rachi ne parle là que des premières eaux, celles qui précèdent le repas. Mais pour les eaux intermédiaires, entre un plat et le fromage, dont la raison est que cela adhère aux mains,
« פשיטא דאין חילוק בין אוכל לנוגע » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״א — Chakh) — il est évident qu’il n’y a pas de différence entre celui qui mange et celui qui touche.
11. La table, la nappe et le couteau — le plantage en terre et l’usage des deux couteaux (séif ד)
מי שאכל גבינה ורוצה לאכול בשר צריך לבער מעל השלחן שיורי פת שאכלו עם הגבינה ואסור לאכול גבינה על מפה שאכלו בה בשר (וכן להפך אסור) (כן משמע בארוך) וכל שכן שאסור לחתוך גבינה אפי׳ צוננת בסכין שרגילין לחתוך בשר ולא עוד אלא אפילו הפת שאוכלים עם הגבינה אסור לחתוך בסכין שחותכין בה בשר
הגה: וכן להפך נמי אסור מיהו על ידי נעיצה בקרקע קשה שרי (ב״י בשם א״ח וכל בו) אבל כבר נהגו כל ישראל להיות להם שני סכינים ולרשום אחד מהם שיהא לו היכר ונהגו לרשום של חלב ואין לשנות מנהג של ישראל
(Choul’han Aroukh et Rama — שו״ע ורמ״א יו״ד פ״ט:ד)
Traduction — Le Me’haber : celui qui a mangé du fromage et veut manger de la viande doit débarrasser de la table les restes de pain mangés avec le fromage ; et il est interdit de manger du fromage sur une nappe sur laquelle on a mangé de la viande (et inversement, c’est interdit aussi) ; et à plus forte raison est-il interdit de couper du fromage, fût-il froid, avec un couteau dont on a l’habitude de couper de la viande ; et bien plus, même le pain que l’on mange avec le fromage, il est interdit de le couper avec un couteau qui sert à couper de la viande. Le Rama : et l’inverse est interdit de même ; toutefois, en plantant le couteau dans une terre dure, c’est permis (Beit Yossef au nom du Or’hot ’Haïm et du Kol Bo). Mais tout Israël a déjà pris l’usage d’avoir deux couteaux et d’en marquer un pour qu’il ait un signe distinctif ; et l’usage est de marquer celui du laitage — et l’on ne change pas un usage d’Israël.
Le Chakh (ס״ק כ״ב) s’étend sur le din du plantage :
« משמע דאם נעצו בקרקע קשה מותר לכתחלה לחתוך בו פת לאכול עם גבינה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״ב — Chakh) — il en ressort que s’il l’a planté dans une terre dure, il est permis de prime abord d’y couper du pain à manger avec du fromage ; ainsi ressort-il du Or’hot ’Haïm et du Kol Bo. Le Maharchal (chapitre Kol ha-bassar, ס״י ח׳) l’interdit :
« דלא התירו נעיצה אלא אם אירע במקרה שחתכו בסכין בשר או איפכא שצריך נעיצה להכשירו מן האיסור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״ב — Chakh, au nom du Maharchal) — on n’a permis le plantage que lorsqu’il est arrivé par accident qu’on ait coupé avec un couteau carné (ou l’inverse), de sorte qu’il faille le plantage pour le rendre kacher de son interdit. Et le Chakh objecte : or nous tenons que celui qui a coupé un navet avec un couteau carné peut ensuite y couper même un radis pour le manger avec du koutah (fin du siman צ״ו) —
« והא ודאי דנעיצה עדיף טפי מחתיכת לפת » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״ב — Chakh), et il est certain que le plantage vaut mieux encore que la coupe d’un navet.
’Hakira sur le din du plantage : qu’opère au juste le plantage en terre ?
Côté א (le Chakh) : le plantage nettoie le couteau et en ôte le goût qui y adhère ; il vaut donc même de prime abord — a fortiori par rapport à la coupe d’un navet, qui ne fait qu’annuler le goût.
Côté ב (le Maharchal) : le plantage ne fait que rendre permis après coup un couteau qu’un accident a rendu interdit ; ce n’est pas une permission donnée d’avance de mêler les deux services.
Et le Chakh conclut :
« וכל זה מדינא אבל כבר נהגו כל ישראל להיות להם ב׳ סכינים » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״ב — Chakh) — tout cela relève du din ; mais tout Israël a déjà pris l’usage d’avoir deux couteaux, comme l’écrit le Rama dans sa hagaha —
« ובשעת הדחק שאין לו סכין אחר מוקמינן לה אדינא » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק כ״ב — Chakh) : et dans une situation de nécessité, lorsqu’il n’a pas d’autre couteau, on s’en tient au din.
Le Taz (ס״ק ו–ז) distingue : le din du plantage porte sur le fait de couper du fromage avec un couteau carné ; mais pour couper du pain à manger avec du fromage,
« לא צריך רק קינוח הסכין » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ו — Taz) — il ne faut qu’essuyer le couteau ; et il ajoute
« ולדידן א״צ לזה שהרי מבואר בסי׳ צ״ו דדוקא בדבר חריף אמרינן דבולע משום דוחקא דסכין » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ו — Taz) — pour nous, même cette raison de noten ta’am bar noten ta’am n’est pas nécessaire, puisqu’il est expliqué au siman צ״ו que ce n’est que pour un aliment piquant qu’on dit qu’il absorbe, à cause de la pression du couteau. Et quant à l’usage des deux couteaux —
« אסור לחתוך גבינה בסכין של בשר אפי׳ ע״י נעיצה » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ז — Taz) : il est interdit de couper du fromage avec un couteau carné même par le plantage ; mais pour couper du pain, l’essuyage suffit.
Le Pit’hei Techouva (ס״ק ח, sur le lemme
« על מפה ») rapporte le Radbaz (ח״ב ס״י תשכ״א) :
« שאין דברי הרב אלא כשהיו מניחין הבשר והגבינה על המפה » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ח — Pit’hei Techouva, au nom du Radbaz) — les propos du Rama ne valent que là où l’on posait la viande et le fromage à même la nappe ;
« אבל מנהגינו להביא כל מאכל על השלחן בקערות » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ח — Pit’hei Techouva) — mais notre usage est d’apporter tout mets à table dans des écuelles ; dès lors
« הלכך אפי׳ לצאת ידי חומרת הרשב״א ז״ל בהפוך המפה לחוד ובהסרת הפתיתין סגי וכן נהגו » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ח — Pit’hei Techouva, au nom du Radbaz) — même pour satisfaire à la rigueur du Rachba, il suffit de retourner la nappe et d’en ôter les miettes ; et tel est l’usage.
12. ’Hakira et nafka minot pratiques · tableaux de synthèse
La ’hakira de fond du siman : quelle est la nature de l’attente après la viande ?
Côté א — un écart de temps (le ta’am de la graisse) : l’attente est la durée au terme de laquelle le goût de la viande s’est dissipé dans la bouche ; la mesure en est six heures (Rif / Rambam), d’un repas à l’autre.
Côté ב — la sortie hors de la viande (entre les dents / autre repas) : la mesure n’est pas un temps mais un état : qu’il y ait « un autre repas » (desservir et bénir — Tossafot), et qu’il ne reste pas de viande entre les dents (Rambam).
De là la décision
« וטוב לאחוז כחומרי שני הטעמים » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh, au nom du Tour) — tenir les rigueurs des deux ta’amim ; et le Rama a scellé
« וכן נכון לעשות » (רמ״א יו״ד פ״ט:א — Rama, séif א) pour les six heures.
Nafka minot de la ’hakira (toutes ancrées dans les textes du siman) :
Celui qui mâche pour un enfant — pour le ta’am de la graisse il n’a pas à attendre ; pour le ta’am de l’entre-dents il le doit (Chakh ס״ק ב ; Taz ס״ק א). Et pour la pratique — tenir les deux ta’amim.
Celui qui mâche pour un enfant un plat contenant de la graisse — pour tous les ta’amim il en serait dispensé, et pourtant le Peri Megadim est rigoureux au titre du lo plog (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק א — Pit’hei Techouva).
De la viande entre les dents après la durée d’attente — pour le ta’am de la graisse elle est déjà digérée, mais pour le ta’am de l’entre-dents il faut l’ôter même après six heures (Me’haber séif א ; Chakh ס״ק ז).
Le fromage dur — pour le ta’am de la graisse, c’est-à-dire du goût qui se prolonge, le fromage dur est comme de la viande ; le Taz restreint au fromage véreux (ס״ק ד).
Tableau pratique — les mesures d’attente et de nettoyage
Situation
Mesure
Kinou’ah / hadaha / nétila
Viande (même volaille) → fromage — chita du Me’haber
six heures ; et retrait de la viande d’entre les dents même après la durée
retrait si l’on en trouve
Viande → fromage — l’usage rapporté par le Rama
une heure et aussi le birkat ha-mazon
s’il n’a pas trouvé de viande entre ses dents —
« דהמנהג בהמתנת שעה סגי אפי׳ בלא קינוח והדחה » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ז — Chakh)
Viande → fromage — le yech omrim (immédiatement)
immédiatement s’il a desservi et béni
kinou’ah et hadaha en toute hypothèse
Fromage (tendre) → viande
immédiatement
kinou’ah, hadaha, examen ou lavage des mains
Fromage dur → viande
comme le fromage après la viande (attendre) ; pour le Taz, quant au din, le fromage véreux seulement
—
Autres nafka minot tirées des textes
Sujet
Ce que disent les poskim (pour l’étude seulement)
Heures saisonnières ou heures ordinaires ?
Ce ne sont pas des heures saisonnières, comme l’avis de la Knesset ha-Guedola, auquel se rangent le Kereti ou-Feleti, le Peri Megadim et le ’Hokhmat Adam —
« וכן המנהג » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ג — Pit’hei Techouva).
Le malade qui boit du petit-lait comme remède
« דחולה השותה מימי חלב לרפואתו אפילו הוא רק חולה קצת א״צ להמתין אחר אכילת בשר יותר משעה ואחר שכבר בירך ברהמ״ז ישתה וירוח לו » (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ג — ’Hatam Sofer ס״י ע״ג) — même s’il n’est que légèrement malade, il n’a pas à attendre plus d’une heure après la viande, et il boira une fois le birkat ha-mazon récité.
Le kinou’ah — avaler ou recracher ?
Le kinou’ah suppose d’avaler, et il est interdit de recracher à cause du gaspillage de nourriture (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ה — Peri Toar).
Le kinou’ah avec des fruits (hors farine, dattes et légumes)
Les autres fruits font kinou’ah (פת״ש יו״ד פ״ט ס״ק ו — Knesset ha-Guedola sur le Tour).
Le yessod, en bref :
tout le siman tourne autour des deux ta’amim — celui du goût que la viande prolonge, et celui de la viande restée entre les dents. Il en découle : • l’attente après la viande (six heures / une heure + berakha / immédiatement + dessertissement) — asymétrique de ce qui vaut après le fromage. • le retrait de la viande d’entre les dents même après la durée d’attente. • la rigueur du fromage dur (et la restriction du Taz au fromage véreux). • kinou’ah, hadaha et nétila, ainsi que la séparation de la table, de la nappe et des couteaux.
l’Atérèt Zekenim — il fond les deux ta’amim, et
« ודבריו תמוהין » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ב — Chakh)
Sans birkat ha-mazon, l’heure sert-elle ?
non ;
« אם לא סילק ובירך אפי׳ כל היום כולו אסור » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק ה — Chakh)
« דאל״כ אפילו המתין כל היום אסור » (ט״ז יו״ד פ״ט ס״ק ב — Taz)
le Maharchal — même avis, rapporté par l’un et l’autre
Viande après un fromage dur
rigoureux ; il écarte l’allègement du Maharchal, qualifié de
« שהוא כמו מינות » (ש״ך יו״ד פ״ט ס״ק י״ז — Chakh)
quant au din, le fromage véreux seulement ; un fromage simplement vieux — kinou’ah, curage et rinçage suffisent (ס״ק ד)
le Maharchal — allège entièrement
Le plantage du couteau, de prime abord
il vaut de prime abord pour couper du pain à manger avec du fromage (ס״ק כ״ב)
selon l’usage — interdit pour le fromage même par plantage ; pour le pain, l’essuyage suffit (ס״ק ו–ז)
le Maharchal — interdit le plantage de prime abord
Tableau — les sources de la sougya
Guemara : Houlin 105a (Mar Oukva — la mesure de l’attente) · chapitre Kol ha-bassar (« פכ״ה »)
Richonim : Rachi · le Ran (chapitre Kol ha-bassar) · Tossafot · Rabbenou Tam · le Raavia · le Mordekhi · les Haghot Acheri · les Haghot Maïmoniyot · le Rif · le Rambam · Rabbenou Yerou’ham · le Raf · Rabbenou Yona · le Tour · le Zohar (parachat Michpatim)
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · Rav Yossef Haim Samama
Talmid ’hakham · donne des chiourim en halakha et en ’hassidout Pilpoul et étude des lois de l’attente entre la viande et le lait · siman פ״ט · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seulement. Pour toute décision pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demandez à votre Rav.