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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 98 — Un interdit mêlé à du permis et son annulation (ביטול בששים)

Le fondement du ביטול בששים : מין במינו / מין בשאינו מינו, le goût du non-juif (קפילא) et son abandon, comment évaluer les soixante, l'ustensile qui ne devient pas נבילה, les soixante-et-un pour l'œuf, les cinquante-neuf pour le כחל, et les interdits qui ne s'annulent jamais (חמץ בפסח, יין נסך, ce qui donne le goût) — Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 98 — 9 seifim
יורה דעה · סימן צ״ח
דין איסור שנתערב בהיתר ואופן ביטולו
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 98 : les 9 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Que fait-on lorsqu'un interdit (חֵלֶב, lait, sang…) se mêle à du permis ? Le rôle du goût d'un non-juif (טעימת קפילא), du נותן טעם לפגם, de la distinction מין במינו / מין בשאינו מינו, de l'annulation par soixante (ביטול בששים), des soixante contre tout l'interdit, de l'ustensile qui ne devient pas נבילה, des soixante-et-un de l'œuf, des cinquante-neuf du כחל et de ce qui ne s'annule jamais.

Sujet : Un interdit mêlé à du permis — annulation, soixante, מין במינו, 61, 59, ce qui ne s'annule jamais
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן צ״ח

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Mehaber : les 9 seifim, par groupes thématiques
2. Contexte : pourquoi ce siman est le fondement du ביטול בששים
3. Les concepts-clés : קפילא, ששים, מין במינו, נ״ט לפגם, חנ״נ des כלים…
4. Le ביטול : le tableau des mesures (60, 61, 59, ce qui ne s'annule pas)
5. Le Shach et le Taz : qui ils sont, quelques entrées-clés
6. La glose du Rama (הגה)
7. 60 contre tout l'interdit : pourquoi, et le retrait obligatoire
8. Cas pratiques modernes : louche interdite, marmite, ce qui donne le goût
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 9 seifim

Le Siman 98 est LE siman fondateur du ביטול בששים (l'annulation d'un interdit dans soixante fois son volume). Après les simanim qui ont traité tel ou tel interdit (graisse, sang, viande-lait), le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) pose ici la règle générale : que fait-on lorsqu'un interdit s'est mêlé à du permis ? Tout dépend du genre (מין במינו, même genre, ou מין בשאינו מינו, genre différent), de la perception du goût (un non-juif goûte, ou l'on évalue à soixante), et de la mesure (combien de permis face à l'interdit ?). Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute ses gloses (הגה) pour l'usage — notamment qu'on ne se fie plus au goût d'un non-juif et qu'on évalue désormais tout à soixante. Découvrons les seifim par groupes.

Groupe A — Le goût, le genre, le « répandu » (seifim 1-3)

Seif 1 — מין בשאינו מינו / מין במינו ; le goût du non-juif (קפילא)

אִסּוּר שֶׁנִּתְעָרֵב בְּהֶיתֵּר מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ, כְּגוֹן חֵלֶב שֶׁנִּתְעָרֵב בְּבָשָׂר — יִטְעֲמֶנּוּ עוֹבֵד כּוֹכָבִים; אִם אוֹמֵר שֶׁאֵין בּוֹ טַעַם חֵלֶב, אוֹ שֶׁאוֹמֵר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ טַעַם אֶלָּא שֶׁהוּא פָּגוּם — מֻתָּר, וְהוּא שֶׁלֹּא יְהֵא סוֹפוֹ לְהַשְׁבִּיחַ, וְצָרִיךְ שֶׁלֹּא יֵדַע שֶׁסּוֹמְכִין עָלָיו. וְאִם אֵין שָׁם עוֹבֵד כּוֹכָבִים לְטָעֳמוֹ — מְשַׁעֲרִין בְּשִׁשִּׁים. וְכֵן אִם הוּא מִין בְּמִינוֹ, כֵּיוָן דְּלֵיכָּא לְמֵיקַם אַטַּעְמָא — מְשַׁעֲרִים בְּשִׁשִּׁים. (וְאֵין נוֹהֲגִים עַכְשָׁו לִסְמוֹךְ אַעוֹבֵד כּוֹכָבִים, וּמְשַׁעֲרִינַן הַכֹּל בְּשִׁשִּׁים.)
Un interdit mêlé à du permis, d'un genre différent (מין בשאינו מינו) — par exemple de la graisse interdite (חֵלֶב) mêlée à de la viande : un non-juif le goûte ; s'il dit qu'il n'y a pas de goût de graisse, ou qu'il y a un goût mais dégradé (פָּגוּם) → c'est permis — à condition que ce ne soit pas appelé à s'améliorer ensuite (סופו להשביח), et que le non-juif ne sache pas qu'on se fie à lui. S'il n'y a pas de non-juif pour goûter → on évalue à soixante. De même si c'est מין במינו (même genre) : comme il n'y a pas moyen de juger au goût (ליכא למיקם אטעמא) → on évalue à soixante. Glose du Rama : aujourd'hui on n'a plus l'usage de se fier au non-juif, et l'on évalue tout à soixante.
L'idée centrale : deux outils pour savoir si l'interdit est annulé. (a) Le goût : un non-juif goûte — pas de goût, ou goût dégradé, c'est permis (sauf si l'interdit donnera un bon goût « ensuite »). (b) La mesure : faute de pouvoir goûter — soit qu'il n'y ait pas de non-juif, soit que ce soit même genre (où le goût de l'interdit se confond avec celui du permis) — on évalue à soixante. Et le Rama tranche que, de nos jours, on ne goûte plus par un non-juif : on s'en remet toujours aux soixante.

Seif 2 — Répandu (נשפך) ; majorité de permis ; le שם vs le טעם

אִם נִתְעָרֵב מִין בְּמִינוֹ וְנִשְׁפַּךְ בְּעִנְיָן שֶׁאֵין יְכוֹלִין לַעֲמוֹד עָלָיו לְשַׁעֲרוֹ : אִם נוֹדַע שֶׁהָיָה רוּבּוֹ הֶיתֵּר — מֻתָּר, וְאִם לֹא נוֹדַע שֶׁהָיָה רוּבּוֹ הֶיתֵּר — אָסוּר. (הגה: וּלְעִנְיַן מִין בְּמִינוֹ אָזְלִינַן בָּתַר שְׁמָא, אִם הוּא שָׁוֶה הָוֵי מִין בְּמִינוֹ, אֲבָל לֹא אָזְלִינַן בָּתַר טַעֲמָא אִם הוּא שָׁוֶה אוֹ לֹא.) אֲבָל אִם נִתְעָרֵב בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ וְנִשְׁפַּךְ בְּעִנְיָן שֶׁאֵין יְכוֹלִין לַעֲמוֹד עָלָיו לְשַׁעֲרוֹ — אֲפִלּוּ נוֹדַע שֶׁהָיָה רוּבּוֹ הֶיתֵּר אָסוּר. וְאִם נִתְעָרֵב בְּמִינוֹ וּבְשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ וְנִשְׁפַּךְ בְּעִנְיָן שֶׁאֵין יְכוֹלִין לַעֲמוֹד עָלָיו לְשַׁעֲרוֹ, וְנוֹדַע שֶׁהָיָה רוּבּוֹ הֶיתֵּר מִמִּינוֹ — רוֹאִין אֶת שֶׁאֵינוֹ מִינוֹ כְּאִלּוּ אֵינוֹ, וְהַשְּׁאָר מִינוֹ רַבֶּה עָלָיו וּמְבַטְּלוֹ.
Si מין במינו (même genre) s'est répandu (נשפך) de sorte qu'on ne peut plus l'évaluer : si l'on sait que le permis était majoritaire (רובו היתר)permis ; sinon → interdit. Glose du Rama : pour le מין במינו, on suit le nom (שֵׁם) — si le nom est identique, c'est מין במינו —, on ne suit pas le goût (טַעַם) (qu'il soit semblable ou non). Mais מין בשאינו מינו (genre différent) répandumême si l'on sait que le permis était majoritaire, c'est interdit (car le goût d'un genre différent se ressent — interdit de la Torah). Et si l'interdit s'est mêlé à son genre ET à un autre genre, et répandu, et qu'on sait que le permis de son genre était majoritaire → on écarte le non-genre comme s'il n'existait pas (סלק את שאינו מינו), et le genre majoritaire l'annule.
Le pivot du seif : quand le mélange s'est répandu et qu'on ne peut plus le mesurer, tout dépend du genre. En même genre, comme le goût ne trahit rien, la majorité de permis suffit (on est indulgent). En genre différent, le goût se ressentirait : la majorité ne suffit pas, c'est interdit (on est stringent). Le Rama précise que « même genre » se définit par le nom, non par le goût.

Seif 3 — Devant nous (לפנינו) et non mesurable

בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים בְּשֶׁנִּשְׁפַּךְ; אֲבָל אִסּוּר שֶׁנִּתְעָרֵב בְּהֶיתֵּר וְהוּא לְפָנֵינוּ וְאִי אֶפְשָׁר לַעֲמוֹד עַל שִׁעוּרוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁהוּא מֵאִסּוּרִים שֶׁל דִּבְרֵיהֶם — אָסוּר.
Tout ceci (la permission du « répandu ») n'est dit que quand le mélange s'est répandu (נשפך) ; mais un interdit mêlé au permis qui est devant nous (לפנינו) et qu'il est impossible de mesurer → c'est interdit, même s'il s'agit d'un interdit מדרבנן (la permission accordée au « répandu » ne vaut pas ici).
Pourquoi cette sévérité ? Quand le mélange est encore là, devant nous, le seul empêchement est notre incapacité à le mesurer — ce n'est pas un véritable doute mais un manque de connaissance. On n'applique donc pas l'indulgence du « répandu », et l'interdit reste interdit, même rabbinique. (Le Taz, s.k. 6, appelle cela un ספק הבא ממיעוט הכרה — un « doute » qui ne tient qu'à notre méconnaissance, et qui n'est pas un vrai doute.)

Groupe B — Soixante contre tout l'interdit, ustensiles et חנ״נ (seifim 4-5)

Seif 4 — 60 contre TOUT l'interdit ; marmite et louche ; le retrait obligatoire

אִסּוּר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל עִם הֶיתֵּר, אֲפִלּוּ מַכִּירוֹ וְהוּא שָׁלֵם וּזְרָקוֹ — צָרִיךְ שִׁשִּׁים כְּנֶגֶד כָּל הָאִסּוּר, מִפְּנֵי שֶׁאֵין אָנוּ יוֹדְעִים כַּמָּה יָצָא מִמֶּנּוּ. לְפִיכָךְ הַמְבַשֵּׁל בִּקְדֵרַת אִסּוּר שֶׁהִיא בַּת יוֹמָהּ, אוֹ תּוֹחֵב כַּף שֶׁל אִסּוּר בְּהֶיתֵּר — צָרִיךְ שִׁשִּׁים כְּנֶגֶד כָּל הַקְּדֵרָה וּכְנֶגֶד כָּל מַה שֶּׁתָּחַב מֵהַכַּף, שֶׁאֵין אָנוּ יוֹדְעִין כַּמָּה בָּלְעוּ, בֵּין שֶׁהֵם שֶׁל חֶרֶס אוֹ עֵץ אוֹ מַתֶּכֶת. (הגה: וּבִלְבַד שֶׁבָּלְעוּ עַל יְדֵי רְתִיחַת אֵשׁ, שֶׁאָז הַבְּלִיעָה הוֹלֶכֶת בְּכָל הַכְּלִי; אֲבָל עַל יְדֵי רְתִיחַת מְלִיחָה אֵינוֹ נִבְלָע בַּכְּלִי רַק כְּדֵי קְלִיפָה, וְאֵין צָרִיךְ לְשַׁעֵר רַק כְּדֵי קְלִיפָה (וְעַיֵּן סִימָן ס״ט).) וְיֵשׁ מִי שֶׁמַּחְמִיר בְּכַף שֶׁל מַתֶּכֶת לְהַצְרִיךְ שִׁשִּׁים כְּנֶגֶד כֻּלּוֹ, אֲפִלּוּ לֹא הִכְנִיס אֶלָּא מִקְצָת, מִשּׁוּם דְּחַם מִקְצָתוֹ חַם כֻּלּוֹ. (הגה: וְנוֹהֲגִין כַּסְּבָרָא הָרִאשׁוֹנָה. וְכָל אִסּוּר שֶׁמְּבַטְּלִים בְּשִׁשִּׁים, אִם מַכִּירוֹ צָרִיךְ לַהֲסִירוֹ מִשָּׁם, אַף עַל גַּב שֶׁכְּבָר נִתְבַּטֵּל טַעְמוֹ בְּשִׁשִּׁים; וְלָכֵן אִם נָפַל חָלָב לְתוֹךְ הַתַּבְשִׁיל וְנִתְבַּטֵּל טַעְמוֹ בְּשִׁשִּׁים — צָרִיךְ לִתֵּן שָׁם מַיִם צוֹנְנִים, וְטֶבַע הֶחָלָב לְהַקְפִּיא וְלָצוּף לְמַעְלָה עַל הַמַּיִם, וִיסִירֶנּוּ מִשָּׁם, דְּמֵאַחַר דְּאֶפְשָׁר לַהֲסִירוֹ הָוֵי כְּאִלּוּ מַכִּירוֹ. אִסּוּר שֶׁנִּתְבַּטֵּל בִּקְדֵרָה וְהֵסִירוּהוּ מִשָּׁם וְנָפַל לִקְדֵרָה אַחֶרֶת — צָרִיךְ לַחֲזוֹר וּלְבַטְּלוֹ בְּשִׁשִּׁים נֶגֶד כֻּלּוֹ, וְכֵן לְעוֹלָם; אֲבָל אִם נָפַל לַקְּדֵרָה הָרִאשׁוֹנָה שְׁתֵּי פְּעָמִים — אֵין צָרִיךְ רַק שִׁשִּׁים אַחַת כְּנֶגְדּוֹ (וְעַיֵּן סִימָן צ״ד).)
Un interdit cuit avec du permis, même reconnaissable, entier, qu'on a jeté → il faut soixante contre TOUT l'interdit, car on ne sait pas combien il en est sorti. Donc qui cuit dans une marmite interdite bat yoma (utilisée pour l'interdit dans les dernières 24 h), ou trempe une louche interdite dans du permis → il faut soixante contre toute la marmite / contre toute la partie trempée de la louche, car on ignore combien fut absorbé — que ce soit de la terre cuite (חרס), du bois ou du métal. Glose du Rama : pourvu que l'absorption se soit faite par la chaleur du feu (alors l'absorption gagne tout l'ustensile) ; mais par la salaison (מליחה), l'ustensile n'absorbe que כדי קליפה (l'épaisseur d'une pelure), et l'on n'évalue que כדי קליפה (voir Siman 69). Il y a qui est plus strict pour une louche de métal, exigeant soixante contre tout même si l'on n'en a trempé qu'une partie, par חם מקצתו חם כולו (« chaud en partie = chaud en tout »). Glose du Rama : on suit la première opinion. Et tout interdit qu'on annule par soixante, si on le reconnaît, on doit le retirer de là, même après que son goût a été annulé en soixante ; ainsi si du lait est tombé dans un plat et que son goût a été annulé en soixante, on met de l'eau froide (le lait, par nature, se fige et flotte sur l'eau) et on le retire — puisqu'on peut le retirer, c'est comme s'il était reconnaissable. Un interdit annulé dans une marmite, retiré, puis tombé dans une autre marmite → il faut le ré-annuler en soixante contre tout, et ainsi toujours ; mais tombé deux fois dans la même marmite → un seul soixante suffit (voir Siman 94).
Pourquoi soixante contre tout l'interdit ? Parce qu'on ne sait pas combien il a dégorgé : par prudence, on compte comme s'il avait tout dégorgé. D'où la règle pour les ustensiles : une marmite interdite bat yoma, ou une louche, ont absorbé une quantité inconnue → on évalue contre tout l'ustensile (ou toute la partie trempée). Et attention à la distinction du Rama : par le feu, l'absorption gagne tout l'ustensile ; par la salaison, seulement une pelure. Enfin, l'interdit séparable (lait figé par l'eau froide) doit être retiré même une fois annulé.

Seif 5 — Quantité connue (כמה בלע) ; l'ustensile ne devient pas נבילה ; חרס

אִם יָדוּעַ כַּמָּה הוּא הָאִסּוּר, כְּגוֹן כַּף חֲדָשָׁה אוֹ שֶׁאֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ שֶׁנִּעֵר בָּהּ וּבָלְעָה כְּזַיִת חָלָב, וְאַחַר כָּךְ נִעֵר בָּהּ קְדֵרָה שֶׁל בָּשָׂר — אֵין צָרִיךְ אֶלָּא שִׁשִּׁים לְבַטֵּל הַכְּזַיִת שֶׁבָּלְעָה (וְלֹא אָמְרִינַן גַּבֵּי כְּלִי חֲתִיכָה נַעֲשֵׂית נְבֵילָה, אֲפִלּוּ אִם נִעֵר בּוֹ אִסּוּר). אֲבָל כַּף יְשָׁנָה וּבַת יוֹמָהּ — מְשַׁעֲרִין בְּכֻלָּהּ (דְּכָל מַה שֶּׁבָּלַע נַעֲשָׂה אִסּוּר, וְלֹא יָדְעִינַן כַּמָּה בָּלַע). וְיֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר שֶׁגַּם בָּזוֹ אֵין צָרִיךְ אֶלָּא שִׁשִּׁים לְבַטֵּל הַכְּזַיִת שֶׁבָּלַע. (הגה: וְהַסְּבָרָא הָרִאשׁוֹנָה עִקָּר, כְּמוֹ שֶׁנִּתְבָּאֵר לְעֵיל גַּבֵּי טִיפַּת חָלָב שֶׁנָּפְלָה עַל הַקְּדֵרָה. וְיֵשׁ שֶׁאֵינָן מְחַלְּקִין בֵּין כַּף יָשָׁן לְחָדָשׁ, רַק בֵּין כְּלִי חֶרֶס לִשְׁאָר כֵּלִים, וְאוֹמְרִים דִּבִכְלִי חֶרֶס דְּאִי אֶפְשָׁר לְהַפְרִיד הָאִסּוּר עַל יְדֵי הַגְעָלָה אָמְרִינַן הַכְּלִי נַעֲשָׂה נְבֵילָה, אֲבָל לֹא בִּשְׁאָר כֵּלִים; וְטוֹב לָחוּשׁ לְחֻמְרָא, וְעַיֵּן סִימָן צ״ב.)
Si l'on sait combien est l'interdit — par exemple une louche neuve, ou non bat yoma, avec laquelle on a remué et qui a absorbé un kazayit de lait, puis qu'on a remué une marmite de viande → il suffit de soixante pour annuler le kazayit absorbé. Glose : car on ne dit pas, pour un ustensile, חתיכה נעשית נבילה (« il devient נבילה »), même s'il a servi à remuer de l'interdit. Mais une louche ancienne et bat yoma → on évalue contre tout l'ustensileglose : car tout ce qu'elle a absorbé est devenu interdit et on ignore combien. Il y a qui dit que même là, soixante pour le kazayit suffit. Glose du Rama : la première opinion est l'essentiel, comme expliqué plus haut à propos de la goutte de lait tombée sur la marmite (Siman 92). Certains ne distinguent pas ancien/neuf mais seulement חרס (terre cuite) vs autres ustensiles : le חרס, qu'on ne peut purger par הגעלה, devient נבילה — pas les autres. Bon d'être stringent (voir Siman 92).
חתיכה נעשית נבילה (חנ״נ) — « le morceau devient נבילה » : un morceau de permis qui absorbe un interdit sans soixante deviendrait lui-même un interdit entier. Notre seif tranche que ce principe ne s'applique pas à un ustensile : on annule seulement contre l'interdit absorbé connu, pas contre tout l'ustensile (sauf le חרס selon une opinion). C'est le pendant, côté kelim, du débat de חנ״נ du Siman 92.

Groupe C — Le demi-kazayit et l'œuf (seifim 6-7)

Seif 6 — Le demi-kazayit

כַּחֲצִי זַיִת שֶׁל אִסּוּר שֶׁנִּתְעָרֵב בְּהֶיתֵּר — צָרִיךְ שִׁשִּׁים חֲצָאֵי זֵיתִים שֶׁל הֶיתֵּר לְבַטְּלוֹ.
Un demi-kazayit d'interdit mêlé au permis → il faut soixante demi-kazayit de permis pour l'annuler.
La règle est proportionnelle. On pourrait croire qu'un demi-kazayit, étant moins qu'un kazayit (la mesure minimale d'un interdit que l'on consomme), n'a pas besoin de soixante. Le Mehaber tranche que non : le rapport de un à soixante reste exigé même en dessous du kazayit, et même pour un interdit מדרבנן — on ne néglige pas la mesure (le Taz, s.k. 9 : לא תזלזל בשיעורא דרבנן, « ne prends pas à la légère une mesure rabbinique »).

Seif 7 — L'œuf (אפרוח / טיפת דם) : soixante-et-un

בֵּיצָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אֶפְרוֹחַ אוֹ טִיפַּת דָּם, שֶׁנִּתְבַּשְּׁלָה עִם אֲחֵרוֹת — צָרִיךְ שִׁשִּׁים וְאַחַת לְבַטֵּל פְּלִיטָתָהּ.
Un œuf contenant un poussin (אֶפְרוֹחַ) ou une goutte de sang (טיפת דם), cuit avec d'autres œufs → il faut soixante-et-un pour annuler son émission (פְּלִיטָתָהּ).
Pourquoi 61 et non 60 ? Parce que l'œuf interdit lui-même entre dans le compte. Pour annuler ce qu'il diffuse, il faut soixante autres œufs de permis — et lui se compte aussi : 60 + 1 = soixante-et-un œufs en tout. C'est la même logique, inversée, que le כחל du seif 8 (qui, lui, est déjà à moitié permis et descend à 59).

Groupe D — Le כחל et ce qui ne s'annule jamais ; la combinaison (seifim 8-9)

Seif 8 — Le כחל : cinquante-neuf ; ce qui ne s'annule jamais

כָּחָל מִתְבַּטֵּל בְּתִשְׁעָה וַחֲמִשִּׁים. (הגה: כָּל הָאִסּוּרִים הַנּוֹהֲגִין בִּזְמַן הַזֶּה כֻּלָּם מִתְבַּטְּלִים בְּשִׁשִּׁים, מִלְּבַד חָמֵץ בְּפֶסַח וְיַיִן נֶסֶךְ כַּאֲשֶׁר נִתְבָּאֵר בְּהִלְכוֹתֵיהֶם; וּבִלְבַד שֶׁהָאִסּוּר אֵינוֹ נוֹתֵן טַעַם בַּקְּדֵרָה, אֲבָל אִם נוֹתֵן טַעַם בְּאוֹתָהּ קְדֵרָה וְהוּא אָסוּר מִצַּד עַצְמוֹ — אֲפִלּוּ בְּאֶלֶף לֹא בָּטֵל כָּל זְמַן שֶׁמַּרְגִּישִׁין טַעְמוֹ. וְלָכֵן מֶלַח וְתַבְלִין, מִדְּבָרִים דַּעֲבִידִי לְטַעֲמָא, אִם אֲסוּרִים מֵחֲמַת עַצְמָן — אֵינָן בְּטֵלִים בְּשִׁשִּׁים (וְעַיֵּן סוֹף סִימָן ק״ה).)
Le כָּחָל (la mamelle) s'annule dans cinquante-neuf. Glose du Rama : tous les interdits en vigueur aujourd'hui s'annulent dans soixante, sauf le חמץ בפסח et le יין נסך (comme expliqué en leur lieu). Et à condition que l'interdit ne donne pas de goût dans la marmite ; mais s'il donne du goût dans cette marmite et qu'il est interdit par lui-même, même dans mille il ne s'annule pas tant qu'on perçoit son goût. C'est pourquoi le sel et les épices, choses faites pour le goût (עבידי לטעמא), s'ils sont interdits par eux-mêmes, ne s'annulent pas dans soixante (voir fin Siman 105).
Trois mesures à distinguer. Le cas général : soixante. L'œuf : soixante-et-un (l'interdit se compte lui-même). Le כחל : cinquante-neuf — car la mamelle, déjà à demi permise (ce n'est pas du lait à proprement parler), n'exige qu'un compte réduit. Et au-delà de tout chiffre : ce qui donne le goût et est interdit en soi (sel, épices interdits, חמץ בפסח, יין נסך) ne s'annule jamais, fût-ce dans mille.

Seif 9 — La combinaison (מצטרף) pour annuler

קְדֵרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ נ״ט זֵיתִים הֶיתֵּר וְנָפְלוּ בָּהּ שְׁנֵי זֵיתִים — אֶחָד שֶׁל דָּם וְאֶחָד שֶׁל חָלָב — כָּל אֶחָד מִצְטָרֵף עִם הַנ״ט שֶׁל הֶיתֵּר לְבַטֵּל חֲבֵרוֹ. וְכֵן כ״ט זֵיתִים שֶׁל הֶיתֵּר שֶׁנָּפַל בָּהֶם כְּזַיִת חָלָב, וּבִקְדֵרָה אַחֶרֶת הָיוּ שְׁלֹשִׁים שֶׁל הֶיתֵּר וְנָפַל לְתוֹכוֹ כְּזַיִת שֶׁל דָּם, וְנִתְעָרְבוּ בְּשׁוֹגֵג — מֻתָּר. (וְכָל שֶׁכֵּן בִּשְׁנֵי זֵיתִים, אֶחָד שֶׁל גְּבִינָה וְאֶחָד שֶׁל בָּשָׂר, דְּכָל אֶחָד מְבַטֵּל חֲבֵרוֹ.)
Une marmite contenant 59 kazayit de permis dans laquelle tombent deux kazayit — un de sang et un de lait : chacun se combine avec les 59 de permis pour annuler l'autre. De même 29 kazayit de permis dans lesquels tombe un kazayit de lait, et dans une autre marmite 30 de permis où tombe un kazayit de sang, et qu'on les mélange par erreur (בשוגג)permis. Glose du Rama : a fortiori pour deux kazayit, l'un de fromage et l'un de viande, où chacun annule l'autre.
Comment deux interdits s'annulent-ils l'un l'autre ? Le sang et le lait sont des interdits de goûts différents : du point de vue du lait, le sang fait partie du « permis » qui l'entoure, et inversement. Chacun se combine donc avec le heter pour noyer l'autre dans soixante. (Mais le Pithei Teshuva, s.k. 10, au nom du Chavot Daat, précise : seulement quand les goûts diffèrent — deux interdits de même nom, ou en יבש ביבש, ne se combineraient pas.)

2. Contexte — où ce siman se place

Les simanim précédents ont traité des interdits particuliers (la graisse חֵלֶב, le sang, la viande-lait). Le Siman 98 prend de la hauteur : il établit la règle générale de l'annulation (ביטול) qui vaudra pour tous ces interdits. La question n'est plus « cet aliment-ci est-il permis ? » mais « quand un interdit se mêle à du permis, comment et combien faut-il pour l'annuler ? », « juge-t-on au goût ou à la mesure ? », et « contre quoi compte-t-on les soixante ? ».

Les grandes questions du siman

Question Où ? Réponse-type
Juger au goût (קפילא) ou à la mesure Seif 1 Pour nous : toujours soixante (on ne goûte plus par un non-juif)
Mélange répandu et la majorité de permis Seifim 2-3 מין במינו → רוב suffit ; שאינו מינו → interdit ; לפנינו → interdit
60 contre tout l'interdit ; ustensiles Seifim 4-5 On ignore combien a dégorgé → 60 contre tout ; l'ustensile ≠ נבילה
Le demi-kazayit et l'œuf Seifim 6-7 60 demi-kazayit ; l'œuf → 61 (il se compte lui-même)
Le כחל ; ce qui ne s'annule jamais Seifim 8-9 כחל → 59 ; ce qui donne le goût ne s'annule pas ; combinaison
L'idée transversale : tout est affaire de goût et de mesure. Peut-on percevoir l'interdit au goût ? Sinon, quelle est la mesure exacte requise (60 en général, 61 pour l'œuf, 59 pour le כחל) ? Contre quoi compte-t-on (le seul interdit connu, ou tout ce qui a pu dégorger) ? Et y a-t-il des interdits qui, par leur nature même, échappent à toute annulation ?

3. Les concepts-clés de ce siman

Pour comprendre le Siman 98, il faut maîtriser un petit vocabulaire technique qui décrit comment un interdit se mesure, se perçoit et, parfois, refuse de s'annuler.

ביטול בששיםL'annulation par soixante : un interdit s'annule s'il est noyé dans soixante fois son volume de heter. C'est la règle-mère que pose ce siman. מין במינו (même genre) serait annulé בְּרוֹב mi-deoraïta (la majorité l'emporte), mais les Sages ont exigé soixante ; מין בשאינו מינו (genre différent) exige soixante de la Torah elle-même (טעם כעיקר).
מין במינו / מין בשאינו מינוMême genre / genre différent : l'interdit est-il du même aliment que le permis (le goût ne les distingue pas) ou d'un autre aliment (le goût se ressentirait) ? Le Rama (seif 2) précise que « même genre » se définit par le nom (שם), non par le goût.
טעימת קפילאLe goût d'un non-juif : faire goûter le plat par un cuisinier non-juif (קפילא) pour savoir s'il y a goût d'interdit. Le Mehaber l'admet (seif 1) ; le Rama tranche qu'aujourd'hui on ne s'y fie plus et qu'on évalue tout à soixante.
נותן טעם לפגם / סופו להשביחGoût dégradé / appelé à s'améliorer : un interdit qui ne donne qu'un goût gâté (פגום) est permis — sauf s'il est appelé à s'améliorer ensuite (סופו להשביח), auquel cas on l'interdit (seif 1).
60 כנגד כל האיסורSoixante contre tout l'interdit : comme on ignore combien l'interdit (ou l'ustensile interdit) a dégorgé, on compte les soixante contre tout l'interdit / tout l'ustensile (seif 4), par prudence.
חתיכה נעשית נבילה des כליםL'ustensile ne devient pas נבילה : à la différence d'un morceau d'aliment, un ustensile qui a absorbé un interdit ne devient pas lui-même « נבילה » — on n'annule que contre l'interdit absorbé connu (seif 5 ; sauf le חרס selon une opinion).
דבר שאינו בטלCe qui ne s'annule jamais : ce qui donne le goût et est interdit en soi (sel, épices, חמץ בפסח, יין נסך) ne s'annule jamais, fût-ce dans mille (seif 8).
Deux mesures particulières à retenir : l'ביצה (l'œuf interdit) se compte lui-même → 61 (seif 7) ; et le כחל (la mamelle), déjà à demi permis, descend à 59 (seif 8). Tout le reste : 60.

4. Le ביטול — le tableau des mesures

Tout le siman se résume en un tableau des mesures. On regarde quel interdit et dans quelle configuration, et on lit la mesure de heter requise pour annuler.

Situation Contre quoi / combien Résultat
Cas général : un interdit mêlé au permis Soixante fois l'interdit 🟢 Annulé dans soixante (60)
Interdit cuit / ustensile bat yoma (combien dégorgé ?) Soixante contre tout l'interdit / l'ustensile 🟡 60 contre tout (on ignore la quantité)
Quantité connue absorbée par un ustensile Soixante contre l'interdit connu 🟢 L'ustensile ne devient pas נבילה
L'œuf (אפרוח / sang) Soixante autres + lui 🟡 Soixante-et-un (61)
Le כחל (déjà à demi permis) Compte réduit 🟢 Cinquante-neuf (59)
Ce qui donne le goût (sel, épices, חמץ בפסח, יין נסך) 🔴 Ne s'annule jamais (même dans mille)
La logique en une phrase : on annule un interdit dans soixante fois son volume — sauf deux corrections de comptage (l'œuf qui se compte lui-même → 61 ; le כחל à demi permis → 59) et sauf les interdits qui donnent un goût propre et perceptible, qui ne s'annulent jamais.
Le point du Rama (seif 8) : de nos jours, tous les interdits s'annulent dans soixante — y compris ceux que la Torah aurait annulés à la majorité —, à deux exceptions près : le חמץ בפסח et le יין נסך, qui ne s'annulent pas (chacun pour sa raison, traitée à son endroit).

5. Le Shach et le Taz — les grands commentateurs

En Yoreh De'ah, le Choul'han Aroukh ne se lit jamais seul. Deux grands commentaires l'accompagnent sur chaque page et structurent l'étude pratique : le Shach et le Taz. Ce sont les nossei kelim de référence en Yoreh De'ah (pas de Mishna Berurah ici, qui ne commente que l'Orach Chaim).

Le Shach (ש״ך) — abréviation de שפתי כהן, Siftei Kohen, de Rabbi Shabtai haCohen (Lituanie, XVIIᵉ siècle). C'est le commentaire de référence sur Yoreh De'ah, d'une grande profondeur analytique.
Le Taz (ט״ז) — abréviation de טורי זהב, Turei Zahav, de Rabbi David haLévi Segal (Pologne, XVIIᵉ siècle). Souvent en dialogue — et parfois en désaccord — avec le Shach.

Une entrée-clé du Taz

Taz s.k. 3 — Le yesod : מין במינו et מין בשאינו מינו

מִין בְּמִינוֹ בָּטֵל בְּרוֹב מִדְּאוֹרַיְתָא, מִשּׁוּם אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטּוֹת, וְרַבָּנָן הִצְרִיכוּ שִׁשִּׁים; וְלָכֵן בְּסָפֵק — כְּגוֹן נִשְׁפַּךְ — אַזְלִינַן לְקוּלָּא. אֲבָל מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ, דְּטַעַם כְּעִקָּר וְשִׁשִּׁים בָּעֵינַן מִדְּאוֹרַיְתָא — בְּסָפֵק אַזְלִינַן לְחֻמְרָא.
Le Taz dégage le yesod (fondement) du siman : מין במינו (même genre) s'annulerait à la majorité (בְּרוֹב) de la Torah — par « après la multitude pour incliner » (אחרי רבים להטות) — et ce sont les Sages qui ont exigé soixante ; aussi, dans un cas de doute (comme le « répandu »), suit-on l'indulgence (קולא). Mais מין בשאינו מינו (genre différent), où le goût vaut comme la substance (טעם כעיקר) et où soixante sont requis de la Torah → dans le doute on suit la sévérité (חומרא).

Une entrée-clé du Shach

Shach s.k. 1 — חֵלֶב = תרבא : un genre différent de la viande

חֵלֶב שֶׁנִּתְעָרֵב בְּבָשָׂר. הוּא תַּרְבָּא, וְטַעַם הַחֵלֶב הָאָסוּר אֵינוֹ כְּטַעַם הַבָּשָׂר, וְלָכֵן הָוֵי מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ; וְלֹא כְּהָרַאֲבַ״ן שֶׁכָּתַב דְּחַד טַעֲמָא הוּא וַהֲוֵי כְּמִין בְּמִינוֹ.
Le Shach précise que le חֵלֶב du seif 1 est le תרבא (le suif interdit), et que le goût de cette graisse n'est pas le goût de la viande — c'est donc bien מין בשאינו מינו (genre différent), et c'est pourquoi le Mehaber le prend comme exemple du goût d'un non-juif. (Ce n'est pas comme le Ra'avan, qui tenait que c'est un seul et même goût, et que ce serait alors מין במינו, viande grasse.)
On voit la méthode : le Shach et le Taz ne répètent pas le Mehaber — ils dégagent le mécanisme (pourquoi 60 ici de la Torah, là des Sages) et tranchent les doutes (קולא en מין במינו, חומרא en שאינו מינו). C'est exactement ce qu'on approfondit au niveau Lamdan, avec le débat טעם כעיקר (Pithei Teshuva s.k. 5) et la מחלוקת Shach / Taz du seif 2.

6. La glose du Rama (הגה)

Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute sur le texte du Mehaber des gloses qui reflètent l'usage et précisent la pratique. Voici ses interventions les plus marquantes dans notre siman (seifim 1, 2, 4, 5, 8 et 9).

Sur le seif 1 — on ne goûte plus par un non-juif

Glose du Rama : ואין נוהגים עכשיו לסמוך אעובד כוכבים ומשערינן הכל בששים« nous n'avons plus l'usage, aujourd'hui, de nous fier au non-juif, et nous évaluons tout à soixante ». C'est le renversement pratique du seif 1 : là où le Mehaber permet par le goût d'un non-juif, l'usage tranché s'en remet toujours aux soixante.

Sur le seif 2 — מין במינו se définit par le nom

Glose du Rama : ולענין מין במינו אזלינן בתר שמא… אבל לא אזלינן בתר טעמא« pour le מין במינו, on suit le nom (שם)… et non le goût ». Si les deux aliments portent le même nom, c'est מין במינו (et la majorité de permis suffit en cas de « répandu »), peu importe que leur goût soit identique ou non.

Sur le seif 4 — feu vs salaison, et le retrait obligatoire

Glose du Rama : l'absorption d'un ustensile ne gagne tout l'ustensile que par la chaleur du feu ; par la salaison (מליחה), elle ne pénètre que כדי קליפה (voir Siman 69). Le Rama suit la première opinion (contre חם מקצתו חם כולו), et il ajoute la חובת ההסרה : tout interdit reconnaissable — même annulé en soixante — doit être retiré (lait figé par l'eau froide) ; tombé ensuite dans une autre marmite, il faut re-annuler en 60.

Sur le seif 5 — l'ustensile ne devient pas נבילה (sauf le חרס)

Glose du Rama : la première opinion est l'essentiel (60 contre l'interdit connu) ; certains distinguent non pas ancien/neuf mais חרס vs autres ustensiles — le חרס, qu'on ne peut purger par הגעלה, devient נבילה ; bon d'être stringent (voir Siman 92).

Sur les seifim 8-9 — tout en soixante, sauf… ; la combinaison du fromage et de la viande

Glose du Rama (seif 8) : tout s'annule dans soixante, sauf le חמץ בפסח et le יין נסך, et sauf ce qui donne le goût et est interdit en soi (sel, épices : עבידי לטעמא) — qui ne s'annule jamais. Glose du Rama (seif 9) : a fortiori que deux kazayit, l'un de fromage et l'un de viande, chacun annule l'autre (chacun se combinant au heter).
Le Rama distingue soigneusement la loi de base (le Mehaber) de la pratique tranchée (toujours soixante, plus de non-juif, חרס stringent, חובת ההסרה) — tout en clarifiant des points conceptuels (le nom plutôt que le goût en מין במינו).

7. Soixante contre tout l'interdit — et le retrait obligatoire

Le seif 4 — le cœur opératoire du siman — mérite un arrêt. Pourquoi soixante contre tout l'interdit, et que signifie le « retrait obligatoire » ?

"אִסּוּר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל עִם הֶיתֵּר… צָרִיךְ שִׁשִּׁים כְּנֶגֶד כָּל הָאִסּוּר, מִפְּנֵי שֶׁאֵין אָנוּ יוֹדְעִים כַּמָּה יָצָא מִמֶּנּוּ."
Tout repose sur une incertitude de quantité. On ne sait pas combien l'interdit (ou l'ustensile interdit) a dégorgé dans le plat. Deux conséquences :
Cas Contre quoi soixante ? Pourquoi
Interdit cuit, entier, jeté Contre tout l'interdit On ignore combien il a dégorgé
Marmite interdite bat yoma Contre toute la marmite Absorption inconnue (feu → tout l'ustensile)
Louche interdite trempée (partie) Contre toute la partie trempée חרס, bois ou métal — feu
Quantité absorbée connue Contre l'interdit connu L'ustensile ne devient pas נבילה (seif 5)
Absorption par salaison Contre כדי קליפה seulement La salaison ne pénètre qu'une pelure (Siman 69)
Et le Rama ajoute la חובת ההסרה (l'obligation de retirer) : même annulé en soixante, un interdit reconnaissable ou séparable doit être retiré — ainsi le lait, qu'on fige par de l'eau froide et qu'on écume. Re-tombé dans une autre marmite, il faut re-annuler en 60 contre tout ; mais deux fois dans la même marmite → un seul 60 (voir Siman 94).

8. Cas pratiques modernes

Comment ces règles s'appliquent-elles dans nos cuisines aujourd'hui ? Voici trois situations courantes éclairées par notre siman.

Cas 1 — Une louche laitière plongée par erreur dans un plat de viande

On remue par mégarde une marmite de viande bouillante avec une louche qui a servi au lait. Le seif 4 commande : la louche est-elle bat yoma (a-t-elle servi au lait dans les 24 h) ? Si oui, et qu'on ignore la quantité absorbée → il faut soixante contre toute la partie trempée de la louche. Si l'on connaît exactement ce qu'elle a absorbé (par ex. un kazayit), il suffit de soixante contre ce kazayit, car l'ustensile ne devient pas נבילה (seif 5). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 2 — Une goutte de graisse interdite (חֵלֶב) tombée dans une sauce

Une petite quantité de graisse interdite tombe dans un grand plat permis (seif 1). Y a-t-il soixante fois cette graisse dans le plat ? Si oui, c'est annulé (ביטול בששים). Autrefois on aurait pu faire goûter par un non-juif (קפילא) ; mais l'usage tranché (Rama) est de ne plus s'y fier et d'évaluer toujours à soixante. Et si la graisse séparable est reconnaissable, on la retire même après annulation. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 3 — Un peu de sel ou d'épice « problématique » dans un plat

Une épice ou un sel dont le statut pose question tombe dans un plat (seif 8). Attention : si cette substance est interdite par elle-même et qu'elle donne le goût au plat (עבידי לטעמא), elle ne s'annule pas, même dans soixante, même dans mille — tant qu'on perçoit son goût. La règle des soixante ne sauve que ce qui ne donne pas de goût propre et perceptible. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Le fil conducteur des trois cas : avant de paniquer, pose-toi trois questions — y a-t-il soixante fois l'interdit (ou 61, ou 59) ? l'interdit est-il séparable, donc à retirer ? donne-t-il un goût propre qui empêcherait toute annulation ? Mais la décision concrète revient toujours au Rav, qui connaît les détails de fait.

9. Synthèse du Siman 98

L'essentiel du Siman 98 en quelques phrases :
  1. On juge un mélange par le goût (קפילא — abandonné par le Rama) ou par la mesure ; pour nous, toujours soixante (seif 1).
  2. מין במינו répandu → la majorité de permis suffit (קולא) ; מין בשאינו מינו → interdit même majoritaire (חומרא) ; on suit le nom (seif 2).
  3. Un interdit devant nous (לפנינו) et non mesurable → interdit, même מדרבנן (seif 3).
  4. Soixante contre TOUT l'interdit (on ignore combien il a dégorgé) ; marmite/louche bat yoma ; feu (tout l'ustensile) vs salaison (כדי קליפה) ; retrait obligatoire (seif 4).
  5. Quantité connue → 60 contre elle ; l'ustensile ne devient pas נבילה (sauf le חרס) (seif 5).
  6. Un demi-kazayit → soixante demi-kazayit (seif 6).
  7. L'œuf (אפרוח / sang) → soixante-et-un (il se compte lui-même) (seif 7).
  8. Le כחלcinquante-neuf ; tout en soixante sauf חמץ בפסח, יין נסך, et ce qui donne le goût (seif 8).
  9. Deux interdits de goûts différents (sang+lait, fromage+viande) se combinent chacun avec le heter pour annuler l'autre (seif 9).

Tableau-mémoire

Situation Mesure
Cas général (un interdit dans du permis) 🟢 Soixante (60)
Marmite / louche bat yoma (quantité inconnue) 🟡 Soixante contre tout l'ustensile
Œuf (אפרוח / sang) 🟡 Soixante-et-un (61)
כחל (mamelle) 🟢 Cinquante-neuf (59)
חמץ בפסח / יין נסך 🔴 Ne s'annulent pas
Ce qui donne le goût (sel, épices interdits) 🔴 Ne s'annule jamais (même dans mille)

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Dans le seif 1, quels sont les deux outils (goût / mesure) ? Que tranche le Rama sur le goût du non-juif ?
  2. Qu'est-ce que נותן טעם לפגם ? Quand n'est-ce pas permis (סופו להשביח) (seif 1) ?
  3. En cas de mélange répandu, pourquoi מין במינו est-il indulgent et מין בשאינו מינו stringent (seif 2) ? Suit-on le nom ou le goût ?
  4. Pourquoi un interdit לפנינו non mesurable est-il interdit même מדרבנן (seif 3) ?
  5. Pourquoi soixante contre TOUT l'interdit (seif 4) ? Quelle différence entre feu et salaison ?
  6. Qu'est-ce que la חובת ההסרה ? Comment retire-t-on le lait annulé (seif 4) ?
  7. Un ustensile devient-il נבילה (seif 5) ? Que change le חרס selon le Rama ?
  8. Pourquoi l'œuf → 61 (seif 7) et le כחל → 59 (seif 8) ?
  9. Quels interdits ne s'annulent jamais (seif 8) ? Pourquoi le sel et les épices ?
  10. Comment deux interdits se combinent-ils pour s'annuler (seif 9) ? Que dit le Taz (s.k. 3) et le Shach (s.k. 1) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן צ״ח · Niveau 1 — Initiation
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