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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman רכ״ב · Que dit-on quand la nouvelle tombe ?
ברכת הודאת הטוב והרע — שהחיינו et הטוב והמטיב selon à qui le bien profite, דיין האמת sur la mauvaise nouvelle, le cœur qu’exige le siman (בדעת שלימה ובנפש חפצה), et la règle du présent (אין מברכין על העתיד)
סימן רכ״ב · ד׳ סעיפים
ברכת הודאת הטוב והרע
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman précédent bénissait la pluie ; celui-ci descend d’un cran et regarde ce qui arrive à un homme en particulier. Il ne demande pas seulement quelle formule dire — trois se partagent le champ — mais aussi, chose rare, avec quel cœur la dire, et sur quel instant elle porte. Texte hébreu, traduction française et explication des ד׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : Ce que l’on dit sur une bonne et sur une mauvaise nouvelle — שהחיינו, הטוב והמטיב, דיין האמת, ובדעת שלימה ובנפש חפצה
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רכ״ב · ד׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Trois formules, et une seule question pour les répartir : à qui ce bien profite-t-il ? À lui seul — שהחיינו. À lui et à d’autres — הטוב והמטיב. Et sur ce qui fait mal — דיין האמת. Puis le siman fait un pas de plus que les autres simanim de bénédictions : il ne règle plus seulement les mots, il règle le cœur — בדעת שלימה ובנפש חפצה — et enfin l’instant : on bénit sur ce qui est arrivé, jamais sur la suite qu’on redoute ou qu’on espère. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l’étude
A. שמועות טובות (séif 1) — שהחיינו ou הטוב והמטיב, et de qui la nouvelle doit venir
B. שמועות רעות (séif 2) — דיין האמת, et sur quoi elle se dit
C. חייב אדם לברך על הרעה (séif 3) — le cœur exigé, et sa raison
D. אין מברכין על העתיד (séif 4) — la trouvaille et le champ inondé
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. שמועות טובות — la bonne nouvelle
שְׁמוּעָה — une nouvelle, quelque chose qu’on apprend. Tout le siman est bâti sur ce mot, et le Mehaber n’y règle pas d’abord un événement mais ce qu’un homme apprend. Deux formules se partagent la bonne nouvelle, et une seule question les départage : à qui ce bien profite-t-il ? Le Rambam l’avait posé en une ligne : « קצרו של דבר כל דבר טובה שהיא לו ולאחרים מברך הטוב והמטיב. וטובה שהיא לו לבדו מברך שהחינו » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ז).
Séif 1 — על שמועות שהם טובות לו לבדו
על שמועות שהם טובות לו לבדו מברך שהחיינו ואם הן טובות לו ולאחרים מברך הטוב והמטיב:
Séif 1 : sur des nouvelles qui sont bonnes pour lui seul, il bénit « Chéhé’héyanou » ; et si elles sont bonnes pour lui et pour d’autres, il bénit « HaTov véHaMétiv ».
La braïta d’où sort le séif. La Guemara cherchait comment concilier deux michnayot, et conclut : « והתניא: קצרו של דבר, על שלו הוא אומר: ״ברוך … שהחיינו וקיימנו״, על שלו ועל של חבירו — אומר: ״ברוך … הטוב והמטיב״. » (ברכות נ״ט ע״ב). résumé : le partage n’est pas entre grand et petit bien, mais entre un bien qui n’est qu’à moi et un bien dont un autre profite avec moi.
Deux illustrations de la Guemara. Une naissance : « והתניא: אמרו ליה ילדה אשתו זכר, אומר ״ברוך … הטוב והמטיב״! התם נמי, דאיכא אשתו בהדיה דניחא לה בזכר. » (ברכות נ״ט ע״ב) ; et un héritage : « תא שמע: מת אביו והוא יורשו, בתחלה אומר: ״ברוך … דיין האמת״, ולבסוף הוא אומר: ״ברוך … הטוב והמטיב״. התם נמי דאיכא אחי דקא ירתי בהדיה. » (ברכות נ״ט ע״ב). résumé : dans les deux cas la Guemara cherche qui d’autre profite — la femme qui se réjouit du fils, les frères qui héritent avec lui — et c’est cette présence qui fait passer de שהחיינו à הטוב והמטיב.
De qui la nouvelle doit-elle venir ? « ודוקא כששמע מפי אדם נאמן וזה האדם ראה בעצמו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:א) ; le Magen Avraham l’avait déjà écrit : « ודוקא ששמע מפי אדם נאמן שראה הדבר » (מגן אברהם או״ח סימן רכ״ב), et l’Aroukh haChoulhan le redit : « ודווקא כששמע הבשורה מפי איש נאמן » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : une rumeur ne porte pas de bénédiction — il faut un rapporteur digne de foi, et qui a vu de ses propres yeux.
Et quand la bonne nouvelle n’est pas encore acquise. « וכן אם שמע שנתפס הגזלן שגזל ממנו לא יברך עד שישיב לו הגזלה » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:א). résumé : apprendre que le voleur est pris n’est pas encore récupérer son bien ; on attend la restitution pour bénir.
Plusieurs nouvelles à la fois. « נקט בלשון רבים להורות שאם שמע כמה שמועות בבת אחת די לו בברכה אחת » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ב) ; et l’Aroukh haChoulhan de même : « ודע שעל כמה רעות כשבאו או שמעם כאחד ברכה אחת לכולן, וכן לעניין הטובה כשיגיע לו טובות הרבה כאחת או שמע הרבה שמועות טובות בפעם אחת » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : le pluriel du séif n’est pas de style — il enseigne qu’un seul acte de bénédiction couvre tout ce qu’on a appris d’un coup.
Encore faut-il que la nouvelle réjouisse. « היינו כשיש לו שמחה מהשמועה וכן להיפוך בדיין האמת כשיש לו צער מהשמועה » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ג). résumé : ce n’est pas la catégorie objective de la nouvelle qui oblige, mais la joie — ou la peine — qu’elle produit réellement chez celui qui l’entend.
Qu’appelle-t-on au juste « une bonne nouvelle » ? L’Aroukh haChoulhan reconnaît que la chose n’est pas tranchée : « ואינו מבורר מה נקרא שמועה טובה, והנראה שצריך להיות טובה חשובה ששמח בזה הרבה, הן שמחה של ממון והן מין שמחה אחרת, ובממון תלוי לפי עשירותו ועניותו, דמה שלעני הוא דבר גדול הוה לעשיר דבר קטן, והכל לפי העניין, וברכות אלו הם בשם ומלכות. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : la mesure est relative à celui qui reçoit — ce qui est un événement pour le pauvre est peu de chose pour le riche — et ces bénédictions se disent avec le Nom et la Royauté.
Un cas que les Aharonim rapportent, et sur lequel ils hésitent. « מי שהוכרח מחמת עניותו לקחת אשה עשירה שלא בחפצו מברך הטוב והמטיב ודיין האמת » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:א) — c’est la parole du Magen Avraham au nom du Séfer ’Hassidim : « מי שהוכרח מחמת עניותו לקחת אשה עשיר׳ שלא בחפצו מברך הטוב והמטיב ודיין האמת » (מגן אברהם או״ח סימן רכ״ב). Mais la Michna Beroura ajoute aussitôt : « וכמדומה שכהיום ממעטין בברכות אלו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:א). résumé : un même événement peut être à la fois bien et mal, et appeler alors les deux bénédictions ; l’usage, note pourtant la Michna Beroura, est aujourd’hui de restreindre ces bénédictions.
B. שמועות רעות — la mauvaise nouvelle
דַּיַּין הָאֱמֶת — « le Juge de vérité ». La Michna appariait déjà les deux nouvelles : « על הגשמים ועל הבשורות הטובות אומר ברוך הטוב והמטיב, ועל שמועות רעות אומר ברוך דין האמת » (משנה ברכות פרק ט משנה ב). Ce n’est pas une bénédiction de plainte mais de justification : celui qui la dit reconnaît que ce qui vient de tomber vient d’un jugement, et d’un jugement vrai.
Séif 2 — על שמועות רעות מברך דיין האמת
על שמועות רעות מברך בא״י אמ״ה דיין האמת:
Séif 2 : sur des mauvaises nouvelles, il bénit : Béni sois-Tu, Hachem notre Dieu, Roi de l’univers, Juge de vérité.
Pourquoi le séif écrit-il la formule au long. Le Mehaber ne se contente pas de dire דיין האמת : il écrit בא״י אמ״ה, c’est-à-dire la formule entière. L’Aroukh haChoulhan le dit de ces bénédictions : « וברכות אלו הם בשם ומלכות » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : ce ne sont pas des paroles de consolation mais de véritables bénédictions, avec le Nom et la mention de la Royauté.
Ici, pas de partage. Le séif 1 distinguait le bien qui n’est qu’à moi et le bien partagé ; le séif 2 ne distingue rien. Le Beour Halakha le souligne : « בין שהן רעות לו לבדו או גם לאחרים » (ביאור הלכה סימן רכ״ב), et l’Aroukh haChoulhan de même : « ובזה אין חילוק בין שהרעה לו לבדו ובין שנוגע גם לאחרים » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : la bénédiction sur le mal n’est pas la mesure d’un bienfait reçu, mais la reconnaissance d’un jugement — et un jugement ne se divise pas selon le nombre de ceux qu’il atteint.
Ni entre le corps et l’argent. « ואין חילוק בין רעת הגוף ובין רעת ממון, וגם כן כל אחד לפי ערכו » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : la nature de la perte ne change rien ; seule compte, là encore, l’échelle de celui qu’elle atteint.
Sur quoi cette bénédiction ne se dit pas. Le Beour Halakha pose une limite précise : « כי לא נתקן ברכה זו אלא על דבר שמתחלה ניתן לו ואח״כ נתקלקל או נאבד » (ביאור הלכה סימן רכ״ב), et donc « ואין שייך לברך דיין האמת על מה שלא ניתן לו » (ביאור הלכה סימן רכ״ב). résumé : דיין האמת se dit sur ce qui m’avait été donné puis s’est abîmé ou perdu — non sur ce que je souhaitais et qui ne m’a jamais été donné.
Et sur quoi elle se dit bel et bien. « אם נודע לו שהחמיץ יינו מברך דיין האמת » (ביאור הלכה סימן רכ״ב) ; « ופשוט דה״ה אם נשרפו לו נכסיו או שמת לו בהמתו וכל כה״ג דבר שדרך האדם להצטער בו » (ביאור הלכה סימן רכ״ב). résumé : du vin qui tourne aux biens brûlés, la règle est la même — tout ce dont un homme a coutume de s’affliger, et qu’il possédait.
Le critère du cœur, ici aussi. « היינו כשיש לו שמחה מהשמועה וכן להיפוך בדיין האמת כשיש לו צער מהשמועה » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ג). résumé : la bénédiction suit la peine réelle, comme l’autre suivait la joie réelle.
C. חייב אדם לברך על הרעה — l’obligation, et le cœur
חִיּוּב הַבְּרָכָה עַל הָרָעָה — le siman quitte ici la question de la formule pour celle de la disposition intérieure. La Michna l’enseigne : « חיב אדם לברך על הרעה כשם שהוא מברך על הטובה » (משנה ברכות פרק ט משנה ה), et le Beit Yossef renvoie directement à elle : « משנה שם (נד.) חייב אדם לברך על הרעה כשם שהוא מברך על הטובה » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ב). Sa source scripturaire est le verset du Chéma : « חייב אדם לברך על הרעה כשם שמברך על הטובה, שנאמר: ״ואהבת את ה׳ אלהיך בכל לבבך וגו׳״. » (ברכות נ״ד ע״א).
Séif 3 — בדעת שלימה ובנפש חפצה
חייב אדם לברך על הרעה בדעת שלימה ובנפש חפצה כדרך שמברך על הטובה כי הרעה לעובדי השם הוא שמחתם וטובתם כיון שמקבל מאהבה מה שגזר עליו השם נמצא שבקבלת רעה זו הוא עובד את השם שהוא שמחה לו:
Séif 3 : l’homme est tenu de bénir sur le mal d’un esprit entier et d’une âme qui le veut, de la même manière qu’il bénit sur le bien ; car le mal, pour ceux qui servent Hachem, est leur joie et leur bien : puisqu’il reçoit avec amour ce qu’Hachem a décrété sur lui, il se trouve qu’en recevant ce mal il sert Hachem — et cela lui est joie.
D’où vient le mot « כשם ». La Michna ne dit pas seulement qu’il faut bénir, mais qu’il faut le faire de la même manière : « חיב אדם לברך על הרעה כשם שהוא מברך על הטובה » (משנה ברכות פרק ט משנה ה). C’est de là que le Mehaber tire בדעת שלימה ובנפש חפצה. résumé : le mot « comme » ne porte pas sur la formule — elle est différente — mais sur la disposition de celui qui la dit.
Le verset qui le porte. « דבר אחר: ״בכל מאדך״ — בכל מדה ומדה שהוא מודד לך הוי מודה לו. » (ברכות נ״ד ע״א). résumé : le jeu de mots est celui de la Guemara — מדה, la mesure qu’Il te mesure, et מודה, remercier : quelle que soit la mesure qui t’est mesurée, remercie-L’en.
La langue du Tour, presque celle du Mehaber. « וחייב אדם לברך על הרעה בדעת שלימה ונפש חפצה כדרך שמברך בשמחה על הטובה » (טור או״ח סימן רכ״ב). Et le Rambam a la même chose en d’autres mots : « וחיב אדם לברך על הרעה בטוב נפש כדרך שמברך על הטובה בשמחה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ג), avec cette explication : « ובכלל אהבה היתרה שנצטוינו בה שאפלו בעת שיצר לו יודה וישבח בשמחה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ג). résumé : pour le Rambam, ce n’est pas une exigence à part mais une conséquence de l’amour que la Torah commande — aimer jusque-là, c’est louer même quand cela fait mal.
La raison que le Mehaber donne lui-même. Le séif ne se contente pas d’ordonner, il explique : « כי הרעה לעובדי השם הוא שמחתם וטובתם כיון שמקבל מאהבה מה שגזר עליו השם » (שו״ע או״ח רכ״ב:ג). L’Aroukh haChoulhan le reformule : « ויחשוב שהכל כפרת עונותיו, ונמצא שבקבלת רעה זו הוא עובד השם, ועבודת השם שמחה היא לו » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : ce n’est pas le malheur qui est déclaré bon — c’est l’acceptation qui devient un service, et le service, une joie.
Ce que la Michna Beroura ajoute. « כי באמת כל היסורין בין בגוף ובין בממון הוא הכל כפרה על העונות כדי שלא יצטרך להתיסר לע״ל ששם העונש הוא הרבה יותר גדול » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ד). résumé : la souffrance d’ici efface une dette qu’il faudrait sinon acquitter ailleurs, à un prix bien plus lourd — et c’est ce calcul qui rend la bénédiction possible.
L’habitude que la Guemara recommande. « אמר רב הונא אמר רב משום רבי מאיר, וכן תנא משמיה דרבי עקיבא: לעולם יהא אדם רגיל לומר: ״כל דעביד רחמנא לטב עביד״. » (ברכות ס׳ ע״ב) — c’est la parole que Rabbi Akiva répétait sur la route. Et l’Aroukh haChoulhan ferme le séif ainsi : « והמשכיל יבין בדעתו ושכלו כי ענייני עולם הזה הבל וריק, רגע קטנה כצל עובר וכחלום יעוף. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : la phrase se prend comme une habitude, avant même d’être une conviction ; c’est ce que le séif demande d’installer en soi.
D. אין מברכין על העתיד — la règle du présent
אֵין מְבָרְכִין עַל הֶעָתִיד — la Michna posait déjà la double règle : « מברך על הרעה מעין הטובה, ועל הטובה מעין הרעה » (משנה ברכות פרק ט משנה ג), et le Rambam en donne le motif en une ligne : « שאין מברכין על העתיד להיות אלא על מה שארע עתה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד). Un bien peut porter un mal en germe, et un mal un bien ; la bénédiction, elle, ne regarde que ce qui est déjà arrivé.
Séif 4 — הטובה שברעה, והרעה שבטובה
מברך על הטובה הטוב והמטיב אע״פ שירא שמא יבא לו רעה ממנו כגון שמצא מציאה וירא שמא ישמע למלך ויקח כל אשר לו וכן מברך על הרעה ברוך דיין האמת אע״פ שיבא לו טובה ממנו כגון שבא לו שטף על שדהו אף ע״פ שכשיעבור השטף היא טובה לו שהשקה שדהו:
Séif 4 : il bénit sur le bien « HaTov véHaMétiv » même s’il craint qu’un mal ne lui en vienne — par exemple s’il a trouvé un objet perdu et craint que le roi ne l’apprenne et ne lui prenne tout ce qu’il a. Et de même il bénit sur le mal « Baroukh Dayan haÉmet » même s’il doit lui en venir un bien — par exemple si un flot est venu sur son champ, alors même qu’une fois le flot passé ce lui est un bien, puisqu’il a arrosé son champ.
Les deux exemples viennent de la Guemara. Pour le bien qui inquiète : « היכי דמי? כגון דאשכח מציאה, אף על גב דרעה היא לדידיה, דאי שמע בה מלכא שקיל לה מיניה, השתא מיהא טובה היא. » (ברכות ס׳ ע״א) ; et pour le mal qui profitera : « היכי דמי? כגון דשקל בדקא בארעיה, אף על גב דטבא היא לדידיה, דמסקא ארעא שירטון ושבחא, השתא מיהא רעה היא. » (ברכות ס׳ ע״א). résumé : la Guemara répète les mêmes trois mots aux deux endroits — השתא מיהא, « pour l’instant en tout cas » — et c’est là toute la règle.
La raison, chez le Rambam. « הגיעה אליו טובה או ששמע שמועה טובה אף על פי שהדברים מראין שטובה זו תגרם לו רעה מברך הטוב והמטיב » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד) ; « וכן אם נגעה אליו רעה או שמע שמועה רעה אף על פי שהדברים מראים שרעה זו גורמת לו טובה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד) ; et le principe : « שאין מברכין על העתיד להיות אלא על מה שארע עתה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד). résumé : la bénédiction n’est pas un pronostic. Elle nomme ce qui est, au moment où on la dit.
Et la Michna Beroura le dit d’un mot. « כי אין לנו להסתכל בעתיד שאפשר שלא יהיה כן » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ה). résumé : nous n’avons pas à scruter l’avenir — il se pourrait fort bien qu’il ne soit pas ce que nous redoutons.
Un mot du Tour que le Mehaber n’a pas écrit. Le Tour termine le cas du champ inondé ainsi : « כגון שבא שטף על שדהו אע״פ שכשיעבור השטף היא טובה לו שהשקה שדהו מ״מ עתה רעה היא לו » (טור או״ח סימן רכ״ב) ; et l’Aroukh haChoulhan explique pourquoi cela reste vrai : « מכל מקום עתה רעה היא לו שגרמה לו היזק הרבה. ולכן אף על פי שהטובה וודאי תבא, מכל מקום ההיזק שהיה לו נשאר היזק. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : même quand le bien à venir est certain, le dommage déjà subi, lui, ne s’efface pas — et c’est sur lui que porte la bénédiction.
Une réserve de l’Aroukh haChoulhan. « כיון דעתה היא טובה ואין הדבר ברור שתגיע לו הרעה » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ב). résumé : la règle vaut parce que le mal redouté n’est pas assuré ; là où il le serait, il n’y aurait plus lieu de bénir הטוב והמטיב.
Une précision sur la trouvaille. « וירא שיעלילו עליו ויקחו את אשר לו ומיירי שיש לו אנשי בית שיש בזה טובה גם להם ושייך ברכת הטוב והמטיב דאל״ה יש לו לברך רק שהחיינו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ו). résumé : le séif dit הטוב והמטיב parce que la trouvaille profite aussi aux gens de sa maison — sans quoi l’on retomberait sur le séif 1, et il ne dirait que שהחיינו.
Le siman en une phrase : trois formules et une seule question pour les répartir — à qui ce bien profite-t-il ? — puis deux exigences qui n’ont rien à voir avec les mots : bénir sur le mal בדעת שלימה ובנפש חפצה, et ne bénir que sur ce qui est arrivé, לא על העתיד להיות.
Cas pratiques
Cas 1 — On m’annonce une naissance
Situation : On m’apprend que ma femme a mis au monde un garçon. Que dois-je dire ?
Conduite : Le partage du séif 1 s’applique : « על שמועות שהם טובות לו לבדו מברך שהחיינו ואם הן טובות לו ולאחרים מברך הטוב והמטיב » (שו״ע או״ח רכ״ב:א). Et la Guemara traite exactement ce cas : « והתניא: אמרו ליה ילדה אשתו זכר, אומר ״ברוך … הטוב והמטיב״! התם נמי, דאיכא אשתו בהדיה דניחא לה בזכר. » (ברכות נ״ט ע״ב) — la mère se réjouit avec lui, le bien n’est donc pas seulement le sien. Le détail de cette halakha se trouve au siman suivant, 223, qui ouvre précisément par là. Encore faut-il que la nouvelle vienne d’un rapporteur sûr : « ודוקא כששמע מפי אדם נאמן וזה האדם ראה בעצמו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:א). résumé : dès qu’un autre profite du même bien, on passe de שהחיינו à הטוב והמטיב. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Une perte, une mauvaise nouvelle
Situation : On m’annonce une perte — un bien détruit, un animal mort, du vin qui a tourné. Y a-t-il une bénédiction, et laquelle ?
Conduite : Oui, et avec le Nom et la Royauté : « על שמועות רעות מברך בא״י אמ״ה דיין האמת » (שו״ע או״ח רכ״ב:ב). Le Beour Halakha donne ces cas mêmes : « אם נודע לו שהחמיץ יינו מברך דיין האמת » (ביאור הלכה סימן רכ״ב) ; « ופשוט דה״ה אם נשרפו לו נכסיו או שמת לו בהמתו וכל כה״ג דבר שדרך האדם להצטער בו » (ביאור הלכה סימן רכ״ב). Il n’y a pas ici à distinguer selon qui est touché : « בין שהן רעות לו לבדו או גם לאחרים » (ביאור הלכה סימן רכ״ב). Et la manière est celle du séif 3 : « חייב אדם לברך על הרעה בדעת שלימה ובנפש חפצה כדרך שמברך על הטובה » (שו״ע או״ח רכ״ב:ג), la parole à répéter étant « כל דעביד רחמנא לטב עביד » (ברכות ס׳ ע״ב). résumé : la bénédiction est réelle, la formule est entière, et le siman demande qu’elle soit dite d’un cœur qui l’accepte. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Une bonne nouvelle qui inquiète
Situation : Il m’arrive un bien réel, mais je crains ce qu’il va entraîner. Dois-je quand même bénir ?
Conduite : Oui. C’est exactement le cas du séif 4 : « מברך על הטובה הטוב והמטיב אע״פ שירא שמא יבא לו רעה ממנו כגון שמצא מציאה וירא שמא ישמע למלך ויקח כל אשר לו » (שו״ע או״ח רכ״ב:ד). La raison est celle du Rambam : « שאין מברכין על העתיד להיות אלא על מה שארע עתה » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד), et la Michna Beroura la redit : « כי אין לנו להסתכל בעתיד שאפשר שלא יהיה כן » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ה). Reste à savoir quelle formule : « וירא שיעלילו עליו ויקחו את אשר לו ומיירי שיש לו אנשי בית שיש בזה טובה גם להם ושייך ברכת הטוב והמטיב דאל״ה יש לו לברך רק שהחיינו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ב:ו). résumé : on bénit sur ce qui est arrivé ; et c’est le séif 1 qui décide ensuite entre שהחיינו et הטוב והמטיב. Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Pourquoi le séif 1 donne-t-il deux formules là où le Tour n’en écrit qu’une ?
- De qui la nouvelle doit-elle venir pour qu’on bénisse (מ״ב רכ״ב:א) ?
- Pourquoi la mauvaise nouvelle ne se partage-t-elle pas comme la bonne (ביאור הלכה סימן רכ״ב) ?
- Que demande le séif 3 de plus que la formule elle-même ?
- Sur quel instant la bénédiction porte-t-elle, et pourquoi (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה ד) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
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- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — קצרו של דבר ; על המאורע או על השמועה ; אין מברכין על העתיד
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : page-passerelle — l’Admour HaZaken n’a pas rédigé ce siman dans son Choul’han Aroukh ; renvoi aux Niveaux 1-3 et à son Siddour