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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman רכ״ח · Que dit-on devant la mer, le fleuve et la montagne ?
ברכת ימים ונהרות הרים וגבעות — la liste du séif 1 et la formule עושה מעשה בראשית, la bénédiction propre au ים הגדול, les ארבע נהרות et le cours que la main de l’homme n’a pas détourné, et les monts המשונים
סימן רכ״ח · ג׳ סעיפים
ברכת ימים ונהרות הרים וגבעות
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman précédent bénissait ce qui passe — l’éclair, le tonnerre, la tempête. Celui-ci se tourne vers ce qui demeure. Il pose trois questions : sur quoi bénit-on, quelle mer reçoit une bénédiction pour elle seule, et quels fleuves, quels monts entrent dans la règle — car le Mehaber en exclut plus qu’il n’en admet. Texte hébreu, traduction française et explication des ג׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : Ce que l’on dit sur les mers, les fleuves, les monts, les collines et les déserts — עושה מעשה בראשית ועושה הים הגדול
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רכ״ח · ג׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Un seul geste, trois questions. Sur quoi ? — cinq choses, et le Mehaber les nomme une par une : les mers, les fleuves, les monts, les collines, les déserts. Quelle formule ? — עושה מעשה בראשית, sans alternative ; sauf pour une mer, la Grande Mer, qui a la sienne. Et sur quoi ne bénit-on pas ? — c’est là que le siman passe l’essentiel de son temps : tous les fleuves ne sont pas des fleuves, tous les monts ne sont pas des monts. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l’étude
A. הרשימה (séif 1) — les mers, les fleuves, les monts, les collines et les déserts
B. הים הגדול (séif 1) — quelle mer, et quelle bénédiction
C. ארבע נהרות (séif 2) — quels fleuves, et vus en quel lieu
D. הרים וגבעות המשונים (séif 3) — quels monts, et pourquoi ceux-là
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. הרשימה — ce sur quoi l’on bénit
מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית — « l’œuvre du commencement ». Le mot donne au siman sa mesure : ce qui se bénit ici n’est pas un événement mais un ouvrage, et un ouvrage qui, depuis les six jours, n’a pas bougé. De là toute la suite : un fleuve dont on a détourné le cours, une colline sans relief, sortiront de la règle.
Séif 1 — על ימים ונהרות הרים וגבעות ומדבריות
על ימים ונהרות הרים וגבעות ומדבריות אומר ברוך אתה יי אמ״ה עושה מעשה בראשית ועל הים הגדול והוא הים שעוברים בו לארץ ישראל ולמצרים אומר ברוך אתה ה׳ אלהינו מלך העולם עושה הים הגדול:
Séif 1 : sur les mers, les fleuves, les monts, les collines et les déserts, il dit « Béni sois-Tu, Hachem, notre Dieu, Roi de l’univers, qui fait l’œuvre du commencement » ; et sur la Grande Mer — et c’est la mer que l’on traverse pour aller en terre d’Israël et en Égypte — il dit « Béni sois-Tu, Hachem notre Dieu, Roi de l’univers, qui fait la Grande Mer ».
Cinq choses, et une seule bénédiction. Le Mehaber ne nomme pas un objet mais cinq, et il les met tous sous la même formule :
« על ימים ונהרות הרים וגבעות ומדבריות אומר ברוך אתה יי אמ״ה עושה מעשה בראשית » (שו״ע או״ח רכ״ח:א). C’est la michna, mot pour mot ou presque :
« עַל הֶהָרִים, וְעַל הַגְּבָעוֹת, וְעַל הַיַּמִּים, וְעַל הַנְּהָרוֹת, וְעַל הַמִּדְבָּרוֹת, אוֹמֵר בָּרוּךְ עוֹשֵׂה מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. » (משנה ברכות פרק ט משנה ב) ; et le Tour l’écrit de même, à un mot près —
« על ימים ונהרות הרים וגבעות ומדברות אומר בא״י אמ״ה עושה מעשה בראשית » (טור או״ח סימן רכ״ח). résumé : les mers, les fleuves, les monts, les collines et les déserts. Le Mehaber écrit ומדבריות là où la michna et le Tour écrivent ומדברות ; le contenu est le même, et la bénédiction unique.
Pourquoi cette formule-là, et non celle du siman précédent. Le siman 227 bénissait la puissance qui éclate ; ici l’on bénit l’ouvrage qui dure. La Michna Beroura donne la raison positive :
« פי׳ כיון שיסדן מאז ושבחו של מקום הוא כשאנו מכירין היום דבר שאנו יודעין שהמקום בראו מששת ימי בראשית ועדיין הוא קיים » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:א) ; puis la raison négative, celle qui écarte l’autre formule :
« ואין שייך לברך עליהם שכחו וגבורתו מלא עולם כמו על רוחות ורעמים דהתם הם נראים ונשמעים למרחוק אבל ימים ונהרות כל אחד במקומו » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:א) ; et le Kaf haHaim rapporte la même chose au nom de Rachi et du Levouch :
« וכאן אין שייך לברך שכחו וגבורתו מלא עולם שאינם כמו זיקין ורוחות וכו׳ דהתם נראים ונשמעים בכל העולם אבל ימים והרים וכו׳ אינם אלא במקום אחד כל אחד במקומו » (כף החיים או״ח סימן רכ״ח). résumé : une montagne ne remplit pas le monde comme le fait un coup de tonnerre : chacune est à sa place. Ce qui se bénit ici, ce n’est pas la force qui se déploie mais l’ouvrage qui, depuis les six jours, tient encore debout.
Une fois de trente jours en trente jours. Le Mehaber ne l’écrit pas ici, mais la Guemara le fixe :
« עַד כַּמָּה? אָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם. » (ברכות נ״ט ע״ב). Le Rambam l’inscrit dans la halakha même :
« עַל הֶהָרִים וְעַל הַגְּבָעוֹת עַל הַיַּמִּים וְעַל הַמִּדְבָּרוֹת וְעַל הַנְּהָרוֹת אִם רָאָה אַחַת מֵהֶן מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לִשְׁלֹשִׁים יוֹם מְבָרֵךְ עוֹשֶׂה בְּרֵאשִׁית. » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה טו) ; et la Michna Beroura l’étend à tout le siman :
« ודע דכל הברכות האלו אינן אלא כשרואה אותן משלשים יום לשלשים יום » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ב). Le Kaf haHaim explique pourquoi le Mehaber l’a passé sous silence :
« ולא לבד בפעם א׳ צריך לברך כן אלא כל שלשים יום » (כף החיים או״ח סימן רכ״ח). résumé : on ne bénit pas la mer chaque matin : c’est une bénédiction de retrouvailles, et trente jours en font la mesure.
Ce que la michna partageait, et la question de la Guemara. La michna donnait deux listes et deux formules ; la Guemara s’en étonne :
« אַטּוּ כׇּל הָנֵי דַּאֲמַרַן עַד הַשְׁתָּא, לָאו מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית נִינְהוּ? וְהָכְתִיב ״בְּרָקִים לַמָּטָר עָשָׂה״! » (ברכות נ״ט ע״א) ; et sa conclusion est la clef de notre siman :
« הָכָא ״עוֹשֶׂה מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית״ — אִיכָּא, ״שֶׁכֹּחוֹ מָלֵא עוֹלָם״ לֵיכָּא. » (ברכות נ״ט ע״א). résumé : les deux formules ne sont pas interchangeables : עושה מעשה בראשית vaut des deux côtés, שכחו וגבורתו מלא עולם ne vaut que du côté du siman 227. Voilà pourquoi notre siman n’offre aucun choix.
B. הים הגדול — quelle mer, et quelle bénédiction
הַיָּם הַגָּדוֹל — au milieu d’une liste où tout reçoit la même formule, une seule chose est mise à part. La michna lui donnait déjà une bénédiction propre ; reste à savoir de quelle mer elle parlait, et c’est sur ce point que le Mehaber et une bonne part des Aharonim se séparent.
Une mer à part, et une bénédiction pour elle seule. Au milieu de la liste, le Mehaber ouvre une exception :
« ועל הים הגדול והוא הים שעוברים בו לארץ ישראל ולמצרים אומר ברוך אתה ה׳ אלהינו מלך העולם עושה הים הגדול » (שו״ע או״ח רכ״ח:א). La source en est la michna, au nom de Rabbi Yehouda :
« רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, הָרוֹאֶה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל אוֹמֵר בָּרוּךְ שֶׁעָשָׂה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל, בִּזְמַן שֶׁרוֹאֶה אוֹתוֹ לִפְרָקִים. » (משנה ברכות פרק ט משנה ב) ; et le Rambam la retient comme halakha :
« הָרוֹאֶה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לִשְׁלֹשִׁים יוֹם אוֹ יוֹתֵר מְבָרֵךְ בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ׳ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁעָשָׂה אֶת הַיָּם הַגָּדוֹל » (רמב״ם הלכות ברכות פרק י הלכה טו). résumé : toutes les mers reçoivent la formule commune ; une seule reçoit la sienne, parce que la michna la nomme séparément.
Quelle mer, selon le Mehaber. Le Mehaber ne laisse pas la question ouverte : il l’identifie dans le séif même, et la Michna Beroura dit pourquoi ce nom lui revient :
« ונקרא ים הגדול מפני חשיבותו של א״י » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ב). L’Aroukh haChoulhan trace la carte :
« ומהו הים הגדול, כתב רבינו הבית יוסף שהוא הים שעוברים בו לארץ ישראל ולמצרים, וזהו הים שבאמצע הישוב, שקצה האחד אצל יפו שהוא גבול ארץ ישראל, וקצה השני הוא בקצה ארץ ספרד. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). résumé : la mer que l’on traverse pour l’Égypte et la terre d’Israël — la Méditerranée —, et elle porte ce nom à cause de la terre qu’elle borde.
Et beaucoup d’Aharonim disent : l’océan. La Michna Beroura rapporte l’objection sans la trancher :
« אבל הרבה אחרונים פליגי על המחבר וס״ל דדוקא על ים אוקינוס שהוא הים הגדול שבכל הימים שמקיף את כל העולם עליו קבעו ברכה בפני עצמו מפני גדלו אבל על ים שעוברין בו לא״י לא נקרא לענין זה ים הגדול ומברכין עליו כמו על שאר ימים » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ב). Le Magen Avraham est plus net :
« ובל״ח הוכיח שאין מברכין ע״ז רק על הים אוקינוס המקיף העולם » (מגן אברהם או״ח סימן רכ״ח) ; et il lit autrement la responsa du Roch que le Beit Yossef invoquait :
« אבל תשו׳ הרא״ש הית׳ שלא יברך אלא על אוקינוס והיינו אותו שמקיף העולם » (מגן אברהם או״ח סימן רכ״ח). L’Aroukh haChoulhan rapporte les deux lectures :
« ויש שכתבו שהוא הים אוקיינוס המקיף את כל העולם » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). résumé : pour ces Aharonim, le nom de « Grande Mer » ne peut désigner que l’océan qui ceint le monde ; la Méditerranée, alors, se bénit comme toutes les autres mers.
Et en pratique, devant une divergence pareille. L’Aroukh haChoulhan, qui penche pourtant pour le Beit Yossef, conclut ainsi :
« ולפי זה למעשה נראה לברך על כולם ׳עושה מעשה בראשית׳, אפילו על הים שאצל ארץ ישראל, וגם על האוקיינוס מפני שינוי הפירושים ודו״ק » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח) ; et le Kaf haHaim dit la même chose, plus brièvement :
« ומ״מ כיון דאיכא פלוגתא יש לברך עושה מ״ב דבזה יוצא אליבא דכ״ע » (כף החיים או״ח סימן רכ״ח). résumé : la formule commune convient dans les deux lectures ; c’est elle que l’on dit quand on ne sait pas de quelle mer il s’agit. Pour la pratique, on suit son Rav.
Le texte de la bénédiction : deux formes. Le Mehaber écrit au présent ; la Michna Beroura signale l’autre version :
« כן הוא לשון הטור אבל כמה פוסקים העתיקו נוסח ברכה זו בלשון עבר שעשה את הים הגדול » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ג) ; et le Kaf haHaim range les autorités des deux côtés :
« וכ״כ הטור והלבוש. אבל בש״ס ורי״פ ורמב״ם ואבודרהם שעשה את הים הגדול » (כף החיים או״ח סימן רכ״ח). résumé : le Tour et le Levouch disent עושה הים הגדול, la Guemara, le Rif, le Rambam et l’Abudraham שעשה את הים הגדול. Le Mehaber a suivi le Tour.
C. ארבע נהרות — quels fleuves, et vus où
אַרְבַּע נְהָרוֹת — le séif 2 ne touche pas à la formule : il restreint la matière. Deux conditions, et elles ne portent pas sur la même chose : la première sur le fleuve lui-même, la seconde sur l’endroit d’où on le regarde.
Séif 2 — לא על כל הנהרות מברך
לא על כל הנהרות מברך אלא על ארבע נהרות דכתיבי בקרא כמו חדקל ופרת והוא שראה אותם במקום שלא נשתנה מהלכם ע״י אדם:
Séif 2 : ce n’est pas sur tous les fleuves que l’on bénit, mais sur les quatre fleuves qui sont écrits dans l’Écriture, comme le Hidékel et le Perat ; et à condition qu’il les ait vus en un lieu où leur cours n’a pas été modifié par la main de l’homme.
Les quatre fleuves de l’Écriture. Ce sont ceux du jardin d’Éden — Pichon, Guihon, Hidékel et Perat (בראשית ב׳:י״א-י״ד). Le Beit Yossef en donne la source :
« דלאו על כל נהרות מברך אלא דוקא אארבע נהרות דכתיבי בקרא כמו חדקל ופרת. וכ״כ המרדכי » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ח) ; et la Guemara lit leurs noms comme des descriptions :
« מַאי ״חִדֶּקֶל״ — אָמַר רַב אָשֵׁי: שֶׁמֵּימָיו חַדִּין וְקַלִּין. מַאי ״פְּרָת״? — שֶׁמֵּימָיו פָּרִין וְרָבִין. » (ברכות נ״ט ע״ב). résumé : la restriction vient de Tossafot et du Mordekhi, et le Mehaber l’a inscrite dans la halakha ; les noms mêmes des fleuves disent ce qu’ils sont.
Non pas ceux-là seulement. Le mot כמו du séif a fait difficulté. Le Magen Avraham s’en étonne :
« וצ״ע מאי כמו דקאמר דהא ליכא אלא הני ועוד למה לא יברכו על שאר נהרות גדולות שנבראו מו׳ ימי בראשית וגם כל הפוסקים כתבו סתמא נהרות ומנ״ל לחלק » (מגן אברהם או״ח סימן רכ״ח). La Michna Beroura tranche en ce sens :
« לאו דוקא אלו אלא ה״ה כל הנהרות שהן גדולות כמו אלו הד׳ נהרות ושיהיו ידועים שהם מימי בראשית כמו אלו ולא נתהוו אח״כ מברך » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ד) ; et l’Aroukh haChoulhan le dit en nommant des fleuves d’aujourd’hui :
« ולפי זה בוודאי על הנהרות הגדולים כמו נהר וואלג״א דונאי״י ריינו״ס וכיוצא בהם - צריך לברך. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). résumé : il ne s’agit pas d’une liste fermée mais d’une mesure : un fleuve aussi grand que ceux-là, et connu comme étant des jours du commencement.
Le lieu : là où la main de l’homme n’a pas passé. La seconde condition du séif vient d’une Guemara :
« וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר רַב יִצְחָק: הָרוֹאֶה פְּרָת אַגִּשְׁרָא דְבָבֶל, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ … עוֹשֵׂה בְרֵאשִׁית״. וְהָאִידָּנָא דְּשַׁנְיוּהּ פָּרְסָאֵי — מִבֵּי שַׁבּוּר וּלְעֵיל. » (ברכות נ״ט ע״ב). Le Beit Yossef en rapporte l’explication de Rachi :
« ופירש״י אגישרא דבבל אומר ברוך עושה בראשית קים להו שלא נשתנה פרת מהלוכו ע״י אדם משם ולמעלה אבל משם ולמטה סיבוהו בני אדם דרך אחרת » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ח) ; et il note que les décisionnaires ne l’avaient pas écrit —
« משמע דלא מברכין על הנהרות עושה מעשה בראשית אלא כשרואה אותם במקום שלא נשתנה מהלכם על ידי אדם. ולא ידעתי למה לא כתבוהו הפוסקים » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ח). La Michna Beroura en donne la portée pratique :
« פי׳ דבמקום שחפרו ושינו מהלכו של הנהר לדרך אחרת אין מברכין מאותו המקום והלאה דשם לאו מעשה בראשית הוא » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ה). résumé : celui qui s’étonnait que les décisionnaires eussent omis cette règle est le même qui, rédigeant le Choulhan Aroukh, l’y a mise ; un cours détourné n’est plus l’ouvrage du commencement.
Et dans le doute. La Michna Beroura rapporte l’avis de l’Eliya Rabba :
« ועיין בא״ר שמצדד לומר דאם ספק לו אם נשתנו ג״כ לא יברך » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ה) ; et le Kaf haHaim exige une certitude :
« דבעינן שיודעים בודאי שלא נשתנה מהלכם » (כף החיים או״ח סימן רכ״ח). Pour les mers, la Michna Beroura pose la même règle et l’allège aussitôt :
« וה״ה לענין ימים אם המשיכו בני אדם מאחד לחבירו ועשוהו לאחד אין מברכין על אותו מקום אלא דבימים מן הסתם אין אנו צריכין לחוש לזה » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ו). résumé : pour un fleuve, il faut savoir ; pour une mer, on n’a pas à s’en inquiéter par défaut.
D. הרים וגבעות המשונים — quels monts
הַמְשׁוּנִּים — « ceux qui sortent de l’ordinaire ». Le séif 3 fait pour les monts ce que le séif 2 faisait pour les fleuves, et il ajoute un critère que le séif 2 n’avait pas nommé : que la puissance du Créateur s’y reconnaisse.
Séif 3 — ולא על כל הרים וגבעות מברך
ולא על כל הרים וגבעות מברך אלא דוקא על הרים וגבעות המשונים וניכרת גבורת הבורא בהם:
Séif 3 : et ce n’est pas sur tous les monts et toutes les collines que l’on bénit, mais uniquement sur les monts et les collines qui sortent de l’ordinaire, et dans lesquels la puissance du Créateur se reconnaît.
D’où vient la restriction. Le Beit Yossef la rapporte au nom de l’Abudraham, au nom de Rabbenou Chimchon :
« כתב הרד״א בשם ה״ר שמשון דדוקא בהרים וגבעות המשונים וניכרת גבורת הבורא בהן וכן נהרות המשונים כגון פרת וחדקל מברך ברכה זו » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ח). résumé : la même mesure valait chez lui pour les fleuves : c’est une seule idée que le Mehaber a répartie sur deux séifim.
La mesure concrète. L’Aroukh haChoulhan ne se contente pas du mot et nomme des montagnes :
« והדבר פשוט דבעינן הרים וגבעות משונים בגובהם, כמו הררי אלף והרי פיראנ״א והר קאזבע״ק והרי אררט וכדומה, ונהרות גם כן שיהיו גדולות שיש להם שם בעולם, ולא נהרות קטנות שאין להם שם בעולם. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). résumé : des monts qui se distinguent par leur hauteur, et des fleuves qui ont un nom dans le monde ; une colline quelconque ne fait pas la bénédiction.
Ce que le Mehaber ne restreint pas. Il a restreint les fleuves au séif 2 et les monts au séif 3 ; les mers et les déserts, il les a laissés. Le Beit Yossef rapporte pourtant une limite au nom de Rabbenou Yona :
« וה״ר יונה כתב דהא דתנן ים הגדול למעט ימים קטנים שהם כמו שלוליות שנפרדין מהים הגדול שאינו מברך עליהם » (בית יוסף או״ח סימן רכ״ח) ; et pour les mers modifiées de main d’homme, la Michna Beroura :
« וה״ה לענין ימים אם המשיכו בני אדם מאחד לחבירו ועשוהו לאחד אין מברכין על אותו מקום אלא דבימים מן הסתם אין אנו צריכין לחוש לזה » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ו). résumé : une flaque détachée de la mer n’est pas la mer ; mais on ne va pas soupçonner chaque rivage d’avoir été creusé.
Le siman en une phrase : devant ce que le Créateur a fait au commencement et qui demeure — la mer, le fleuve, la montagne — on dit עושה מעשה בראשית, une fois par trente jours ; la Grande Mer a sa formule propre, et le siman consacre ses deux derniers séifim à dire ce qui, malgré les apparences, n’entre pas dans la règle.
Cas pratiques
Cas 1 — Je me tiens devant la mer
Situation : premier jour de vacances, la mer est là après des mois. Que dis-je ?
Conduite : la formule du séif :
« על ימים ונהרות הרים וגבעות ומדבריות אומר ברוך אתה יי אמ״ה עושה מעשה בראשית » (שו״ע או״ח רכ״ח:א) ; et seulement si trente jours ont passé depuis la dernière fois :
« ודע דכל הברכות האלו אינן אלא כשרואה אותן משלשים יום לשלשים יום » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ב). Quant à savoir si cette mer-ci mérite la bénédiction propre du ים הגדול :
« ולפי זה למעשה נראה לברך על כולם ׳עושה מעשה בראשית׳, אפילו על הים שאצל ארץ ישראל, וגם על האוקיינוס מפני שינוי הפירושים ודו״ק » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). résumé : la formule commune, une fois par période de trente jours. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Je traverse un grand fleuve
Situation : un pont sur un fleuve immense, qui n’est ni le Tigre ni l’Euphrate. Y a-t-il une bénédiction ?
Conduite : le séif restreint :
« לא על כל הנהרות מברך אלא על ארבע נהרות דכתיבי בקרא כמו חדקל ופרת » (שו״ע או״ח רכ״ח:ב) ; mais la Michna Beroura ouvre la mesure :
« לאו דוקא אלו אלא ה״ה כל הנהרות שהן גדולות כמו אלו הד׳ נהרות ושיהיו ידועים שהם מימי בראשית כמו אלו ולא נתהוו אח״כ מברך » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ד). Reste la seconde condition, celle du lieu :
« והוא שראה אותם במקום שלא נשתנה מהלכם ע״י אדם » (שו״ע או״ח רכ״ח:ב) ; que la Michna Beroura explique :
« פי׳ דבמקום שחפרו ושינו מהלכו של הנהר לדרך אחרת אין מברכין מאותו המקום והלאה דשם לאו מעשה בראשית הוא » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:ה). résumé : oui si le fleuve est de cette grandeur et connu comme ancien, et si l’on ne se tient pas en aval d’un ouvrage qui a détourné son cours. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Devant une haute montagne
Situation : une chaîne enneigée se découvre au détour de la route. Et une colline ordinaire, en bas de chez moi ?
Conduite : le séif 3 tranche :
« ולא על כל הרים וגבעות מברך אלא דוקא על הרים וגבעות המשונים וניכרת גבורת הבורא בהם: » (שו״ע או״ח רכ״ח:ג) ; et l’Aroukh haChoulhan donne la mesure :
« והדבר פשוט דבעינן הרים וגבעות משונים בגובהם, כמו הררי אלף והרי פיראנ״א והר קאזבע״ק והרי אררט וכדומה, ונהרות גם כן שיהיו גדולות שיש להם שם בעולם, ולא נהרות קטנות שאין להם שם בעולם. » (ערוך השלחן או״ח סימן רכ״ח). Et la raison de la formule reste celle du séif 1 :
« פי׳ כיון שיסדן מאז ושבחו של מקום הוא כשאנו מכירין היום דבר שאנו יודעין שהמקום בראו מששת ימי בראשית ועדיין הוא קיים » (משנה ברורה, מ״ב רכ״ח:א). résumé : la chaîne, oui ; la colline du quartier, non. Ce qui est demandé n’est pas l’émotion mais la singularité. Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Quelles sont les cinq choses nommées au séif 1, et quelle formule leur revient (שו״ע או״ח רכ״ח:א) ?
- Pourquoi ne dit-on pas ici שכחו וגבורתו מלא עולם, comme au siman précédent (מ״ב רכ״ח:א) ?
- Quelle mer est le ים הגדול selon le Mehaber, et que répondent les Aharonim (מ״ב רכ״ח:ב) ?
- Les quatre fleuves sont-ils les seuls sur lesquels on bénit (מ״ב רכ״ח:ד) ?
- Quelles sont les deux conditions du séif 2, et laquelle porte sur le lieu (שו״ע או״ח רכ״ח:ב) ?
Pour aller plus loin
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- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : page-passerelle — l’Admour HaZaken n’a pas rédigé ce siman dans son Choul’han Aroukh ; renvoi aux Niveaux 1-3 et à son Siddour