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DAAT · Niveau 2 — Lamdan

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
סימן רמ״ח
דין המפליג בספינה וההולך בשיירא בשבת
Étude, pilpoul, trois explications du fondement de la loi
⚡ Pour lamdanim et talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

La sougya de שבת י״ט., la brayta de אין מפליגין, trois explications
du fondement de la loi, et la controverse de רבי et רשב״ג sur la פסיקה

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm, siman רמ״ח · 4 séifim
avec les nossei kelim : Beit Yossef, Taz, Maguen Avraham, Gaon de Vilna, Michna Beroura

Base talmudique :
שבת י״ט. · עירובין מ״ג. · פסחים נ:

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Sommaire

  1. Ouverture de la sougya — la brayta de שבת י״ט. et la controverse de רבי et רשב״ג
  2. La hakira de fond — trois explications du motif de l'interdiction de prendre la mer
  3. La position du Rif et du Roch — משום עונג שבת
  4. La position des יש מפרשים et la place du Ramban — משום איסור תחומין
  5. La position du Raza'h et du Ribach — משום סכנה et פיקוח נפש
  6. Le גדר de דבר מצוה — Rabbénou Tam, le Beit Yossef et le Taz
  7. La sougya de ופוסק עמו שישבות — la controverse de רבי et רשב״ג
  8. La position du Bahag sur קניית שביתה — la sougya de עירובין
  9. La sougya de מצור לצידון — la קולא du trajet d'un seul jour
  10. La position du Rambam — Hilkhot Chabbat, chapitre 30
  11. Le psak des Aharonim — Taz, Maguen Avraham, Gaon de Vilna, Michna Beroura
  12. Nafka minot pratiques — applications modernes et ligne de psak

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 4 séifim

Le siman compte quatre séifim. Les deux premiers portent le cœur de la sougya et sont reproduits ici ; le séif ג est lu à la section 9 et le séif ד à la section 13.

« מותר להפליג בספינה אפילו בערב שבת אם הולך לדבר מצוה ופוסק עמו שישבות ואם אחר כך לא ישבות אין בכך כלום אבל לדבר הרשות אין מפליגין בספינה בפחות מג׳ ימים קודם השבת » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:א)
« הא דאין מפליגין בספינה בפחות משלש׳ ימים קודם השבת הטעם משום עונג שבת שכל שלשה ימים הראשונים יש להם צער ובלבול » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ב)

1. Ouverture de la sougya — la brayta de שבת י״ט.

Le texte de la brayta

« תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קוֹדֶם לַשַּׁבָּת. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — לִדְבַר הָרְשׁוּת, אֲבָל לִדְבַר מִצְוָה — שַׁפִּיר דָּמֵי. וּפוֹסֵק עִמּוֹ עַל מְנָת לִשְׁבּוֹת, וְאֵינוֹ שׁוֹבֵת — דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ. וּמִצּוֹר לְצִידֹן — אֲפִילּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת מוּתָּר. »

(שבת י״ט.)

Les gloses de Rachi sur la brayta

Il faut commencer par mesurer ce que Rachi fait — et ce qu'il ne fait pas — sur cette brayta. Il ne donne aucun motif à l'interdiction. Il glose trois expressions, et seulement trois : le verbe מפליגין, les mots ופוסק, et la clause ומצור לצידן. Tout le débat sur le pourquoi de la brayta naîtra donc chez les Richonim qui viennent après lui, et c'est le Tour puis le Beit Yossef qui le mettront en ordre.

« מפליגין - מפרישין מן היבשה לים… » (רש״י שבת י״ט. ד״ה מפליגין) — Rachi explique le verbe par son sens propre : se séparer de la terre ferme.

« ופוסק - עם הנכרי ע״מ לשבות ואין צריך לשבות » (רש״י שבת י״ט. ד״ה ופוסק) — la convention se passe avec le non-juif ; et Rachi précise déjà qu'il n'est pas requis que celui-ci chôme en fait.

« ומצור לצידן - אין אלא מהלך יום ובע״ש היה שם יום השוק כדאמרינן בפסחים במקום שנהגו (פסחים דף נ:) » (רש״י שבת י״ט. ד״ה ומצור לצידן) — la distance de Tyr à Sidon n'est que d'une journée de marche, et Rachi dit encore d'où l'on sait que le jour de marché y tombait la veille de Chabbat : de la sougya de Pessahim.

La controverse centrale — רבי et רשב״ג

Deux positions dans la brayta :

Le Tour tranche comme רשב״ג et le dit en propres termes : « רשב״ג אומר א״צ לפסוק והלכה כמותו » (טור אורח חיים רמ״ח). Mais le Mehaber, lui, retient la stipulation dans le corps du séif א — ופוסק עמו שישבות — c'est-à-dire la position de רבי. Le Beit Yossef avait relevé que le Rambam ne suit pas non plus le Tour sur ce point : « ומ״ש רבינו דהלכה כרשב״ג אין כן דעת הרמב״ם שבפרק כ״ד ופ״ל פסק כת״ק » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח).

Hakira : quel est le גדר de cette פסיקה ? Trois manières de la concevoir :

a) Première manière : elle retire au non-juif sa qualité d'envoyé — il ne sera plus le שליח de l'Israélite pour profaner le Chabbat.

b) Deuxième manière : elle relève de l'apparence publique — que nul ne voie l'Israélite consentir à la profanation.

c) Troisième manière : elle est l'expression d'une intention — l'Israélite déclare pour lui-même qu'il ne veut pas de profanation.

Cette hakira n'est pas gratuite : elle se mesure à un endroit précis du siman, où les Aharonim donnent deux réponses opposées selon qu'il s'agit du bateau ou de la caravane. On le verra à la section 8.

2. La hakira de fond — trois explications du motif

Quel est réellement le motif de la brayta ? La Michna Beroura ouvre son commentaire sur ce siman en annonçant d'emblée la pluralité : « והנה הרבה טעמים נאמרו ע״ז בפוסקים » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה). Les Richonim ne s'accordent pas sur ce motif. Trois explications sont suivies ici ; d'autres paraissent ailleurs dans la page — le Ramban en donne une en propre (section 5), et la Michna Beroura rattache encore à la brayta celle du שט (section 9).

Explication I — משום עונג שבת (Rif, Roch, Rambam)

Le Rif, rapporté par le Tour — « רב אלפס פי׳ הטעם משום עונג שבת שכל ג׳ ימים הראשונים גופו משתבר ואין רוחו חוזרת עד אחר ג׳ ימים ולכן מתירין בנהרות הנובעים שאינו מצטער » (טור אורח חיים רמ״ח). Le corps est rompu, et le souffle ne revient qu'après trois jours : c'est l'expérience du voyage en mer qui fait la loi.
Le Beit Yossef — il rapporte que le Ri et le Roch ont écarté l'explication par les tehoumin et retenu celle-ci : « והסכימו שהטעם הוא משום ביטול עונג שבת שכל ג׳ ימים הראשונים ה״ל שינוי וסת משום נענוע הספינה ולא יוכלו למעבד עונג שבת » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח) . Et il tire aussitôt la conséquence qui explique la permission pour une mitsva : « והיינו טעמא שלכל דבר מצוה שרי משום דפטירי ממצות עונג שבת דהעוסק במצוה פטור מן המצוה » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח).

Explication II — משום איסור תחומין (les יש מפרשים du Tour)

Le Tour, au nom des יש מפרשים — « י״מ הטעם משום איסור תחומין ולכך מתירין בספינה גדולה שהולכת למעלה מי׳ » (טור אורח חיים רמ״ח). Le principe sous-jacent est qu'il n'y a pas de tehoum au-dessus de dix tefahim : un bateau qui navigue à plus de dix tefahim du fond échappe à l'interdit. Le Beit Yossef rattache cette lecture à Rabbénou Hananel, et les Hagahot Maïmoniot la donnent au nom de Rabbénou Tam.
Le Yereim, par le Bah et le Maguen Avraham — la mesure des dix tefahim se prend du fond du bateau au fond de la rivière, et le Maguen Avraham cite là le Sefer Yereim : « וכ״כ הב״ח בשם ספר היראים (ומ״מ בספר היראים משמע דשרי ביושב למעלה) » (מגן אברהם רמ״ח ס״ק ז) . La Michna Beroura enregistre la même hésitation : « ויש מתירין כשהוא יושב למעלה מיו״ד טפחים ואין רגליו תלויות למטה מיו״ד טפחים ויש לסמוך על דבריהם כשהוא צריך לכך » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק י״ד).

Explication III — משום סכנה ופיקוח נפש (Raza'h, Ribach)

Le Raza'h, rapporté par le Ran — le Beit Yossef écrit : « והר״ן בפ״ק דשבת כתב טעם אחר בשם הרז״ה דים מקום סכנה הוא וג׳ ימים קודם השבת קמי שבתא מיקרי » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח) , et il poursuit : « ונראה כמתנה לדחות את השבת מפני שאין דבר שעומד בפני פקוח נפש » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח). Prendre la mer dans les trois jours, c'est se mettre soi-même en position d'avoir à repousser le Chabbat.
Le Ribach — le Beit Yossef rapporte longuement sa responsum sur cette lecture du Raza'h ; le Rama le cite deux fois dans ce siman, au séif א et au séif ב, avec sa référence : ריב״ש סי׳ קנ״ב. La Michna Beroura range aussi dans cette famille l'explication par la crainte de la mélakha : « י״א הטעם שמא יצטרך הישראל לעשות מלאכה בעצמו בשבת משום פיקוח נפש דמקום סכנה הוא » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה).

Le yessod : ces explications ne sont pas des variantes d'une même idée — elles se contredisent par endroits, et la Michna Beroura le montre en rapportant l'objection que le Rif adresse aux deux autres, et le motif qu'il retient lui-même : « והרי״ף ס״ל דאי משום חשש מלאכה או תחומין ודאי היה אסור אף קודם ג׳ ימים וגם לדבר מצוה לא היה מותר אלא דעיקר האיסור משום ביטול מצות עונג שבת… » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה) . Et pourtant la Michna Beroura conclut que le Mehaber, tout en suivant le Rif au séif ב, retient aussi au séif ד ce que tiennent les autres : « והנה המחבר אף שנמשך בס״ב אחר הרי״ף שהעתיק פירושו » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה) — et néanmoins il tranche comme ceux qui permettent avant les trois jours. Le psak final agrège donc les critères sans les fondre.

3. Nafka minot entre les explications

Conséquences pratiques distinguant les motifs :

SituationSelon I (עונג)Selon II (תחומין)Selon III (סכנה)
Rivière vivePermis — pas de צער (séif ב)Dépend de la profondeurPermis s'il n'y a pas de danger
Mer salée, eau profondeInterdit les 3 joursPermis — au-dessus de י׳ טפחיםInterdit
Mer salée, eau peu profondeInterditInterditInterdit
Bateau mû pour des non-juifsSans effet sur le צערSans effet sur la mesureAllège la crainte de mélakha (séif ב, הגה)

La quatrième ligne est celle qui départage le mieux : le Rama, au séif ב, interdit précisément le bateau שיצטרך הישראל לבא לידי מלאכה בשבת (רמ״א אורח חיים רמ״ח:ב), ce qui n'a de sens que dans la troisième famille d'explications.

4. La position du Rif et du Roch — משום עונג שבת

Le fondement de l'explication

Cette position repose sur une donnée d'expérience : dans l'Antiquité comme au Moyen Âge, la traversée était une épreuve physique. Le Tour, rapportant le Rif, le dit brièvement — le corps משתבר, et אין רוחו חוזרת avant trois jours. Passé ce délai, l'homme s'accoutume et peut de nouveau accomplir le עונג שבת.

Ce qui confirme cette position : le Mehaber lui-même, au séif ב, donne ce motif et pas un autre — « הטעם משום עונג שבת שכל שלשה ימים הראשונים יש להם צער ובלבול » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ב) — et il en tire aussitôt la distinction entre mer et rivière : « ודוקא למפליגים במים המלוחים אבל בנהרות אין שום צער למפליגים בהם ולפיכך מותר להפליג בהם אפילו בערב שבת » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ב).

Kachya sur cette position

Kachya 1 : si le motif est le עונג שבת, pourquoi la mitsva lève-t-elle l'interdit ? Celui qui voyage pour une mitsva sera tout aussi privé de עונג que celui qui voyage pour son agrément. Le motif devrait valoir contre lui exactement de la même manière.

Kachya 2 : si le motif est le עונג, il aurait fallu permettre à qui est habitué à la mer et n'en souffre pas. Pourquoi la loi ne fait-elle pas cette distinction ?

Terouts à la première : c'est exactement là que le Beit Yossef place la clé — « והיינו טעמא שלכל דבר מצוה שרי משום דפטירי ממצות עונג שבת דהעוסק במצוה פטור מן המצוה » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח) . Le Maguen Avraham le reprend en une ligne : « ולדבר מצוה שרי שהעוסק במצוה פטור מן המצוה » (מגן אברהם רמ״ח ס״ק ו) . Et la Michna Beroura énonce la chose sans détour : « היינו אף דבודאי לא יקיים עונג שבת עי״ז כמ״ש המחבר בס״ב אפ״ה מותר כיון דלצורך מצוה הוא וקי״ל דעוסק במצוה פטור מן המצוה » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק א). L'interdit n'est pas levé parce que la souffrance disparaîtrait : il est levé parce que l'obligation de עונג ne pèse plus sur cet homme-là.

Terouts à la seconde : le Choulhan Aroukh ne tranche pas ici selon l'individu, mais selon le milieu — eau salée ou rivière (séif ב). Le critère est objectif et non subjectif. Les poskim de ce siman ne discutent pas le cas de l'homme aguerri à la mer ; la question reste donc ouverte, et il n'y a pas lieu de la trancher ici.

5. L'explication par les תחומין — et la position propre du Ramban

Le fondement de l'explication

Les יש מפרשים du Tour fondent l'interdit sur le din de תחומין. La règle est qu'il n'y a pas de tehoum au-dessus de dix tefahim (la question est posée en עירובין מ״ג., et les Richonim se partagent sur son issue). Si le bateau navigue à plus de dix tefahim du fond, il n'y a pas d'interdit de tehoumin ; s'il frôle le fond, il y en a un.

Comment le Mehaber pose la mesure : « אבל במקום שידוע לנו שמקרקע הספינ׳ לקרקע הנהר פחות מעשר׳ טפחים אסור » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ב). La mesure ne se prend donc pas de la surface de l'eau mais du fond du bateau au fond de la rivière — et le Maguen Avraham ס״ק ז comme la Michna Beroura ס״ק י״ד discutent du cas où l'homme est assis, lui, au-dessus de dix tefahim.

Kachya sur cette position

Kachya : si le motif est le tehoum, pourquoi la brayta parle-t-elle de « trois jours » ? L'interdit de tehoumin frappe le Chabbat lui-même, pas la veille. Et l'objection du Rif est plus radicale encore : « והרי״ף ס״ל דאי משום חשש מלאכה או תחומין ודאי היה אסור אף קודם ג׳ ימים וגם לדבר מצוה לא היה מותר אלא דעיקר האיסור משום ביטול מצות עונג שבת… » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה) — si c'était le tehoum, il faudrait interdire même bien avant les trois jours, et même pour une mitsva ; c'est pourquoi le Rif place le cœur de l'interdit dans la perte du עונג שבת.

Terouts de la Michna Beroura : pour ces poskim, le découpage en trois jours ne vient pas du motif lui-même mais du calendrier — « הוא משום דשלשה ימים קודם שבת מקרי קמא שבתא וחל עליו להזהר שלא יבוא לידי חילול שבת אבל קודם ג׳ ימים דהם מקרי בתר שבת העבר עדיין לא חל עליו אזהרת שבת הבאה ושרי להפליג בהם » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה). Les trois derniers jours appartiennent déjà au Chabbat qui vient ; ceux d'avant appartiennent encore au Chabbat passé.

Et le Ramban, lui, donne un motif entièrement à part. Le Beit Yossef le rapporte au nom du Ran et de Rabbénou Yerouham : l'interdit tient à ce que l'on paraît stipuler avec le non-juif la profanation du Chabbat — « מפני שנראה כמי שמתנה עם העכו״ם לחלל שבת » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח). Il en tire une conséquence considérable : lorsque le bateau serait parti de toute façon sans l'Israélite, le non-juif travaille pour lui-même et rien n'y paraît. Sur les tehoumin au-dessus de dix tefahim, le Beit Yossef range le Ramban et le Rachba parmi ceux qui sont indulgents — ce qui interdit de faire du Ramban un tenant de l'explication par les tehoumin.

6. L'explication par la סכנה et le פיקוח נפש

Le fondement de l'explication

Pour le Raza'h — rapporté par le Ran, puis par le Beit Yossef — la mer est מקום סכנה. Dans les trois jours qui précèdent le Chabbat, s'y engager revient à se placer volontairement là où il faudra repousser le Chabbat au nom du פיקוח נפש. Ce n'est pas que le sauvetage serait interdit : c'est que l'on n'a pas à organiser d'avance la situation qui l'exigera.

Le raisonnement en propre : le פיקוח נפש repousse le Chabbat — mais le Beit Yossef, citant le Raza'h, précise le tour de la chose : « ונראה כמתנה לדחות את השבת מפני שאין דבר שעומד בפני פקוח נפש » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח). C'est le fait même que rien ne tienne devant le פיקוח נפש qui rend suspecte l'entrée délibérée dans la situation.

Ce qui appuie cette position

Des appuis pour cette position, dans l'appareil du siman et dans le corps même du siman :

Le Gaon de Vilna lit la brayta selon le Raza'h, et le dit expressément : « כפי׳ הרז״ה דברייתא מיירי במקום שיצטרך הישראל לעשות מלאכה » (ביאור הגר״א אורח חיים רמ״ח, סעיף א).

Le Taz donne le partage du calendrier sur lequel toute la famille repose : « הטעם דג״י קודם השבת שייכים לשבת הבא וקודם לזה שייכים לשבת שעבר » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק ג).

La Michna Beroura reprend ce partage et en tire l'obligation : « הטעם כמו שכתבנו למעלה דשלשה ימים קודם השבת שייכים לשבת הבא וחל עליו להזהר שלא יבוא לידי חילול שבת » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ח).

Enfin, le Rama a rattaché cette famille au Ribach dans le corps même du siman, au séif ב : « וכן בספינה שיצטרך הישראל לבא לידי מלאכה בשבת אסור ליכנס בה שלשה ימים קודם השבת אפי׳ הם נהרות הנובעים והוא למעלה מעשרה » (רמ״א אורח חיים רמ״ח:ב).

7. Le גדר de דבר מצוה — Rabbénou Tam, le Beit Yossef, le Taz

La position large de Rabbénou Tam

Rabbénou Tam, rapporté par le Tour — « ולענין דבר מצוה פר״ת שכל מקום שאדם הולך כגון לסחורה או לראות פני חבירו » (טור אורח חיים רמ״ח) , et la suite : « חשיב הכל דבר מצוה ואין חשובה דבר הרשות אלא כשהולך לטייל » (טור אורח חיים רמ״ח).

L'élargissement est considérable. Rabbénou Tam réduit le דבר הרשות au seul voyage d'agrément ; tout le reste — commerce, visite, subsistance — entre dans le דבר מצוה. C'est le Rama, et non le Mehaber, qui fait passer cette position dans le Choulhan Aroukh, au séif ד et au titre d'un יש אומרים : « י״א שכל מקום שאדם הולך לסחורה או לראות פני חבירו חשוב הכל דבר מצוה ואינו חשוב דבר הרשות רק כשהולך לטייל » (רמ״א אורח חיים רמ״ח:ד).

Il faut y prendre garde : cette phrase vit dans la glose du Rama, à l'intérieur du séif ד. Elle n'est pas du Mehaber : dans ce siman, le Mehaber ne reprend pas l'extension de Rabbénou Tam.

L'opposition du Beit Yossef — il conteste que tous les poskim suivent Rabbénou Tam, et par un argument de conséquence : si aller au commerce était une mitsva, « א״כ פטרת את כל העולם ממצות… » — d'où sa conclusion : « אלא ודאי לית להו הא דר״ת » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח). Et il rapporte le Ribach dans le même sens : « וכ״כ הריב״ש בתשובה שזה שכתב רבינו בשם ר״ת קולא יתירא היא ומ״מ כתב שלעלות לא״י הוי שפיר לדבר מצוה » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח).

La difficulté du Taz — et la réponse qu'il y donne

Le Taz, sur les mots חשוב הכל דבר מצוה du Rama, soulève une contradiction avec les lois de Pessah : « קשה מ״ש מההיא דסי׳ תמ״ד לענין חמץ בביתו דלא חשיב דבר מצוה אלא בהולך למול בנו » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק ה). Là-bas, seule une mitsva au sens strict dispense de revenir sur ses pas.

La réponse du Taz : « וצ״ל דשאני חומרא דחמץ שצריך הרחק׳ יתירה כיון שאדם רגיל בו ע״כ החמירו בו יותר » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק ה). Le hamets appelle un éloignement exceptionnel parce que l'homme y est accoutumé ; la rigueur de תמ״ד lui est propre et ne se transporte pas ici. Le Taz résout donc la difficulté en faveur de la glose du Rama, et ne se range pas contre Rabbénou Tam.

La hakira au fond de la controverse :

a) Première manière — pour Rabbénou Tam, דבר מצוה désigne tout ce qui n'est pas pur agrément personnel : ce qui sert autrui, ce qui assure la subsistance, ce qui relève d'un devoir envers un proche.

b) Deuxième manière — pour le Beit Yossef et le Ribach, דבר מצוה garde son sens étroit : une mitsva véritable. La preuve qu'ils en donnent est méthodologique — si l'acception large était la bonne, les Richonim n'auraient pas eu à chercher d'autres motifs pour justifier l'usage de prendre la mer la veille de Chabbat.

Où se situe la décision : le Mehaber ne rapporte pas l'extension de Rabbénou Tam ; le Rama la donne comme יש אומרים et ajoute, sur l'usage qui s'en réclame, « ואין למחות בידן הואיל ויש להם על מי שיסמוכו » (רמ״א אורח חיים רמ״ח:ד) . La Michna Beroura, qui clôt le siman, referme exactement d'autant : « אבל במקום שלא נהגו להקל אין כדאי לכתחלה להקל דכמה פוסקים סוברים דבעינן מצוה גמורה » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ל״ו). La permission tient à l'usage établi, non à la définition.

8. La sougya de ופוסק עמו שישבות

La controverse de רבי et רשב״ג

PositionFaut-il stipuler ?Et s'il ne chôme pas ?
רביOui, il faut stipulerאין בכך כלום
רשב״גNon, ce n'est pas nécessaireאין בכך כלום

La décision halakhique

Le Tour tranche comme רשב״ג : « רשב״ג אומר א״צ לפסוק והלכה כמותו » (טור אורח חיים רמ״ח).

Le Rambam, selon le Beit Yossef, tranche à l'inverse : « ומ״ש רבינו דהלכה כרשב״ג אין כן דעת הרמב״ם שבפרק כ״ד ופ״ל פסק כת״ק » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח).

Le Mehaber écrit la stipulation dans le corps du séif א — ופוסק עמו שישבות — et le Taz précise aussitôt d'où elle vient et jusqu'où elle porte : « זה דעת הרמב״ם ונ״ל דהך ופוסק לא קאי דוקא על ע״ש אלא אפי׳ קודם שבת תוך ג׳ ימים » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק א).

Hakira : qu'est-ce que la פסיקה, au fond ? Si l'on peut s'en passer après coup, que signifie-t-elle ?

Et voici la mesure que le siman en donne lui-même — c'est la nafka mina promise à la section 1. La Michna Beroura répond deux fois, en sens opposé, selon qu'il s'agit du bateau ou de la caravane :

Sur le bateau, au séif א : « והסכימו רוב האחרונים דהפסיקה הוא רק למצוה בעלמא ואינו מעכב » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ג).

Sur la caravane, au séif ד : « והפסיקה הוא לעיכובא ואם לא יתרצו בזה לא ילך עמם » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק כ״ט).

Le contraste est trop net pour être fortuit, et il n'est pas tranché ici : la Michna Beroura renvoie au Biour Halakha pour la caravane. Ce que l'on peut dire sans rien ajouter à la source, c'est que le mot פסיקה ne recouvre pas la même chose dans les deux séifim, et que toute théorie du גדר de la פסיקה doit rendre compte de cet écart.

9. La position du Bahag sur קניית שביתה

Le Bahag, rapporté par le Tour — « ובה״ג כתב אם קנה שביתה בספינה מע״ש מותר ליכנס בה אפילו בשבת » (טור אורח חיים רמ״ח). Si l'homme est entré dans le bateau la veille de Chabbat et y a acquis sa שביתה, le bateau devient son lieu de Chabbat : il peut y entrer le Chabbat même et prendre la mer.

Le Mehaber retient la chose au séif ג : « היכא דמותר להפליג מערב שבת אם נכנס בספינה מערב שבת וקנה בה שביתה אף על פי שמפלגת בשבת מותר » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ג) — avec une condition : « והוא שלא יצא מהספינה מעת שקנה שביתה » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:ג) . Et la Michna Beroura précise ce qu'est acquérir שביתה : « היינו שישב שם כל בין השמשות עד שתחשך » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק כ).

La controverse du Ri et du Bahag

Le Ri (Tossafot) s'oppose au Bahag et interdit même après acquisition de שביתה. Le Tour le rapporte : « ור״י אסר הכל אפילו בתוך התחום מפני שהוא נראה שט על פני המים שהוא אסור » (טור אורח חיים רמ״ח) , et Tossafot sur place disent la même chose, l'adossant au cas du פרק תולין dont ils tirent que même à l'intérieur du tehoum, sans הערמה, c'est interdit : « אין מפליגין בספינה - אפילו תוך התחום אסור משום שט… ואפ״ה בלא הערמה אסור » (תוספות שבת י״ט. ד״ה אין מפליגין בספינה).

Le Bahag permet. Le raisonnement, tel que la Michna Beroura le rend au nom de cette position : « דאל״ה אסור ליכנס בה בשבת מפני שנראה כשט ע״פ המים » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק כ״א) — c'est-à-dire que la קניית שביתה supprime précisément l'apparence de שט, le bateau étant devenu sa maison.

La Michna Beroura rappelle d'ailleurs que cette explication par le שט est l'un des motifs donnés à la brayta elle-même : « וי״א דהטעם שאסרו להפליג בספינה הוא מפני שנראה כאלו צף ושט ע״פ המים בשבת » (משנה ברורה רמ״ח, הקדמה).

Nafka mina : de cette controverse dépend l'usage de faire le קידוש dans le bateau la veille de Chabbat, puis de rentrer dormir chez soi et de revenir le lendemain. Le Rama le rapporte au séif ג, dans le second de ses deux יש אומרים : « וי״א שעושין קידוש בספינה ואח״כ חוזרים לביתם ולנים שם ולמחר חוזרין לספינה ומפליגין כן נהגו בקצת מקומות ואין למחות » (רמ״א אורח חיים רמ״ח:ג).

Les sources que le Rama donne lui-même pour cet usage sont ר״ן פ״ק דשבת וריב״ש סי׳ י״ז קכ״א קכ״ב — et le Beit Yossef note que c'est bien le Ran qui a mis par écrit la sevara du Bahag : « ודע שסברא זו דבה״ג כתבה הר״ן בפ״ק דשבת » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח).

La Michna Beroura ramène d'ailleurs le קידוש à son rôle exact — il ne fait pas la שביתה, il la publie : « אלא שסוברין דלכתחלה נכון לעשות שם ג״כ קידוש ולאכול מעט כדי לפרסם הדבר שקנו שם שביתה » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק כ״ד).

10. La sougya de מצור לצידון — la קולא du trajet d'un jour

Le texte de la brayta

« וּמִצּוֹר לְצִידֹן — אֲפִילּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת מוּתָּר. »

(שבת י״ט.)

Cette clause de la brayta ajoute une קולא décisive : si le trajet est assez court pour qu'on puisse arriver avant Chabbat, la traversée est permise même le vendredi matin. Rachi avait déjà donné la mesure du trajet — אין אלא מהלך יום.

Comment le Mehaber la reprend

Le Mehaber, dans le corps du séif א — et non dans une glose du Rama : « ואם הוא דרך מועט כמו מצור לצידון שאין ביניהם כי אם מהלך יום אחד מות׳ להפליג בע״ש בבקר מפני שאפשר שיגיע שם קודם השבת » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:א).

Le גדר de cette קולא : si l'homme peut arriver avant Chabbat, il sort de la problématique entière — pas de profanation de son fait, pas de צער de la traversée, pas d'entrée délibérée dans le danger. Une telle traversée n'est tout simplement pas comprise dans l'interdit de la brayta.

Mais la קולא n'est pas sans bornes, et le siman lui en pose. L'une est l'heure du départ, et la Michna Beroura la resserre : « דאם ימשך שעה ושתים על היום אסור דלא יגיע לשם קודם השבת » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק י) . Une autre est l'usage local, que le Mehaber pose en clôture du séif א : « ומקום שנהגו שלא להפליג בע״ש כלל אפי׳ דרך מועט אין מפליגין » (שולחן ערוך אורח חיים רמ״ח:א).

11. La position du Rambam — Hilkhot Chabbat, chapitre 30

Le Rambam (הלכות שבת פ״ל הי״ג) — « אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קֹדֶם הַשַּׁבָּת כְּדֵי שֶׁתִּתְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ עָלָיו קֹדֶם הַשַּׁבָּת וְלֹא יִצְטַעֵר יֶתֶר מִדַּאי » (רמב״ם הלכות שבת פ״ל הי״ג).
La suite de la même halakha — « וְלִדְבַר מִצְוָה מַפְלִיג בַּיָּם אֲפִלּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת. וּפוֹסֵק עִמּוֹ לִשְׁבֹּת וְאֵינוֹ שׁוֹבֵת » (רמב״ם הלכות שבת פ״ל הי״ג) , puis : « וּמִצּוֹר לְצִידֹן וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אֲפִלּוּ לִדְבַר הָרְשׁוּת מֻתָּר לְהַפְלִיג בְּעֶרֶב שַׁבָּת » (רמב״ם הלכות שבת פ״ל הי״ג).

Trois observations, et une hakira :

1. Le motif que le Rambam donne est celui du צער — כְּדֵי שֶׁתִּתְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ עָלָיו — c'est-à-dire la première des trois explications, celle du Rif.

2. Le Rambam ne supprime pas la clause וְאֵינוֹ שׁוֹבֵת : il l'écrit. Il conserve donc ensemble l'exigence de stipuler et l'indifférence au fait que le non-juif chôme ou non.

3. Sur מצור לצידון, le Rambam est plus large que la brayta ne le laissait entendre : il permet אֲפִלּוּ לִדְבַר הָרְשׁוּת.

La hakira : pourquoi le Rambam exige-t-il la stipulation, quand le Tour tranche que רשב״ג dispense de la faire ? Le Beit Yossef pose la question en ces termes : « ומ״ש רבינו דהלכה כרשב״ג אין כן דעת הרמב״ם שבפרק כ״ד ופ״ל פסק כת״ק » (בית יוסף אורח חיים רמ״ח). Le Taz, lui, identifie la source de ce que le Mehaber a écrit — « זה דעת הרמב״ם » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק א) — et en étend la portée à tous les jours des trois, et non à la seule veille de Chabbat. Le Beit Yossef ne tranche pas cette divergence dans le siman ; elle reste ouverte, et c'est elle qui explique pourquoi le Mehaber écrit une stipulation que le Tour jugeait superflue.

12. Le psak des Aharonim — Taz, Maguen Avraham, Gaon de Vilna, Michna Beroura

Taz

Taz — son ס״ק א rattache la stipulation du Mehaber au Rambam et en étend la portée aux trois jours. Son ס״ק ג donne le partage du calendrier : « הטעם דג״י קודם השבת שייכים לשבת הבא וקודם לזה שייכים לשבת שעבר » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק ג). Son ס״ק ה soulève la contradiction avec le hamets et la résout en faveur de la glose du Rama.

Maguen Avraham

Maguen Avraham — sur לדבר מצוה du séif א : « אבל בשבת אסור דהא לא יוכל לפסוק עמו שישבות » (מגן אברהם רמ״ח ס״ק א) ; le Chabbat même, l'interdit demeure, fût-ce pour une mitsva, puisque la stipulation n'est plus possible. Sur le décompte des trois jours : « דהיינו ביום רביעי בשבת אסור » (מגן אברהם רמ״ח ס״ק ב). Et sur la raison de la permission pour une mitsva : « ולדבר מצוה שרי שהעוסק במצוה פטור מן המצוה » (מגן אברהם רמ״ח ס״ק ו).

Gaon de Vilna

ביאור הגר״א — sur le séif א, il ouvre exactement sur la question du mercredi : « אפי׳ בספינה. ל״ד קודם דאפי׳ תוך ג״י מותר » (ביאור הגר״א אורח חיים רמ״ח, סעיף א) , puis il oppose le Ran et le Raza'h — pour qui les trois jours sont tous interdits, le mercredi compris — au Roch, dont il ressort que le mercredi est permis, et il invoque la Tossefta et le Yerouchalmi : « וכ״ה להדיא בתוספתא הביאו הרא״ש שם דבש״א אף ברביעי » (ביאור הגר״א אורח חיים רמ״ח, סעיף א).

Michna Beroura

Michna Beroura — le siman porte une introduction, qui n'est pas numérotée, suivie de trente-six ס״ק. Sur le mercredi, elle ne tranche pas : elle rapporte les deux côtés. « דהיינו ביום רביעי בשבת אסור [מ״א בשם הרבה אחרונים] » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ד) Puis, dans le même ס״ק : « אבל הגר״א הביא בשם הרבה ראשונים דהג׳ ימים נחשבין עם השבת גופא וביום רביעי מותר » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ד).

Un mot sur ce dernier point, parce qu'il est facile de s'y tromper : la lecture indulgente du mercredi n'est pas une position personnelle et isolée du Gaon de Vilna. La Michna Beroura la lui attribue expressément בשם הרבה ראשונים — « au nom de nombreux Richonim ». Et la Michna Beroura ne choisit pas entre les deux.

13. Nafka minot pratiques et ligne de psak

Récapitulatif des positions des Richonim

PositionMotifNafka mina
רי״ף, רא״ש, רמב״םעונג שבתRivière vive permise
י״מ בטור (ר״ח, ר״ת)איסור תחומיןDépend de la profondeur
רז״ה (par le Ran), ריב״שסכנה et פיקוח נפשDépend du risque encouru
רמב״ןנראה כמתנה לחלל שבתDépend de qui fait avancer le bateau
רבנו תםמצוה au sens largeLe commerce vaut מצוה
בה״גקניית שביתהOn peut entrer le Chabbat
ר״י (תוס׳)נראה כשטMême avec שביתה, interdit

La ligne de psak

Ce que le siman tranche, et à quelle condition :

Nafka minot modernes

Ce qui suit n'est pas un psak : le siman רמ״ח parle du bateau et de la caravane, et les cas modernes ne s'y rangent qu'en pesant chacun des motifs ci-dessus. Pour la pratique, on interroge un rav.

1. Vol long la veille de Chabbat : l'avion est bien au-dessus de dix tefahim, ce qui éteint le motif des tehoumin ; le צער de la traversée n'est plus celui du bateau, mais il en existe un d'un autre ordre ; et la question de la mélakha à l'arrivée reste entière. Les trois motifs ne rendent donc pas le même verdict, et c'est le motif retenu qui décide.
2. Train de nuit : ce n'est pas une הפלגה, et le siman n'en traite pas. Mais il ne faut pas en conclure qu'il n'y a là aucune question : le Taz renvoie à l'interdit propre de la הליכה בקרון au siman ש״ה, pour une tout autre raison — « הטעם דהליכה בקרון אסור בסימן ש״ה מטעם שמא ירד מן הקרון וילך באיסור וזה אין שייך כאן » (ט״ז אורח חיים רמ״ח ס״ק ד).
3. Croisière d'agrément : eau salée, צער, danger — les trois motifs jouent ensemble, et il s'agit d'un דבר הרשות au sens le plus étroit, celui que Rabbénou Tam lui-même reconnaissait : כשהולך לטייל.
4. Montée en Eretz Israël : le séif ד la traite expressément comme דבר מצוה — avec la condition de la פסיקה rappelée plus haut.
5. Déplacement professionnel en voiture : ni הפלגה, ni שיירא במדבר ; le siman n'en dit rien. La question du דבר מצוה qu'on vient de lire reste toutefois celle qui gouverne le débat, comme le rappelle la Michna Beroura ס״ק ל״ב au nom du Maguen Avraham : « וכתב המ״א דדוקא כשהלך לדבר מצוה גמורה ולא כשהלך לסחורה » (משנה ברורה רמ״ח ס״ק ל״ב).


Pour approfondir

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman רמ״ח · Niveau 2 — Lamdan
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