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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
Siman 253 (רנ״ג)
Laisser une marmite sur un foyer allumé, et l’y remettre pendant Chabbat
Sougya, pilpoul, la ma’hloket de Hananya et des Sages, les critères de גרופה וקטומה
⚡ POUR LAMDANIM ET TALMIDEI HAKHAMIM ⚡
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Pilpoul approfondi

Sougya de Chabbat 36b – 38b,
les positions de Hananya et des Sages sur le degré de cuisson,
la ’hakira sur גרופה וקטומה,
les conditions de la חזרה chez le Mehaber et chez le Rama

Sujet : Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman 253 · 5 seifim

Base talmudique : Chabbat 36b – 38b · Rambam, Hilkhot Chabbat ch. 3

Rédaction : Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — la michna de כִּירָה (Chabbat 36b) et la question que le Talmud laisse ouverte
  2. La ma’hloket de Hananya et des Sages — le degré de cuisson qui met fin à la crainte
  3. La décision de la halakha — Mehaber, Rama, Admour HaZaken, et un ordinal qui s’inverse
  4. ’Hakira sur le décret שמא יחתה — crainte réelle ou décret fermé
  5. ’Hakira sur גרופה וקטומה — un signe, ou une chaleur effectivement réduite
  6. Le gader de מצטמק ויפה לו — objectif ou subjectif
  7. Les Richonim sur le כופח et sur « nos fours »
  8. Les conditions de la חזרה — les cinq conditions et leur provenance
  9. עודה בידו, דעתו להחזירה — pourquoi ces deux conditions, et qui tient quoi
  10. Cuisson après cuisson dans le liquide — le seif 4 et le renvoi au siman 318
  11. Réchauffer sur une marmite chaude pendant Chabbat — le seif 5 et l’הטמנה
  12. Nafka minot pratiques modernes — plaque chauffante, four de Chabbat, mijoteuse

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — l’ossature des cinq seifim

Le siman compte cinq seifim. Le premier règle la שהייה — laisser avant Chabbat une marmite sur un foyer qui restera allumé ; le deuxième la חזרה — l’en retirer pendant Chabbat et l’y remettre ; le troisième un cas d’espèce du petit matin ; le quatrième l’ajout d’eau chaude dans une marmite qui réduit ; le cinquième le fait de poser un plat sur une marmite chaude pour le réchauffer. Voici le chapeau du siman et l’ossature des deux premiers seifim, d’où tout le reste découle.

« דיני כירה ותנור ליתן עליה קדירה בערב שבת. ובו ה סעיפים » (שו״ע או״ח רנ״ג, כותרת הסימן)
« אם הוסקה בגפת שהיא פסולת של זתים או בעצים אסור ליתן עליה תבשיל מבע״י להשהותו עליה אלא א״כ נתבשל כל צרכו והוא מצטמק … ורע לו דליכא למיחש שמא יחתה או שהוא חי שלא נתבשל כלל דכיון שהוא חי מסיח דעתו ממנו עד למחר ובכל הלילה יכול להתבשל בלא חיתוי אבל אם נתבשל קצת ולא נתבשל כל צרכו ואפי׳ נתבשל כל צרכו והוא מצטמק ויפה לו חיישינן שמא יחתה ואסור להשהותו עליה » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)
« כירה שהיא גרופה וקטומה ונטל הקדירה מעליה אפילו בשבת מותר להחזירה כל זמן שהיא רותחת » (שו״ע או״ח רנ״ג:ב)

1. Introduction à la sougya — la michna de כִּירָה (Chabbat 36b)

Tout le siman 253 est la mise en forme d’une seule michna et d’une question que le Talmud lui pose sans la trancher. La michna ouvre le chapitre כִּירָה :

« כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּקַשׁ וּבִגְבָבָא — נוֹתְנִים עָלֶיהָ תַּבְשִׁיל. בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים — לֹא יִתֵּן עַד שֶׁיִּגְרוֹף, אוֹ עַד שֶׁיִּתֵּן אֶת הָאֵפֶר. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: חַמִּין, אֲבָל לֹא תַּבְשִׁיל. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: חַמִּין וְתַבְשִׁיל » (שבת ל״ו:)

Elle distingue deux combustibles — la paille et le menu bois, qui s’éteignent vite, contre le marc d’olive et les bûches, qui tiennent et font de la braise — puis elle rapporte deux fois une opposition entre les écoles de Chammaï et de Hillel : d’abord sur ce qu’on peut poser sur le foyer, ensuite sur le fait de retirer et de remettre.

« בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: נוֹטְלִין, אֲבָל לֹא מַחֲזִירִין. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מַחֲזִירִין » (שבת ל״ו:)

Ce que la guemara demande, et ne tranche pas. Le mot décisif de la michna est לֹא יִתֵּן — « il ne posera pas ». Mais quoi, et quand ? La guemara pose l’alternative :

« הַאי ״לֹא יִתֵּן״ — לֹא יַחֲזִיר הוּא, אֲבָל לְשַׁהוֹת — מְשַׁהִין, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ גָּרוּף וְאֵינוֹ קָטוּם » (שבת ל״ו:)

Autrement dit : ou bien la michna ne parle que de remettre, et laisser en place serait permis même sur un foyer ni balayé ni couvert — et elle suivrait alors Hananya ; ou bien elle parle déjà de laisser, et il faut balayer ou couvrir dès le départ. La Michna Beroura résume l’issue en quatre mots :

« ולא איפשיטא האי בעיא » (משנה ברורה רנ״ג, פתיחה)

La question n’a pas été résolue, et c’est de cette non-résolution que naissent les deux avis du seif 1.

Question de fond : en quoi consiste l’interdit de la שהייה ?

Les textes de base disent la seconde. Le Rambam :

« תַּבְשִׁיל שֶׁלֹּא בָּשֵׁל כָּל צָרְכּוֹ וְחַמִּין שֶׁלֹּא הוּחַמּוּ כָּל צָרְכָּן אוֹ תַּבְשִׁיל שֶׁבָּשֵׁל כָּל צָרְכּוֹ וְכָל זְמַן שֶׁמִּצְטַמֵּק הוּא יָפֶה לוֹ אֵין מַשְהִין אוֹתוֹ עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ בְּשַׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁהֻנַּח מִבְּעוֹד יוֹם גְּזֵרָה שֶׁמָּא יַחְתֶּה בַּגֶּחָלִים » (רמב״ם הלכות שבת ג׳:ד)

Et l’Admour HaZaken explicite le geste redouté :

« שֶׁמָּא יַחְתֶּה … וִיהַפֵּךְ הַגֶּחָלִים בְּמַחְתָּה בְּשַׁבָּת לִגְמוֹר בִּשּׁוּלוֹ » (שו״ע הרב רנ״ג:א)

Nafka mina : si l’interdit n’est qu’un décret adossé à une crainte, que devient-il là où la crainte n’a plus d’objet — un appareil sans braise et sans réglage ? C’est exactement la question de la section 4, et elle ne se règle pas ici.

2. La ma’hloket de Hananya et des Sages — le degré de cuisson

La braïta que la guemara cite au nom de Hananya est l’autre pôle de la sougya :

« חֲנַנְיָה אוֹמֵר: כֹּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוּסַאי — מוּתָּר לְשַׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ גָּרוּף וְאֵינוֹ קָטוּם » (שבת ל״ו:)

Un mot sur le repère. Le מאכל בן דרוסאי est la cuisson sommaire d’un brigand qui n’attend pas. La Michna Beroura la chiffre ainsi :

« אם התבשיל כבר נתבשל כמאכל בן דרוסאי הוא כחצי בישול » (משנה ברורה רנ״ג, פתיחה) — et elle signale, entre crochets, un autre avis qui la situe au tiers de la cuisson.

Les deux positions :

Qui tient quoi — et il faut le dire exactement. La Michna Beroura ouvre le siman par une פתיחה qui répartit les Richonim : « ופסקו הרי״ף והרמב״ם והעומדים בשיטתם לשהות תנן וכרבנן דחנניה דאפילו לשהות בעינן ע״ג גרופה וקטומה. והתוספות פסקו להחזיר תנן אבל לשהות מותר אפילו על אינה גרופה משנתבשל כמאכל בן דרוסאי וכחנניה » (משנה ברורה רנ״ג, פתיחה)

Et elle rattache explicitement chacun des deux avis du Choulhan Aroukh : « והן השתי דעות שהובאו בשו״ע בסימן זה דעה א׳ היא דעת הרי״ף והרמב״ם והי״א שמביא המחבר בסוף ס״א הוא דעת רש״י ותוספות הנ״ל » (משנה ברורה רנ״ג, פתיחה)

Donc : le Rif et le Rambam sont du côté des Sages — le premier avis, le plus exigeant ; Rachi et les Tossafot sont du côté de Hananya, et ce sont eux que le Mehaber apporte en וי״א à la fin du seif 1.

’Hakira : sur quoi porte au juste le désaccord ?

Les deux voies se recouvrent souvent, mais pas toujours : la première mesure une possibilité d’agir, la seconde un état d’esprit. C’est la même dualité que l’on retrouvera, transposée, dans la ’hakira sur גרופה וקטומה.

3. La décision de la halakha — du Mehaber au Rama

PositionCe qui est tranchéAppui textuel
Le Mehaber (seif 1)Comme les Sages en première intention : cuisson complète avec מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ, ou bien plat entièrement cru« אם הוסקה בגפת שהיא פסולת של זתים או בעצים אסור ליתן עליה תבשיל מבע״י להשהותו עליה אלא א״כ נתבשל כל צרכו והוא מצטמק … ורע לו דליכא למיחש שמא יחתה או שהוא חי שלא נתבשל כלל דכיון שהוא חי מסיח דעתו ממנו עד למחר ובכל הלילה יכול להתבשל בלא חיתוי » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)
Le Mehaber (fin du seif 1)Rapporte ensuite l’avis indulgent comme וי״א« וי״א שכל שנתבשל כמאכל בן דרוסאי … או שנתבשל כל צרכו ומצטמק ויפה לו מות׳ להשהותו על גבי כירה » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)
Le RamaL’usage suit l’avis indulgent« ונהגו להקל כסברא האחרונה » (רמ״א או״ח רנ״ג:א)
L’Admour HaZakenMême résultat pratique, mais chez lui l’indulgent est le premier avis, et l’exigeant vient en וְיֵשׁ אוֹמְרִים« וּכְבָר נִתְפַּשֵּׁט הַמִּנְהָג לְהָקֵל כִּסְבָרָא הָרִאשׁוֹנָה » (שו״ע הרב רנ״ג:ט)

Un ordinal qui s’inverse, et ce qu’il enseigne. Le Rama écrit « ונהגו להקל כסברא האחרונה » (רמ״א או״ח רנ״ג:א) — « selon le dernier avis ».

L’Admour HaZaken écrit « וּכְבָר נִתְפַּשֵּׁט הַמִּנְהָג לְהָקֵל כִּסְבָרָא הָרִאשׁוֹנָה » (שו״ע הרב רנ״ג:ט) — « selon le premier avis ».

Les deux désignent la même indulgence ; c’est l’ordre de présentation qui diffère. L’Admour HaZaken ouvre en effet son siman par la position de Hananya :

« אִם כְּשֶׁמַּגִּיעַ הַלַּיְלָה אֵין הַתַּבְשִׁיל מְבֻשָּׁל עֲדַיִן כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסָאִי » (שו״ע הרב רנ״ג:א)

et n’apporte qu’au seif 9 l’avis exigeant :

« וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁאֲפִלּוּ תַּבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסָאִי » (שו״ע הרב רנ״ג:ט)

La leçon est de méthode : un renvoi du type « comme le premier avis » ne se lit jamais hors de l’ouvrage qui l’écrit. Transporté d’un livre à l’autre, il désigne l’inverse.

Quant à l’usage séfarade, il suit le premier psak du Mehaber et demande la cuisson complète. Les A’haronim séfarades en discutent l’étendue ; cette page ne les cite pas et ne tranche rien à leur place — la ligne pratique est affaire du niveau 4.

4. ’Hakira sur le décret שמא יחתה

La ’hakira de fond sur le décret :

Nafka mina : les appareils sans braise et sans réglage accessible.

Deux remarques retiennent la conclusion. D’abord, le Choulhan Aroukh interdit la שהייה auprès d’un four même balayé et couvert :

« ותנור אפי׳ אם הוסק בקש או גבבא אסור אפילו לסמוך לו אפילו אם גרוף וקטום » (שו״ע או״ח רנ״ג:א) — preuve que l’absence de braise ne suffit pas, à elle seule, à lever la règle.

Ensuite, l’Admour HaZaken fonde l’indulgence de la קְטִימָה non sur la disparition matérielle de la braise, mais sur ce que l’homme a manifesté :

« דְּכֵיוָן שֶׁגִּלָּה דַעְתּוֹ מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַגֶּחָלִים — שׁוּב אֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יַחְתֶּה בְּשַׁבָּת » (שו״ע הרב רנ״ג:א)

Le traitement des appareils modernes relève des décisionnaires contemporains, qui les rattachent au cas de la גרופה וקטומה ; cette page ne leur substitue pas son propre psak.

5. ’Hakira sur גרופה וקטומה

Le Mehaber définit les deux gestes sans commenter leur logique :

« אא״כ גרף דהיינו שהוציא ממנה כל הגחלים או קטם דהיינו שכסה הגחלים באפר למעט חומם » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)

Balayer ôte les braises ; couvrir de cendre, dit le texte, réduit leur chaleur. La question du lamdan est de savoir lequel des deux effets est l’effet recherché.

’Hakira : quel est le gader de גרופה וקטומה ?

Et les deux gestes ne sont pas au même rang. Le balayage, qui ôte les braises, satisfait les deux voies à la fois — il est un signe et il réduit le feu. Le recouvrement de cendre ne tient que par la première : il déclare, mais il laisse les braises sous la cendre. C’est pourquoi la 'hakira se joue tout entière sur la קטומה, et c’est sur elle que portent les deux témoins cités ci-dessous. Nous posons cela comme une conséquence des textes cités, non comme le psak d’une autorité nommée.

Ce qui tire vers la première voie. L’Admour HaZaken dispense expressément d’une קְטִימָה efficace : « וְאֵין צָרִיךְ לִקְטוֹם עַד שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִכָּר שָׁם אֵשׁ כְּלָל, אֶלָּא דַּי בִּקְטִימָה כָּל שֶׁהוּא » (שו״ע הרב רנ״ג:א)

Une couche de cendre, si mince soit-elle, suffit — et il en donne la raison, qui est celle du signe : « דְּכֵיוָן שֶׁגִּלָּה דַעְתּוֹ מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַגֶּחָלִים — שׁוּב אֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יַחְתֶּה בְּשַׁבָּת » (שו״ע הרב רנ״ג:א)

Il va jusqu’à écrire que des braises ranimées d’elles-mêmes n’y changent rien, et que : « וְהַגֶּחָלִים שֶׁעָמְמוּ הֲרֵי הֵן כִּקְטוּמָה » (שו״ע הרב רנ״ג:א)
Ce qui tire vers la seconde voie. Le Rambam interdit de laisser dans un four même balayé ou couvert : « אֲבָל הַתַּנּוּר אַף עַל פִּי שֶׁגָּרַף הָאֵשׁ אוֹ כִּסָּה בְּאֵפֶר אוֹ שֶׁהִסִּיקוּהוּ בְּקַשׁ אוֹ בִגְבָבָא אֵין מַשְׁהִין בְּתוֹכוֹ וְלֹא עַל גַּבָּיו וְלֹא סוֹמְכִין לוֹ » (רמב״ם הלכות שבת ג׳:ה)

Et il en donne une raison toute matérielle : « מִפְּנֵי שֶׁהַגּוֹרֵף אֵינוֹ גּוֹרֵף אֶלָּא רֹב הָאֵשׁ וְעַצְמָהּ. וְאִי אֶפְשָׁר לִגְרֹף כָּל הָאֵשׁ עַד שֶׁלֹּא תִּשָּׁאֵר נִיצוֹץ אַחַת » (רמב״ם הלכות שבת ג׳:ו)

On ne balaie jamais que le gros du feu, et une étincelle demeure. Si le balayage valait comme signe, cette étincelle résiduelle serait sans importance ; qu’elle soit décisive montre que le Rambam pèse ici du feu, et non un geste. Cette lecture est une inférence tirée de son raisonnement, et non une formule qu’il écrirait lui-même : le Rambam n’oppose pas explicitement les deux voies, et l’on ne le lui fera pas dire.

Nafka mina : selon la première voie, un appareil dont la construction interdit tout réglage porte son signe dans sa structure même. Selon la seconde, il faut d’abord mesurer si la chaleur réelle suffit encore à une cuisson active. Les deux voies peuvent aboutir au même résultat pratique, mais elles ne posent pas la même question — et c’est la question posée qui décide des cas limites.

6. Le gader de מצטמק ויפה לו et de son contraire

’Hakira :

Le texte le plus net est celui de l’Admour HaZaken, qui glose les deux termes par le sentiment de la personne. Pour מצטמק ויפה לו : « דְּהַיְנוּ שֶׁיָּפֶה לוֹ לְאָדָם וְשָׂמֵחַ בְּמַה שֶּׁהַתַּבְשִׁיל מִצְטַמֵּק » (שו״ע הרב רנ״ג:ט)

Et pour son contraire : « דְּהַיְנוּ שֶׁרַע לוֹ לְאָדָם וְעָצֵב הוּא בְּזֶה שֶׁהַתַּבְשִׁיל מִצְטַמֵּק » (שו״ע הרב רנ״ג:י)

Les deux gloses emploient un verbe d’affect — se réjouir, s’attrister — et non une propriété du mets.

Ce qui retient d’en faire une conclusion générale. Le Mehaber, lui, écrit מצטמק ויפה לו sans dire de qui il s’agit, et le Rambam de même :

« תַּבְשִׁיל שֶׁלֹּא בָּשֵׁל כָּל צָרְכּוֹ וְחַמִּין שֶׁלֹּא הוּחַמּוּ כָּל צָרְכָּן אוֹ תַּבְשִׁיל שֶׁבָּשֵׁל כָּל צָרְכּוֹ וְכָל זְמַן שֶׁמִּצְטַמֵּק הוּא יָפֶה לוֹ אֵין מַשְהִין אוֹתוֹ עַל גַּבֵּי הָאֵשׁ בְּשַׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁהֻנַּח מִבְּעוֹד יוֹם גְּזֵרָה שֶׁמָּא יַחְתֶּה בַּגֶּחָלִים » (רמב״ם הלכות שבת ג׳:ד)

Rien dans ces deux formulations n’impose la lecture subjective ; elles la tolèrent. Et le cas de l’homme indifférent — celui à qui la réduction ne fait ni chaud ni froid — n’est tranché par aucun des textes cités ici. La question reste ouverte, et cette page ne lui donne pas de réponse.

7. Les Richonim sur le כופח et sur « nos fours »

Trois ustensiles, et non deux. Le Mehaber les distingue :

« וכופח שהו׳ מקו׳ שפיתת קדיר׳ אחת אם הוסק בקש או גבבא דינו ככירה בגפת או בעצים דינו כתנור » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)

La כירה porte deux marmites, le כופח une seule, et le תנור enferme la chaleur. Le כופח est un intermédiaire : il suit la כירה pour la paille, le תנור pour les bûches.

PositionLe four du Talmud« Nos fours », ouverts sur le côté
Rachi, rapporté par le TazLe plus rigoureux : « פירש״י מתוך שקצר למעלה ורחב למטה נקלט חומו לתוכו טפי מכירה » (ט״ז או״ח רנ״ג ס״ק ה׳)—
Le RambamInterdit même balayé ou couvert : « אֲבָל הַתַּנּוּר אַף עַל פִּי שֶׁגָּרַף הָאֵשׁ אוֹ כִּסָּה בְּאֵפֶר אוֹ שֶׁהִסִּיקוּהוּ בְּקַשׁ אוֹ בִגְבָבָא אֵין מַשְׁהִין בְּתוֹכוֹ וְלֹא עַל גַּבָּיו וְלֹא סוֹמְכִין לוֹ » (רמב״ם הלכות שבת ג׳:ה)—
Le Mehaber (seif 1)« ותנור אפי׳ אם הוסק בקש או גבבא אסור אפילו לסמוך לו אפילו אם גרוף וקטום » (שו״ע או״ח רנ״ג:א)—
Le Rama (seif 1)—« והתנורים שלנו דינם ככירה » (רמ״א או״ח רנ״ג:א) ; Sefaria porte en marge de cette glose ses sources : ר״ן ר״פ כירה וכל בו וכן משמע מפירש״י
Le Taz—« אבל תנורים שלנו שפתוחים מן הצד הם ככירה כמ״ש ב״י » (ט״ז או״ח רנ״ג ס״ק ט״ז)
L’Admour HaZaken (seif 7)—« וְהַתַּנּוּרִים שֶׁלָּנוּ שֶׁפִּתְחָם מִן הַצַּד — אֵין הַבְלָם … חַם כָּל כָּךְ כְּהֶבֶל הַתַּנּוּר שֶׁבִּימֵיהֶם, וְלֹא כְּהֶבֶל הַכֻּפָּח, הוֹאִיל וְהֵן רְחָבִים יוֹתֵר מִשְּׁפִיתַת קְדֵרָה אַחַת, וּלְפִיכָךְ הֲרֵי דִּינָם שָׁוֶה לְכִירָה לְכָל דָּבָר » (שו״ע הרב רנ״ג:ז)

Yessod : ce qui sépare la כירה du תנור n’est pas la forme de l’ustensile, mais la concentration de la chaleur. Rachi, dans le Taz, le dit par la géométrie : un four étroit en haut et large en bas retient sa chaleur mieux qu’un fourneau. L’Admour HaZaken le dit par la largeur : nos fours, ouverts sur le côté et plus larges que la place d’une seule marmite, ne concentrent plus la chaleur comme le four du Talmud — d’où leur alignement sur la כירה. Le critère étant la chaleur et non le nom, il se transporte aux appareils modernes ; c’est ce transport que tente la section 12.

8. Les conditions de la חזרה — les cinq conditions

« כירה שהיא גרופה וקטומה ונטל הקדירה מעליה אפילו בשבת מותר להחזירה כל זמן שהיא רותחת » (שו״ע או״ח רנ״ג:ב)

Attention à l’attribution. La phrase ci-dessus est celle du Mehaber. Les deux conditions les plus connues, en revanche, sont des gloses du Rama, que Sefaria marque comme venant du Tour :

« ועודה בידו … ולא הניחה על גבי קרקע » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב)

et « ודעתו להחזירה » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב). Les confondre avec le texte du Mehaber est la faute d’attribution la plus courante sur ce seif.

ConditionQui l’écritRaison
1. גרופה וקטומהMehaber, seif 2Écarter le tisonnage, comme pour la שהייה
2. רותחת — encore bouillanteMehaber, seif 2Il s’agit d’une remise, non d’une cuisson nouvelle
3. עודה בידו — elle n’a pas quitté sa mainRama, d’après le TourLe lien avec le premier dépôt n’est pas rompu
4. דעתו להחזירה — il comptait la remettreRama, d’après le TourL’acte se qualifie comme remise, et non comme dépôt nouveau
5. Sur le foyer, non dedansMehaber, seif 2« ודוקא על גבה אבל לתוכה אסור ובתנור אסור להחזיר אפי׳ הוא גרוף וקטום » (שו״ע או״ח רנ״ג:ב)

Deux précisions complètent le tableau. Le Rama exige que le plat soit entièrement cuit :

« ודוקא שהתבשיל מבושל כל צרכו … ואז מותר להחזירו אפילו לכירה אחרת אבל אם לא נתבשל כל צרכו אסור אפי׳ באותה כירה » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב)

Et la Michna Beroura avertit que les deux conditions du Rama ne sont pas du même rang que la première :

« פי׳ הא דבעינן דוקא עודה בידו גם דעתו להחזיר אבל גרוף וקטום לכו״ע בעינן » (משנה ברורה רנ״ג ס״ק ס״ג) — le foyer balayé ou couvert est requis de tous, quelle que soit la suite du débat.

9. עודה בידו, דעתו להחזירה — pourquoi ces deux conditions, et qui tient quoi

La question conceptuelle est simple à formuler : lorsqu’on repose la marmite, prolonge-t-on le dépôt de la veille, ou en commence-t-on un nouveau ? Les deux conditions du Rama sont les marques auxquelles on reconnaît la première branche.

La Michna Beroura sur עודה בידו donne le raisonnement en toutes lettres : « ר״ל שלא הסיר הקדרה מידו מעת נטילתה מן הכירה עד שעה שיחזירנה ולאפוקי אם הניחה ע״ג מטה או ספסל וכדומה לזה בינתים הוי כמו שהניחה ע״ג קרקע בינתים וזה אסור לכו״ע דבטלה לה השהיה הראשונה ושוב כשמחזיר ומניחה ע״ג הכירה הו״ל כמושיב לכתחלה ע״ג הכירה בשבת » (משנה ברורה רנ״ג ס״ק נ״ה)

Poser la marmite sur un lit ou sur un banc équivaut à la poser à terre : le premier dépôt est annulé, et la remise devient une installation faite pendant Chabbat, que les Sages n’ont jamais permise.
Et sur דעתו להחזירה, le même raisonnement pris du côté de l’intention : « הטעם ג״כ כנ״ל שעי״ז לא בטלה עדיין שהיה הראשונה שהשהה אותה על הכירה מבעוד יום כיון שהיה דעתו להחזיר עד שלא תצטנן » (משנה ברורה רנ״ג ס״ק נ״ו)

L’intention de remettre maintient en vie le dépôt initial ; celui qui retire sans cette intention, puis se ravise, installe à neuf.
Le Taz explique le même mécanisme par l’הטמנה : « נראה הטעם דאז בטלה הטמנה הראשונה והוה כמטמין לכתחלה בשבת כמ״ש רש״י על הא דאסרי׳ בהניח ע״ג קרקע משא״כ בנוטל בשבת » (ט״ז או״ח רנ״ג ס״ק י״א)

Retirer avant la nuit annule le premier dépôt et fait de la remise un enfouissement opéré d’emblée pendant Chabbat, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on retire pendant Chabbat lui-même.

L’avis indulgent du Rama, et qui le porte. Le Rama rapporte :

« וי״א דכל זה אינו אסור רק כשנטלו מן הכירה מבעוד יום ולא החזירו עד שחשכה » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב)

et il en tire la conséquence :

« אבל אם לקחו משם משחשיכה אפילו הניחו על גבי קרקע מותר » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב)

Sefaria porte en marge de cette glose le nom du Ran, sur le chapitre Kira, et celui du Kol Bo. C’est donc le Ran qui est ici l’indulgent — et le Taz le confirme sans ambiguïté en expliquant le וטוב להחמיר du Rama :

« כי הר״ן כ׳ קולא זו והתו׳ והרא״ש והנמשכים אחריהם לא ס״ל כן » (ט״ז או״ח רנ״ג ס״ק י״ב)

La Michna Beroura dit la même chose :

« כי הרבה פוסקים חולקין על הר״ן » (משנה ברורה רנ״ג ס״ק ס״ז)

Ce point mérite d’être souligné parce qu’il est facile de l’inverser : le Ran n’est pas celui qui durcit la condition du sol, il est celui qui la relativise ; ceux qui le contredisent sont les Tossafot, le Roch et ceux qui les suivent.

L’usage, et sa réserve. Le Rama conclut :

« וכן נוהגים להקל בתנורים שלנו שיש להם דין כירה וסומכים עצמם על דברי המקילין וטוב להחמיר » (רמ״א או״ח רנ״ג:ב)

On s’appuie sur les indulgents dans nos fours, qui ont le statut de כירה, et il est bon d’être rigoureux.

Nafka mina pratique, relevée par la Michna Beroura :

« ועיין בביאור הלכה שהבאנו הרבה מהראשונים שמקילין בעודן בידו אפילו אין דעתו להחזיר וכן מקילין בדעתו להחזיר אף שבינתים הסירן מידו ונראה שבעת הצורך יש לסמוך ע״ז » (משנה ברורה רנ״ג ס״ק נ״ו)

De nombreux Richonim sont indulgents sur l’une ou l’autre des deux conditions prises séparément, et il apparaît qu’au besoin on peut s’appuyer sur eux. Jusqu’où va « au besoin » n’est pas tranché ici.

10. Cuisson après cuisson dans le liquide — le seif 4

« יש למחות ביד הנוהגים להטמין מבע״י קומקום של מים חמים ונותנים אותם לתוך הקדירה בשבת כשהתבשיל מצטמק » (שו״ע או״ח רנ״ג:ד)

Le seif se termine sur un renvoi que le Mehaber met lui-même entre parenthèses : « וע״ל סי׳ שי״ח » (שו״ע או״ח רנ״ג:ד).

’Hakira sur la nature du seif 4 :

Le Taz donne une troisième raison, et c’est la sienne : « והטעם דשמא א׳ מהם אין היס״ב והשני יס״ב ומתבשל זה עם זה ונמצאו מבשלין בשבת ובסימן שי״ח נתבאר שיש חילוק בין דבר יבש לדבר לח » (ט״ז או״ח רנ״ג ס״ק י״ז)

Sa crainte est celle de deux récipients de températures inégales — l’un au-dessous du seuil où la main se rétracte, l’autre au-dessus — qui se cuisent l’un l’autre. Et c’est lui qui renvoie au siman 318 pour la distinction du sec et du liquide.

Le renvoi au siman 318. On formule ordinairement la règle en deux membres : pas de cuisson après cuisson dans le sec, cuisson après cuisson dans le liquide. Cette formule est une formule d’école, et non une citation ; le texte, lui, dit ceci :

« וה״מ שיש בו בישול אחר בישול בתבשיל שיש בו מרק אבל דבר שנתבשל כבר והוא יבש מותר לשרותו בחמין בשבת » (רמ״א או״ח שי״ח:ד)

Il y a cuisson après cuisson dans un plat qui a du bouillon, tandis qu’un aliment déjà cuit et sec peut être trempé dans de l’eau chaude pendant Chabbat. Le seif 4 de notre siman est l’application pratique de ce partage.

11. Réchauffer sur une marmite chaude — le seif 5

« מותר לתת על פי קדירה חמין בשבת תבשיל שנתבשל מערב שבת כל צרכו כגון פנאדי״ש וכיוצא בהן לחממן לפי שאין דרך בישול בכך אבל להטמין תחת הבגדים הנתונים ע״ג המיחם ודאי אסור » (שו״ע או״ח רנ״ג:ה)

Kachya : s’il n’y a pas de cuisson après cuisson dans le sec, pourquoi le Mehaber motive-t-il la permission par אין דרך בישול בכך — « ce n’est pas la manière de cuire » — et non, plus simplement, par l’absence de cuisson après cuisson ?

Terouts : l’exemple que donne le Mehaber n’est pas un aliment sec. Il écrit « כגון פנאדי״ש וכיוצא בהן לחממן » (שו״ע או״ח רנ״ג:ה) — des פנאדי״ש, c’est-à-dire des pâtés garnis.

Un pâté garni contient de l’humidité, et la question de la cuisson après cuisson dans le liquide s’y pose. La motivation devait donc porter sur le mode de l’opération, et non sur la matière : poser un pâté sur un couvercle n’est pas une manière de cuire. C’est pourquoi, dès qu’on enfouit sous des étoffes posées sur le chaudron, la permission tombe, et le Mehaber conclut par ודאי אסור.

Nafka mina :

12. Nafka minot pratiques modernes

Ce qui suit transporte les critères précédents aux appareils d’aujourd’hui. Ce transport est l’affaire des décisionnaires contemporains ; on indique ici quel critère classique commande chaque cas, sans trancher à leur place.

1. La plaque chauffante de Chabbat. Critère commandant : גרופה וקטומה, section 5. Selon que l’on tient le geste pour un signe ou pour une réduction de chaleur, la question posée à l’appareil n’est pas la même — structure interdisant tout réglage d’un côté, chaleur effective de l’autre.

2. Le four en position « Chabbat ». Critère commandant : la glose du Rama « והתנורים שלנו דינם ככירה » (רמ״א או״ח רנ״ג:א) et le yessod de la section 7 — ce qui compte est la concentration de la chaleur, non le nom de l’ustensile. Restent à examiner, en fait, la neutralisation du thermostat et les mises en marche automatiques.

3. La mijoteuse (Crock-Pot, Instant Pot). Critère commandant : le seuil de cuisson de la section 2. Un plat à demi cuit — qui a commencé à cuire sans atteindre מאכל בן דרוסאי — est celui sur lequel le seif 1 est le plus strict, puisque c’est là qu’on craint le tisonnage. Le cas du plat entièrement cru est autre : le Mehaber l’y permet, או שהוא חי שלא נתבשל כלל דכיון שהוא חי מסיח דעתו ממנו. La mise en route anticipée et le mode « maintien au chaud » sont des voies examinées par les décisionnaires contemporains.

4. Le chauffe-eau à thé. Critère commandant : de l’eau entièrement bouillie avant Chabbat n’est plus en cuisson. Verser de l’eau froide dans le récipient chaud est en revanche une question de cuisson, et relève du siman 318, non du nôtre.

5. La bouteille isotherme. Critère commandant : l’הטמנה. Un récipient qui n’ajoute pas de chaleur n’est pas un דָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל ; le seif 4 de notre siman vise l’ajout d’eau, et c’est le siman 257 qui gouverne l’enfouissement proprement dit — l’Admour HaZaken y renvoie lui-même (שו״ע הרב רנ״ג:י).

6. Remettre une marmite après l’avoir ôtée. Critère commandant : les cinq conditions de la section 8. En pratique : ne pas poser la marmite entre-temps, et avoir dès le départ l’intention de la remettre — étant entendu que la Michna Beroura, au ס״ק נ״ו cité plus haut, rapporte des Richonim indulgents sur l’une ou l’autre de ces deux conditions.

7. Le blech (une tôle posée sur les brûleurs). Critère commandant : la même ’hakira que la plaque chauffante. La tôle sépare la marmite de la flamme et couvre les commandes ; savoir si cela vaut גרופה וקטומה dépend de la voie retenue à la section 5. Les décisionnaires contemporains traitent la question ; cette page ne la tranche pas.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l’Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman 253 · Niveau 2 — Lamdan
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