Choulhan Aroukh · Orah Haïm
Pilpoul approfondi
La sougya de שבת כ׳ ע״ב – כ״ד ע״א,
la חקירה sur les quatre חששות du séif 3,
les שיטות sur les bougies d'aujourd'hui,
l'huile d'olive et son lien au Mikdach
Sujet : Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman רס״ד · 10 séifim
Base talmudique : שבת כ׳ ע״ב – כ״ד ע״א · רמב״ם הלכות שבת פ״ה
Appareil : ב״י · מג״א · ט״ז · מ״ב · שו״ע הרב
Rédaction : Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- Ouverture de la sougya — שבת כ׳ ע״ב et la michna « במה מדליקין »
- חקירה sur la nature de la mèche — נאחז ou נסרך
- חקירה sur la nature de l'huile — נמשך et combustion régulière
- Les quatre חששות du séif 3 — שלהבת קופצת, אינו נמשך, ריח רע, ריח נודף
- שמן זית מצוה מן המובחר — la raison des poskim, et deux autres qu'on lui adjoint
- Le הבהוב de la mèche — l'usage rapporté par le Rama
- שיטות sur les bougies de paraffine
- שיטות sur la lumière électrique et la LED
- נפקא מינות pratiques d'aujourd'hui
Le texte du Choulhan Aroukh — les trois séifim qui portent le siman
Le siman compte dix séifim. Trois d'entre eux commandent tout le reste : le premier écarte des matières de mèche, le troisième des matières d'huile, et le sixième, après avoir tout permis, réserve à l'huile d'olive le titre de מצוה מן המובחר. Les voici mot pour mot ; la suite de cette page n'est que la lecture de ces trois lignes.
1. Ouverture de la sougya — שבת כ׳ ע״ב et la michna « במה מדליקין »
Le deuxième chapitre de שבת s'ouvre sur une michna qui ne raisonne pas : elle énumère. Six matières dont on ne fait pas de mèche, puis six dont on ne tire pas d'huile — douze exclusions posées l'une après l'autre, sans un mot de motif.
La coupure est dans la michna elle-même. La guemara la marque par une beraïta qui désigne l'endroit exact où la liste change de nature, la césure tombant entre ירוקה et זפת.
« עַד כָּאן פְּסוּל פְּתִילוֹת, מִכָּאן וְאֵילָךְ פְּסוּל שְׁמָנִים » (שבת כ׳ ע״ב)
Deux listes, donc deux défauts ; et c'est Rabba qui les donne, chacun à son rang.
« פְּתִילוֹת שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין בָּהֶן בְּשַׁבָּת, מִפְּנֵי שֶׁהָאוּר מְסַכְסֶכֶת בָּהֶן. שְׁמָנִים שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין בָּהֶן, מִפְּנֵי שֶׁאֵין נִמְשָׁכִין אַחַר הַפְּתִילָה » (שבת כ״א ע״א)
Deux défauts, et non un seul. La mèche est écartée parce que le feu y rampe au lieu d'y prendre — מסכסכת ; l'huile, parce qu'elle ne monte pas le long de la mèche — אין נמשכין. Le Choulhan Aroukh reprendra cette partition à la lettre : le séif 1 pour les mèches, le séif 3 pour les huiles. Mais — et c'est le point que le lamdan doit tenir dès l'ouverture — ces deux défauts n'interdisent pas par eux-mêmes. Ce qui interdit, c'est ce que l'homme risque de faire devant une lampe qui éclaire mal. Le Rambam le dit en une clause, au terme même du passage où il rapporte les deux défauts.
« גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִהְיֶה אוֹר הַנֵּר אָפֵל וְיַטֶּה אוֹתָהּ בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ » (רמב״ם הלכות שבת פ״ה ה״ח)
יסוד. La lampe qui éclaire mal n'est pas écartée parce qu'elle éclaire mal : elle est écartée parce qu'on la redressera. Le Michna Beroura ouvre le siman sur cette phrase, et le Taz ouvre le sien sur la même — ce qui, pour un motif, est une convergence qui vaut d'être notée.
« הטעם בפסול פתילות ושמנים שאין מאירין יפה וחיישינן שמא יטה הכלי שיבוא השמן שבתוכו אל הפתילה כדי שידלק יפה וחייב משום מבעיר » (מ״ב רס״ד:א)
« הטעם בפסול בפתילות ושמנים שאין מאירין יפה וחיישי׳ שמא יטה הכלי שיבוא השמן שבתוכו אל הפתילה וידלוק יפה » (ט״ז רס״ד:א)
2. חקירה sur la nature de la mèche — נאחז ou נסרך
Le séif 1 ne décrit pas une matière : il décrit un comportement du feu — le feu qui ne s'accroche pas, qui rampe autour, et la flamme qui saute. Toute la question du lamdan tient dans le statut de cette description. Est-elle la définition du défaut, ou seulement le signe d'une liste close que les Sages ont arrêtée ?
« מדבר שהאור אינו נאחז בו אלא נסרך סביביו והשלהבת קופצת כגון צמר ושער וכיוצא בהם » (שו״ע או״ח רס״ד:א)
« אלא מדבר שהאור נתלה בו כגון פשתה נפוצה ובגד שש וצמר גפן וקנבוס וכיוצא בהן » (שו״ע או״ח רס״ד:א)
חקירה : que veut dire le feu ne s'y accroche pas ?
אופן א — une description physique. Ce qui est décrit est un fait : dans une matière à fibres fines le feu entre et tient, dans la laine ou le crin il court à la surface. La liste de la michna n'est alors qu'un relevé d'exemples, et toute matière qui se comporte ainsi est écartée, qu'elle y figure ou non.
אופן ב — une liste arrêtée. Les Sages ont fixé des matières ; la description qui les accompagne explique leur choix sans l'étendre. Une matière nouvelle, absente de la liste, ne serait pas dans l'interdit, quelle que soit sa flamme.
אופן ג — la description est le motif, et le motif est un חשש. Ce n'est ni la matière ni la flamme qui écartent, mais le geste qu'une mauvaise flamme appelle. Là où le geste n'est pas à craindre, le motif n'a plus de prise.
Le Rambam écrit le défaut de la mèche par un verbe, et non par une liste : le feu y rampe.
« אֵין עוֹשִׂין אוֹתָהּ מִדָּבָר שֶׁהָאוּר מְסַכְסֶכֶת בּוֹ » (רמב״ם הלכות שבת פ״ה ה״ה)
L'Admour HaZaken ajoute au texte du Mehaber deux mots qui penchent vers le premier אופן : le feu doit non seulement s'accrocher, mais entrer dedans — ונכנס בתוכו. C'est une propriété de la fibre, non une appartenance à une liste. Et il donne immédiatement après le motif du troisième אופן.
« אָסוּר לַעֲשׂוֹת פְּתִילָה לְנֵרוֹת שֶׁל שַׁבָּת מִדָּבָר שֶׁהָאוּר אֵינוֹ נֶאֱחָז בּוֹ וְנִכְנָס בְּתוֹכוֹ אֶלָּא נִסְרָךְ סְבִיבָיו וְהַשַּׁלְהֶבֶת קוֹפֶצֶת » (שו״ע הרב רס״ד:א)
« דְּכֵיוָן שֶׁאֵינָן דּוֹלְקִים יָפֶה חוֹשְׁשִׁים שֶׁמָּא יַטֶּה הַנֵּר כְּדֵי שֶׁיִּתְקָרֵב מְאֹד הַשֶּׁמֶן שֶׁבְּתוֹכוֹ אֶל הַפְּתִילָה וְיִדְלַק יָפֶה, וְנִמְצָא מַבְעִיר בְּשַׁבָּת » (שו״ע הרב רס״ד:א)
Le même séif se clôt sur un classement, qui suppose lui aussi une échelle physique et non une liste : de toutes les mèches permises, le lin peigné est le meilleur.
« וּפִשְׁתָּה נְפוּצָה יוֹתֵר טוֹבָה מִכֻּלָּם » (שו״ע הרב רס״ד:א)
נפקא מינה. Un fil synthétique — polyester, nylon — n'est dans aucune liste. Selon l'אופן ב il n'y aurait rien à dire ; selon les אופנים א et ג, tout dépend de sa flamme et du geste qu'elle appelle. Le siman ne tranche pas ce cas, et il se pose au rav.
La mèche de coton des bougies du commerce, elle, est dans la matière même que le séif 1 nomme — צמר גפן — et ne fait difficulté pour aucun des trois אופנים.
3. חקירה sur la nature de l'huile — נמשך et combustion régulière
Le séif 3 s'ouvre sur une condition : l'huile doit être נמשך אחר הפתילה, tirée par la mèche. Le Rambam l'écrit dans les mêmes termes.
« שֶׁמֶן שֶׁמַּדְלִיקִין בּוֹ לִשַׁבָּת צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא נִמְשָׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה » (רמב״ם הלכות שבת פ״ה ה״ח)
חקירה : qu'est-ce qu'une huile « tirée » ?
אופן א — la montée. Il s'agit du trajet : l'huile doit monter le long des fibres jusqu'à la flamme. Ce qui est solide à température ordinaire — poix, cire — ne monte pas, et c'est pour cela qu'il est écarté.
אופן ב — le débit. Il s'agit de la régularité : l'huile doit alimenter la flamme à un rythme égal. Une matière qui monte par à-coups laisse une flamme instable, même si elle monte.
Le séif 4 semble d'abord confirmer l'אופן א, puis le contredit. Il envisage une huile impropre à laquelle on a ajouté un peu d'huile d'olive, de sorte qu'elle devient tirée — et il l'écarte tout de même.
« אפילו נתן מעט שמן זית בשמנים אלו שאינם נמשכים ואז נמשכים אין מדליקין בהם » (שו״ע או״ח רס״ד:ד)
קושיא. Si le défaut est que l'huile ne monte pas, celle qui monte désormais devrait être permise. Le séif dit le contraire dans la phrase même où il reconnaît qu'elle monte.
תירוץ. C'est que l'interdit n'a jamais été le fait physique, mais la גזירה posée sur lui. Le Michna Beroura et le Taz donnent chacun la leur, et elles ne visent pas le même écart : on craint soit qu'il allume ces huiles à l'état pur, soit qu'il omette d'y verser l'huile permise.
« דגזרינן דילמא אתי לאדלוקי בעינייהו » (מ״ב רס״ד:י״ט)
« גזיר׳ שמא לא יתן בהם שמן » (ט״ז רס״ד:ג)
Ce que le séif 5 confirme a contrario. La graisse fondue et les viscères de poisson, eux, deviennent permis par l'ajout d'un peu d'huile permise. La différence n'est pas dans la physique — les deux se mettent à monter — mais dans le rang de la גזירה : une matière déjà écartée par une גזירה ne se voit pas interdire une seconde fois. Le raisonnement est du Taz, et c'est lui qui le développe — son ס״ק ד est le plus long des cinq qu'il donne sur ce siman ; la formule דה״ל גזיר׳ לגזיר׳ en est la pointe, non le tout. Le Michna Beroura ס״ק כ״ב le condense, presque mot pour mot.
« חלב מהותך וקרבי דגים אין מדליקין בהם ואם נתן בהם מעט מאחת מהשמנים שמדליקין בהם מותר להדליק בהם » (שו״ע או״ח רס״ד:ה)
« דה״ל גזיר׳ לגזיר׳ » (ט״ז רס״ד:ד)
« דלפי עיקר הדין היה מותר בחלב מהותך לפי שנמשך אחר הפתילה שפיר אלא דרבנן גזרו בו אטו שאינו מהותך וכשהוא בתערובות לא גזרו בו דה״ל גזירה לגזירה » (מ״ב רס״ד:כ״ב)
נפקא מינה. L'Admour HaZaken applique la même mesure à un cas où personne ne soupçonnerait un défaut : la lie d'huile, fût-elle d'huile d'olive, est écartée — non pour ce qu'elle est, mais parce qu'elle ne monte pas.
« שִׁמְרֵי שֶׁמֶן אֲפִלּוּ שֶׁל שֶׁמֶן זַיִת — אֵין מַדְלִיקִים בָּהֶם, מִפְּנֵי שֶׁאֵינָן נִמְשָׁכִים אַחַר הַפְּתִילָה » (שו״ע הרב רס״ד:ט)
4. Les quatre חששות du séif 3 — שלהבת, נמשך, ריח רע, ריח נודף
Le séif 3, en une seule phrase, aligne quatre motifs d'exclusion. Les deux premiers sont ceux qu'on vient de lire ; les deux derniers ne portent plus sur la lampe mais sur l'homme qui est devant elle. Le Choulhan Aroukh les énonce sans les séparer.
« אין מדליקין בעטרן מפני שריחו רע ויניחנו ויצא » (שו״ע או״ח רס״ד:ג)
« ולא בצרי מפני שריחו נודף שמא יסתפק ממנו ונמצא מתחייב משום מכבה » (שו״ע או״ח רס״ד:ג)
| חשש | Ce que l'on craint | Où cela mène | Source |
|---|---|---|---|
| 1. שלהבת קופצת — la mèche | שמא יטה — il redressera la lampe pour qu'elle éclaire mieux | מבעיר | מ״ב רס״ד:א · ט״ז רס״ד:א · שו״ע הרב רס״ד:א |
| 2. אינו נמשך — l'huile | שמא יטה — le même geste, pour le même motif | מבעיר | מ״ב רס״ד:א · רמב״ם הלכות שבת פ״ה ה״ח · שו״ע הרב רס״ד:ו |
| 3. ריח רע — l'עטרן | שמא יניחנו ויצא — il quittera la pièce, alors qu'il est tenu de manger auprès de la lampe | non pas une melakha, mais la perte du עונג | שו״ע או״ח רס״ד:ג · מ״ב רס״ד:ט״ו · שו״ע הרב רס״ד:ו |
| 4. ריח נודף — le צרי | שמא יסתפק ממנו — il prélèvera de l'huile pour son usage | מכבה | שו״ע או״ח רס״ד:ג · שו״ע הרב רס״ד:ו |
יסוד. Les quatre sont des גזרות de la même forme — שמא — et non deux faits physiques suivis de deux craintes. Ce qui les distingue n'est pas leur nature mais leur terme : trois aboutissent à une melakha (מבעיר deux fois, מכבה une fois), le quatrième à une perte de עונג. L'Admour HaZaken les range précisément ainsi, dans un seul séif, en donnant à chacun son motif.
« דְּכֵיוָן שֶׁאֵינָן דּוֹלְקִים יָפֶה — חוֹשְׁשִׁים שֶׁמָּא יַטֶּה הַנֵּר » (שו״ע הרב רס״ד:ו)
« חוּץ מִן הָעִטְרָן, מִפְּנֵי שֶׁרֵיחוֹ רָע, וּגְזֵרָה שֶׁמָּא יַנִּיחֶנּוּ וְיֵצֵא, וְחוֹבָה לֶאֱכוֹל אֵצֶל הַנֵּר בְּשַׁבָּת » (שו״ע הרב רס״ד:ו)
« וְחוּץ מִן הַצֳּרִי, מִפְּנֵי שֶׁרֵיחוֹ נוֹדֵף, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ, וְהַמִּסְתַּפֵּק מֵהַנֵּר הַדּוֹלֵק יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם מְכַבֶּה » (שו״ע הרב רס״ד:ו)
Un cinquième motif, que le Mehaber n'a pas retenu. La guemara donne pour le צרי une seconde raison, que le Michna Beroura rapporte : cette huile s'envole, se prend aux parois de la maison, et l'homme, affolé pour son bien, viendra éteindre. Le Magen Avraham, à son ס״ק ט, en tire une conséquence pour le four qu'on bouche avec du bois.
« ויש עוד טעם אחר בש״ס מפני שהוא עף ונדבק בכותלי הבית ומבעיר את הבית ואדם בהול על ממונו ויבוא לכבות » (מ״ב רס״ד:י״ז)
5. שמן זית מצוה מן המובחר — la raison des poskim, et deux autres qu'on lui adjoint
Le séif 6 permet toutes les huiles, puis en distingue une. Il n'écrit pas que l'huile d'olive soit obligatoire : il écrit מצוה מן המובחר. Rien n'est invalide sans elle ; quelque chose y est meilleur.
« ומכל מקום שמן זית מצוה מן המובחר » (שו״ע או״ח רס״ד:ו)
חקירה : pourquoi l'huile d'olive ? Trois raisons circulent. Elles ne pèsent pas le même poids, et il importe de dire laquelle les poskim de ce siman donnent réellement.
טעם א — physique, et c'est celle du Beit Yosef. Il la tire des Tossafot : l'huile d'olive est tirée par la mèche mieux que toutes les autres. La raison du privilège est donc la même que celle des exclusions du séif 3 — le siman n'a qu'un critère, et il le pousse jusqu'à son sommet.
« דלנר שבת פשיטא דשמן זית מן המובחר לפי שנמשך אחר הפתילה טפי מכולהו » (ב״י או״ח רס״ד)
Le Michna Beroura donne la même raison, dans les mêmes mots ; et l'ordre des recours qui suit, il ne le tire pas de lui-même — il le rapporte expressément du Maté Moché, ונר שעוה קודם לנר של חלב דאורה צלול ויפה [מטה משה] (משנה ברורה רס״ד ס״ק כ״ג).
« דהוא נמשך אחר הפתילה טפי מכולהו » (מ״ב רס״ד:כ״ג)
« ואם אין שמן זית מצוי מצוה בשאר שמנים שאורן צלול והם קודמין לנר שעוה ונר שעוה קודם לנר של חלב » (מ״ב רס״ד:כ״ג)
טעם ב — le lien au Mikdach. Il existe bien dans les sources, mais il n'y est pas donné comme la raison de l'huile d'olive. Ce que la guemara dit, c'est que les mèches et les huiles écartées pour Chabbat le sont aussi au Mikdach. Et ce que le Michna Beroura rapporte au nom du Levouch, c'est que l'exigence d'allumer la plus grande part de la mèche est calquée sur l'allumage de la Menora.
« פְּתִילוֹת וּשְׁמָנִים שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין בָּהֶן בְּשַׁבָּת — אֵין מַדְלִיקִין בָּהֶן בַּמִּקְדָּשׁ » (שבת כ״א ע״א)
« כדי שיהא הלהב עולה יפה מיד שיסלק ידו כמו שהיה הענין בהדלקת המנורה » (מ״ב רס״ד:כ״ו)
L'Admour HaZaken, lui, rattache l'huile d'olive non à la Menora mais à la bougie de Hanouka, et renvoie au siman תרע״ג.
« מִצְוָה מִן הַמֻּבְחָר לְהַדֵּר אַחַר שֶׁמֶן זַיִת כְּמוֹ לְנֵר חֲנֻכָּה » (שו״ע הרב רס״ד:י״ב)
טעם ג — le motif de l'olivier. Israël est nommé olivier par le prophète. C'est un motif de דרש, présent dans la tradition ; il n'est donné par aucun des poskim de ce siman comme la raison du מצוה מן המובחר. Il s'ajoute à la raison א ; il ne la remplace pas.
« זַ֤יִת רַֽעֲנָן֙ יְפֵ֣ה פְרִי־תֹ֔אַר » (ירמיהו י״א ט״ז)
נפקא מינה. Si la raison est physique (טעם א), la préférence se déplace avec la qualité de la flamme : l'Admour HaZaken et le Michna Beroura font en effet intervenir la limpidité de la lumière, et non la dignité de la matière. Il faut cependant suivre l'Admour HaZaken étape par étape : s'il préfère les autres huiles aux bougies de suif et de cire, c'est d'abord לְפִי שֶׁיֵּשׁ אוֹסְרִים אוֹתָן — parce que certains les interdisent —, et ce n'est qu'à l'étape suivante qu'il écrit וּמִצְוָה יוֹתֵר בְּנֵר שֶׁל שַׁעֲוָה מִבְּשֶׁל חֵלֶב, לְפִי שֶׁאוֹרוֹ צָלוּל יוֹתֵר (שו״ע הרב רס״ד:י״ב). Si la raison était le Mikdach ou le דרש, ce classement n'aurait pas lieu d'être.
« וְאִם אֵין שֶׁמֶן זַיִת מָצוּי — מִצְוָה יוֹתֵר בִּשְׁאָר שְׁמָנִים שֶׁאוֹרָן זַךְ וְצָלוּל מִבְּנֵרוֹת שֶׁל חֵלֶב וְשֶׁל שַׁעֲוָה הַכְּרוּכִים » (שו״ע הרב רס״ד:י״ב)
6. Le הבהוב de la mèche — l'usage rapporté par le Rama
Le séif 9 est bref et négatif : il n'y a pas d'obligation de roussir la mèche avant de l'allumer. Le Rama, dans la même ligne, rapporte pourtant qu'on le fait.
« אין צריך להבהב הפתילה » (שו״ע או״ח רס״ד:ט)
« ומ״מ נהגו להדליק הפתילה ולכבותה כדי שתהיה מחורכת ותאחוז בה האור יפה » (הגהת רמ״א · שו״ע או״ח רס״ד:ט)
קושיא. Si le séif vient dire qu'on n'a pas besoin de הבהוב, que vient ajouter une glose qui dit qu'on le fait ? Ou bien l'usage contredit le séif, ou bien le séif ne dit rien que l'usage puisse contredire.
תירוץ. Les deux parlent de choses différentes. Le séif parle du דין : rien ne manque à la mitsva sans הבהוב. La glose parle de l'usage : la mèche roussie prend mieux. L'Admour HaZaken écrit exactement cette partition, en deux temps, et donne à l'usage son appréciation.
« מִן הַדִּין אֵין צָרִיךְ לְהַבְהֵב הַפְּתִילָה עַל הַשַּׁלְהֶבֶת קֹדֶם שֶׁיַּדְלִיקֶנָּה כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה מְחֹרֶכֶת וְתַדְלִיק יָפֶה » (שו״ע הרב רס״ד:י״ד)
« אֲבָל נָהֲגוּ הַנָּשִׁים לְהַדְלִיק הַפְּתִילָה וּלְכַבּוֹתָהּ » (שו״ע הרב רס״ד:י״ד)
« וּמִנְהָג יָפֶה הוּא » (שו״ע הרב רס״ד:י״ד)
נפקא מינה. Puisqu'il s'agit d'un usage et non d'un דין, il vaut aussi pour la bougie enroulée d'aujourd'hui, et le Michna Beroura y ajoute une raison de conduite : que l'homme le fasse d'avance, pour que la femme ne s'attarde pas à l'heure de l'allumage.
« ואף בנר הכרוך כעין שלנו עושין כן » (מ״ב רס״ד:כ״ח)
7. שיטות sur les bougies de paraffine
La cire est nommée au séif 3 parmi les matières écartées. La bougie du commerce est faite de cire — ou de paraffine, qui en tient la place. Comment se fait-il qu'on l'allume ?
חקירה : la bougie de paraffine est-elle l'huile écartée du séif 3, ou autre chose ?
La réponse est dans le siman lui-même, quatre séifim plus loin. Le séif 7 envisage la cire enroulée autour de la mèche, et l'autorise.
« כרך זפת או שעוה או חלב סביב הפתילה מדליקים בהם » (שו״ע או״ח רס״ד:ז)
Le Taz et le Michna Beroura donnent la même explication du renversement : ce qui est écarté au séif 3, c'est la matière posée dans un récipient avec une mèche plantée dedans ; enroulée autour de la mèche, elle est tirée normalement.
« דלא אסרו אלא אם הזפת או שעוה מהותכים בכלי שאין נמשכי׳ אחר הפתיל׳ אבל בזה נמשך שפיר עם הפתיל׳ שבתוכו » (ט״ז רס״ד:ה)
« דלא אסרו בכולהו אלא אם היו נתונים בכלי ונותן הפתילה בתוכם כמו שעושין בשמן שאז אין נמשכים אחר הפתילה אבל בזה נמשך שפיר עם הפתילה שבתוכו » (מ״ב רס״ד:כ״ד)
Le Michna Beroura le dit plus nettement encore en commentant le séif 3 lui-même : nos bougies relèvent du séif 7, et elles sont permises.
« היינו שיניחם בנר ויתן הפתילה בתוכם כמו שעושין בשמן אבל נרות כעין שלנו מבואר בס״ז דשרי » (מ״ב רס״ד:י״ג)
L'Admour HaZaken écrit la même distinction, et il emploie pour la désigner les mots comme nos bougies — c'est-à-dire qu'il parle déjà de la bougie enroulée.
« לֹא אָסְרוּ לְהַדְלִיק בַּשְּׁמָנִים שֶׁאֵינָם נִמְשָׁכִים אֶלָּא כְּשֶׁהַשֶּׁמֶן אֵינוֹ כָּרוּךְ סְבִיב הַפְּתִילָה כְּמוֹ נֵרוֹת שֶׁלָּנוּ » (שו״ע הרב רס״ד:י״א)
« אֲבָל אִם כָּרַךְ אוֹתוֹ סְבִיב הַפְּתִילָה, כְּגוֹן שֶׁכָּרַךְ זֶפֶת אוֹ שַׁעֲוָה אֲפִלּוּ שֶׁאֵינוֹ מְהֻתָּךְ סְבִיב הַפְּתִילָה — הֲרֵי הוּא נִמְשָׁךְ אַחֲרֶיהָ, וּמֻתָּר לְהַדְלִיק בּוֹ » (שו״ע הרב רס״ד:י״א)
La limite, qu'il ne faut pas laisser tomber. L'autorisation porte sur la matière enroulée, non sur la mèche. Si la mèche elle-même est d'une matière écartée, l'enroulement ne sert à rien. Le Michna Beroura et le Magen Avraham le disent, et l'Admour HaZaken en donne le motif : la mèche, par elle-même, ne brûle pas bien — et l'on retombe sur שמא יטה.
« דוקא אם הפתילה כשרה אבל אם היא פסולה לא מהני הכריכה סביב לה » (מ״ב רס״ד:כ״ה)
« אבל אם כרך שמן פסול ופתיל׳ פסולה יחד אסו׳ » (מג״א רס״ד:י״ג)
« אָסוּר לְהַדְלִיק בָּהּ, שֶׁאַף שֶׁהַשֶּׁמֶן נִמְשָׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה, מִכָּל מָקוֹם הַפְּתִילָה מֵחֲמַת עַצְמָהּ אֵינָהּ דּוֹלֶקֶת יָפֶה, וְחוֹשְׁשִׁים שֶׁמָּא יַטֶּה » (שו״ע הרב רס״ד:י״א)
Un mot du Michna Beroura qu'on cite rarement. En commentant le מצוה מן המובחר du séif 6, il ajoute une remarque de son propre chef — ונ״ל — sur la bougie de son temps : sa lumière étant limpide, et n'étant pas de celles qu'on redresse même en semaine, elle lui paraît préférable à la bougie de cire, et peut-être même à toutes les huiles, puisque le motif de שמא יטה n'y a certainement pas de prise. Il ne retire rien au séif 6 : il mesure la question à l'aune du motif, ce qui est la manière même de ce siman.
« שצלול בודאי יותר מן השעוה ואינו רגיל להטות בו אפילו בחול זה עדיף מנר שעוה ואולי אף מכל השמנים דהרי בודאי לא אתי להטות » (מ״ב רס״ד:כ״ג)
8. שיטות sur la lumière électrique et la LED
Il faut dire d'abord ce que le siman ne dit pas. Les dix séifim, le Beit Yosef, le Magen Avraham, le Taz et le Michna Beroura parlent d'une פתילה et d'un שמן. La lampe électrique n'y figure nulle part, et elle ne pouvait pas y figurer. La question est celle des A'haronim du siècle dernier ; ce qui suit ne fait qu'en poser les deux côtés, et ne dispense pas de la demander à son rav.
חקירה : de quoi la mitsva a-t-elle besoin — d'une lumière, ou d'une flamme ?
אופן א — d'une lumière. Les deux critères du siman — que le feu s'accroche, que l'huile monte — ne sont pas des exigences en soi : ce sont, on l'a vu, les deux voies par lesquelles on redoute שמא יטה. Devant une lampe qu'on ne redresse pas, ni l'une ni l'autre n'a de prise, et ce qui reste de la mitsva est la lumière et le עונג qu'elle donne.
אופן ב — d'une flamme. Le siman ne décrit pas une lumière quelconque : il décrit une flamme tirée d'une mèche par une huile. Retirer la mèche et l'huile, ce n'est pas lever un חשש — c'est retirer l'objet dont le siman parle.
Où en sont les poskim. Les A'haronim se partagent, et la question n'est pas close. Plusieurs admettent, là où il n'y a pas d'autre voie — hôpital, voyage —, d'allumer une lampe électrique, et discutent de la bénédiction ; d'autres tiennent qu'on ne s'acquitte pas sans flamme. L'usage de Habad est d'allumer une flamme, bougie de paraffine ou huile d'olive. Cette page ne reproduit aucune de ces réponses mot pour mot et ne tranche pas entre elles : chacune se lit dans sa techouva, et la conduite se demande à son rav.
נפקא מינה. Selon l'אופן א, l'électricité n'est pas un pis-aller mais une lampe qui satisfait pleinement le motif du siman ; selon l'אופן ב, même la meilleure lumière électrique ne rencontre pas l'objet de la mitsva. L'écart entre les deux ne se mesure pas au confort mais à la question de savoir si l'on récite la bénédiction — et c'est pourquoi elle ne se règle pas seul.
9. נפקא מינות pratiques d'aujourd'hui
1. Bougies de paraffine ordinaires. C'est le cas du séif 7 tel que le Taz, le Michna Beroura et l'Admour HaZaken le lisent : la matière est enroulée autour de la mèche. La réserve, et elle est dans les sources — que la mèche soit elle-même d'une matière permise (מ״ב רס״ד:כ״ה).
2. Huile d'olive à mèche flottante. C'est le cas du séif 6 : מצוה מן המובחר, pour la raison même que donne le Beit Yosef — l'huile d'olive monte mieux que toute autre.
3. Lampe électrique, LED. Question ouverte, traitée à la section 8. Cette page n'y répond pas.
4. Bougies de gel. La question se pose exactement dans les termes du siman, et c'est ce qui la rend lisible : le gel est-il enroulé autour de la mèche comme au séif 7, ou posé dans un récipient avec une mèche dedans comme au séif 3 ? Le Michna Beroura donne le critère à son ס״ק כ״ד ; l'appliquer à un produit précis demande de regarder ce produit, et se demande au rav.
5. Bougies parfumées. Le חשש du séif 3 pour le צרי ne porte pas sur le parfum répandu, mais sur le prélèvement — שמא יסתפק ממנו, qu'on prenne de la matière pour son propre usage. La question est donc de savoir si la matière parfumée d'une bougie appelle ce geste. Elle n'est pas tranchée ici.
6. הבהוב d'une mèche neuve. Usage et non obligation : c'est la partition du séif 9 et du séif י״ד de l'Admour HaZaken. Le Michna Beroura précise qu'on le fait aussi pour la bougie enroulée (מ״ב רס״ד:כ״ח).
7. Huiles mélangées. Le siman est net, et dans les deux sens : ajouter un peu d'huile permise à une huile écartée ne sert à rien (séif 4), sauf pour la graisse fondue et les viscères de poisson (séif 5), pour le motif de גזירה לגזירה qu'expliquent le Taz et le Michna Beroura. Et la lie d'huile, même d'olive, reste écartée (שו״ע הרב רס״ד:ט).
8. Bougie de yahrzeit. Pour ce siman, c'est une bougie de paraffine enroulée comme une autre, et le séif 7 s'y applique. Ce que le siman ajoute à son propos n'est pas la matière mais le récipient : le Michna Beroura, à sa dernière entrée, écarte de la table la vieille lampe de terre cuite, et l'Admour HaZaken lui consacre son dernier séif.
« אין מדליקין על השלחן בנר חרס ישן דמאיס » (מ״ב רס״ד:כ״ט)
« אֵין לְהַדְלִיק בְּנֵר יָשָׁן שֶׁל חֶרֶס עַל הַשֻּׁלְחָן שֶׁשָּׁם עִקַּר מִצְוַת נֵר שַׁבָּת » (שו״ע הרב רס״ד:ט״ז)
Pour approfondir
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire et règles d'usage.
Niveau 4 — Daat HaRav : la שיטה de l'Admour HaZaken (שולחן ערוך הרב).