Choulhan Aroukh · Orah Haïm — Siman 280
Pilpoul approfondi
Sources talmudiques, hakira de fond,
shitot des Rishonim sur les relations conjugales à Shabbat
📑 Table des matières
- Ouverture de la sougya — Ketoubot 62b
- Hakira de fond — la première union est-elle un חובל ?
- Shitat Rachi — une nuit de תענוג
- Shitat le Rambam — תשמיש המטה comme עונג שבת
- Shitat le Beit Yossef et le Choulhan Aroukh — 2 séifim
- Shitat le Rama — le silence
- La sougya des Rishonim — la ma'hloket sur la première union à Shabbat
- Le psak des Aharonim — ט״ז, מג״א, משנה ברורה
- Nafka minot pratiques
- Récapitulatif des shitot et conclusion halakhique
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 2 séifim
תשמיש המטה מתענוגי שבת הוא לפיכך עונת תלמידי חכמים הבריאים מליל שבת לליל שבת:
résumé : le chapeau du siman et le séif 1. Les relations conjugales comptent parmi les délices de Shabbat ; de là que la עונה des talmidei hakhamim bien portants est fixée d'une nuit de Shabbat à la nuit de Shabbat suivante.
résumé : le séif 2. La première union avec une vierge est permise à Shabbat d'emblée ; il n'y a là ni חובל — faire une blessure — ni צער infligé à l'épouse.
1. Ouverture de la sougya — Ketoubot 62b
Le siman tient en deux lignes, mais ces deux lignes viennent de deux endroits différents du traité Ketoubot, et elles ne posent pas la même question. La première vient du chapitre אף על פי, où la guemara demande à quel moment tombe la עונה des talmidei hakhamim.
« עוֹנָה שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵימַת? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת » (כתובות ס״ב ע״ב)
La guemara rattache ensuite ce même usage à un verset, et c'est ce rattachement qui donne à la pratique son poids : le juste est comparé à l'arbre « qui donne son fruit en son temps ».
« אָמַר רַב יְהוּדָה, וְאִיתֵּימָא רַב הוּנָא, וְאִיתֵּימָא רַב נַחְמָן: זֶה הַמְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת » (כתובות ס״ב ע״ב, sur אֲשֶׁר פִּרְיוֹ יִתֵּן בְּעִתּוֹ — תהלים א׳:ג׳)
La sougya. Celui qui énonce la règle est רב יהודה au nom de שמואל — un Amora, non le Tanna ר׳ יהודה : la distinction vaut d'être tenue, car c'est elle qui situe la règle dans la couche babylonienne de la sougya et non dans la michna. La guemara elle-même ne donne aucun motif ; elle constate l'usage et l'appuie sur un verset.
Source secondaire. Le Talmud décrit ailleurs la maison qui reçoit Shabbat par trois signes, dont le lit fait :
« וּכְשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ וּמֹצֵא נֵר דָּלוּק וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ וּמִטָּתוֹ מוּצַּעַת » (שבת קי״ט ע״ב)
Ce passage parle de l'accueil de Shabbat, non du sens du זיווג ; la lecture kabbalistique qui associe l'union du soir de Shabbat à un יחוד supérieur appartient à une autre littérature et ne se trouve pas sur ce daf. On la mentionne donc comme telle, sans l'adosser à Ketoubot ni à Shabbat 119b.
Le yessod talmudique. Le siman ר״פ pose deux choses distinctes, et il faut les tenir séparées : (1) l'union à Shabbat n'est pas seulement permise, elle relève du positif — elle est de מתענוגי שבת, ce qui la range du côté du עונג et non du côté du toléré ; (2) elle ne se heurte ni au חובל ni au צער, deux empêchements que l'on aurait pu croire décisifs pour la première union à Shabbat. Le premier point vient de Ketoubot 62b, le second de Ketoubot 5b–7a : ce sont deux sougyot, et le Choulhan Aroukh les réunit en deux séifim.
2. Hakira de fond — la première union est-elle un חובל ?
La hakira n'est pas une construction des Aharonim : la guemara la pose elle-même, en toutes lettres, au début de Ketoubot. Le sang des בתולים est-il déposé dans un réceptacle, ou lié aux parois qu'il faut alors blesser pour le faire sortir ?
« מַהוּ לִבְעוֹל בַּתְּחִלָּה בְּשַׁבָּת. דָּם מִיפְקָד פְּקִיד, אוֹ חַבּוֹרֵי מִיחַבַּר » (כתובות ה׳ ע״ב)
La guemara ne s'arrête pas là. À supposer même que le sang soit déposé — donc qu'il n'y ait pas de חבורה —, reste l'ouverture elle-même : est-ce le sang que l'on veut, ou le פתח ?
« לַדָּם הוּא צָרִיךְ, וּשְׁרֵי. אוֹ דִּלְמָא לַפֶּתַח הוּא צָרִיךְ, וַאֲסִיר » (כתובות ה׳ ע״ב)
« מְקַלְקֵל הוּא אֵצֶל הַפֶּתַח, אוֹ מְתַקֵּן הוּא אֵצֶל הַפֶּתַח » (כתובות ה׳ ע״ב)
חקירה. Trois positions se dégagent de ces trois lignes, et elles ne se recouvrent pas :
- א — חבורי מיחבר : le sang tient aux parois ; l'en faire sortir est une חבורה, et l'on retombe sur le חובל.
- ב — le פתח : même si le sang est déposé, l'ouverture pratiquée reste un acte. Elle est alors examinée sous deux titres, מלאכה שאינה צריכה לגופה — on n'a pas besoin de cette ouverture pour elle-même — et מקלקל אצל הפתח.
- ג — דם מיפקד פקיד : le sang est simplement gardé là, comme un dépôt dans un récipient ; l'ouvrir n'est pas blesser, et le חובל ne se pose pas du tout.
Ce que retient l'appareil. Pour expliquer le ואין בו משום חובל du séif 2, la Michna Beroura prend la troisième voie, et seulement elle :
« דדם מיפקד פקיד דהיינו שדם בתולים אינו מובלע בכותלי בית הרחם אלא כנוס הוא שם כמופקד ומוצנע בתוך הכלי וזה פתחו שיצא הדם מתוכו » (מ״ב ר״פ ס״ק ד)
Les autres couches — celle du פתח — ne sont pas traitées par la Michna Beroura ici. C'est le Choulhan Aroukh HaRav qui les reprend et les empile, au séif 3 de son propre siman ר״פ : il écarte le חובל par מיפקד פקיד, puis écarte l'ouverture par מלאכה שאינה צריכה לגופה, puis, pour ceux qui tiennent qu'on est malgré tout responsable d'une telle מלאכה, par מקלקל, puis enfin par la règle du מקום מצוה.
« לְפִי שֶׁהִיא מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ, שֶׁאֵין צָרִיךְ לְפֶתַח זֶה כְּלָל שֶׁיְּהֵא פָּתוּחַ » (שו״ע הרב ר״פ:ג)
« וְאַף שֶׁלְּכַתְּחִלָּה אָסוּר מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים אַף אִם הִיא מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ וּמְקַלְקֵל, מִכָּל מָקוֹם בִּמְקוֹם מִצְוָה לֹא גָזְרוּ חֲכָמִים » (שו״ע הרב ר״פ:ג)
נפקא מינה de la hakira. Si le heter ne tient qu'au מיפקד פקיד, il porte sur le sang et laisse entière la question de l'ouverture. Si l'on ajoute la couche du מקלקל et celle du מקום מצוה, le heter tient même pour qui refuserait la première branche. La différence ne change pas le psak du séif 2 — permis dans les deux cas — mais elle change ce sur quoi ce psak repose, et donc la solidité qu'on lui prête face à un מנהג contraire. Voir à ce sujet la section 7.
3. Shitat Rachi — une nuit de תענוג
« שהוא ליל תענוג ושביתה והנאת הגוף » (רש״י כתובות ס״ב ע״ב ד״ה מע״ש)
Le détail n'est pas mince. Rachi explique la fixation de la עונה par la nature de la nuit — repos, délice, plaisir du corps —, c'est-à-dire par les trois mots mêmes que le Rambam, puis le Choulhan Aroukh, condenseront en מתענוגי שבת הוא. Le siman ר״פ ne se rattache donc pas à Shabbat par un motif de קדושה mais par le chapitre du עונג ; c'est pourquoi il est logé dans les hilkhot Shabbat et non dans les hilkhot ichout.
4. Shitat le Rambam — תשמיש המטה comme עונג שבת
« תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה מֵעֹנֶג שַׁבָּת הוּא » (רמב״ם הלכות שבת ל׳:י״ד)
« וּמֻתָּר לִבְעל בְּתוּלָה לְכַתְּחִלָּה בְּשַׁבָּת וְאֵין בָּזֶה לֹא מִשּׁוּם חוֹבֵל וְלֹא מִשּׁוּם צַעַר לָהּ » (רמב״ם הלכות שבת ל׳:י״ד)
Le Rambam revient sur la עונה des talmidei hakhamim dans les hilkhot ichout, et là il en donne la raison — l'étude épuise les forces :
« תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עוֹנָתָן פַּעַם אַחַת בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁתַּלְמוּד תּוֹרָה מַתִּישׁ כֹּחָן » (רמב״ם הלכות אישות י״ד:א)
Une difficulté de texte, à signaler et non à trancher. Le Tour, puis le Beit Yossef, citent le Rambam sous la forme תשמיש המטה מתענוגי שבת הוא — c'est cette forme que le Choulhan Aroukh reprendra mot pour mot. Le texte du Rambam tel qu'il nous est servi porte מֵעֹנֶג שַׁבָּת. Les deux disent la même chose, mais ce ne sont pas les mêmes mots : ou bien le Tour avait sous les yeux une autre version, ou bien il cite de mémoire en conservant le sens. Le point reste ouvert ; il vaut d'être su, parce que la formule du Choulhan Aroukh vient du Tour et non du Rambam imprimé.
5. Shitat le Beit Yossef et le Choulhan Aroukh — 2 séifim
« לשון הרמב״ם תשמיש המטה מתענוגי שבת הוא » (בית יוסף או״ח ר״פ)
« ומותר לבעול בתולה בשבת מסקנא דגמרא בריש כתובות » (בית יוסף או״ח ר״פ)
D'où la forme du siman : deux séifim, le premier reprenant la langue du Rambam telle que le Tour la donne, le second reprenant le heter de la première union. Le Choulhan Aroukh écrit מותר לבעול לכתחלה בתולה בשבת — et le mot לכתחלה n'est pas de remplissage : il exclut d'avance la lecture qui ferait du heter un בדיעבד, ce qui sera précisément l'enjeu de la section 7.
6. Shitat le Rama — le silence
Il faut cependant lire ce silence pour ce qu'il est. Le Rama ne glose pas — il ne s'ensuit pas qu'aucun usage achkénaze restrictif n'ait jamais existé sur la première union à Shabbat. Cet usage, on le trouvera documenté chez les Aharonim, et c'est le ט״ז qui le rapporte et le combat (voir la section 7). Le silence du Rama est donc un silence sur le דין, pas un relevé des מנהגים.
7. La sougya des Rishonim — la ma'hloket sur la première union à Shabbat
La guemara du début de Ketoubot ne se contente pas de poser la hakira : elle rapporte des Amoraïm qui ont tranché en sens contraires. Rabbi Yohanan, à Tzaïdan, a interdit ; Rabbi Ami et Rav Zvid ont permis en fait ; Rav Papa au nom de Rava distinguait Shabbat de Yom Tov, tandis que Rav Papi, au nom du même Rava, refusait la distinction. La conclusion est nette :
« וְהִלְכְתָא: מוּתָּר לִבְעוֹל בַּתְּחִלָּה בַּשַּׁבָּת » (כתובות ז׳ ע״א)
Les Tossafot, sur place, commentent cette conclusion permissive sans y opposer de restriction — leur lemme est la conclusion elle-même. La difficulté ne vient donc pas des Rishonim du daf ; elle vient de deux ouvrages qui ajoutent une condition, et c'est le ט״ז qui nous les transmet.
מחלוקת. Le ט״ז pose d'abord que le heter est la conclusion du Talmud et des poskim, puis rapporte que la אגודה exige que l'union se fasse בהטיה, et que les הגהות אשרי écrivent de même.
« כ״ה מסקנת התלמוד והפוסקים אלא שבאגודה כתב בזה ובלבד שיכוין לבעול בהטיה וכ״כ בהג״א » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק ב)
Contre eux, le ט״ז cite מו״ח — c'est-à-dire son beau-père, le Bayit Hadach, et non le ט״ז lui-même : le sigle מו״ח désigne le beau-père de celui qui écrit, et chez le ט״ז c'est le Bayit Hadach. Le Bayit Hadach écarte la condition de la אגודה, et il l'écarte par la conclusion même de la sougya de Ketoubot, celle du מיפקד פקיד et du מקלקל אצל הפתח.
« וכ׳ מו״ח ז״ל דליתא לדברים אלו » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק ב)
Un troisième avis est rapporté au même endroit : celui de Rabbi Yeshaya HaLevi de Jérusalem, dans une lettre imprimée. Son raisonnement ne porte pas sur le דין mais sur le מנהג — puisqu'il est d'usage de ne pas avoir la première union à Shabbat, la chose entre dans la catégorie de ce qui est permis mais que d'autres ont pris sur eux d'interdire, et l'on ne doit pas enseigner un heter qui abolirait l'usage.
« כיון שנהגו בזמנינו דאין בועלין בתחלה בשבת ה״ל כדברים המותרים ואחרים נהגו בו איסור » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק ב)
La réponse du ט״ז. Le ט״ז refuse l'argument du מנהג, et sur deux plans. Sur le fait d'abord : il tient de source sûre que des maîtres éminents ont pratiqué eux-mêmes le heter. Sur la preuve ensuite : si l'on ne pratique pas la première union à Shabbat, c'est par pudeur — la mariée n'est pas encore familière —, et l'on ne saurait tirer d'un usage qui a une autre cause la preuve d'un interdit.
« חלילה לעשות מנהג איסור בזה » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק ב)
Ce qui reste ouvert. Le ט״ז tranche pour lui-même ; la Michna Beroura, elle, rapporte encore l'avis de ceux qui, là où l'usage restrictif s'est répandu, refusent d'alléger pour ces communautés — avant de citer le ט״ז et de conclure avec lui. Le siman ne se referme donc pas sur une unanimité : il se referme sur un psak et sur un usage local qui peut lui survivre. On ne tranche pas ici pour un lecteur particulier.
8. Le psak des Aharonim — ט״ז, מג״א, משנה ברורה
« בטור כ׳ יהא זהיר לקיים עונתו » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק א)
« ומביא עובדא מיהודא בריה דרב חייא נענש ע״ד שלא קיים פעם א׳ מחמת דמשכיה שמעתתיה » (ט״ז או״ח ר״פ ס״ק א)
Le ט״ז renvoie ainsi à l'épisode rapporté à Ketoubot 62b : Yehouda, fils de Rabbi Hiyya et gendre de Rabbi Yannaï, qui rentrait chez lui chaque veille de Shabbat, manqua une fois parce que l'étude l'avait retenu. Le Tour en fait un avertissement pratique — יהא זהיר לקיים עונתו (טור או״ח ר״פ) — et le ט״ז souligne que la sévérité du récit porte sur une seule défaillance.
« מצוה לאכול שום בע״ש או בלילי שבת » (מג״א או״ח ר״פ ס״ק א)
La seconde partie du ס״ק est tout autre chose : le מג״א y rapporte une question posée au Gaon dans le ספר ברכת הזבח sur ce que mangeaient à Shabbat les Sages qui prenaient leurs aliments profanes en état de pureté, discute la réponse reçue, écrit qu'il ne l'a pas comprise, et propose la sienne. Le développement ne touche pas au psak de notre siman ; il est signalé ici pour qu'on ne le prenne pas, en ouvrant le מג״א, pour un commentaire de la עונה.
« לאפוקי חלושי כח אינם חייבין רק לפי כחן » (מ״ב ר״פ ס״ק ב)
Le ס״ק ב a une portée qu'on mesure mal à sa brièveté : le mot הבריאים du séif n'est pas un ornement, il restreint. La עונה hebdomadaire fixée au soir de Shabbat vise les bien portants ; ceux dont les forces sont diminuées ne sont tenus que selon leurs forces. Le ס״ק ד se clôt enfin sur un renvoi que le lecteur pratique ne doit pas manquer :
« ועיין לקמן סימן של״ט סקי״א במ״א » (מ״ב ר״פ ס״ק ד)
9. Nafka minot pratiques
נפקא מינה א — les aliments de la veille de Shabbat. Le ס״ק א de la Michna Beroura part du Tour — ויהיה זהיר לקיים עונתו — et enchaîne sur la pratique alimentaire, en rapportant le ספר חסידים au siman ש״ץ.
- L'ail, en soi, annule le désir ; c'est l'ail rôti qui augmente la semence. La distinction est dans la source même et il ne faut pas l'aplatir : דשומים מבטלים תאוה רק שומים צלויים מרבים זרע (מ״ב ר״פ ס״ק א).
- Tout ce qui est salé diminue, et les קטניות aussi ; ce sont les lentilles cuites non salées qui augmentent. La Michna Beroura donne cette dernière indication au nom du א״ר.
- Le מג״א dit la même mitsva pour l'ail et renvoie, pour les autres aliments, au siman תר״ח.
« כל דברים מלוחים ממעטים וכן קטניות. ועדשים מבושלים כשאין מלוחים מרבים » (מ״ב ר״פ ס״ק א)
נפקא מינה ב — la nuit de טבילה. Le séif fixe la עונה des talmidei hakhamim « d'une nuit de Shabbat à la nuit de Shabbat suivante ». Le ס״ק ג ajoute trois mots qui en changent la portée : היינו לבד ליל טבילה.
- La עונה de la nuit de טבילה ne se fond pas dans la עונה hebdomadaire de Shabbat : elle s'y ajoute. Le rythme du séif ne vaut donc que pour le cours ordinaire de la semaine.
- Le même ס״ק rapporte du ב״ח une exigence qui n'est pas d'ordre alimentaire mais d'ordre conjugal, et qui porte sur les heures d'avant la nuit : וצריך להזהר שקודם שיגיע הלילה חייב להראות חבה יתירה ואהבה עם אשתו (מ״ב ר״פ ס״ק ג) — et à plus forte raison, qu'il ne provoque aucune querelle la veille de Shabbat.
נפקא מינה ג — ce que le Choulhan Aroukh HaRav ajoute. L'Admour HaZaken découpe la matière en 3 séifim là où le Choulhan Aroukh en fait 2. Le séif intercalaire porte la תקנה d'Ezra sur l'ail, et un avertissement que ni le Mehaber ni la Michna Beroura ne formulent à cet endroit : ne pas annuler la עונה, faute de quoi l'on transgresse un לא תעשה de la Torah, à moins que l'épouse n'y renonce.
« מִתַּקָּנַת עֶזְרָא לֶאֱכוֹל שׁוּם אוֹ שְׁאָר דְּבָרִים הַמַּרְבִּים זֶרַע בְּעֶרֶב שַׁבָּת אוֹ בְּלֵיל שַׁבָּת, בִּשְׁבִיל קִיּוּם הָעוֹנָה » (שו״ע הרב ר״פ:ב)
« וְצָרִיךְ לִזָּהֵר שֶׁלֹּא לְבַטֵּל הָעוֹנָה, שֶׁלֹּא יַעֲבוֹר עַל לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁל תּוֹרָה אֶלָּא אִם כֵּן הָאִשָּׁה מוֹחֶלֶת » (שו״ע הרב ר״פ:ב)
10. Récapitulatif des shitot et conclusion halakhique
Le yessod final. Le siman ר״פ ne fabrique rien : il transcrit le Rambam, que le Tour avait déjà cité mot pour mot, et il adosse ses deux membres à deux sougyot de Ketoubot — 62b pour le moment de la עונה, 5b–7a pour le heter de la première union. Sa place dans les hilkhot Shabbat tient au chapitre du עונג, et Rachi en donne la raison en quelques mots : une nuit de תענוג, de שביתה et de הנאת הגוף.
Ce qui est tranché, et ce qui ne l'est pas :
- Le דין : le Mehaber ne rencontre pas de glose du Rama sur ce siman ; il n'y a pas ici de divergence entre les deux traditions au niveau du Choulhan Aroukh lui-même.
- Le מנהג : c'est là, et seulement là, que la divergence vit. La Michna Beroura rapporte l'avis de ceux qui, là où l'usage restrictif s'est répandu, refusent d'alléger, puis cite le ט״ז et conclut avec lui — והמחמיר אינו אלא מן המתמיהין (מ״ב ר״פ ס״ק ד).
- Habad : le Choulhan Aroukh HaRav donne 3 séifim, ajoute la תקנה d'Ezra et l'avertissement sur le ביטול עונה, et développe pour le séif 2 les couches successives du heter — מיפקד פקיד, מלאכה שאינה צריכה לגופה, מקלקל, מקום מצוה. Son apport est halakhique et analytique ; le niveau 4 l'expose en entier.
« אבל הט״ז כתב חלילה לעשות איסור בזה » (מ״ב ר״פ ס״ק ד)
Pour aller plus loin
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, siman ר״פ, 3 séifim).