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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
סימן שנ״ו
דִּין אַמַּת הַמַּיִם הָעוֹבֶרֶת בְּחָצֵר
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lomdim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
shitot des Rishonim sur le canal d’eau qui traverse la cour

Sujet :
Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman שנ״ו — 2 seifim
avec les nossei kelim : commentaires du Choulhan Aroukh, Taz, Magen Avraham, sources et notes

Michna Beroura : 16 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — le canal d’eau dans Érouvin 87
  2. La hakira de fond — quand l’eau s’annule-t-elle à la cour ?
  3. Profond de dix, large de quatre — le nom de karmelit
  4. Une cloison à l’entrée et à la sortie — le tefah immergé
  5. Une cloison faite pour l’eau — la cloison de la cour ne suffit pas
  6. Lavoud — moins de trois tefahim
  7. La glose du Rama — des ouvertures de moins de trois
  8. Une cour ouverte en brèche — langue de mer et gidoudin
  9. Le psak du Beit Yossef et du Choulhan Aroukh
  10. Récapitulation des shitot et ligne de la halakha

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 2 seifim

סעיף א. דין אמת המים העוברת בחצר. ובו ב סעיפים:
אמת המים העוברת בחצר עמוקה עשרה ורחבה ארבעה אין ממלאין ממנה בשבת אלא אם כן עשו לה מחיצה גבוה עשרה בכניסתה וביציאתה ויהיה טפח ממנה משוקע במים ואם היתה המחיצה כולה יורדת בתוך המים צריך שיהי' טפח ממנה יוצא למעל מן המים ואם התחילה לעשות המחיצ' אצל השפה מכל צד ולא חיבר אותם באמצע כדי שיהו המים נכנסים ויוצאים דרך שם אם אין ביניהם ג' טפחים שרי דאמרינן לבוד יש ביניהם ג' טפחים אסור: הגה ואם הנקבים שהאמה נכנס ויוצא בהם אינם רחבים ג' אפי' מחיצה אינו צריך (ב״י בשם ריטב״א):

Traduction du seif א : intitulé — Le cas du canal d’eau qui traverse une cour ; il comporte deux seifim. Un canal d’eau qui traverse une cour, profond de dix [tefahim] et large de quatre : on n’y puise pas le Chabbat, à moins qu’on ne lui ait fait une cloison haute de dix à son entrée et à sa sortie, et qu’un tefah de cette cloison soit immergé dans l’eau. Et si la cloison descend tout entière dans l’eau, il faut qu’un tefah d’elle ressorte au-dessus de l’eau. Et si l’on a commencé la cloison depuis chaque rive sans la joindre au milieu, afin que l’eau puisse entrer et sortir par là : s’il y a entre les deux parties moins de trois tefahim, c’est permis, car on dit lavoud ; s’il y a trois tefahim, c’est interdit. Glose du Rama : et si les ouvertures par lesquelles le canal entre et sort n’ont pas trois [tefahim] de large, on n’a même pas besoin de cloison (Beit Yossef au nom du Ritva).

סעיף ב. חצר שנפרצה ולשון ים עובר על הפרצה אם אינו במלואו ואין בפרצה יותד מי' מותר למלאות ממנו ולהכניס לבית נפרצה במילואה או שיש בפרצה יותר מי' אם נשאר במקום שנפרץ גידודין גבוהים י' והמים מכסים אותו מותר למלאות ממנו בחצר אבל אסור להכניסן לבית אלא אם כן עשו מחיצה גבוה עשרה על המים לא נשאר גידודים אסור אפילו למלאות בחצר:

Traduction du seif ב : une cour dont le mur s’est ouvert en brèche, et une langue de mer passe sur la brèche. Si la brèche n’est pas sur toute la longueur du mur et qu’elle n’excède pas dix [coudées] — il est permis d’y puiser et de rentrer l’eau à la maison. Si le mur s’est ouvert sur toute sa longueur, ou que la brèche excède dix : s’il reste à l’endroit de la brèche des gidoudin hauts de dix et que l’eau les recouvre — il est permis d’y puiser dans la cour, mais interdit de rentrer l’eau à la maison, à moins qu’on n’ait fait une cloison haute de dix au-dessus de l’eau. S’il n’est resté aucun gidoud — il est interdit même d’y puiser dans la cour.

Note de recopie : le texte du seif ב porte, dans l’édition suivie par Sefaria, יותד מי׳ là où le sens demande יותר. C’est une coquille de numérisation ; elle est recopiée telle quelle et n’est pas restaurée.

1. Introduction à la sougya — le canal d’eau dans Érouvin 87

La source dans la guemara

La source du siman est la michna d’Érouvin — אמת המים שהיא עוברת בחצר (עירובין פ״ז ע״א) — et la sougya qui la suit, d’Érouvin 87a à 87b. La cour est entourée de cloisons : elle est reshout hayahid. Mais le canal, profond de dix et large de quatre, est relié à l’eau qui se trouve hors de la cour — et le voilà karmelit traversant une reshout hayahid.

La règle est simple : tout ce qui se tient à l’intérieur de cloisons est reshout hayahid. Pourquoi, alors, le canal ne s’annule-t-il pas à la cour ? Parce qu’il est relié à l’eau extérieure — et cette jonction lui conserve son statut de karmelit. Tout le siman porte sur la rupture de cette jonction, afin de ramener l’eau dans le giron de la reshout hayahid.

2. La hakira de fond — quand l’eau s’annule-t-elle à la cour

חקירה : de l’eau qui se tient dans une cour — qu’est-ce qui en fait une karmelit, et non une reshout hayahid comme tout le reste de la cour ?

« אבל אם יש לו בריכת מים בחצירו ואינה נמשכת מבחוץ א״צ שום תיקון » (מ״ב שנ״ו:א)

La Michna Beroura, au ס״ק ג, énonce le principe et sa limite d’un seul trait.

« דכל מה שבתוך המחיצות רה״י הוא ורק בזה כשמחוברין עם המים שמבחוץ אמרינן דאינם בטילים » (מ״ב שנ״ו:ג)

Le fondement est donc la jonction : dès qu’on sépare l’eau intérieure de l’eau extérieure, le statut de reshout hayahid revient sur elle.

3. Profond de dix et large de quatre — le nom de karmelit

Le shiour de la karmelit. La Michna Beroura (ס״ק ב) précise que c’est à cette mesure — profond de dix et large de quatre — que l’eau devient un domaine à part, et que le nom de karmelit se pose sur elle, comme sur les mers et les fleuves.
« דבשיעור זה נעשו המים רשות לעצמן ושם כרמלית עליהם כשאר ימים ונהרות » (מ״ב שנ״ו:ב)

Et la réciproque est dite dans le même ס״ק : en deçà de cette mesure, on puise sans aucun aménagement, car l’eau est annulée à la reshout hayahid.

« אבל אם אין עמוקין עשרה או שאינם רחבים ד׳ מותר למלאות מהן בלי שום תיקון דבטל הוא לגבי רה״י » (מ״ב שנ״ו:ב)

4. Une cloison à l’entrée et à la sortie — le tefah immergé

Le yessod : l’aménagement demandé est une cloison haute de dix à l’entrée du canal et à sa sortie, dont un tefah est immergé dans l’eau. La cloison sépare l’eau intérieure de l’eau extérieure ; le tefah immergé fait que la séparation atteigne l’eau elle-même. Et si la cloison descend tout entière dans l’eau, il faut qu’un tefah d’elle ressorte au-dessus de la surface, pour qu’elle se voie comme cloison.

Trois précisions de la Michna Beroura tiennent ce yessod. D’abord, où se posent ces cloisons.

« ר״ל במקום כניסת המים לחצר ובמקום יציאת המים מן החצר » (מ״ב שנ״ו:ד)

Ensuite, à quoi sert le tefah immergé.

« לחלוק בין המים שבחוץ שהם כרמלית למים שבפנים » (מ״ב שנ״ו:ה)

Enfin, pourquoi il faut qu’un tefah ressorte lorsque la cloison est entièrement sous l’eau.

« כדי שיהיה ניכרת קצת המחיצה המפסיקתן » (מ״ב שנ״ו:ו)

5. Une cloison faite pour l’eau — la cloison de la cour ne suffit pas

Le diyouk de la Michna Beroura (ס״ק ג) : la cloison de la cour elle-même — fût-elle largement immergée dans l’eau — ne sert à rien ici.

« ומחיצת החצר גופא אף אם שקוע הרבה במים אינו מועיל בזה » (מ״ב שנ״ו:ג)

Il faut une cloison dont on voie qu’elle a été faite pour l’eau : une cloison dédiée, reconnaissable comme destinée à séparer l’eau.

« דבעינן שיהא נראה שנעשה בשביל המים » (מ״ב שנ״ו:ג)

C’est une condition de fond, et non de fait : il ne suffit pas qu’une cloison existe dans la réalité, il faut qu’elle soit une cloison en vue de la séparation des eaux.

6. Lavoud — moins de trois tefahim

Une cloison discontinue. Si l’on a commencé la cloison depuis chaque rive sans la joindre au milieu, pour que l’eau continue de couler : si l’écart est de moins de trois tefahim, c’est permis, car on dit לבוד — l’écart est tenu pour bouché ; si l’écart atteint trois tefahim, c’est interdit, car il n’y a plus de lavoud. Le din de lavoud « ferme » la brèche de la cloison.

7. La glose du Rama — des ouvertures de moins de trois

La glose du Rama. Si les ouvertures par lesquelles le canal entre et sort n’ont pas trois tefahim de large, alors, écrit-il, on n’a même pas besoin de cloison.

« אפי׳ מחיצה אינו צריך » (רמ״א שו״ע או״ח שנ״ו:א)

La Michna Beroura le rattache au principe général du lavoud.

« דכל מה שפחות משלשה אמרינן לבוד » (מ״ב שנ״ו:ט)

8. Une cour ouverte en brèche — langue de mer et gidoudin

Seif ב. Une cour dont le mur s’est ouvert en brèche, et une langue de mer passe sur la brèche : si la brèche est partielle et n’excède pas dix coudées — il est permis de puiser et de rentrer l’eau à la maison. Si le mur s’est ouvert sur toute sa longueur, ou que la brèche excède dix : s’il reste des gidoudin (des vestiges de murs) hauts de dix et que l’eau les recouvre — il est permis de puiser dans la cour, mais non de rentrer l’eau à la maison sans cloison ; s’il ne reste aucun gidoud — il est interdit même de puiser dans la cour.

La Michna Beroura explique pourquoi une brèche qui n’excède pas dix coudées ne nuit pas : la langue de mer entre dans la cour sans en ressortir de l’autre côté, si bien qu’elle est comme une citerne de la cour, que les cloisons de la cour autorisent.

« הוא כבור שבחצר ומחיצות החצר מתירות אותה » (מ״ב שנ״ו:י)

Et pourquoi des gidoudin recouverts par l’eau suffisent encore.

« דבזה נחשב כאלו המחיצות עדיין קיימות » (מ״ב שנ״ו:י״ב)

Quant à la distinction entre puiser dans la cour et rentrer l’eau à la maison, elle tient à ce que la cloison peut se voir depuis la cour quand l’eau baisse, ce qui n’arrive jamais depuis la maison.

« דפעמים שהמים שוקעים והמחיצה ניכרת » (מ״ב שנ״ו:י״ג)

Et lorsqu’il ne reste aucun gidoud, la Michna Beroura ajoute que l’interdit ne porte pas seulement sur le fait de puiser.

« וה״ה לטלטל בחצר כיון שהוא פרוץ יותר מעשר למקום האסור » (מ״ב שנ״ו:ט״ז)

9. Le psak du Beit Yossef et du Choulhan Aroukh

Beit Yossef. Il rapporte la sougya d’Érouvin 87 et les Rishonim — dont le Ritva — puis tranche dans le Choulhan Aroukh en deux seifim : le cas du canal d’eau et de sa cloison (tefah immergé, lavoud), et le cas de la cour ouverte sur la mer. Le Rama y ajoute l’allègement des ouvertures de moins de trois, qu’il rapporte lui-même au nom du Beit Yossef au nom du Ritva.

10. Récapitulation des shitot et ligne de la halakha

Le yessod : l’eau qui se tient dans une cour s’annule à la reshout hayahid, sauf lorsqu’elle est reliée au dehors.

Pour la pratique — selon l’usage de sa communauté et sous la décision d’un rav.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulation structurée, avec repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shitah de l’Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שנ״ו · Niveau 2 — Lamdan
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