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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
סימן רנ״ח
שמותר להשים ערב שבת דבר קר על קדירה חמה. ובו סעיף אחד
Poser la veille de Chabbat un mets froid sur une marmite chaude : le gader de la hatmana, et la marmite chaude est-elle un davar hamossif hevel ?
⚡ POUR LAMDANIM ET TALMIDEI HAKHAMIM ⚡
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Pilpoul approfondi

La sougya de Chabbat 51a–51b et le Rambam,
la hakira sur le gader de la hanaha,
la ligne de partage entre poser et enfouir,
la marmite chaude et le mossif hevel

Sujet : Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman 258 · 1 seif

Base talmudique : Chabbat 51a et 51b (fin du perek Bameh Tomnin) · Rambam, Hilkhot Chabbat 4:6

Appareil : Beit Yossef · Taz · Maguen Avraham · Michna Beroura · Choulhan Aroukh HaRav et son Kountress Aharon

Rédaction : Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La sougya — Chabbat 51a–51b et le Rambam
  2. Hakira sur le gader de la hanaha — qu'est-ce qui sépare poser d'enfouir ?
  3. La marmite chaude est-elle un mossif hevel ?
  4. Les chitot des Richonim et l'étendue du heter
  5. Le heter expliqué par le Beit Yossef
  6. Le hidouch de l'Admour HaZaken dans le Kountress Aharon
  7. La question du temps — seulement avant la nuit, ou aussi pendant Chabbat ?
  8. Distinction entre chose froide et chose chaude
  9. Nafka minot pratiques modernes

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 1 seif

« שמותר להשים ערב שבת דבר קר על קדירה חמה. ובו סעיף אחד: מותר להניח מבעוד יום כלי שיש בו דבר קר על גבי קדירה חמה שאין זה כטומן בדבר המוסיף הבל » — (שו״ע או״ח רנ״ח)

Traduction : Qu'il est permis de poser, la veille de Chabbat, une chose froide sur une marmite chaude. Et il comporte un seul seif : il est permis de poser, tant qu'il fait encore jour, un récipient contenant une chose froide sur une marmite chaude, car cela n'est pas comme enfouir dans une chose qui ajoute de la chaleur.

Le siman tient en une seule phrase, et cette phrase est négative : elle ne crée pas un heter nouveau, elle retire un cas du champ de l'interdit d'enfouissement (hatmana) posé au siman 257. Tout le pilpoul consiste à demander par quoi il en est retiré — et les Aharonim ne répondent pas la même chose.

1. La sougya — Chabbat 51a–51b et le Rambam

Deux fils talmudiques se rejoignent ici. Le premier est la discussion sur l'enfouissement du froid : Rav Yehouda au nom de Chmouel l'autorise, et la michna de la fin du perek Bameh Tomnin rapporte la position inverse ainsi que la permission de Rabbi.

« מוּתָּר לְהַטְמִין אֶת הַצּוֹנֵן » — (שבת נ״א ע״א)
« וּכְשֵׁם שֶׁאֵין טוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין כָּךְ אֵין טוֹמְנִין אֶת הַצּוֹנֵן. רַבִּי הִתִּיר לְהַטְמִין אֶת הַצּוֹנֵן » — (שבת נ״א ע״ב)

Le second fil est la beraïta qui est la source directe de notre seif — et c'est elle qu'il faut avoir sous les yeux, car tout le siman en dépend :

« מַנִּיחִין מֵיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם וּקְדֵרָה עַל גַּבֵּי קְדֵרָה, אֲבָל לֹא קְדֵרָה עַל גַּבֵּי מֵיחַם, וּמֵיחַם עַל גַּבֵּי קְדֵרָה. וְטָח אֶת פִּיהָ בְּבָצֵק, וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּחַמּוּ, אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיִּהְיוּ מְשׁוּמָּרִים » — (שבת נ״א ע״ב)

Deux choses y sont dites. D'abord ce que l'on pose : un récipient chaud sur un récipient chaud. Ensuite pourquoi : non pour qu'ils chauffent, mais pour qu'ils soient conservés. La beraïta ne parle donc pas du tout de notre cas — le nôtre est celui d'une chose froide, que l'on pose précisément pour qu'elle se réchauffe.

Le Rambam tient les deux versants dans une seule halakha, et c'est de là que vient la formulation du Tour puis du Mehaber :
« מַנִּיחִין מֵיחַם עַל גַּבֵּי מֵיחַם בְּשַׁבָּת וּקְדֵרָה עַל גַּבֵּי קְדֵרָה וּקְדֵרָה עַל גַּבֵּי מֵיחַם וּמֵיחַם עַל גַּבֵּי קְדֵרָה וְטָח פִּיהֶם בְּבָצֵק לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיּוּחַמּוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁיַּעַמְדוּ עַל חֻמָּם » — (רמב״ם הל׳ שבת פ״ד ה״ו)
« שֶׁלֹּא אָסְרוּ אֶלָּא לְהַטְמִין בְּשַׁבָּת אֲבָל לְהַנִּיחַ כְּלִי חַם עַל גַּב כְּלִי חַם כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ עוֹמְדִין בַּחֲמִימוּתָן מֻתָּר » — (רמב״ם הל׳ שבת פ״ד ה״ו)
« אֲבָל אֵין מַנִּיחִין כְּלִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ דָּבָר צוֹנֵן עַל גַּבֵּי כְּלִי חַם בְּשַׁבָּת שֶׁהֲרֵי מוֹלִיד בּוֹ חֹם בְּשַׁבָּת וְאִם הִנִּיחוֹ מִבָּעֶרֶב מֻתָּר וְאֵינוֹ כְּטוֹמֵן בְּדָבָר הַמּוֹסִיף » — (רמב״ם הל׳ שבת פ״ד ה״ו)
Le dernier membre est, mot pour mot, notre siman : pendant Chabbat on ne pose pas le froid sur le chaud parce qu'on y engendre de la chaleur (molid hom) ; mais si on l'a posé la veille au soir — permis, et ce n'est pas comme enfouir dans une chose qui ajoute de la chaleur.

Une variante de texte, et elle compte. Nos éditions du Talmud interdisent le meïham sur la marmite ; le Beit Yossef relève que la girsa suivie par le Tour est autre, et qu'elle a de qui tenir :

« ואע״ג דבנוסחי דידן כתוב אבל לא מיחם ע״ג קדרה כבר כתב רש״י דבתוספתא גרסינן כמ״ש וכן היא גירסת הרי״ף והרא״ש וכ״כ הרמב״ם בפ״ד » — (ב״י או״ח רנ״ח)

Racine de la sougya. Rachi, tel que le rapporte le Beit Yossef, lit la beraïta comme parlant même de Chabbat, et surtout comme excluant l'intention de réchauffer :

« ופירש״י דמניחין אפי׳ בשבת קאמר ולא שיחמו שיהא העליון צונן ונתנו כדי שיחמו מחומו של תחתון אלא שיהו משומרין שהיו שניהם חמין ונתנו ע״ג זה כדי שיהא חומו משתמר » — (ב״י או״ח רנ״ח)

Une remarque de méthode, pour éviter un contresens répandu : la sougya de Beitsa 22a, souvent citée à côté de celle-ci, traite de l'enfouissement fait un jour de fête pour Chabbat (eirouv tavchilin). Elle porte bien sur la hatmana, mais elle n'est pas la source de notre seif ; la source est la beraïta de Chabbat 51b et la halakha du Rambam citée ci-dessus.

2. Hakira sur le gader de la hanaha — qu'est-ce qui sépare poser d'enfouir ?

Hakira à trois branches. Le seif dit « ce n'est pas comme enfouir ». Reste à savoir par quoi l'acte échappe à la hatmana :

Ces trois branches ne sont pas une reconstruction : le Kountress Aharon de l'Admour HaZaken énonce lui-même l'opposition entre la première et la troisième, et dit laquelle appartient à qui.

Le Beit Yossef ne dit pas que l'acte n'est pas une hatmana. Il donne une seule raison, et elle est du côté thermique :
« שהרי אין הקדרה חמה מוספת הבל אדרבה חומה מתמעט והולך » — (ב״י או״ח רנ״ח)
Le Taz, lui, place la raison essentielle du côté géométrique :
« ועיקר טעם ההיתר כאן כיון שאינו טמון בתוכו ממש רק מונח עליו » — (ט״ז או״ח רנ״ח ס״ק א)
Le Rama, au siman 253, avait déjà posé le critère du découvert :
« וי״א דאפילו אם הקדירה עומדת על גבי האש ממש כל זמן שהיא מגולה למעלה לא מקרי הטמנה ושרי וכן המנהג » — (רמ״א או״ח רנ״ג:א)

Le Kountress Aharon nomme la ma'hloket. C'est lui qui explique pourquoi le Beit Yossef a eu besoin de la raison thermique — parce que, pour le Tour et le Mehaber, même une marmite découverte est appelée hatmana :

« דהטור ושו״ע לשיטתייהו אזלי, שאף שהקדרה מגולה מיקרי הטמנה, ולכן הוצרך הב״י לפרש שאין הקדרה מוספת הבל » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)
« ומכל מקום הדין דין אמת אף לדידן דקיימא לן דכשהקדרה מגולה למעלה לא מיקרי הטמנה, כמ״ש רמ״א סי׳ רנ״ג והט״ז כאן, וכן דעת הרמב״ם ומגיד משנה סוף פ״ד, וכגון שהיא טמונה למעלה » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

Autrement dit : la branche C est celle du Tour et du Mehaber ; la branche A est celle que « nous » tenons — Rama au siman 253, Taz ici, Rambam et Maguid Michné à la fin du perek 4. Et l'Admour HaZaken ajoute que la halakha reste vraie dans les deux lectures, son cas à lui étant celui où la marmite est couverte par le haut.

Nafka minot.

« ובהא אתי שפיר מה שנוהגין להטמין מבעוד יום מיני עיסה בקדרה קטנה תוך גדולה אע״ג דהוה ליה הטמנה ממש עיין סי׳ שכ״ו » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

3. La marmite chaude est-elle un mossif hevel ?

Hakira. Le siman 257 interdit d'enfouir dans ce qui ajoute de la chaleur. Une marmite chaude en est-elle ?

Le Beit Yossef et la Michna Beroura tiennent la branche A, et la Michna Beroura en donne la formule la plus nette — la différence n'est pas de degré mais d'origine :
« דהתם הוא מוסיף הבל מחמת עצמו אבל הקדרה אין לה הבל מעצמה ואדרבה כל שעה חומה מתמעט והולך » — (מ״ב רנ״ח:ב)
L'Admour HaZaken donne la même raison dans son seif :
« לְפִי שֶׁאֵין הַקְּדֵרָה הָרוֹתַחַת נִקְרָא מוֹסִיף הֶבֶל, שֶׁהֲרֵי חֻמָּהּ הוֹלֵךְ וּמִתְמַעֵט » — (שו״ע הרב רנ״ח:א)

Le Taz n'en reste pas là, et c'est le point le plus lamdanique du siman : il limite le heter à ce qu'on veut laisser de longues heures, la marmite pouvant refroidir avant le terme. Pour une courte durée, où l'on reprend l'objet tandis que la marmite est encore chaude, il l'interdit — et dans ces termes-là, la marmite est bel et bien un mossif hevel :

« ונראה לי שאין בכלל זה אלא מה שרוצה להטמין לשעות הרבה שאפשר שתתקרר הקדירה קודם כלות הזמן ההוא אבל אם רוצה להטמין לשעה מועטת וליקחו משם בעוד הקדירה חמה אסור דהוי דבר המוסיף הבל על כל פנים » — (ט״ז או״ח רנ״ח ס״ק א)

Comment le Taz se tient-il avec lui-même ? Il tient la branche A (l'acte n'est pas un enfouissement puisque l'objet est seulement posé dessus) et il tient que la marmite chaude ajoute de la chaleur. Les deux ne se contredisent pas : le premier énoncé répond à la question « y a-t-il hatmana ? », le second à la question « sur quoi ? ». Son heter tient donc entièrement à la première, et il la retire dès que le cas devient un enfouissement véritable — c'est exactement ce qu'il dit de la pratique hivernale rapportée à la section 9.

Le Maguen Avraham déplace la question plutôt qu'il n'y répond : si la marmite du dessous est sur le feu, ce n'est plus la hatmana qui juge le cas mais la chehiya du siman 253.

« ואם הקדירה התחתונה עומדת ע״ג האש יש לה דין שהיה ועסי׳ רנ״ג » — (מג״א או״ח רנ״ח ס״ק א)

C'est précisément cette ligne que l'Admour HaZaken a choisi de ne pas reprendre — on y revient à la section 6.

4. Les chitot des Richonim et l'étendue du heter

AutoritéCe qu'elle établitOù on le lit
Rambam, Hilkhot Chabbat 4:6Les quatre combinaisons de récipients sont permises, même pendant Chabbat, tant qu'il s'agit de conserver et non de réchauffer ; le froid sur le chaud est interdit pendant Chabbat (molid hom) et permis depuis la veille.שֶׁלֹּא אָסְרוּ אֶלָּא לְהַטְמִין בְּשַׁבָּת אֲבָל לְהַנִּיחַ כְּלִי חַם עַל גַּב כְּלִי חַם כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ עוֹמְדִין בַּחֲמִימוּתָן מֻתָּר (רמב״ם הל׳ שבת פ״ד ה״ו)
Rif et Roch (rapportés par le Beit Yossef)Même girsa que le Rambam, contre nos éditions ; c'est elle que suit le Tour.ואע״ג דבנוסחי דידן כתוב אבל לא מיחם ע״ג קדרה כבר כתב רש״י דבתוספתא גרסינן כמ״ש וכן היא גירסת הרי״ף והרא״ש וכ״כ הרמב״ם בפ״ד (ב״י או״ח רנ״ח)
Rachi (rapporté par le Beit Yossef)La beraïta parle même de Chabbat, et seulement du cas où les deux étaient chauds, pour que la chaleur soit conservée.ופירש״י דמניחין אפי׳ בשבת קאמר ולא שיחמו שיהא העליון צונן ונתנו כדי שיחמו מחומו של תחתון אלא שיהו משומרין שהיו שניהם חמין ונתנו ע״ג זה כדי שיהא חומו משתמר (ב״י או״ח רנ״ח)
Maguid Michné (rapporté par le Beit Yossef)Le récipient du dessous était assez chaud pour réchauffer le froid, et non pour le dégourdir seulement — sans quoi ce serait permis même devant le foyer.ופירשו ז״ל שהקומקום היה חם כ״כ שהיה בו לחמם הכוזא שהיה בו צונן ולא שיעור להפשיר בלבד שאל״כ מותר היה אפי׳ נגד המדורה (ב״י או״ח רנ״ח)
Ran (rapporté par le Beit Yossef)Réchauffer sur la marmite un mets entièrement cuit est permis, même si la main s'y brûle, car ce n'est pas la manière de cuire ; mais enfouir sous les étoffes posées sur le récipient est certainement interdit.אבל להטמין תחת הבגדים הנתונים ע״ג מיחם ודאי אסור שהרי אסור להטמין משחשכה אפי׳ תבשיל שנתבשל כל צרכו אפי׳ בדבר שאינו מוסיף הבל (ב״י או״ח רנ״ח)
Rabbénou Yerouham (rapporté par le Beit Yossef)Deux lectures sur le cas où le récipient du dessous est sur le feu ; la seconde interdit toujours.וי״מ שאם כלי התחתון על האש לעולם אסור דהוי כמניחו לכתחלה על האש (ב״י או״ח רנ״ח)
Admour HaZakenPermet depuis la veille, sans distinguer le mets chaud du mets froid, sur une marmite bouillante.מֻתָּר לְהַטְמִין מִבְּעוֹד יוֹם, בֵּין תַּבְשִׁיל חַם בֵּין תַּבְשִׁיל קַר, עַל גַּבֵּי קְדֵרָה רוֹתַחַת (שו״ע הרב רנ״ח:א)

Où passe le désaccord, et où il ne passe pas. Sur le cas du seif lui-même — un récipient froid posé la veille sur une marmite chaude qui n'est pas sur le feu — les autorités réunies dans le tableau ci-dessus permettent. Le désaccord porte ailleurs, et il est réel :

« וראשון נראה עיקר ומ״מ אם הוא תבשיל שיש בו רוטב ומצטמק ויפה לו אסור לדברי הכל » — (שו״ע או״ח שי״ח:ח)
« ולאפוקי מדברי הרב רבינו יונה שהביא הר״ן שפירש ההיא דכוזא כו׳ בכהאי גוונא ולאיסור, אלא ס״ל בהדיא כפירוש התוס׳ ורא״ש וטור ושו״ע בסי׳ שי״ח » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

5. Le heter expliqué par le Beit Yossef

Le Beit Yossef donne au heter une raison, et il la donne comme évidente :
« שהרי אין הקדרה חמה מוספת הבל אדרבה חומה מתמעט והולך » — (ב״י או״ח רנ״ח)
Rien, dans cette phrase, ne dit que l'acte ne serait pas un enfouissement. Elle dit que ce sur quoi on enfouit n'ajoute pas de chaleur : la marmite est un corps fini, sa chaleur va en diminuant. L'interdit du siman 257 — enfouir dans ce qui ajoute de la chaleur — ne s'applique donc pas, faute de mossif hevel.

Ce que le Taz ajoute par-dessus. Le Taz cite cette raison du Beit Yossef, puis place ailleurs le fond de l'affaire : pour lui, l'essentiel du heter tient à ce que l'objet n'est pas enfoui dedans, seulement posé dessus. Les deux raisons ne s'excluent pas — mais elles ne couvrent pas le même terrain, et c'est ce qui se vérifie dès qu'un cas les oppose : dans l'enfouissement véritable (un récipient plongé dans un autre), la raison du Taz tombe, et la raison du Beit Yossef, elle, tiendrait encore.

Kouchia. Si la raison du Beit Yossef suffit, pourquoi le Taz en cherche-t-il une autre ? Et si celle du Taz suffit, pourquoi le Beit Yossef ne la donne-t-il pas, lui qui écrit sur le Tour ?

Terouts du Kountress Aharon. La réponse n'est pas à inventer : l'Admour HaZaken la donne. Le Tour et le Mehaber suivent leur propre chita, selon laquelle une marmite découverte est déjà appelée hatmana ; le Beit Yossef, qui les explique, était donc obligé de recourir à la raison thermique — la raison du Taz ne lui était pas disponible.

« דהטור ושו״ע לשיטתייהו אזלי, שאף שהקדרה מגולה מיקרי הטמנה, ולכן הוצרך הב״י לפרש שאין הקדרה מוספת הבל » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

6. Le hidouch de l'Admour HaZaken dans le Kountress Aharon

Le seif du Choulhan Aroukh HaRav commence par un mot qui n'est pas neutre — il écrit enfouir, non poser :
« מֻתָּר לְהַטְמִין מִבְּעוֹד יוֹם, בֵּין תַּבְשִׁיל חַם בֵּין תַּבְשִׁיל קַר, עַל גַּבֵּי קְדֵרָה רוֹתַחַת » — (שו״ע הרב רנ״ח:א)
« וְאֵין זֶה כְּמַטְמִין עַל גַבֵּי דָּבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל שֶׁאָסוּר אֲפִלּוּ מִבְּעוֹד יוֹם » — (שו״ע הרב רנ״ח:א)
« לְפִי שֶׁאֵין הַקְּדֵרָה הָרוֹתַחַת נִקְרָא מוֹסִיף הֶבֶל, שֶׁהֲרֵי חֻמָּהּ הוֹלֵךְ וּמִתְמַעֵט » — (שו״ע הרב רנ״ח:א)
Deux choses en découlent. D'une part il ne distingue pas le mets chaud du mets froid. D'autre part il assume que l'acte est un enfouissement, et fait porter tout le heter sur la nature du support.

Le hidouch du Kountress Aharon. Il tient en ceci : la halakha est vraie des deux côtés de la ma'hloket sur le gader. Pour le Tour et le Mehaber elle a besoin de la raison thermique ; pour « nous » — Rama 253, Taz ici, Rambam et Maguid Michné — il n'y a pas même hatmana quand la marmite est découverte par le haut, et le seif vise alors le cas où elle est couverte.

« ומכל מקום הדין דין אמת אף לדידן דקיימא לן דכשהקדרה מגולה למעלה לא מיקרי הטמנה, כמ״ש רמ״א סי׳ רנ״ג והט״ז כאן, וכן דעת הרמב״ם ומגיד משנה סוף פ״ד, וכגון שהיא טמונה למעלה » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

Et le refus explicite du Maguen Avraham. C'est le passage le plus remarquable du Kountress Aharon sur ce siman : l'Admour HaZaken dit en toutes lettres qu'il n'a pas repris ce que le Maguen Avraham écrit ici, et il dit pourquoi.

« ולא העתקתי מה שכתב המג״א כאן, משום דבהדיא מבואר בש״ע סי׳ שי״ח ס״ח שהכריע להקל דלא דמי לכירה » — (קונטרס אחרון לשו״ע הרב רנ״ח)

La raison invoquée est que le Choulhan Aroukh au siman 318:8 a tranché dans le sens indulgent, en écartant l'assimilation à la kira. La divergence est donc frontale et située : le Maguen Avraham renvoie à la chehiya du siman 253 dès que la marmite du dessous est sur le feu ; l'Admour HaZaken refuse ce renvoi et s'appuie sur 318:8. Les deux positions sont ici rapportées, non arbitrées.

Nafka mina. Le cas de tous les vendredis — un plat froid posé sur une marmite qui se trouve, elle, sur la plata — est exactement celui que ces deux lignes partagent. Selon la ligne du Maguen Avraham on le juge par le siman 253 ; selon celle du Kountress Aharon on le juge par 318:8. La conduite pratique relève d'une chéélat rav, non de cette page.

7. La question du temps — seulement avant la nuit, ou aussi pendant Chabbat ?

Kouchia. Le seif précise « tant qu'il fait encore jour ». Cette précision est-elle une simple description du cas usuel, ou pose-t-elle que pendant Chabbat ce serait interdit — et, dans ce cas, interdit à quel titre ?

Terouts. La Michna Beroura répond, et sa réponse est plus fine que la question. Elle sépare deux situations, et leur donne deux motifs différents.

Première situation : la marmite est couverte d'étoffes et l'on glisse la chose froide dessous, pendant Chabbat. Là, l'interdit est celui de la hatmana, et il ne dépend pas du seuil de cuisson :

« ודוקא להניח הדבר קר מבע״י אבל להניחו בשבת על הקדרה תחת הכיסוי בגדים שעליה שיתחמם אסור » — (מ״ב רנ״ח:ב)
« דבשבת לא התירו להטמין את הצונן אלא כדי שתפיג צינתו אבל בזה שמוליד חום ע״י הטמנה אסור » — (מ״ב רנ״ח:ב)

Seconde situation : la marmite n'est pas couverte d'étoffes. Là, il n'y a plus d'interdit de hatmana du tout, et ce qui reste est la question de la cuisson, renvoyée au siman 318 :

« ואם אין הקדרה מכוסה בבגדים אין איסור להניח עליו הדבר קר אלא כשיוכל לבוא לידי יד סולדת בו וכדלקמן בסימן שי״ח ס״ו » — (מ״ב רנ״ח:ב)

Yessod. On lit souvent que, pendant Chabbat, ce serait interdit à cause de la cuisson et non à cause de la hatmana. La Michna Beroura dit le contraire dans le premier cas : sous les étoffes, c'est bien la hatmana qui interdit, et précisément parce qu'on engendre de la chaleur au lieu de simplement dégourdir le froid — ce qui est le mot même du Rambam, chehareï molid bo hom beChabbat. Le motif de cuisson n'apparaît que lorsque la marmite est découverte.

Et avant la nuit ? La Michna Beroura y est large : même une chose crue, qui va cuire maintenant par la chaleur de la marmite du dessous, est permise, du seul fait qu'on l'a posée avant la nuit.
« ואפילו הוא דבר חי ויתבשל עתה ע״י חום הקדירה שתחתיה ג״כ שרי כיון שמניח מבע״י » — (מ״ב רנ״ח:א)
Ce qui montre, en passant, que la précision « tant qu'il fait encore jour » n'est pas une prudence ajoutée : c'est elle qui porte tout le heter.

8. Distinction entre chose froide et chose chaude

Hakira. Notre seif parle d'une chose froide. Qu'en est-il d'une chose chaude posée sur une marmite chaude — même règle, ou règle autre ?

Le Tour, tel que le Beit Yossef l'ouvre, distingue bel et bien — et le Choulhan Aroukh reprend la distinction au siman 318 :
« כלי שיש בו דבר חם שהיד סולדת בו מותר להניחו בשבת על גבי קדירה הטמונה כדי שישמור חומו ולא יצטנן » — (שו״ע או״ח שי״ח:ו)
« אבל אין מניחין כלי שיש בו דבר שאינו חם כל כך על גבי קדירה שהיא חמה כל כך שהעליון יכול להתחמם מחומה עד שתהא היד סולדת בו » — (שו״ע או״ח שי״ח:ו)

Le yessod de la distinction, et il est de Rachi tel que le Beit Yossef le rapporte : sur le chaud on maintient (okoumei mokim), sur le froid on engendre (oloudei molid).

« אוקומי מוקים שהמיחם העליון יש בו מים חמין והתחתון אינו אלא מעמיד חומו שלא יפיג » — (ב״י או״ח רנ״ח)

Mais la distinction n'est pas sur l'axe de notre siman. Il faut tenir les deux axes séparés, faute de quoi on croit lire une contradiction là où il n'y en a pas :

C'est pourquoi le Beit Yossef renvoie lui-même la condition au siman 318 :

« וכתב רבינו בסי׳ שי״ח דהא דאסור להניח כלי שיש בו תבשיל קר ע״ג קדרה טמונה דוקא כשהקדרה חמה בענין שהעליון יכול להתבשל אבל אם אינו יכול להתבשל מותר אם אין בו דבר קרוש » — (ב״י או״ח רנ״ח)

Et c'est pourquoi l'Admour HaZaken, qui écrit ici sur l'axe de la hatmana, peut permettre מֻתָּר לְהַטְמִין מִבְּעוֹד יוֹם, בֵּין תַּבְשִׁיל חַם בֵּין תַּבְשִׁיל קַר, עַל גַּבֵּי קְדֵרָה רוֹתַחַת (שו״ע הרב רנ״ח:א) sans distinguer : sur cet axe-là, il n'y a rien à distinguer.

9. Nafka minot pratiques modernes

Les cas ci-dessous sont rattachés à leur source ; ils décrivent l'état de la discussion et ne tiennent pas lieu de psak.

  1. Un plat froid posé avant Chabbat sur une marmite chaude. C'est le cas du seif lui-même, et il est permis : מותר להניח מבעוד יום כלי שיש בו דבר קר על גבי קדירה חמה שאין זה כטומן בדבר המוסיף הבל — (שו״ע או״ח רנ״ח).
  2. Un aliment cru, qui va cuire de la chaleur de la marmite. La Michna Beroura le permet expressément, dès lors qu'il est posé avant la nuit (מ״ב רנ״ח:א).
  3. La marmite du dessous est sur la plata. Deux lignes, exposées à la section 6 : le Maguen Avraham renvoie à la chehiya du siman 253 ; le Kountress Aharon refuse ce renvoi et s'appuie sur 318:8. Question de rav.
  4. Pendant Chabbat, sous les étoffes qui couvrent la marmite. La Michna Beroura l'interdit au titre de la hatmana, même en deçà du seuil où la main se brûle (מ״ב רנ״ח:ב).
  5. Pendant Chabbat, marmite non couverte d'étoffes. Plus d'interdit de hatmana ; reste la cuisson, selon 318:6 (מ״ב רנ״ח:ב).
  6. Plonger un récipient de boisson froide dans un récipient d'eau chaude, pendant Chabbat. Le Taz le dit mal fait, et la Michna Beroura rapporte les Aharonim dans le même sens : c'est un enfouissement au sens plein, puisque le récipient est tout entier dedans.
« וע״כ לא יפה עושים שבימות החורף לוקחים כלי בתוכו משקה ותוחבין אותו בשבת לתוך כלי מלא מים חם שיפיג צנתו בתוכו » — (ט״ז או״ח רנ״ח ס״ק א)
« כתבו האחרונים שאסור ליקח כלי ובתוכו משקה צונן ולתחוב אותו בשבת לכלי מלא מים חמין שיתחמם בתוכו אפילו לא יוכל לבוא לידי יד סולדת בו שזהו דרך הטמנה ממש כיון שכולו טמון בתוכו » — (מ״ב רנ״ח:ב)
« אבל אם חם כ״כ שיוכל לבוא לידי יד סולדת בו אז אפילו אינה טמונה כולה בתוכו שמגולה למעלה וגם אין כונתו רק להפיג הצינה בלבד אפ״ה אסור פן ישכח עד שיהיה היד סולדת בו ויתחייב משום מבשל » — (מ״ב רנ״ח:ב)
  1. Un pichet posé à distance du feu pour dégourdir le froid. Le Choulhan Aroukh le permet à condition qu'il soit assez loin pour ne pas atteindre le seuil où la main se brûle (שו״ע או״ח שי״ח:י״ד).
  2. Une bonbonne d'eau mise dans le four le vendredi à la tombée du jour. Cas distinct du nôtre — l'eau y est chauffée dans le four — et le Choulhan Aroukh l'interdit (שו״ע או״ח רנ״ד:ט).
  3. De la pâte enfouie avant Chabbat dans une petite marmite placée dans une grande. Usage rapporté et justifié par le Kountress Aharon, qui reconnaît qu'il s'agit là d'un enfouissement au sens plein.
« מותר ליתן קיתון של מים או של שאר משקים כנגד האש להפיג צינתן ובלבד שיתנם רחוק מהאש בענין שאינו יכול להתחמם באותו מקום » — (שו״ע או״ח שי״ח:י״ד)
« לא ימלא חבית של מים ויתן לתוך התנור ע״ש עם חשיכה » — (שו״ע או״ח רנ״ד:ט)

Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman 258 · Niveau 2 — Lamdan
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