Choulhan Aroukh · Orah Haïm
Pilpoul approfondi
Sources talmudiques, hakira sur le degré de l'obligation,
shitot des Rishonim et psak des Aharonim sur le kiddouch du vendredi soir
Sujet :
Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman 271 — 17 seifim
avec l'appareil : Beit Yossef, Taz, Magen Avraham, Michna Beroura
Relevé des entrées d'appareil (compté sur Sefaria, au segment) : Taz 19 ס״ק · Magen Avraham 32 ס״ק · Michna Beroura 83 ס״ק
Rédaction :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- Ouverture de la sougya — les sources talmudiques
- La hakira de fond — le kiddouch sur le vin, de la Torah ou des Sages ?
- La shita de Rachi — le rattachement de zakhor à shamor
- La shita du Rambam — le kiddouch de la Torah, le vin des Sages
- Le Beit Yossef et le Mehaber — la marche des 17 seifim
- Les gloses du Rama — cinq seifim, six gloses
- La sougya du כוס פגום — ce que les Rishonim en font
- Le psak des Aharonim — Taz, Magen Avraham, Michna Beroura
- Nafka minot pratiques — quatre points où la hakira se voit
- Récapitulatif des shitot — et ce que chaque usage en retient
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 17 seifim
Le texte hébreu ci-dessous est celui du Choulhan Aroukh, recopié tel quel, seif par seif ; les passages que Sefaria rend en petits caractères à l'intérieur d'un seif sont les gloses du Rama, sauf les deux parenthèses ouvertes par פי׳ (seifim 2 et 14), qui sont des explications de lexique et non du Rama. Sous chaque seif, une condensation française — ce n'est pas une traduction : la traduction clause par clause est au niveau 1.
כשיבא לביתו ימהר לאכול מיד:
résumé : dès qu'il rentre chez lui, qu'il se hâte de manger — c'est-à-dire de faire le kiddouch et de manger aussitôt après.
résumé : les femmes sont tenues au kiddouch bien qu'il soit un commandement positif lié au temps, parce que zakhor est rattaché à shamor ; et elles en acquittent les hommes, puisqu'elles y sont tenues de la Torah comme eux.
résumé : s'il n'a pas de quoi acheter à la fois le vin du kiddouch et les besoins du repas, le vin du kiddouch de la nuit passe avant.
résumé : il est interdit de rien goûter avant le kiddouch, même de l'eau ; celui qui a commencé de jour étend une nappe et fait le kiddouch.
résumé : deux qui buvaient et ont dit « allons faire le kiddouch » ne peuvent plus boire avant de l'avoir fait. Glose du Rama : celui qui a oublié jusqu'après le hamotsi fait le kiddouch sur le pain — mais pour la havdala, il mange d'abord.
résumé : celui qui a fini son repas et dont le jour s'est sanctifié avant le birkat hamazon : le Mehaber donne deux conduites, et le Rama y ajoute deux gloses.
résumé : bien qu'il lui soit interdit de goûter avant le kiddouch, s'il a goûté il fait tout de même le kiddouch.
résumé : celui qui n'a pas fait le kiddouch la nuit, par inadvertance ou volontairement, a un rattrapage le lendemain toute la journée. Rama : il dit tout le kiddouch de la nuit, sauf vaykhoulou.
résumé : il faut une nappe sur la table sous le pain, et une autre étendue par-dessus.
résumé : on fait le kiddouch sur une coupe pleine de vin qui ne soit pas entamée ; vaykhoulou debout, puis la berakha du vin, puis le kiddouch. Rama : sur le debout et l'assis, et sur le regard porté vers les bougies.
résumé : s'il n'a qu'une seule coupe : comment la répartir entre le kiddouch de la nuit, celui du jour et la havdala.
résumé : après le kiddouch il se lave les mains ; s'il s'était lavé avant, il a découvert que le pain lui est préférable et fait le kiddouch sur le pain. Rama : l'usage répandu dans ces pays est de se laver avant.
résumé : il faut boire de la coupe du kiddouch la pleine bouche, qui est la plus grande partie d'un révi'it.
résumé : si le mekadech n'a pas goûté et qu'un des convives a bu la pleine bouche, on est quitte ; les Guéonim tiennent que si le mekadech n'a pas goûté il n'est pas quitte, et il convient de tenir compte de leurs paroles.
résumé : s'il a parlé avant de goûter, il refait la berakha du vin et non le kiddouch ; de même si la coupe s'est renversée avant qu'il n'en goûte.
résumé : les convives ne goûtent pas avant le mekadech lorsqu'ils dépendent de sa coupe.
résumé : il n'a pas à verser de sa coupe dans les leurs, sauf si elles sont entamées.
1. Ouverture de la sougya — les sources talmudiques
Trois passages du Talmud portent tout le siman, et il vaut de les prendre dans l'ordre où ils entrent : le premier fonde le kiddouch sur le vin, le deuxième fonde l'obligation des femmes, le troisième ne concerne notre siman que de biais.
Le premier est une braïta — non le mot d'un amora — et la guemara lui pose aussitôt une difficulté sur le verset qu'elle emploie :
« תָּנוּ רַבָּנַן: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — זוֹכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן » (פסחים ק״ו ע״א)
C'est de là que vient tout ce que le siman dira de la coupe. La même page donne l'autre principe qui commande les seifim 10, 11, 16 et 17 — celui de la coupe entamée, et Rav Achi y noue la disqualification à la mesure :
« רַב אָשֵׁי אָמַר: טְעָמוֹ פְּגָמוֹ וְכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר — חֲדָא מִילְּתָא הִיא » (פסחים ק״ו ע״א)
Le second est la sougya de Berakhot, où Rav Ada bar Ahava énonce l'obligation des femmes, ce qui fait aussitôt difficulté puisqu'il s'agit d'un commandement positif lié au temps :
« אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּקִדּוּשׁ הַיּוֹם דְּבַר תּוֹרָה » (ברכות כ׳ ע״ב)
La réponse retenue est celle de Rava, et elle procède du verset lui-même, non d'un rattachement nommé :
« אָמַר קְרָא ״זָכוֹר וְשָׁמוֹר״ — כׇּל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בִּשְׁמִירָה יֶשְׁנוֹ בִּזְכִירָה » (ברכות כ׳ ע״ב)
Le mot אתקש — « rattaché » — n'est pas celui de la guemara ici : c'est celui du Choulhan Aroukh, qui condense la sougya dans son seif 2.
« משום דאתקש זכור לשמור והני נשי הואיל ואיתנהו בשמירה איתנהו בזכירה » (שו״ע או״ח רע״א:ב)
Le troisième passage, sur les deux pains, est le fondement du lehem michné. Il appartient au siman 274 et non au nôtre ; il n'entre ici que parce que la table du vendredi soir se tient tout entière entre la coupe et le pain — et c'est cette tension que les seifim 4, 5, 6 et 12 gèrent :
« אָמַר רַבִּי אַבָּא: בְּשַׁבָּת חַיָּיב אָדָם לִבְצוֹעַ עַל שְׁתֵּי כִכָּרוֹת, דִּכְתִיב: ״לֶחֶם מִשְׁנֶה״ » (שבת קי״ז ע״ב)
Le yessod talmudique. Le kiddouch tient deux choses distinctes que le siman ne cessera de séparer : la zekhira, c'est-à-dire les mots, et la coupe, c'est-à-dire le support. La Michna Beroura le pose en propres termes dès son deuxième ס״ק, en rapportant le Rambam :
« כתב הרמב״ם פכ״ט מהלכות שבת מ״ע מן התורה לקדש את יום השבת בדברים שנאמר זכור את יום השבת לקדשו כלומר זכרהו זכירת שבת וקידוש וכו׳ ומדברי סופרים שתהא זכירה זו על כוס של יין » (מ״ב רע״א:ב)
Tous les seifim du siman se rangent sous cette distinction : ceux qui règlent ce qu'on dit, et ceux qui règlent ce sur quoi on le dit.
2. La hakira de fond — le kiddouch sur le vin, de la Torah ou des Sages ?
חקירה. Si la coupe n'est que le support d'une obligation dont le fond est la parole, que se passe-t-il quand la parole a déjà été dite ailleurs — à la tefila ? Et que se passe-t-il quand on ne sait plus si on l'a dite ?
- Première branche — la zekhira de la Torah est une parole quelconque sur la sainteté du jour. Alors la mention faite dans la tefila l'accomplit déjà, et tout ce que fait le kiddouch sur la coupe est d'ordre rabbinique.
- Seconde branche — la zekhira de la Torah est l'acte de kiddouch lui-même. Alors la tefila ne l'accomplit pas, et le kiddouch sur la coupe porte encore, en lui, l'obligation de la Torah.
La première branche n'est pas une construction : la Michna Beroura l'attribue au Magen Avraham, qui la tire du fait que le verset ne demande que de « se souvenir » :
« וכתב המ״א דלפ״ז מדאורייתא בקידוש שאומר בתפלה סגי » (מ״ב רע״א:ב)
נפקא מינה — celui qui ne sait plus s'il a fait le kiddouch. Si l'obligation de la Torah est déjà remplie par la tefila, ce qui reste en doute n'est que d'ordre rabbinique, et le doute se règle par l'allègement :
« אם ספק לו אם קידש או לא א״צ לחזור ולקדש דספיקא דרבנן לקולא » (מ״ב רע״א:ב)
La Michna Beroura rapporte cette conséquence au nom du Peri Megadim — et elle ne s'y arrête pas.
קושיא. On ne s'acquitte d'un commandement qu'en ayant l'intention de s'en acquitter (siman 60, seif 4). Or personne, en priant, ne pense à se rendre quitte du kiddouch de la Torah. La Michna Beroura le dit sans détour :
« ואולם יש לפקפק בזה הרבה דהא קי״ל לעיל בסימן ס׳ ס״ד דמצות צריכות כונה לצאת בעשיית המצוה » (מ״ב רע״א:ב)
Elle en tire une conduite pratique qui vise le cas le plus courant de la question — celui de l'enfant qui ferait le kiddouch pour un adulte :
« ע״כ יש למנוע מלצאת ידי קידוש ע״י קטן » (מ״ב רע״א:ב)
La question demeure ouverte. La Michna Beroura n'abolit pas l'allègement du Peri Megadim sur le doute ; elle refuse d'en tirer la conséquence sur l'enfant. Les deux choses se tiennent, et la page n'en tranche aucune.
3. La shita de Rachi — le rattachement de zakhor à shamor
« קדוש היום מ״ע שהזמן גרמא הוא – זכור את יום השבת לקדשו… זכרהו על היין » (רש״י ברכות כ׳ ע״ב)
« כל מצות לא תעשה בין שהזמן גרמא בין שאין הזמן גרמא נשים חייבות דהשוה הכתוב אשה לאיש לכל עונשים שבתורה » (רש״י ברכות כ׳ ע״ב)
« לקדשו - משמע משעה שמתקדש היום » (רש״י פסחים ק״ו ע״א)
Un point de méthode, et il faut le dire. Le mot אתקש ne se trouve pas chez Rachi sur cette page : il n'y a pas, dans le Rachi de Berakhot 20b, de ד״ה « דאתקש זכור לשמור ». Le terme est celui du Choulhan Aroukh au seif 2. Quant à l'explication classique — les deux mots furent dits en une seule parole —, c'est la Michna Beroura qui la donne, à son ס״ק ג :
« דזכור את יום השבת לקדשו האמור בדברות הראשונות ושמור את יום השבת לקדשו האמור בדברות אחרונות שניהם בדבור אחד נאמרו » (מ״ב רע״א:ג)
4. La shita du Rambam — le kiddouch de la Torah, le vin des Sages
« מִצְוַת עֲשֵׂה מִן הַתּוֹרָה לְקַדֵּשׁ אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת בִּדְבָרִים » (רמב״ם הלכות שבת פכ״ט ה״א)
« מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים לְקַדֵּשׁ עַל הַיַּיִן וּלְהַבְדִּיל עַל הַיַּיִן » (רמב״ם הלכות שבת פכ״ט ה״ו)
« וְאֵינוֹ נוֹטֵל אֶת יָדָיו עַד שֶׁיְּקַדֵּשׁ » (רמב״ם הלכות שבת פכ״ט ה״ו)
La conséquence est celle qu'on vient de voir : chez le Rambam, ce qui est de la Torah tient dans la parole, et tout le régime de la coupe — sa plénitude, son intégrité, la mesure qu'on en boit — relève des Sages. C'est ce que la Michna Beroura rapporte à son ס״ק ב en y joignant les Tossafot de Souka et de Nazir, et c'est de là que part la hakira de la section 2.
5. Le Beit Yossef et le Mehaber — la marche des 17 seifim
« פסול כוס פגום נזכר בר״פ ע״פ… אע״ג דבגמ׳ לא הזכיר אלא כוס של ברכה קידוש והבדלה בכלל כוס של ברכה הם » (ב״י או״ח רע״א)
« כסא דטעים ליה בפומיה לא מיבעי ליה לברוכי עליה ברה״מ ולאו למימר עליה קידושא ואבדלתא דאמר מר טעמו פגמו » (ב״י או״ח רע״א)
« כתב בה״ג מאן דמקדש ומיקמי דליטעם משתעי הדר מברך בפה״ג וא״צ לחזור ולקדש » (ב״י או״ח רע״א)
La marche du siman. Les 17 seifim ne sont pas une liste : ils vont du plus général au plus particulier, et se laissent lire en cinq mouvements.
- Le moment — seif 1 : se hâter, dès l'entrée du jour.
- Qui est tenu — seif 2 : les femmes, et l'acquittement des hommes.
- Ce qui passe avant quoi — seif 3 : le vin de la nuit avant les besoins du repas et avant le vin du jour.
- Le kiddouch pris dans un repas déjà commencé — seifim 4 à 8 : l'interdit de goûter, la nappe étendue, les deux qui buvaient, le repas achevé, celui qui a goûté quand même, et le rattrapage du lendemain.
- La coupe et ceux qui l'entourent — seifim 9 à 17 : les nappes, la coupe pleine et non entamée, la coupe unique, le lavage des mains, la mesure bue, les convives, l'interruption, et les coupes entamées de la tablée.
6. Les gloses du Rama — cinq seifim, six gloses
Le Rama intervient dans le siman aux seifim 5, 6, 8, 10 et 12 ; le seif 6 en porte deux, ce qui fait six gloses pour cinq seifim. Le compte est celui des blocs que Sefaria rend en petits caractères et qui s'ouvrent par הגה — les deux autres parenthèses en petits caractères du siman, aux seifim 2 et 14, s'ouvrent par פי׳ et ne sont pas du Rama.
« אדם ששכח לקדש עד לאחר שבירך ברכת המוציא ונזכר קודם שאכל יקדש על הפת ואח״כ יאכל אבל בהבדלה יאכל תחלה דהרי אין מבדילין על הפת » (רמ״א או״ח רע״א:ה)
« וי״א דאינו מזכיר של שבת דאזלינן בתר תחלת הסעודה וכן עיקר » (רמ״א או״ח רע״א:ו)
« והכי נהוג להוציא את נפשיה מפלוגתת סברא ראשונה » (רמ״א או״ח רע״א:ו)
« ואומר כל הקידוש של לילה… מלבד ויכלו » (רמ״א או״ח רע״א:ח)
« ויוכל לעמוד בשעת הקידוש ויותר טוב לישב » (רמ״א או״ח רע״א:י)
« ונוהגים לישב אף בשעה שאומר ויכלו רק כשמתחילין עומדין קצת לכבוד השם » (רמ״א או״ח רע״א:י)
« וי״א דלכתחל׳ יש ליטול ידיו קודם הקידוש ולקדש על היין » (רמ״א או״ח רע״א:יב)
« וכן המנהג פשוט במדינות אלו ואין לשנות » (רמ״א או״ח רע״א:יב)
Ce que la glose du seif 12 déplace vraiment. Le Mehaber écrit que celui qui s'est lavé avant a « découvert son intention » que le pain lui est préférable, et qu'il fait donc le kiddouch sur le pain :
« ואם נטל ידיו קודם קידוש גלי דעתיה דריפתא חביבא ליה ולא יקדש על היין אלא על הפת » (שו״ע או״ח רע״א:יב)
Le Rama ne conteste pas ce raisonnement : il tient que le kiddouch ne fait pas interruption entre le lavage et le repas, puisqu'il est lui-même pour le repas. Les deux avis ne portent donc pas sur le même point — l'un sur ce que le lavage révèle, l'autre sur ce que le kiddouch interrompt.
7. La sougya du כוס פגום — ce que les Rishonim en font
Le Mehaber pose la règle au seif 10 en une seule clause, sans la discuter :
« מקדש על כוס מלא יין שלא יהיה פגום » (שו״ע או״ח רע״א:י)
Toute la question des Rishonim est de savoir jusqu'où cette disqualification porte. Rachi, sur la page de Pessahim, la borne d'un côté :
« לקידוש והבדלה וברכת המזון אבל אם בא לשתות מכוס פגום מברך עליו ברכת היין » (רש״י פסחים ק״ו ע״א)
מחלוקת — une disqualification absolue, ou une exigence de première intention ? Les Tossafot, à Berakhot 52a, rapportent le Rachbam et bornent la chose des deux côtés à la fois. Premier bornage : la disqualification ne vaut que pour le kiddouch et la havdala.
« פרשב״ם דוקא לקדוש ולהבדלה צריך שלא יהא פגום » (תוספות ברכות נ״ב ע״א)
Second bornage, et c'est celui qui compte : même pour le kiddouch et la havdala, la règle ne vaut que là où l'on peut faire autrement.
« וקדוש והבדלה נמי לא אמרן אלא במקום דאפשר אבל אי אפשר מברך אפי׳ אפגום ונותן לתוכו מים » (תוספות ברכות נ״ב ע״א)
Où la ma'hloket se voit. Si la coupe entamée est disqualifiée, elle l'est aussi quand on n'a rien d'autre, et il faut alors changer de support — faire le kiddouch sur le pain. Si elle n'est écartée que là où l'on peut faire autrement, alors dans la gêne on fait le kiddouch dessus, éventuellement en la « réparant » par un ajout. Le Choulhan Aroukh lui-même enseigne la réparation au seif 11, qui prescrit de compléter la coupe pour le lendemain.
La Michna Beroura recueille les deux côtés. D'abord la règle :
« היינו שאם שתה אחד ממנו פגמו ואין לקדש עליו » (מ״ב רע״א:מג)
Puis, renvoyant au siman 182 où la matière est traitée en détail, la conduite dans la gêne :
« דבשעת הדחק שאין לו כוס אחר ואין לו עצה לתקן הכוס מברכין על כוס פגום » (מ״ב רע״א:מג)
נפקא מינה — les coupes de la tablée. Les seifim 16 et 17 tirent de cette même sougya une conduite qui ne concerne plus le mekadech mais ceux qui l'écoutent : on verse de sa coupe dans les leurs lorsqu'elles sont entamées. La Michna Beroura précise que c'est de première intention, et non une condition :
« מצוה לכתחלה שישתו מכוס שאינו פגום » (מ״ב רע״א:פג)
8. Le psak des Aharonim — Taz, Magen Avraham, Michna Beroura
Le Taz
« ואפי׳ קודם שתחשך. ומותר לאכול בשבת על ידי קידוש זה » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק א)
« נראה פשוט דגם לאחר שאכל קצת הוה כן שיקדש ולא יצטרך לברך שנית המוציא » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק ז)
« פי׳ כל אימת שנזכר אפי׳ בלילה » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק י)
Qui parle, et de qui. Le même ס״ק י se poursuit par une réfutation, et il faut savoir de qui elle est et contre qui elle va : quand le Taz écrit מו״ח, il désigne son beau-père, l'auteur du Bayit Hadach — jamais lui-même.
« ומו״ח ז״ל נזדקר טעות לפניו אגב ריהטי » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק י)
Tout ce passage est donc un Taz contre le Bayit Hadach sur la lecture du Rachbam, et non un auteur qui rapporterait une rigueur puis la réfuterait.
« עמ״ש בסימן ק״צ ס״ג » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק טז)
Et sur le fait que tous goûtent (seif 14), il précise la portée de l'exigence :
« אבל א״צ להם מלא לוגמיו » (ט״ז או״ח רע״א ס״ק יז)
Le Magen Avraham
« הקשה הב״ח מ״ש ממגילה דאין מוציאות » (מג״א או״ח רע״א ס״ק ב)
« כיון דרבים הם זילא בהו מילתא שתוציאם אשה » (מג״א או״ח רע״א ס״ק ב)
« לכן תקדש האשה לעצמה » (מג״א או״ח רע״א ס״ק ב)
« ודוקא כשיש לו פת אבל אם אין לו פת מוטב שיקנה פת ויקדש עליו » (מג״א או״ח רע״א ס״ק ג)
« כדי שלא יפסיק בין נט״י להמוציא ובני ביתו נוטלין קודם הקידוש » (מג״א או״ח רע״א ס״ק כו)
La Michna Beroura
« וכן הסכימו הט״ז ומ״א והגר״א וש״א ומ״מ יש להחמיר לכתחלה שלא תוציא אשה אנשים שאינם מבני ביתה דזילא מילתא » (מ״ב רע״א:ד)
« ודע דכשאחד מוציא לחבירו ידי קידוש צריך לכוין להוציאו והשומע צריך לכוין לצאת » (מ״ב רע״א:ה)
« וזהו רק איסור דרבנן » (מ״ב רע״א:יא)
« וכיון דספק ברכות להקל יש לתפוס כהי״א » (מ״ב רע״א:יח)
« וכמה אחרונים כתבו דטפי עדיף לכתחלה לקדש על היין קודם נט״י וכדעת המחבר דבזה יוצא מדינא לכל הדעות » (מ״ב רע״א:סב)
Et pour celui qui s'est déjà lavé, elle renvoie à la conduite du Rama :
« מיהו אם כבר נטל ידיו קודם קידוש בזה יש לעשות כהרמ״א דאעפ״כ יקדש על יין » (מ״ב רע״א:סב)
9. Nafka minot pratiques
Nafka mina 1 — il ne sait plus s'il a fait le kiddouch. Tout dépend de la hakira de la section 2. Si la tefila a déjà accompli l'obligation de la Torah, le doute ne porte plus que sur un devoir rabbinique et s'allège ; si elle ne l'a pas accomplie, le doute porte sur la Torah. La Michna Beroura rapporte l'allègement au nom du Peri Megadim, puis énonce elle-même ce qui s'y oppose (ס״ק ב, cité plus haut). Nous rapportons, nous ne tranchons pas.
Nafka mina 2 — une femme fait le kiddouch pour un homme. Le Mehaber l'écrit sans réserve, et il en donne la raison : elles y sont tenues de la Torah comme eux.
« ומוציאות את האנשים הואיל וחייבות מן התורה כמותם » (שו״ע או״ח רע״א:ב)
La réserve des Aharonim n'est pas une interdiction : c'est une convenance, et elle est bornée — la Michna Beroura la limite aux hommes qui ne sont pas de la maison (ס״ק ד, cité plus haut), et le Magen Avraham la rattache au cas d'un public. La page ne va pas plus loin que ses sources.
Nafka mina 3 — la mesure à boire, et qui doit la boire. Le Mehaber donne la mesure au seif 13 :
« צריך לשתות מכוס של קידוש כמלא לוגמיו דהיינו כל שיסלקנו לצד אחד בפיו ויראה מלא לוגמיו והוא רובו של רביעית » (שו״ע או״ח רע״א:יג)
La Michna Beroura en donne la raison, puis l'étalon :
« דבעינן שיעור חשוב שתתישב דעתו » (מ״ב רע״א:סה)
« היינו באדם בינוני מחזיק שיעורו כך אבל באדם גדול ביותר משערינן כמלא לוגמיו דידיה לפי גדלו ומ״מ לא בעי לשתות טפי מרביעית » (מ״ב רע״א:סח)
Sur la question de savoir qui doit boire, le seif 14 rapporte un avis qui additionne les gorgées de tous, puis celui des Guéonim :
« יש אומרים דכיון שבין כולם טעמו כמלא לוגמיו יצאו דשתיית כולם מצטרפות לכשיעור » (שו״ע או״ח רע״א:יד)
« והגאונים סוברים שאם לא טעם המקדש לא יצא וראוי לחוש לדבריהם » (שו״ע או״ח רע״א:יד)
La Michna Beroura range les deux : de première intention comme les Guéonim, après coup comme l'autre avis, avec une limite de durée.
« היינו בדיעבד אבל לכתחלה לכו״ע צריך שיטעום המקדש כשיעור » (מ״ב רע״א:עב)
« היינו ליזהר לכתחלה ובדיעבד הסכימו הרבה אחרונים דאפילו שתיית כל המסובין מצטרפין למלא לוגמיו » (מ״ב רע״א:עג)
Et pour les convives, une simple dégustation suffit :
« היינו טעימה בעלמא וא״צ מלא לוגמיו רק לאחד » (מ״ב רע״א:עא)
Nafka mina 4 — le lavage des mains, avant ou après le kiddouch. C'est l'un des endroits où le Rama s'écarte du psak du Mehaber — il le fait aussi à la première glose du seif 6, sur la mention du Chabbat dans le birkat hamazon —, et la question a ici trois états : le Rambam et le Mehaber lavent après (Hilkhot Shabbat 29:6 et seif 12, cités plus haut) ; le Rama lave avant, et en fait l'usage établi (seif 12) ; la Michna Beroura rapporte que plusieurs Aharonim préfèrent revenir à la conduite du Mehaber (ס״ק ס״ב). Pour ceux de la maison qui ne font pas eux-mêmes le kiddouch, la question ne se pose pas de la même manière :
« ולא קודם כדי שלא יפסיק בהקידוש בין נט״י להמוציא אבל בני ביתו שאינם מקדשין בעצמן אלא יוצאין בשמיעתן מבעה״ב יוכלו ליטול ידיהם קודם » (מ״ב רע״א:נח)
10. Récapitulatif des shitot — et ce que chaque usage en retient
Le yessod final. Le siman 271 est le siège de tout le kiddouch du vendredi soir. Sa charpente tient en une phrase : une obligation de la Torah qui porte sur la parole, un support rabbinique qui est la coupe, et des seifim qui règlent la rencontre des deux — le moment, ceux qui sont tenus, le repas déjà commencé, la coupe, la mesure, et la tablée.
Ce que chaque usage en retient :
- Sefaradim — la conduite du Mehaber : kiddouch, puis lavage des mains (seif 12).
- Achkenazim — la conduite du Rama : lavage des mains, puis kiddouch, « et l'usage est répandu dans ces pays ». Assis pour l'essentiel du kiddouch (seif 10).
- Habad — le Choulhan Aroukh HaRav suit ici le Rama et le dit en toutes lettres :
« וְהָעִקָּר כַּסְּבָרָא [הָאַחֲרוֹנָה]. וְכֵן הַמִּנְהָג פָּשׁוּט בִּמְדִינוֹת אֵלּוּ » (שו״ע הרב רע״א:כג)
mais il ajoute, et c'est ce qui le distingue, que celui qui veut s'en tenir à la conduite du Mehaber fait bien :« מִי שֶׁרוֹצֶה לְהַחֲמִיר עַל עַצְמוֹ שֶׁלֹּא לִטּוֹל עַד אַחַר הַקִּדּוּשׁ — יָפֶה הוּא עוֹשֶׂה » (שו״ע הרב רע״א:כג)
et il en donne la raison :« כִּי יָכוֹל לוֹמַר אֶעֱשֶׂה כְּדִבְרֵי הַכֹּל » (שו״ע הרב רע״א:כג)
Le détail de sa shita — ses 30 seifim, contre les 17 du Mehaber — est au niveau 4.
Ce que le siman laisse ouvert. Trois choses, et aucune n'est tranchée ici : le degré du kiddouch dit à la tefila et ce qu'il fait du doute (section 2) ; la portée de la disqualification de la coupe entamée dans la gêne (section 7) ; et, au seif 14, la tension entre les Guéonim et l'avis qui additionne les gorgées, que le Mehaber lui-même laisse en « il convient de tenir compte de leurs paroles ».
Pour aller plus loin
Niveau 1 — Base : les 17 seifim traduits clause par clause, avec l'explication.
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire et arbres de décision.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).
Les sources de ce niveau, sur Sefaria : שולחן ערוך אורח חיים רע״א · משנה ברורה רע״א · מגן אברהם רע״א · טורי זהב רע״א · בית יוסף רע״א · שולחן ערוך הרב רע״א