Choulhan Aroukh · Orah Haïm — Siman 254
Pilpoul approfondi
La sougya de Chabbat 18b – 20a,
le partage des Richonim entre le chevreau et la volaille d’une part, le bœuf et la chèvre de l’autre,
une hakira sur le טוח בטיט,
les contours de la קרימת פנים et du פשטיד״א,
la sougya de la רדייה et de l’intention de manger לאלתר
Sujet : שולחן ערוך אורח חיים סימן רנ״ד · 9 seifim
Base talmudique : שבת י״ח: – כ׳. · רמב״ם הל׳ שבת פ״ג
Rédaction : Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- Ouverture de la sougya — Chabbat 18b et les règles du maintien au feu pour un rôti
- Chevreau et volaille contre bœuf et chèvre — la racine du partage
- Hakira sur le טוח בטיט — signe ou réalité
- Seif 2 — le rôti posé sur les braises : le heter du chevreau tombe
- Les fruits qui se mangent crus — seif 4
- Le contour de la קרימת פנים — seif 5
- פשטיד״א et פלאדי״ן — trois conditions
- רדייה et l’intention de manger לאלתר — le seif 5 élargi
- Sougya de la סקילה et de la רדייה « pour qu’il n’arrive pas à une transgression » — seif 6
- « Nos fours » et l’allure de jour ouvrable — seif 7
- עססיות ותורמסין — seif 8 et le hidouch « לאכלם לאלתר »
- Nafka minot pratiques d’aujourd’hui — rôtissoire, four à pain, mijoteuse
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 9 seifim (extraits)
« אע״פ שבשר חי מותר להשהותו ה״מ בקדרה אבל בצלי שאצל האש אסור להניחו סמוך לחשיכה שממהר להתבשל ואתי לחתויי… אבל בשר גדי ועוף שהם מנותחים לאברים מותר דלא חיישינן לחיתוי שאם יחתה בגחלים יתחרך… ואם הוא בתנור וטח פיו בטיט בין גדי ועוף שלמים בין בשר שור או עז מותר » (שו״ע או״ח רנ״ד:א)
1. Ouverture de la sougya — Chabbat 18b et le rôti
Le partage de fond entre le siman 253 et le siman 254. Au siman 253 il était question de cuisson en marmite : une chaleur indirecte, qui passe par un liquide. Ici il est question de rôti : une chaleur directe, sans liquide qui s’interpose. Le rôti va plus vite, et la chaleur des braises entre directement dans la viande. De là des craintes que la marmite ne connaissait pas.
2. Chevreau et volaille contre bœuf et chèvre — la racine du partage
Hakira sur ce partage. Pourquoi le chevreau et la volaille sont-ils permis là où le bœuf et la chèvre sont interdits ?
- Première branche — objective, technique : une viande tendre (chevreau, volaille) cuit vite, et attiser la brûlerait ; une viande dure (bœuf) demande du temps, et attiser lui profiterait. Le partage tient à la nature de la viande elle-même. C’est la raison que le Choulhan Aroukh donne en toutes lettres — שאם יחתה בגחלים יתחרך.
- Seconde branche — subjective, par le détournement de l’attention : celui qui laisse un chevreau près du feu ne s’intéresse plus à la vitesse de la cuisson, parce qu’il sait qu’elle aboutira ; celui qui laisse un bœuf s’y intéresse, parce que le bœuf n’aboutira pas. Le partage tient alors à l’état d’esprit de celui qui met à cuire — ce que les Richonim appellent הסח דעת.
« גדיא - קשי ליה זיקא » (רש״י שבת י״ח ע״ב ד״ה גדיא)
« ברחא - איל גדול לא קשיא ליה זיקא ואתי לגלויי פי התנור ליטול כיסויו לחתות » (רש״י שבת י״ח ע״ב ד״ה ברחא)C’est la raison de la guemara elle-même, qui pose la règle générale dont ce partage découle.
« כׇּל מִידֵּי דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא לָא מְגַלּוּ לֵיהּ » (שבת י״ח ע״ב)
« הַאי בִּשְׂרָא דְּגַדְיָא וּשְׁרִיק — שַׁפִּיר דָּמֵי. דְּבַרְחָא וְלָא שְׁרִיק — אֲסִיר » (שבת י״ח ע״ב)
« שֶׁהֲרֵי הִסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִזֶּה הַתַּבְשִׁיל וְאֵין גּוֹזְרִין שֶׁמָּא יַחְתֶּה בָּאֵשׁ » (רמב״ם הלכות שבת פ״ג ה״ד)
« מִפְּנֵי שֶׁכְּבָר הִסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנּוּ וְאֵינוֹ בָּא לַחְתּוֹת בָּגֶחָלִים » (רמב״ם הלכות שבת פ״ג ה״ח)Le Taz lit la construction du Choulhan Aroukh comme celle du Rambam selon le Maguid Michné, et note que le Tour, lui, ne découpe pas de la même façon.
« זהו דעת רמב״ם לפי פי׳ הרב המגיד אבל הטור אינו מחלק בין ע״ג האש לאצל האש » (ט״ז או״ח רנ״ד ס״ק א)
Nafka minot.
- Un chevreau gros, et couvert : par la première branche il reste permis, puisque c’est la nature de la viande qui décide. Par la seconde, la question se rouvre : celui qui le met à cuire s’en détourne-t-il réellement ?
- Une viande tendre mais entière, non découpée : le Choulhan Aroukh exige, pour le chevreau et la volaille, qu’ils soient מנותחים לאברים. Le Rama, au nom des Hagahot Mordekhaï, retient une définition large de l’animal entier — ce qui tire du côté de la première branche.
« וכל זמן שחלל הגוף שלם אע״פ שאין עליו ראשו וכרעיו מקרי שלם » (רמ״א או״ח רנ״ד:א)
3. Hakira sur le טוח בטיט — signe ou réalité
Hakira. Quel est exactement le ressort du heter de « טוח בטיט », le four dont la bouche est scellée à l’argile ?
- Première branche — une réalité : ouvrir un four scellé refroidit effectivement le four et gâte le rôti. Il n’y a donc pas, en fait, de volonté d’attiser.
- Seconde branche — un signe : sceller est un acte de clôture ; l’homme qui scelle déclare par là qu’il en a fini. C’est de cet acte, et non de ses conséquences, que naît le détournement de l’attention.
« שאם בא לפתוח התנור ולחתות תכנס הרוח ויצטנן התנור ויתקשה הבשר ויפסיד » (שו״ע או״ח רנ״ד:א)Le Taz reprend ce ressort et le mesure : l’argile sert parce que l’air froid nuit, même au bœuf, dès lors que le four se refroidit.
« ובטיט מועיל משום דרוח קשה אפי׳ לשור כיון שהתנור מצטנן » (ט״ז או״ח רנ״ד ס״ק א)Le Magen Avraham en tire la conséquence, et c’est elle qui fait de cette branche une lecture engageante : là où il n’y a rien à durcir, le scellement ne sert plus.
« משמע דאם היא בקדירה ל״מ טוח בטיט דהא לא יתקשה » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק ג)
« ולהרב״י אסור כמ״ש ס״א דהכא ל״ש שיתקשה » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק י״ט)
« שריק - פי התנור בטיט סביב כיסוי אינו מוכן לחתות » (רש״י שבת י״ח ע״ב ד״ה שריק)Le Magen Avraham, expliquant le second avis que le Rama rapporte, dit la même chose sans passer par le dommage : même pour une marmite — où rien ne durcit — tout est permis, puisque l’homme n’est pas disposé à attiser, le four étant fermé.
« אפי׳ בקדירה כיון שאינו מוכן לחתות שהרי סתום היא » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק ה)
« ויש מחמירין וסוברים דבתנור טוח בטיט הכל שרי ועל גבי האש שהוא מגולה הכל אסור » (רמ״א או״ח רנ״ד:א)
Ce que la hakira laisse ouvert. Les deux lectures ont chacune leur appui dans l’appareil de ce siman : le Magen Avraham ס״ק ג et ס״ק י״ט mesurent le scellement à son effet réel, son ס״ק ה le mesure à la disposition de celui qui scelle. La question n’est pas tranchée ici, et elle porte : elle commande ce qu’on dira d’un four moderne, où le scellement ne gâte rien. Le Rama, du reste, conclut le seif 1 en disant quel est l’usage retenu.
« ובתנור שפיו מכוסה אלא שאינו טוח בטיט אז יש לחלק בין גדי ועוף ושאר בשר כדרך שנתבאר והכי נהוג כסברא זו » (רמ״א או״ח רנ״ד:א)
4. Seif 2 — le rôti posé sur les braises : le heter du chevreau tombe
Kachya. Pourquoi le heter du chevreau tombe-t-il sur les braises, si ce heter tenait à une propriété objective de la viande — la première branche du §2 ?
Terouts. Ce qui décide n’est pas la seule nature de la viande, mais l’intention de celui qui la laisse. Qui pose un chevreau à côté du feu entend ménager la viande ; qui le pose sur les braises accepte d’avance le risque de la brûler — le seif le dit : אינו חושש אלא שיצלה מהרה ואפילו שיתחרך. Le heter ne s’applique donc plus. C’est un appui pour la seconde branche. Et le seif ajoute aussitôt la limite en sens inverse : une fois atteint le stade de מאכל בן דרוסאי, il n’y a plus de crainte, même pour du bœuf, car attiser ne ferait que gâter ce qui est déjà mangeable.
« אבל כשנצלה כמאכל בן דרוסאי לא חיישי׳ דלמא אתי לחתויי אפילו אם הוא בשר שור שמאחר שהוא ראוי לאכילה למה יחתה להפסידו » (שו״ע או״ח רנ״ד:ב)
Et lorsque la faute est déjà commise ? Le seif 3 tranche d’un mot, sans distinguer le volontaire de l’oubli.
« אם עבר או שכח ונצלה בשבת באיסור אסור » (שו״ע או״ח רנ״ד:ג)
5. Les fruits qui se mangent crus — seif 4
« דחשיבי כמו שנתבשלו כמב״ד דהרי ראוין לאוכלן חיין » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק י״ג)Deux réserves, et elles sont dans le seif même — ne pas remettre le couvercle s’il s’est découvert une fois la nuit tombée, et ne rien ajouter tant qu’ils ne sont pas cuits. Le motif que le Choulhan Aroukh donne aux deux est le même : מפני שממהר לגמור בישולם בשבת. Le Magen Avraham étend la réserve d’un cran.
« וכ״ש שאסור להניחם בשבת סמוך לתנור אפי׳ קודם שהוסק » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק י״ד)
6. Le contour de la קרימת פנים — seif 5
Hakira. Qu’est-ce au juste que la קרימת פנים, la prise de croûte ?
- Première branche — un seuil : le signe que le pain a commencé de cuire d’une manière qui ne se défait plus. La mesure est, pour le pain, l’équivalent de ce que מאכל בן דרוסאי est pour un plat.
- Seconde branche — une barrière physique : la croûte empêche le pain de recevoir davantage de chaleur ; une fois formée, le pain n’a plus besoin qu’on attise.
« וכל שפורסה ואין החוטין נמשכין קרוי קרימת פנים » (רמ״א או״ח רנ״ד:ה)Le Rambam formule l’exigence sur la face collée au four ou à la braise — il ne demande pas deux faces.
« אֵין נוֹתְנִין אֶת הַפַּת בַּתַּנּוּר עִם חֲשֵׁכָה וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי הַגֶּחָלִים אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקָּרְמוּ פָּנֶיהָ שֶׁהֵם מֻדְבָּקִים בַּתַּנּוּר אוֹ בָּאֵשׁ » (רמב״ם הלכות שבת פ״ג הי״ח)Le Magen Avraham lit le Choulhan Aroukh dans ce sens allégé : quelle que soit la face qui prend, cela suffit — et il ajoute que telle est aussi l’opinion du Rambam.
« דס״ל דבאיזו צד שמתקרם סגי » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק ט״ו)
« וכ״ד הרמב״ם » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק ט״ו)
7. פשטיד״א et פלאדי״ן — trois conditions
« ופשטיד״א או פלאדי״ן צריך שיקרום פניו למעלה ולמטה ויתבשל מה שבתוכה כמאכל בן דרוסאי » (רמ״א או״ח רנ״ד:ה)Le motif : le פשטיד״א est un composé — une enveloppe, qui est du pain, et une garniture, qui est un plat. Deux natures, deux régimes : celui du pain et celui du plat. Il faut donc les deux ensemble, et le pain des deux côtés.
Le Magen Avraham s’arrête ici sur un צריך עיון : l’exigence des deux faces ne s’accorde pas avec la position du Beit Yossef, pour qui la prise d’une seule face suffit — c’est la tension entre ce §7 et le §6, et l’appareil la laisse ouverte.
« צ״ע דזהו דלא כמ״ש הרב״י דאיהו ס״ל דבקרימות צד אחד סגי כמש״ל » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק ט״ז)
8. רדייה et l’intention de manger — le seif 5 élargi
Trois questions dans ce seif :
- Pourquoi précisément trois repas, et pas davantage ?
- Pourquoi précisément dans le cas de l’oubli ?
- Pourquoi précisément au couteau, et non à la pelle du boulanger ?
Réponses, appuyées sur l’appareil :
- Trois repas. Le Beit Yossef donne le motif : on n’a pas infligé la pénalité pour ce qui touche aux trois repas de Chabbat, par égard pour l’honneur du Chabbat. Le Magen Avraham précise que ce heter est celui du pain, parce que c’est le pain qu’on est tenu de manger le Chabbat. Et le Ran, rapporté par le Beit Yossef, borne le heter : il ne vaut que pour celui qui n’a rien d’autre à manger.
« הכא משום כבוד שבת לא קנסו לגבי ג׳ סעודות בשוגג » (ב״י או״ח רנ״ד)
« דוקא בפת התירו מזון ג׳ סעודות דחייב בשבת לאכול פת » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק כ״ג)
« דהא דמרדה מזון ג׳ סעודות דוקא בשאין לו מזון מה יאכל וכן הא דאמרינן אומר לאחרים בואו ורדו לכם בשאין להם מה יאכלו הוא הא לאו הכי לא » (ב״י או״ח רנ״ד)
« ואומר לאחרים שאין להם מה יאכלו באו ורדו לכם » (שו״ע או״ח רנ״ד:ה)
- L’oubli. Dans le cas volontaire, la pénalité tient et rien n’est permis avant la sortie de Chabbat. Dans l’oubli, et seulement pour trois repas.
« אם במזיד אסור עד מוצאי שבת בכדי שיעשו » (שו״ע או״ח רנ״ד:ה)
- Au couteau. Un changement par rapport à la manière ordinaire, pour que l’acte ne ressemble pas à la façon dont on sort le pain en semaine. Le Rambam l’écrit dans ces termes-là.
« וְאִם בְּשׁוֹגֵג מֻתָּר לוֹ לִרְדּוֹת מִמֶּנָּה מְזוֹן שָׁלֹשׁ סְעֻדּוֹת שֶׁל שַׁבָּת. וּכְשֶׁהוּא רוֹדֶה לֹא יִרְדֶּה בְּמִרְדֶּה כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בְּחל אֶלָּא בְּסַכִּין וְכַיּוֹצֵא בָּהּ » (רמב״ם הלכות שבת פ״ג הי״ח)
Et lorsque le pain a été enfourné dans les temps, il n’y a pas eu de faute : le seif le dit, on le sort à la manière ordinaire — mais rien qui ne serve au jour même n’est permis, fût-ce avec un changement.
« ואם נתנה בכדי שיקרמו פני׳ כיון דלא עבד איסורא וצורך שבת הוא רודה כדרכו ושלא לצורך היום אסור אפי׳ בשינוי » (שו״ע או״ח רנ״ד:ה)
Le Rama ferme le seif sur le cas du four scellé et sur celui où l’on ne cuit pas pour Chabbat : là, on ne décrète pas la crainte d’attiser.
« אבל אם הוא טוח בטיט או שאינו אופה לצורך שבת רק למוצאי שבת דיש לו זמן לאפותו מותר דלא גזרינן בכי האי גוונא שמא יחתה » (רמ״א או״ח רנ״ד:ה)
9. Sougya de la סקילה et de la רדייה — seif 6
Yessod. Une transgression légère est ici permise pour éviter une transgression grave : la רדייה, qui est rabbinique, est permise pour empêcher la cuisson achevée du pain, qui est une mélakha de la Torah. La question est posée en ces termes dans la guemara, et le Choulhan Aroukh en reprend la conclusion.
« הִדְבִּיק פַּת בַּתַּנּוּר הִתִּירוּ לוֹ לִרְדּוֹתָהּ קוֹדֶם שֶׁיָּבוֹא לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת » (שבת ד׳ ע״א)
Kachya. Pourquoi ne pas appliquer ici le principe que la guemara oppose ailleurs — on ne dit pas à un homme de commettre une faute pour qu’un autre y gagne ?
« חֲטָא כְּדֵי שֶׁיִּזְכֶּה חֲבֵירְךָ » (שבת ד׳ ע״א)
Terouts. Ici, c’est lui-même qui a provoqué la situation : c’est donc à lui de s’en dégager. S’il s’agissait d’un autre, le heter ne s’appliquerait pas — et c’est exactement ce que le Magen Avraham écrit, au nom du Rabbenou Yeroukham : seul celui qui a enfourné retire le pain, les autres ne le font pas.
« ודוקא הוא אבל אחרים אסורים לרדות » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק כ״א)
« דא״א לו לאדם עשה חטא קל בשביל שלא יעשה חבירך איסור חמור » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק כ״א)
10. « Nos fours » et l’allure de jour ouvrable — seif 7
« בתנורים שלנו שאין בהם רדייה מותר להוציא יותר משלש סעודות בסכין או בשום דבר שיתחוב בו ומכל מקום לא יוציא ברחת משום דמחזי כעובדין דחול » (שו״ע או״ח רנ״ד:ז)Le Beit Yossef dit pourquoi la pelle, et elle seule, est écartée : elle est l’équivalent de la מרדה avec laquelle on retirait le pain de leurs fours.
« אבל ברחת שמוציאין בה הפת נראה שאסור כי היא כעין המרדה שהיו רודים בה הפת בתנורים שלהם » (ב״י או״ח רנ״ד)Note de lecture : le mot פאל״ה que l’on trouve dans le seif 5 n’est pas un ustensile de plus — c’est la glose de l’imprimeur sur מרדה, le mot français « pelle » transcrit en hébreu.
11. עססיות ותורמסין — seif 8 et le hidouch « לאכלם לאלתר »
Le fond du hidouch. Il n’y a pas de formule mécanique « entièrement cru = permis ». Le heter du plat entièrement cru, au siman 253, repose sur le הסח דעת : l’homme ne cherchera pas à hâter une cuisson dont il sait qu’elle prendra la nuit. Mais si son intention est de les manger tout de suite, le détournement de l’attention ne se produit pas : il attend une cuisson rapide, et sera prêt à attiser. Les עססיות et les תורמסין comptent alors comme un plat commencé et non achevé — et il est interdit de les laisser au feu. Le seif le dit de lui-même.
« ומפני כך אע״פ שלא נתבשלו כל עיקר הרי הם כשאר תבשיל שהתחיל להתבשל ולא נתבשל כל צרכו שאסור להשהותו » (שו״ע או״ח רנ״ד:ח)
Ce que ce seif commande aujourd’hui. C’est de lui que vient l’exigence de vérifier que l’appareil a été mis en route assez tôt avant Chabbat. Il ne suffit pas de se prévaloir de ce que le plat est « entièrement cru » : si l’intention de celui qui cuisine est de manger la nuit même ou tôt le matin, les craintes reviennent. Le Rama borne le seif au four non ratissé ni couvert ; et le seif ajoute lui-même que la pénalité s’applique ici jusqu’à la sortie de Chabbat, y compris dans l’oubli.
« כשאינן גרופין וקטומים ואפשר לחתות » (רמ״א או״ח רנ״ד:ח)
« ואם עשה כן אפי׳ בשוגג אסורים למ״ש עד כדי שיעשו » (שו״ע או״ח רנ״ד:ח)
12. Nafka minot pratiques d’aujourd’hui
1. Rôtissoire, ou four en mode Chabbat avec de la volaille. La volaille est du côté du chevreau pour ce siman. Un four qu’on ne peut plus régler tient du טוח בטיט : rien n’y est modifiable pendant Chabbat. Le heter s’applique tant que le four reste fermé — c’est de l’ouverture que la crainte renaît.
2. Four en mode Chabbat avec du bœuf. Le bœuf est du côté du שור. Le scellement demeure ce qui permet ; mais si le besoin d’ouvrir se présente pendant Chabbat, on retombe exactement sur la hakira du §3 — et selon le Magen Avraham ס״ק י״ט, la position du Beit Yossef n’étend pas le heter là où rien ne se gâte. La question reste ouverte et demande un avis.
3. Sortir un plat du four pendant Chabbat. Au couteau ou à la fourchette : le seif 7 le permet en toutes lettres. À la pelle : le seif l’écarte, parce que c’est l’allure d’un acte de semaine.
4. Mijoteuse avec des lentilles ou des lupins. Le seif 8 s’applique directement : ce sont là les עססיות ותורמסין mêmes. Il faut qu’ils aient atteint au moins le stade de מאכל בן דרוסאי avant Chabbat. Le siman 253 traite le cas voisin de la mijoteuse.
5. Pain ou viennoiseries surgelés enfournés avant Chabbat. La קרימת פנים doit être acquise avant Chabbat : c’est la mesure du seif 5. Un appareil qui réchauffe sans former de croûte ne fait pas entrer dans le heter, puisque c’est la croûte, et non la chaleur, qui est le seuil. La marche à suivre est de les mettre assez tôt pour que la face prenne.
6. Pizza, ou פלאדי״ן. Difficulté double — la croûte, dessus et dessous, et la garniture au stade de מאכל בן דרוסאי. Sans croûte formée avant Chabbat, le seif 5 selon le Rama ne permet pas de la laisser au four ; on a vu au §7 que le Magen Avraham laisse la question de la seconde face sur un צריך עיון.
7. Bouilloire ou samovar qui n’arrive à ébullition qu’après l’entrée de Chabbat. Le seif 9 s’applique directement.
« כיוצא בו לא ימלא חבית של מים ויתן לתוך התנור ע״ש עם חשיכה » (שו״ע או״ח רנ״ד:ט)
Le Magen Avraham explique pourquoi l’eau ne se compare pas aux fruits du seif 4 : buvable crue, elle ne l’est pas aussi bien qu’eux.
« אף על גב דמים ראוין לשתו׳ חיין מ״מ אינן טובים כ״כ כפירות » (מג״א או״ח רנ״ד ס״ק כ״ו)
Pour approfondir
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, avec repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l’Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).