✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
סימן שנ״ט
דִּין רְחָבָה שֶׁאֲחוֹרֵי הַבָּתִּים
Étude, pilpoul, positions des Richonim et des A'haronim
⚡ Pour lamdanim et talmidei hakhamim ⚡
✦ ❖ ✦

Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
positions des Richonim et des A'haronim sur l'espace dégagé situé derrière les maisons

Sujet :
Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman שנ״ט — un seul seif
avec l'appareil : Maguen Avraham, Michna Beroura, Choulhan Aroukh HaRav, sources et notes

Michna Beroura : 5 entrées sur ce siman

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — le karpef qui n'a pas été entouré en vue de l'habitation, et sa source dans Érouvin
  2. La hakira de fond — qu'est-ce qu'une « dirah » qui valide l'enceinte ?
  3. Le chiour de bet sataïm — la cour du Michkan et la frontière entre rehava et karpef
  4. Le petah antérieur à l'enceinte — pourquoi l'ordre des opérations décide
  5. La kouchia de l'aire à battre — et le terouts : on ne dit pas que le petah a été ouvert pour le goren
  6. Une rehava qui n'a que bet sataïm — pourquoi elle n'est pas un domaine séparé
  7. La glose du Rama — de nos jours elles sont par défaut entourées en vue de l'habitation
  8. Le psak des A'haronim — Michna Beroura et Choulhan Aroukh HaRav
  9. Nafka minot pratiques — transport et érouv dans nos cours
  10. Synthèse des positions et ligne de décision

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — un seul seif

Le siman tient en un seul seif, et le chapeau l'annonce : et il comporte un seif. Ce seif porte une glose du Rama — ce que Sefaria rend en petits caractères à l'intérieur du seif est la parole du Rama, non celle du Mehaber.

סעיף א. דין רחבה שאחורי הבתים. ובו סעיף אחד:
רחבה שאחורי הבתים יתירה על בית סאתים ולא הוקפה לדירה אין מטלטלין בה אלא בד' אמות ואם פתח לה פתח מביתו ואחר כך הקיפה אפילו אם יש גורן בינה לבית הוי היקף לדירה: הגה ומה שאין אנו נזהרין לטלטל בחצירות שאחורי הבתים משום דבזמן הזה סתמן מוקפין לדירה כמו שנתבאר לעיל גבי קרפף: (ד״ע)

1. Introduction à la sougya — le karpef qui n'a pas été entouré en vue de l'habitation

La source, et le lien avec le siman précédent

Le siman שנ״ט prolonge directement le siman שנ״ח, celui du karpef. La racine est dans la sougya d'Érouvin (23a et suivantes) : toute mehitsa permet en principe de transporter à l'intérieur de ce qu'elle enferme — mais une mehitsa qui enclot une grande surface, au-delà de bet sataïm, ne fait pas pour autant un reshout hayahid plein, à moins d'avoir été dressée en vue de l'habitation : הוקפה לדירה. Notre siman applique cette règle à un cas courant, l'espace dégagé situé derrière les maisons.

La topographie urbaine ancienne, telle que la Michna Beroura la décrit en ouvrant le siman : on laissait un espace libre devant les maisons et un autre derrière elles ; celui de devant s'appelle חצר (la cour), celui de derrière רחבה (l'espace large).

« אותו שלפני הבתים קרוי חצר ואותו שלאחורי הבתים קרוי בשם רחבה » (משנה ברורה שנ״ט סק״א)

La différence n'est pas de nom mais d'usage. La cour sert à tous les usages de la maison ; elle a donc à coup sûr été entourée en vue de l'habitation, et l'on y transporte même si elle dépasse bet sataïm — la Michna Beroura va jusqu'à dix korin.

« אפילו אם הוא יתר מבית סאתים ואפילו עשרה כורין מותר לטלטל בכולו » (משנה ברורה שנ״ט סק״א)

La rehava, elle, n'est par défaut pas entourée en vue de l'habitation, parce qu'on n'y fait pas autant les usages de la maison. Dès lors, si elle dépasse bet sataïm, le din du karpef s'y applique.

« אכן רחבה מסתמא לא הוקפה לדירה » (משנה ברורה שנ״ט סק״א)

2. La hakira de fond — qu'est-ce qu'une « dirah » qui valide l'enceinte

La question de définition

חקירה. Quand on dit d'un lieu qu'il a été entouré en vue de l'habitation, quel est le gader de la chose ? Faut-il que la mehitsa soit faite pour l'habitation — ou suffit-il que l'enceinte soit subordonnée à la maison et la serve ?

Deux côtés :

La nafka mina : une rehava qui n'a que bet sataïm. Selon le premier côté elle devrait être interdite, puisqu'elle n'a pas été entourée en vue de l'habitation ; or le Maguen Avraham, la Michna Beroura et le Choulhan Aroukh HaRav y permettent le transport, et même vers la maison. Signe que ce qui décide est la subordination : à cette petite mesure, il n'y a pas de domaine séparé du tout.

« אבל בית סאתים אין לה דין קרפף ומותר לטלטל ממנה לבית » (מגן אברהם שנ״ט סק״א)
« אבל אם אין בהקיפה רק סאתים אין לה דין קרפף ומותר לטלטל ממנה אפילו לבית לפי שאינה רשות מחולקת מן הבית לגמרי כמו קרפף אע״פ שלא הוקף לדירה » (משנה ברורה שנ״ט סק״ג)

À noter, et c'est à relire dans le texte même : le Mehaber, dans notre siman, ne dit rien de la rehava de bet sataïm. Il ne traite que de celle qui dépasse bet sataïm. Le cas de la petite rehava vient du Maguen Avraham — qui le tire du Beit Yossef —, de la Michna Beroura et du Choulhan Aroukh HaRav, chacun avec sa référence propre.

3. Le chiour de bet sataïm — la frontière entre rehava et karpef

Le chiour de bet sataïm. La Michna Beroura, au siman שנ״ח, le chiffre : bet séa vaut cinquante coudées sur cinquante, soit deux mille cinq cents coudées carrées, et bet sataïm le double — cinq mille.
« ובית סאתים הוא ה׳ אלפים אמה באמה רוחב » (משנה ברורה שנ״ח סק״ו)

Le Choulhan Aroukh, au même endroit, donne la forme carrée de cette surface :

« אבל אם היא סאתים שהוא שיעור ע׳ אמה וד׳ טפחים על ע׳ אמה וד׳ טפחים מותר לטלטל בכולו » (שו״ע או״ח שנ״ח:א)

La référence de la mesure est la cour du Michkan, dont la Michna Beroura rappelle et les dimensions et la raison pour laquelle les Sages s'y sont adossés : cent coudées de long sur cinquante de large — cinq mille coudées carrées, c'est-à-dire précisément bet sataïm, et l'on y transportait.

« שמצינו בחצר המשכן שארכו מאה ורחבו חמשים » (משנה ברורה שנ״ח סקי״א)
« וסמכו חכמים בשיעור זה אשיעורא של חצר המשכן שהיה ב״ס בכולו » (משנה ברורה שנ״ח סק״ח)

Deux dins distincts dans la rehava :

4. Le petah antérieur à l'enceinte — l'ordre des opérations décide

Le hidouch du seif. Une grande rehava — qui dépasse bet sataïm, et dont le din paraît donc être celui du karpef — devient néanmoins entourée en vue de l'habitation s'il a ouvert vers elle un petah depuis sa maison, puis l'a entourée.

« ואם פתח לה פתח מביתו ואחר כך הקיפה » (שו״ע או״ח שנ״ט:א)

Le petah qui précède l'enceinte est la preuve qui décide : l'enceinte a été dressée en vue de servir la maison. La Michna Beroura le dit par le négatif, en expliquant ce que signifie « n'a pas été entourée en vue de l'habitation » :

« שלא פתח בהכותל פתח להרחבה קודם שהקיפה » (משנה ברורה שנ״ט סק״ב)

L'accent porte sur l'ordre. « Il a ouvert, puis il a entouré » — précisément. Avait-il entouré d'abord et ouvert ensuite, les mehitsot se seraient dressées sans lien avec la maison. C'est un yesod posé au siman שנ״ח, où le Choulhan Aroukh définit ce qui mérite le nom d'« entouré en vue de l'habitation » : ou bien il y a bâti une maison d'habitation, ou bien il a ouvert vers l'endroit un petah depuis sa maison et l'a ensuite entouré.

« ומה נקרא מוקף לדירה זה שבנה בו בית דירה או שפתח לו פתח מביתו ואח״כ הקיפו » (שו״ע או״ח שנ״ח:ב)

Le même siman שנ״ח indique ce qu'il reste à faire quand l'ordre a été inversé — non pas abattre toute l'enceinte, mais y pratiquer une brèche de plus de dix, de sorte que la maison se retrouve ouverte sur un espace non enclos, l'enceinte étant ensuite refaite :

« ואם היה מוקף שלא לשם דירה א״צ לפרוץ כולו אלא יפרוץ בו פרצה ביותר מעשרה » (שו״ע או״ח שנ״ח:ב)

5. La kouchia de l'aire à battre — et le terouts

קושיא. Il a ouvert depuis sa maison un petah vers la rehava, mais il y a un goren — une aire à battre le grain — entre la maison et la rehava. Ne dira-t-on pas que le petah a été ouvert pour le goren, afin de sortir et de battre, et non pour la rehava ? Auquel cas il n'y aurait ici aucun « petah vers la rehava » capable de la rendre valide.

La Michna Beroura précise le cas : il s'agit d'un goren qui se trouvait là avant que les trois mehitsot ne soient dressées — c'est ce qui donne à la kouchia sa force.

« אפילו אם היה גורן אחורי ביתו קודם שהוקף השלש מחיצות » (משנה ברורה שנ״ט סק״ד)

תירוץ. Le Mehaber tranche en une seule incise, sans formuler la kouchia : même s'il y a un goren entre la rehava et la maison, c'est bien une enceinte faite en vue de l'habitation.

« אפילו אם יש גורן בינה לבית הוי היקף לדירה » (שו״ע או״ח שנ״ט:א)

La formulation explicite — « on ne dit pas que c'est pour le goren que ce petah a été ouvert » — n'est pas dans le Mehaber : elle appartient à la Michna Beroura et au Choulhan Aroukh HaRav, qui développent l'un et l'autre le raisonnement.

« אין אומרים שבשביל הגורן נפתח פתח בכותל הבית ואין כאן פתח לרחבה אלא סתמא נפתח לרחבה והרי היא מוקף לדירה ומותר לטלטל בכולה ואפילו ממנה לביתו » (משנה ברורה שנ״ט סק״ד)
« אֵין אוֹמְרִים שֶׁבִּשְׁבִיל הַגֹּרֶן הוּא שֶׁנִּפְתַּח פֶּתַח זֶה » (שו״ע הרב שנ״ט:ב)

Le yesod du terouts. Là où l'intention de celui qui a ouvert le petah est douteuse, on suit le setam — ce que les gens ont coutume de viser. Et le setam d'un petah qui donne sur la rehava, c'est qu'il a été ouvert vers la rehava.

« אֶלָּא סְתָמָא נִפְתַּח לָרְחָבָה » (שו״ע הרב שנ״ט:ב)

Ce principe — aller d'après le setam — est aussi la clef de la glose du Rama, qui sera lue plus bas : elle raisonne sur ce que sont « par défaut » les cours de notre temps.

6. Une rehava qui n'a que bet sataïm — elle n'est pas un domaine séparé

Pourquoi, dans une petite rehava — bet sataïm seulement —, est-il permis de transporter même vers la maison, alors qu'elle n'a pas été entourée en vue de l'habitation ? Le Choulhan Aroukh HaRav en donne la raison : parce qu'elle n'est pas un domaine séparé de la maison comme l'est un karpef.

« לְפִי שֶׁאֵינָהּ רְשׁוּת מְחֻלֶּקֶת מִן הַבַּיִת כְּמוֹ קַרְפֵּף » (שו״ע הרב שנ״ט:א)

Autrement dit : le din « on n'y transporte que dans quatre coudées », comme l'interdiction d'en transporter vers la maison, ne valent que pour un karpef — une grande surface qui est un domaine à elle seule. Une petite surface attenante à la maison lui est subordonnée et n'est pas du tout un domaine distinct. La Michna Beroura formule la même raison, en y ajoutant un mot : elle n'en est pas séparée complètement.

« אבל אם אין בהקיפה רק סאתים אין לה דין קרפף ומותר לטלטל ממנה אפילו לבית לפי שאינה רשות מחולקת מן הבית לגמרי כמו קרפף אע״פ שלא הוקף לדירה » (משנה ברורה שנ״ט סק״ג)

7. La glose du Rama — de nos jours elles sont par défaut entourées en vue de l'habitation

Le Rama (Rabbi Moché Isserles) rend compte de l'usage : si nous ne nous gardons pas de transporter dans les cours situées derrière les maisons, c'est que de nos jours elles sont, par défaut, entourées en vue de l'habitation.
« ומה שאין אנו נזהרין לטלטל בחצירות שאחורי הבתים משום דבזמן הזה סתמן מוקפין לדירה » (רמ״א או״ח שנ״ט:א)

Le sens de la glose : le din du siman reste ce qu'il est, et il est sévère pour une grande rehava ; mais dans les faits, les cours situées derrière les maisons se bâtissent en vue de l'usage de la maison, de sorte que leur setam est d'avoir été entourées en vue de l'habitation.

Remarque. Le Rama signe sa glose ד״ע — le sigle par lequel il marque, dans le Choulhan Aroukh, un avis qui est le sien et non celui d'une source antérieure — et renvoie à ce qu'il a écrit plus haut à propos du karpef. Le Choulhan Aroukh HaRav identifie l'endroit : le siman שנ״ח.

« כְּמוֹ שֶׁנִּתְבָּאֵר בְּסִמָּן שנ״ח » (שו״ע הרב שנ״ט:ב)

Il n'y a donc pas ici de ma'hloket avec le Mehaber, mais un complément sur l'état de fait : le din du Mehaber est juste, seulement le cas d'une enceinte « non faite en vue de l'habitation » est rare en pratique. La Michna Beroura y ajoute une précision de vocabulaire qui vaut d'être relevée : les « cours » dont parle le Rama sont la rehava dont parlait le seif, et non la cour de devant.

« היינו רחבה דלעיל » (משנה ברורה שנ״ט סק״ה)

8. Le psak des A'haronim — Michna Beroura et Choulhan Aroukh HaRav

La Michna Beroura (le Hafets Haïm — cinq entrées sur ce siman) expose la distinction entre la cour, située devant les maisons, à coup sûr entourée en vue de l'habitation et où le transport est permis même jusqu'à dix korin, et la rehava, située derrière, qui par défaut ne l'est pas ; et elle précise que « non entourée en vue de l'habitation » veut dire qu'il n'a pas ouvert de petah dans le mur avant de l'entourer.
Le Choulhan Aroukh HaRav (l'Admour HaZaken — deux seifim) reprend la même matière en deux seifim distincts : le premier oppose la grande rehava à celle de bet sataïm ; le second traite du petah antérieur à l'enceinte et de la kouchia du goren, puis rapporte la glose du Rama. Voir le niveau 4 — Daat HaRav, pour le lire dans ses termes.

9. Nafka minot pratiques

Ce que le siman change en pratique :

10. Synthèse des positions et ligne de décision

יסוד. Une mehitsa à elle seule ne fait pas un reshout hayahid plein sur une grande surface : il faut qu'elle ait été faite en vue de l'habitation. Pour la rehava située derrière les maisons :

Pour la pratique — selon l'usage de la communauté et la décision d'un rav.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

~ ~ ~ ~ ~
DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שנ״ט · Niveau 2 — Lamdan
♥ Soutenir DAAT
📖Rejoindre une khavroutha