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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choul'han Aroukh · Yoré Déa

Le דבר שיש לו מתירין — étude et pilpoul
סימן ק״ב
דבר שיש לו מתירין אינו בטל, מין במינו, שני תנאי המתיר, וחקירת הטעם
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidé hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, hakira du fondement, ma'hlokot des Richonim et des A'haronim,
nafka minot pratiques et examen des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״ב (4 seifim)
avec l'appareil : ש״ך (Chakh) · ט״ז (Taz) · פתחי תשובה (Pit'hei Techouva)

Fondement de la sougya dans le Chas :
ביצה ג׳: — ד׳. (l'œuf pondu à Yom Tov ; un דשיל״מ ne s'annule pas) · נדרים נ״ב. (מין במינו) · עבודה זרה ס״ו. (בתר שמא ולא בתר טעמא)

Rédaction et étude :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Ouverture de la sougya — qu'est-ce qu'un דבר שיש לו מתירין, et l'œuf pondu à Yom Tov (seif 1)
  2. Le fondement du din — de la Torah, חד בתרי בטל, et la rigueur des Sages (Taz ס״ק א)
  3. La rigueur du דשיל״מ jusque dans le doute — pourquoi plus lourd que les autres choses qui ne s'annulent pas (Taz ס״ק ג)
  4. מין במינו ou שלא במינו — בתר שמא et non בתר טעמא (Chakh ס״ק ג–ד, d'après Rava, AZ 66a ; Taz ס״ק ה, le Ran sur le sang du taureau et du bouc ; לתקן הקדרה, ס״ק ו)
  5. Les deux conditions du מתיר — certain de venir, ou en son pouvoir sans perte, et l'œuf de ספק טריפה (seif 2, Taz ס״ק ז, Chakh ס״ק ז)
  6. L'ustensile n'est pas un דשיל״מ — il faut engager des frais pour le cachériser (seif 3, Rachba ; Chakh ס״ק ח : Maharchal, Raah, Maharil)
  7. La hakira du seif 4 — le goût s'annule-t-il ? Rama contre Chakh (ס״ק ט–י)
  8. אין איסורו מחמת עצמו · כל שעיקר היתרו ע״י ביטול — le morceau non salé (Taz ס״ק י)
  9. Vœu · 'hamets à Pessa'h · celui qui cuit le Chabbat — דשיל״מ לדידיה et les avis contraires (Taz ס״ק י״ב–יג, Chakh ס״ק י״ג–טו)
  10. Hakira et nafka mina pratique
  11. Tableaux de synthèse

📜 Le texte du Choul'han Aroukh — seif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

« כל דבר שיש לו מתירין כגון ביצה שנולדה ביום טוב שראויה למחר אם נתערב׳ באחרות בין שלימה בין טרופה אינה בטלה אפילו באלף ואפי׳ ספק אם נולדה בי״ט ונתערבה באחרו׳ אסורו׳ ואם נתערבה בשאינה מינה בטלה בס׳ … מיהו אם לבנו בה מאכל או נתנו בקדרה לתקן הקדרה כגון שמלאוה בתרנגולת אינה בטלה … ועיין בא״ח סימן תקי״ג » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:א)

1. Ouverture de la sougya — qu'est-ce qu'un דבר שיש לו מתירין

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le point de départ — l'œuf pondu à Yom Tov

Le fondement du siman est le דבר שיש לו מתירין (en abrégé דשיל״מ) : une chose qui n'a nul besoin d'être annulée pour redevenir permise, puisqu'elle le redeviendra d'elle-même après un certain temps. Le cas-type est l'ביצה שנולדה ביום טוב (שו״ע יו״ד ק״ב:א), interdite le jour de fête et qui sera permise le lendemain sans qu'on y fasse rien. Une telle chose, mêlée à d'autres, ne s'annule pas même dans mille — que l'œuf soit entier ou battu, et même dans le doute sur le jour où il a été pondu. Mais tout cela ne vaut qu'en מין במינו ; mêlée à une autre espèce, elle s'annule dans soixante.
La source du din — ביצה ד׳. : la racine du דשיל״מ est dans la guemara de Beitsa, à propos de l'œuf pondu à Yom Tov mêlé à mille autres : tous sont interdits. Rav Achi y énonce la règle dans sa forme générale.
« וְכׇל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין — אֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנַן לֹא בָּטֵיל » (ביצה ד׳.)
De là on a étendu la règle à tout interdit appelé à devenir permis après un temps (Chabbat, Yom Tov, chemitta, hekdech qui sera racheté, et le reste). Le Mehaber reprend l'œuf comme exemple premier, parce que c'est là que le din a été énoncé à sa source.
La glose du Rama — לבנו בה מאכל ou לתקן הקדרה : le Rama ajoute que si l'œuf a servi à blanchir un plat ou a été mis dans la marmite pour l'améliorer, il ne s'annule pas.
« מיהו אם לבנו בה מאכל או נתנו בקדרה לתקן הקדרה כגון שמלאוה בתרנגולת אינה בטלה » (רמ״א יו״ד ק״ב:א)
Le Rama renvoie lui-même à אורח חיים סימן תקי״ג. Ce que cet ajout suppose — et c'est le Taz et le Chakh qui le diront explicitement au ס״ק ו — c'est que ce qui est donné pour corriger un plat compte comme son espèce : la question du מין במינו sera donc reprise plus bas.

2. Le fondement du din — de la Torah, חד בתרי בטל

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C'est la racine de tout le siman, et le Taz y met tout son poids dès son premier ס״ק.

La hakira — pourquoi un דשיל״מ ne s'annule-t-il pas, même dans mille ? De la Torah, un interdit tombé dans du permis de la même espèce s'annule à la majorité — חד בתרי בטל (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק א) —, d'après « אחרי רבים להטות ». Pourquoi donc, ici, ne s'annule-t-il pas même dans mille ?
La réponse du Taz (ס״ק א) — une rigueur rabbinique : le Taz explique, au nom de Rachi sur Beitsa, que de la Torah l'annulation opère bel et bien, et qu'il n'y a ici aucun interdit de la Torah ; ce sont les Sages qui ont ajouté leur rigueur.
« מדאורייתא חד בתרי בטל דכתיב אחרי רבים להטות ואחמירו רבנן הואיל ויש לו מתירין לאחר זמן לא יאכלנו באיסורו ע״י ביטול. רש״י פ״ק דביצה » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק א)
Autrement dit : puisqu'il est en ton pouvoir d'attendre et de manger la chose en pleine permission après un temps, tu n'as pas à te la procurer maintenant par la voie de l'annulation, qui est une permission obtenue à travers un interdit.
Le yessod — l'annulation est une porte dont on n'a pas besoin ici :
La racine de l'affaire : l'annulation à la majorité est une issue de nécessité — les Sages (et la Torah) ont permis de défaire un interdit par une majorité de permis parce qu'il n'y a pas d'autre voie. Or dans un דבר שיש לו מתירין, il y a une autre voie : attendre. Le Chakh formule ce principe dans les mots mêmes que la guemara emploie ailleurs.
« עד שאתה אוכלו באיסור תאכלנו בהיתר » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ט)
Il ressort de là que toute la rigueur du דשיל״מ ne tient pas à l'importance de l'interdit, mais à l'existence d'une permission à venir.
Le Taz (ס״ק ב) — « בין שלימה בין טרופה » : le Taz fait remarquer qu'un œuf entier est de toute façon un דבר שבמנין (siman 86), qui ne s'annule pas. Où est alors la nouveauté du דשיל״מ pour l'œuf entier ? Il répond que la nouveauté est qu'il porte aussi la rigueur du דשיל״מ, avec une conséquence sur le doute.
« קמ״ל דיש שם ג״כ חומרא דיש לו מתירין ונ״מ לענין ספק » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ב)

3. La rigueur du דשיל״מ jusque dans le doute

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (fin du seif 1)

« ואפי׳ ספק אם נולדה בי״ט ונתערבה באחרו׳ אסורו׳ » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:א)

La difficulté : le doute dans un interdit rabbinique se tranche par l'indulgence, et l'interdit de l'œuf à Yom Tov est rabbinique ; l'interdiction d'annuler un דשיל״מ l'est aussi. On attendrait donc la permission — et le Mehaber écrit que même dans le doute, elles sont interdites.
La réponse du Taz (ס״ק ג) — le דשיל״מ est plus lourd que les autres choses qui ne s'annulent pas : le Taz distingue le דשיל״מ des autres cas de non-annulation, où le doute est permis.
« בדבר זה חמור דבר שיש לו מתירין משאר דברים שאינם בטלים דשם מותר בספיקן אם הודאי איסור הוא דרבנן אמרינן בספק שלו דמותר ככל ספק דרבנן ולא יזיק לו אם הוא דבר חשוב אבל כאן אפי׳ בספק איסור דרבנן אסור כיון שיש לו מתירין » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ג)
La ligne de partage, telle que le Taz la trace :
Nafka mina — jusque dans le doute d'un interdit rabbinique : du Taz (ס״ק ג) on tire un grand principe — dans un דשיל״מ on ne suit pas la règle safek derabanan lekoula. Aussi longtemps qu'il est possible d'attendre et de manger la chose en permission, on ne permet pas par la voie de l'annulation, même dans le doute. Et pour la pratique — demande à ton Rav.

4. מין במינו ou שלא במינו — בתר שמא

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (fin du seif 1)

« ואם נתערבה בשאינה מינה בטלה בס׳ » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:א)

La rigueur du דשיל״מ ne vaut donc qu'en מין במינו (un œuf parmi des œufs) ; mêlé à une autre espèce, il revient au din ordinaire et s'annule dans soixante.

Le yessod — pourquoi précisément מין במינו :
Le Chakh (ס״ק ד) l'explique : toute la rigueur ne vient pas de l'interdit lui-même, mais de ce qu'une permission viendra ; or quand le mélange s'est fait avec une autre espèce, la permission à venir ne porte pas le nom de la chose interdite.
« שאני הכא דאין החשיבות מצד האיסור עצמו אלא מאחר שיהיה לו היתר אחר כך לא רצו חכמים להתבטל וכל שנתערב שלא במינו אין ההיתר נקרא על הדבר האסור אלא ע״ש דבר שנתערב בו והוי כמי שאין לו מתירין » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ד)
Le Chakh ajoute que pour une בריה ou une חתיכה הראויה להתכבד il n'y a pas de différence entre מינו et שאינו מינו — et c'est justement ce qui montre que la rigueur du דשיל״מ est d'un autre ordre.
Au nom ou au goût — Chakh ס״ק ג : le Chakh pose que le critère de « son espèce » est le nom et non le goût, et il l'appuie sur Rava.
CasDin selon le ChakhSource
Même nom, goût différent מין במינו — ne s'annule pas ש״ך ס״ק ג
Même goût, nom différent שלא במינו — s'annule ש״ך ס״ק ג, d'après Rava
« נראה דהכא אזלינן בתר שמא ולא בתר טעמא דאם הוא שוה בשמא אע״ג דלא שוה בטעמא ה״ל מין במינו ולא בטיל ואם אינו שוה בשמא אף על גב דשוה בטעמא ה״ל שלא במינו ובטל » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ג)
« דהא קי״ל כרבא פרק בתרא דעבודת כוכבים … דבתר שמא אזלינן ולא בתר טעמא » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ג)
Le Taz (ס״ק ה) et le Ran sur le sang du taureau et du bouc : le Taz rapporte d'abord le motif qu'il avait donné au siman 101 — la permission à venir porte le nom du mélange, non celui de l'interdit — et il n'en est pas satisfait.
« לפי שאין ההיתר אח״כ נקרא על האיסור אלא על התערובת שנאסר והוא אינו מינו של האיסור ואין טעם זה מספיק כל כך » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ה)
Il s'étonne alors que le motif du Ran (Nedarim 52) n'ait pas été rapporté ici. Le Ran part du verset « ולקח מדם הפר ומדם השעיר » : bien que le sang du taureau soit plus abondant, l'Écriture appelle encore le mélange sang du bouc — signe qu'en מין במינו il n'y a pas annulation, car ce qui ressemble à son semblable ne l'affaiblit pas mais le renforce. Les Sages n'en tirent pas la règle pour l'interdit et le permis, parce que là l'un est interdit et l'autre permis — sauf, précisément, dans un דשיל״מ :
« דהא אין כאן חילוק בין איסור להיתר שהרי גם האיסור סופו להיות מותר » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ה)
Le Taz termine en écrivant que ce motif du Ran est tout à fait juste.
« Corriger la marmite » = מין במינו (Taz ס״ק ו, Chakh ס״ק ו) : de là s'éclaire la glose du Rama au seif 1. Le Taz rapproche le cas de l'eau et du sel dans la pâte, au nom des Tossafot.
« דכל דבר שצריך זה לזה כגון מים ומלח בעיסה הוה מין במינו » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ו)
Le Chakh dit la même chose au nom du Mahara"y :
« דכל שנותנין זה בזה לתקן זה את זה מקרי מין במינו כגון מים ומלח בעיסה » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ו)
Le Taz met en garde contre une extension abusive : ce raisonnement vaut ici, pour le דשיל״מ, et l'on n'en tirera pas que partout le מתקן הקדירה serait מין במינו — car là où tout dépend du goût, ce qui donne du goût hors de son espèce garde la rigueur du שלא במינו.

5. Les deux conditions du מתיר — certain de venir, ou en son pouvoir

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 2)

« יש מי שאומר שלא אמרו דבר שיש לו מתירין אלא כשהמתיר עתיד לבא על כל פנים או אם המתיר בידו לעשותו בלא הפסד אבל דבר שאינו בידו ואינו ודאי שיבא המתיר אינו בדין דבר שיש לו מתירין לפיכך ביצה של ספק טריפה שנתערבה באחרות אינו בדין דבר שיש לו מתירין לפי שאין המתיר בודאי ואינו בידו » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:ב)

La hakira — quel « מתיר » suffit à faire un דשיל״מ ? Tout le yessod tient à ce qu'une permission est disponible. Mais quand peut-on dire qu'elle l'est vraiment ? Toute possibilité suffit-elle, ou faut-il une certitude, ou une maîtrise ?
Les deux conditions, telles que le seif 2 les pose :
ConditionExplicationExemple
(a) עתיד לבא על כל פנים le מתיר viendra de toute façon, de lui-même, sans acte l'œuf de Yom Tov, certainement permis après la fête — c'est l'exemple du Taz ס״ק ז
(b) בידו לעשותו בלא הפסד le מתיר est en son pouvoir, et il peut l'obtenir sans perte d'argent l'interrogation d'un sage sur un vœu (seif 4)
« פי׳ כגון ביצה שנולדה בי״ט שתהיה בודאי מותרת לאחר י״ט לאפוקי ביצת ספק טריפה דנקט אח״כ » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ז)
L'œuf de ספק טריפה — pourquoi il n'est pas un דשיל״מ : il ne remplit ni (a) ni (b) : le מתיר n'est pas certain de venir — peut-être la poule est-elle טריפה et l'œuf ne sera-t-il jamais permis — et il n'est pas davantage en son pouvoir. Les A'haronim ont pourtant relevé qu'un côté de דשיל״מ subsiste : le Tsema'h Tsedek (responsum 69), cité par le Pit'hei Techouva (ס״ק ד), répond à celui qui posait la question qu'une permission partielle viendra de toute façon.
« והוא ז״ל חולק עליו דמ״מ ודאי שיבא לידי היתר קצת דלאחר י״ט יסתלק איסור הכולל דהיינו נולד » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק ד)
Le Pit'hei Techouva ajoute que le Pri 'Hadach et le Min'hat Yaakov ont conclu de même, et il rapporte encore la discussion du Pri Megadim et de Rabbi Akiva Eiger (responsum 65) sur celui qui fait vœu de ne pas manger une נבילה — Rabbi Akiva Eiger y revient sur sa première idée et laisse la chose בצריך עיון.
Le Chakh (ס״ק ז) — pourquoi « יש מי שאומר » : le Chakh s'étonne du tour employé par le Mehaber, qui est celui d'un avis isolé.
« לא ידעתי למה כתב המחבר דין זה בשם יש מי שאומר שהרי הרשב״א והטור סוברים כן ואין חולק עליהם » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ז)
Il apporte ensuite une preuve du Chas au début de Beitsa, où la guemara suppose qu'un œuf de ספק טריפה n'est pas un דשיל״מ — et il ne résout pas sa propre question : il la laisse ouverte.
« אלא ודאי כל כה״ג לא הוי דשיל״מ וצ״ע » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ז)

6. L'ustensile n'est pas un דשיל״מ — il faut engager des frais

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 3)

« כלי שנאסר בבליעת איסור שנתערב באחרים ואינו ניכר בטל ברוב ואין דנין אותו כדבר שיש לו מתירין » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:ג)

« לפי שצריך להוציא עליו הוצאות להגעילו וכל כיוצא בזה » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:ג)

La hakira — à première vue, l'ustensile est un דשיל״מ parfait : un ustensile qui a absorbé de l'interdit, il est en son pouvoir de le rendre permis par la הגעלה. Il devrait donc ne pas s'annuler, même dans mille. Pourquoi le Mehaber tranche-t-il qu'il s'annule à la majorité ?
La réponse du Rachba, reprise dans le Mehaber — il faut des frais : la seconde condition demande que le מתיר soit en son pouvoir sans perte. Ici, la הגעלה se paie — bois, peine, opération. Le מתיר ne venant pas sans perte, l'ustensile sort du cadre du דשיל״מ et s'annule à la majorité. C'est le sens de « וכל כיוצא בזה » : tout מתיר qui coûte de l'argent.
Le Chakh (ס״ק ח) — les avis sur ce motif :
AvisCe qu'il dit du motif « frais »Source
Le Maharchal ce motif n'était pas nécessaire : de toute façon, la permission ne vient pas d'elle-même par l'effet du temps, et il n'y a donc pas de דשיל״מ du tout ש״ך ס״ק ח, qui le conteste
Le Maharil (responsum 194) il conteste le Rachba : les frais de הגעלה ne sont qu'une perte légère — donc l'ustensile reste un דשיל״מ et ne s'annule pas. Le Chakh écrit qu'il faut en tenir compte là où la perte n'est pas grande ש״ך ס״ק ח
« כתב מהרש״ל פכ״ה ס״ס פ״ו דלא היה צריך לזה הטעם של פיזור מעותיו כי בלאו הכי נמי כיון דלא בא ההיתר ממילא מכח זמן לא חשיב דשיל״מ עכ״ל » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
« ולא ירדתי לסוף דעתו דהא אפילו בא ההיתר בלא זמן חשיב דשיל״מ כגון נדרים וכה״ג » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
« ומהרי״ל בתשובה סימן קצ״ד חולק גם כן אהרשב״א דההוצאה להגעילו הפסד מועט הוא » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
« ויש לחוש לדבריו במקום שאין הפסד מרובה » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
Le Raah, et la conduite pratique du Chakh : le Chakh rapporte encore le Raah (בדק הבית, feuillet 128b), qui donne au Rachba un autre motif : partout où l'interdit est discernable il n'y a pas d'annulation, et puisqu'on peut faire sortir l'interdit par la הגעלה, c'est comme s'il était discernable.
« והרא״ה בב״ה דף קכ״ח ע״ב משיג על הרשב״א ואומר דהכא טעמא אחרינא איכא דאין לו ביטול לבד מטעמא דשיל״מ דכל היכא דניכר האיסור אין לו ביטול וכיון דאפשר להוציא האיסור מתוכו ע״י הגעלה הוי כניכר האיסור » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
Puis le Chakh ajoute une conduite rigoureuse : attendre que les ustensiles ne soient plus בני יומן.
« וגם נ״ל שיש לשהות הכלים עד שלא יהיו בני יומן דאז שרי מן התורה » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ח)
À la différence d'un autre avis qu'il rapporte, le Chakh tient qu'il est interdit de se servir de chacun d'eux séparément avant vingt-quatre heures. Le Taz (ס״ק ח), de son côté, demande pourquoi le Rachba a eu besoin de ce motif des frais.
« ק״ל למה צריך הרשב״א לטעם זה דצריך הוצאות שזכר רמ״א אח״כ הא אין הנאסר שהוא הכלי יכול לאסור טפי מן האוסר ואילו האוסר שהוא הבלוע בו לא יהיה עליו דין דבר שיש לו מתירין » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ח)
Et pour la pratique — demande à ton Rav.
Pit'hei Techouva (ס״ק ו) — la défense du Maharchal : le Pit'hei Techouva rapporte le Beit Yaakov (responsum 110), qui justifie le Maharchal contre l'objection du Chakh : les vœux sont différents, puisqu'il y a une mitsva à les dénouer.
« עיין בתשובת בית יעקב סימן ק״י שהצדיק דברי רש״ל דשאני נדרים דיש מצוה בהתרתן » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק ו)
Il ajoute la question de Rabbi Akiva Eiger sur le Chakh, et un raisonnement de son cru : d'après le Tsela"h et le Noda Biyhouda, la règle du דשיל״מ ne concerne que la consommation — ce que je mangerai aujourd'hui, je ne le mangerai plus demain — et non l'usage, puisqu'on peut se servir de l'ustensile aujourd'hui comme demain.

7. La hakira du seif 4 — le goût s'annule-t-il ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C'est la grande hakira du siman, et tout le seif 4 repose sur elle.

Le texte du Mehaber et du Rama (seif 4)

« יש מי שאומר דלא שייך דבר שיש לו מתירין היכא שהמאכל מתקלקל » (שולחן ערוך יורה דעה ק״ב:ד)

« הא דדבר שיש לו מתירין אינו בטל היינו דוקא אם האיסור בעין או שיש עדיין ממשות האיסור בתערובת אבל טעמו בטל » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

La hakira d'ensemble — qu'est-ce qui, dans un דשיל״מ, ne s'annule pas ? Le statut porte-t-il sur le corps de l'interdit — seule sa substance échappe à l'annulation — ou sur l'interdit comme tel, de sorte que même le goût qu'il a laissé n'est pas annulé ? C'est la ma'hloket du Rama et du Chakh, et plusieurs dinim en dépendent.
Le Rama et le Chakh — טעמו בטל ou non :
AvisLe goût d'un דשיל״מ, en מין במינוSource
Le Rama seuls l'interdit בעין ou sa ממשות ne s'annulent pas ; son goût, lui, s'annule רמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק ט
Le Chakh même le goût ne s'annule pas en מין במינו — d'après le Chas de Nedarim, le Yerouchalmi, les Tossafot, le Roch et le Ran ש״ך ס״ק ט–י
Le Taz (ס״ק ט) — « אבל טעמו בטל » : le Taz explique que la rigueur ne porte que sur le corps de l'interdit ; le goût qu'il a rejeté, n'ayant plus de substance, n'est pas assez lourd pour interdire au titre du דשיל״מ.
« פירוש שאם האיסור ניטל משם רק שפלט שם טעם אוחו טעם אינו חמיר לאסור בשביל דבר שיש לו מתירין » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק ט)
Le mot « אוחו » est la graphie de l'édition suivie par Sefaria, pour « אותו » ; on la recopie telle quelle. Le Taz distingue ce cas de celui du seif 1 : là, l'œuf était mis dans la marmite précisément pour en relever le goût.
Le Chakh (ס״ק ט–י) — il conteste : le Chakh tient que même le goût ne s'annule pas en מין במינו, et il s'appuie sur la guemara de Nedarim, le Yerouchalmi, les Tossafot, le Roch et le Ran ; la référence de daf imprimée dans le Chakh (דף צ״ח) ne correspond à aucun feuillet de Nedarim, qui n'en compte que 91 — on lit d'ordinaire נדרים נ״ב.
« מיהו צ״ע גם בזה דנלפע״ד מן הש״ס דנדרים … וירושלמי פ״ו דנדרים ותוספות והרא״ש ור״ן בנדרים שם דדשיל״מ אפי׳ טעמו לא בטיל במינו » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ט)
Il examine longuement s'il faut distinguer le cas où le corps de l'interdit est resté dans le mélange de celui où on l'a retiré entier, et il refuse finalement la distinction — car de toute façon « עד שאתה אוכלו באיסור תאכלנו בהיתר » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ט). Il rapporte enfin le Ba"h dans le même sens.
« שוב מצאתי בב״ח שפסק ג״כ דאין חילוק ולעולם אינו בטל » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ט)
Du côté du Rama, le Pit'hei Techouva rapporte le Pné Arié, qui le soutient contre le Ba"h et le Chakh.
« ועיין בתשובת פני אריה סי׳ ב׳ שהעלה כדעת הרמ״א דטעמו בטל ולא כב״ח וש״ך שהשיגו עליו » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק ז)
Nafka mina — un plat où il ne reste que le goût de l'interdit : un plat dans lequel est tombé un דשיל״מ, dont il ne reste que le goût (l'interdit lui-même ayant été retiré ou s'étant dissous) : pour le Rama il s'annule dans soixante ; pour le Chakh et le Ba"h il ne s'annule pas, et il y a lieu d'être rigoureux. La question reste discutée entre les A'haronim. Et pour la pratique — demande à ton Rav.

8. אין איסורו מחמת עצמו · כל שעיקר היתרו ע״י ביטול

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Rama (suite du seif 4)

« וכן אם אין איסורו מחמת עצמו בטיל ולכן חתיכה שלא נמלחה תוך ג׳ ימים אע״פ שי״א דמקרי דבר שיש לו מתירין הואיל ומותרת לצלי אפי׳ הכי בטילה דאין אסורה אלא מחמת דם הבלוע בה » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

« כל איסור שלא היה ניכר קודם שנתערב הוי בטל אע״פ שהוא דבר שיש לו מתירין » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

La difficulté — « אין איסורו מחמת עצמו » : un morceau de viande non salé dans les trois jours est interdit à la cuisson, à cause du sang qu'il retient, mais il reste permis en rôtissage. Il a donc un מתיר, et devrait être un דשיל״מ qui ne s'annule pas. Pourquoi le Rama tranche-t-il qu'il s'annule ?
La réponse du Rama — son interdit ne vient pas de lui-même : le morceau n'est pas interdit par lui-même, mais seulement à cause du sang absorbé en lui. Un interdit qui n'est pas dans le corps de la chose, mais dans ce qu'elle a absorbé, n'entre pas dans le cadre du דשיל״מ et s'annule. Le Rama pose de plus une règle générale : tout interdit qui n'était pas discernable avant le mélange s'annule, fût-il un דשיל״מ — le cas type étant le raisin pressé le Chabbat dont le jus se mêle à du vin clair.
La conclusion du Taz (ס״ק י) :
Le Taz consacre à ce passage son plus long développement. Il conteste le motif du Rama — il montre que le תרומת הדשן, dont le Rama se réclame, ne donnait pas ce motif-là — et il demande quelle raison il y aurait de refuser le statut de דשיל״מ à un interdit absorbé, dès lors qu'une permission existe. Il tire ensuite un raisonnement a fortiori de la michna des Bikkourim, et conclut :
« מכל זה נראה לי ברור דכל איסור שבעולם שעיקר היתירו ע״י ביטול אין היתר בדבר שיש לו מתירין » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק י)
C'est-à-dire : partout où la permission d'un interdit passe essentiellement par l'annulation, cette annulation ne joue pas dans un דבר שיש לו מתירין. Le Taz rappelle que le Maharchal écrit de même — lire cette conclusion dans le sens inverse, comme si elle faisait sortir de tels cas du cadre du דשיל״מ, est une erreur qu'il faut signaler.
Le Chakh (ס״ק י) conteste aussi le Rama : le Chakh écrit que tous les A'haronim ont contesté la distinction du Rama : dès lors qu'il y a un דשיל״מ, peu importe que l'interdit soit absorbé ou non, puisqu'en fin de compte une permission existe.
« הכל תפסו על הרב בזה כיון דדשיל״מ הוא מה לי בלוע הוא או לא ס״ס יש היתר לאיסורו » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק י)
« אבל בדשיל״מ משמע שם בת״ה להדיא דלא בטיל אפילו אם אין איסור מחמת עצמו » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק י)
Au ס״ק י״א, le Chakh indique cependant que le morceau non salé n'est de toute façon pas un דשיל״מ, mais pour un tout autre motif que celui du Rama : en rôtissage, il n'a jamais été interdit.
« כלומר והעיקר אינו כן דלא מקרי דשיל״מ הואיל ולצלי לא נאסר מעולם » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק י״א)
Le Pit'hei Techouva (ס״ק ח) apporte de l'autre côté le Pné Arié, qui soutient le Rama, tout en restreignant sa portée aux cas où l'interdit absorbé n'est pas de la même espèce que ce avec quoi le mélange s'est fait.
« ועיין בתשובת פני אריה סימן ג׳ שהעלה כדעת הרמ״א ז״ל דכל שאינו אסור מחמת עצמו בטל ולא ככל אחרונים שהשיגו עליו » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק ח)
Le Taz (ס״ק י״א) — « שלא היה ניכר » : des raisins d'où sort du jus le Chabbat, tombant dans du vin clair déjà présent avant le Chabbat : bien qu'il y ait là un דשיל״מ, cela s'annule, parce que l'interdit n'était jamais apparu séparément avant de se mêler.
« כגון ענבים שיוצא מהן יין בשבת בתוך יין צלול שהיה שם קודם השבת » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק י״א)
Le Taz souligne la différence avec le morceau non salé : là, l'interdit était connu, puisque le morceau était interdit ; ici, il n'y avait aucun interdit au départ.
Pit'hei Techouva (ס״ק ח) — le morceau non salé chez les A'haronim : le Pit'hei Techouva rapporte le Techouva MeAhava (première partie, responsum 3), qui s'étonne de la position des A'haronim et montre, au nom du Rambam, de Rachi et du Ran, que même là où la permission ne porte pas sur ce qui était interdit on est dans un דשיל״מ — tout en concluant lui-même à l'indulgence pour le morceau non salé mêlé à d'autres, puisque ce n'est là, écrit-il, qu'une rigueur des Gueonim. Le Noda Biyhouda (au responsum 6 du même recueil) réfute ses preuves et approuve la décision indulgente des A'haronim ; le Pri Megadim écrit de même.
« ועיין שם בסי׳ ו׳ תשובת הגאון בעל נו״ב ז״ל שדחה ראיותיו וכתב דיפה הכריעו האחרונים להקל בזה » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק ח)

9. Vœu · 'hamets à Pessa'h · celui qui cuit le Chabbat

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Rama (fin du seif 4)

« מי שנדר מדבר אחד ונתערב אח״כ לדידיה מקרי דבר שיש לו מתירין … דהא אפשר לשאול על נדרו » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

« דבר שיש לו היתר וחוזר ונאסר כגון חמץ בפסח לא מקרי דבר שיש לו מתירין » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

« ולא מקרי דבר שיש לו מתירין אלא א״כ הותר למי שנאסר אבל אם נשאר לאחד לעולם אסור אע״ג שמותר לאחרים כגון המבשל בשבת » (רמ״א יו״ד ק״ב:ד)

Le vœu = דשיל״מ לדידיה (Taz ס״ק י״ב) : celui qui a fait vœu d'une chose et l'a vue se mêler à d'autres : pour lui c'est un דשיל״מ, puisqu'il peut interroger un sage et faire dénouer son vœu — c'est la seconde condition du seif 2 — le מתיר est en son pouvoir, sans perte.
« הוה דבר שיש לו מתירין כיון דמצי לשאול על הנדר לחכם » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק י״ב)
Le Pit'hei Techouva (ס״ק י) précise, au nom du Brit Avraham, du Maharit et de Rabbi Akiva Eiger (fin du responsum 65), que le Rama a écrit « לדידיה » à dessein : il faut que celui qui peut dénouer soit celui à qui la chose est interdite.
« דדוקא בכה״ג דביד האוסר גופיה לשאול על נדרו הוי דשיל״מ אבל אם אסר דבר על חבירו בקונם לא הוי דשיל״מ » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק י)
Pit'hei Techouva (ס״ק י) — le serment n'est pas le vœu : le Pit'hei Techouva rapporte le Beit Yaakov, suivi par le Techouva MeAhava : un serment n'est pas un דשיל״מ, bien qu'on puisse le faire dénouer, parce qu'il n'y a pas de mitsva à le faire dénouer comme il y en a une pour un vœu.
« ועיין בתשובת בית יעקב סימן ק״י שכתב דדוקא בנדר משום דאיכא מצוה לאיתשולי ביה הוי דשיל״מ אבל אם נשבע שלא לאכול מאכל פלוני ונתערב לא הוי דשיל״מ דליכא מצוה » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק י)
Le Pri Megadim écrivait au contraire, dans son introduction aux lois de Pessa'h, que le דשיל״מ vaut aussi pour le serment ; le 'Havot Yaïr (responsum 131) traite pour sa part d'un cas mixte. La question n'est pas close.
Le 'hamets à Pessa'h — une ma'hloket :
AvisLe 'hamets à Pessa'h est-il un דשיל״מ ?Source
Le Mordekhi (premier avis du Rama) une chose qui avait une permission et s'est trouvée de nouveau interdite n'est pas un דשיל״מ רמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק י״ג
Le Rambam (« ויש חולקין ») le 'hamets à Pessa'h est un דשיל״מ — et le Maharchal écrit que tel est l'essentiel ט״ז ס״ק י״ג ; ש״ך ס״ק י״ג–יד
« הוא הרמב״ם דס״ל דחמץ בפסח הוה דבר שיש לו מתירין וכתב רש״ל פרק כ״ה סימן פ״ז דכן נראה עיקר ולא כת״ח שפסק כהמרדכי שהוא דעה קמייתא » (ט״ז יו״ד ק״ב ס״ק י״ג)
Le Chakh (ס״ק י״ג–יד) — la gravité propre du 'hamets : le Chakh ajoute une distinction qui ne se confond pas avec la précédente : si le 'hamets ne s'annule pas à Pessa'h même hors de son espèce, ce n'est pas au titre du דשיל״מ mais à cause de la gravité propre de cet interdit, comme l'écrit le Rambam.
« ומה שאינו בטל בפסח אפי׳ שלא במינו היינו משום חומר איסורו » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק י״ג)
« ובת״ח שם ד״ט פסק כסברא הראשונה ומהרש״ל חולק עליו » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק י״ד)
Il y a donc bien deux questions superposées : le 'hamets est-il un דשיל״מ, et jusqu'où va la rigueur propre de l'interdit du 'hamets.
Celui qui cuit le Chabbat (Chakh ס״ק ט״ו) : celui qui cuit le Chabbat volontairement — le plat lui est interdit pour toujours, tandis qu'il est permis aux autres à l'issue du Chabbat.
« במזיד דאסור לו לעולם ולאחרים מותר למוצאי שבת » (ש״ך יו״ד ק״ב ס״ק ט״ו)
Selon la règle du Rama, puisque la chose ne redevient jamais permise à celui à qui elle est interdite, ce n'est pas un דשיל״מ. Le Pit'hei Techouva (ס״ק י״ב) rapporte le Maguen Avraham (siman 308) : le Rama parle d'un mélange survenu après le Chabbat ; s'il est survenu le Chabbat même, la chose est interdite à celui qui a cuit, puisque le statut de דשיל״מ a pris effet pour les autres.
« עיין במג״א סימן ש״ח סק״ב שכתב דמיירי שנתערב אחר השבת אבל אם נתערב בו ביום אסור לו … הואיל וחל דשיל״מ לאחרים » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק י״ב)
Pit'hei Techouva (ס״ק א) — כל דפריש : dans un mélange de דשיל״מ, dit-on kol deparish merouba parish — tout ce qui s'en détache vient de la majorité ? Le Siddouro chel Chabbat conclut que non, et le Tsema'h Tsedek (responsum 69) ainsi que le Maguen Avraham (siman 513) vont dans ce sens.
« ולבסוף העלה דאף בכה״ג לא אמרינן כל דפריש כו׳ וזה הוא ג״כ בכלל דבר שיש לו מתירין » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק א)
Le Pit'hei Techouva renvoie cependant, dans le même ס״ק, au Tsela"h, qui apporte au contraire une preuve que l'on dit bien כל דפריש dans un דשיל״מ, et il ajoute que telle paraît être l'opinion du 'Havot Yaïr (siman 133). La question reste donc partagée.
« ועיין בספר צל״ח על ביצה ד׳ יו״ד ע״ב בד״ה והואיל שהאריך להביא ראיה דאמרינן בדבר שיל״מ כל דפריש מר״פ » (פתחי תשובה יו״ד ק״ב ס״ק א)

10. Hakira et nafka mina pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La hakira d'ensemble du siman : quel est le motif du דשיל״מ, et quand s'applique-t-il ?
Nafka mina pratique — ce que le siman met en jeu :
  1. Un דשיל״מ ne s'annule ni dans mille ni dans le doute — mais seulement en מין במינו ; hors de son espèce, il s'annule dans soixante (Mehaber, seif 1).
  2. Le מתיר doit être certain de venir ou en son pouvoir sans perte ; l'œuf de ספק טריפה s'annule (Mehaber, seif 2) — le Chakh laisse pourtant sa question בצריך עיון.
  3. Un ustensile qui a absorbé de l'interdit s'annule à la majorité, parce que la הגעלה coûte (Mehaber, seif 3) ; le Chakh rapporte le Maharil, pour qui cette dépense est légère, et écrit qu'il faut en tenir compte là où la perte n'est pas grande.
  4. Le goût seul : il s'annule pour le Rama, il ne s'annule pas pour le Chakh et le Ba"h ; le Pné Arié soutient le Rama (seif 4).
  5. Un vœu est un דשיל״מ לדידיה ; le 'hamets à Pessa'h fait ma'hloket (Mordekhi / Rambam) ; celui qui cuit le Chabbat n'est pas un דשיל״מ.
Et pour la pratique — demande à ton Rav.

11. Tableaux de synthèse

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les formes du mélange et leur din

Forme du mélange Ce qui en résulte Source
Œuf de Yom Tov parmi des œufs (מין במינו) ne s'annule pas même dans mille, ni dans le doute מחבר ס״א ; ט״ז ס״ק א, ג
Œuf de Yom Tov hors de son espèce s'annule dans soixante מחבר ס״א ; ש״ך ס״ק ד
Donné pour corriger la marmite / pour blanchir un plat compté comme מין במינו → ne s'annule pas רמ״א ס״א ; ט״ז ס״ק ו ; ש״ך ס״ק ה–ו
Œuf de ספק טריפה mêlé à d'autres s'annule — le מתיר n'est ni certain ni en son pouvoir מחבר ס״ב ; ט״ז ס״ק ז
Ustensile ayant absorbé de l'interdit, mêlé à d'autres s'annule à la majorité — la הגעלה demande des frais ; le Maharil conteste מחבר ס״ג ; ש״ך ס״ק ח
Il ne reste que le goût (rien בעין) Rama — s'annule ; Chakh et Ba"h — ne s'annule pas רמ״א ס״ד ; ש״ך ס״ק ט–י
אין איסורו מחמת עצמו (viande non salée) Rama — s'annule, l'interdit ne venant que du sang absorbé ; le Taz et le Chakh contestent ce motif רמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק י ; ש״ך ס״ק י–יא
Vœu, puis mélange דשיל״מ לדידיה (il peut faire dénouer son vœu) רמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק י״ב
'Hamets à Pessa'h · celui qui cuit le Chabbat ma'hloket (Mordekhi / Rambam) · n'est pas un דשיל״מ רמ״א ס״ד ; ש״ך ס״ק י״ג–טו

Tableau — les ma'hlokot centrales du siman

Sujet Premier avis Second avis
Ce qui détermine « son espèce » Chakh ס״ק ג — au nom (בתר שמא), d'après Rava et non au goût (בתר טעמא), même si le goût concorde
Le motif du שלא במינו qui s'annule Taz ס״ק ה — le motif du siman 101 ne lui suffit pas le Ran (Nedarim 52), sur le sang du taureau et du bouc
Le motif « frais de הגעלה » (seif 3) Maharchal — inutile : il n'y a pas de דשיל״מ du tout Maharil — la dépense est légère, donc l'ustensile reste un דשיל״מ (ש״ך ס״ק ח)
Le goût d'un דשיל״מ en מין במינו Rama — טעמו בטל (et Pné Arié le soutient) Chakh et Ba"h — même le goût ne s'annule pas
אין איסורו מחמת עצמו Rama — s'annule (Pné Arié, פ״ת ס״ק ח) Chakh ס״ק י et le Taz ס״ק י contestent le motif
Le 'hamets à Pessa'h Mordekhi — n'est pas un דשיל״מ Rambam — en est un ; et le Maharchal tient que tel est l'essentiel

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : ביצה ג׳:–ד׳. (l'œuf pondu à Yom Tov ; la règle générale de Rav Achi est énoncée en Beitsa 4a, citée en tête de la section 1) · נדרים נ״ב. (מין במינו, et le Ran sur le sang du taureau et du bouc) · עבודה זרה ס״ו. (בתר שמא ולא בתר טעמא, d'après Rava, cité par le Chakh ס״ק ג)
Richonim : רש״י (ביצה, cité par le Taz ס״ק א) · רמב״ם (מאכלות אסורות פט״ו) · רשב״א · רא״ש · ר״ן · מרדכי · תוספות · טור · בית יוסף
A'haronim : רמ״א · ש״ך · ט״ז · ב״ח · מהרש״ל · מהרי״ל · רא״ה (בדק הבית) · פרי חדש · מנחת יעקב · פרי מגדים · פתחי תשובה · נודע ביהודה · תשובה מאהבה · צמח צדק (הקדמון) · חוות יאיר · פני אריה · בית יעקב · ברית אברהם · מהרי״ט · רבי עקיבא איגר · צל״ח · מגן אברהם (סי׳ ש״ח, תקי״ג)

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
Pilpoul et étude sur le דבר שיש לו מתירין · Siman ק״ב · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l'étude et l'examen seulement. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

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