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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman ק״ג · Un goût qui gâte (נותן טעם לפגם) ne rend pas le mélange interdit

נותן טעם לפגם — un interdit qui communique au mélange un goût gâté ne l'interdit pas — pour découvrir et comprendre
יורה דעה · סימן ק״ג
נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם מֻתָּר
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 103 : les 7 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. נותן טעם לפגם — un interdit qui communique au mélange un goût gâté/détérioré ne le rend pas interdit (apprentissage tiré du גר : « נבילה apte au גר » seule est interdite) ; même un goût légèrement gâté suffit, sauf si l'interdit est en majorité et en substance ; un mets « amélioré puis gâté » (ou l'inverse) reste interdit ; une marmite non utilisée depuis 24 h (אינה בת יומה) donne un goût gâté et n'interdit pas ; l'huile et le miel d'un non-Juif que la viande détériore ; et le גוף חריף (épices/poivre) qui « rend meilleur ».

Sujet : נותן טעם לפגם — un goût qui gâte ne rend pas le mélange interdit
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״ג

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Mehaber : les 7 seifim, par groupes thématiques
2. Contexte : la règle de base — נותן טעם לפגם מותר
3. Les concepts-clés : נטל״פ, פגם, טעם vs ממשות, בת יומה, חריף, חנ״נ…
4. Le degré du פגם : le tableau טעם seul / substance / amélioré-gâté
5. Le Shach et le Taz : qui ils sont, quelques entrées-clés
6. La glose du Rama (הגה)
7. בת יומה / אינה בת יומה : la règle des 24 heures
8. Cas pratiques modernes : marmite de la veille, épices piquantes, huile/miel
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 7 seifim

Le Siman 103 énonce une règle fondamentale de la cacheroute : נותן טעם לפגם מותר — un interdit qui ne communique au mélange qu'un goût gâté/détérioré ne le rend pas interdit. Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) en précise le degré, les exceptions (interdit majoritaire et « en substance », mets amélioré-puis-gâté), et trois applications majeures : la marmite אינה בת יומה (non utilisée depuis 24 h), l'huile et le miel d'un non-Juif, et le גוף חריף (corps piquant). Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute ses gloses (הגה). Découvrons les seifim par groupes.

Groupe A — La règle, son degré, l'aide d'une autre chose (seifim 1-3)

Seif 1 — נותן טעם לפגם est permis

כָּל דָּבָר שֶׁטַּעְמוֹ פָּגוּם — אֵינוֹ אוֹסֵר תַּעֲרֻבְתּוֹ. וַאֲפִלּוּ אֵין טַעְמוֹ פָּגוּם מֵחֲמַת עַצְמוֹ, שֶׁבִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא מֻטְעָם וּמְשֻׁבָּח, אֶלָּא שֶׁפּוֹגֵם תַּעֲרֻבְתּוֹ — מֻתָּר. (הגה: מִיהוּ דְּבָרִים חֲשׁוּבִים, כְּגוֹן בְּרִיָּה וְכַיּוֹצֵא בָּהּ, אַף עַל פִּי שֶׁפּוֹגְמִים הַתַּבְשִׁיל, אִם אֵינָם נִפְגָּמִים בְּעַצְמָם — אֵינָם בְּטֵלִים אֲפִלּוּ בְּאֶלֶף (או״ה כְּלָל ל״ב).)
Toute chose dont le goût est gâté (טעמו פגום) n'interdit pas son mélange. Et même si son goût n'est pas gâté par lui-même — car en soi elle est savoureuse et excellente (בפני עצמו מוטעם ומשובח) — mais qu'elle gâte le mélange [dans lequel elle tombe] → c'est permis. Glose du Rama : toutefois des choses importantes, comme une בריה (créature entière) ou semblables, si elles ne sont pas gâtées en elles-mêmes, bien qu'elles gâtent le mets, ne s'annulent pas, même dans mille (אפילו באלף) (Issour ve-Heter, kelal 32).
L'idée centrale : en matière d'interdits, le goût (טעם) est décisif. Or un goût qui améliore peut interdire le mélange — mais un goût qui le gâte, non. Peu importe que l'interdit soit en lui-même savoureux : ce qui compte, c'est l'effet qu'il a sur le mélange. S'il le détériore, il est traité comme un goût qui n'a plus de valeur — et n'interdit pas. Le Rama réserve le cas des דברים חשובים (choses importantes comme la בריה) qui ne s'annulent jamais si elles ne sont pas gâtées en elles-mêmes.

Seif 2 — Le degré du פגם ; majorité ; amélioré-puis-gâté ; la marmite et la cuillère

פְּגָם זֶה אֵין צָרִיךְ שֶׁיִּפְגֹּם לְגַמְרֵי עַד שֶׁיִּהְיֶה נִמְאָס לַאֲכִילָה, אֶלָּא אֲפִלּוּ פּוֹגֵם קְצָת — אֵינוֹ אוֹסֵר תַּעֲרֻבְתּוֹ. וְיֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר דְּהַיְנוּ דַּוְקָא כְּשֶׁאִסּוּר מֻעָט נִתְעָרֵב בְּהֶיתֵּר מְרֻבֶּה; אֲבָל אִסּוּר מְרֻבֶּה בְּהֶיתֵּר מֻעָט, וַאֲפִלּוּ מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה — אֵין אוֹמְרִים נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם מֻתָּר, עַד שֶׁיִּפְגֹּם לְגַמְרֵי. אֲבָל אִם אֵין שָׁם מַמָּשׁוּת הָאִסּוּר אֶלָּא טַעְמוֹ בִּלְבַד — אֲפִלּוּ אִסּוּר מְרֻבֶּה וְהֶיתֵּר מֻעָט מֻתָּר אִם פּוֹגֵם קְצָת. וְיֵשׁ מִי שֶׁמְּחַמֵּר, שֶׁאִם הִרְבָּה הָאִסּוּר שִׁעוּר הַהֶיתֵּר עַד שֶׁנֶּהֱנֶה מִמֶּנּוּ בְּרִבּוּי יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁפּוֹגֵם בַּטַּעַם — אָסוּר, עַד שֶׁיִּפְגֹּם לְגַמְרֵי. וְכָל זֶה כְּשֶׁפּוֹגֵם מִתְּחִלָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ; אֲבָל אִם הִשְׁבִּיחַ וּלְבַסּוֹף פּוֹגֵם, אוֹ פּוֹגֵם וּלְבַסּוֹף הִשְׁבִּיחַ — אָסוּר. (הגה: יֵשׁ אוֹמְרִים אַף עַל פִּי שֶׁהָאִסּוּר נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם וְהַתַּבְשִׁיל מֻתָּר, הַקְּדֵרָה אֲסוּרָה; וְאִם בִּשֵּׁל בָּהּ אַחַר כָּךְ בְּתוֹךְ מֵעֵת לְעֵת תַּבְשִׁיל שֶׁהָאִסּוּר הָרִאשׁוֹן מַשְׁבִּיחוֹ — הַשֵּׁנִי אָסוּר אִם אֵין שִׁשִּׁים נֶגֶד הָאִסּוּר הָרִאשׁוֹן. אֲבָל אִם הֵגִיס הַתַּבְשִׁיל הָרִאשׁוֹן בְּכַף וְאַחַר כָּךְ תָּחַב הַכַּף בְּתַבְשִׁיל שֵׁנִי שֶׁגַּם הוּא פּוֹגְמוֹ — אֵין הַקְּדֵרָה נֶאֱסֶרֶת. וְכֵן דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ טַעַם כְּלָל, כְּגוֹן הַיּוֹרָה שֶׁמַּתִּיכִין בָּהּ הַדְּבַשׁ, אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ רַגְלֵי הַדְּבוֹרִים — אֵין הַיּוֹרָה נֶאֱסֶרֶת.)
Ce פגם n'a pas besoin de gâter complètement jusqu'à rendre [le mets] immangeable ; même gâter un peu (פוגם קצת) n'interdit pas le mélange. Et yesh mi she'omer (certains disent) que c'est uniquement quand un interdit en petite quantité s'est mêlé à un permis abondant ; mais un interdit abondant dans un permis réduit, et même moitié-moitié (מחצה על מחצה), on ne dit pas נותן טעם לפגם permet — jusqu'à ce qu'il gâte complètement. Mais s'il n'y a pas de substance d'interdit (ממשות), seulement son goût (טעמו בלבד) — même interdit abondant et permis réduit → permis s'il gâte un peu. Et yesh mi she'me'hamer (qui durcit) : si l'interdit a augmenté la mesure du permis au point qu'on en profite plus par la quantité que ce qu'il gâte par le goût → interdit, jusqu'à le rendre immangeable. Tout ceci lorsqu'il gâte du début à la fin (מתחילתו ועד סופו) ; mais s'il a amélioré puis gâté (השביח ולבסוף פוגם), ou gâté puis amélioré (פוגם ולבסוף השביח)interdit. Glose du Rama : י״א que, bien que l'interdit soit נ״ט לפגם et le mets permis, la marmite (קדירה) est interdite ; si on y cuit ensuite, dans les 24 h, un mets que le 1ᵉʳ interdit améliore → le 2ᵉ mets est interdit s'il n'y a pas 60 contre le 1ᵉʳ interdit. Mais si on a remué le 1ᵉʳ mets avec une cuillère (כף), puis plongé la cuillère dans un 2ᵉ mets qu'elle gâte aussi → la marmite n'est pas interdite. Et de même une chose sans aucun goût, comme la chaudière (יורה) où l'on fond le miel, bien qu'il s'y trouve des pattes d'abeilles (רגלי הדבורים) → la chaudière n'est pas interdite.
Le pivot du seif : il faut distinguer טעם seul et ממשות (substance). Si l'interdit n'a laissé qu'un goût (sa substance ayant disparu), un פגם léger suffit, même majoritaire. Mais s'il reste de la substance d'interdit et qu'elle est en majorité (ou même מחצה על מחצה), il faut un פגם total. Et surtout : le gâté doit valoir du début à la fin — un mets amélioré puis gâté (ou l'inverse) reste interdit, car à un moment l'interdit l'a vraiment amélioré.

Seif 3 — L'interdit qui ne gâte qu'avec l'aide d'une autre chose

אֲפִלּוּ אֵין בָּאִסּוּר לְבַדּוֹ כֹּחַ לִפְגֹּם, אֶלָּא עַל יְדֵי צֵרוּף דָּבָר אַחֵר — כְּגוֹן אִסּוּר שֶׁנָּפַל לְקְדֵרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מֶלַח אוֹ תַּבְלִין שְׁחוּקִין הַרְבֵּה, וְלוּלֵא הַמֶּלַח וְהַתַּבְלִין לֹא הָיָה בָּאִסּוּר כֹּחַ לִפְגֹּם — אַף עַל פִּי כֵן מֻתָּר.
Même si l'interdit seul n'a pas la force de gâter, mais seulement par le concours d'une autre chose (צירוף דבר אחר) — par exemple un interdit tombé dans une marmite contenant du sel ou des épices pilées en abondance (מלח או תבלין שחוקין הרבה), et que sans le sel et les épices l'interdit n'aurait pas eu la force de gâter — c'est néanmoins permis.
Ce qui compte, c'est le résultat de fait. Du moment qu'en pratique le mélange est gâté, peu importe que l'interdit n'y soit parvenu que grâce au sel ou aux épices déjà présents : נטל״פ permet. Le Shach (s.k. 12) ajoute que l'inverse vaut aussi — c'est l'effet réel sur le mélange qui tranche.

Groupe B — Huile et miel ; la marmite de 24 h (seifim 4-5)

Seif 4 — L'huile et le miel d'un non-Juif

שֶׁמֶן וּדְבַשׁ שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים, אֲפִלּוּ נִתְבַּשְּׁלוּ — מֻתָּרִים, מִפְּנֵי שֶׁהַבָּשָׂר פּוֹגֵם אֶת הַשֶּׁמֶן וּמַסְרִיחוֹ, וְכֵן הַדְּבַשׁ. (הגה: יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁאֵין הַבָּשָׂר פּוֹגֵם הַדְּבַשׁ עַצְמוֹ, אֶלָּא מַשְׁקֶה הַנַּעֲשֶׂה מִדְּבַשׁ (מהרי״ל); וּבְמָקוֹם שֶׁאֵין הֶפְסֵד מְרֻבֶּה יֵשׁ לְהַחְמִיר. בָּשָׂר אוֹ חָלָב שֶׁנָּפְלוּ לְיַיִן — הֲרֵי זֶה נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם וּמֻתָּר.)
L'huile (שמן) et le miel (דבש) d'un non-Juif, même cuits, sont permis, parce que la viande [interdite] gâte l'huile et la fait puer (פוגם את השמן ומסריחו), et de même le miel. Glose du Rama : י״א que la viande ne gâte pas le miel lui-même, seulement une boisson faite de miel (משקה הנעשה מדבש) (Maharil) ; et là où il n'y a pas de grande perte, il faut être strict. De la viande ou du lait tombés dans du vin (בשר או חלב ביין) sont נ״ט לפגם → permis.
Pourquoi cette indulgence ? Le mélange d'un goût gras (viande) avec l'huile ou le miel ne les améliore pas — il les détériore : l'huile « pue », le miel se gâte. C'est donc un cas typique de נטל״פ. Le Shach (s.k. 13-14) distingue finement : dans l'huile, tous tiennent que la viande donne un goût amélioré (לשבח) — pourtant l'huile reste permise pour une autre raison ; tandis que dans le miel, on raisonne par נטל״פ, et le Rama limite cela à la boisson de miel.

Seif 5 — La marmite אינה בת יומה (les 24 heures) ; rincée

כָּל קְדֵרָה שֶׁאֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ — טַעְמָהּ פָּגוּם וְאֵינָהּ אוֹסֶרֶת. וְנִקְרֵאת בַּת יוֹמָהּ כָּל זְמַן שֶׁלֹּא עָבְרוּ מֵעֵת לְעֵת מִשָּׁעָה שֶׁבִּשְּׁלוּ בָּהּ הָאִסּוּר; וּלְאַחַר מֵעֵת לְעֵת — אֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ, וְאִם בִּשְּׁלוּ בָּהּ אֲזַי — הַתַּבְשִׁיל מֻתָּר מִשּׁוּם נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם, וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא מוּדַחַת וְאֵין שֻׁמָּן עַל פָּנֶיהָ; שֶׁאִם לֹא הֵדִיחָהּ — אוֹסֶרֶת, שֶׁהַשֻּׁמָּן שֶׁעָלֶיהָ הוּא כַּחֲתִיכַת אִסּוּר שֶׁאֵינָהּ פְּגוּמָה. וְיֵשׁ מַתִּירִין אֲפִלּוּ בִּשֵּׁל קוֹדֶם שֶׁהֵדִיחַ. (הגה: וְאִם יֵשׁ שִׁשִּׁים נֶגֶד מַה שֶּׁבָּלוּעַ עָלֶיהָ — הַכֹּל מַתִּירִין, כֵּיוָן שֶׁאֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ; וְכֵן נָהֲגוּ (או״ה).)
Toute marmite qui n'est pas « de son jour » (אינה בת יומה) — son goût est tenu pour gâté et elle n'interdit pas. Elle est dite בת יומה tant que 24 heures (מעת לעת) ne se sont pas écoulées depuis qu'on y a cuit l'interdit ; passé ce délai, elle n'est plus בת יומה, et si on y cuit alors → le mets est permis (נ״ט לפגם), à condition qu'elle soit rincée (מודחת), sans graisse à sa surface (אין שומן על פניה) ; car si on ne l'a pas rincée, elle interdit, la graisse étant comme un morceau d'interdit non gâté (חתיכת איסור שאינה פגומה). Et yesh matirin (certains permettent) même si on a cuit avant de rincer. Glose du Rama : et s'il y a 60 contre ce qui est collé dessus, tous permettent puisque la marmite n'est pas בת יומה ; et tel est l'usage (או״ה).
La marmite garde dans ses parois le goût absorbé. Tant que c'est récent (moins de 24 h), ce goût est encore « bon » et peut interdire. Mais après 24 h, le goût absorbé est réputé gâté (נ״ט לפגם) — la marmite n'interdit plus. Réserve essentielle : il faut qu'aucune graisse בעין ne reste en surface, car une graisse visible et palpable ne se gâte jamais (Taz s.k. 8) — c'est comme un morceau d'interdit posé là.

Groupe C — Le piquant et la marmite בשר בחלב (seifim 6-7)

Seif 6 — Un גוף חריף (poivres) dans une marmite non בת יומה

יֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר שֶׁאִם נָתַן פִּלְפְּלִין בִּקְדֵרָה שֶׁל אִסּוּר שֶׁאֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ — הַכֹּל אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁחֲרִיפוּתָן מַשְׁבִּיחַ אוֹתָן לְשֶׁבַח.
Yesh mi she'omer (un avis énonce) que si l'on a mis des poivres (פלפלין) dans une marmite d'interdit qui n'est pas בת יומה, tout est interdit, car sa force piquante (חריפותן) le rend meilleur (לשבח) [et annule le פגם].
Le piquant renverse le פגם. Un mets piquant (poivre, ail, oignon — un davar harif) a la propriété de transformer un goût gâté en goût amélioré. Aussi, dans une marmite אינה בת יומה — qui d'ordinaire ne donnerait qu'un goût gâté (permis) — le piquant « réveille » le goût absorbé et le rend בּשבח : tout redevient interdit. Le Beit Yossef tranche ainsi ; le Taz (s.k. 9) précise qu'il faut un רוב חריף (le piquant doit dominer), avec renvoi aux Simanim 95:2 et 96.

Seif 7 — Marmite de בשר בחלב + eau ; חתיכה נעשית נבילה

קְדֵרָה שֶׁבָּלְעָה בָּשָׂר וְחָלָב, שֶׁבִּשְּׁלוּ בָּהּ זֶה עִם זֶה אוֹ זֶה אַחַר זֶה, וְקֹדֶם שֶׁתָּלִין הֵחַמּוּ בָּהּ מַיִם — הֲרֵי הִיא חֲשׁוּבָה בַּת יוֹמָהּ עַד שֶׁיַּעַבְרוּ מֵעֵת לְעֵת מִשָּׁעָה שֶׁהֵחַמּוּ בָּהּ הַמַּיִם. (הגה: אֲבָל אִם לָנָה לַיְלָה אֶחָד — מֻתָּר; וְכֵן אִם עָבְרָה לִינָה בֵּין בִּשּׁוּל הַבָּשָׂר לְבִשּׁוּל הֶחָלָב, אַף עַל פִּי שֶׁאַחַר כָּךְ הֵחַמּוּ בָּהּ מַיִם מִיָּד — דִּינָהּ שָׁוֶה. וְהוּא הַדִּין בְּכָל הָאִסּוּרִים, לְפִי מַה שֶּׁאָנוּ אוֹמְרִים חֲתִיכָה נַעֲשֵׂית נְבֵילָה (עַיֵּן סִימָן צ״ב); וּבִמְקוֹם הֶפְסֵד יֵשׁ לְהָקֵל בְּכַיּוֹצֵא בָּזֶה בִּשְׁאָר אִסּוּרִים מִכָּל מָקוֹם, וּבִלְבַד שֶׁיַּעַבְרוּ מֵעֵת לְעֵת מִשָּׁעָה שֶׁבִּשְּׁלוּ הָאִסּוּר.)
Une marmite imprégnée de viande et de lait (בָּלְעָה בָּשָׂר וְחָלָב), cuits ensemble ou l'un après l'autre, et qui, avant qu'une nuit ne passe (קודם שתלין), a servi à chauffer de l'eau → elle est tenue pour בת יומה jusqu'à ce que 24 h s'écoulent depuis qu'on y a chauffé l'eau. Glose du Rama : mais si une nuit a passé (לנה לילה אחד), c'est permis ; de même si une nuit a passé entre la cuisson de la viande et celle du lait, même si on a ensuite chauffé l'eau aussitôt, le din est identique. Et il en va de même pour tous les interdits, selon notre règle חתיכה נעשית נבילה (cf. Siman 92) ; et en cas de perte (הפסד) on peut permettre en pareil cas pour les autres interdits de toute manière, pourvu qu'il y ait 24 h depuis le moment où l'interdit a été cuit.
חתיכה נעשית נבילה (חנ״נ) — « le morceau devient נבילה » : un support de heter (ici l'eau, ou les parois) qui a absorbé un interdit « actif » devient lui-même un interdit à part entière. En בשר בחלב, dès que la marmite est interdite, l'eau chauffée dedans dans les 24 h devient comme נבילה — d'où le recompte de 24 h depuis le chauffage de l'eau (et non depuis la cuisson de viande-lait). La לינה (une nuit) suffit à « gâter » et à neutraliser ce mécanisme.

2. Contexte — où ce siman se place

Tout au long de Issour ve-Heter, la question revient : un interdit qui s'est mêlé à un permis l'a-t-il interdit ? La réponse dépend du goût (טעם) qu'il communique. Le Siman 103 énonce la grande exception : si ce goût gâte le mélange (נותן טעם לפגם), il ne l'interdit pas. Ce n'est plus une affaire de mesure (les soixante du Siman 98 et suivants), mais de qualité du goût : améliore-t-il ou détériore-t-il ?

Les grandes questions du siman

Question Où ? Réponse-type
La règle de base et son fondement Seif 1 נטל״פ permis ; דברים חשובים ne s'annulent pas (Rama)
Le degré du פגם ; טעם vs ממשות Seif 2 Un peu suffit (טעם seul) ; substance majoritaire → פגם total
L'aide du sel/épices Seif 3 S'il gâte en fait → permis
Huile et miel d'un non-Juif Seif 4 La viande les gâte → permis (מחלוקת sur le miel)
La marmite אינה בת יומה Seifim 5-7 Après 24 h → goût gâté ; sauf graisse בעין / חריף / בב״ח
L'idée transversale : seul un goût qui a de la valeur peut interdire. Un goût détérioré (פגם), une graisse vieille de plus de 24 h, un mélange que l'interdit a rendu mauvais — tout cela ne « contamine » pas le permis. Mais attention aux renversements : la substance qui demeure, la graisse בעין qui ne se gâte jamais, le piquant qui ravive le goût, et le בשר בחלב où le חנ״נ relance le compteur.

3. Les concepts-clés de ce siman

Pour comprendre le Siman 103, il faut maîtriser un petit vocabulaire technique qui décrit comment un goût gâté se mesure, se renverse et se neutralise.

נותן טעם לפגם (נטל״פ) — « qui communique un goût qui gâte » : un interdit qui ne donne au mélange qu'un goût détérioré ne l'interdit pas. Source (Taz s.k. 1) : du גר — « לא תאכלו כל נבילה לגר אשר בשעריך תתננה » : la נבילה apte au גר est nommée נבילה ; celle qui ne l'est pas (gâtée) ne l'est pas → un goût qui gâte équivaut à une נבילה immangeable.
טעם / ממשותGoût vs substance : si l'interdit n'a laissé qu'un goût (sa substance disparue), un פגם léger suffit même s'il est majoritaire ; mais s'il reste de la substance (ממש) et qu'elle domine (ou même מחצה), il faut un פגם total. Le ציר (saumure) est compté comme la substance (Taz s.k. 3).
משביח ולבסוף פוגם« améliore puis gâte » (et l'inverse, פוגם ולבסוף משביח) : le גָּת doit gâter מתחילתו ועד סופו (du début à la fin). S'il a, à un moment, amélioré le mets, le résultat est interdit (Taz s.k. 5 : vinaigre de יין נסך dans des gruaux).
נ״ט בר נ״טNat bar nat : « goût d'un goût ». Quand la cuillère qui a remué le 1ᵉʳ mets (déjà נטל״פ) plonge dans un 2ᵉ mets qu'elle gâte aussi, on a un goût gâté d'un goût gâté — « דהיתרא » (Taz s.k. 6) : la marmite n'est pas interdite.
בת יומה / אינה בת יומה« de son jour » / « non de son jour » : une marmite est בת יומה pendant 24 h (מעת לעת) après la cuisson de l'interdit. Passé ce délai, le goût absorbé est réputé gâté et la marmite n'interdit plus (à condition d'être rincée, sans graisse בעין).
דבר חריף / חורפאUn corps piquant : poivre, ail, oignon… Sa force piquante transforme le goût gâté en goût amélioré → ce qui était permis (par נטל״פ) redevient interdit (seif 6 ; Taz s.k. 9 exige un רוב חריף).
Deux mécanismes de « renversement » à mémoriser : la graisse בעין (visible) qui ne se gâte jamais — donc une marmite non rincée interdit même après 24 h (seif 5) ; et le דבר חריף qui ravive le goût gâté (seif 6). À l'inverse, la לינה (une nuit) « gâte » et neutralise même le חנ״נ du בשר בחלב (seif 7).

4. Le degré du פגם — le tableau

Tout le seif 2 se résume en un tableau. On croise l'interdit a-t-il de la substance ou seulement du goût ? avec est-il majoritaire ?, et on regarde quel degré de פגם est exigé.

Situation Degré de פגם requis Résultat
Interdit réduit dans permis abondant פוגם קצת (un peu) suffit 🟢 Permis
Interdit abondant (ou מחצה), avec substance (ממש) פגם total (immangeable) 🔴 Sinon interdit
Interdit abondant mais טעם seul (sans substance) פוגם קצת suffit 🟢 Permis
L'interdit augmente la quantité au-delà du goût qu'il gâte (חוכך) פגם total 🔴 Sinon interdit
השביח ולבסוף פוגם / פוגם ולבסוף השביח 🔴 Interdit (pas מתחילתו ועד סופו)
La logique en une phrase : un goût qui n'est que du goût et qui gâte, même un peu, n'a aucune valeur → permis. Mais dès qu'il reste de la substance dominante, ou que l'interdit a amélioré à un moment (début ou fin), on ne peut plus dire « נותן טעם לפגם » — il faut alors un gâté complet, ou c'est interdit.
Le point du Rama (seif 2) : même quand le mets est permis (נטל״פ), la marmite, elle, peut rester interdite ; et si l'on y recuit dans les 24 h un mets que le 1ᵉʳ interdit améliore, ce 2ᵉ mets exige 60. Sauf le cas de la cuillère → marmite qui gâte aussi (נ״ט בר נ״ט דהיתרא), et celui de la יורה du miel (aucun goût).

5. Le Shach et le Taz — les grands commentateurs

En Yoreh De'ah, le Choul'han Aroukh ne se lit jamais seul. Deux grands commentaires l'accompagnent sur chaque page et structurent l'étude pratique : le Shach et le Taz. Ce sont les nossei kelim de référence en Yoreh De'ah (pas de Mishna Berurah ici, qui ne commente que l'Orach Chaim).

Le Shach (ש״ך) — abréviation de שפתי כהן, Siftei Kohen, de Rabbi Shabtai haCohen (Lituanie, XVIIᵉ siècle). C'est le commentaire de référence sur Yoreh De'ah, d'une grande profondeur analytique.
Le Taz (ט״ז) — abréviation de טורי זהב, Turei Zahav, de Rabbi David haLévi Segal (Pologne, XVIIᵉ siècle). Souvent en dialogue — et parfois en désaccord — avec le Shach.

Une entrée-clé du Taz

Taz s.k. 1 — La source de נטל״פ : le verset du גר

כָּל דָּבָר שֶׁטַּעְמוֹ פָּגוּם כו'. מְקוֹר הַדִּין מִדִּכְתִיב "לֹא תֹאכְלוּ כָל נְבֵלָה לַגֵּר אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ תִּתְּנֶנָּה" — נְבֵלָה הָרְאוּיָה לַגֵּר קְרוּיָה נְבֵלָה, וְשֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לַגֵּר אֵינָהּ קְרוּיָה נְבֵלָה. וְהַיְנוּ נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם דְּמֻתָּר, שֶׁהֲרֵי נִפְסְלָה מֵאֲכִילָה.
Le Taz expose la source de la règle : il est écrit « Vous ne mangerez aucune נבילה ; tu la donneras au גר (résident étranger) qui est dans tes portes » (Devarim 14:21). La נבילה apte [à être donnée] au גר est nommée נבילה ; mais celle qui n'est plus apte [au גר, car gâtée] n'est plus nommée נבילה. C'est précisément le נותן טעם לפגם permis : dès lors que le goût est gâté et impropre à la consommation, il a perdu son nom d'interdit.

Une entrée-clé du Shach

Shach s.k. 13-14 — Huile et miel : שמן לשבח, דבש לפגם

שֶׁמֶן וּדְבַשׁ כו'. הַשֶּׁמֶן — אַף עַל פִּי שֶׁהַבָּשָׂר נוֹתֵן בּוֹ טַעַם לְשֶׁבַח, מֻתָּר מִטַּעַם אַחֵר; אֲבָל הַדְּבַשׁ — הַבָּשָׂר נוֹתֵן בּוֹ טַעַם לִפְגָם, וְלָכֵן מֻתָּר. וַאֲפִלּוּ שֶׁמֶן שָׁלוּק — נוֹתֵן טַעַם לְשֶׁבַח (תוס׳ וְרֹא״ש וּמָרְדְּכַי וְאו״ה).
Le Shach explique la différence entre les deux cas du seif 4 : dans l'huile (שמן), la viande donne en réalité un goût amélioré (לשבח) — l'huile reste pourtant permise pour une autre raison ; même l'huile bouillie (שמן שלוק) reçoit un goût לשבח. En revanche, dans le miel (דבש), la viande donne un goût gâté (לפגם) — et c'est par נטל״פ qu'il est permis. Le Shach appuie sur Tossafot, le Roch, le Mordekhi et le Issour ve-Heter.
On voit la méthode : le Shach et le Taz ne répètent pas le Mehaber — ils fondent la règle (le verset du גר), distinguent les cas (שמן לשבח vs דבש לפגם) et tranchent (graisse בעין, רוב חריף). C'est exactement ce qu'on approfondit au niveau Lamdan, avec le débat sur la בריה (Pithei Teshuva s.k. 1) et le חנ״נ du בשר בחלב (Shach s.k. 18).

6. La glose du Rama (הגה)

Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute sur le texte du Mehaber des gloses qui reflètent l'usage achkénaze et précisent la pratique. Voici ses interventions les plus marquantes dans notre siman.

Sur le seif 1 — les דברים חשובים ne s'annulent pas

Glose du Rama : מיהו דברים חשובים כגון בריה וכיוצא בה… אינם בטלים אפילו באלף« toutefois des choses importantes, comme une בריה ou semblables, si elles ne sont pas gâtées en elles-mêmes, bien qu'elles gâtent le mets, ne s'annulent pas même dans mille ». La règle de נטל״פ ne lève donc pas l'interdit d'une chose importante (בריה, créature entière) qui demeure savoureuse en soi.

Sur le seif 2 — la marmite, la cuillère, la chaudière du miel

Glose du Rama : même si le mets est נטל״פ permis, la marmite (קדירה) est interdite ; si on y recuit dans les 24 h un mets que le 1ᵉʳ interdit améliore, le 2ᵉ exige 60. Mais la cuillère (כף) qui gâte aussi le 2ᵉ mets n'interdit pas la marmite (נ״ט בר נ״ט), et une chose sans goût — la יורה du miel avec ses pattes d'abeilles — n'interdit pas davantage.

Sur le seif 4 — le miel et la viande/lait dans le vin

Glose du Rama : יש אומרים שאין הבשר פוגם הדבש עצמו אלא משקה הנעשה מדבש (מהרי״ל) — la viande ne gâte pas le miel lui-même, seulement une boisson de miel ; et là où il n'y a pas de grande perte, il faut être strict. Il ajoute que de la viande ou du lait tombés dans du vin sont נ״ט לפגם → permis.

Sur les seifim 5 et 7 — 60 contre le collé ; la לינה

Glose du Rama : s'il y a 60 contre ce qui est collé sur la marmite non בת יומה, tous permettent (או״ה). Et au seif 7 : si une nuit a passé (לינה), c'est permis ; le din vaut pour tous les interdits selon notre règle חתיכה נעשית נבילה (cf. Siman 92), et en cas de perte on peut alléger pour les autres interdits.
Le Rama distingue soigneusement la loi de base (le Mehaber : נטל״פ permet) des réserves de la pratique : choses importantes qui ne s'annulent pas, marmite qui reste interdite, miel à traiter strictement hors grande perte, et le חנ״נ étendu du בשר בחלב — tout en gardant des indulgences ciblées (60 contre le collé, perte pour les autres interdits).

7. בת יומה / אינה בת יומה — la règle des 24 heures

Les seifim 5-7 — le cœur pratique du siman — méritent un arrêt. Que signifie exactement qu'une marmite « n'est pas de son jour » ?

"כָּל קְדֵרָה שֶׁאֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ — טַעְמָהּ פָּגוּם וְאֵינָהּ אוֹסֶרֶת."
Tout repose sur l'idée que le goût absorbé dans les parois vieillit et se gâte. Deux états :
Cas État de la marmite Résultat
Cuit dans les 24 h de l'interdit 🔴 בת יומה Interdit (sauf 60)
Cuit après 24 h, marmite rincée 🟢 אינה בת יומה Permis (נ״ט לפגם)
Après 24 h mais graisse בעין non rincée 🔴 Comme morceau d'interdit Interdit (la graisse ne se gâte pas)
60 contre le collé, non בת יומה 🟢 Tous permettent Permis (Rama, או״ה)
פלפלין / חריף dans une marmite non בת יומה 🔴 Le piquant ravive Interdit (seif 6)
בשר בחלב + eau dans les 24 h 🔴 בת יומה (חנ״נ) Recompte 24 h depuis l'eau (seif 7)
Et le seif 7 ajoute la touche finale : en בשר בחלב, dès que la marmite est interdite, l'eau chauffée dedans dans les 24 h devient comme נבילה (חנ״נ) — on recompte alors les 24 h depuis le chauffage de l'eau. Mais une לינה (une nuit) entre les étapes « gâte » et libère.

8. Cas pratiques modernes

Comment ces règles s'appliquent-elles dans nos cuisines aujourd'hui ? Voici trois situations courantes éclairées par notre siman.

Cas 1 — Une marmite « de la veille » utilisée par erreur

On a cuit hier un plat interdit dans une casserole, et aujourd'hui — plus de 24 h après — on y cuit un plat cacher (seif 5). Si la casserole avait été rincée et qu'aucune graisse בעין ne restait, le goût absorbé est נ״ט לפגם → le plat est en principe permis. Mais s'il restait de la graisse visible, ou s'il s'agit de בשר בחלב, ou si le plat est piquant (épicé), la donne change. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 2 — Un plat épicé (חריף) dans une marmite non בת יומה

On cuit un plat très poivré ou aillé dans une casserole non utilisée depuis plus de 24 h, mais qui a déjà servi à un interdit (seif 6). Le piquant peut raviver le goût absorbé et le rendre לשבח — l'indulgence des 24 h ne s'applique alors plus, et tout peut redevenir interdit (selon les conditions, notamment un רוב חריף). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 3 — Huile, miel (et produits) industriels d'un non-Juif

Le seif 4 fonde l'indulgence sur l'idée que la viande gâte l'huile et le miel. Aujourd'hui, les questions de produits industriels (additifs, traces) relèvent de la même logique de נטל״פ : un composant interdit qui ne ferait que détériorer le produit fini ne l'interdirait pas — mais l'analyse réelle (proportions, substance, goût amélioré) reste délicate, et le Rama rappelle d'être strict hors grande perte. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Le fil conducteur des trois cas : avant de paniquer, pose-toi trois questions — le goût communiqué gâte-t-il vraiment le mélange ? reste-t-il de la substance d'interdit (ou une graisse בעין) ? un facteur de renversement (חריף, בשר בחלב, chose importante) est-il présent ? Mais la décision concrète revient toujours au Rav, qui connaît les détails de fait.

9. Synthèse du Siman 103

L'essentiel du Siman 103 en quelques phrases :
  1. נותן טעם לפגם מותר : un interdit qui ne donne au mélange qu'un goût gâté ne l'interdit pas — même s'il est savoureux en soi (seif 1). Source : le verset du גר.
  2. Un פגם léger suffit ; mais s'il reste de la substance (ממש) majoritaire (ou מחצה), il faut un פגם total. טעם seul → permis même majoritaire (seif 2).
  3. Il faut gâter du début à la fin : משביח ולבסוף פוגם (ou l'inverse) → interdit (seif 2).
  4. La marmite reste interdite même si le mets est permis ; mais la cuillère qui gâte (נ״ט בר נ״ט) et la יורה du miel (sans goût) n'interdisent pas (Rama, seif 2).
  5. L'interdit qui ne gâte qu'avec l'aide du sel/épices → permis tout de même (seif 3).
  6. Huile et miel d'un non-Juif : la viande les gâte → permis ; מחלוקת sur le miel lui-même vs la boisson de miel (seif 4).
  7. La marmite אינה בת יומה (après 24 h) ne donne qu'un goût gâté → permis, si rincée et sans graisse בעין (seif 5).
  8. Un גוף חריף (poivre) dans une marmite non בת יומה ravive le goût (לשבח) → interdit (seif 6).
  9. Marmite de בשר בחלב + eau dans les 24 h : חנ״נ, on recompte 24 h depuis l'eau ; la לינה libère (seif 7).

Tableau-mémoire

Situation Mesure
Interdit qui ne gâte qu'un peu (טעם seul) 🟢 Permis (נטל״פ), même majoritaire
Interdit majoritaire avec substance (ממש) 🟡 Permis seulement si פגם total
השביח ולבסוף פוגם / l'inverse 🔴 Interdit
Marmite אינה בת יומה, rincée 🟢 Permis (נ״ט לפגם)
Graisse בעין non rincée après 24 h 🔴 Interdit (ne se gâte pas)
חריף dans une marmite non בת יומה 🔴 Interdit (ravive le goût)
בשר בחלב + eau dans les 24 h 🔴 חנ״נ : recompte 24 h depuis l'eau

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Énonce la règle du seif 1. Quelle est sa source (Taz) à partir du verset du גר ?
  2. Un פגם léger suffit-il ? Quelle différence fait la substance (ממש) vs le goût seul (seif 2) ?
  3. Que veut dire משביח ולבסוף פוגם ? Pourquoi est-ce interdit (seif 2) ?
  4. Qu'est-ce que נ״ט בר נ״ט dans le cas de la cuillère et de la marmite (Rama, seif 2) ?
  5. Un interdit qui ne gâte qu'avec l'aide du sel/épices : permis ou interdit (seif 3) ?
  6. Pourquoi l'huile et le miel d'un non-Juif sont-ils permis ? Que distingue le Rama (seif 4) ?
  7. Qu'est-ce qu'une marmite אינה בת יומה ? À quelle condition n'interdit-elle pas (seif 5) ?
  8. Pourquoi la graisse בעין change-t-elle tout (seif 5) ?
  9. Comment un דבר חריף renverse-t-il le נטל״פ (seif 6) ?
  10. Explique le חתיכה נעשית נבילה du seif 7. Quand recompte-t-on les 24 h, et que change la לינה ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ק״ג · Niveau 1 — Initiation
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