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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 121 — La cachérisation des ustensiles achetés à un non-Juif : ce que l'on fait exactement à l'interdit absorbé — étude et pilpoul
סימן קכ״א
סֵדֶר הֶכְשֵׁר כֵּלִים הַנִּקְנִים מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma'hlokot des Richonim et des A'haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״א (ז׳ סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), באר הגולה, ביאור הגר״א, פתחי תשובה

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ע״ה ע״ב – ע״ו ע״ב (הלוקח כלי תשמיש מן הגוים · ליבון והגעלה · נעיצת הסכין) · פסחים ל׳ ע״ב (כבולעו כך פולטו · סכיני דפסחא) · זבחים צ״ו ע״ב (בישל במקצת כלי) · רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ז · טור, בית יוסף, רא״ש, רשב״א, רא״ה ור״ן

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — “כדרך שנשתמש בהן כך הוא הכשרן” et le principe כבולעו כך פולטו
  2. חקירת היסוד — la hag'ala expulse, le libboun consume (Ra'ah, Rachba, Tour, Chakh ס״ק י״ז)
  3. הכשר הצונן — rinçage, frottement et מריקה : expulser l'absorbé ou ôter l'adhérent (seif 1)
  4. הגעלה וטבילה — “כטובל ושרץ בידו” : la ma'hloket de Rachbam et du R"I (seif 2)
  5. בן יומו ומי ההגעלה — pgam, bitoul et ḥozer véni'or (Rama seif 2, Taz ס״ק ב, Chakh ס״ק כ׳)
  6. מחבת — deux ta'amim et deux nafka minot exactement opposées (seif 4, Chakh ס״ק ח)
  7. הגעיל כלי הצריך ליבון — et l'usage à froid, en עראי et en קבע (seif 5)
  8. חם מקצתו חם כולו — pour l'interdit et non pour le hekhcher (seif 6 — le cœur du siman)
  9. סכין ישן — nekitza, hachḥaza, libboun, et le problème des גומות (seif 7)
  10. חקירה ונפקא מינה — les six axes et les dix conséquences pratiques
  11. טבלאות סיכום — les modes d'usage, les ma'hlokot et les sources

1. שורש הסימן — “כדרך שנשתמש בהן כך הוא הכשרן”

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman 120 traitait de la tevila — un décret de la Torah qui ne dépend d'aucune absorption, au point qu'un ustensile neuf, qui n'a jamais rien touché, y est soumis. Le siman 121 traite de tout autre chose : faire sortir l'interdit absorbé dans la paroi de l'ustensile. Les deux simanim se rencontrent sur un même ustensile et un même achat — d'où la question de leur ordre, au seif 2 — mais leurs définitions n'ont rien de commun.

Le yessod — une seule phrase porte tout le siman :
Le Mehaber écrit כדרך שנשתמש בהן העובד כוכבים כך הוא הכשרן : c'est la formulation halakhique du principe du Talmud “כבולעו כך פולטו”. La mesure du hekhcher est dictée par la mesure de l'absorption — ni par la matière de l'ustensile, ni par la gravité de l'interdit. Un ustensile qui n'a servi qu'à froid ne se cachérise pas à l'eau bouillante ; un ustensile qui a servi au feu nu ne se cachérise pas à l'eau bouillante non plus.
מקור הדין — משנה בסוף מסכת עבודה זרה :
«הַלּוֹקֵחַ כְּלֵי תַּשְׁמִישׁ מִן הַגּוֹיִם, אֶת שֶׁדַּרְכּוֹ לְהַטְבִּיל — יַטְבִּיל, לְהַגְעִיל — יַגְעִיל, לְלַבֵּן בָּאוּר — יְלַבֵּן בָּאוּר. הַשַּׁפּוּד וְהָאַסְכָּלָא — מְלַבְּנָן בָּאוּר, הַסַּכִּין — שָׁפָהּ וְהִיא טְהוֹרָה» (עבודה זרה ע״ה ע״ב)
ובברייתא נשנו שלוש דרגות התשמיש כנגד שלוש דרגות ההכשר :
«דְּבָרִים שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן עַל יְדֵי צוֹנֵן, כְּגוֹן כּוֹסוֹת וְקִתּוֹנִיּוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת — מַדִּיחָן וּמַטְבִּילָן וְהֵם טְהוֹרִין» (עבודה זרה ע״ה ע״ב)
«דְּבָרִים שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן עַל יְדֵי חַמִּין, כְּגוֹן הַיּוֹרוֹת הַקּוּמְקְמוֹסִין וּמְחַמֵּי חַמִּין — מַגְעִילָן וּמַטְבִּילָן וְהֵן טְהוֹרִין» (עבודה זרה ע״ה ע״ב)
«דְּבָרִים שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן עַל יְדֵי הָאוּר, כְּגוֹן הַשַּׁפּוּדִין וְהָאַסְכְּלָאוֹת — מְלַבְּנָן וּמַטְבִּילָן וְהֵן טְהוֹרִין» (עבודה זרה ע״ה ע״ב)
Trois questions de fond traversent le siman :
“כבולעו כך פולטו” est une mesure, non un simple conseil :
Le principe est énoncé dans la Guemara comme une sevara pleine, et il écarte aussi bien un hekhcher plus faible que l'usage qu'un hekhcher plus fort :
«עֵץ פָּרוּר מַגְעִילוֹ בְּרוֹתְחִין וּבִכְלִי רִאשׁוֹן. קָסָבַר: כְּבוֹלְעוֹ כָּךְ פּוֹלְטוֹ» (פסחים ל׳ ע״ב)
Et du même principe on a tiré l'inverse — qu'un hekhcher léger suffit, pourvu qu'il corresponde au mode d'absorption :
«קָסָבַר: כְּבוֹלְעוֹ כָּךְ פּוֹלְטוֹ — מָה בּוֹלְעוֹ בְּנִצוֹצוֹת, אַף פּוֹלְטוֹ בְּנִצוֹצוֹת» (עבודה זרה ע״ו ע״ב)
Le principe est donc à double sens : il impose le libboun là où l'absorption s'est faite au feu, et il autorise à se contenter d'étincelles là où l'absorption s'est faite par étincelles.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif א׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)
לשון מרן :
סדר הכשר כלים הנקנים מן העובד כוכבים. ובו ז׳ סעיפים:
הלוקח כלים ישנים מן העובד כוכבים כדרך שנשתמש בהן העובד כוכבים כך הוא הכשרן לפיכך הלוקח כלי תשמיש ישנים שנשתמש בהם בצונן כגון כוסות וצלוחיות וכיוצא בהן מדיחן וצריך לשפשפן היטב במים בשעת הדחה כדי להסיר ולמרק האיסור שעל גביהן ואחר כך שוטפן במים ומטבילן והם מותרים:
הגה יש מקומות שנהגו היתר לשום יין בכלים שנסריהם מדובקים בחלב משום שטבע היין לברוח מן החלב והחלב נקרש ועומד בעצמו ואינו נוגע כלל ביין (ריב״ש סימן קמ״ט):

2. חקירת היסוד — la hag'ala expulse, le libboun consume

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ḥakira : quand nous cachérisons un ustensile, que faisons-nous précisément à l'interdit qui y est absorbé ? Deux réponses, toutes deux formulées explicitement par les Richonim. (א) הַפְלָטָה — l'expulsion : l'interdit sort de l'ustensile vers l'eau ou vers le feu, et la paroi reste vide. (ב) כִּלָּיוֹן — la destruction : l'interdit ne sort nulle part, il est brûlé et anéanti là où il se trouve. La ḥakira paraît abstraite ; c'est elle qui décide, en pratique, du seif 6 et du din de la broche.
La langue du Ra'ah (Bedek haBayit) — la distinction tranchée entre les deux hekhcherim :
«אבל ליבון בשום מקום אינו מפליט כל איסור שבו אלא כלוי הוא שמכלה איסור שבתוכו ולפיכך הוא הכשר» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק י״ז, בשם הרא״ה בבדק הבית)
Et la langue du Taz, sur le même yessod :
«לפי שהכשר הליבון אינו עושה הפלטה במה שבלוע אלא שהוא מכלה האיסור שבתוכו ואם מלבנו במקום הבלוע לחוד אינו מכלה רק במקום הליבון לחוד ומה שנאסר בשאר הכלי נשאר עדיין משא״כ בהכשר הגעלה שהוא עושה הפלטה מה שבלע» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ז)
Ce qui en découle : si le libboun consume sans expulser, il n'agit que là où le feu est parvenu ; tandis que la hag'ala, qui est une expulsion par l'humidité, entraîne avec elle jusqu'à l'absorbé qui se trouve plus loin. D'où le renversement surprenant de la chita du Ra'ah : c'est précisément pour le libboun — le hekhcher le plus sévère — qu'il faut traiter l'ustensile entier, tandis que pour la hag'ala — le hekhcher le plus léger — la partie suffit. Ce n'est pas une question de rigueur ou d'indulgence, mais une différence dans la nature même de l'opération.
Trois chitot sur la nature du hekhcher — et trois issues au seif 6 :
ChitaDéfinition du hekhcherUstensile absorbé en partie
Rachba (תורת הבית, משמרת הבית) L'absorbé se diffuse dans tout l'ustensile par חם מקצתו חם כולו Il faut tout cachériser — en hag'ala comme en libboun
Ra'ah (בדק הבית) La hag'ala expulse, le libboun consume Hag'ala : la partie suffit ; libboun : il faut le tout
Tour Tout se mesure au principe כבולעו כך פולטו Absorbé en partie, cachérisé en partie — pour tous les hekhcherim
Nafka minot immédiates :

3. הכשר הצונן — expulser un absorbé ou ôter un adhérent

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber ne s'est pas contenté du mot de la baraïta, “מדיחן” — il rince. Il y a ajouté deux conditions : un frottement énergique dans l'eau au moment du rinçage, et une seconde eau après. Cet ajout n'est pas une rigueur de plus : il définit ce qu'est l'interdit d'un ustensile de froid.

La source de l'ajout — la déduction du Raavad, rapportée par le Ran :
«שצריך לשפשף היטב במים בידו בשעת הדחה ולא שיעביר המים עליו בנחת דא״כ למה הוצרכו לטבילה והדחה תסגי ליה בטבילה לחודה» (בית יוסף יו״ד קכ״א)
La preuve cachée dans la question : s'il suffisait de faire passer de l'eau doucement, la tevila elle-même fait passer de l'eau sur tout l'ustensile — pourquoi la baraïta exige-t-elle un rinçage en plus de la tevila ? C'est donc que le rinçage n'est pas une action de l'eau mais une action de la main : non pas l'expulsion d'un absorbé, mais l'enlèvement d'une graisse qui adhère. Un ustensile de froid ne contient rien d'absorbé — tout son interdit est ce qui repose à sa surface.
De là on a rattaché la mesure du frottement à la michna de Zevaḥim :
«מְרִיקָה וּשְׁטִיפָה – מְרִיקָה כִּמְרִיקַת הַכּוֹס, וּשְׁטִיפָה כִּשְׁטִיפַת הַכּוֹס» (זבחים צ״ו ע״ב)
Ḥakira — deux espèces d'interdit dans un ustensile : (א) בָּלוּעַ, l'absorbé — un goût entré dans l'épaisseur de la paroi par la chaleur, et que rien ne fait sortir sinon la voie par laquelle il est entré ; (ב) נִדְבָּק, l'adhérent — graisse et matière posées sur la surface, qui n'ont rien à voir avec une quelconque chaleur. La hag'ala n'agit que sur le premier, le frottement que sur le second. Deux circuits entièrement séparés — et c'est la clef de tout le din du couteau, au seif 7.
C'est en ces termes que le Beit Yossef a formulé la distinction, en expliquant le Yerouchalmi sur le couteau :
«דלא מהניא הגעלה אלא לפלוט האיסור הבלוע בתוך הסכין אבל לא מהניא להעביר איסור הנדבק והשפשוף בקרקע מהני להעביר איסור הנדבק» (בית יוסף יו״ד קכ״א)
Nafka mina — la glose du Rama à la fin du seif 1 : le Rama rapporte des endroits où l'on permettait de mettre du vin dans des fûts dont les douves sont collées au חֵלֶב — au suif, la graisse animale figée, et non au lait — parce que la nature du vin est de fuir le suif, lequel se fige et tient de lui-même sans jamais toucher le vin (רמ״א יו״ד קכ״א:א, בשם הריב״ש סימן קמ״ט). Le cas éclaire la ḥakira : il n'y a là ni expulsion ni frottement, mais une troisième affirmation — qu'il n'y a pas de contact du tout. Et puisqu'à froid il n'y a pas d'absorbé, cela suffit.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ב׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)
לשון מרן :
לקח מהם כלים שנשתמש בהם בחמין בין שהם של מתכת או של עץ או אבן מגעילן ואחר כך מטבילן אם הם של מתכת והם מותרים ואם הטבילן ואחר כך הגעילן מותרים ויש אומרים שצריך לחזור ולהטבילן:
הגה דין כלי עצם עיין בהלכות פסח סי׳ תנ״א. אין להגעיל שום כלי כל זמן שהוא בן יומו (טור) ואין להשתמש במי הגעלה (ארוך) כל מקום שצריך הגעלה לא מהני אם קלפו לכלי בכלי אומנות (ת״ה סי׳ ק״ל ובמרדכי והגהת ש״ד) ועיין לעיל סימן ק״ח דין מרדה של איסור:

4. הגעלה וטבילה — “כטובל ושרץ בידו”

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ḥakira : il a trempé l'ustensile au mikvé, puis l'a cachérisé — la tevila lui compte-t-elle ? Tout dépend de ce qu'est la tevila. Si elle est un passage de l'impureté à la pureté, celui qui trempe en tenant à la main un interdit absorbé ressemble à “celui qui trempe un chérets à la main”, et sa tevila ne vaut rien. Si elle est un décret de la Torah autonome, sans lien avec l'absorption, alors l'absorbé n'est ni un chérets ni une ḥatsitsa, et la tevila est valable.
La ma'hloket dans la langue du Beit Yossef — Rachbam d'un côté, R"I de l'autre :
«אבל הטביל ואח״כ הגעיל הוי כטובל ושרץ בידו ואין נראה לר״י שהרי אפי׳ כלים חדשים צריכין טבילה» (בית יוסף יו״ד קכ״א)
La preuve du R"I, dans le détail : si la tevila relevait de la pureté, on n'aurait aucune raison d'y astreindre un ustensile neuf dont on ne s'est jamais servi. Puisque les neufs y sont astreints eux aussi, la tevila ne dépend pas de l'absorption, et la hag'ala qui suit ne la contredit pas. Pour le Rachbam, à l'inverse, le mot même de “pureté” employé par la baraïta — מגעילן ומטבילן והן טהורין — enseigne que l'ordre qu'elle donne est contraignant.
Le Taz résume les deux côtés de la ḥakira en une ligne :
«דאין הטבילה צורך ההגעלה אלא שיצא בטבילה מטומאה לטהרה» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק א)
La décision du Mehaber et l'ordre de sa langue : le Mehaber tranche comme le R"I — s'il a trempé puis cachérisé, les ustensiles sont permis — et rapporte la chita du Rachbam comme un יש אומרים exigeant une seconde tevila. Le Chakh précise que cette seconde tevila se fait sans berakha, puisqu'on ne bénit pas sur un doute :
«ונראה דיש לחזור ולהטבילן בלא ברכה» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ה)
La question du Chakh contre l'Atéret Zekénim — une tevila faite en vue du froid :
L'Atéret Zekénim écrit que celui qui ne compte se servir de l'ustensile qu'à froid peut le tremper d'abord ; que s'il veut ensuite l'employer à chaud, il le cachérisera, et la première tevila lui restera acquise :
«דה״ל כטובל ושרץ בידו וכ׳ העט״ז ואם לא ירצה להשתמש בו אלא צונן יכול להטבילו ולהשתמש בו צונן» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ד)
Le Chakh objecte : s'il a trempé en vue d'y manger chaud, il doit selon les יש אומרים retremper — et alors même l'usage à froid lui est interdit sans cette seconde tevila.
Nafka mina tranchante : la tevila porte-t-elle sur l'ustensile — auquel cas elle ne dépend pas de l'intention de celui qui trempe, et ce qui est trempé est trempé — ou permet-elle un usage déterminé — auquel cas une tevila faite en vue du froid ne permet pas le chaud ? L'Atéret Zekénim a pris le premier côté, le Chakh a penché vers le second — et de là une conséquence pratique pour tout ustensile trempé avant d'avoir été cachérisé.

5. בן יומו ומי ההגעלה — pgam, bitoul et ḥozer véni'or

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Le problème logé dans l'acte même de la hag'ala : l'ustensile rejette son interdit dans l'eau — et aussitôt l'eau est pleine d'interdit, tandis que l'ustensile y baigne encore. Qu'est-ce qui l'empêche de réabsorber ce qu'il vient d'expulser ? C'est sur cette question qu'est bâti tout le din du “ben yomo” de la glose du Rama.
L'acte de la hag'ala lui-même, dans la langue du Tour que le Chakh recopie :
«כיצד היא ההגעלה ישפשף הכלי היטב כדי להעביר חלודה שבו ואח״כ מגעילו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ג, בשם הטור)
Et le motif du frottement préalable : là où il y a rouille et saleté, l'ustensile ne rejette pas ce qu'il a absorbé.
La langue du Tour — et les deux conditions qu'elle pose :
«ואין מגעילין הכלי עד שלא יהא בן יומו או שיהיו במים שמגעילין בו ס׳ כנגדו אבל אם הוא בן יומו ואין במים ס׳ כנגדו לא עלתה לו הגעלה» (טור יו״ד קכ״א)
L'étonnement du Taz devant le Rama : le Rama n'a recopié du Tour que la première branche — on ne cachérise pas un ustensile ben yomo — et a laissé tomber la seconde :
«ותמהתי על שלא העתיק רמ״א גם זה דכשיש במי׳ ס׳ נגד הכלי שהגעיל יכול להגעיל אפי׳ ב״י» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ב)
La réponse du Rachba — pourquoi l'on ne craint pas la réabsorption :
«והשיב כיון שאין מגעילין כלי אלא שאינו בן יומו וכל שפולט אנו דנין אותו לפגום ולפיכך אף על פי שחוזר ובולע ממנו אין חוששין לו» (בית יוסף יו״ד קכ״א)
Autrement dit : dès lors qu'on a exigé que l'ustensile ne soit pas ben yomo, tout ce qui en sort est pgam — un goût gâté ; et ce qui serait réabsorbé n'est plus qu'un נותן טעם לפגם, sans interdit.
Le fondement du pgam lui-même est explicite chez le Rambam :
«וְכֻלָּן שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן עַד שֶׁלֹּא הִרְתִּיחַ אוֹ עַד שֶׁלֹּא הֵדִיחַ וְעַד שֶׁלֹּא הִלְבִּין וְעַד שֶׁלֹּא הִטְבִּיל מֻתָּר. שֶׁכָּל הַשֻּׁמָּן שֶׁבָּהֶן נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם הוּא» (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ז הלכה ד)
Ḥakira — qu'est-ce qui rend permise l'eau de la hag'ala : (א) le פְּגָם — ce qui sort n'est déjà plus un interdit, puisque l'ustensile n'est pas ben yomo ; (ב) le בִּטּוּל בְּשִׁשִּׁים — ce qui sort est un interdit entier, mais l'eau est soixante fois plus abondante. Les deux conditions du Tour sont exactement ces deux côtés, et chacun engendre un din différent pour l'ustensile suivant qu'on y cachérise.
Nafka mina — cachériser plusieurs ustensiles bnei yomam l'un après l'autre :
Et pour la pratique, les deux autres dinim du Rama dans ce seif :

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seifim ג׳–ד׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)
לשון מרן :
סעיף ג׳ — דיני הגעלה וליבון הלא הם כתובים בהלכות פסח:
סעיף ד׳ — מחבת שמטגנים בה אע״פ שלענין חמץ בפסח די לה בהגעלה לענין שאר איסורים צריכה ליבון:

6. מחבת — deux ta'amim, deux nafka minot opposées

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La difficulté du seif 4 : une poêle à frire — pour le ḥamets à Pessa'h une hag'ala suffit, et ici, pour les autres interdits, il faut un libboun. Or c'est la même poêle et le même usage ! Qu'est-ce qui distingue le ḥamets des autres interdits ?
La racine de la réponse dans la sougya — la distinction de Rav Chéchet entre les kodachim et les gi'oulei goyim :
«מָה עִנְיַן קָדָשִׁים אֵצֶל גִּיעוּלֵי גוֹיִם? הָכָא הֶיתֵּירָא בָּלַע, הָתָם אִיסּוּרָא בָּלַע» (עבודה זרה ע״ו ע״א)
Premier ta'am — היתרא בלע. Avant Pessa'h le ḥamets est entièrement permis, et l'ustensile a donc absorbé du permis ; on a par conséquent allégé son hekhcher à une hag'ala, même là où l'usage se fait au feu. La poêle d'un non-Juif, elle, a absorbé de l'interdit, et le din revient à sa règle : libboun. Ainsi écrivent le Taz et le Chakh :
«כיון דהיתרא קא בלע» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ג)
«כיון דהתירא בלע וכן משמע הטעם בב״י וכן נראה מלשון המחבר כאן» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ח)
Second ta'am — le mode d'usage. La teçouva du Menaḥem Azaria donne une raison tout autre, qui ne touche en rien à la question du permis et de l'interdit :
«מפני שמחבת של עובד כוכבים רוב תשמישן בלי מים אלא ע״י שאר משקין כגון שמן וכדומה לו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ח, בשם תשובת מנחם עזריה סימן צ״ו)
C'est-à-dire : dans la poêle d'un non-Juif on fait frire à l'huile sans eau, et l'absorption se fait au feu même, sans intermédiaire ; tandis que la poêle à ḥamets sert avec un liquide, et son absorption est plus légère.
Nafka mina — et elle est exactement inverse d'un ta'am à l'autre :
Le ta'amUne poêle laitière dont on veut cuire du carné
היתרא בלע (Taz et Chakh dans l'intention du Mehaber) Une hag'ala suffit — le lait est du permis
Usage sans intermédiaire (Menaḥem Azaria) Il faut un libboun — l'absorption s'est faite au feu sans eau
Et la langue du Chakh lui-même sur cette nafka mina :
«ולפ״ז גם במחבת של חלב או בשר צריך ליבון כיון דבלע בלי שום אמצעי» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ח)
Le yessod qui se dégage : “כבולעו כך פולטו” ne mesure pas seulement le degré de chaleur, mais le mode d'absorption dans son ensemble — la chaleur, le véhicule (eau, huile, feu sec), et le statut de ce qui a été absorbé (permis ou interdit). Les deux ta'amim de la poêle ne sont pas une ma'hloket sur un détail : ce sont deux définitions du principe lui-même.

7. הגעיל כלי הצריך ליבון — et l'usage à froid

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ma'hloket rapportée par le Beit Yossef — que vaut une hag'ala pour un ustensile qui exige un libboun :
«יש שמקילין לומר לכלי שתשמישו ע״י האור אם בא להשתמש בו חמין בהגעלה סגי ליה שכל מה שיפלוט בחמין כבר פלט בהגעלה ראשונה ואין הדבר נראה שכיון שיש לו בלע של איסור עד שאת אוסרו להשתמש בו ע״י האור שמא יפלוט יותר בחמין שניים» (בית יוסף יו״ד קכ״א, בשם הר״ן)
La sevara des indulgents et sa réfutation : les indulgents avancent un raisonnement séduisant — tout ce que l'ustensile rejettera plus tard dans un liquide chaud, il l'a déjà rejeté lors de la première hag'ala, puisque la chaleur de la hag'ala égale celle de l'usage. Le Ran réfute : un ustensile dont l'usage est au feu n'a pas rejeté à la hag'ala tout ce qu'il contenait, et dès lors qu'il lui reste de l'interdit absorbé, on craint qu'il n'en rejette davantage dans un second liquide chaud. Ainsi écrit le Taz :
«שכיון שיש לו בלע של איסור דהא אסור להשתמש בו ע״י האור ע״כ חיישינן שמא יפלוט יותר בחמין שניים» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ד)
Et la langue du Tour, source du seif :
«הגעיל כלי הצריך ליבון אסור להשתמש בו בחמין אפילו שלא ע״י האש שכל שתשמישו ע״י האש אינו פולט הכל ע״י הגעלה וכל זמן שישתמשו בו ע״י חמין פולט מעט מעט» (טור יו״ד קכ״א)
La mesure du libboun — dans la Guemara, chez le Rambam et dans le Tour :
«וְעַד כַּמָּה מְלַבְּנָן? אָמַר רַבִּי מִנִּי: עַד שֶׁתַּשִּׁיר קְלִיפָּתָן» (עבודה זרה ע״ו ע״א)
«וּדְבָרִים שֶׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן עַל יְדֵי הָאוּר כְּגוֹן שִׁפּוּדִין וְאַסְכְּלָאוֹת מְלַבְּנָן בָּאוּר עַד שֶׁתִּנְשַׁר קְלִפָּתָן וּמַטְבִּילָן וְהֵן מֻתָּרִין» (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ז הלכה ג)
Et le Tour a retenu la mesure du Yerouchalmi, plus exigeante :
«כלים שמשתמשין בהם ע״י האור כגון שפודין ואסכלאות צריך ללבנן היטב עד שיהיו ניצוצות ניתזין הימנו» (טור יו״ד קכ״א)
Ḥakira — un rejet en une fois, ou un rejet continu : si l'ustensile rejette tout son absorbé d'un coup, une hag'ala faite à la chaleur de son usage aurait dû le vider entièrement, y compris pour les ustensiles du feu ; et s'il rejette peu à peu à chaque usage, il lui restera toujours de l'absorbé, et il n'a d'autre remède que le libboun qui consume. La formule du Tour, “פולט מעט מעט”, tranche pour le second côté — et c'est la racine de tout le seif.
Le Rama — et ce qu'il permet à froid : bien que l'ustensile soit interdit à chaud, il est permis à froid, même lekhatḥila, par un rinçage et un frottement énergiques. Le Taz précise que ce heter du Rama ne porte pas sur les mots du Mehaber :
«לא קאי רק אדברי ההג״ה אבל אמה שכתב הש״ע אם הגעיל כלי הצריך ליבון כו׳ אפילו דיעבד אסור וזה פשוט» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ה)
עראי et קבע — trois degrés dans la glose du Rama :
La réserve du Chakh — le heter du froid ne vaut pas pour le couteau :
«היינו בכל הכלים מלבד סכין שצריך נעיצה כדלקמן סעיף ז׳» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ט)
Et l'on demandera : qu'a donc le couteau de particulier ? C'est que dans un couteau le souci n'est pas l'absorbé mais l'adhérent — une graisse qui repose sur la lame et dans ses creux — et cela, un rinçage ne l'ôte pas, comme il a été expliqué à la section 3.
Aliments piquants dans un ustensile seulement rincé : un ustensile de terre dont on s'est servi à froid — puisqu'une hag'ala y est impossible, on le tient pour un בדיעבד, et une מריקה ושטיפה soignée suffit ; il est ensuite permis d'y mettre même du vinaigre, et à plus forte raison des épices (רמ״א יו״ד קכ״א:ה). Le Taz écrit qu'il en va de même après avoir écarté la sevara des indulgents sur le vinaigre :
«ומיהו ע״י הדחה ושטיפה ודאי שרי כמו שכתב הרשב״א סוף סימן זה לענין שאר דברים חריפים» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ו)

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ה׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)
לשון מרן :
אם הגעיל כלי הצריך ליבון אסור להשתמש בו בחמין אפילו שלא על ידי האש:
הגה אבל מותר להשתמש בו צונן אפילו לכתחלה ע״י הדחה ושפשוף היטב וכ״ש בכלי שצריך הגעלה ודוקא בדרך עראי כגון שהוא בבית העובד כוכבים או בדיעבד אבל אם רוצה להשתמש בו בקבע יש מחמירים ואומרים דאפילו להשתמש בו צונן צריך הגעלה או ליבון גזרה שמא ישתמש בו חמין (מרדכי ורוקח) והכי נוהגין ואפילו כלים שתשמישן בצונן אם יש לחוש שחממו בו יין כגון כלי כסף נוהגין להגעיל ואין לשנות (ארוך בשם ראבי״ה) ואפילו תיבות ושלחנות הנקחים מן העובדי כוכבים נוהגין להגעיל שמא נשפכו עליהם חמין ודוקא לכתחלה אבל בדיעבד אין לחוש לכל זה (שם) וכלי חרס שנשתמשו בו בצונן מאחר דאי אפשר בהגעלה מקרי דיעבד וסגי ליה במריקה ושטיפה היטב (שם) ומותר ליתן בו אח״כ אפילו דברים חריפים כחומץ וכיוצא בו וכ״ש דברים קשים כתבלין וכיוצא בהן וע״ל סימן צ״א:

8. חם מקצתו חם כולו — pour l'interdit, non pour le hekhcher

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ḥakira centrale du siman : “חם מקצתו חם כולו” — quand une partie du métal est chaude, le tout est chaud — est-ce une règle de fait (l'absorption se diffuse physiquement dans tout l'ustensile, qui est donc tout entier imprégné et interdit), ou une règle de droit seulement (l'ustensile est déclaré interdit dans sa totalité, quoique l'absorbé demeure à sa place) ? Si c'est la seconde, il se peut qu'elle interdise le tout sans imposer de cachériser le tout. Et c'est précisément la langue du Mehaber.
La source du seif — la langue du Rachba recopiée par le Tour :
«כתב הרשב״א כל כלי מתכות שחם מקצתו חם כולו לפיכך אפילו אם לא נשתמש בו איסור אלא במקצתו נאסר כולו ודוקא לאיסור אבל לענין הכשירו לא עלה הכשרו עד שיכשיר כולו בין לענין הגעלה בין לענין ליבון» (טור יו״ד קכ״א)
Et l'objection que le Tour lui oppose :
«ונ״ל דווקא כשנשתמש בכולו אבל אם יודע שלא נשתמש אלא במקצתו נכשר נמי מקצתו דכבולעו כך פולטו» (טור יו״ד קכ״א)
La racine de la ma'hloket dans la sougya — פרק דם חטאת : on y enseigne qu'un ustensile ayant servi à une ḥatat dans une seule de ses parties exige מריקה ושטיפה sur sa totalité, et que la terouma en a été exclue :
«בִּישֵּׁל בְּמִקְצָת הַכְּלִי – טָעוּן מְרִיקָה וּשְׁטִיפָה כָּל הַכְּלִי» (זבחים צ״ו ע״ב)
Et la langue de la sougya expliquant cette exclusion :
«לָא צְרִיכָא אֶלָּא לִדְאָמַר מָר: בִּישֵּׁל בְּמִקְצָת כְּלִי – טָעוּן מְרִיקָה וּשְׁטִיפָה כָּל הַכְּלִי. הָא תְּרוּמָה – לָא צְרִיךְ אֶלָּא מְקוֹם בִּישּׁוּל» (זבחים צ״ו ע״ב)
Deux lectures de l'exclusion de la terouma :
Le Chakh atteste que le Rachba lui-même le concède dans un היתרא בלע :
«ודע דהרשב״א גופיה מודה דהיכא דהיתירא בלע כגון שנשתמש בו חלב במקצתו ורוצה להכשירו לבשר סגי ליה בהכשר מקצתו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק ט״ז, בשם משמרת הבית)
L'étonnement du Taz devant la langue du Rama : le Rama a écrit “ודוקא אם נשתמש בכולו” comme s'il commentait le Mehaber, alors que ce sont les mots du Tour, qui le contredit :
«ואם כן יש לתמוה על רמ״א למה כתב דברי הטור כאן כאילו הם דרך פירוש על דברי הש״ע ובאמת חולק עליהם כמו שביארנו» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ז)
Et le Taz s'étonne encore de la décision elle-même : pourquoi le Rama a-t-il tranché contre le Beit Yossef, qui statuait comme le Roch et le Rachba, les rigoureux, alors qu'il s'agit d'un interdit de la Torah ?
Et la langue de la décision du Beit Yossef :
«ולענין הלכה כיון דהרא״ש והרשב״א מסכימים לדעת אחת הכי נקטינן» (בית יוסף יו״ד קכ״א)
La résolution du Taz en faveur du Tour — lekhatḥila et bedi'eved :
«ונראה דגם הטור אינו מיקל כאן אלא בדיעבד אבל לא לכתחלה» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ז)
Sa preuve : le Tour lui-même écrit, dans les lois de Pessa'h, qu'il faut cachériser jusqu'aux manches des ustensiles — or si le hekhcher partiel valait pleinement, pourquoi ? C'est donc que là il parle de lekhatḥila et ici de bedi'eved. Ainsi écrit le Chakh :
«וסגי בהכשר מקצתו והיינו בדיעבד אבל לכתחלה ג״כ צריך להכשיר כולו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק י״ח)
La démarche du Chakh — séparer deux questions confondues : le Chakh s'étend ici plus qu'en aucun autre endroit, et le fond de son propos est qu'il y a là deux questions distinctes. (א) L'interdit se diffuse-t-il de l'endroit de l'usage au reste de l'ustensile ? (ב) Le hekhcher est-il efficace quand il ne porte que sur une partie ? Il rapporte le Maharam MaTz, qui répond à la première :
«איסור שנפל על הקדרה במקום א׳ אין צריך הגעלה בכולו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק י״ז, בשם מהר״ם מ״ץ)
Et le Maharam MaTz explique que tout le “חם מקצתו חם כולו” signifie seulement que la chaleur d'une extrémité fait absorber l'interdit à l'autre extrémité — et non que l'interdit lui-même migre d'un côté à l'autre.
Conclusion du Chakh pour la halakha :
«וא״כ העולה מזה דכלי מתכות שנשתמש איסור במקצתו ואח״כ נשתמש היתר במקצת האחר מותר בדיעבד» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק י״ז)
Et la réserve capitale qu'il pose lui-même, qui est toute la différence entre une chaleur de cuisson et une chaleur de feu nu :
«מיהו י״ל דהיינו דוקא בחם שע״י בישול לא אמרינן דמוליך בליעתו בכולו אבל בחם שע״י האור ממש אפשר דכ״ע מודו לדעת הרא״ש והרא״ה דלעיל דהאיסור מתפשט בכולו» (ש״ך יו״ד קכ״א ס״ק י״ז)
Nafka mina pratique — la broche des voyageurs : le Taz conclut que pour une broche ayant rôti une viande non salée, un libboun partiel suffit, tandis que pour une broche ayant rôti de la nevela c'est interdit même bedi'eved, car la saumure de nevela s'incruste ; et de là son psak :
«ואם כן לא יפה עושים אותן הולכי דרכים שלוקחים שפוד של עובד כוכבים ומלבנין החלק העליון שצולין בו ולא יותר» (ט״ז יו״ד קכ״א ס״ק ז)
En pratique il ajoute que s'il a fait le libboun sur une grande portion, même sans aller jusqu'au bout de la broche, cela suffit — puisque la partie non cachérisée se trouve très loin de l'endroit du rôtissage.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ו׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)
לשון מרן :
כלי מתכות אף על פי שי״א שאם נשתמש בו איסור במקצתו נאסר כולו משום דחם מקצתו חם כולו אבל לענין הכשרו לא עלה לו הכשר עד שיכשיר כולו בין לענין הגעלה בין לענין ליבון:
הגה ודוקא אם נשתמש בכולו אבל אם ידוע שלא נשתמש רק בקצתו כבולעו כך פולטו (טור):

9. סכין ישן — nekitza, hachḥaza et libboun

↩ Explication détaillée (niveau 1)
סוגיית הסכין — שלוש מימרות רצופות :
«אָמַר רַב עוּקְבָא בַּר חָמָא: וְנוֹעֲצָהּ עֲשָׂרָה פְּעָמִים בַּקַּרְקַע. אֲמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: וּבְקַרְקַע שֶׁאֵינָהּ עֲבוּדָה» (עבודה זרה ע״ו ע״ב)
«אָמַר רַב כָּהֲנָא: וּבְסַכִּין יָפָה שֶׁאֵין בָּהּ גּוּמּוֹת. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: סַכִּין יָפָה שֶׁאֵין בָּהּ גּוּמּוֹת נוֹעֲצָהּ עֲשָׂרָה פְּעָמִים בְּקַרְקַע» (עבודה זרה ע״ו ע״ב)
«אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: לֶאֱכוֹל בָּהּ צוֹנֵן» (עבודה זרה ע״ו ע״ב)
ומעשה רב שבסוף המסכת, ובו הכשר בנעיצה לחיתוך אתרוג :
«הֲדַר דָּצַהּ עַשְׂרָה זִימְנֵי בְּאַרְעָא, פְּסַק הַב לֵיהּ לְמָר יְהוּדָה» (עבודה זרה ע״ו ע״ב)
La ḥakira de la nekitza : planter le couteau dans une terre dure — est-ce un petit hekhcher, une sorte de hag'ala où la terre remplace l'eau ; ou n'est-ce pas un hekhcher du tout mais un nettoyage — un frottement qui emporte la graisse adhérant à la lame ? Au premier côté on objectera : quelle force de rejet la terre aurait-elle ? Au second, on comprend aussitôt pourquoi il faut une terre dure, et pourquoi il ne faut pas planter à l'endroit déjà entamé : la terre s'y est ameublie et ne râcle plus.
Et la langue du Rambam, qui met les trois voies en regard :
«וְאִם הָיְתָה סַכִּין יָפָה שֶׁאֵין בָּהּ פְּגִימוֹת דַּי לוֹ אִם נְעָצָהּ בְּקַרְקַע קָשָׁה עֶשֶׂר פְּעָמִים וְאוֹכֵל בָּהּ צוֹנֵן» (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ז הלכה ז)
«וְאִם הָיוּ בָּהּ פְּגִימוֹת אוֹ שֶׁהָיְתָה יָפָה וְרָצָה לֶאֱכֹל בָּהּ חַמִּין אוֹ לִשְׁחֹט בָּהּ מְלַבְּנָהּ אוֹ מַשְׁחִיזָהּ כֻּלָּהּ» (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ז הלכה ז)
Ma'hloket des Richonim — שיפה et נעיצה : les deux, ou l'une des deux ?
ChitaCe qu'il fautPreuve
Rachi Le limage et la nekitza Le mot de la Guemara “ונועצה” — un ajout au שפה de la michna
Roch, Ran, Rachba, Rambam L'un ou l'autre Le récit de Chapour le roi — la nekitza seule ; et la michna aurait exposé tout le din
Dix fois — au sens strict ou non :
«כתב הרא״ש דלאו דוקא עשרה דהא בירושלמי קאמר ג׳ פעמים» (בית יוסף יו״ד קכ״א, בשם הרא״ש)
Le Rambam et le Rachba écrivent simplement “dix fois”, comme la langue de notre Talmud, ce qui laisse entendre qu'ils le prennent au sens strict ; et puisque tous deux s'accordent, c'est ainsi que nous tenons — et ainsi a tranché le Mehaber.
Et la langue du Rachba dans Torat haBayit, dont le Mehaber a tiré le din de l'aliment piquant :
«הסכינים בין גדולים בין קטנים אם בא לחתוך בה צונן ואפילו הדברים החריפים כאתרוג וצנון וכיוצא בהן נועצה עשר פעמים בקרקע קשה והוא שתהיה הסכין יפה שאין בו גומות» (בית יוסף יו״ד קכ״א, בשם תורת הבית)
Un petit couteau — hag'ala ou libboun (ma'hloket de Rabbénou Tam et du Rivam) :
«ואומר ר״ת דהא דקי״ל דסכין בעי ליבון היכא דאיסורא בלע היינו דוקא באיסור דסכין גדולה שדרך לצלות בה בשר אבל סכינים קטנים שאין דרך לצלות בהם בשר ודאי סגי להו בהגעלה» (בית יוסף יו״ד קכ״א, בשם רבנו תם)
«וריב״ם מצריך ליבון אף בסכינים קטנים לפי שפעמים דרך להפוך בהם בשר על גבי גחלים» (בית יוסף יו״ד קכ״א, בשם ריב״ם)
Rabbénou Tam répond que cela ne s'appelle pas un usage au feu, puisque son usage au feu n'est pas régulier. La ma'hloket porte donc sur la définition de “son mode d'usage” : se mesure-t-il à l'emploi habituel et fixe, ou même à l'emploi occasionnel mais fréquent ?
Les גומות — et pourquoi une hag'ala n'y peut rien : un couteau à creux est interdit même à froid tant qu'il n'a pas subi un libboun, bien que la hag'ala fasse sortir l'absorbé. La raison est celle qu'a formulée le Beit Yossef et qu'on a citée à la section 3 : la hag'ala expulse l'absorbé et ne fait pas partir l'adhérent ; le frottement dans la terre emporte l'adhérent, mais n'atteint pas le fond des creux. Les deux voies étant fermées, il ne reste que le libboun, qui consume l'adhérent sur place.
La hachḥaza à la meule — jusqu'où porte-t-elle :
Le libboun du manche — et la sougya des couteaux de Pessa'h : le Rama écrit que s'il ne peut pas faire un bon libboun à cause du manche, il fera un libboun puis une hag'ala. La source de ce cumul est dans la sougya :
«קַתַּיְיהוּ בְּטִינָא, וּפַרְזְלַיְיהוּ בְּנוּרָא, וַהֲדַר מְעַיֵּילְנָא לְקַתַּיְיהוּ בְּרוֹתְחִין. וְהִלְכְתָא: אִידֵּי וְאִידֵּי בְּרוֹתְחִין וּבִכְלִי רִאשׁוֹן» (פסחים ל׳ ע״ב)
Selon la lecture du Taz, la hag'ala du manche ne vient pas remplacer un libboun : le fer engagé dans le manche a déjà été affaibli par le libboun de la lame, et une hag'ala lui suffit désormais. C'est là une belle résolution de la chita du Roch, qui exige un libboun et se contente pourtant du libboun du seul tranchant.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ז׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le (או) isolé qui précède שרוצה לחתוך בה חמין est un défaut de numérisation de l'édition Sefaria ; il est recopié tel quel, parenthèse comprise.

לשון מרן :
סכין ישן בין גדול בין קטן הניקח מהעובד כוכבים אם בא להשתמש בצונן אם אין בה גומות נועצה עשרה פעמים בקרקע קשה וצריך שכל נעיצה ונעיצה תהיה בקרקע קשה לפיכך לא ינעוץ במקום שנעץ נעיצה אחרת (טור בשם הרמ״ה) ואפילו לחתוך בו דבר חריף כמו צנון סגי בהכי. (ולהשתמש בו בקביעות לא גרע משאר כלי שנוהגין להגעיל אפילו לצונן) (סברת הרב בדברי הארוך) (כמו שנתבאר) ואם יש בה גומות (או) שרוצה לחתוך בה חמין או לשחוט בה מלבנה או משחיזה במשחזת של נפחים היטב על פני כולה:
הגה וי״א דהשחזה מהני רק לחתוך בה צונן אבל לא לענין חמין (ב״י בשם פוסקים) והכי נהוג לכתחלה ואם לא יוכל ללבן הסכין היטב משום הקתא ילבנו ויגעילנו אח״כ (ארוך) ומיהו אם לבנו ולא הגעילו אפילו יש בו גומות או אם הגעילו ולא לבנו ואין בו גומות וחתך בו מאכל חם לא נאסר אפילו הסכין בן יומו ואם השחיזו במשחזת היטב בכל מקום והגעילו אח״כ מהני אפילו לכתחלה כמו ליבון (מרדכי פ״ב דעבודת כוכבים וארוך) אם יוכל לנקות הגומות שבו:

10. חקירה ונפקא מינה — les six axes et la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ḥakira d'ensemble du siman : qu'est-ce que le hekhcher d'un ustensile — faire sortir l'interdit, le détruire, ou l'ôter de la surface ?
  • Nature du hekhcher — expulsion (hag'ala) ou destruction (libboun) — Ra'ah dans Bedek haBayit, Taz ס״ק ז, Chakh ס״ק י״ז.
  • Deux espèces d'interdit — l'absorbé (hag'ala) et l'adhérent (frottement, nekitza, libboun) — Beit Yossef expliquant le Yerouchalmi.
  • Mesure du hekhcher — dictée par le mode d'usage, par le véhicule, et par le statut de ce qui fut absorbé (היתרא ou איסורא בלע).
  • חם מקצתו חם כולו — pour l'interdit seulement (Tour, Maharam MaTz, Chakh) ou aussi pour le hekhcher (Rachba, Beit Yossef).
  • L'eau de hag'ala — permise par le pgam (Rachba) ou par le bitoul en soixante (Tour) — d'où la nafka mina du ḥozer véni'or.
  • L'ordre de la tevila — décret de la Torah sans lien avec l'absorption (R"I, Roch), ou pureté à laquelle le chérets fait obstacle (Rachbam).
Nafka mina pour la pratique (selon le Mehaber, le Rama et la plupart des A'haronim) :
  1. Des ustensiles anciens ayant servi à froid — rinçage avec frottement énergique dans l'eau, seconde eau, puis tevila (שו״ע יו״ד קכ״א:א).
  2. Des ustensiles ayant servi à chaud, de métal, de bois ou de pierre — hag'ala puis tevila pour le métal ; et s'il a trempé d'abord, ils sont permis, les יש אומרים lui faisant retremper sans berakha (שו״ע יו״ד קכ״א:ב · ש״ך ס״ק ה).
  3. On ne cachérise pas un ustensile ben yomo, on ne se sert pas de l'eau de hag'ala, et le rabotage à l'outil ne remplace rien (רמ״א יו״ד קכ״א:ב).
  4. Une poêle à frire achetée à un non-Juif — libboun, une hag'ala comme pour le ḥamets à Pessa'h ne suffit pas (שו״ע יו״ד קכ״א:ד).
  5. Un ustensile qui exigeait un libboun et qu'on a seulement cachérisé à l'eau — interdit à chaud même hors du feu, et même bedi'eved (שו״ע יו״ד קכ״א:ה · ט״ז ס״ק ה).
  6. À froid — permis par rinçage et frottement en usage occasionnel ; en usage permanent on cachérise, y compris coffres et tables (רמ״א יו״ד קכ״א:ה).
  7. Un ustensile de terre ayant servi à froid — מריקה ושטיפה soignée, et l'on peut ensuite y mettre du vinaigre et des épices (רמ״א יו״ד קכ״א:ה).
  8. Un ustensile de métal où de l'interdit a servi — lekhatḥila on cachérise le tout ; et s'il est certain que l'usage n'a porté que sur une partie, כבולעו כך פולטו (שו״ע ורמ״א יו״ד קכ״א:ו · ש״ך ס״ק י״ח).
  9. Un couteau ancien pour le froid — dix nekitzot dans une terre dure, chaque fois à un endroit neuf ; pour un usage permanent on a coutume de cachériser (שו״ע ורמ״א יו״ד קכ״א:ז).
  10. Un couteau à creux, ou destiné au chaud et à la cheḥita — libboun, ou hachḥaza sur toute la lame ; et pour le Rama la hachḥaza ne vaut lekhatḥila que pour le froid (שו״ע ורמ״א יו״ד קכ״א:ז · ש״ך ס״ק כ׳).
Pour la pratique — consultez votre Rav.

11. טבלאות סיכום — tableaux de synthèse

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — le mode d'usage et son hekhcher

Mode d'usage Le hekhcher Source
Jamais servi (ustensile neuf) Tevila seule עבודה זרה ע״ה ע״ב · שו״ע יו״ד ק״כ:א
À froid — verres et fioles Rinçage avec frottement, seconde eau, tevila עבודה זרה ע״ה ע״ב · שו״ע יו״ד קכ״א:א
À chaud — chaudrons et marmites Hag'ala, puis tevila עבודה זרה ע״ה ע״ב · שו״ע יו״ד קכ״א:ב
Au feu — broches et grils Libboun jusqu'à ce que la pellicule tombe עבודה זרה ע״ו ע״א · רמב״ם פרק י״ז הלכה ג
Poêle à frire Libboun (et pour le ḥamets à Pessa'h — hag'ala) שו״ע יו״ד קכ״א:ד · ש״ך ס״ק ח
Couteau lisse pour le froid Dix nekitzot dans une terre dure עבודה זרה ע״ו ע״ב · שו״ע יו״ד קכ״א:ז
Couteau à creux Libboun, ou hachḥaza sur toute la lame שו״ע יו״ד קכ״א:ז · רמב״ם פרק י״ז הלכה ז
Ustensile de terre ayant servi à chaud Aucun remède פסחים ל׳ ע״ב · רמב״ם פרק י״ז הלכה ב

Tableau — les ma'hlokot centrales du siman

Sujet Chita א׳ Chita ב׳
Il a trempé puis cachérisé R"I et Roch — la tevila lui compte Rachbam et Rachba — כטובל ושרץ בידו
Définition du libboun Ra'ah — il consume et n'expulse pas Rachba — un hekhcher comme les autres
Interdit ayant servi dans une partie Rachba et Beit Yossef — cachériser le tout Tour et Rama — כבולעו כך פולטו
Diffusion de l'absorbé Rachba — il se répand dans tout l'ustensile Maharam MaTz, Maharchal et Chakh — il reste en place
Le ta'am de la poêle Taz et Chakh — היתרא בלע Menaḥem Azaria — usage sans intermédiaire
Hag'ala de plusieurs bnei yomam à la suite Raavad et Issour véHeter — permis Rachba et Chakh — ḥozer véni'or
שיפה et נעיצה pour le couteau Rachi — les deux Roch, Ran, Rachba et Rambam — l'une des deux
Dix nekitzot Roch — pas au sens strict (Yerouchalmi : trois) Rambam et Rachba — dix au sens strict
Petit couteau ayant retourné de la viande au feu Rabbénou Tam — hag'ala, l'usage n'étant pas fixe Rivam — libboun
Hachḥaza pour le chaud Le Mehaber — elle vaut Le Rama — pour le froid seulement, lekhatḥila

Tableau — les sources de la sougya

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
Pilpoul et iyoun sur la cachérisation des ustensiles achetés à un non-Juif · Siman 121 · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est destiné à l'étude et à l'iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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