Siman קכ״ב — Notén taam lifgam (נותן טעם לפגם) : le goût qui gâte, dans les ustensiles
Quand le goût absorbé ne rend plus rien de bon — pour découvrir et comprendre
יורה דעה · סימן קכ״ב
דין נותן טעם לפגם בכלים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 122 : les 12 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Un goût interdit qui gâte l’aliment au lieu de l’améliorer ne l’interdit pas. Le siman applique ce principe aux ustensiles : passé vingt-quatre heures, ce qu’une marmite a absorbé est réputé gâté. Reste à savoir ce que les Sages ont malgré tout interdit, à quelles conditions le goût est vraiment gâté, et ce que l’on présume d’un ustensile dont on ignore l’histoire.
Sujet : Le goût qui gâte dans les ustensiles — בת יומא, guezéra, דברים חריפים, איסור מועט, présomptions Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״ב
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l’étude
1.Le texte du Mehaber : les 12 seifim, par groupes thématiques
2.Contexte : d’où vient le principe נותן טעם לפגם
3.Les concepts-clés : בת יומא, מעת לעת, גזירה, דברים חריפים, ספק ספיקא…
4.Le tableau récapitulatif : lechatchila, bedieved, et ce qui reste interdit
5.Le Taz et le Shach : deux entrées-clés
6.La glose du Rama (הגה) : les quatre interventions
7.Cas pratiques modernes : la marmite oubliée, le traiteur, l’atelier, la vaisselle d’occasion
8.Synthèse et questions de compréhension
1. Le texte du Mehaber — les 12 seifim
Le Siman 122 part d’une règle d’une brièveté saisissante — trois mots — et en tire douze seifim. Le principe : un goût interdit qui abîme l’aliment au lieu de l’améliorer ne l’interdit pas. Appliqué aux ustensiles, il change tout : ce qu’une marmite a absorbé se dégrade avec le temps, et passé vingt-quatre heures (מעת לעת) il est réputé gâté. Le siman se lit alors en trois mouvements : le principe et sa mesure du temps (seifim 1-4) ; les situations où la question ne se pose même pas — trop peu d’interdit, ou une présomption qui tranche d’avance (seifim 5-8) ; et les ustensiles laissés, envoyés ou achetés chez un non-Juif (seifim 9-12). Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) intervient dans quatre seifim, presque toujours pour distinguer lechatchila et bedieved.
Groupe A — Le principe et le compte des vingt-quatre heures (seifim 1-4)
Seif 1 — Le principe, en trois mots
נותן טעם לפגם מותר:
Ce qui donne un goût gâté est permis.
Un seif de trois mots — et tout le siman en dépend. La règle générale des mélanges veut qu’un goût interdit passé dans un aliment permis l’interdise. Le Mehaber pose ici la limite : encore faut-il que ce goût améliore. S’il gâte (לפגם), il n’interdit pas. Ne pas se fier à la brièveté : les onze seifim qui suivent ne font que mesurer ce mot — quand un goût est-il gâté, et que peut-on en faire ?
Seif 2 — La marmite qui n’est plus בת יומא, et ce que les Sages ont malgré tout interdit
קדירה שאינה בת יומא דהיינו ששהתה מעת לעת משנתבשלו בה האיסור הויא נותן טעם לפגם ואפילו הכי אסרו חכמים לבשל בה לכתחלה גזירה אטו בת יומא בין שבלועה מאיסור ובא לבשל בה היתר ובין שבלועה מחלב ובא לבשל בה בשר או איפכא:
Une marmite qui n’est pas בת יומא — c’est-à-dire qui a attendu vingt-quatre heures (מעת לעת) depuis que l’interdit y a été cuit — est un cas de goût qui gâte. Et pourtant, les Sages ont interdit d’y cuire d’emblée (לכתחלה), par décret de crainte qu’on ne la confonde avec une marmite בת יומא — aussi bien lorsqu’elle a absorbé de l’interdit et qu’on vient y cuire du permis, que lorsqu’elle a absorbé du lait et qu’on vient y cuire de la viande, ou l’inverse.
Le seif charnière du siman. Deux étages s’y superposent, et il faut les tenir distincts : sur le plan de la Torah, la marmite de plus de vingt-quatre heures ne donne qu’un goût gâté, donc rien n’est interdit ; sur le plan rabbinique, on ne s’en sert pas d’emblée, de peur de glisser vers la marmite du jour même. D’où la formule qui gouverne tout le chapitre : interdit lechatchila, permis bedieved. Noter que la guezéra couvre expressément les deux registres : l’interdit proprement dit, et le mélange viande-lait.
Seif 3 — À quelles conditions le goût est-il vraiment gâté : le rinçage et les aliments piquants
י״א הא דחשיבה פגומה כשאינה בת יומא דוקא שהדיחה יפה וסר ממנה כל שמנונית איסור הדבוק בה אבל אם לא הדיחה יפה שהאיסור הוא בעין אינו נפגם בשהיית מעת לעת (רשב״א וטור וראב״ד):הגה ומ״מ אם יש ששים רק נגד הדבוק בקדרה הכל שרי דמה שבקדרה כבר נפגם וא״צ בטול (כן משמע לעיל סימן צ״ה) י״א דבדברים חריפים לא אמרינן דין נותן טעם לפגם כמו שנתבאר לעיל סי׳ צ״ה וצ״ו ולכן אם בישל בקדירת איסור שאינה בת יומא מאכיל חריף כגון תבשיל שרובו חומץ או תבלין או שאר דברים חריפין אסור אבל לא מחשב התבשיל חריף משום מעט תבלין שבו (מרדכי פא״מ ורשב״א סי׳ תמ״ט) וכן נוהגין ועיין לעיל סי׳ צ״ה וצ״ו אבל אם היה האיסור דבר חריף ואח״כ שהה הקדירה מעת לעת ובשלו בו היתר שאינו חריף מותר דאין החריפות הראשון משוי ליה לשבח (ארוך כלל ל״ח):
Certains disent que la marmite n’est réputée gâtée, lorsqu’elle n’est pas בת יומא, qu’à condition d’avoir été bien rincée et que toute la graisse d’interdit qui y adhérait ait disparu ; mais si elle n’a pas été bien rincée et que l’interdit y est en substance (בעין), il n’est pas gâté par l’attente de vingt-quatre heures. Glose du Rama :néanmoins, s’il y a soixante contre ce seul résidu adhérent, tout est permis, car ce que la paroi a absorbé est déjà gâté et n’a pas besoin d’être annulé. Certains disent qu’avec les aliments piquants (דברים חריפים) on n’applique pas la règle du goût qui gâte : si l’on a cuit un mets piquant dans une marmite d’interdit non בת יומא — par exemple un plat majoritairement composé de vinaigre, ou d’épices, ou d’autres produits piquants — c’est interdit. Mais un plat n’est pas réputé piquant pour un peu d’assaisonnement ; et tel est l’usage. En revanche, si c’est l’interdit lui-même qui était piquant, que la marmite a ensuite attendu vingt-quatre heures, et qu’on y a cuit du permis non piquant — permis, car le piquant initial ne rend pas ce goût améliorant.
Deux restrictions, deux logiques. La première est matérielle : le temps ne gâte que ce qui est absorbé dans la paroi ; un résidu resté en substance à la surface, lui, ne se dégrade pas — d’où l’exigence du rinçage. La seconde est chimique : un aliment piquant réveille le goût endormi de la paroi et le rend à nouveau perceptible. Et le Rama pose aussitôt la mesure : quelques épices ne font pas un plat piquant. Retenir aussi la dissymétrie de la dernière ligne : c’est le piquant du plat que l’on cuit maintenant qui pose problème, non celui de l’interdit d’autrefois.
Seif 4 — Viande et lait : chauffer de l’eau remet le compteur à zéro
קדרה הבלועה מבשר וחלב אם קודם שעבר לילה אחד חממו בה מים חשיב כאילו חזר ונתבשל בה האיסור ומונים מעת לעת משעה שהוחמו המים מה שאין כן בשאר איסורים (טור סימן קכ״א וסימן צ״ד וע״ל סימן צ״ד ס״ק כ״ב וסימן ק״ג):
Une marmite qui a absorbé de la viande et du lait : si, avant qu’une nuit ne soit passée, on y a fait chauffer de l’eau, cela est tenu pour une nouvelle cuisson de l’interdit, et l’on compte les vingt-quatre heures depuis le moment où l’eau a été chauffée. Il n’en va pas de même pour les autres interdits.
Une exception qui a une raison précise. Pour un interdit ordinaire, l’eau chauffée dans la marmite ne fait que recevoir un goût, sans devenir elle-même interdite. Pour viande et lait, la règle de חתיכה עצמה נעשית נבילה — « le morceau devient lui-même nevéla » — s’applique : l’eau, ayant reçu ce goût, devient à son tour de l’interdit à part entière, et sa cuisson relance le compte. C’est le Taz qui l’explique en une ligne (voir plus bas, section 5).
Groupe B — Quand la question ne se pose pas : trop peu d’interdit, et les présomptions (seifim 5-8)
Seif 5 — Un interdit infime dans un grand récipient
איסור מועט שנבלע בכלי שדרכו שלא להשתמש בו בהיתר מועט בכדי שיתן זה טעם בהיתר כדי שישתמשו בו כמו קדירה גדולה וחבית וכיוצא בהן הרי זה מותר להשתמש בו לכתחלה אף על פי שהוא בן יומו לפי שאי אפשר לבא לידי נתינת טעם אבל אם הוא כלי שמשתמשין בו בדבר מועט כמו קערה וכיוצא בה אסור להשתמש בו שאין מבטלין איסור לכתחלה אפילו איסור מועט ואפילו איסור הבלוע:
Un interdit infime absorbé dans un ustensile dont l’usage n’est jamais de servir à une quantité de permis assez petite pour que cet interdit y donne du goût — comme une grande marmite, un tonneau et leurs semblables — : il est permis de s’en servir d’emblée, même s’il est בן יומו, puisqu’il est impossible d’en venir à un don de goût. Mais s’il s’agit d’un ustensile que l’on emploie pour de petites quantités, comme une écuelle et ses semblables, il est interdit de s’en servir, car on n’annule pas un interdit d’emblée — même un interdit infime, et même un interdit absorbé.
Ici, le raisonnement change de nature. Il ne s’agit plus du temps mais de la proportion. Dans un tonneau, une trace d’interdit ne pourra jamais donner de goût : il n’y a donc rien à craindre, même le jour même. Dans une écuelle, si — et l’on se heurte alors à un autre principe, indépendant du nôtre : on n’annule pas volontairement un interdit (אין מבטלין איסור לכתחלה). Le Mehaber prend soin de préciser que ce dernier vaut aussi pour un interdit absorbé, non seulement pour un interdit visible.
Seif 6 — La présomption sur les ustensiles d’un non-Juif, et l’interdit de commander la cuisson
סתם כלי עובד כוכבים הם בחזקת שאינם בני יומן לפיכך אם עבר ונשתמש בהם קודם הכשר התבשיל מותר: הגה אבל אם חמם מים בכלי של עובד כוכבים ללוש בהן פת אסור ללוש באותן מים דלדבר זה מקרי לכתחלה הואיל ועדיין לא התחיל הנאתו שלא הוחמו לשתיה (ש״ד והגהותיו) אבל דבר שנעשה בשבילו ולא בשביל דבר אחר אע״פ שהוא של עובד כוכבים וישראל קונה ממנו לכתחלה מותר דמאחר דכבר נעשה ביד עובד כוכבים מקרי דיעבד: אף על פי כן אסור לומר לעובד כוכבים בשל לי ירקות בקדרתך וכן לא יאמר לו עשה לי מרקחת שכל האומר בשל לי הרי הוא כאלו בישל בידיו ואפשר שעל ידי הרקחים (או שאר אומנים) מותר שכל האומנים מיחדים כלים נקיים למלאכתם כדי שלא יפגמו אומנותם ובעל נפש יחוש שדברים אלו מביאים לידי טהרה ונקיות:
Les ustensiles ordinaires d’un non-Juif sont présumés ne pas être בני יומן ; c’est pourquoi, si l’on a transgressé et que l’on s’en est servi avant de les avoir cachérisés, le plat est permis. Glose du Rama : mais si l’on a chauffé de l’eau dans l’ustensile d’un non-Juif pour en pétrir du pain, il est interdit de pétrir avec cette eau, car pour cet usage cela s’appelle encore lechatchila — l’on n’a pas encore commencé à en tirer profit, l’eau n’ayant pas été chauffée pour être bue. En revanche, une chose faite pour elle-même et non en vue d’autre chose, quand bien même elle l’aurait été dans l’ustensile d’un non-Juif et qu’un Juif la lui achète, est permise d’emblée : dès lors qu’elle est déjà faite de la main du non-Juif, cela s’appelle bedieved. [Suite du Mehaber :]Malgré cela, il est interdit de dire à un non-Juif « cuis-moi des légumes dans ta marmite », ni « fais-moi une confiture » — car quiconque dit « cuis-moi » est comme s’il avait cuit de ses propres mains. Et il se peut que par l’intermédiaire des confiseurs — ou des autres artisans — ce soit permis, car tous les artisans réservent des ustensiles propres à leur métier, afin de ne pas gâter leur ouvrage. Et l’homme d’âme (בעל נפש) y sera attentif, car ces choses conduisent à la pureté et à la propreté.
La présomption la plus employée du siman. On ne sait rien de la marmite d’un non-Juif — et pourtant on tranche : elle est présumée ne pas avoir servi dans les vingt-quatre heures. Le Shach en donne la mécanique (voir section 5) : c’est un double doute. Attention à la portée exacte : cette présomption sert bedieved, une fois le fait accompli — elle n’autorise jamais à cuisiner d’emblée chez un non-Juif. Le Rama affine le partage : tout dépend du moment où le profit commence. Et le seif se referme sur une note qui n’est plus du droit strict mais de la conduite : le בעל נפש veille.
Seif 7 — La même présomption vaut pour nos propres ustensiles
כשם שסתם כליהם של עובדי כוכבים אינם בני יומן כך סתם כלים שלנו בחזקת שאינן בני יומן:
De même que les ustensiles ordinaires des non-Juifs ne sont pas בני יומן, ainsi nos propres ustensiles ordinaires sont-ils présumés ne pas être בני יומן.
Un seif d’une ligne, d’un usage quotidien. La présomption n’est pas une indulgence réservée aux ustensiles étrangers : elle vaut dans nos propres cuisines. Une louche dont on ne sait plus si elle a servi au lait ce matin ou avant-hier est présumée ne pas être du jour — ce qui, joint au seif 2, donne : on ne s’en servira pas d’emblée, mais si c’est fait, le plat n’est pas interdit.
Seif 8 — Un ustensile interdit égaré parmi les autres
כלי שנאסר בבליעת איסור ונתערב באחרים ואינו ניכר בטל ברוב (טור בשם רשב״א):
Un ustensile devenu interdit par l’absorption d’un interdit, qui s’est mélangé à d’autres et qu’on ne reconnaît plus, est annulé dans la majorité (בטל ברוב).
Pourquoi la majorité suffit-elle ici, alors qu’un goût interdit demande soixante ? Parce que ce qui se mélange n’est pas un goût mais un objet : l’ustensile égaré parmi ses semblables relève de la règle ordinaire des mélanges d’objets, où la majorité l’emporte. Le Shach signale d’ailleurs (s.k. 7) que ce seif répète ce qui a déjà été dit au siman 102 — un rappel plutôt qu’une nouveauté.
Groupe C — Les ustensiles laissés, envoyés ou achetés chez le non-Juif (seifim 9-12)
Seif 9 — Ne pas laisser sa vaisselle chez un non-Juif ; l’ustensile confié à un artisan
יש ליזהר מלהניח בבית עובד כוכבים כלי סעודה דחיישינן שמא ישתמש בהם: הגה ואפילו אם נתנם לאומן לתקנם צריך לעשות בהם סימן (ב״י בשם א״ח) שלא ישתמש בהם העובד כוכבים ואם עבר ולא עשה כשחזר ולקחן מן העובד כוכבים צריכים הגעלה ודוקא אם שהו קצת אצל העובד כוכבים דהיינו כחצי יום אבל לפי שעה אין לחוש (מרדכי פא״מ) וכל זה כשרוצה להשתמש בו ביום שנתנו לו דליכא אלא חדא ספיקא שמא נשתמש בו העובד כוכבים או לא אבל אם לא לקחו מן העובד כוכבים עד לאחר זמן דנוכל לומר אף אם נשתמש בו העובד כוכבים כבר נפגם ונשתהה מעל״ע או שנשתהה ביד ישראל לאחר שלקחו מן העובד כוכבים מעל״ע אזלינן לקולא ואין חוששין בדיעבד (סברת הרב) ואם לקחו מן העובד כוכבים באותו יום שנתנו לו ועבר ונשתמש בו בלא הגעלה יש אוסרים המאכל כמו בכלי שהוא בודאי בן יומו (ארוך) ובמקום צורך יש להקל בדיעבד ולכתחלה יש ליזהר בכל ענין אפילו בעבדים ושפחות העובדי כוכבים שבבית ישראל שלא לייחד כלים שלנו אצלן שמא ישתמשו בהן בדברים האסורים (שם במרדכי) וע״ל סימן קל״ו:
Il faut prendre garde de ne pas laisser d’ustensiles de repas dans la maison d’un non-Juif, car on craint qu’il ne s’en serve. Glose du Rama :même si on les a confiés à un artisan pour réparation, il faut y apposer un signe afin que le non-Juif ne s’en serve pas ; et si l’on a manqué de le faire, en les reprenant du non-Juif ils exigent une הגעלה. Et cela seulement s’ils sont restés un certain temps chez lui, c’est-à-dire environ une demi-journée ; mais pour un court moment, il n’y a pas lieu de craindre. Et tout cela lorsqu’on veut s’en servir le jour même où on les lui a remis, où il n’y a alors qu’un seul doute — s’en est-il servi ou non ? En revanche, si on ne les a repris qu’après un certain temps, de sorte qu’on puisse dire : même s’il s’en est servi, c’est déjà gâté et vingt-quatre heures ont passé ; ou s’ils sont restés vingt-quatre heures entre les mains du Juif après avoir été repris — on tranche dans le sens indulgent et on ne s’en inquiète pas bedieved. Et si on les a repris le jour même et que l’on a transgressé en s’en servant sans הגעלה, certains interdisent le plat comme pour un ustensile certainement בן יומו ; et en cas de besoin, il y a lieu d’être indulgent bedieved. Et d’emblée, il faut se garder en toute manière, même à l’égard des serviteurs et servantes non-juifs qui sont dans la maison d’un Juif : ne pas leur réserver nos ustensiles, de crainte qu’ils ne s’en servent pour des choses interdites. Et voir plus haut le siman 136.
Le seif où toutes les pièces du siman se remontent. Le raisonnement du Rama est un compte de doutes : un doute ne suffit pas à permettre, deux suffisent. Reprendre l’ustensile le jour même ne laisse qu’une seule question ouverte ; attendre — que ce soit chez l’artisan ou chez soi — en ajoute une seconde, celle du goût désormais gâté, et l’on redevient indulgent. Noter la gradation finale, qui est la signature du Rama dans ce siman : bedieved on est indulgent, lechatchila on se garde en tout état de cause.
Seif 10 — Les écuelles envoyées chez un non-Juif avec de la nourriture
קערות ששלח ישראל לעובד כוכבים עם מאכל ושהו שם אם ניכר בהם המאכל ששלח הישראל בתוכם מותר ואם לאו אסור אם רגילים להדיח הכלים בחמין דחיישינן שמא הודח עם כלי איסור:
Des écuelles qu’un Juif a envoyées à un non-Juif avec de la nourriture et qui sont restées là-bas : si l’on y reconnaît encore la nourriture que le Juif y avait mise, elles sont permises ; sinon elles sont interdites, si l’on a coutume de laver la vaisselle à l’eau chaude — car on craint qu’elles n’aient été lavées avec un ustensile interdit.
Un indice matériel tient lieu de témoignage. Le reste de nourriture encore visible prouve que l’écuelle n’a pas été lavée : elle n’a donc pas pu prendre le goût d’un ustensile interdit dans une eau de vaisselle brûlante. C’est un raisonnement d’observation, non de présomption — et il montre au passage ce que le siman craint réellement dans une cuisine étrangère : moins la marmite elle-même que l’eau de vaisselle commune.
Seif 11 — Acheter à un non-Juif des ustensiles qu’il dit neufs
כלי סעודה שביד העובד כוכבים ומסיח לפי תומו ואומר שחדשים הם ויראה שהוא כמו שהוא אומר מותר לקנותם ממנו: הגה ויש מחמירים ואומרים שאינו נאמן ואין ליקח כלים מן העובד כוכבים רק כשמוכר הרבה כלים וקונה כלי בין הכלים (רשב״א בשם ר׳ יונה) וכן נוהגין לכתחלה אבל במקום הדחק כגון שנתארח בבית עובד כוכבים ואין לו כלים נוהגין כסברא הראשונה וכן עיקר ועיין לקמן סימן קל״ז:
Des ustensiles de repas entre les mains d’un non-Juif, qui parle sans y prêter d’intention (מסיח לפי תומו) et dit qu’ils sont neufs, et qu’il apparaît qu’il en est bien ainsi : il est permis de les lui acheter. Glose du Rama :certains sont plus stricts et disent qu’il n’est pas digne de foi, et qu’on ne prendra d’ustensiles d’un non-Juif que lorsqu’il en vend beaucoup et que l’on achète un ustensile parmi les ustensiles ; et tel est l’usage d’emblée. Mais en cas de contrainte — par exemple lorsqu’on est hébergé chez un non-Juif et que l’on n’a pas d’ustensiles — on suit le premier avis, et c’est bien là l’essentiel. Et voir plus loin le siman 137.
Pourquoi croit-on ici un non-Juif ? Le Shach le dit en une ligne (s.k. 10) : puisque les ustensiles d’un non-Juif sont de toute façon présumés ne pas être בני יומן, ce qui est en jeu n’est qu’un interdit rabbinique — et sur un interdit rabbinique, un non-Juif qui parle sans intention est cru. Le Rama, lui, garde la voie prudente pour l’ordinaire (acheter dans un lot, ce qui fait jouer la majorité) et réserve le premier avis au cas de contrainte.
Seif 12 — Les écuelles venues d’outre-mer
יש מי שאומר שקערות הבאות מעבר לים שקערורות ירקרקות או אדמדמות אסור להשתמש בהן לעולם בחמין מפני שאינן חדשות שהעובדי כוכבים משתמשים בהם ואינו ניכר:
Il est un avis (יש מי שאומר) selon lequel des écuelles venues d’outre-mer, creusées, verdâtres ou rougeâtres, sont interdites à jamais à l’usage chaud, parce qu’elles ne sont pas neuves : les non-Juifs s’en servent, et cela ne se remarque pas.
Le siman se referme sur un cas limite. L’aspect même de ces écuelles importées — leur creux, leur teinte — trahit qu’elles ont déjà servi, sans qu’on puisse dire ni quand ni à quoi. Là où le seif 11 se contentait d’un « il apparaît qu’il en est bien ainsi », ici l’apparence dit exactement l’inverse. Cet avis, rapporté par le Beit Yossef au nom du Raavad via l’Orḥot Ḥayim, est présenté sous la forme réservée aux opinions isolées : יש מי שאומר.
2. Contexte — d’où vient le principe נותן טעם לפגם
Le principe est discuté longuement au traité Avoda Zara. Rabbi Méir tient que le goût gâté interdit tout autant que le goût améliorant ; Rabbi Chimon distingue. Rav Kahana résume la position retenue :
Autrement dit : la Torah n’a interdit que la marmite du jour même, dont le goût n’est pas encore gâté. Restait la question du décret rabbinique, que la Guemara tranche quelques feuillets plus loin — et c’est exactement la phrase que le Mehaber reprendra au seif 2 :
Quand un goût est-il « gâté » ? La réponse du siman est d’abord une mesure de temps : vingt-quatre heures (seif 2). Puis deux réserves : le rinçage et les aliments piquants (seif 3).
Si c’est permis, pourquoi s’en priver ? Parce que la permission est de la Torah, tandis que les Sages ont interdit l’usage d’emblée — c’est toute la tension entre lechatchila et bedieved.
Et quand on ne sait pas ? Le siman ne laisse pas la question ouverte : il donne des présomptions (seifim 6 et 7) et compte les doutes (seif 9).
Que faire des ustensiles qui échappent à notre regard ? Les seifim 9 à 12 déclinent la même inquiétude : l’ustensile laissé chez l’artisan, l’écuelle envoyée, l’ustensile acheté d’occasion.
Ce siman ne parle pas de cachérisation (הכשר כלים, objet du siman 121) ni d’immersion (טבילת כלים, objet du siman 120). Il répond à une question antérieure aux deux : que vaut, en droit, ce qu’un ustensile a absorbé, une fois le temps passé ? Sa réponse — rien, mais pas d’emblée — est ce qui rend supportable la vie d’une cuisine réelle.
3. Les concepts-clés de ce siman
נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם — le goût qui gâte. Un goût interdit qui abîme l’aliment permis au lieu de l’améliorer n’en entraîne pas l’interdiction. Le Rambam pose la condition : il faut qu’il gâte du début à la fin (Hilkhot Ma’akhalot Assourot, chapitre 15, halakha 28). C’est la règle-mère de tout le siman, énoncée au seif 1 en trois mots.
בַּת יוֹמָא / בֶּן יוֹמוֹ — « du jour même ». Se dit d’un ustensile dans lequel l’interdit a été cuit il y a moins de vingt-quatre heures. Ce qu’il a absorbé est encore réputé bon, donc interdisant. Passé ce délai, il devient אֵינָהּ בַּת יוֹמָא : ce qu’il contient est réputé gâté.
מֵעֵת לְעֵת — les vingt-quatre heures. La mesure exacte du délai : d’un moment au même moment le lendemain. Le seif 4 montre que ce compte peut être relancé — en matière de viande et lait, par une simple eau chauffée dans l’ustensile.
גְּזֵירָה אַטּוּ בַּת יוֹמָא — le décret de similitude. Les Sages interdisent l’usage d’emblée d’une marmite pourtant permise, de crainte qu’on ne finisse par employer une marmite du jour même. C’est ce décret, et lui seul, qui sépare le lechatchila du bedieved dans tout le siman.
בְּעֵין — l’interdit « en substance ». Un résidu resté à la surface, visible et palpable, par opposition au goût absorbé dans la paroi. Le temps gâte l’absorbé, non le résidu — d’où l’exigence, au seif 3, d’un rinçage soigneux avant de compter les vingt-quatre heures.
דְּבָרִים חֲרִיפִים — les aliments piquants. Vinaigre, épices, condiments : leur force réveille le goût endormi de la paroi et le rend à nouveau améliorant. On n’applique donc pas à leur égard la règle du goût qui gâte (seif 3). Le Rama pose aussitôt la limite : un peu d’assaisonnement ne fait pas un plat piquant.
אֵין מְבַטְּלִין אִיסּוּר לְכַתְּחִלָּה — on n’annule pas un interdit d’emblée. Principe indépendant du nôtre, invoqué au seif 5 : même lorsque l’interdit serait de toute façon annulé, on ne s’y prend pas volontairement. Le Mehaber précise qu’il vaut aussi pour un interdit absorbé — non seulement pour un interdit visible.
סְתָם כְּלֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים — la présomption sur les ustensiles. On présume qu’un ustensile dont on ignore l’histoire n’a pas servi dans les vingt-quatre heures (seif 6). Le seif 7 étend expressément la présomption à nos propres ustensiles. Sa force est celle d’un double doute (voir le Shach, section 5) — et sa portée est bedieved, non lechatchila.
מֵסִיחַ לְפִי תּוּמּוֹ — parler sans y prêter d’intention. Un non-Juif qui donne une information en passant, sans savoir qu’elle sert à une question halakhique, est cru sur un interdit rabbinique. C’est ce qui permet, au seif 11, d’acheter des ustensiles qu’il dit neufs.
4. Le tableau récapitulatif — lechatchila, bedieved, interdit
Le siman ne répond presque jamais par « permis » ou « interdit » tout court : il répond sur deux colonnes, peut-on le faire d’emblée ? et si c’est fait, le plat est-il permis ? Voici ce que donnent les douze seifim.
המקרה
Situation
D’emblée (לכתחלה)
Après coup (בדיעבד)
Seif
קדירה בת יומא
Marmite du jour même
Non
Le plat est interdit
1-2 a contrario
קדירה שאינה בת יומא
Marmite de plus de 24 h
Non — guezéra
Le plat est permis
2
לא הדיחה יפה · איסור בעין
Mal rincée, résidu en substance
Non
Non gâté par le temps ; Rama : 60 contre le seul résidu
3
תבשיל שרובו חומץ
Plat majoritairement vinaigré, dans une marmite d’interdit non בת יומא
Non
Interdit
3
מעט תבלין
Un peu d’assaisonnement seulement
—
N’est pas réputé piquant · וכן נוהגין
3 (Rama)
האיסור היה חריף · ואח״כ מעת לעת
L’interdit était piquant, puis 24 h, puis du permis non piquant
—
Permis
3 (Rama)
בשר וחלב · חממו בה מים
Viande et lait, eau chauffée avant la nuit
—
Le compte des 24 h repart
4
איסור מועט · קדירה גדולה וחבית
Interdit infime, grand récipient
Permis, même בן יומו
Permis
5
איסור מועט · קערה
Interdit infime, écuelle
Interdit — אין מבטלין איסור לכתחלה
—
5
סתם כלי עובד כוכבים
Ustensile ordinaire d’un non-Juif
Non
Le plat est permis
6
חמם מים ללוש בהן פת
Eau chauffée pour pétrir
Interdit — c’est encore lechatchila
—
6 (Rama)
סתם כלים שלנו
Nos propres ustensiles
Non
Présumés non בני יומן
7
כלי שנאסר ונתערב
Ustensile interdit mêlé aux autres
—
בטל ברוב
8
כלים אצל אומן · חצי יום
Chez l’artisan une demi-journée, sans signe
Marquer d’un signe
הגעלה requise
9 (Rama)
כלים אצל אומן · לפי שעה
Chez l’artisan un court moment
—
Pas de crainte
9 (Rama)
נשתהה מעת לעת
24 h se sont écoulées, chez lui ou chez nous
—
אזלינן לקולא
9 (Rama)
קערות שנשלחו · ניכר בהן המאכל
Écuelles envoyées, nourriture encore visible
—
Permises
10
קערות שנשלחו · אינו ניכר
Écuelles envoyées, rien de visible
—
Interdites (là où l’on lave à l’eau chaude)
10
מסיח לפי תומו · חדשים הם
Le non-Juif dit les ustensiles neufs
Rama : acheter dans un lot
Permis de les acheter · en cas de contrainte, וכן עיקר
11
קערות הבאות מעבר לים
Écuelles d’outre-mer, verdâtres ou rougeâtres
Interdites à jamais en usage chaud
—
12
Lues de haut en bas, les deux dernières colonnes racontent le siman : presque tout ce qui est interdit ne l’est que d’emblée. Le seul endroit où le plat lui-même devient interdit, c’est là où le goût n’est pas gâté — la marmite du jour même, le résidu en substance, l’aliment piquant.
5. Le Taz et le Shach — deux entrées-clés
Les deux grands commentaires imprimés autour du Choul’han Aroukh de Yoré Déa sont le Taz (Turé Zahav, Rabbi David haLevi Segal, 1586-1667) et le Shach (Siftei Kohen, Rabbi Chabtaï haCohen, 1621-1662). Sur ce siman, chacun éclaire un endroit différent.
Une entrée-clé du Taz
Taz s.k. 2 — pourquoi viande et lait relancent le compte
הטעם דבבשר בחלב אמרינן חתיכה עצמה נעשית נבילה
— ט״ז יו״ד קכ״ב ס״ק ב
La raison en est que, pour la viande et le lait, nous disons que le morceau devient lui-même nevéla.
Une ligne, et le seif 4 devient limpide. Dans les autres interdits, l’eau chauffée dans la marmite reçoit un goût sans changer de nature. En viande-et-lait, elle devient elle-même de l’interdit — et c’est donc bien un interdit qui vient d’être cuit dans la marmite, avec un compte de vingt-quatre heures qui repart de là. Le Taz renvoie lui-même au siman 103, où la règle est établie.
Une entrée-clé du Shach
Shach s.k. 4 — la mécanique de la présomption
הטעם כתבו הפוסקים דהוי ספק ספיקא ספק נשתמשו בו היום או אתמול ואת״ל נשתמשו בו היום שמא נשתמשו בו בדבר שהוא פוגם
— ש״ך יו״ד קכ״ב ס״ק ד
La raison, écrivent les décisionnaires, est qu’il s’agit d’un double doute : doute — s’en est-on servi aujourd’hui ou hier ? et à supposer qu’on s’en soit servi aujourd’hui — peut-être avec quelque chose qui gâte.
Le Shach ne se contente pas d’énoncer la présomption du seif 6 : il en démonte le ressort. Ce n’est pas une indulgence de convenance, c’est un ספק ספיקא en règle. Et il en tire aussitôt la conséquence, décisive pour la pratique : là où il n’y a qu’un seul doute, la permission tombe — d’où l’interdiction de cuire d’emblée dans les ustensiles d’un non-Juif, et d’où, au seif 9, tout le calcul du Rama sur le temps passé chez l’artisan.
6. La glose du Rama (הגה) — quatre interventions
Le Rama n’intervient que dans quatre des douze seifim — 3, 6, 9 et 11 — mais ses gloses portent chaque fois sur le point où la règle rencontre la vie réelle.
Sur le seif 3 — la mesure du piquant
Deux apports. D’abord une indulgence de calcul : s’il y a soixante contre le seul résidu adhérent, tout est permis, car ce que la paroi a absorbé est déjà gâté et n’a pas besoin d’être annulé. Ensuite, une mesure : les aliments piquants font exception à notre principe, mais אבל לא מחשב התבשיל חריף משום מעט תבלין שבו — quelques épices ne suffisent pas à rendre un plat piquant. Il conclut par la formule de la coutume reçue : וכן נוהגין.
Sur le seif 6 — où commence le profit
Le Mehaber a permis bedieved. Le Rama demande alors : à partir de quand est-on vraiment « après coup » ? Sa réponse tient à la destination de l’acte : de l’eau chauffée pour pétrir n’a pas encore rempli son office — on est encore lechatchila, et il est interdit de pétrir avec. En revanche une chose déjà faite de la main du non-Juif est bedieved et s’achète sans difficulté.
Sur le seif 9 — le compte des doutes
C’est la glose la plus longue du siman, et la plus pratique : le signe à apposer sur l’ustensile confié, la demi-journée comme seuil, la distinction entre le retrait le jour même (un seul doute) et le retrait différé (deux doutes), la הגעלה en cas d’oubli, l’indulgence bedieved en cas de besoin — et la clause de prudence finale sur les personnes employées à la maison.
Sur le seif 11 — l’usage et la contrainte
Le Mehaber croit le non-Juif qui dit ses ustensiles neufs ; le Rama rapporte les avis stricts et fixe l’usage : acheter un ustensile au sein d’un lot, ce qui fait jouer la majorité plutôt que la parole. Mais il réserve expressément le cas de contrainte, où on suit le premier avis, וכן עיקר.
Une même ligne traverse ces quatre gloses : le Rama ne conteste presque jamais la permission de fond — il en délimite l’entrée. Où finit le lechatchila, où commence le bedieved, quelle quantité fait basculer, combien de doutes sont en jeu. C’est un travail de seuils, pas de principes.
7. Cas pratiques modernes
Cas 1 — On a cuit dans la mauvaise casserole
Une casserole laitière a servi hier soir ; ce matin, par distraction, on y réchauffe un plat de viande. Le seif 2 donne la structure de la réponse : si vingt-quatre heures se sont écoulées, ce que la paroi a rendu est un goût gâté, et le plat n’est pas interdit — tout en sachant qu’il était interdit de le faire d’emblée. Restent deux vérifications que le seif 3 impose : la casserole avait-elle été bien lavée, et le plat était-il piquant ? Un cas réel se pose à un Rav ; ce niveau donne les questions, pas le psak.
Cas 2 — La marmite du traiteur, prêtée pour une soirée
Un grand faitout emprunté, dont on ignore l’usage de la veille. Deux seifim se combinent : le seif 7 le présume non בן יומו, et le seif 5 rappelle qu’un grand récipient ne peut de toute façon pas transmettre un goût perceptible à partir d’un interdit infime. Mais aucun des deux n’autorise à s’en servir d’emblée sans cachérisation : la présomption sert après coup.
Cas 3 — Les ustensiles confiés à un atelier
Couteaux à réaffûter, casseroles à réétamer, appareil laissé en réparation : c’est très exactement le seif 9. Le geste que demande le Rama est d’apposer un signe. Et son calcul reste applicable tel quel : un dépôt de quelques minutes ne pose pas de question ; un dépôt d’une demi-journée ou plus avec récupération le jour même conduit à la הגעלה ; un dépôt dont on ne reprend l’objet que plus tard fait jouer le second doute et permet l’indulgence.
Cas 4 — Le plat qu’on fait cuire par quelqu’un d’autre
Le seif 6 est net sur un point que l’on oublie facilement : la permission bedieved ne couvre pas le fait de commander la cuisson — שכל האומר בשל לי הרי הוא כאלו בישל בידיו. Le Mehaber ouvre bien une porte du côté des artisans, qui réservent des ustensiles propres à leur métier, mais il la referme sur une exigence de conduite : l’homme d’âme y sera attentif. Toute la question de la cachrout industrielle et de la supervision moderne prolonge ce seif.
Cas 5 — Vaisselle achetée d’occasion
Brocante, seconde main, vaisselle reprise avec un logement : les seifim 11 et 12 encadrent la question. Le seif 11 autorise à se fier à un vendeur qui parle sans y prêter d’intention et dont la marchandise a l’air de ce qu’il dit ; le Rama préfère l’achat dans un lot. Le seif 12 montre le cas inverse : quand l’aspect même de l’objet trahit qu’il a servi, la parole ne suffit plus. Et il ne faut pas confondre les registres : cette question-ci ne dispense ni de la cachérisation (siman 121) ni de la tevila (siman 120).
8. Synthèse du Siman 122
En une phrase : un goût interdit qui gâte ne rend rien interdit — de sorte que ce qu’un ustensile a absorbé plus de vingt-quatre heures auparavant ne l’interdit plus ; mais les Sages ont défendu de s’en servir d’emblée, et les douze seifim ne font que préciser les quatre mots soulignés : gâte, vingt-quatre heures, d’emblée, et — quand on ne sait pas — ce que l’on présume.
Tableau-mémoire
La question
Le critère
Où
Quand un goût est-il permis ?
Quand il gâte l’aliment
seif 1
À partir de quand est-il gâté ?
מעת לעת — vingt-quatre heures
seif 2
Pourquoi alors s’en priver ?
Une guezéra : lechatchila non, bedieved oui
seif 2
Deux réserves ?
Mal rincée (איסור בעין) · plat piquant
seif 3
Le compte peut-il repartir ?
Oui, en viande et lait, par l’eau chauffée
seif 4
Et si l’interdit est infime ?
Grand récipient : permis même בן יומו · écuelle : non
seif 5
Que présume-t-on ?
Non בן יומו — chez le non-Juif et chez nous
seifim 6-7
Un ustensile interdit égaré ?
בטל ברוב
seif 8
Ustensile laissé chez un tiers ?
Un signe ; puis on compte les doutes
seif 9
Écuelle revenue de chez lui ?
La nourriture est-elle encore visible ?
seif 10
Acheter des ustensiles ?
מסיח לפי תומו · Rama : dans un lot
seif 11
Et l’objet visiblement usagé ?
L’apparence dément la parole : interdit à chaud
seif 12
Questions de compréhension
Le seif 1 permet le goût qui gâte, et le seif 2 interdit pourtant d’utiliser la marmite. Y a-t-il contradiction ? Sur quels deux plans distincts se placent ces deux seifim ?
Pourquoi le seif 3 exige-t-il que la marmite ait été bien rincée ? Qu’est-ce que le temps gâte, et qu’est-ce qu’il ne gâte pas ?
Un plat au poivre est-il un « aliment piquant » au sens du seif 3 ? Quelle phrase du Rama répond ?
Pourquoi l’eau chauffée relance-t-elle le compte des vingt-quatre heures en viande et lait et non pour les autres interdits ? Quelle ligne du Taz l’explique ?
Au seif 5, un tonneau et une écuelle contiennent le même interdit infime. Pourquoi l’un est-il permis même בן יומו et l’autre interdit ?
Le seif 6 permet bedieved, mais le Rama interdit de pétrir avec l’eau chauffée. Où passe, selon lui, la frontière entre lechatchila et bedieved ?
Au seif 9, pourquoi reprendre l’ustensile le lendemain est-il plus indulgent que le reprendre le jour même ?
Les seifim 11 et 12 traitent tous deux d’ustensiles achetés à un non-Juif. Qu’est-ce qui, dans le seif 12, empêche d’appliquer la solution du seif 11 ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : le pilpoul — la ma‘hloket de Rabbi Méir et Rabbi Chimon dans Avoda Zara, la ḥakira sur la nature du décret אטו בת יומא, et le statut des דברים חריפים
✨ Niveau 3 — Synthèse : les tableaux comparatifs (lechatchila / bedieved, présomptions, compte du temps) et la mémorisation rapide des 12 seifim
⚖️ Niveau 4 — Halakha lema‘assé : la psika pratique (Shach, Taz, Pri Hadash, Pitchei Teshuva) et les poskim contemporains
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :