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DAAT · NIVEAU 4 — HALAKHA LEMA'ASSE / PSAK

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 126 — Le mélange avec du yayin nessekh, et le nitsok : le filet qui relie ce que l'on verse à ce dans quoi on le verse — Psika lema'asse
סימן קכ״ו · הלכה למעשה
דין יין שנתערב ביין נסך ודין נצוק חבור
פסק המחבר והרמ״א · הכרעת נושאי הכלים · הסקת ההלכה למקרים בני זמננו
⚖️ פסק הלכה ולמעשה ⚖️
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Halakha lema'asse — la psika pratique

Du psak du Mehaber et du Rama, à l'arbitrage du Taz, du Shach,
du Pitchei Teshuva et du Rambam, jusqu'à la bouteille que l'on verse

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״ו (ז׳ סעיפים)
עם נושאי הכלים: ט״ז, ש״ך, פתחי תשובה, רמב״ם

⚠ Avertissement de niveau :
Ce niveau n'est pas “Daat HaRav” : le Choulhan Aroukh HaRav
(Admour HaZaken) ne couvre pas le Yoreh De'ah, donc pas le Siman 126.
C'est un niveau de psika pratique : ce que l'on fait, et à qui demander.

Rédaction et iyun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

Comment lire ce niveau. Chaque affirmation est ancrée soit dans le texte du Choulhan Aroukh et de ses nossei kelim (Taz, Shach, Pitchei Teshuva), soit dans un posek nommé et vérifiable (Rambam, Tour, Tossefot, Guemara Avoda Zara). Sur le Yoreh De'ah il n'y a ni Mishna Berurah (qui ne commente que l'Orach Chaim), ni Choulhan Aroukh HaRav / Daat HaRav (l'Admour HaZaken n'a pas écrit le YD). Le Aroukh HaChoulhan n'est pas cité ici : son texte sur ce siman ne nous est pas accessible, et l'on ne cite pas ce que l'on ne peut pas vérifier. Il en va de même du Kaf HaHaïm et du Pri Hadach sur ce siman. Le Siman 126 est très court — sept seifim — mais il commande le geste le plus banal qui soit : verser. Là où la question déborde le siman — et un siphon, une pompe, un mécanisme la font déborder très vite — ce niveau le dit et s'arrête : la halakha lema'asse passe par ton Rav.

📑 תוכן העניינים

  1. שורש הסימן — נצוק, קטפרס ומשקה טופח (עבודה זרה ע״ב ע״א)
  2. פסק המחבר והרמ״א — מפת הסימן בז׳ סעיפים
  3. עמוד הנצוק — המערה לתוך יין האסור בהנאה (סעיף א׳)
  4. הפסד מרובה והפסד מועט — סף ההיתר המעשי (סעיף ב׳)
  5. נצוק בר נצוק — היכן נעצרת השרשרת (סעיף ג׳)
  6. שפיכה לאיבוד ומגע בקילוח — (סעיף ד׳)
  7. כלי של עובד כוכבים שלא הודח — משקה טופח וכדי להטפיח (סעיף ה׳)
  8. שיעורי ביטול — ששים, ששה חלקים, וסלק את מינו (סעיפים ו׳–ז׳)
  9. נצוק כתערובת ולא כמגע — כלל הפסק של הסימן
  10. סתם יינם בזמן הזה — מה שהזמן הזה מקל ומה שאינו מקל
  11. מקרים מודרניים — בקבוק, עירוי, משפך, סיפון, משאבה
  12. סיכום מעשי — טבלאות, קישורים, ולמעשה שאל את רבך

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — Seif Alef

דין יין שנתערב ביין נסך ודין נצוק חבור. ובו ז׳ סעיפים:
המערה יין לתוך כלי שיש בו יין עובד כוכבים האסור בהנאה נאסר כל היין שבכלי העליון שהרי העמוד הנצוק מחבר בין היין שבכלי העליון ובין היין שבכלי התחתון ורואים כאילו יין של האיסור מעורב בשל היתר ואם עירה וקיטף שקודם שנגע בשל האיסור הפסיק קלוח היורד מהיין של היתר מותר:

Le cas fondateur. On verse du vin permis dans un récipient qui contient déjà du vin d'un non-Juif interdit à la jouissance. Alors tout le vin du récipient supérieur devient interdit : la colonne de liquide qui descend — le nitsok — relie le vin d'en haut au vin d'en bas, et l'on considère les deux comme mélangés.

Le remède, dans le seif lui-même. S'il a versé en coupant le jet (עירה וקיטף) — c'est-à-dire qu'avant que le liquide n'atteigne le vin interdit, il a interrompu le filet qui descendait du vin permis — tout est permis. Le siman ne se contente donc pas d'interdire : il donne, dès sa première ligne, le geste qui empêche l'interdit de se former.

— Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 126:1 · Sefaria YD 126:1

1. שורש הסימן — נצוק, קטפרס ומשקה טופח

Le mot vient d'ailleurs. Le nitsok n'est pas né dans les lois du vin : c'est un terme des lois de pureté. Une Michna de Makhchirin, citée telle quelle dans notre sougya, énumère trois formes de contact liquide qui ne font pas jonction — le filet qui coule (נצוק), le liquide qui dévale une pente (קטפרס), et la pellicule humide (משקה טופח). Toute la question du siman tient en une phrase : ce qui n'est pas une jonction pour la pureté l'est-il pour le vin ?
« הנצוק והקטפרס ומשקה טופח אינו חיבור לא לטומאה ולא לטהרה »
— משנה מכשירין, מובאת בגמרא (עבודה זרה ע״ב ע״א)
La thèse de Rav Houna, et la réfutation de Rav Nahman. Rav Houna énonce l'inverse pour notre matière — « נצוק וקטפרס ומשקה טופח חיבור לענין יין נסך » (עבודה זרה ע״ב ע״א). Rav Nahman lui demande d'où il le tient, montre que la Michna de Makhchirin ne le prouve pas (son début et sa fin se contrediraient), et la sougya conclut sur ce point אלא מהא ליכא למשמע מינה. Suivent quatre tentatives de preuve — la Michna du entonnoir, la beraïta de Rabbi Hiyya, la Michna du transvasement, le vin qui coule du tonneau — et aucune n'emporte la décision de façon nette.
« המערה מכלי אל כלי את שעירה ממנו מותר ואת שעירה לתוכו אסור »
— משנה (עבודה זרה ע״ב ע״א)

La ma'hloket des Richonim, et la formule que les Tossefot en tirent

Rachi tranche que le nitsok est une jonction, et le Rif comme lui ; Rabbenou Tam tranche qu'il ne l'est pas, en s'appuyant sur Rav Chechet et Mar Zoutra, plus tardifs que Rav Hisda. Le Roch conclut comme Rachi. Le Tour rapporte que le Maharam de Rothenbourg suivait l'usage des grands de France : en cas de perte importante il permettait le nitsok, mais non pour peu de chose. Cette ligne de partage — non pas “qui a raison”, mais “à partir de quel enjeu allège-t-on” — est la ligne que le siman entier va suivre, et les Tossefot la formulent déjà :

« במקום שיש הפסד גדול יש לסמוך על דברי ר״ת להתיר מגע עובד כוכבים ע״י נצוק אבל בהפסד מועט יכול להחמיר כדברי רש״י »
— תוספות עבודה זרה ע״ב ע״ב ד״ה אמר להו רב חסדא

La ḥakira du siman : le nitsok, contact ou mélange ?

(a) Le nitsok serait une forme de contact : la colonne transmet vers le haut l'interdit d'en bas, comme si le non-Juif touchait le récipient supérieur. (b) Le nitsok serait une fiction de mélange : on regarde le vin interdit comme s'il était mêlé au vin permis. Le Mehaber écrit lui-même, dans le seif 1, ורואים כאילו יין של האיסור מעורב בשל היתר — ce qui penche nettement vers (b). Le Taz le dit sans détour, en rapportant le Rachba :

« ומ״מ לכ״ע הנצוק אינו כמגע עובד כוכבים אלא כתערובות יין »
— ט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק ו, בשם הרשב״א
La nafka mina est toute la seconde moitié du siman. Si le nitsok est un contact, il n'y a rien à annuler : un contact ne se dilue pas. S'il est un mélange, alors les règles ordinaires de bittoul s'appliquent — et c'est exactement ce que font les seifim 6 et 7, qui comptent en soixante. Le Taz explique même le mécanisme : les Sages ont institué la jonction du nitsok à la manière d'un interdit absorbé par la chaleur, où l'on exige soixante contre l'ensemble de l'interdit et non contre ce qui a été absorbé.
כלל הפסק של הסימן :
עמוד היין היורד מן הכלי העליון אל הכלי התחתון — העמוד הנצוק — מחבר את השניים, ורואים את האיסור כאילו יין של האיסור מעורב בשל היתר. שלושה דברים מוציאים מכלל נצוק: עירה וקיטף — שהפסיק את הקילוח קודם שנגע באיסור; נצוק בר נצוק — שאין השרשרת נמשכת; והפסד מרובה — שבו סומכים על הפוסקים המתירים. ואין הנצוק אוסר אלא ביין האסור בהנאה, ואינו אוסר יותר מאילו היה מעורב בו ממש.

2. פסק המחבר והרמ״א — la carte des sept seifim

Le Siman 126 compte sept seifim — c'est le compte annoncé par l'en-tête (ובו ז׳ סעיפים) et c'est le compte réel du texte. Le Mehaber conduit les sept ; le Rama gloses quatre fois : au seif 2 (longuement), au seif 5, au seif 6 (un simple renvoi) et au seif 7. Voici la carte d'ensemble, telle qu'elle ressort du texte lui-même.

SeifSujetPsak (ancré dans le texte)
1le nitsok, et le remèdeOn verse du vin dans un récipient qui contient du vin d'un non-Juif interdit à la jouissance : tout le vin du récipient supérieur est interdit, car la colonne relie et l'on voit l'interdit comme mêlé au permis. Mais s'il a versé en coupant le jet avant qu'il n'atteigne l'interdit — permis.
2l'ampleur de la perteLe nitsok ne fait jonction qu'en cas de perte légère ; en cas de perte importante — par exemple il a tiré du tonneau vers un récipient contenant du yayin nessekh — c'est permis. Rama : peu importe la quantité de vin dans le tonneau ; même s'il peut le vendre à un non-Juif ; et tout ce qui tient dans un pichet ou dans un verre est appelé perte légère. Et cela seulement pour le yayin nessekh : pour les autres interdits, pouvoir vendre à un non-Juif sans grande perte n'est pas une perte importante.
3נצוק בר נצוקLe nitsok d'un nitsok n'est pas une jonction. La chaîne s'arrête au premier maillon.
4verser à la perteSi le non-Juif verse le vin dans la boue, sur un tas d'ordures ou en un lieu sale — ce n'est pas une manière de faire une libation, et tout est permis, aussi bien ce qui est sorti que ce qui est resté dedans. Mais si un Juif ou un non-Juif versait ainsi et qu'un non-Juif est venu toucher le jet — tout est interdit.
5récipient non rincéOn verse du vin dans le récipient d'un non-Juif qui n'a pas été rincé et où il n'y a pas de pellicule humide : ce qui a été versé dedans est interdit à la boisson, ce qui reste dans le récipient d'où l'on a versé est permis même à la boisson. Rama : s'il y a de quoi mouiller, le nitsok interdit — mais il n'interdit pas plus que si le vin y était réellement mêlé, et s'il s'agit de stam yeinam il est annulé dans soixante.
6l'eau qui annuleUn pichet de vin contenant une cruche d'eau, dont on a versé dans une fiole contenant du vin de non-Juif : s'il y a dans l'eau du pichet de quoi annuler le vin de la fiole, c'est permis — et la mesure de l'annulation est soixante contre lui.
7le pressoirUn pressoir dont le vin descend vers la fosse, et un non-Juif a touché le jet qui descend : s'il y a dans les pépins, les rafles et les raisins du pressoir soixante contre le jet, ce qui est dans le pressoir n'est pas interdit. Rama : car on écarte l'espèce semblable comme si elle n'était pas, et l'espèce différente devient majoritaire et l'annule ; et la lie de vin non encore épuisée et de moins de douze mois est de même espèce que le vin.

3. עמוד הנצוק — le seif 1 et son remède

המערה יין לתוך כלי שיש בו יין עובד כוכבים האסור בהנאה נאסר כל היין שבכלי העליון

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:א
La source du seif est le Rambam — et le Mehaber y a ajouté quatre mots. Le Mehaber recopie ici le Rambam presque à la lettre. Le Shach ouvre son commentaire là-dessus, et signale précisément l'ajout : le Mehaber a inséré האסור בהנאה, “interdit à la jouissance”, ce que le Rambam n'écrit pas. Ce n'est pas un ornement : c'est la condition d'application du nitsok pour tout le siman.
« המערה יין לתוך כלי שיש בו יין עכו״ם נאסר כל היין שבכלי העליון »
— רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״ב
« ובא להוציא יין שאינו אסור אלא בשתייה דלא שייך ביה ניצוק »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק א
Le remède est dans le seif, et il est ancien. Le Mehaber écrit ואם עירה וקיטף : couper le jet avant qu'il ne touche l'interdit. Ce n'est pas une astuce moderne — c'est la consigne que Rav Hisda donnait aux marchands de vin de son temps, et que le Rambam reprend en deux verbes.
« לפיכך המודד לעכו״ם לתוך כלי שבידו ינפץ נפיצה או יזרק זריקה כדי שלא יהיה נצק חבור »
— רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״ב

Ce que le seif 1 tranche, et ce qu'il ne tranche pas

  1. Le nitsok monte, il ne descend pas. C'est le récipient supérieur qui est atteint. Ce qui est déjà en bas était déjà interdit.
  2. Il ne joue que pour un vin interdit à la jouissance. Le Mehaber l'écrit, le Shach le souligne, et le seif 5 en tirera la conséquence.
  3. Couper le jet suffit. Verser par à-coups, secouer, jeter le liquide plutôt que de le laisser filer : c'est le geste que le Rambam prescrit.
  4. Ce que le seif ne dit pas : ce qu'il en est d'un jet que l'on ne peut pas couper — un tuyau, un siphon, un circuit fermé. Le siman ne légifère que sur une colonne qui tombe à l'air libre. Voir la section 11.

Lema'asse (le geste de verser). Trois réflexes. (1) Ce qui crée le problème, c'est un filet continu entre deux vins. (2) Ce qui l'empêche, c'est de l'interrompre — et l'interrompre avant que le liquide n'atteigne le récipient du bas, non après. (3) Ce qui règle la question par avance, c'est de ne pas verser du tout dans un récipient occupé : on transvase dans un verre vide et propre. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

4. הפסד מרובה והפסד מועט — le seuil du seif 2

הא דנצוק חבור ה״מ בהפסד מועט אבל בהפסד מרובה כגון שהוציא מהחבית לכלי שיש בו יין נסך מותר

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ב
Un seif entier consacré à un seuil. Le Mehaber ne discute plus ici de la nature du nitsok : il en règle le régime. Puisque des Richonim de premier rang tiennent que le nitsok n'est pas une jonction, on ne s'appuie sur la sévérité que tant que l'enjeu reste mince. Le Shach l'écrit en trois mots — on s'appuie sur les décisionnaires qui permettent.
« סמכי׳ אהפוסקים המתירים »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ב

Le Rama fixe l'échelle — et elle est très basse

Le Rama, sur la conclusion du Teroumat HaDéchen (sim. 204), donne trois précisions qui rendent le seuil opérationnel. (1) La quantité restée dans le tonneau ne compte pas : ואין חילוק בין אם היה הרבה יין בחבית או לא. (2) Le fait de pouvoir revendre le vin à un non-Juif n'annule pas la perte — le Shach ajoute la raison : il faudra brader un peu. (3) Et surtout, l'unité de mesure :

« וכל מה שהוא בקנקן או בכוס מקרי הפסד מועט »
— הגה יו״ד קכ״ו:ב
« אלא שצריך לזלזל קצת במכירה לעובד כוכבים »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ג
Le Taz refuse le second motif du Teroumat HaDéchen. Le Teroumat HaDéchen donnait deux raisons d'appeler cela une perte importante : la première, que sur le yayin nessekh de notre temps on ne pèse pas aussi finement ; la seconde, que si l'on tenait cela pour une perte légère et qu'on vendît le vin au non-Juif, il en sortirait un allègement, plusieurs grands ayant interdit une telle vente. Le Taz écarte la seconde : elle ne vaut pas pour nous, puisque nous tenons (siman 123) que le stam yeinam est permis à la jouissance de nos jours — et à plus forte raison dans la loi du nitsok, qui n'est qu'une rigueur.
« וכ״ש בדין דנצוק שאינו אלא חומרא »
— ט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק א
« ע״כ פשוט שגם בהפסד מועט יכול למכרו לעובד כוכבים »
— ט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק ב
Le Pitchei Teshuva resserre encore le seuil. Sur le seif 7, il rapporte le Dagoul Merevava : le cas du pressoir suppose qu'il n'y ait aucune perte, et qu'on puisse le vendre à un non-Juif sans même avoir à brader ; mais dès qu'il y a une perte, fût-elle légère, on ne dit plus que le nitsok fait jonction.
« אבל אם יש הפסד קצת שצריך לזלזל קצת במכירה לעובד כוכבים לא אמרינן נצוק חבור בחבית »
— פתחי תשובה יו״ד קכ״ו ס״ק ב, בשם דגול מרבבה

👈 L'échelle du seif 2, en pratique

  1. Un verre, un pichet, une bouteille — perte légère selon le Rama : on est strict.
  2. Un tonneau, un fût, une caisse — c'est l'exemple même que le Mehaber donne de la perte importante : on s'appuie sur ceux qui permettent.
  3. Entre les deux, le texte ne donne pas de chiffre. Le Rama raisonne en contenants, le Dagoul Merevava en argent perdu. Ce n'est pas une question qu'un tableau tranche.
  4. Une limite explicite : tout ceci vaut pour le yayin nessekh. Le Rama écarte l'extension aux autres interdits — « ודוקא ביין נסך » — où la revente possible signifie précisément qu'il n'y a pas de perte importante.

5. נצוק בר נצוק — où s'arrête la chaîne

נצוק בר נצוק אינו חבור:

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ג
Cinq mots, et une conséquence énorme. Si le nitsok était un contact véritable, il se propagerait : le récipient interdit par nitsok interdirait à son tour celui qui verse en lui. Le seif 3 refuse ce prolongement, et le Tour note qu'il n'y a là aucune divergence — « וניצוק בר ניצוק לכולי עלמא שרי » (טור יו״ד סימן קכ״ו). Le Shach et le Taz donnent tous deux le même cas d'école.
« ואם חזר ישראל ויצק מכלי אחר לקנקן מה שבכלי האחר מותר »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ה

👈 Le cas en trois temps

  1. Un Juif verse d'un pichet dans une fiole contenant du vin interdit : le pichet est atteint par le nitsok.
  2. Il verse ensuite d'un second récipient dans ce pichet devenu interdit.
  3. Le second récipient reste permis : le nitsok d'un nitsok n'est pas une jonction. L'interdit ne remonte pas d'un cran de plus.

Lema'asse. Ce seif est celui qui limite les dégâts : un accident de versement n'entraîne pas une cascade indéfinie. Il ne dit pas pour autant que le premier récipient est récupérable — cela dépend du seif 2 (l'ampleur de la perte) et du seif 5 (la nature exacte du vin d'en bas). Consulte ton Rav.

6. שפיכה לאיבוד ומגע בקילוח — le seif 4

אם העובד כוכבים מערה יין מכלי לטיט או לאשפה או למקום לכלוך אין דרך נסוך בכך והכל מותר בין מה שיצא לחוץ בין מה שבפנים

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ד
Deux raisons se conjuguent. D'abord, jeter du vin dans la boue n'est pas une manière de faire une libation — l'interdit qui frappe le geste du non-Juif suppose une manière de servir une idole, et la destruction pure n'en est pas une. Ensuite, celui qui verse à la perte a lui-même annulé son intention. Le Shach le rapporte au nom du Levouch, qui le tient du Raavad — et cela vaut même si ce non-Juif touche ce qu'il déverse.
« שכיון שהוא בעצמו שופכו לאיבוד הרי בטלי׳ מחשבתיה ושויה כמים בעלמא ואין כאן מחשבת ניסוך כלל »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ז, בשם העט״ז
Attention à la borne : “lieu sale” n'est pas “par terre”. Le Taz et le Shach s'accordent pour refuser l'extension au sol nu. Le motif est concret et il est cité au nom du Rachba : eux aussi répandent du vin sur le sol devant leurs idoles. Le lieu doit être malpropre, non simplement extérieur.
« אבל שלא במקום לכלוך הוי דרך ניסוך שאף הם מזלפים על הקרקע לפני עבודת כוכבים שלהם »
— ט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק ד
אבל אם היה ישראל או עובד כוכבים מערה לטיט או לאשפה ובא עובד כוכבים ונגע בקלוח הכל אסור

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ד
Et la seconde moitié renverse la première. Le heter tenait à ce que celui qui verse détruise son propre vin. Qu'un autre non-Juif survienne et touche le jet, et rien de tout cela ne joue : il n'a rien annulé, lui. Son contact atteint le jet, et le jet — par nitsok — atteint ce qui reste dans le récipient. La Guemara donnait déjà la consigne préventive, sur un autre plan, aux Juifs qui vidaient du vin : que le non-Juif ne s'approche pas pour aider.
« כי שפכיתו חמרא לא ליקרב גוי לסייע בהדייכו »
— עבודה זרה ע״ב ע״ב

Lema'asse (vider une bouteille). Le seif décrit une situation qui se produit encore : on jette un vin devenu problématique. Il enseigne deux choses opposées et également pratiques. Ce qui rassure : déverser à la poubelle ou à l'évier n'est pas un geste de libation, et n'atteint pas ce qui reste dans le récipient. Ce qui alerte : une main qui vient toucher le jet pendant qu'on verse change tout, et le sol nu n'est pas un “lieu sale”. Pour ta situation, consulte ton Rav.

7. כלי שלא הודח — le seif 5, et la ligne qui commande

המערה יין לתוך כלי של עובד כוכבים שלא הודח ואין בו משקה טופח את שעירה בו אסור בשתייה ואת שעירה ממנו מותר אפי׳ בשתייה

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ה
Le seif 5 est la contre-épreuve du seif 1. Ici le récipient du bas ne contient pas de vin : il est seulement imprégné, non rincé, sans même une pellicule humide. Le vin qu'on y verse devient interdit à la boisson — c'est le régime des ustensiles, traité au siman 137. Mais ce qui reste dans le récipient d'où l'on a versé est permis même à la boisson : il n'y a pas de nitsok, parce qu'il n'y a pas en bas de vin interdit à la jouissance.
« שלא אמרו נצוק חבור אלא המערה לתוך יי״נ האסור בהנאה »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ט, בשם הרשב״א ורבינו ירוחם

La glose du Rama — et la phrase la plus utile du siman

Le Rama corrige le cas par le haut et par le bas. Par le haut : si le récipient contient assez de liquide pour mouiller (כדי להטפיח), il y a bien nitsok — et le Shach ajoute que dans un récipient destiné à conserver du vin, une simple humidité suffit. Par le bas : et ce nitsok, même là où il s'applique, n'interdit jamais davantage qu'un mélange réel.

« מיהו אינו אוסר יותר מאילו היה מעורב בו ואם הוא סתם יינם בטל בס׳ »
— הגה יו״ד קכ״ו:ה
« ואם הוא כלי שמכניסו לקיום אפילו בטופח לחוד הוי חבור »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק י, בשם רבינו ירוחם

👈 Les quatre états du récipient d'en bas

  1. Du vin interdit à la jouissance — nitsok plein : seif 1.
  2. Du vin interdit seulement à la boisson — pas de nitsok, selon le Shach au nom du Rachba : le mot האסור בהנאה du seif 1 est là pour cela.
  3. Pas de vin, mais de quoi mouiller — nitsok, dit le Rama ; et un récipient de conservation abaisse encore le seuil.
  4. Ni vin ni humidité, seulement un ustensile imprégné — pas de nitsok du tout : ce qui reste en haut est permis même à la boisson.

Lema'asse (la carafe et le verre non rincés). Ce seif est celui qui traite le cas le plus fréquent aujourd'hui : verser un vin cachère dans un verre, une carafe ou un décanteur qui a servi et n'a pas été lavé. La première question à poser n'est pas “y a-t-il eu contact ?” mais “qu'y a-t-il exactement au fond ?” — du vin, une flaque, une trace humide, ou rien qu'un ustensile sec. Les quatre réponses n'ont pas le même régime, et le Pitchei Teshuva renvoie ici à une teshuva pour les cas limites. Consulte ton Rav.

8. שיעורי ביטול — les proportions des seifim 6 et 7

אם יש במים של קנקן לבטל היין שבצלוחית מותר ושיעור הביטול היינו שיהיה במים ס׳ כנגדו

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ו
Pourquoi de l'eau, et pas du vin ? Parce que dans le régime ancien, le vin interdit mêlé à du vin est une espèce dans son espèce, qui n'est pas annulée. Seule l'eau — espèce différente — peut annuler. Le Taz le note et en tire aussitôt la conséquence pour nous : puisque nous tenons (siman 134) que le stam yeinam est annulé, l'eau n'est plus nécessaire ici. Le Mehaber raisonne dans le régime strict, le Taz nous replace dans le nôtre.
La contradiction que le Shach laisse ouverte. Notre seif dit soixante. Mais le Choulhan Aroukh lui-même, au siman 134, donne une autre mesure pour l'eau qui annule le goût du vin — « כמה יהא במים ויהא בהם כדי לבטל טעם היין ששה חלקים כנגדו » (שו״ע יו״ד קל״ד:ה) : six parts. Le Shach relève que certaines éditions portent ici une glose renvoyant à ce siman 134, que le Bach dans son Kountress Aharon a tranché pour les six parts, et qu'il faudrait peut-être corriger notre seif — mais que le Levouch écrit deux fois “soixante” en toutes lettres. Il conclut sans trancher.
« אך בעט״ז כתוב בפירוש ששים תרי זימני וצ״ע »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק י״א
גת שהיין יורד ממנו לבור ונגע עובד כוכבים בקלוח היורד אם יש בחרצנים וזגים וענבים שבגת ששים כנגד הקילוח לא נאסר מה שבגת

— שולחן ערוך יו״ד קכ״ו:ז
Le mécanisme du seif 7 : “écarter l'espèce semblable”. Le non-Juif a touché le jet qui descend du pressoir ; par nitsok, l'interdit remonte vers ce qui est encore dans le pressoir. On compte alors non pas le vin — même espèce, qui n'annule pas — mais les pépins, les rafles et les raisins. Le Rama en donne la formule, qui vient de la Guemara sur notre sougya : on regarde le permis de même espèce comme s'il n'était pas, et le reste devient majoritaire et annule.
« דאמרינן סלק את מינו כאילו אינו ושאינו מינו רבה עליו ומבטלו »
— הגה יו״ד קכ״ו:ז
« רואין את ההיתר כאילו אינו והשאר מים רבין עליו ומבטלין אותו »
— עבודה זרה ע״ג ע״א

Le Rama ajoute une définition, et le Shach conteste toute la construction

Le Rama précise que la lie de vin non encore épuisée et vieille de moins de douze mois compte comme même espèce que le vin : elle ne fait donc pas nombre dans l'annulation. Puis vient l'objection du Shach, longue et frontale : ce calcul de “סלק את מינו” ne se comprend que selon le Tour, pour qui le stam yeinam ne s'annule pas dans son espèce ; mais selon le Rama lui-même, qui tient au siman 134 que le stam yeinam est annulé dans soixante — et qui l'écrit ici même à la fin du seif 5 — il n'y a rien à écarter, tout se compte ensemble. Le Shach propose des réponses, puis rapporte les Tossefot, et laisse la chose צ״ע לדינא.

« ומכל מקום היכא שיש הפסד מרובה סמכינן אפסק רבינו תם »
— תוספות עבודה זרה ע״ב ע״ב ד״ה אמר להו רב חסדא

👈 Ce qu'il faut retenir des proportions — et ce qu'il ne faut pas en faire

  1. Le nitsok se compte. C'est la conséquence directe de la ḥakira : puisqu'il vaut mélange, il s'annule.
  2. La mesure du siman est soixante, aux seifim 6 et 7.
  3. Mais le siman 134 dit six parts pour l'eau, et le Shach a laissé la contradiction ouverte, en צ״ע.
  4. Et le Rama du siman 134 pose une restriction supplémentaire : là où le mélange s'est fait par nitsok, « אין היין העליון מועיל ליין התחתון לבטל האיסור » (הגה יו״ד קל״ד:ב) — le vin du haut ne sert pas à annuler celui du bas.
  5. Conclusion opératoire : ce sont trois textes qui se corrigent l'un l'autre. Personne ne calcule un bittoul seul, avec un tableau et une calculette. On appelle un Rav.

9. נצוק כתערובת ולא כמגע — le principe qui commande tout

Reprenons la ḥakira, maintenant qu'on a lu les sept seifim. Le texte a répondu, et il a répondu quatre fois. (1) Au seif 1, par le mot même du Mehaber : on voit l'interdit comme mêlé au permis. (2) Au seif 3, en refusant la propagation : un contact se transmettrait, un mélange non. (3) Au seif 5, par la ligne du Rama : le nitsok n'interdit pas plus qu'un mélange réel. (4) Aux seifim 6 et 7, en comptant en soixante. Le Taz explique le mécanisme par une analogie de droit alimentaire ordinaire.
« דחכמים עשו חיבור הניצוק ביין נסך כהיתר הבלוע איסור על ידי שהוא רותח »
— ט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק ו
Ce que l'analogie donne exactement. Dans un interdit absorbé par la chaleur, on n'exige pas soixante contre ce qui a effectivement pénétré, mais soixante contre l'ensemble de l'objet interdit. Les Sages ont fait de même pour le nitsok : on ne mesure pas la colonne de liquide qui a réellement fait pont, on mesure comme si tout le vin interdit était présent en haut. C'est ce qui rend le nitsok à la fois plus lourd qu'il n'y paraît (on compte contre tout) et plus léger qu'un contact (on compte, donc on peut annuler).
שלוש מסקנות מן היסוד הזה :
אחת — הנצוק בטל, שהרי כתערובת הוא. שתים — אינו מתפשט, שהרי אין כאן מגע המשתלשל, ולכך נצוק בר נצוק אינו חבור. שלוש — אינו אוסר אלא ביין האסור בהנאה, שאין תערובת חמורה מן המעורב עצמו. וזהו לשון הרמ״א: אינו אוסר יותר מאילו היה מעורב בו.

10. סתם יינם בזמן הזה — ce que notre époque change

Le point de départ est au siman 123. Le Rama y rapporte que, de nos jours où il n'est pas courant que les nations fassent des libations, il y a qui tiennent que le contact d'un non-Juif dans notre vin n'est interdit qu'à la boisson, et non à la jouissance — et de même leur vin ordinaire.
« י״א דמגע עובד כוכבים ביין שלנו אינו אסור בהנאה רק בשתייה »
— הגה יו״ד קכ״ג:א
Une objection immédiate — et le Shach l'a posée lui-même. Si le nitsok ne joue que pour un vin interdit à la jouissance (seif 5), et que de nos jours plus rien ne l'est, le nitsok ne devrait plus jamais jouer. Le Shach voit la difficulté et la referme : on dit malgré tout ici que le nitsok fait jonction, puisque selon la stricte loi ce vin aurait été interdit à la jouissance.
« מ״מ אמרי׳ בזה ניצוק חבור כיון דמן הדין היה אסור בהנאה ופשוט הוא »
— ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ט

👈 Ce que l'époque allège, et ce qu'elle n'allège pas

  1. Elle n'abolit pas le nitsok. Le Shach l'écrit, et il ajoute ופשוט הוא.
  2. Elle allège la conséquence patrimoniale. Le vin atteint n'est pas perdu : le Taz écrit qu'on peut le vendre à un non-Juif même en cas de perte légère.
  3. Elle allège le calcul. Le Rama tranche au siman 134 que le stam yeinam de notre temps est annulé dans soixante — « ויש אומרים דכל סתם יינם בזמן הזה בטל בששים » (הגה יו״ד קל״ד:ב) — et il ajoute « וכן נוהגין להקל ».
  4. Elle allège le seuil. Le Taz appuie l'indulgence en perte importante sur ce que le nitsok n'est de toute façon qu'une rigueur.
  5. Mais elle ne renverse rien. Chacun de ces quatre points est une position rapportée, avec ses conditions ; aucun n'est un permis général de verser dans un vin interdit. La différence entre “il y a de quoi s'appuyer en cas de perte” et “c'est permis” est précisément ce que l'on demande à un Rav.

11. מקרים מודרניים — le siman 126 à notre table

Les cinq questions du siman, dans l'ordre où il faut les poser. (1) Qu'y a-t-il dans le récipient du bas — du vin interdit à la jouissance, du vin interdit seulement à la boisson, une humidité, ou rien ? (seifim 1 et 5). (2) Le filet a-t-il été continu jusqu'au contact, ou coupé ? (seif 1). (3) Quel est l'enjeu — un verre, une bouteille, un fût ? (seif 2). (4) Est-on au premier maillon ou au second ? (seif 3). (5) Y a-t-il de quoi annuler, et selon quelle mesure ? (seifim 6-7, et siman 134). Ce qui n'est pas dans ce siman : la force du non-Juif (siman 125), le mélange sans nitsok (siman 134), les ustensiles imprégnés (siman 137).
Cas moderneOutil du simanOrientation (à confirmer auprès du Rav)
On verse du vin cachère dans un verre qui contient déjà du vin non cachèreSeif 1C'est le cas fondateur, à la lettre. La colonne relie, et l'atteinte remonte vers la bouteille que l'on tient. La question qui suit immédiatement est celle du seif 2 : quel est l'enjeu ?
Le geste qui empêche : couper le jetSeif 1 · רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״בעירה וקיטף : interrompre le filet avant qu'il n'atteigne le vin d'en bas. Le Rambam prescrit deux gestes — ינפץ נפיצה, יזרק זריקה. Verser par à-coups plutôt qu'en un filet continu.
Une bouteille de vin cachère tenue et versée par un non-JuifSiman 125 · renvoi de la הגה יו״ד קכ״ה:א vers notre simanLe fait que le vin sorte de sa force relève du siman 125, non du nôtre. Le siman 126 n'intervient que sur ce qui reste dans la bouteille — et c'est précisément là que le Rama, au siman 125, renvoie à notre seif 2 : on est strict, sauf perte importante.
Transvaser dans une carafe, un décanteur ou un verre non rincésSeif 5 · ש״ך ס״ק ט–יTout dépend de ce qu'il y a au fond : du vin, une flaque suffisante pour mouiller, une trace, ou rien. Sans vin ni humidité, ce qui reste en haut est permis même à la boisson. Avec de quoi mouiller, le Rama dit qu'il y a nitsok — et davantage encore dans un récipient de conservation.
Un entonnoir qui a serviמשנה (עבודה זרה ע״ב ע״א) · רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״גC'est la Michna d'où part toute la sougya : s'il reste dans l'entonnoir une retenue de vin, on n'y mesure pas ensuite pour un Juif avant de l'avoir rincé et essuyé. Le régime propre des ustensiles est au siman 137.
Un siphon, un tuyau, une paille de dégustationעבודה זרה ע״ב ע״ב · הגהת הגמרא עצמהLa Guemara raconte le cas — un non-Juif pose la main sur le siphon et Rava interdit tout le vin — puis refuse d'en tirer une preuve sur le nitsok : « שאני התם דכולי חמרא אגישתא ובת גישתא גריר ». Un siphon n'est donc pas traité comme un nitsok ordinaire, et le Mehaber ne légifère pas dessus dans notre siman. Question à poser telle quelle à un Rav.
Un vase à deux becs, deux personnes qui aspirent en même tempsעבודה זרה ע״ב ע״ב · רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״דMar Zoutra permet le קנישקנין, à condition que le Juif s'arrête le premier. Le cas est rapporté dans la sougya du nitsok mais réglé ailleurs qu'ici ; il montre surtout qu'une colonne montante n'est pas automatiquement une colonne descendante.
Une pompe, une tireuse, un remplisseur automatique, un circuit sous pressionLe siman donne le principe — et s'arrête làLe Choulhan Aroukh ne légifère ici que sur une colonne qui tombe à l'air libre entre deux récipients ouverts. Un circuit fermé, une aspiration, une force qui n'est plus celle d'une main : ni le siman, ni ses nossei kelim ne s'en occupent. À décrire au Rav mécanisme en main, sans extrapoler.
Vider une bouteille devenue problématique dans l'évierSeif 4 · ט״ז ס״ק ד · ש״ך ס״ק ו–זVerser à la perte n'est pas une manière de libation, et ce qui reste dans le récipient n'en est pas atteint. Deux réserves du texte : le lieu doit être sale, et non le sol nu ; et si un non-Juif touche le jet en cours, tout est atteint.
Un accident : deux vins se mêlent dans un même récipient, sans versementSiman 134, non le nôtreSans colonne de liquide, il n'y a pas de nitsok du tout : c'est un mélange ordinaire, dont le lieu propre est le siman קל״ד · 134. Le Rama de notre seif 5 y renvoie lui-même.
Combien faut-il pour annuler ?Seifim 6-7 · שו״ע יו״ד קל״ד:ה · ש״ך ס״ק י״אNotre siman compte en soixante ; le siman 134 parle de six parts pour l'eau ; le Shach relève la contradiction et la laisse en צ״ע ; et le Rama du siman 134 ajoute que le vin d'en haut ne compte pas pour annuler celui d'en bas. Aucun calcul ne se fait sans Rav.
Un deuxième versement, dans le récipient déjà atteintSeif 3נצוק בר נצוק אינו חבור : le second récipient n'est pas atteint. La chaîne s'arrête au premier maillon.
Le vin est mevouchalשו״ע יו״ד קכ״ג:ג — hors de notre simanLe régime du vin cuit relève du siman 123 ; et la certification “mevushal” d'un vin industriel relève du psak et de la surveillance, non du texte de notre siman.

Lema'asse. Avant de poser la question, rassemble les faits que le siman réclame, dans cet ordre : ce qu'il y avait en bas (vin, flaque, trace, rien) ; le statut de ce vin d'en bas (interdit à la jouissance, ou seulement à la boisson) ; la continuité du jet (coupé ou non, et coupé avant ou après le contact) ; ce qui est en jeu (un verre, une bouteille, un fût, une cave) ; combien de versements (premier ou second maillon) ; et ce qu'il y a pour annuler (de l'eau, de la matière solide, rien). Avec ces six éléments, la question devient posable. Sans eux, aucun tableau ne peut répondre — et avec eux, c'est ton Rav qui répond.

12. סיכום מעשי — récapitulatif et tableaux

טבלה — les mesures du siman, en pratique

QuestionMesure (en pratique)Source
Verser dans du vin interdit à la jouissanceTout le récipient supérieur est interditשו״ע יו״ד קכ״ו:א ; רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״ב
Verser en coupant le jet avant le contactPermisשו״ע יו״ד קכ״ו:א ; עבודה זרה ע״ב ע״ב
Verser dans un vin interdit seulement à la boissonPas de nitsokש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק א ; ש״ך ס״ק ט
Perte légère (un verre, un pichet)On est strict : le nitsok fait jonctionשו״ע יו״ד קכ״ו:ב + הגה
Perte importante (un tonneau)Permis — on s'appuie sur les décisionnaires indulgentsשו״ע יו״ד קכ״ו:ב ; ש״ך ס״ק ב ; תוספות עבודה זרה ע״ב ע״ב
Pouvoir revendre le vin à un non-JuifN'empêche pas de qualifier la perte d'importante — il faut braderהגה יו״ד קכ״ו:ב ; ש״ך ס״ק ג
Vendre le vin atteint à un non-Juif, même en perte légèrePossible selon le Taz, de nos joursט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק א–ב
Les autres interdits que le yayin nessekhLa revente possible signifie qu'il n'y a pas de perte importanteהגה יו״ד קכ״ו:ב
Second versement dans le récipient déjà atteintPermis — נצוק בר נצוק אינו חבורשו״ע יו״ד קכ״ו:ג ; טור יו״ד סימן קכ״ו ; ש״ך ס״ק ה
Un non-Juif verse dans la boue, l'ordure, un lieu saleTout permis — dedans comme dehorsשו״ע יו״ד קכ״ו:ד
Verser sur le sol nuN'est pas couvert par ce heterט״ז יו״ד קכ״ו ס״ק ד ; ש״ך ס״ק ו
Un non-Juif touche le jet pendant qu'on verse à la perteTout est interditשו״ע יו״ד קכ״ו:ד
Verser dans un récipient non rincé, sans humiditéCe qui est versé : interdit à la boisson. Ce qui reste en haut : permis même à la boissonשו״ע יו״ד קכ״ו:ה ; ש״ך ס״ק ח–ט
Récipient non rincé avec de quoi mouillerNitsok — mais pas plus qu'un mélange réelהגה יו״ד קכ״ו:ה
Récipient destiné à conserver du vinUne simple humidité suffit à faire jonctionש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק י
Annulation par de l'eau dans le récipient supérieurSoixante contre lui — selon notre seifשו״ע יו״ד קכ״ו:ו
La même question au siman 134Six parts — contradiction relevée et laissée en צ״עשו״ע יו״ד קל״ד:ה ; ש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק י״א
Le pressoir dont on a touché le jetSoixante dans les pépins, rafles et raisins contre le jetשו״ע יו״ד קכ״ו:ז
Comment compterOn écarte l'espèce semblable, le reste annuleהגה יו״ד קכ״ו:ז ; עבודה זרה ע״ג ע״א
La lie de vin de moins de douze moisCompte comme même espèce que le vinהגה יו״ד קכ״ו:ז
Le vin du haut aide-t-il à annuler celui du bas ?Non, là où le mélange s'est fait par nitsokהגה יו״ד קל״ד:ב
Stam yeinam de notre tempsAnnulé dans soixante, et tel est l'usage indulgentהגה יו״ד קל״ד:ב
Le nitsok subsiste-t-il de nos jours ?Oui — puisque selon la stricte loi ce vin eût été interdit à la jouissanceש״ך יו״ד קכ״ו ס״ק ט

טבלה — qui dit quoi (nossei kelim du siman)

PosekApport décisif (ancré corpus)
Mehaber (ז׳ סעיפים)Le nitsok et le remède du jet coupé (s.1) ; le seuil de la perte (s.2) ; נצוק בר נצוק (s.3) ; verser à la perte, et le contact avec le jet (s.4) ; le récipient non rincé et les deux sens du versement (s.5) ; l'annulation par l'eau, en soixante (s.6) ; le pressoir et les soixante contre le jet (s.7).
Rama (הגה sur s.2, s.5, s.6, s.7)s.2 : la quantité restée dans le tonneau ne compte pas, la revente possible non plus, un pichet ou un verre sont une perte légère, et tout cela ne vaut que pour le yayin nessekh ; s.5 : כדי להטפיח fait nitsok, mais le nitsok n'interdit pas plus qu'un mélange réel et le stam yeinam est annulé dans soixante ; s.6 : renvoi au siman 134 ; s.7 : סלק את מינו, et la définition de la lie de moins de douze mois.
Taz (טורי זהב, ז׳ ס״ק)ס״ק א : le second motif du Teroumat HaDéchen ne vaut pas pour nous, et le nitsok n'est qu'une rigueur ; ס״ק ב : contre le Levouch — on peut vendre au non-Juif même en perte légère ; ס״ק ג : le cas du נצוק בר נצוק ; ס״ק ד : “lieu sale” et non le sol nu ; ס״ק ה : le Raavad sur le contact d'un second non-Juif ; ס״ק ו : le plus long du siman — le nitsok vaut mélange et non contact, d'où le bittoul en soixante ; ס״ק ז : pourquoi il faut de l'eau, et pourquoi nous n'en avons plus besoin.
Shach (שפתי כהן, י״ג ס״ק)ס״ק א : le seif est le Rambam, plus l'ajout décisif האסור בהנאה ; ס״ק ב : en perte importante on s'appuie sur ceux qui permettent ; ס״ק ג : il faut brader ; ס״ק ד : le raisonnement du Teroumat HaDéchen ; ס״ק ה : le cas du נצוק בר נצוק ; ס״ק ו : le sol nu, contre le Levouch ; ס״ק ז : celui qui verse à la perte a annulé son intention ; ס״ק ח : renvoi au siman 137 ; ס״ק ט : le nitsok ne joue que pour un vin interdit à la jouissance — et il joue encore de nos jours ; ס״ק י : le récipient de conservation ; ס״ק י״א : la contradiction ששים / ששה חלקים, laissée en צ״ע ; ס״ק י״ב : et de même pour un tonneau ; ס״ק י״ג : l'objection au סלק את מינו du Rama, les Tossefot, et צ״ע לדינא.
Pitchei Teshuva (ב׳ ס״ק)ס״ק א : sur le versement du seif 5, renvoi au Panim Meirot et aux teshuvot de son frère ; ס״ק ב : le Dagoul Merevava sur le seif 7 — dès qu'il y a la moindre perte, on ne dit plus que le nitsok fait jonction.
Rambam (הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב)הלכה י״ב : la source du seif 1, et la prescription des deux gestes qui coupent le jet ; הלכה י״ג : l'entonnoir et la retenue de vin ; הלכה י״ד : le vase à deux becs ; הלכה ט״ו : celui qui aspire à la pipette.
Tour (יו״ד סימן קכ״ו)La ma'hloket Rachi / Rabbenou Tam, la conclusion du Roch comme Rachi, l'usage du Maharam de Rothenbourg d'alléger en cas de perte importante, l'unanimité sur le נצוק בר נצוק, et le psak du Tour lui-même sur le stam yeinam.
Guemara et Tossefot (עבודה זרה ע״ב–ע״ג)ע״ב ע״א : la Michna de l'entonnoir et du transvasement, la Michna de Makhchirin, la thèse de Rav Houna et la réfutation de Rav Nahman ; ע״ב ע״ב : la consigne de Rav Hisda de couper le jet, celle de Rava sur le non-Juif qui aide, le siphon de Rava et le קנישקנין ; ע״ג ע״א : ראשון ראשון בטל et רואין את ההיתר כאילו אינו ; et les Tossefot, qui fixent la ligne — s'appuyer sur Rabbenou Tam en cas de perte importante.

Liens Sefaria (texte et nossei kelim)

Choulhan Aroukh YD 126 : 126:1 · 126:2 · 126:3 · 126:4 · 126:5 · 126:6 · 126:7
Taz (Turei Zahav) : 126 s.k. 1 · 126 s.k. 4 · 126 s.k. 6
Shach (Siftei Kohen) : 126 s.k. 1 · 126 s.k. 9 · 126 s.k. 13
Pitchei Teshuva : 126 s.k. 1 · 126 s.k. 2
Tour et Beit Yossef : טור יו״ד קכ״ו · בית יוסף יו״ד קכ״ו
Rambam : מאכלות אסורות י״ב:י״ב · י״ב:י״ג · י״ב:י״ד
Guemara et Tossefot : עבודה זרה ע״ב ע״א · עבודה זרה ע״ב ע״ב · עבודה זרה ע״ג ע״א · תוספות עבודה זרה ע״ב ע״ב
Simanim voisins : YD 123:1 (stam yeinam de nos jours) · YD 134:2 (le mélange) · YD 137:1 (les ustensiles)

👈 הלכה למעשה — la règle d'or de ce niveau

  1. Sur le fond, retiens la ligne unique du siman : un filet continu entre deux vins fait remonter l'interdit d'en bas vers le récipient d'en haut — et l'on regarde cela comme un mélange, non comme un contact.
  2. Trois portes de sortie, et le siman les donne lui-même : couper le jet (seif 1), l'ampleur de la perte (seif 2), et le second maillon (seif 3).
  3. Une condition qui vaut pour tout le siman : le nitsok ne joue que face à un vin interdit à la jouissance. C'est l'ajout du Mehaber au texte du Rambam, et le Shach le souligne dès sa première ligne.
  4. La conséquence de la ḥakira est numérique : parce que c'est un mélange, cela s'annule. Mais les mesures divergent — soixante ici, six parts au siman 134, et le Shach a laissé la contradiction ouverte. C'est une raison de plus de ne rien calculer seul.
  5. Notre époque allège les conséquences, pas la règle : le vin atteint se vend, le stam yeinam s'annule dans soixante, le nitsok n'est qu'une rigueur — mais le Shach maintient qu'il joue, et ajoute ופשוט הוא.
  6. Et pour tout cas réel — un verre, une carafe, un entonnoir, un siphon, une pompe, une cave entière — la halakha lema'asse passe par ton Rav : consulte ton Rav.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
פסק והלכה למעשה בדין יין שנתערב ביין נסך ודין נצוק חבור · סימן קכ״ו · ⚖️ Niveau 4 — Halakha lema'asse
⚠️ Ce contenu est à but d'étude. Les courants de psika contemporains cités (séfarades et ashkénazes) sont des repères, non un psak personnel. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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