Du psak du Mehaber et du Rama, à l’arbitrage du Chakh, du Taz
et du Baer Hetev, jusqu’à la cuve qu’on envoie réparer
Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ו (סעיף אחד)
עם נושאי הכלים: ש״ך, ט״ז, באר היטב, בית יוסף, טור
⚠ Avertissement de niveau :
Ce niveau n’est pas “Daat HaRav” : le Choulhan Aroukh HaRav
(Admour HaZaken) ne couvre pas le Yoreh De'ah, donc pas le Siman 136.
C’est un niveau de psika pratique : ce que l’on fait, et à qui demander.
Rédaction et iyun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Comment lire ce niveau. Chaque affirmation est ancrée soit dans le texte du Choulhan Aroukh et de ses nossei kelim, soit dans un posek nommé et vérifiable (Tour, Beit Yossef, guemara Avoda Zara). Sur le Yoreh De'ah il n’y a ni Mishna Beroura (qui ne commente que l’Orach Chaim), ni Choulhan Aroukh HaRav (l’Admour HaZaken n’a pas écrit le YD). Le Pit’hei Techouva ne commente pas ce siman — il n’y a donc rien à en rapporter, et l’on ne lui prête rien. Le Aroukh HaChoulhan n’est pas cité ici : son texte sur ce siman ne nous est pas accessible, et l’on ne cite pas ce que l’on ne peut pas vérifier. Restent, et ils suffisent : le Chakh (5 ס״ק), le Taz (2 ס״ק) et le Baer Hetev (3 ס״ק). Là où la question déborde le siman, ce niveau le dit et s’arrête : la halakha lema'asse passe par ton Rav.
השולח ביד עובד כוכבים כלים המיוחדים ליין צריך להחתימם בחותם אחד כדי שיהא ניכר אם הכניס בהם העובד כוכבים יין ויש מי שמצריך חותם בתוך חותם
Le cas fondateur. On expédie, par la main d’un non-Juif, des récipients réservés au vin — et ils sont vides. Le Mehaber n’exige pas qu’on renonce à les envoyer : il exige qu’on les scelle, et il donne le motif dans la phrase même — כדי שיהא ניכר, pour que l’usage se voie.
Et il rapporte aussitôt un second avis. Un sceau, ou deux ? Le Mehaber tranche pour un et signale l’exigence du חותם בתוך חותם ; c’est là toute la ma’hloket du siman, et le niveau 2 en montre la racine dans la lecture d’un usage de Rava.
— Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 136:1 · Sefaria YD 136:1
« רָבָא כִּי הֲוָה מְשַׁדַּר גּוּלְפֵי לְהַרְפַּנְיָא, סָחֵיף לְהוּ אַפּוּמַּיְיהוּ וְחָתֵים לְהוּ אַבִּירְצַיְיהוּ. קָסָבַר: כׇּל דָּבָר שֶׁמַּכְנִיסוֹ לְקִיּוּם, אֲפִילּוּ לְפִי שָׁעָה — גְּזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנַן. » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
« דהתם אין העובד כוכבים יכול להחליפו אלא ביין מבושל או בחומץ שהוא גרוע ממנו מעט שאם היה שבחו של זה מרובה ממנו היה חלופו ניכר ומיתפס עליו כגנב ומשום שבחא פורתא לא טרח ומזייף אבל כאן משום תשמיש מרובה טרח ומזייף. הר״ן » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ב)
Le Siman 136 compte un seul seif — c’est le compte annoncé par l’en-tête (ובו סעיף אחד) et c’est le compte réel du texte. Il se lit en trois clauses du Mehaber et une glose du Rama insérée entre les deux dernières.
| Clause | Qui | Psak (ancré dans le texte) |
|---|---|---|
| 1 | Mehaber | Celui qui expédie par un non-Juif des récipients réservés au vin doit les sceller d’un sceau, pour que l’usage soit visible. Second avis : il faut un sceau dans un sceau. |
| 2 | Rama | Envoyés sans sceau : le récipient doit être kachérisé, selon le mode qui s’appliquerait s’il avait été à un non-Juif. Mais s’il a déjà servi sans cela : on n’interdit pas a posteriori — et le Taz refuse ce dernier point. |
| 3 | Mehaber | De grands fûts peuvent rester un jour ou deux chez un artisan non juif pour être réparés, car un contenant de cette taille ne sert pas pour un court moment. |
Le Mehaber écrit בחותם אחד et rapporte ensuite ויש מי שמצריך חותם בתוך חותם. La pratique la plus sûre est donc le double sceau ; mais le Ba’h, rapporté par le Chakh, tranche l’a posteriori.
« כתב הב״ח ובדיעבד כדאי הם המתירין בחותם א׳ לסמוך עליהם וע״ל סימן ק״ל ס״ב » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק א)
« הטעם דמשום תשמיש מרובה טרח ומזייף וכתב הב״ח דבדיעבד כדאי הם המתירים בחותם א׳ לסמוך עליהם וע״ל סימן ק״ל ס״ב » (באר היטב יו״ד קל״ו ס״ק א)
« ושהה אפילו שעה אחת ביד העובד כוכבים צריך הכשר כפי ענין כו׳ טור » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ג)
« וכ״כ ר׳ ירוחם דצריך הכשר אפי׳ לא שהה בידו אלא לפי שעה » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ג)
Le Ba’h proposait de laisser reposer le récipient vingt-quatre heures, pour que le goût devienne dépréciant. Le Chakh refuse, et son motif n’est pas juridique mais matériel : un fût à vin ne se déprécie pas en vieillissant.
« דדוקא בקדרות וקערות שעמדו בבית העובד כוכבים קאמר הרא״ה דמשהה אותם מעל״ע אבל בכלי היין לא שייך נ״ט לפגם אפילו ישהנו כמה ימים וכדלקמן סימן קל״ז » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ג)
« ועל הדרך שנתבאר סי׳ קל״ה: » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ד)
Le Taz refuse qu’on lise la glose comme si elle assimilait le fût à un ustensile acheté au marché non juif. Elle vise le cas où le récipient avait effectivement appartenu à un non-Juif, et elle laisse la terre cuite à son propre régime.
« פי׳ אם היה של עובד כוכבים מתחילה וקנאו ישראל ממנו ואין בכלל זה כלי חרס דאם תחילת תשמישו ביד עובד כוכבים צריך עירוי אע״פ שאין מכניסו לקיום ואילו בזה שהיה תחלה של ישראל א״צ אלא כמבואר סימן קל״ה סעיף ד׳ » (ט״ז יו״ד קל״ו ס״ק א)
| Cas | Ce qu’il faut | Source |
|---|---|---|
| Récipient d’un Juif, expédié sans sceau | Kachérisation selon le siman 135 seif 4 | ט״ז קל״ו ס״ק א |
| Récipient qui fut d’un non-Juif et fut acheté | Le régime du récipient acquis d’un non-Juif | רמ״א קל״ו · ט״ז ס״ק א |
| Terre cuite, premier usage chez un non-Juif | צריך עירוי | ט״ז קל״ו ס״ק א |
| Le détail des modes de kachérisation | Renvoi intégral au siman 135 | ש״ך קל״ו ס״ק ד |
Rama : on n’interdit pas a posteriori. Taz : au siman 122 il a établi le contraire, et il applique ici sa conclusion.
« לעיל סי׳ קכ״ב סעיף ט׳ הארכנו דלא קי״ל כן אלא אף בדיעבד אסור » (ט״ז יו״ד קל״ו ס״ק ב)
« גם פסק דאפילו בדיעבד יש לאסור בכל הכלים דלא כרמ״א וע״ל סי׳ קכ״ב ס״ט » (באר היטב יו״ד קל״ו ס״ק ב)
« דכיון דלא היה ביד עובד כוכבים אלא לפי שעה א״כ ודאי לא נבלע איסור בכלי וגם לא נשתמש בו בודאי ודי שגזרו שהכלי צריך הכשר דלפי שעה חשיב כמכניסו לקיום אבל ודאי בדיעבד המאכל מותר » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ג)
« ומיהו כתבו דמ״מ טוב להחמיר ונראה מדבריהם דלא שרי להשהות אלא יום או יומים אבל בא״ח כתב בשם ר״י דאפי׳ זמן מרובה שרי להשהות בבית האומן » (בית יוסף יו״ד קל״ו)
« מיהו כתבו יש פוסקים דלכתחלה יש ליזהר בכל מאי דאפשר וכ״כ האחרונים » (ש״ך יו״ד קל״ו ס״ק ה)
« מיהו כתבו יש פוסקים דלכתחלה יש ליזהר בכל מאי דאפשר וכן כתבו האחרונים » (באר היטב יו״ד קל״ו ס״ק ג)
C’est le dernier membre du seif, littéralement. Permis un jour ou deux ; et l’on scelle quand même si la réparation le permet (ש״ך ס״ק ה).
Un contenant réservé au vin qui voyage seul : c’est le cas même du siman. Deux sceaux a priori, un seul suffit a posteriori s’il est intact (ש״ך ס״ק א ; באר היטב ס״ק א).
Un arrêt d’une heure n’est pas neutre : אפילו לפי שעה (ש״ך ס״ק ג). Ce qui protège n’est pas la brièveté, c’est le sceau intact.
Kachérisation due, selon le siman 135 (ש״ך ס״ק ד) ; sort de ce qu’on y a déjà versé : Rama permet, Taz interdit (ט״ז ס״ק ב ; באר היטב ס״ק ב). À poser à un Rav.
Le Taz l’écarte expressément du renvoi du Rama : s’il fut d’abord utilisé par un non-Juif, il requiert עירוי même sans être un récipient de conservation (ט״ז ס״ק א).
| Situation | Verdict pratique | Source |
|---|---|---|
| Expédier un récipient réservé au vin par un non-Juif | Sceller — deux sceaux a priori | שו״ע קל״ו:א |
| Un seul sceau posé, intact | Il y a sur quoi s’appuyer a posteriori | ש״ך ס״ק א · באר היטב ס״ק א |
| Un arrêt bref entre des mains non juives | Ne change rien : la kachérisation reste due | ש״ך ס״ק ג |
| Attendre 24 h pour éviter la kachérisation | Inopérant sur un récipient à vin | ש״ך ס״ק ג |
| Envoyé sans sceau | Kachérisation selon le siman 135 | רמ״א קל״ו · ש״ך ס״ק ד |
| Terre cuite, premier usage chez un non-Juif | צריך עירוי | ט״ז ס״ק א |
| Déjà utilisé sans kachérisation | Rama : non condamné · Taz : interdit | רמ״א קל״ו · ט״ז ס״ק ב |
| Grands fûts chez un artisan, un jour ou deux | Permis, mais l’on se garde autant qu’on peut | שו״ע קל״ו:א · ש״ך ס״ק ה |
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