Ce niveau met en ordre ce que le siman demande en pratique. Il ne s’appuie pas sur le Choulhan Aroukh HaRav — l’Admour HaZaken n’a pas écrit de Yoreh De‘ah — mais sur le Chakh, le Taz et le Baer Hetev, chacun cité à sa place.
Sujet : L’apparence de la prosternation — quatre coudées, l’épine, les pièces, la fontaine Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״נ
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
שורש הדין — la racine : un interdit d’apparence, et sa sortie
ד׳ אמות — la distance du seif 1
שלא לשחות — ne pas se pencher, et ce qu’on fait à la place
אפילו אין רואה — l’interdit tient sans témoin
פרצופות — la fontaine à figures : Taz et Chakh
הגהות הרמ״א — le danger, les dignitaires, et la conclusion
טבלת הפסק — le tableau de psak, seif par seif
מקרים בני זמננו — cas contemporains
מה שאין הסימן מכריע — ce que ce siman ne tranche pas
Cette page met en ordre la halakha telle que les décisionnaires de ce siman l’ont fixée. Elle ne remplace pas la décision d’un Rav : pour l’application à une situation réelle, consulte ton Rav.
1. שורש הדין — la racine : un interdit d’apparence, et sa sortie
Ce que le siman défend Aucun acte de culte. Trois gestes ordinaires, rendus impossibles par le lieu : se pencher, ramasser, boire. Le motif est écrit à chaque fois, et il est toujours le même — נראה כמשתחוה, נראה כמנשק. Ce qui s’ensuit pour la pratique est décisif : il n’y a jamais à renoncer, il y a à changer de posture.
Ce qui est fixé Quatre coudées, et le Mehaber en fait une mitsva, non une simple précaution. Le Beit Yossef renvoie l’ensemble du siman à la braïta du premier chapitre d’Avoda Zara ; la mesure elle-même est celle que Rav Hisda donne dans le même traité, sur le verset הרחק מעליה דרכך.
« מצוה להתרחק מדרך אליל ד׳ אמות ישב לו קוץ בפני אליל וכו׳ עד סוף הסימן ברייתא בפ״ק דע״ז » (בית יוסף יו״ד ק״נ)
3. שלא לשחות — ne pas se pencher, et ce qu’on fait à la place
« ישב לו קוץ ברגלו בפני אלילים או נתפזרו לו מעות לפניה לא ישוח להסיר הקוץ וליטול המעות » (שו״ע יו״ד ק״נ:ב)
« מפני שנראה כמשתחוה לה אלא ישב או יפנה אחוריו או צדו לצד אלילים ואחר כך יטול » (שו״ע יו״ד ק״נ:ב)
Trois postures permises, écrites dans le texte S’asseoir ; tourner le dos vers l’idole ; tourner le côté vers elle. Ensuite seulement, ramasser. Le Rambam n’en donne qu’une — s’asseoir — et le Tour donne la formule générale de la braïta : s’il ne paraît pas se prosterner, comme lorsqu’il se met de côté, c’est permis. Le Mehaber les a réunies.
« נִתְפַּזְּרוּ לוֹ מָעוֹת בְּפָנֶיהָ לֹא יָשֹׁחַ וְיִטְּלֵם מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לָהּ אֶלָּא יֵשֵׁב וְאַחַר כָּךְ יִטּל » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ז׳)
« ואם אינו נראה כמשתחוה לה כגון שמצדד עצמו מותר » (טור יו״ד ק״נ)
4. אפילו אין רואה — l’interdit tient sans témoin
Le Chakh, et le Baer Hetev après lui
« כתוב בהגהת פרישה ולפי מאי דקיימא לן דכל דבר שאסור משום מראית עין אפילו בחדרי חדרים אסור ה״ה כאן אפילו אין שום אדם רואהו אסור » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכן משמע בטור להדיא וכך הם דברי המחבר ועמ״ש בא״ח סימן ש״א סעיף מ״ה וסימן ש״ה סעיף י״א » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
« כתב הגהת פרישה ולפי מאי דקי״ל דכל דבר שאסור משום מראית עין אפי׳ בחדרי חדרים אסור ה״ה כאן אפי׳ אין שום אדם רואהו אסור ועיין מה שכתב באו״ח סי׳ ש״א סמ״ה וסי׳ ש״ה סי״א » (באר היטב יו״ד ק״נ ס״ק א)
Ce que cela change, et ce que cela ne change pas Cela ne durcit rien : le geste permis reste exactement celui du seif 2. Cela ferme seulement une porte — celle qui consisterait à se dire que, personne ne regardant, on peut se pencher. Le Chakh écrit expressément que même si nul homme ne le voit, c’est interdit, et le Baer Hetev le reprend en le raccourcissant.
5. פרצופות — la fontaine à figures : Taz et Chakh
« פרצופות המקלחות מים בפני אלילים לא יניח פיו על פיהם וישתה מפני שנראה כמנשק לאלילים » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
Le Taz : rigueur même sans idole
« בטור לא כתוב האי בפני אלילים אלא כתוב שם בכרכין וכ״ה בגמ׳ שלנו » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכבר הביא מו״ח ז״ל שיש בזה חילוק בין הראשונים ויש להחמיר אפי׳ הפרצוף אינו עומד בפני אלילים כגירסת הטור » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
Le Chakh, au nom du Bach : permis, et le rigoureux est béni
« אבל שלא בפני אלילים שרי והמחמיר אפילו שלא בפני אלילים תע״ב » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק ב)
Le Baer Hetev rapporte le Taz
« כ׳ הט״ז דיש להחמיר אפילו אם הפרצוף אינו עומד בפני עבודת כוכבים » (באר היטב יו״ד ק״נ ס״ק ב)
La ligne de psika Devant une idole, l’interdit est celui du Mehaber, sans discussion. Hors de devant une idole — une figure ornementale, une fontaine de ville — les deux commentateurs divergent : le Chakh, au nom du Bach, permet et tient la rigueur pour méritoire ; le Taz écrit ויש להחמיר, et c’est ce mot que le Baer Hetev retient et transmet sous le nom du Taz. La pratique se règle donc ainsi : la rigueur du Taz est la conduite indiquée, sans que celui qui s’appuie sur le Chakh soit sans appui.
6. הגהות הרמ״א — le danger, les dignitaires, et la conclusion
(1) Le danger
« י״א דכל שאינו אסור אלא מפני מראית העין כגון בדין זה אם יש סכנה בדבר כגון אם ימות אם לא ישתה מותר לשתות ואין בזה משום יהרג ואל יעבור » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
La portée exacte Le Rama pose une règle de classement : ce qui n’est interdit que par l’apparence n’appartient pas aux trois fautes devant lesquelles on se laisse tuer. C’est une règle de catégorie, non une permission générale ; elle ne dit rien de ce qui est interdit pour une autre raison, et elle vise ici « ce cas-ci » — la fontaine.
(2) Les dignitaires
« שרים או כהנים שיש להם צורת עבודת כוכבים בבגדיהם או שנושאים צורת חמה לפניהם כדרך הגמונים » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
« אסור להשתחות להם או להסיר הכובע לפניהם רק בדרך שאינו נראה כמו שנתפזרו מעותיו או שיקום לפניהם קודם בואם וכן יסיר הכובע וישתחוה קודם בואם » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
(3) L’avis indulgent, et la conclusion
« ויש מקילין בדבר הואיל וידוע שגם העובדי כוכבים אינם מסירים הכובע או משתחוים לצורת החמה רק להשר » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
« וטוב להחמיר כסברא הראשונה » (שו״ע יו״ד ק״נ:ג)
Ce que cela donne en pratique Le Rama tranche lui-même, et sa conclusion est la ligne de psika du siman : וטוב להחמיר כסברא הראשונה. Devant un dignitaire porteur d’une image de culte, on ne s’incline pas et l’on ne se découvre pas — et l’on n’a pourtant pas à le heurter : le Rama indique lui-même la manière, la même que celle du seif 2, mais déplacée dans le temps — se lever, ou se découvrir, avant son arrivée.
7. טבלת הפסק — le tableau de psak, seif par seif
Seif
La halakha
Qui la fixe
א
S’éloigner de quatre coudées du chemin de l’idole — c’est une mitsva
שו״ע יו״ד ק״נ:א · עבודה זרה י״ז ע״א
ב
Ne pas se pencher devant elle, ni pour une épine ni pour des pièces
שו״ע יו״ד ק״נ:ב · רמב״ם הלכות עבודה זרה פרק ג׳
ב
S’asseoir, ou tourner le dos ou le côté, puis ramasser
שו״ע יו״ד ק״נ:ב
ב
L’interdit vaut même si personne ne le voit
ש״ך ס״ק א · באר היטב ס״ק א
ג
Ne pas boire bouche à bouche à une fontaine à figures devant une idole
שו״ע יו״ד ק״נ:ג
ג
Hors de devant une idole : le Taz veut la rigueur ; le Chakh, au nom du Bach, permet
ט״ז ס״ק א · ש״ך ס״ק ב · באר היטב ס״ק ב
ג
En cas de danger de mort : permis, et il n’y a pas de יהרג ואל יעבור
רמ״א, שו״ע יו״ד ק״נ:ג
ג
Ne pas s’incliner ni se découvrir devant un dignitaire porteur d’une image de culte
רמ״א, שו״ע יו״ד ק״נ:ג
ג
Se lever ou se découvrir avant son arrivée — וטוב להחמיר כסברא הראשונה
רמ״א, שו״ע יו״ד ק״נ:ג
8. מקרים בני זמננו — cas contemporains
Un objet tombé dans un lieu de culte, ou devant une statue de dévotion Le seif 2 s’applique tel quel. On ne renonce pas à l’objet : on s’assied, ou l’on tourne le dos ou le côté, puis on le ramasse. Et l’on ne se dit pas que le lieu est vide — le Chakh a écrit que l’interdit vaut même si personne ne voit.
Une fontaine ornementale à visage humain, sur une place publique C’est le cas exact du Taz. Devant une idole, l’interdit est celui du Mehaber. Ailleurs, le Taz veut la rigueur d’après la version du Tour, et le Baer Hetev le rapporte ; le Chakh, au nom du Bach, permet et loue le rigoureux. En pratique on ne boit pas bouche à bouche à ces fontaines-là.
Un lieu de culte croisé sur le chemin Le seif 1 : quatre coudées de distance, et le Mehaber en fait une mitsva. Le siman ne parle ni d’entrer ni de regarder ; il parle de la distance du chemin.
Une cérémonie officielle où l’on doit se lever ou se découvrir La deuxième glose du Rama, d’après le Teroumat HaDéchen, ne vise que le cas où le dignitaire porte sur lui, ou devant lui, une image de culte. La conduite indiquée est de se lever ou de se découvrir avant son arrivée. Le Rama rapporte l’avis indulgent, puis conclut qu’il est bon d’être rigoureux comme le premier.
La soif, et rien d’autre à boire La première glose du Rama : là où le seul motif est l’apparence et qu’il y a danger de mort, on boit. Il faut voir que la glose porte sur un cas de danger réel, non sur l’inconfort.
9. מה שאין הסימן מכריע — ce que ce siman ne tranche pas
Deux points restent hors de portée de ce siman, et il vaut mieux les nommer. (1) Le cas de la source qui coule devant une idole : la braïta le donne, le Tour le reprend avec la formule ואפילו אי מאית אי לא שתי, et le Beit Yossef note qu’elle n’est pas explicite dans la braïta mais s’en déduit. Le Mehaber ne l’a pas repris dans notre siman ; on ne peut donc pas y lire son avis. (2) L’écart entre cette formule du Tour et la première glose du Rama : les deux textes ne parlent pas du même geste — le Tour interdit de se pencher pour boire, le Rama permet de boire quand il y a danger de mort — et le siman ne les arbitre pas.
Rappel : le Choulhan Aroukh HaRav ne couvre pas Yoreh De‘ah — l’Admour HaZaken ne l’a pas écrit. Ce niveau 4 est un niveau de psak, appuyé sur le Chakh, le Taz et le Baer Hetev. Le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef ne commentent pas ce siman.
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :