✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman 157 — Sur quelles transgressions on se laisse tuer plutôt que de transgresser

על איזה עבירות יהרג ואל יעבור

Trois seifim. Les simanim précédents réglaient le contact ordinaire avec le non-Juif ; celui-ci passe à l’alternative extrême, et il l’organise par trois curseurs et trois exceptions
Révision structurée, tableaux, mémorisation rapide


Source : Shulchan Aroukh, Yoreh De'ah קנ״ז — 3 seifim
Nossei kelim : ש״ך (19 ס״ק) · ט״ז (11 ס״ק) · באר היטב (15 ס״ק) · פתחי תשובה (18 ס״ק) · בית יוסף · טור · רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Pour les étudiants ayant maîtrisé les Niveaux 1 et 2
daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L’axiome : le siman ne pèse pas la faute, il pèse ce que l’acte est et ce qu’il signifie
  2. Les 4 questions-réflexes
  3. Tableau-maître — les trois seifim, un par ligne
  4. Les trois transgressions, et pourquoi rien ne les allège
  5. Les trois curseurs, et ce que chacun commande
  6. Les ma’hlokot du siman
  7. Les 5 règles d’or
  8. Mnémonique — l’aide-mémoire « אנוס »
  9. Les 5 pièges classiques
  10. Carte-éclair finale

1. L’axiome : le siman ne pèse pas la faute, il pèse ce que l’acte est et ce qu’il signifie

Le siman ne demande jamais « quelle est la gravité de la faute ». Il demande deux choses : cet acte est-il de ceux qui ne se font pas, et que dit-il à ceux qui le voient. La même transgression — manger l’interdit, briser le Chabbat, ôter ses tefillin — est permise sous la contrainte en secret et interdite au prix de la vie devant dix. Elle est permise si le persécuteur veut la chose et interdite s’il veut l’abandon. Elle est permise en temps ordinaire et interdite à l’heure du décret. Rien de tout cela ne tient à la faute : tout tient à ce que l’acte signifie.

La preuve la plus nette est l’exemple que la guemara choisit. Elle ne prend pas une transgression grave : elle prend une lanière de chaussure, c’est-à-dire ce qui n’est même pas un commandement.

« אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַשְּׁמָד, לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּצִינְעָא, אֲבָל בְּפַרְהֶסְיָא אֲפִילּוּ מִצְוָה קַלָּה – יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבוֹר » (סנהדרין ע״ד ע״א)
« אֲפִילּוּ לְשַׁנּוֹיֵי עַרְקְתָא דִּמְסָאנָא » (סנהדרין ע״ד ע״ב)

Et l’exception réciproque le confirme dans l’autre sens : les trois transgressions ne connaissent aucun de ces curseurs, parce qu’elles ne sont pas interdites en tant que profanation du Nom mais pour leur gravité propre.

« דטעמא משום דהני לאו משום חלול השם הוא דאסירי אלא מפני חומר עצמן הלכך בכל ענין אסירי » (בית יוסף יו״ד קנ״ז)

2. Les 4 questions-réflexes

  1. Est-ce l’une des trois ? Idolâtrie, unions interdites, effusion de sang — ou ce qui les borde. Si oui, aucune des questions suivantes ne se pose ; si non, elles se posent toutes.
  2. Combien de Juifs le sauront ? Moins de dix, c’est צינעה ; dix ou plus, c’est פרהסיא — et le Chakh au ס״ק ד précise qu’il suffit qu’ils sachent, sans être présents.
  3. Que veut celui qui contraint ? L’abandon de la religion, ou la chose elle-même. Ce curseur vient de la réponse de Rava sur Esther, et il ne joue que hors des trois.
  4. Quelle heure, et quel type de commandement ? Une שעת הגזרה — visant Israël seul, selon le Chakh au ס״ק ו — durcit tout ; et un commandement positif n’entre pas dans la règle, selon la glose du Rama.

3. Tableau-maître — les trois seifim, un par ligne

SeifLe MehaberLe RamaLes nossei kelim
אLa règle, ses trois exceptions, et les trois curseursL’argent, la mitsva positive, faire et subir, אביזרייהו, la livraison d’un homme, le sort de celui qui a transgresséChakh ס״ק א à ט״ו · Taz ס״ק א à ט׳ · Pit’hei Techouva ס״ק א à י״ז
בOn ne dit pas qu’on est idolâtre ; on peut changer de vêtementLe kilayim, la parole à double entente, la ruse — et « seulement en lieu de danger »Chakh ס״ק ט״ז à י״ט · Taz ס״ק י׳ · Pit’hei Techouva ס״ק י״ח
גCelui qui a encouru la mort peut fuir dans une maison de culteÀ l’heure du décret, certains l’interdisent ; et voir siman ק״נ · 150Taz ס״ק י״א — deux raisons, et le renvoi au siman ק״נ״ה · 155

4. Les trois transgressions, et pourquoi rien ne les allège

עבודת כוכבים — même en secret, même hors décret, même si le persécuteur ne veut que son profit. Le verset est ובכל נפשך.
גילוי עריות — par le rapprochement avec la נערה המאורסה. Deux bornes : celle qui subit sans agir, et le cas que le Rama écarte de la catégorie.
שפיכות דמים — et ici il n’y a pas de verset, mais un raisonnement, ce qui lui donne sa portée la plus large.
« לִקְטְלוּךָ וְלָא תִּיקְטוֹל. מִי יֵימַר דִּדְמָא דִּידָךְ סוּמָּק טְפֵי? דִּילְמָא דְּמָא דְּהוּא גַּבְרָא סוּמָּק טְפֵי » (סנהדרין ע״ד ע״א)
C’est cette sévara — et non un verset — qui gouverne la clause de la livraison d’un homme dans la glose du Rama, où personne pourtant ne demande à personne de tuer. Un raisonnement vaut partout où il y a deux vies ; un verset ne vaut que là où il parle.

5. Les trois curseurs, et ce que chacun commande

Le curseurSa mesureCe qu’il changeSource
צינעה / פרהסיאDix Juifs qui saventFait basculer toute transgression ordinaireסנהדרין ע״ד ע״ב · ש״ך ס״ק ד · פתחי תשובה ס״ק ז
להעבירו על דת / להנאתוCe que le persécuteur chercheSans intention d’abandon, la règle ne joue pas hors des troisסנהדרין ע״ד ע״ב · רמ״א יו״ד קנ״ז:א · ש״ך ס״ק ב
שעת הגזרהUn décret visant Israël seulÉtend la sévérité jusqu’au simple usage — mais seulement dans un לא תעשהסנהדרין ע״ד ע״א · רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ג · ש״ך ס״ק ו
עשה / לא תעשהUn accomplissement empêché, ou un acte commisLe positif sort de la règle — et l’argent y suit le même partageרמ״א יו״ד קנ״ז:א · ט״ז ס״ק ד · ש״ך ס״ק ג
מעשה / קרקע עולםAuteur de l’acte, ou objetSeule borne qui joue à l’intérieur des troisסנהדרין ע״ד ע״ב · רמ״א יו״ד קנ״ז:א · ש״ך ס״ק ט

6. Les ma’hlokot du siman

Sur quoiPosition APosition BCe que la page retient
Se laisser tuer là où la loi dit de transgresserMehaber : רשאיRambam, et le Ba’h après lui : מתחייב בנפשוChakh ס״ק א : la ma’hloket reste ouverte, et l’on instruit selon le cas
Se montrer strict quand le persécuteur ne veut que son profitRabbenou Yerou’ham : interdit, חובל בעצמוPerisha : en public il le peutChakh ס״ק ב : quand l’heure l’exige, tous l’admettent
L’heure du décret annule-t-elle le curseur de l’intention ?Ba’h : oui — même pour son seul profit, יהרג ואל יעבורChakh ס״ק ז et Taz ס״ק ג : nonDeux réponses distinctes : le Taz par le texte du Rambam, le Chakh par ספק נפשות להקל
לא תקרבו est-il un vrai לא תעשה ?Rambam : oui, et l’on est frappé pour celaRamban, dans ses Hasagot : nonChakh ס״ק י : comme le Rambam — mais seulement דרך חיבת ביאה
Un non-Juif venant sur une fille d’IsraëlRama, d’après le Ramban : hors de la catégorieRabbenou Tam : même une femme mariéeChakh ס״ק י״ד : seulement une célibataire ; et ce n’est pas l’avis de tous les décisionnaires
Livrer l’homme désignéRabbi Yo’hanan : même s’il n’est pas passible de mortResh Lakich, et le Rambam avec lui : seulement s’il l’estTaz ס״ק ז : comme Resh Lakich — et de toute façon ואין מורין להם כן לכתחלה
Une femme déjà profanée, quand on la réclameRachba, par le Maggid Michné : on ne la livre pasDagoul MeRevava, du Yerouchalmi : il semble qu’on la livrePit’hei Techouva ס״ק ט״ז rapporte les deux et renvoie au Noda BiYehouda

7. Les 5 règles d’or

  1. La règle est l’indulgence, et les trois sont l’exception. Le point de départ est וחי בהם ; tout le reste est une restriction de ce point de départ.
  2. Aucun curseur ne joue à l’intérieur des trois — sauf un seul : celui qui distingue l’auteur de l’acte de celui qui le subit.
  3. « Tout ce qu’il possède » ne vaut que pour un commandement négatif. Pour un positif, le Chakh au ס״ק ג renvoie au cinquième.
  4. Une mesure générale n’est pas une שעת הגזרה. Le Chakh au ס״ק ו exige qu’elle vise Israël en tant que tel.
  5. Celui qui a transgressé sous la contrainte est exempt — et la seule condition posée par la glose est qu’il n’ait pas pu fuir.

8. Mnémonique — l’aide-mémoire « אנוס »

Les quatre lettres de אנוס — « le contraint » — donnent les quatre questions du siman, dans l’ordre où il les pose.

אאיזו עבירה · l’une des trois, ou une autre ?
ננוכחות · dix Juifs le sauront-ils ?
ווכוונת האנס · l’abandon de la religion, ou son profit ?
ססוג המצוה והשעה · négatif ou positif ; heure ordinaire ou décret ?

Le mot lui-même est le dernier enseignement du siman : celui qui a transgressé sous la contrainte est appelé אנוס, et il est exempt.

9. Les 5 pièges classiques

  1. Croire que le siman parle de la gravité des fautes. Il parle du sens des actes. La lanière de chaussure en est la preuve : elle n’est même pas une mitsva, et l’on y meurt.
  2. Prendre « en public » au sens de « devant témoins ». Le Chakh au ס״ק ד écrit expressément qu’il suffit que les dix sachent.
  3. Croire que la règle des trois vaut aussi quand on est passif. La glose du Rama l’exclut d’une phrase — et c’est le seul allègement à l’intérieur des trois.
  4. Prendre la seconde opinion du Rama sur l’homme désigné pour une procédure. Le Rambam écrit ואין מורין להם כן לכתחלה, et le Chakh au ס״ק ט״ו ajoute l’obligation d’épuiser tous les côtés.
  5. Croire que le seif 2 permet de mentir sur soi. Il permet de ne pas être reconnu ; il interdit expressément de dire ce qu’on n’est pas — et il ne permet rien du tout hors d’un lieu de danger.

10. Carte-éclair finale

Trois seifim, trois exceptions, quatre curseurs. Est-ce l’une des trois (א) ? Sinon : dix le sauront-ils, que veut le persécuteur, quelle heure, et quel type de commandement (א) ? Puis deux seifim s’éloignent de l’alternative : ce qu’on peut dire et porter pour n’y être pas placé (ב), et où l’on peut fuir (ג).

Trois choses à ne pas oublier en sortant. Le siman contient autant de limites à la rigueur que d’exigences — le cinquième, le doute indulgent, l’exemption du contraint. La seule ma’hloket qu’il laisse ouverte dans son propre texte est celle de l’homme désigné, et le Rambam l’assortit d’une clause qui interdit d’en faire une règle. Et rien de tout cela ne se transporte d’une situation à une autre sans un Rav.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קנ״ז · Niveau 3 — Synthèse
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