Trois seifim. Les simanim précédents réglaient le contact ordinaire avec le non-Juif ; celui-ci passe à l’alternative extrême, et il l’organise par trois curseurs et trois exceptions
Révision structurée, tableaux, mémorisation rapide
La preuve la plus nette est l’exemple que la guemara choisit. Elle ne prend pas une transgression grave : elle prend une lanière de chaussure, c’est-à-dire ce qui n’est même pas un commandement.
« אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַשְּׁמָד, לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּצִינְעָא, אֲבָל בְּפַרְהֶסְיָא אֲפִילּוּ מִצְוָה קַלָּה – יֵהָרֵג וְאַל יַעֲבוֹר » (סנהדרין ע״ד ע״א)
« אֲפִילּוּ לְשַׁנּוֹיֵי עַרְקְתָא דִּמְסָאנָא » (סנהדרין ע״ד ע״ב)
Et l’exception réciproque le confirme dans l’autre sens : les trois transgressions ne connaissent aucun de ces curseurs, parce qu’elles ne sont pas interdites en tant que profanation du Nom mais pour leur gravité propre.
« דטעמא משום דהני לאו משום חלול השם הוא דאסירי אלא מפני חומר עצמן הלכך בכל ענין אסירי » (בית יוסף יו״ד קנ״ז)
| Seif | Le Mehaber | Le Rama | Les nossei kelim |
|---|---|---|---|
| א | La règle, ses trois exceptions, et les trois curseurs | L’argent, la mitsva positive, faire et subir, אביזרייהו, la livraison d’un homme, le sort de celui qui a transgressé | Chakh ס״ק א à ט״ו · Taz ס״ק א à ט׳ · Pit’hei Techouva ס״ק א à י״ז |
| ב | On ne dit pas qu’on est idolâtre ; on peut changer de vêtement | Le kilayim, la parole à double entente, la ruse — et « seulement en lieu de danger » | Chakh ס״ק ט״ז à י״ט · Taz ס״ק י׳ · Pit’hei Techouva ס״ק י״ח |
| ג | Celui qui a encouru la mort peut fuir dans une maison de culte | À l’heure du décret, certains l’interdisent ; et voir siman ק״נ · 150 | Taz ס״ק י״א — deux raisons, et le renvoi au siman ק״נ״ה · 155 |
« לִקְטְלוּךָ וְלָא תִּיקְטוֹל. מִי יֵימַר דִּדְמָא דִּידָךְ סוּמָּק טְפֵי? דִּילְמָא דְּמָא דְּהוּא גַּבְרָא סוּמָּק טְפֵי » (סנהדרין ע״ד ע״א)
| Le curseur | Sa mesure | Ce qu’il change | Source |
|---|---|---|---|
| צינעה / פרהסיא | Dix Juifs qui savent | Fait basculer toute transgression ordinaire | סנהדרין ע״ד ע״ב · ש״ך ס״ק ד · פתחי תשובה ס״ק ז |
| להעבירו על דת / להנאתו | Ce que le persécuteur cherche | Sans intention d’abandon, la règle ne joue pas hors des trois | סנהדרין ע״ד ע״ב · רמ״א יו״ד קנ״ז:א · ש״ך ס״ק ב |
| שעת הגזרה | Un décret visant Israël seul | Étend la sévérité jusqu’au simple usage — mais seulement dans un לא תעשה | סנהדרין ע״ד ע״א · רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ג · ש״ך ס״ק ו |
| עשה / לא תעשה | Un accomplissement empêché, ou un acte commis | Le positif sort de la règle — et l’argent y suit le même partage | רמ״א יו״ד קנ״ז:א · ט״ז ס״ק ד · ש״ך ס״ק ג |
| מעשה / קרקע עולם | Auteur de l’acte, ou objet | Seule borne qui joue à l’intérieur des trois | סנהדרין ע״ד ע״ב · רמ״א יו״ד קנ״ז:א · ש״ך ס״ק ט |
| Sur quoi | Position A | Position B | Ce que la page retient |
|---|---|---|---|
| Se laisser tuer là où la loi dit de transgresser | Mehaber : רשאי | Rambam, et le Ba’h après lui : מתחייב בנפשו | Chakh ס״ק א : la ma’hloket reste ouverte, et l’on instruit selon le cas |
| Se montrer strict quand le persécuteur ne veut que son profit | Rabbenou Yerou’ham : interdit, חובל בעצמו | Perisha : en public il le peut | Chakh ס״ק ב : quand l’heure l’exige, tous l’admettent |
| L’heure du décret annule-t-elle le curseur de l’intention ? | Ba’h : oui — même pour son seul profit, יהרג ואל יעבור | Chakh ס״ק ז et Taz ס״ק ג : non | Deux réponses distinctes : le Taz par le texte du Rambam, le Chakh par ספק נפשות להקל |
| לא תקרבו est-il un vrai לא תעשה ? | Rambam : oui, et l’on est frappé pour cela | Ramban, dans ses Hasagot : non | Chakh ס״ק י : comme le Rambam — mais seulement דרך חיבת ביאה |
| Un non-Juif venant sur une fille d’Israël | Rama, d’après le Ramban : hors de la catégorie | Rabbenou Tam : même une femme mariée | Chakh ס״ק י״ד : seulement une célibataire ; et ce n’est pas l’avis de tous les décisionnaires |
| Livrer l’homme désigné | Rabbi Yo’hanan : même s’il n’est pas passible de mort | Resh Lakich, et le Rambam avec lui : seulement s’il l’est | Taz ס״ק ז : comme Resh Lakich — et de toute façon ואין מורין להם כן לכתחלה |
| Une femme déjà profanée, quand on la réclame | Rachba, par le Maggid Michné : on ne la livre pas | Dagoul MeRevava, du Yerouchalmi : il semble qu’on la livre | Pit’hei Techouva ס״ק ט״ז rapporte les deux et renvoie au Noda BiYehouda |
Les quatre lettres de אנוס — « le contraint » — donnent les quatre questions du siman, dans l’ordre où il les pose.
א — איזו עבירה · l’une des trois, ou une autre ?
נ — נוכחות · dix Juifs le sauront-ils ?
ו — וכוונת האנס · l’abandon de la religion, ou son profit ?
ס — סוג המצוה והשעה · négatif ou positif ; heure ordinaire ou décret ?
Le mot lui-même est le dernier enseignement du siman : celui qui a transgressé sous la contrainte est appelé אנוס, et il est exempt.
Trois seifim, trois exceptions, quatre curseurs. Est-ce l’une des trois (א) ? Sinon : dix le sauront-ils, que veut le persécuteur, quelle heure, et quel type de commandement (א) ? Puis deux seifim s’éloignent de l’alternative : ce qu’on peut dire et porter pour n’y être pas placé (ב), et où l’on peut fuir (ג).
Trois choses à ne pas oublier en sortant. Le siman contient autant de limites à la rigueur que d’exigences — le cinquième, le doute indulgent, l’exemption du contraint. La seule ma’hloket qu’il laisse ouverte dans son propre texte est celle de l’homme désigné, et le Rambam l’assortit d’une clause qui interdit d’en faire une règle. Et rien de tout cela ne se transporte d’une situation à une autre sans un Rav.