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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 184 — Niveau Lamdan : ce que vaut exactement la crainte du vesset

Se séparer une onah avant le vesset — la ha’hira de fond, prise là où le Chakh, le Taz et le Pit’hei Techouva se répondent
סימן קפ״ד
וסתות דרבנן או דאורייתא, שיעור העונה והפרישה, פוקד אשתו, מעוברת ומניקה
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour lamdanim et talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ha’hira de fond, ma’hlokot de Richonim et d’A’haronim,
nafka minot pratiques et examen des chittot

Sujet :
Choulhan Aroukh, Yoré Déa, siman 184 — le chapeau annonce douze seifim, et l’édition suivie en découpe bien douze
avec ses nossei kelim : Chakh (שפתי כהן), Taz (טורי זהב), Pit’hei Techouva (פתחי תשובה)

Fondement de la sougya dans le Chas :
Nidda 16a — la question posée à Rav Na’hman, « וְסָתוֹת דְּאוֹרָיְיתָא אוֹ דְרַבָּנַן » (נדה ט״ז ע״א) · Nidda 63b — l’avertissement tiré de וְהִזַּרְתֶּם אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִטֻּמְאָתָם (Chevouot 18b), et la mesure de la séparation · Yevamot 62b — חַיָּיב אָדָם לִפְקוֹד אֶת אִשְׁתּוֹ בְּשָׁעָה שֶׁהוּא יוֹצֵא לַדֶּרֶך

Rédaction et étude :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Ouverture de la sougya — vesset fixe, séparation avant le vesset et bedikah (seif 1)
  2. La ha’hira de fond — וסתות דאורייתא ou דרבנן, et la distinction du Noda BiYehouda (Pit’hei Techouva ס״ק ג)
  3. La mesure de l’onah — jour ou nuit, douze heures, vingt-quatre heures (Taz ס״ק ב ; Chakh ס״ק ז)
  4. Séparation et non éloignements — du tachmich seul, et la dissidence du Taz (Taz ס״ק ג ; Radbaz)
  5. Guedola · ketana · zekena, le lever du soleil et le vesset qui dure (seifim 3 à 6)
  6. ’Hezkat ora’h bi-zmano ba contre ’hezkat tahara — les règles de la bedikah (seifim 8 et 9)
  7. Enceinte et nourrice — אין דמים מצוין, vingt-quatre mois et le mois d’intercalation (seif 7)
  8. Poked ichto — וסתות דרבנן et במקום מצוה לא גזור (seif 10 ; Taz ס״ק י״ד)
  9. Vesset aux jours et l’obligation de demander — ona benonit (seifim 11 et 12)
  10. Ha’hira et nafka minot pratiques
  11. Tableaux récapitulatifs

📜 Texte du Choulhan Aroukh — seif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

« שצריך לפרוש מהאשה עונה קודם לוסתה. ובו י״ב סעיפים: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד — כותרת הסימן)

« רוב הנשים יש להם וסתות » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א) (פי׳ זמן קבוע אורח כנשים)

« לראות בזמן ידוע כגון מעשרים לעשרים יום או מל׳ לל׳ יום וכל אשה שיש לה וסת קבוע בא עליה שלא בשעת וסתה ואינה צריכה בדיקה לפני תשמיש » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א) (רמב״ם)

« הגה גם אין לה להחמיר לבדוק עצמה לא לפני תשמיש ולא לאחר תשמיש שלא יהא לבו נוקפו ופורש » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א) (טור ומרדכי ריש הל׳ נדה ורוב הפוסקים)

« אבל שלא בשעת תשמיש כל המרבה לבדוק הרי זו משובחת: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א)

1. Ouverture de la sougya — vesset fixe et séparation avant le vesset

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le fondement — la ’hazaka de אוֹרַח בִּזְמַנּוֹ בָּא

Le siman part d’un fait de nature : רוב הנשים יש להם וסתות — la plupart des femmes ont un vesset, un temps fixe où elles ont coutume de voir, et le Mehaber en donne pour exemples כגון מעשרים לעשרים יום או מל׳ לל׳ יום. Sur ce fait, la guemara pose une présomption : l’hôte vient à son heure.
De là, deux mouvements opposés dans le même seif. Hors du temps du vesset, la femme est en ’hezkat tahara et son mari vient à elle sans bedikah préalable.
Mais lorsque l’heure du vesset approche, une crainte naît, et le mari doit se séparer d’elle — ce qui fera l’objet du seif 2. Le vesset est donc le point de bascule de tout le siman : tant qu’il n’est pas arrivé, présomption de pureté pleine ; dès qu’il arrive, crainte qui oblige à se séparer. Tout le reste du siman n’est que la détermination des bords de cette crainte — sa durée, son étendue, et ce qu’elle laisse debout.
Les deux pôles de la langue du Mehaber : le seif 1 est écrit du côté de l’indulgence — « וכל אשה שיש לה וסת קבוע בא עליה שלא בשעת וסתה ואינה צריכה בדיקה לפני תשמיש » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א)
C’est le seif 2 qui portera la rigueur. Le lamdan retient la forme de l’énoncé : le Mehaber ne dit pas que la femme est douteuse et qu’on l’autorise, il dit qu’elle n’a pas besoin de bedikah — la ’hezkat tahara n’est pas entamée, elle est intacte. Ce qui suivra ne viendra donc pas lever un doute, mais installer une crainte à une heure précise.
La glose du Rama — שלא יהא לבו נוקפו ופורש : le Rama ajoute qu’elle ne doit même pas s’imposer une rigueur en se vérifiant avant ou après le tachmich — « גם אין לה להחמיר לבדוק עצמה לא לפני תשמיש ולא לאחר תשמיש שלא יהא לבו נוקפו ופורש » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:א)
Le Chakh (ס״ק ד) en donne la raison psychologique, et elle est frappante : si le mari voit sa femme se vérifier, il se dit que si elle n’avait rien senti elle ne se vérifierait pas — et il se retire. Et hors de ce moment ? Là, le Mehaber lui-même conclut : שלא בשעת תשמיש — כל המרבה לבדוק הרי זו משובחת. La bedikah n’est donc pas jugée bonne ou mauvaise en soi : elle l’est selon le moment où elle tombe.

2. La ha’hira de fond — וסתות דאורייתא ou דרבנן

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est la ma’hloket qui se tient sous tout le siman, et dont dérivent la plupart des nafka minot pratiques.

La ha’hira — quelle force a la crainte du vesset ? Quand l’heure du vesset est passée et qu’elle ne s’est pas vérifiée, est-elle tenue pour impure de manière certaine — comme si elle avait vu — ou n’y a-t-il là qu’une crainte ? Tout tient à la question posée à Rav Na’hman à Nidda 16a : « וְסָתוֹת דְּאוֹרָיְיתָא אוֹ דְרַבָּנַן » (נדה ט״ז ע״א) La présomption “l’hôte vient à son heure” est-elle une règle de Torah qui fixe l’impureté, ou seulement une crainte rabbinique ?
La racine de la ma’hloket :
ChittaCe que vaut la crainte du vessetמקור
וסתות דאורייתא La présomption אוֹרַח בִּזְמַנּוֹ בָּא a force de Torah ; Chemouel enseigne à Nidda 16a que même si elle s’est vérifiée et s’est trouvée pure, elle est impure — מִפְּנֵי שֶׁאוֹרַח בִּזְמַנּוֹ בָּא נדה ט״ז.
וסתות דרבנן Crainte rabbinique seule ; la ’hezkat tahara n’est pas déracinée. C’est l’avis retenu : היינו מדרבנן כן הסכמת רוב הפוסקים והאחרונים דוסתות דרבנן ש״ך ס״ק ה
La distinction du Noda BiYehouda Les deux à la fois, mais sur deux objets différents — voir l’encadré suivant פתחי תשובה ס״ק ג
La distinction du Noda BiYehouda (Pit’hei Techouva ס״ק ג) : le Pit’hei Techouva renvoie aux responsa du Noda BiYehouda (Yoré Déa, sim. 55-56), et sa thèse coupe la question en deux objets :
« שהעלה דמה שאמרו וסתות דרבנן היינו לענין שלא אמרינן שכבר ראתה בשעת וסתה משום דנגד חזקה אורח בזמנו בא יש חזקת טהרה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
— autrement dit, “de-rabbanan” ne porte que sur la rétrospective : on ne dira pas qu’elle a déjà vu. Mais pour l’avenir :
« אבל לענין לפרוש מאשתו סמוך לוסתה הוא מן התורה דחיישינן שמא תראה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
et il l’appuie sur un principe connu :
« ודמי להא דאמרו שמא מת לא חיישינן ושמא ימות חיישינן » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
On ne craint pas qu’un homme soit mort, mais on craint qu’il meure ; de même, on n’applique pas la ’hezkat tahara à ce qui n’est pas encore arrivé. Le Pit’hei Techouva ajoute, au nom du ’Hatam Sofer, que cette sevara se trouve déjà chez le Ra’a dans le Bedek HaBayit, qu’il l’a lui-même reçue de son maître, et — c’est la conséquence — « ולכן חושש מאד לסברא זו ומשוי לה ספק דאורייתא » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
La question reste ouverte, et le Pit’hei Techouva la laisse ouverte : il précise que sur le plan du din, la distance entre le Ra’a et le Noda BiYehouda est grande.
Nafka minot de la ha’hira — trois endroits du siman où la réponse se lit :
  1. Poked ichto (seif 10) — le Taz (ס״ק י״ד) en tire une preuve explicite : « כיון דוסתות דרבנן במקום מצוה לא גזור » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק י״ד)
  2. ’Hibouk et nichouk (Taz ס״ק ג) — le Beit Yossef permet, בב״י כתב דאפילו חיבוק ונישוק מותר ולא חיישינן לביאה כיון שביאה איסור דרבנן : le raisonnement suppose que l’interdit en jeu n’est que rabbinique.
  3. Le lever du soleil (seif 4 ; Chakh ס״ק י״ג) — « דכיון דוסתות מדרבנן ה״ל ספק דרבנן לקולא » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק י״ג) : un doute rabbinique se tranche dans le sens de l’indulgence, et c’est pourquoi elle n’est interdite que le jour.
Ce que ces preuves atteignent au juste est discuté : deux d’entre elles — le ט״ז ס״ק י״ד et le ש״ך ס״ק י״ג — portent sur la פרישה elle-même, qui est précisément ce que le Noda BiYehouda dit מן התורה, et non sur ce que l’on présume après coup ; et le ’Hatam Sofer, cité plus haut, en fait un ספק דאורייתא, ce qui suppose la question ouverte. Nous la laissons où le Pit’hei Techouva la laisse. — Et pour la pratique, demande à ton Rav.

3. La mesure de l’onah — jour ou nuit

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (seif 2)

« בשעת וסתה צריך לפרוש ממנה עונה אחת ולא משאר קריבות אלא מתשמיש » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב) (המטה)

« בלבד אם הוא ביום פורש ממנה אותו היום כולו אפי׳ אם הוסת בסופו ומותר מיד בלילה שלאחריו וכן אם הוא בתחילתו פורש כל היום ומותר כל הלילה שלפניו וכן הדין אם הוא בלילה פורש כל הלילה ומותר ביום שלפניו ולאחריו בין שקבעה וסת בג״פ או בפ״א: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב)

« הגה וכל זה לא מיירי אלא בוסת התלוי בימים אבל לא בוסת התלוי בשינוי הגוף » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב) (ב״י בשם הראב״ד)

« וע״ל סימן קפ״ט ואשה שמשנית וסתה להקדים ב׳ או ג׳ ימים או לאחר כשמגיע זמן וסתה צריך לפרוש ממנה ב׳ או ג׳ ימים קודם או אחריו » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב) (הגהות מיימוני פ״א דהלכות איסורי ביאה)

« וע״ל סי׳ קפ״ט: » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב)

Le fondement — ce qu’est une “onah” :
La guemara (Nidda 63b) tire de l’avertissement וְהִזַּרְתֶּם אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִטֻּמְאָתָם (Chevouot 18b) : « אַזְהָרָה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁיִּפְרְשׁוּ מִנְּשׁוֹתֵיהֶן סָמוּךְ לְוִסְתָּן » (נדה ס״ג ע״ב) puis elle demande combien de temps — « וְכַמָּה? אָמַר רָבָא: עוֹנָה » (נדה ס״ג ע״ב) et surtout, elle demande si c’est une autre onah que celle du vesset, et répond : « לָא, אוֹתָהּ עוֹנָה » (נדה ס״ג ע״ב) La séparation porte donc sur l’onah dans laquelle tombe le vesset, et non sur celle qui la précède. Le Mehaber le dit en propres termes : בשעת וסתה צריך לפרוש ממנה עונה אחת, et il ajoute « אותו היום כולו אפי׳ אם הוסת בסופו ומותר מיד בלילה שלאחריו » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב)
Ma’hloket — quelle est la durée d’une onah ?
ChittaDuréeמקור
Beit Yossef, Taz, et les A’haronim Le jour tel qu’il est, ou la nuit telle qu’elle est, sans compter d’heures : דאין איסור אלא ביום לחוד — et ואין חילוק בין יומי ניסן ותשרי ליומי תמוז וטבת ט״ז ס״ק ב ; פ״ת ס״ק ז
Aviassaf, Hagahot Maïmoniot, Ra’avan — et le Chakh incline de ce côté Douze heures : וכמה עונה יום או לילה ביומי ניסן ותשרי וחצי יום וחצי לילה ביומי תמוז וטבת ש״ך ס״ק ז
Or Zaroua Vingt-quatre heures : פורש אדם מאשתו סמוך לווסתה כ״ד שעות אם רגילה לראות ביום פורש ממנה כל אותו יום והלילה שלפניו אור זרוע, בש״ך ס״ק ז
Le Taz (ס״ק ב) contre le compte des heures, et la réfutation par l’absurde : le Taz commence par écarter l’Or Zaroua avec le Beit Yossef, דאין איסור אלא ביום לחוד. Puis il attaque le compte de douze heures par une question qu’il faut suivre pas à pas : si la mesure est en heures, comment compter pour une femme qui voit à la fin du jour ? Si l’on compte douze heures en avant, elle sera interdite la nuit suivante et permise plus tôt dans ce même jour — « וזה ודאי אינו שהרי אסורה כל היום » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ב). Et si l’on compte douze heures en arrière, celle qui voit au début du jour serait permise plus tard dans le même jour. Le Taz conclut que la mesure n’est pas horaire mais qu’elle est le jour ou la nuit comme ils se trouvent, longs ou courts, et il ajoute : « ותמוה הוא להחמיר על מה שמפורש בתלמוד לקולא בפרט בווסתות דרבנן » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ב)
La défense du Chakh (ס״ק ז), et ce qu’elle déplace : le Chakh ne lit pas l’Or Zaroua comme le Beit Yossef le lit. Selon lui l’Or Zaroua parle du cas où אבל אם רגילה לראות ביום ואין לה שעה קבועה — tantôt au début du jour, tantôt au milieu, tantôt à la fin — et alors א״כ כל היום וסתה : tout le jour est son vesset, si bien qu’il faut aussi se séparer la nuit qui le précède. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ז) rapporte que les Nekoudot HaKessef vont jusqu’au bout de cette lecture : « ובנה״כ כתב דנשי דידן אין להם שעה קבועה וצריכה לפרוש כל היום והלילה שלפניו » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ז) Et il rapporte aussitôt le ’Hokhmat Adam en sens inverse : « ועח״ד שכ׳ דמסברא נראה שאין להחמיר בזה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ז)
Les deux lectures tiennent, et l’appareil ne tranche pas ici : le Taz défend le texte du Mehaber, le Chakh défend l’Or Zaroua en restreignant son cas. Pour la pratique — demande à ton Rav.

4. Séparation et non éloignements — du tachmich seul

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Ha’hira — la séparation du vesset face aux éloignements de la nidda : si l’heure du vesset est arrivée et que l’on craint qu’elle ait vu, pourquoi ne pas imposer les éloignements comme pour toute nidda — le contact, le service, la préparation du lit ? Du doute, il faudrait interdire !
Réponse — la langue même du Mehaber : le Mehaber écrit « ולא משאר קריבות אלא מתשמיש » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ב) La séparation du vesset ne porte donc que sur le tachmich. Le Chakh (ס״ק ו) le tire de cette même langue : « משמע אפילו חיבוק ונשוק שרי כמו שפסק ב״י ממשמעות הפוסקים ודלא כת״ה » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק ו) — et il ajoute que le Ba’h conclut tout de même מיהו נראה דהמחמיר באלה תע״ב. Le raisonnement du Beit Yossef, rapporté par le Taz, est que l’on ne craint pas que l’étreinte mène au tachmich, בב״י כתב דאפילו חיבוק ונישוק מותר ולא חיישינן לביאה כיון שביאה איסור דרבנן — c’est-à-dire parce que l’interdit du tachmich lui-même n’est ici que rabbinique.
⚠️ Le Taz (ס״ק ג) n’est pas d’accord, et il faut le dire : après avoir rapporté la permission du Beit Yossef et le וכתב מו״ח ז״ל המחמיר בזה תע״ב du Ba’h, le Taz conclut pour lui-même : « ולי נראה שאסור מן הדין לדעת הרא״ש » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
Sa preuve vient d’ailleurs : le Roch, au siman 342 (deuil), écrit qu’il faut être rigoureux sur l’étreinte et le baiser parce qu’ils mènent au désir ; et ici, dit le Taz, à plus forte raison — « וכ״ש הוא דיש לו חשק טפי כשהולך לדרך » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ג)
Le Taz tient donc que l’étreinte et le baiser sont interdits mi-din selon le Roch, contre le Beit Yossef et le Chakh. La question reste ouverte entre eux.
Le Radbaz (Pit’hei Techouva ס״ק ה) — “ne pas inventer de rigueurs” : le Pit’hei Techouva renvoie aux responsa nouvelles du Radbaz (sim. 163) : « שפסק דחבוק ונשוק שרי כדעת ב״י וכתב דאין לחדש חומרות על ישראל » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ה) — et il ajoute : pourvu qu’ils observent ce qui leur incombe déjà. Le Radbaz se range donc du côté du Beit Yossef, et il donne à cette position une raison de conduite autant que de din.
Le fondement de la distinction — séparation ≠ éloignements :
• La séparation du vesset (notre siman) porte, selon le Mehaber, sur le tachmich seul : ולא משאר קריבות אלא מתשמיש.
• Les éloignements de la nidda (siman 195) supposent une impureté avérée, et portent aussi sur le contact, le service, ce que l’on se passe de la main à la main.
Ce sont deux degrés, et le siman ne les confond pas. Mais la distinction n’est pas unanime : pour le Taz, l’étreinte et le baiser sont interdits mi-din selon le Roch — de sorte que, pour lui, la séparation du vesset n’est pas un degré aussi léger qu’il y paraît.

5. Guedola · ketana · zekena, et le vesset qui dure

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seifim 3 à 6)

« במה דברים אמורים בגדולה אבל בקטנה שלא הגיעה לימי הנעורים ולא הביאה סימנים אין צריך לפרוש סמוך לוסתה כל זמן שלא קבעתו ג״פ והוא הדין לזקנה שנסתלקו דמיה: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ג)

« אם רגילה לראות בהנץ החמה ולא קים לן שפיר אי קודם הנץ החמה או אחריו אינה אסורה אלא ביום: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ד)

« אם רגילה לראות ראייה מקודם הנץ החמה עד אחר הנץ החמה אסורה בלילה וביום כשיעור הנמשך בו: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ה)

« אם וסת נמשך ב׳ או ג׳ ימים ששופעת או מזלפת אינה צריכה לפרוש אלא עונה הראשונה של הוסת וכיון שעברה עונה ולא ראתה מותרת: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ו)

Ketana et zekena — elles n’ont pas de ’hazaka d’hôte à son heure : tout le fondement de la séparation est la présomption que l’hôte vient à son heure, et cette présomption ne vaut que pour celle dont c’est la manière. Le seif 3 écarte donc אבל בקטנה שלא הגיעה לימי הנעורים ולא הביאה סימנים et והוא הדין לזקנה שנסתלקו דמיה, tant qu’elle n’a pas fixé son vesset trois fois. Le Chakh (ס״ק י) précise ce que sont les jours de la jeunesse : « היינו י״ב שנים ויום א׳ » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק י) Et il ajoute (ס״ק י״א) que le vav du Mehaber est disjonctif : « וי״ו מחלקת היא כלומר או לא הביאה סימנים » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק י״א) — la minorité tient à l’un ou l’autre, pas aux deux ensemble. Le Taz (ס״ק ה) va dans le même sens : ור״ל תרי גווני קטנה יש — il y a deux sortes de ketana.
Le lever du soleil (seifim 4 et 5) — et la nafka mina de la ha’hira : lorsque la vue tombe sur la frontière du jour et de la nuit et que l’on ne sait pas si elle précède ou suit le lever du soleil, le Mehaber tranche אינה אסורה אלא ביום. Le Chakh (ס״ק י״ג) en donne la raison, et elle vient droit de la ha’hira du chapitre 2 : « דכיון דוסתות מדרבנן ה״ל ספק דרבנן לקולא » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק י״ג) — le jour était de toute façon dans ses jours de nidda, la nuit est douteuse, et le doute rabbinique s’allège. Mais il rapporte aussitôt (ס״ק י״ד) : « והב״ח כתב דראוי להחמיר מכח ספק לאסור ביום ובלילה » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק י״ד)
Le vesset qui dure (seif 6) — et un צריך עיון laissé ouvert par le Taz : lorsque le vesset s’étend sur deux ou trois jours, le Mehaber allège : « אינה צריכה לפרוש אלא עונה הראשונה של הוסת » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ו) Le Taz (ס״ק ט) observe qu’à la rigueur il aurait fallu interdire les trois jours, comme au seif 5 on interdit le jour à proportion de ce qui se prolonge, et que c’est bien l’avis du Ra’avad dans le Tour pour les deux cas. Il rapporte la réponse des A’haronim — au seif 5 l’écoulement fait partie de la vue elle-même, ici il ne s’agit plus d’une seule vue mais d’un surcroît de sang, qui tombe avec elle — puis il s’arrête : « אלא דצ״ע מנ״ל לחלק בכך » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ט)
Et le vesset lié au corps : le Rama précise que tout cela ne vaut que וכל זה לא מיירי אלא בוסת התלוי בימים, אבל לא בוסת התלוי בשינוי הגוף — pour lequel il renvoie au siman 189 ; le Chakh (ס״ק ח) précise que là, on ne se sépare que le temps du vesset lorsqu’il ne vient pas à heure connue.

6. ’Hezkat ora’h bi-zmano ba et ’hezkat tahara — les règles de la bedikah

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (seifim 8 et 9)

« היתה נחבית במחבא מפני פחד והגיע שעת וסתה אינה חוששת לו: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ח)

« הגה וי״א דוקא אם עבר הוסת ולא בדקה ולא הרגישה טהורה בלא בדיקה אבל לכתחלה צריכה בדיקה » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ח) (כך משמע בב״י)

« שאר נשים צריכות בדיקה כשיגיע הוסת עבר הוסת ולא בדקה ולא הרגישה טהורה בלא בדיקה וי״א שאסורה עד שתבדוק אם יש לה וסת קבוע או שהוא יום ל׳ אע״פ שאינו קבוע » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ט)

« והכי נהוג וכן הוא לקמן סימן קפ״ט: » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ט)

Ha’hira — pourquoi la bedikah n’est-elle pas indispensable ? Si l’heure du vesset est passée et qu’elle ne s’est pas vérifiée, pourquoi serait-elle pure sans bedikah ? L’hôte vient à son heure, et il y a lieu de craindre qu’elle ait vu !
Réponse — deux présomptions qui se heurtent : c’est exactement le point que le Pit’hei Techouva (ס״ק ג) tire du Noda BiYehouda : « שהעלה דמה שאמרו וסתות דרבנן היינו לענין שלא אמרינן שכבר ראתה בשעת וסתה משום דנגד חזקה אורח בזמנו בא יש חזקת טהרה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ג) Les deux présomptions se font face, et celle de l’hôte n’est pas assez forte pour déraciner celle de la pureté. D’où la structure du seif 9 : a priori, bedikah ; après coup, עבר הוסת ולא בדקה ולא הרגישה טהורה בלא בדיקה.
Le Chakh (ס״ק כ״א) explique pourquoi la femme cachée du seif 8 n’est pourtant pas traitée comme l’enceinte du seif 7 : « דמעוברות ומניקות חזינן דדמיהן מסולקים אבל היתה במחבא לא ברי לן כולי האי דתהא מסולקת דמים » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק כ״א) — la frayeur n’écarte pas les sangs avec la même certitude que la grossesse.
Le Rama — והכי נהוג : le Mehaber rapporte un avis (וי״א) selon lequel, si elle a un vesset fixe ou s’il s’agit du trentième jour même sans vesset fixe, elle est interdite jusqu’à ce qu’elle se vérifie ; et le Rama glose והכי נהוג — ainsi est l’usage — en renvoyant au siman 189. Jusqu’où va cette rigueur ? Le Chakh (ס״ק כ״ג) rapporte deux lectures : le Beit Yossef tient que même si elle a tardé, dès lors qu’elle s’est vérifiée et s’est trouvée pure, elle est pure ; le Ba’h tranche au contraire « דדוקא בבדקה עצמה מיד לאחר וסתה תוך שיעור וסתה » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ג) — sinon, la présomption de l’hôte fait dire que le sang est tombé à terre. Le Taz (ס״ק י״ב) lit le Mehaber du côté indulgent : « פי׳ אפילו אם לא בדקה אלא עד זמן הרבה ולא אמרינן שמא נפל לארץ בזמן הוסת » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק י״ב) Et le Pit’hei Techouva (ס״ק י״ט) ajoute que והאחרונים כתבו שאין לחוש לחומרא זו.
Sur ce point, l’appareil ne parle pas d’une seule voix. Pour la pratique — demande à ton Rav.
S’ils ont passé outre (Pit’hei Techouva ס״ק ב) : le Pit’hei Techouva pose, sur les mots צריך לפרוש ממנה, une conséquence brève et sans détour : « ואם עברו ושמשו האיש והאשה שניהם צריכים כפרה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק ב)
Il l’attribue au Chakh et renvoie au Torat HaChelamim. Noter la place de cette ligne : elle ne porte pas sur le din de la femme — le seif 9 dit qu’après coup elle est pure — mais sur ce que le couple doit à la faute d’avoir passé outre a priori. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ט״ו) ajoute, au nom du Taz, qu’au seif 8 également il est interdit d’avoir des rapports même pendant la frayeur, דגבי סילוק דמים משום פחד איכא למיחש שמא באותה שעה שתזקק לבעלה יצא הפחד מלבה. Et pour la pratique — demande à ton Rav.

7. Enceinte et nourrice — אין דמים מצוין

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seif 7)

« אם הגיע וסתה בימי עיבורה משהוכר עוברה או בימי מניקתה שהם כ״ד חדשים משנולד הולד אפי׳ מת הולד א״צ לפרוש סמוך לוסתה ואפי׳ בתוך וסתה מותרת בלא בדיקה » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:ז) (וע״ל סוף סי׳ קפ״ט):

Le fondement — pourquoi sont-elles dispensées :
Toute l’obligation de se séparer tient à la présomption que l’hôte vient à son heure. Chez l’enceinte et la nourrice, le Taz (ס״ק י) donne la raison en toutes lettres : « והטעם שאז אין דמים מצוין באשה » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק י) La présomption tombe donc, et elle tombe assez complètement pour que le Mehaber n’écrive pas seulement qu’elles n’ont pas à se séparer avant le vesset, mais ואפי׳ בתוך וסתה מותרת בלא בדיקה — même pendant.
Le Taz (ס״ק י) — la raison pour la nourrice : pour l’enceinte, la raison est que les sangs ne se trouvent pas ; mais pour la nourrice, et surtout אפי׳ מת הולד, il faut autre chose, et le Taz le donne : « דמתוך צער חבלי לידה אבריה מתפרקין ודמיה מסתלקים ואינן חוזרין עד כ״ד חדש » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק י)
Deux raisons distinctes, donc, et non une seule : chez l’enceinte, les sangs ne se trouvent pas ; chez l’accouchée, le corps s’est défait et les sangs se sont retirés, et ils ne reviennent pas avant vingt-quatre mois. C’est cette seconde raison qui explique que la dispense ne dépende pas de l’allaitement effectif.
⚠️ Une limite que le siman ne dit pas, et que le Chakh (ס״ק י״ט) va chercher : le Chakh rapporte une glose du Maharchal au Tour, reprise par le Pit’hei Techouva (ס״ק י״ד) : « דמיירי שלא קבעה וסת ג״פ בימי עיבורה או מניקתה אלא שחושש לוסת הראשון » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק י״ד) Autrement dit, la dispense du seif 7 vise celle qui n’a pas établi de vesset pendant sa grossesse ou son allaitement, et qui ne craint que pour son ancien vesset. Le Pit’hei Techouva ajoute qu’au siman 189:33 il est expliqué que même si elle n’a vu qu’une fois pendant ces jours, elle doit en tenir compte comme d’un vesset non fixe — et il relève une erreur du Me’ir Netiv sur ce point.
Le mois d’intercalation — entre-t-il dans le compte des vingt-quatre mois ? (Pit’hei Techouva ס״ק י״ג)
ChittaLe mois ajouté à l’année embolismiqueמקור
Chakh Il n’entre pas dans le compte : ואין חודש העיבור עולה למנין — de sorte qu’une année embolismique donne en fait vingt-cinq mois. Le Chakh (ס״ק י״ח) renvoie pour cela à Even HaEzer : עי׳ בא״ע סי׳ י״ג סי״א דאין חדש העיבור עולה למנין ש״ך ס״ק י״ח ; פ״ת ס״ק י״ג
Kereti ou-Peleti Il entre dans le compte : ועי׳ כו״פ שחולק ופסק דחודש העיבור עולה למנין ואין לה אלא כ״ד חדשים הן בשנה פשוטה או מעוברת כו״פ, בפ״ת ס״ק י״ג
Ce qui se joue dans cette ma’hloket : la question n’est pas quand la dispense commence — sur ce point le Mehaber est clair, משהוכר עוברה pour la grossesse, et la naissance pour l’allaitement. Elle porte sur la fin du compte : les כ״ד חדשים משנולד הולד se comptent-ils en mois calendaires, de sorte qu’une année embolismique en ajoute un treizième, ou en vingt-quatre mois secs ? Le Chakh les rattache au compte d’Even HaEzer 13:11 ; le Kereti ou-Peleti refuse ce rattachement. La nafka mina est nette et pratique : une accouchée dont les vingt-quatre mois traversent une année embolismique est-elle dispensée pendant vingt-cinq mois ou vingt-quatre ?
Une autre précision de langue, du Chakh (ס״ק כ) : la Perisha voulait déduire du mot סמוך לוסתה que pendant le temps du vesset lui-même il faudrait se séparer ; le Chakh répond que ce n’est pas une déduction concluante, puisque le Mehaber écrit expressément ואפי׳ בתוך וסתה מותרת בלא בדיקה. Et pour la pratique — demande à ton Rav.

8. Poked ichto — במקום מצוה לא גזור

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (seif 10)

« הרוצה לצאת לדרך צריך לפקוד אשתו אפילו סמוך לוסתה: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י)

« הגה ואפילו בתשמיש שרי » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י) (טור בשם י״א וב״י בשם רש״י וראב״ד ורשב״א ור׳ ירוחם)

« ומ״מ המחמיר שלא לפקדה רק בדברי רצוי תע״ב » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י) (ב״י בשם סמ״ג)

« וכבר נתבאר דכל מיני קורבה ואהבה שרי מלבד תשמיש ואם הולך לדבר מצוה א״צ לפקוד אשתו » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י) (המ״מ פ״ד דא״ב ובהגהות ש״ד)

« וי״א אם אדם רוצה לילך לדרך ואשתו נדה ותטבול תוך עונה אחת צריך להמתין » (הגהת רמ״א, שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י) (נ״י פרק הבא על יבמתו)

Le fondement — “visiter sa femme” :
La guemara enseigne à Yevamot 62b, au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : « חַיָּיב אָדָם לִפְקוֹד אֶת אִשְׁתּוֹ בְּשָׁעָה שֶׁהוּא יוֹצֵא לַדֶּרֶך » (יבמות ס״ב ע״ב) Le Mehaber le reprend et va plus loin : הרוצה לצאת לדרך צריך לפקוד אשתו אפילו סמוך לוסתה. Et le Rama ajoute le mot décisif — ואפילו בתשמיש שרי, permis même dans le tachmich, au nom du Tour, de Rachi, du Ra’avad, du Rachba et de Rabbenou Yerou’ham.
Le Taz (ס״ק י״ד) — la preuve que les vesatot sont de-rabbanan : le Taz donne à cette permission sa raison en une ligne, et cette ligne est l’une des plus citées du siman : « כיון דוסתות דרבנן במקום מצוה לא גזור » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק י״ד)
Le raisonnement est une nafka mina directe de la ha’hira du chapitre 2 : si la crainte du vesset était de Torah, il n’y aurait pas lieu de permettre le tachmich pour une mitsva ; puisqu’on permet, c’est qu’il n’y a là qu’un décret rabbinique — et là où il y a mitsva, les Sages n’ont pas décrété.
Le Taz (ס״ק ט״ו) — ce que vaut l’option des paroles d’apaisement : le Rama rapporte, au nom du Semag, que המחמיר שלא לפקדה רק בדברי רצוי תע״ב — celui qui est rigoureux et ne la “visite” que par des paroles d’apaisement, une bénédiction viendra sur lui. Le Taz précise ce que cette option ajoute : « אע״ג דגם באין יוצא לדרך שרי בדברי ריצוי כדלעיל סעיף ב׳ מ״מ ביוצא לדרך חייב בכך » (ט״ז יו״ד קפ״ד ס״ק ט״ו)
Autrement dit, les paroles d’apaisement ne sont pas la diminution d’une obligation mais elles-mêmes une obligation propre à celui qui part. Le Chakh (ס״ק כ״ו) relève de son côté que le Levouch (עט״ז), qui écrit ici comme le Rama, se contredit avec ce qu’il écrit en Ora’h ’Haïm 246:16 — où il fait de la “visite” de la veille du départ une mitsva même près du vesset — et il conclut que l’essentiel est comme les mots du Rama ici. Et le Chakh (ס״ק כ״ז) va plus loin : bien qu’il ait rapporté (ס״ק ו) au nom du Ba’h que דהמחמיר בחיבוק ונישוק תבא עליו ברכה, ici — « נראה דהכא אין להחמיר כלל כיון די״א דאפי׳ בתשמיש חיוב ומצוה איכא » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ז)
Nafka minot du seif 10 :
  1. Celui qui part pour une mitsva : le Rama écrit ואם הולך לדבר מצוה א״צ לפקוד אשתו, au nom du Maguid Michné et des Hagahot Cha’arei Doura, et il n’en donne pas la raison ici. Et le Chakh (ס״ק כ״ט) l’étend à l’attente : « מיהו אם הולך לדבר מצוה א״צ להמתין » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ט) — et même pour un voyage facultatif, s’il part pour un grand besoin.
  2. Attendre la tevila : le Rama rapporte un avis (Nimoukei Yossef) selon lequel, si sa femme est nidda et doit s’immerger dans l’onah, il attendra. Le Pit’hei Techouva (ס״ק כ״ה) rapporte le Kereti ou-Peleti en sens inverse : « שכתב דאם נזדמן שטבילתה יהיה סמוך לוסתה אין צריך להמתין » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ה)
  3. Et le point le plus lourd, qui renvoie à la ha’hira (Pit’hei Techouva ס״ק כ״ב) : le Pit’hei Techouva y rassemble toute une littérature sur la tevila tombant près du vesset, et rapporte enfin le ’Hatam Sofer, interrogé précisément sur la rencontre de deux mitsvot — la nuit de tevila et le jour du départ. Sa réponse suit sa position sur la ha’hira : « ומעתה כיון דאיכא ספק דאורייתא בודאי אין להקל בתשמיש בעונה הסמוך לוסתה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ב) Le Pit’hei Techouva rapporte, il ne tranche pas pour nous. Pour la pratique — demande à ton Rav, et en matière de pureté familiale, éventuellement une conseillère en halakha qualifiée.

9. Vesset aux jours et l’obligation de demander

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (seifim 11 et 12)

« אשה שיש לה וסת לימים לבד והגיע שעת וסת׳ אסור לבא עליה עד שישאלנ׳ ואם אין לה וסת יום ל׳ לראייתה הוי כהגיע שעת וסתה ואם שהתה אחר הוסת שיעור שתספור ותטבול יבא עלי׳ ואין צריך לשאול: » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י״א)

« היה לה וסת לימים » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י״ב) (טור בשם רשב״א)

« ולוסת מוסתות הגוף » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י״ב) (ב״י בשם הגהות מיי׳ פ״ד בשם רמב״ן)

« כגון קפיצה וכיוצא בה כיון שהוסת תלוי במעשה אימור לא קפצה ולא ראתה אבל חוששת לעונה בינונית שהיא ל׳ יום » (שולחן ערוך יורה דעה קפ״ד:י״ב) (ב״י בשם רשב״א וטור לקמן סי׳ קפ״ט):

Le fondement — “jusqu’à ce qu’il la questionne”, et la ’hezkat tahara :
Dans un vesset fixé aux jours, à l’heure venue, אסור לבא עליה עד שישאלנ׳. Mais ואם שהתה אחר הוסת שיעור שתספור ותטבול — si le temps écoulé depuis le vesset suffit pour qu’elle compte et s’immerge, il vient à elle sans questionner : même si elle avait vu, elle se serait déjà purifiée. C’est l’application directe de la ’hezkat tahara : tant que le doute est vivant, on demande ; dès que le temps a été assez long pour qu’il se résolve de lui-même, on ne demande plus. Le Chakh (ס״ק ל) borne la règle dans l’autre sens : « אבל קודם שעת וסתה וכן באין לה וסת קודם ל׳ א״צ שישאלנה » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק ל׳) Et le Pit’hei Techouva (ס״ק כ״ז) précise la forme de la question : « ואפי׳ היא ערה ושוכבת אצלו מ״מ צריך דוקא שישאלנה ותוציא מפיה שהיא טהורה » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ז)
Le seif 12 et l’objection du Chakh (ס״ק ל״ב) : le Mehaber écrit que lorsqu’une femme a à la fois un vesset aux jours et un vesset lié au corps — le saut, par exemple — כיון שהוסת תלוי במעשה אימור לא קפצה ולא ראתה : le vesset dépend d’un acte, et l’on peut dire qu’elle n’a pas sauté ; mais אבל חוששת לעונה בינונית שהיא ל׳ יום.
Le Chakh (ס״ק ל״ב) s’y oppose longuement, et son objection est simple à énoncer : « דודאי אם יש לה וסת לימים ולוסת מוסתות הגוף חוששת לעולם לוסתה ולא שייך לומר אימור לא ראתה » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק ל״ב) — si elle a un vesset aux jours, elle en tient toujours compte, et il n’y a pas lieu de dire “peut-être n’a-t-elle pas sauté”, ni de craindre pour l’ona benonit, puisqu’elle a un vesset. Il montre que le Rachba et le Tour n’écrivent cette règle qu’à propos du saut, qui dépend de son propre acte, et non des autres vesatot du corps ; et il conclut que les mots du Beit Yossef demandent examen. Le Pit’hei Techouva (ס״ק כ״ח) reprend l’objection et rapporte les réponses : « משמע דהיינו פיהוק ועיטוש ודכוותייהו » (פתחי תשובה יו״ד קפ״ד ס״ק כ״ח) — ainsi le lirait-on simplement ; tandis que le Torat HaChelamim, les Sidrei Tahara et le Kereti ou-Peleti expliquent que “et ce qui lui ressemble” vise plutôt le fait d’avoir mangé de l’ail ou du poivre, et le ’Hokhmat Adam donne encore une autre lecture.
Le Chakh (ס״ק ל״ד) ajoute enfin la conséquence pratique du seif 12 : « ואסור לבא עליה אחר העונה בינונית עד שישאלנה או ששהתה שיעור שתוכל לספור ולטבול » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק ל״ד)
“De vingt en vingt” (Chakh ס״ק א et ס״ק ב) : le Mehaber ouvre le siman par כגון מעשרים לעשרים יום או מל׳ לל׳ יום. Le Chakh (ס״ק א) précise au nom du Beit Yossef que ces nombres ne sont que des exemples : « או לכ״ה או לל׳ » (ש״ך יו״ד קפ״ד ס״ק א) Et il ajoute (ס״ק ב) que le vesset présumé, pour celle qui n’en a pas fixé, est de trente jours, de sorte qu’à l’intérieur de ces trente jours on est “hors du temps de son vesset”. Le Pit’hei Techouva (ס״ק א) rapporte que le Kereti ou-Peleti conteste cette déduction du Chakh, tandis que les Sidrei Tahara et le ’Hokhmat Adam la maintiennent en la précisant : au début de ses vues, tant qu’on ne sait pas encore quand elle fixera son vesset, on est bien “hors du temps du vesset” et la bedikah n’est pas requise ; mais dès qu’il est établi qu’elle n’a pas de vesset, la bedikah est toujours requise. L’essentiel n’est donc pas dans le nombre, mais dans la fixité du temps.

10. Ha’hira et nafka minot pratiques

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ha’hira d’ensemble du siman : quelle est la nature de la crainte du vesset, et quelle en est la mesure ?
Ce que le siman règle, seif par seif :
  1. Hors du temps du vesset, celle qui a un vesset fixe n’a pas besoin de bedikah avant le tachmich ; et le Rama ajoute qu’elle ne doit pas s’imposer cette rigueur (seif 1).
  2. À l’heure du vesset, séparation d’une onah, et du tachmich seulement ; le jour entier ou la nuit entière, même si le vesset tombe à la fin (seif 2).
  3. Ketana et zekena n’ont pas à se séparer tant qu’elles n’ont pas fixé leur vesset trois fois (seif 3).
  4. Vesset au lever du soleil : interdite le jour seulement ; si la vue s’étend de part et d’autre du lever, la nuit et le jour à proportion (seifim 4 et 5).
  5. Vesset qui dure deux ou trois jours : la première onah seulement (seif 6).
  6. Enceinte dès que la grossesse est reconnue, et nourrice pendant vingt-quatre mois : dispensées, et même pendant le vesset sans bedikah (seif 7).
  7. Cachée par frayeur : elle ne craint pas ; et le Rama rapporte un avis qui l’exige tout de même a priori (seif 8).
  8. Les autres femmes se vérifient à l’heure du vesset ; si le vesset est passé sans bedikah ni sensation, elle est pure — et l’usage est de suivre l’avis rigoureux pour un vesset fixe ou le trentième jour (seif 9).
  9. Celui qui part en voyage visite sa femme, même dans le tachmich ; s’il part pour une mitsva, il n’a pas à le faire (seif 10).
  10. Vesset aux jours : interdit jusqu’à ce qu’il la questionne ; si le temps de compter et de s’immerger est passé, sans question (seif 11).
  11. Vesset aux jours joint à un vesset de saut : on dit qu’elle n’a peut-être pas sauté, mais elle craint pour l’ona benonit — le trentième jour (seif 12).
Ce tableau récapitule ce que le siman dit ; il ne tient lieu d’aucune décision. Pour la pratique — demande à ton Rav, ou une conseillère en halakha qualifiée.

11. Tableaux récapitulatifs

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les seifim du siman et leur din

Sujet Le din מקור
Vesset fixe, hors du temps du vesset Il vient à elle sans bedikah ; et elle ne doit pas s’imposer cette rigueur מחבר ס״א ; הגהת רמ״א שם ; ש״ך ס״ק ד
À l’heure du vesset Séparation d’une onah, et du tachmich seul מחבר ס״ב ; ט״ז ס״ק ב ; ש״ך ס״ק ו
Ketana et zekena Pas de séparation tant que le vesset n’est pas fixé trois fois מחבר ס״ג ; ש״ך ס״ק י–י״א ; ט״ז ס״ק ה
Lever du soleil ; vesset qui dure deux ou trois jours Le jour seul ; les deux onot à proportion ; la première onah seule מחבר ס״ד–ו׳ ; ש״ך ס״ק י״ג–ט״ז ; ט״ז ס״ק ט
Enceinte reconnue et nourrice de vingt-quatre mois Dispensées, et même pendant le vesset sans bedikah מחבר ס״ז ; ט״ז ס״ק י ; ש״ך ס״ק י״ט–כ׳
Le vesset est passé sans bedikah ni sensation Pure ; et pour un vesset fixe ou le trentième jour, interdite jusqu’à la bedikah מחבר ס״ח–ט׳ ; רמ״א — והכי נהוג ; ש״ך ס״ק כ״ג
Celui qui part en voyage (poked ichto) Permis même dans le tachmich ; pour une mitsva, il n’a pas à le faire מחבר ס״י ; ט״ז ס״ק י״ד–ט״ו ; ש״ך ס״ק כ״ו–כ״ט
Vesset aux jours Interdit jusqu’à ce qu’il la questionne ; si le temps de compter et de s’immerger est passé, sans question מחבר סי״א ; ש״ך ס״ק ל׳ ; פ״ת ס״ק כ״ז
Vesset aux jours joint à un vesset de saut “Peut-être n’a-t-elle pas sauté” ; mais elle craint pour l’ona benonit, le trentième jour מחבר סי״ב ; ש״ך ס״ק ל״ב–ל״ד ; פ״ת ס״ק כ״ח

Tableau — les ma’hlokot centrales du siman

Sujet Première chitta Seconde chitta
Ce que vaut la crainte du vesset De-rabbanan — c’est l’avis retenu (ש״ך ס״ק ה) Le Noda BiYehouda : la séparation elle-même est de Torah, et le ’Hatam Sofer en fait un doute de Torah (פ״ת ס״ק ג)
La durée d’une onah Le jour ou la nuit comme ils se trouvent (ב״י, ט״ז ס״ק ב, פ״ת ס״ק ז) Douze heures — Aviassaf et Hagahot Maïmoniot, et le Chakh (ס״ק ז) ; vingt-quatre heures — Or Zaroua
Étreinte et baiser avant le vesset Permis — seul le tachmich est interdit (ב״י ; ש״ך ס״ק ו ; רדב״ז בפ״ת ס״ק ה) Le Taz : interdits mi-din selon le Roch (ט״ז ס״ק ג) ; et pour le Ba’h, celui qui est rigoureux, une bénédiction viendra sur lui
Le vesset est passé sans bedikah Pure — la ’hezkat tahara l’emporte (מחבר ס״ט) Interdite jusqu’à la bedikah pour un vesset fixe ou le trentième jour (י״א שבמחבר ; רמ״א — והכי נהוג)
Le mois d’intercalation dans les vingt-quatre mois Le Chakh : il n’entre pas dans le compte (ש״ך ס״ק י״ח ; פ״ת ס״ק י״ג) Le Kereti ou-Peleti : il y entre, et elle n’a que vingt-quatre mois (כו״פ בפ״ת ס״ק י״ג)
Le seif 12 — “peut-être n’a-t-elle pas sauté” Le Mehaber, d’après le Beit Yossef : elle craint pour l’ona benonit Le Chakh : ayant un vesset aux jours, elle craint toujours pour son vesset, et la règle ne vaut que pour le saut (ש״ך ס״ק ל״ב)

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : Nidda 16a (וסתות דאורייתא או דרבנן ; אורח בזמנו בא) · Nidda 63b (l’avertissement de se séparer avant le vesset, et la mesure de l’onah) · Chevouot 18b (והזרתם — l’avertissement et la sougya de la séparation) · Yevamot 62b (visiter sa femme avant de partir)
Richonim, tels qu’ils paraissent dans l’appareil de ce siman : Rambam (cité par le Mehaber au seif 1) · Tour · Mordekhi (au début des lois de nidda) · Rachi, Ra’avad, Rachba et Rabbenou Yerou’ham (cités par le Rama au seif 10) · Roch (invoqué par le Taz ס״ק ג) · Rachba dans le Torat HaBayit (l’avis rigoureux écarté par le Chakh ס״ק ו) · Ramban et Hagahot Maïmoniot (cités au seif 12) · Semag et Nimoukei Yossef (cités par le Rama au seif 10) · Hagahot Maïmoniot (cité par le Rama au seif 2) · Aviassaf et Or Zaroua (rapportés par le Chakh ס״ק ז) · Ra’avan (ibid.)
A’haronim, tels qu’ils paraissent dans l’appareil de ce siman : Beit Yossef · Rama · Chakh · Taz · Ba’h (מו״ח, chez le Taz) · Perisha et Derisha · Torat HaChelamim · Nekoudot HaKessef · Pit’hei Techouva · Noda BiYehouda · ’Hatam Sofer · Kereti ou-Peleti · Radbaz · Sidrei Tahara · ’Hokhmat Adam · Maharchal · Me’ir Netiv · Aroukh HaChoulhan (יורה דעה קפ״ד)

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קפ״ד · Niveau 2 — Lamdan · דין פרישה סמוך לווסת ויסוד דיני הווסתות
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seuls. Pour toute décision pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav, et en matière de pureté familiale, éventuellement une conseillère en halakha qualifiée.

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