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DAAT · NIVEAU 4 — HALAKHA LEMA'ASSÉ

Siman 206 — Halakha lema'assé : la parole commencée, seif par seif

La psika du siman ligne à ligne, avec la source de chaque verdict — et quatre points que les sources laissent ouverts
יורה דעה · סימן ר״ו
דִּינֵי יְדוֹת הַנְּדָרִים
⚖️ Halakha lema'assé · למעשה
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Ce niveau donne la ligne de psika : pour chaque parole que le siman envisage, ce qui lie, ce qui ne lie pas, et ce qui reste disputé. Le siman 206 a ceci de propre qu'il juge des mots — leur ordre, leur fin, la lettre qui les commence. Rapporter exactement ce qui a été dit n'est déjà pas simple ; en tirer soi-même une conclusion l'est encore moins. La conclusion pratique appartient toujours au Rav.

Sujet : Siman 206 — Halakha lema'assé : la parole commencée, seif par seif
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ו

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Ce que ce niveau est, et ce qu'il n'est pas
2. Seif א — les trois formules, et la ma'hloket qu'on ne tranche pas seul
3. Seif ב — לך et ממך
4. Seif ג — מנודה, משמתינא, נדינא, et le צ״ע du Chakh
5. Seif ד — כנדרי רשעים et כנדרי כשרים
6. Seif ה — la formule qui ne lie pas et qu'il faut pourtant délier
7. Le tableau de psika du siman
8. Ce qui reste ouvert, et ce que les sources ne donnent pas

1. Ce que ce niveau est, et ce qu'il n'est pas

Ce niveau expose la psika telle qu'elle se lit dans les sources du siman — le Mehaber, la glose du Rama, le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit'hei Techouva et le Rambam. Il ne remplace pas un Rav, et ce siman moins que tout autre : le siman 206 juge des mots, et déterminer ce qui a réellement été dit, dans quel ordre et avec quelle fin de phrase, n'est pas une opération qu'on fait sur son propre souvenir. Un cas réel se présente au Rav avec les mots exacts.

2. Seif א — les trois formules, et la ma'hloket qu'on ne tranche pas seul

Psika — le cas clair. « מודרני ממך שאיני אוכל לך », et de même avec מופרשני et מרוחקני : la parole est achevée, la יד vaut, et il lui est interdit de manger avec lui. Le Rambam le dit dans les mêmes termes.
« אֲבָל אִם אָמַר לוֹ מֻדָּר אֲנִי מִמְּךָ שֶׁלֹּא אֹכַל לְךָ. אוֹ מֻפְרָשׁ אֲנִי מִמְּךָ שֶׁלֹּא אֹכַל לְךָ אוֹ מְרֻחָק אֲנִי מִמְּךָ שֶׁלֹּא אֹכַל לְךָ הֲרֵי זֶה אָסוּר לֶאֱכל » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה כ״ג)
Le cas disputé : la phrase inachevée. Trois positions, et elles n'ont pas le même effet pratique. (א) Mehaber (suivant le Rambam) : מודרני interdit de parler, מופרשני de commercer, מרוחקני de se tenir dans ses quatre coudées. (ב) Roch, Tour, Ran : rien du tout — la parole n'est pas מוכחת. Le Chakh (ס״ק ג) et le Taz (ס״ק א) jugent tous deux que cet avis manque dans la glose du Rama ; le Taz va jusqu'à écrire le texte qu'elle aurait dû porter. (ג) Ba'h : plus rigoureux encore — même manger avec lui est interdit.
« והב״ח מחמיר ביותר דידים שאינן מוכיחות הויין ידים והלכך אפילו לא סיים דבריו אסור אפילו לאכול עמו ואין זה עיקר בש״ס ופוסקים » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ג)
Conduite. Le Chakh donne lui-même l'orientation pratique, et il la donne deux fois : le Ba'h « n'est pas l'essentiel dans le Chass ni chez les décisionnaires » (ס״ק ג), et quant à la halakha « il n'y a pas lieu d'être indulgent » (ס״ק ו). Autrement dit : ni la lecture la plus rigoureuse ni la plus indulgente ne s'appliquent d'office. Un cas réel se porte au Rav.
« ונראה דלענין הלכה אין להקל מטעם שכתבתי » (ש״ך יו״ד ר״ו ס״ק ו)

3. Seif ב — לך et ממך

Psika. « מודר אני לך מאכילה או מהנאה » : les deux sont interdits l'un à l'égard de l'autre. « מודר אני ממך מאכילה או מהנאה » : lui seul est interdit, et son compagnon lui est permis. Le Taz en donne la raison au nom du Ran.
« משמע כלומר נכסי אסורים לך ומשמע משלך מה שאין כן בממך » (ט״ז יו״ד ר״ו ס״ק ב)
Le cas où l'on ne mentionne ni אכילה ni הנאה. Tour : ce n'est pas un vœu du tout. Rambam, Mehaber, et avec eux le Ba'h et la Pericha : c'est un vœu, et il ne peut plus lui parler — exactement comme au seif א. Le Chakh (ס״ק ד), qui rapporte les deux, ajoute que le Mehaber a délibérément omis la fin des mots du Tour, et il relève au passage une inconséquence de l'Ateret Zekenim, qui a recopié tantôt l'un tantôt l'autre.
« ואם לא הזכיר לא אכילה ולא הנאה לא הוי נדר כלל. טור. אבל להמחבר הוי נדר שאינו רשאי לדבר עמו » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ג)

4. Seif ג — מנודה, משמתינא, נדינא, et le צ״ע du Chakh

Psika du Mehaber. מנודה אני לך et משמתינא ממך, achevés par שאני אוכל לך : ce n'est pas un vœu, tout est permis. Non achevés : interdit de se tenir dans ses quatre coudées. נדינא ממך, achevé par שאיני אוכל לך : interdit de manger avec lui ; non achevé : interdit de tirer profit. Le Rama ajoute le rappel des divergents.
Et une réserve importante. Le Chakh (ס״ק ה) juge cette position incohérente et conclut sur un צ״ע ; le Taz (ס״ק ג) tranche autrement — מנודה n'est pas du tout une formule de vœu. On ne peut donc pas s'appuyer sur le seif ג comme sur une règle établie, ni pour interdire ni pour permettre. C'est précisément le genre de cas qu'on porte devant un Rav.
« כתב הש״ך דדברי המחבר צ״ע דאי ס״ל דמנודה או משמתינא לאו לשון נדר הוא » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ד)
« אלא שנראה שהרב נמשך אחר דברי הטור דמשוה לגמרי מנודה ונדינא למרוחקני » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ה)

5. Seif ד — כנדרי רשעים et כנדרי כשרים

Psika, en quatre lignes. (1) « כנדרי רשעים ce pain m'est », ou « כנדרי רשעים הימנו » avec un pain devant lui : interdit. (2) « כנדרי כשרים » : rien. (3) « כנדרי כשרים ce pain m'est קונם » : rien non plus — les premiers mots annulent le קונם. (4) « כנדבת כשרים » : c'est un vœu.
« דהוי כאומר ככר זה עלי כקרבן דסתם רשע חייב בקרבן » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ו)
« דמה שתולה בכשרים בטל את הקונם דכשרים לא נדרי כלל אלא נודבין » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ז)
Ce que ce seif enseigne en pratique. Un mot n'agit pas seul : il agit dans une phrase. Le même קונם lie ou ne lie pas selon ce qui le précède. Il s'ensuit qu'on ne peut pas juger un vœu en isolant le mot le plus fort qu'on y entend — c'est la phrase entière, dans son ordre, qu'il faut rapporter.

6. Seif ה — la formule qui ne lie pas et qu'il faut pourtant délier

Psika. « Je fais vœu que je ne mangerai pas » / « que je mangerai avec toi » : ce n'est pas même une יד, car cette formule appartient au registre de la שבועה et non du נדר. Le Chakh (ס״ק ט), le Taz (ס״ק ו) et le Baer Hetev (ס״ק ח) le disent tous trois dans les mêmes termes. Et pourtant : une התרה est nécessaire, puisque de nos jours il est courant de vouer dans cette formule — afin qu'on ne traite pas les vœux à la légère.
« דלשון נדר היינו שאוסר החפץ עליו ולשון שבוע היינו שאוסר עצמו על החפץ » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ח)
Trois réserves, et elles ne vont pas dans le même sens. (1) S'il a voué d'accomplir une mitsva : cela lie. Le Baer Hetev (ס״ק ט) rapporte ici, au nom du Ralbach, un cas concret — celui qui dit « voici que je voue un quart de mon corps » est tenu à la צדקה — et le Pit'hei Techouva (ס״ק א) y renvoie. (2) Un נדר énoncé en formule de שבועה serait efficace au titre des ידות ; mais le Pit'hei Techouva (ס״ק ב), au nom du Noda BiYehouda, restreint cette divergence au cas d'une chose ayant de la consistance (ממש), et écrit qu'autrement on écoute l'avis indulgent. (3) La נזירות énoncée en formule de שבועה lie de l'avis de tous — le Chakh (ס״ק י) le rapporte du Radbaz, signale que le point ne figure pas dans le Beit Yossef, note que le Mabit conteste, et donne sa propre preuve.
« האומר הרי אני נודר רביע גופי הוה כאלו אמר הריני נודר לתת רביעית גופי וחייב צדקה » (באר היטב יו״ד ר״ו ס״ק ט)
« שומעין להקל כדעת הרא״ש ואפי׳ להרמב״ן עכ״פ במקום קצת מצוה מתירין אפי׳ ע״ד רבים » (פתחי תשובה יו״ד ר״ו ס״ק ב)

7. Le tableau de psika du siman

La paroleVerdictSource du verdict
מודרני / מופרשני / מרוחקני ממך שאיני אוכל לךInterdit de manger avec luiשו״ע יו״ד ר״ו:א · רמב״ם הלכות נדרים א׳:כ״ג
שאיני אוכל לך seulPas une ידשו״ע יו״ד ר״ו:א · ש״ך ס״ק ב
מודרני ממך, non achevéInterdit de parler — et discuté : rien (Roch/Tour/Ran), manger (Ba'h)שו״ע יו״ד ר״ו:א · ש״ך ס״ק ג · ט״ז ס״ק א
מופרשני ממך, non achevéInterdit de faire affaireשו״ע יו״ד ר״ו:א
מרוחקני ממך, non achevéInterdit dans ses quatre coudéesשו״ע יו״ד ר״ו:א
מודר אני לך מאכילה או מהנאהLes deux sont interditsשו״ע יו״ד ר״ו:ב · ט״ז ס״ק ב
מודר אני ממך מאכילה או מהנאהLui seul est interditשו״ע יו״ד ר״ו:ב
מודר אני ממך sans אכילה ni הנאהDiscuté — rien (Tour) · interdit de parler (Rambam, Mehaber, Ba'h)ש״ך ס״ק ד · באר היטב ס״ק ג
מנודה אני לך / משמתינא ממך, achevéTout permis — mais צ״ע du Chakhשו״ע יו״ד ר״ו:ג · ש״ך ס״ק ה · ט״ז ס״ק ג
les mêmes, non achevésInterdit dans ses quatre coudéesשו״ע יו״ד ר״ו:ג
נדינא ממך, achevé / non achevéManger / profitשו״ע יו״ד ר״ו:ג · ש״ך ס״ק ו
כנדרי רשעים ככר זה עליInterditשו״ע יו״ד ר״ו:ד · ש״ך ס״ק ז
כנדרי כשרים, même suivi de קונםN'est rienשו״ע יו״ד ר״ו:ד · ש״ך ס״ק ח · ט״ז ס״ק ה
כנדבת כשריםC'est un vœuשו״ע יו״ד ר״ו:ד · ט״ז ס״ק ד
הנודר שלא אוכל / שאוכל עמךPas même une יד — mais התרה requiseשו״ע יו״ד ר״ו:ה · ש״ך ס״ק ט · ט״ז ס״ק ו · באר היטב ס״ק ח
le même, dans un vœu d'accomplir une mitsvaLieשו״ע יו״ד ר״ו:ה · באר היטב ס״ק ט · פתחי תשובה ס״ק א
נדר en formule de שבועה, et l'inverseDiscuté — et restreint au דבר שיש בו ממששו״ע יו״ד ר״ו:ה · פתחי תשובה ס״ק ב
נזירות en formule de שבועהLie de l'avis de tousשו״ע יו״ד ר״ו:ה · ש״ך ס״ק י

8. Ce qui reste ouvert, et ce que les sources ne donnent pas

Quatre points restent ouverts, et nous ne les fermons pas. (1) La formule inachevée du seif א : trois positions, du « rien du tout » du Roch au « même manger » du Ba'h. (2) L'état du texte de la glose du Rama : le Taz la restitue, le Chakh écrit צ״ע, le Ba'h la lit à l'envers. (3) La cohérence du seif ג : le Chakh conclut sur un צ״ע, le Taz tranche autrement. (4) L'étendue du « יש מי שאומר » du seif ה, que le Pit'hei Techouva restreint au nom du Noda BiYehouda.
Les Nekoudot HaKessef. Elles sont la réponse du Chakh au Taz, et ce siman s'y prêtait : le Taz y émende un texte du Rama, et le Chakh écrit de son côté qu'une glose manque. Elles ne commentent pas le siman 206 : aucune entrée ne nous est donnée pour ce siman. La colonne reste vide, et nous ne la remplissons pas par une conjecture.
La conduite, pour finir. Ce siman juge des mots — et des mots qu'on a dits vite, souvent en colère, et dont on ne se souvient pas exactement. C'est pourquoi la seule conduite qu'il permette est celle-ci : rapporter au Rav la phrase telle qu'elle a été dite, tout entière et dans son ordre, et le laisser juger s'il y a un vœu, une יד, ou rien — et, dans les trois cas, s'il y a lieu de délier.
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ר״ו · Niveau 4 — Halakha lema'assé
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