✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦
Siman 211 — La condition posée d’avance (המתנה שנדריו לא יהיו נדרים)
המתנה שנדריו לא יהיו נדרים
Quatre seifim, une charnière : le souvenir de la condition au moment du vœu
שולחן ערוך יורה דעה סימן רי״א · ד׳ סעיפים
ש״ך · ט״ז · באר היטב · פתחי תשובה · נקודות הכסף · טור · בית יוסף · רמב״ם
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
1. L’axiome : l’annulation préalable, et ce qui la défait
L’axiome. Un homme peut, par une parole, empêcher ses vœux futurs de prendre. Mais cette parole reste une parole, et une parole plus tardive peut la défaire : celui qui voue en sachant qu’il s’est protégé retire sa protection par ce vœu même — עקריה לתנאיה. Tout le siman se joue entre ces deux propositions.
Trois conséquences. (1) L’annulation doit être dite — la pensée ne défait rien. (2) Dans le même souffle, elle l’emporte ; posée longtemps avant, elle ne vaut que si l’homme ne s’en souvient pas. (3) Et elle n’atteint jamais un vœu ou un serment qu’un autre lui a imposé.
2. Les trois questions-réflexes
1. Qui a imposé le vœu ? Un autre — le seif 4 ferme la porte, rien de ce siman ne joue. Lui-même — question suivante.
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2. L’annulation a-t-elle été dite, et quand ? Pensée seulement — nulle. Dite dans le même souffle — le vœu tombe. Dite longtemps avant — question suivante.
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3. S’en souvenait-il en vouant ? Non — le vœu tombe. Oui, entièrement — le vœu tient. Oui, mais sans savoir sur quoi elle portait — tout dépend de « selon mon intention première ».
3. Tableau-maître — les quatre seifim clause par clause
| Seif | La clause du Choulhan Aroukh | Ce qu’elle décide |
| א | « האומר נדר שאני רוצה לידור לא יהא נדר ונדר אינו נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א) | Le désaveu dit dans le même souffle emporte le vœu |
| א | « בד״א שהוציא תחילה בשפתיו לומר שלא יהא נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א) | À condition qu’il soit sorti des lèvres |
| א | « אבל אם חשב כך בלבו הוי דברים שבלב ואינם מבטלים הנדר שהוציא בשפתיו » (שו״ע יו״ד רי״א:א) | Pensé seulement, il ne défait rien |
| א | « וי״א דאפילו אמר כן בלחש הוי דברים שבלב » (שו״ע יו״ד רי״א:א) | Position contraire : dit à voix basse, c’est encore une chose du cœur |
| א | « הגה והא דאמרינן כל נדרי בליל יום כיפורים הוי כאילו התנו בהדיא » (רמ״א יו״ד רי״א:א) | Glose : כל נדרי vaut comme une stipulation expresse |
| א | « ומכל מקום לא סמכינן על זה להתיר בלא שאלה לחכם כי אם לצורך גדול (מהרי״ו סימן ב׳ » (רמ״א יו״ד רי״א:א) | Glose : mais on ne délie pas sans un sage, sinon pour un grand besoin |
| ב | « מי שהתנה ואמר כל נדרי שאדור עד זמן פלוני יהיו בטלים ונדר בתוך הזמן » (שו״ע יו״ד רי״א:ב) | La condition posée pour une période, et le vœu fait dans cette période |
| ב | « אם הוא זוכר לתנאו בשעת הנדר נדרו קיים שהרי מבטל תנאו בשעה שנודר » (שו״ע יו״ד רי״א:ב) | S’il s’en souvient en vouant, le vœu tient : il a déraciné sa condition |
| ב | « ואם אינו זוכר לתנאו בשעת הנדר התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ב) | S’il ne s’en souvient pas, la condition tient et le vœu tombe |
| ב | « ויש אומרים שאין התנאי מועיל לבטל הנדר אלא אם כן יזכרנו תוך כדי דיבור לנדר ויאמר בלבו שהוא סומך על התנאי ויש לחוש לדבריהם » (שו״ע יו״ד רי״א:ב) | Position contraire : il faut se la rappeler aussitôt et s’y appuyer en son cœur |
| ג | « התנה על קצת דברים שיהא נדרו בטל בהם ואינו יודע על מה התנה אם על אכילת בשר או שתיית יין » (שו״ע יו״ד רי״א:ג) | Il se souvient d’avoir stipulé, sans savoir sur quoi |
| ג | « אם אומר בשעת הנדר על דעת ראשונה אני נודר שאם אזכור על מה שהתניתי שאלך אחר התנאי ונזכר על מה התנה התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ג) | La formule « selon mon intention première » sauve la condition |
| ג | « ואם לא אמר על דעת ראשונה אני נודר התנאי בטל והנדר קיים » (שו״ע יו״ד רי״א:ג) | Faute de cette formule, la condition tombe et le vœu tient |
| ד | « אין דברים הללו אמורים אלא בשבועה או נדר שנשבע ונדר לעצמו » (שו״ע יו״ד רי״א:ד) | Tout cela ne vaut que pour un vœu ou un serment qu’il s’est imposé lui-même |
| ד | « אבל מי שהשביעו חבירו או הדירו אין ביטול זה מועיל לו כלום » (שו״ע יו״ד רי״א:ד) | Un vœu imposé par autrui n’est pas atteint par cette annulation |
4. La grille du souvenir
| Le cas | Verdict | Source |
| Désaveu dit, puis vœu, dans le même souffle | Pas de vœu | שו״ע יו״ד רי״א:א |
| … même s’il se souvenait de sa condition | Pas de vœu | ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א |
| Désaveu pensé seulement | Le vœu tient | שו״ע יו״ד רי״א:א |
| Désaveu dit à voix basse | Ma’hloket ouverte | ש״ך ס״ק ב · ט״ז ס״ק ב · פתחי תשובה ס״ק א |
| Condition ancienne, il ne s’en souvient pas | Le vœu tombe | שו״ע יו״ד רי״א:ב |
| Condition ancienne, il s’en souvient et voue | Le vœu tient | שו״ע יו״ד רי״א:ב |
| … et selon le יש אומרים ? | Il faut s’en souvenir aussitôt et s’y appuyer | שו״ע יו״ד רי״א:ב |
| Il se souvient sans savoir sur quoi, et dit la formule | Le vœu tombe | שו״ע יו״ד רי״א:ג |
| Le même, sans la formule | Le vœu tient | שו״ע יו״ד רי״א:ג |
| Vœu ou serment imposé par autrui | L’annulation ne sert de rien | שו״ע יו״ד רי״א:ד |
5. כל נדרי — ce que le siman établit exactement
Cinq lignes, et rien de plus. (1) La déclaration vaut comme une stipulation expresse — elle relève donc du régime de ce siman. (2) On ne s’en contente pas pour permettre sans passer devant un sage, sinon pour un grand besoin. (3) Le Chakh écrit que la glose appartient au seif 2. (4) Elle vaut aussi pour le naziréat, quoique le mot n’y soit pas. (5) Et pour un serment prêté en tenant un objet, il n’est pas établi qu’elle serve. Tout ce qu’on lit ailleurs ne vient pas d’ici.
6. Les ma’hlokot ouvertes de l’appareil
Trois, et chacune est nommée.
- Le critère de la Prisha — la condition qui détaille le vœu visé vaut-elle comme une condition posée au moment du vœu ? Le Taz dit non ; les Nekoudot HaKessef disent oui ; le Baer Hetev rapporte les deux.
- Le sens de בלחש — inaudible à sa propre oreille (Ba’h, Taz) ou absence de public (Chakh, sur le Roch et Rabbénou Yeroḥam) ? Le Pit’hei Techouva rapporte le Levouché Serad, qui tranche pour la pratique du côté du Ba’h.
- Le délai du seif 2 — se compte-t-il depuis le vœu (Choulhan Aroukh, Chakh avec sa correction) ou depuis le souvenir (Taz lisant le Raavad) ? Le Taz écrit וצריך עיון ; les Nekoudot HaKessef le réfutent point par point.
7. Le vocabulaire du siman
| Terme | Sens |
| ביטול | L’annulation préalable, qui empêche le vœu de naître — à distinguer de la déliaison |
| עקריה לתנאיה | Il a déraciné sa condition : vouer en s’en souvenant la supprime |
| על דעת ראשונה אני נודר | La formule du seif 3, qui conserve le bénéfice de la condition |
| בלחש | À voix basse — le mot du יש אומרים au seif 1, et l’objet de la ma’hloket |
| בפרהסיא | En public — ce que le Chakh exige, sur le Roch et Rabbénou Yeroḥam |
| דברים שבלב דמוכחי | Des choses du cœur qui se manifestent : la formule du Rabbénou Éliézer de Metz |
| כל נדרי | La déclaration de la nuit de Kippour, que le Rama rattache à ce siman |
| נדרי זירוזין | Les vœux d’encouragement, l’autre moitié de la michna |
| בנקיטת חפץ | En tenant un objet — la réserve du Chakh au ס״ק ה |
| שלא ינהגו קלות ראש בנדרים | La raison pour laquelle la guemara ne veut pas qu’on enseigne cela en public |
8. Règles d’or, mnémonique et pièges classiques
Dire, se souvenir, et à qui. Dire : l’annulation passe par la bouche. Se souvenir : le souvenir de la condition au moment du vœu retourne le résultat. À qui : rien de tout cela ne vaut pour ce qu’on doit à autrui.
Les règles d’or
- Annuler d’avance n’est pas délier : ce siman empêche, il ne défait pas.
- La condition dite dans le même souffle l’emporte, et le Chakh dit qu’elle l’emporte même sur le souvenir.
- La condition ancienne vit du silence de la mémoire : s’en souvenir et vouer, c’est la retirer.
- Le seif 3 n’est pas une exception : c’est l’état intermédiaire entre les deux autres.
- La glose sur כל נדרי dit deux choses, et la seconde est celle qu’on oublie.
Les pièges classiques
- Croire que כל נדרי dispense d’une déliaison : la glose dit expressément le contraire, sauf grand besoin.
- Lire le seif 1 et le seif 2 comme un même cas : ils disent l’inverse, et la raison en est la simultanéité.
- Trancher sur בלחש d’après le seul Chakh, ou d’après le seul Taz : le Pit’hei Techouva rapporte une décision pour la pratique, et elle va dans un sens.
- Prendre le וצריך עיון du Taz pour une conclusion : il ne tranche pas, et les Nekoudot HaKessef le réfutent.
- Oublier le seif 4, qui écarte de tout le siman ce qu’on a promis à quelqu’un d’autre.
- Compter plus de dix-huit entrées dans l’appareil : Sefaria en adresse exactement dix-huit sur ce siman.
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :