1. L’axiome : le vœu interdit une chose, le serment lie un homme
L’axiome. Un vœu opère en rendant une chose interdite ; il lui faut donc une chose. Un serment opère en liant l’homme ; il n’a besoin de rien d’autre. De là toute la borne du siman, et la raison en est donnée non par le seif mais par le Rambam.
« נדרים אין חלין על דבר שאין בו ממש » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Trois conséquences.(1) Nommer un acte ne fait pas de vœu. (2) Nommer le membre en fait un, de la Torah. (3) Ce qui ne prend pas demande tout de même une dissolution rabbinique — parce que l’homme croyait avoir voué.
2. Les trois questions-réflexes
1. Vœu ou serment ? Serment — ce siman ne le concerne pas. Vœu — question suivante.
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2. Qu’a-t-il nommé ? Un acte — pas de vœu. Un membre ou un objet — vœu de la Torah. L’acte avec son objet — ma’hloket.
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3. Et alors ? S’il a pris : dissolution ordinaire. S’il n’a pas pris : שאלה de rabbinique. Si c’est un נדר שוא : rien du tout — voir siman 236.
3. Tableau-maître — les trois seifim clause par clause
Seif
La clause du Choulhan Aroukh
Ce qu’elle décide
א
« נדרים אין חלין על דבר שאין בו ממש » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
La règle-titre : le vœu veut une chose
א
« כיצד אמר קונם שאני מדבר עמך שאני עושה לך שאני מהלך לך שאני ישן עמך אינו נדר » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Les quatre actes, et l’échec du vœu sur eux
א
« וכן אם אמר דיבורי ועשייתי והליכתי אסורים עליך ושינה אסורה עלי אינו נדר » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Même l’acte substantivé ne suffit pas
א
« ומיהו מדרבנן צריך שאלה » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Mais une שאלה reste due, de rabbinique
א
« לפיכך ראובן האוסר עליו שמיעת תפילת שמעון צריך שאלה מדרבנן » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Le cas du Rachba : entendre la prière d’un autre
א
« אבל אם אמר קונם פי מדבר עמך קונם ידי עושות לך קונם רגלי מהלכות לך קונם עיני בשינה הוי נדר גמור מן התורה » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
Nommer le membre : vœu de la Torah
א
« וכל שכן אם אמר יאסר עליך פי לדבורי וידי לעשייתי ורגלי להילוכי » (שו״ע יו״ד רי״ג:א)
L’interdit porté explicitement sur le membre : a fortiori
א
« הגה האומר דבור פי עליך או נטילת אבן עלי י״א דהוי נדר הואיל והזכיר הפה והאבן » (רמ״א יו״ד רי״ג:א)
Glose : l’acte nommé avec son objet — selon certains, un vœu
ב
« האומר אשנה פרק זה הוי כאלו נדר לתת צדקה » (שו״ע יו״ד רי״ג:ב)
« J’étudierai ce chapitre » : comme un vœu de charité
ב
« או לעשות שאר מצות ונדרו קיים » (שו״ע יו״ד רי״ג:ב)
Glose : et de même les autres mitsvot
ג
« אמר קונם עיני בשינה היום אם אישן למחר לא יישן היום שמא ישכח ויישן למחר » (שו״ע יו״ד רי״ג:ג)
Condition au futur : il ne dort pas aujourd’hui
ג
« אבל אם אמר קונם עיני בשינה למחר אם אישן היום יכול לישן היום ולא חיישינן שמא למחר ישכח נדרו ויישן » (שו״ע יו״ד רי״ג:ג)
Condition au présent : il peut dormir aujourd’hui
4. La grille des formulations
La formulation
Verdict
Source
L’acte seul — קונם שאני מדבר עמך
Pas de vœu
שו״ע יו״ד רי״ג:א
L’acte substantivé — דיבורי אסור עליך
Pas de vœu
שו״ע יו״ד רי״ג:א
Le membre — קונם פי מדבר עמך
Vœu de la Torah
שו״ע יו״ד רי״ג:א
Le membre visé explicitement — יאסר עליך פי לדבורי
A fortiori
שו״ע יו״ד רי״ג:א · ט״ז ס״ק ב
L’acte avec son objet — דבור פי עליך
Selon certains, un vœu
רמ״א יו״ד רי״ג:א · ש״ך ס״ק ו
Ce qui ne prend pas, en toute hypothèse
שאלה de rabbinique
שו״ע יו״ד רי״ג:א · ש״ך ס״ק ג
Vœu sur le sommeil sans durée fixée
נדר שוא — rien du tout
ש״ך יו״ד רי״ג ס״ק ה
5. Les ma’hlokot ouvertes
Pourquoi « qonam ma bouche » prend-il ? Le Roch : on le traite comme s’il avait dit « que ma bouche soit interdite pour ma parole » — requalification. Le Ran : la formule est ambiguë, et סתם נדרים להחמיר la tranche vers la bouche — interprétation. Beit Yossef · Taz ס״ק ב.
Que répondre à l’objection du siman 206 ? Les Tossefot : là-bas il y a un objet, la nourriture. Le Taz : là-bas l’objet existe au moment du vœu. Les deux critères ne trient pas les mêmes cas. Chakh ס״ק א · Taz ס״ק א.
La mention de l’objet suffit-elle ? Le Rama rapporte un י״א qui tient « la parole de ma bouche » pour un vœu, et le Chakh en donne la raison : puisqu’il a mentionné le חפץ. Ce n’est qu’un י״א, et la glose ne tranche pas. Rama · Chakh ס״ק ו · Baer Hetev ס״ק ד.
Qu’est-ce que « j’étudierai ce chapitre » ? Le Roch, suivi par le seif : comme un vœu de charité. Le Tour : un vœu plein, parce qu’il a voué une chose de mitsva. Le Ran : un serment. Beit Yossef · Tour · Chakh ס״ק ז.
6. Le vocabulaire du siman
Terme
Sens
Où il joue
ממש
Substance, matérialité
Le critère de tout le siman
קונם
Substitut de קרבן — le mot de vœu
Toutes les formulations du seif
מתפיס
Rattacher une chose à une autre
Le mécanisme que le vœu exige
בל יחל
« Il ne profanera pas sa parole »
Le verset, et son rang rabbinique ici
שאלה
Venir devant un sage pour faire délier
Due même quand rien n’a pris
נדר שוא
Vœu impossible à tenir
Le sommeil sans durée fixée
נעשה כאומר
« On le traite comme s’il avait dit »
L’explication du Roch pour קונם פי
תנאי
Condition
Le seif 3, et ce qu’on oublie
7. Règles d’or, mnémonique et pièges classiques
Les règles d’or.(1) Le vœu veut une chose ; c’est la position du mot qui décide, pas l’intention. (2) Ce qui ne prend pas n’est pas pour autant sans suite. (3) Un vœu sur le sommeil sans durée ne prend pas du tout. (4) Dans un vœu conditionnel, on redoute l’oubli de la condition, jamais celui de l’interdit.
שאני מדבר ← rien · פי מדבר ← vœu · דבור פי ← ma’hloket · אין בו ממש ← שאלה מדרבנן
Piège 1 — croire que l’intention suffit. Elle ne suffit pas : le seif oppose deux formules dont l’intention est identique et le résultat opposé. Le Roch lui-même, qui invoque l’intention, en fait une requalification de la parole, pas un substitut.
Piège 2 — conclure de « ce n’est pas un vœu » à « je suis libre ». Le seif enchaîne immédiatement sur ומיהו מדרבנן צריך שאלה, et le Rambam donne la raison : l’homme croyait avoir voué.
Piège 3 — oublier la condition de durée. Le Chakh, au ס״ק ה, la pose avant tout le reste : sans durée, le vœu sur le sommeil est un נדר שוא, et il n’y a rien à discuter.
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות סימן רי״ג · Niveau 3 — Synthèse · שאין הנדרים חלים על דבר שאין בו ממש daattorah.com