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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Yoré Déa

Les lois du כחל (la mamelle) — étude et pilpoul
סימן צ׳
דיני כחל
Étude, pilpoul, shitot des Richonim et des Aharonim
⚡ POUR LES LAMDANIM ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ha'hira du yessod, ma'hlokot des Richonim et des Aharonim,
nafka minot pour la halakha et examen des shitot

Le sujet :
Choulhan Aroukh Yoré Déa siman צ׳ (4 seifim)
avec l'appareil : Chakh (שפתי כהן), Taz (טורי זהב), Peri Megadim, Pit'hei Techouva

Le fond de la sougya dans le Chass :
Houlin 109b — 110a · Houlin 97a (la mesure de soixante) · voir Torat Hatat, kelal כ״ט—ל'

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction de la sougya — le lait d'une bête abattue n'est pas interdit par la Tora (Houlin 109b)
  2. La ha'hira du yessod — quelle est la raison de l'interdit du כחל, et pourquoi de-rabbanan
  3. Les gedarim du hekhcher du כחל — fente en croix, écrasement contre le mur, et extraction du lait
  4. Rôti, cuisson et friture — trois degrés de rigueur (seifim א'—ב')
  5. L'annulation dans soixante, et le כחל « du compte » — pourquoi le כחל se joint
  6. חתיכה נעשית נבילה dans le כחל — la ma'hloket du Rambam et du Rachba (Taz ס״ק ד)
  7. La pelougta du Me'haber, du Maharchal et du Ba'h — cuit avec de la viande, בדיעבד (Chakh ס״ק ח)
  8. La sougya du « וי״א » du Rama — si le כחל a été interdit, il ne se joint plus (Chakh ס״ק ה)
  9. Le couteau, la broche et la macération — seifim ג'—ד' et la sougya de כבוש כמבושל
  10. Ha'hira et nafka mina pour la pratique
  11. Tableaux de synthèse

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif א'

↩ Explication détaillée (niveau 1)

הַכָּחָל (פֵּרוּשׁ הַדַּד שֶׁל הַבְּהֵמָה) אָסוּר מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים, שֶׁאֵין בָּשָׂר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל בַּחֲלֵב שְׁחוּטָה אָסוּר מִן הַתּוֹרָה.

לְפִיכָךְ אִם קְרָעוֹ וּמֵרֵק הֶחָלָב שֶׁבּוֹ — מֻתָּר לִצְלוֹתוֹ וּלְאָכְלוֹ; וְאִם קְרָעוֹ שְׁתִי וָעֵרֶב וְטָחוֹ בַּכֹּתֶל עַד שֶׁלֹּא נִשְׁאַר בּוֹ לַחְלוּחִית חָלָב — מֻתָּר לְבַשְּׁלוֹ עִם הַבָּשָׂר.

וְכָחָל שֶׁלֹּא קְרָעוֹ, בֵּין שֶׁל קְטַנָּה שֶׁלֹּא הֵנִיקָה בֵּין שֶׁל גְּדוֹלָה — אָסוּר לְבַשְּׁלוֹ; וְאִם עָבַר וּבִשְּׁלוֹ בִּפְנֵי עַצְמוֹ (וְכָל שֶׁכֵּן אִם צְלָאוֹ) — מֻתָּר לְאָכְלוֹ. וְאִם בִּשְּׁלוֹ עִם בָּשָׂר אַחֵר — מְשַׁעֲרִין אוֹתוֹ בְּשִׁשִּׁים, וְכָחָל מִן הַמִּנְיָן.

(וְיֵשׁ אוֹמְרִים דְּאִם נָפַל תְּחִילָּה לִקְדֵרָה שֶׁאֵין בָּהּ ס' וְנֶאֱסַר הַכָּחָל, אִם נָפַל אַחַר כָּךְ לִקְדֵרָה אַחֶרֶת — אֵין הַכָּחָל מִצְטָרֵף לְס', וְכֵן עִיקָר. [הגה: טור בשם הרשב״א])

Traduction. Le כחל — c'est-à-dire la mamelle de l'animal — est interdit par les paroles des Sofrim, car de la viande cuite dans du lait de bête abattue n'est pas interdite par la Tora.

C'est pourquoi, s'il l'a fendu et qu'il en a fait sortir le lait, il est permis de le rôtir et de le manger ; et s'il l'a fendu en croix (en chaîne et en trame) et l'a écrasé contre le mur au point qu'il n'y reste plus d'humidité de lait, il est permis de le cuire avec de la viande.

Un כחל qu'il n'a pas fendu — qu'il provienne d'une jeune bête qui n'a pas allaité ou d'une bête adulte — il est interdit de le cuire ; et s'il a transgressé et l'a cuit seul (et a fortiori s'il l'a rôti), il est permis de le manger. Et s'il l'a cuit avec d'autre viande, on l'évalue dans soixante, et le כחל entre dans le compte.

Glose du Rama : et il y a qui disent que s'il est tombé d'abord dans une marmite où il n'y a pas soixante et que le כחל s'en est trouvé interdit, s'il tombe ensuite dans une autre marmite, le כחל ne se joint plus aux soixante — et c'est cela l'essentiel.

1. Introduction de la sougya — le lait d'une bête abattue n'est pas interdit par la Tora

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La source de base

שורש הסימן בסוגיא בחולין (ק״ט: — ק״י.) ובלשון המחבר הפותח: "הכחל... אסור מדברי סופרים, שאין בשר שנתבשל בחלב שחוטה אסור מן התורה". כלומר, החלב הכנוס בכחל אינו חלב גמור האסור מן התורה, שהרי לא יצא מן הבהמה בחייה, ולפיכך כל איסורו מדרבנן.
Traduction. La racine du siman est la sougya de Houlin (109b — 110a), et elle est déjà dans les premiers mots du Me'haber : le כחל est interdit par les paroles des Sofrim, car de la viande cuite dans du lait de bête abattue n'est pas interdite par la Tora. Autrement dit : le lait enfermé dans la mamelle n'est pas du lait à part entière, de celui que la Tora interdit, puisqu'il n'est pas sorti de la bête de son vivant ; tout son interdit est donc de-rabbanan.
Remarque de fond. L'interdit de viande-et-lait de la Tora (siman פ״ז) est la rencontre d'une viande d'animal pur avec du lait d'animal pur — et ce lait est le lait de la bête de son vivant. Or dans le כחל, le lait contenu est un lait שחוטה — un lait resté dans les mamelles après l'abattage. N'étant jamais devenu « lait » au sens plein, il n'y a pas là d'interdit de la Tora, mais un décret des Sages. Quant à la raison de l'interdit lui-même, le Chakh (ס״ק ה) en rapporte deux versants : la crainte qu'on le mange avant la fin de la cuisson, ou bien l'apparence.
« משום דחיישינן שמא יאכלנו קודם גמר בישולו … א״נ משום מראית העין » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
Le Taz (ס״ק א, sur le mot מותר לאוכלו) rapporte la raison de la guemara et de Rachi : le lait n'est pas amassé à l'intérieur, il est absorbé dans la chair et n'est jamais devenu du lait — d'où un interdit purement rabbinique, avec tout de même une fente exigée לכתחלה.
« בגמרא מפרש הטעם לפי שאין החלב כנוס במיעיו ופירש״י שלא יצא מדדי הבהמה בחייה ולא נאסף אלא מובלע בבשר הוא ולא בא לכלל חלב ומיהו לכתחלה בעי קריעה מדרבנן » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק א)

2. La ha'hira du yessod — quelle est la raison de l'interdit du כחל

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ha'hira. Quel est le statut du lait contenu dans le כחל ?
Le yessod de la ha'hira.
Le Chakh (ס״ק ה) tranche que l'interdit du כחל ne tient pas à ce qu'il aurait plus de goût de lait que le reste de la viande, mais aux creux du כחל dans lesquels le lait est amassé — et ce lait-là prend le goût de la viande cuite avec lui.

De là : les deux raisons sont vraies ensemble. D'un côté il n'y a pas de lait à part entière (donc de-rabbanan) ; de l'autre il y a un חלב שבגומות qu'il faut faire sortir par la fente avant la cuisson.
« שאין איסור של הכחל מפני שיש בו טעם חלב יותר משאר בשר אלא מפני שיש בו גומות בכחל שהחלב כנוס בתוכן ויש באותו חלב טעם מן הבשר שנתבשל עמה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« ואותו חלב שבגומות א״א להפרישו מן הבשר דלא מהני קריעה לאחר בישול » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
Et le Chakh précise pourquoi cela reste interdit alors même qu'à la fin de la cuisson tout le lait ressort : c'est avant la fin de la cuisson que le morceau a été interdit par le lait des creux, et une fois interdit il ne redevient plus permis — soit par crainte qu'on le mange avant la fin de la cuisson, soit à cause de l'apparence. Deux réponses, dans le Chakh, à l'interdit lui-même.
« ואף על גב דבגמר בישולו יוצא כל חלב מ״מ קודם גמר בישולו נאסר בשביל חלב שבגומות ותו לא משתרי משום דחיישינן שמא יאכלנו קודם גמר בישולו א״נ משום מראית העין » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)

3. Les gedarim du hekhcher du כחל — fente, écrasement et extraction

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Trois degrés de préparation selon le Me'haber

L'acteLa préparation exigéeSource
Rôtir (et manger) Fendre et faire sortir le lait (fente en croix לכתחלה) Me'haber seif א', seif ב'
Cuire avec de la viande Fente en croix et aussi écrasement contre le mur jusqu'à ce qu'il ne reste plus d'humidité Me'haber seif א'
Friture / pâté (פשטיד״א) Fente en croix et écrasement contre le mur (comme pour la cuisson) Me'haber seif ב'
Le Rama (seif ב') ajoute un hidouch dans la définition même de la préparation : l'usage de fendre et de recouper la pièce plusieurs fois en croix sur toute sa surface vaut mieux, et agit davantage, que l'écrasement contre le mur (Teroumat HaDéchen, siman קפ״ב). Autrement dit : la multiplication des fentes l'emporte sur l'écrasement.
« ומה שנהגו לקורעו ולחתכו כמה פעמים שתי וערב על פני כולו עדיף ומהני יותר מטיח' בכותל » (רמ״א יו״ד צ׳:ב)
Le Chakh (ס״ק ט) rapporte, au nom du Beit Yossef au nom du Rachba, que l'avoir mis sous le pressoir équivaut à l'avoir écrasé contre le mur. Le pressoir et le mur pèsent donc pareil : l'un comme l'autre expriment le lait.
« וכתב ב״י ע״ש הרשב״א דאם נתנו תחת המכבש הוי כטחו בכותל » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ט)
Kachya. Pourquoi, pour le rôti, la seule fente suffit-elle, alors que pour la cuisson il faut en outre l'écrasement ?
Terouts. Au rôti, le feu tire le lait et le rejette vers l'extérieur, et il n'y a pas à craindre qu'il revienne être absorbé ; à la cuisson, en revanche, le lait qui sort revient être absorbé dans la viande de la marmite. Il faut donc, d'avance, presser hors des creux tout le lait par l'écrasement contre le mur. C'est bien ce que dit le yessod du Chakh (ס״ק ה) : ce que l'on craint, c'est le חלב שבגומות.

4. Rôti, cuisson et friture — trois degrés de rigueur

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me'haber et du Rama (seif ב')

"נהגו שלא לבשלו עם בשר כלל. ולבשלו בלא בשר, בטיגון או בפשטיד״א — מצריכין קריעה שתי וערב וטיחה בכותל; ולצלי — קריעה שתי וערב." [ובהגה: ולקדירה בלא בשר נוהגין בו איסור לכתחלה, והוא הדין לטגן אפילו בלא בשר; מיהו אם נתייבשה לאחר ל' יום, אם עבר ובשלו אפילו עם בשר — מותר בדיעבד.]
Traduction. L'usage s'est établi de ne pas le cuire du tout avec de la viande ; et pour le cuire sans viande, en friture ou en pâté, on exige la fente en croix et l'écrasement contre le mur ; pour le rôti — la fente en croix. Glose : pour la marmite sans viande on a pris l'usage de l'interdire לכתחלה, et il en va de même pour la friture, même sans viande ; toutefois, s'il a séché — c'est-à-dire après trente jours — et qu'on a transgressé et cuit, même avec de la viande, c'est permis בדיעבד.
Trois degrés.
  1. Le rôti — le plus léger de tous : וכ״ש אם צלאו (שו״ע יו״ד צ׳:א), puisque le feu rejette le lait.
  2. Cuisson ou friture, seul — permis בדיעבד selon la lettre du din (seif א'), mais l'usage l'interdit לכתחלה (décret).
  3. Cuisson avec de la viande — l'usage l'interdit entièrement, et בדיעבד cela dépend de la mesure et de la perte.
Le Chakh (ס״ק ו) ouvre tout le seif ב' par une définition qui commande la lecture : tout cela relève de l'usage ; quant à la lettre du din בדיעבד, l'avis du Me'haber a été exposé au seif א', et celui du Rama dans la glose de ce seif-ci.
« כל זה מצד המנהג אבל לענין דינא בדיעבד נתבאר דעת המחבר בס״א ודעת הר״ב בהג״ה בסעיף זה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ו)
Le Chakh (ס״ק י״ד) précise la portée de l'usage : l'interdit לכתחלה tient même après fente en croix et écrasement contre le mur — et il renvoie lui-même, pour la raison, à son ס״ק כ״א, où il écrit que la rigueur de la marmite n'est qu'un décret de crainte qu'on en vienne à cuire avec de la viande.
« נוהגים בו איסור לכתחלה … אפילו ע״י קריעה שתי וערב וטיחה בכותל והטעם יתבאר בס״ק כ״א » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק י״ד)
« דמה שהחמירו בקדרה אינו אלא משום גזירה שמא יבאו לבשל עם בשר יחד וזה לא שייך גבי סכין » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק כ״א)
Nafka mina — le כחל desséché. Le Rama tranche qu'un כחל desséché (après trente jours) est permis בדיעבד même s'il a été cuit avec de la viande. Et le Chakh (ס״ק י״ז) précise que les trente jours ne sont qu'une présomption : s'il est manifeste qu'il est réellement sec, c'est permis même avant. Les trente jours ne sont donc pas une condition absolue, mais une חזקה. Pour la pratique — demande à ton Rav.
« היינו מסתמא אבל אי חזינן דיבשה היא ממש פשיטא דאפילו תוך ל' מותר » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק י״ז)

5. L'annulation dans soixante, et le כחל « du compte »

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Chakh (ס״ק ד)

הש״ך (ס״ק ד) על "משערין אותו בס'": "ואיתא בש״ס ומוסכם מכל הפוסקים דבעינן ס' נגד כל הכחל ולא משערינן במאי דנפק מיניה דלא ידעינן כמה נפק … וכבר כתב כיוצא בזה בסי' ס״ט סי״א גבי בשר שנתבשל בלא מליחה שצריך ס' נגד אותו בשר ולא סגי נגד דם שבתוכו".
Traduction. Le Chakh (ס״ק ד), sur les mots « on l'évalue dans soixante » : il est dit dans le Chass, et cela fait l'accord de tous les poskim, qu'il faut soixante contre tout le כחל, et non contre ce qui en est sorti, car nous ne savons pas combien il en est sorti. Et il en a déjà écrit de même au siman ס״ט, seif י״א, à propos d'une viande cuite sans avoir été salée : il faut soixante contre cette viande-là, et il ne suffit pas d'en avoir contre le sang qu'elle contient.
« ואיתא בש״ס ומוסכם מכל הפוסקים דבעינן ס' נגד כל הכחל ולא משערינן במאי דנפק מיניה דלא ידעינן כמה נפק » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ד)
« וכבר כתב כיוצא בזה בסי' ס״ט סי״א גבי בשר שנתבשל בלא מליחה שצריך ס' נגד אותו בשר ולא סגי נגד דם שבתוכו » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ד)
La ha'hira — pourquoi le כחל est-il « du compte » ? Puisque le כחל est lui-même interdit (c'est un morceau interdit), comment peut-il entrer lui-même dans les soixante qui annulent le lait qu'il contient ?
Le terouts des Richonim (rapporté par le Taz ס״ק ב au nom du Rachba). La raison du Rachba : le כחל est lui-même de la viande, et il se joint à la viande pour annuler le lait qui est en lui. Autrement dit, le corps du כחל est de la viande permise, et l'interdit n'est que le lait absorbé ; la chair du כחל se joint donc au reste de la viande pour annuler le peu de lait. Et dans les mots du Taz : la chair elle-même ne porte pas de nom d'interdit, seulement un interdit lui est attaché — et dès qu'il y a de quoi l'annuler, l'attache s'en va.
« דהוא עצמו בשר ומצטרף עם הבשר לבטל החלב שבו » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ב)
« כיון שאין על הבשר עצמו שם איסור רק שמחובר בו איסור וכשיש כדי לבטלו אזיל ליה החיבור » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ב)
Deux raisons au « כחל du compte ».
« שהכחל מן המנין מפני שהוא מותר בפני עצמו » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« ונראה שגם זה הוא מכוון למ״ש הפוסקים והכל הולך למקום אחד » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)

6. חתיכה נעשית נבילה dans le כחל — la ma'hloket du Rambam et du Rachba

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C'est la ma'hloket lamdanit centrale du siman, et nous l'ouvrons par le texte du Taz.

Le texte du Taz (ס״ק ד)

הט״ז (ס״ק ד) על "ומשערין בו בס' כבראשונה": "משמע אפי' אם נפל תחילה בפחות מס' הוי כבתחילה לצרף גם הכחל … וכ״כ בס' בדק הבית להרא״ה … והי״א של רמ״א שהוא הרשב״א ס״ל דכל שנפלה בפחות מס' נעשה גם ההיתר חתיכת נבילה דהא עשאוהו רבנן כבשר בחלב ובשר בחלב לדברי הכל נעשה נבילה ע״כ צריך אח״כ ס' נגד הכחל והכחל אינו מצטרף".
Traduction. Le Taz (ס״ק ד), sur les mots « et on l'évalue dans soixante comme la première fois » : cela implique que, même s'il est tombé d'abord dans moins de soixante, c'est comme au commencement — on joint aussi le כחל ; ainsi a écrit le Bedek HaBayit du Raa. Tandis que le « il y a qui disent » du Rama, qui est le Rachba, tient que dès lors qu'il est tombé dans moins de soixante, le permis lui-même devient un morceau de nevela, puisque les Sages l'ont fait comme de la viande-et-lait, et que la viande-et-lait, de l'avis de tous, devient nevela ; il faut donc ensuite soixante contre le כחל, et le כחל ne se joint pas.
« משמע אפי' אם נפל תחילה בפחות מס' הוי כבתחילה לצרף גם הכחל » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
« וכ״כ בס' בדק הבית להרא״ה דכל הנאסר מאותו כחל הוי דינא הכי שהוא מצטרף אח״כ לס' שלא יהא סופו חמור מתחילתו » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
« והי״א של רמ״א שהוא הרשב״א ס״ל דכל שנפלה בפחות מס' נעשה גם ההיתר חתיכת נבילה דהא עשאוהו רבנן כבשר בחלב ובשר בחלב לדברי הכל נעשה נבילה ע״כ צריך אח״כ ס' נגד הכחל והכחל אינו מצטרף » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
La ha'hira, exactement. Quand le כחל est tombé dans une marmite qui n'a pas soixante et s'y est trouvé interdit —
ShitaTombé dans moins de soixante — se joint-il dans la seconde marmite ?Source
Rambam, Raa (Bedek HaBayit), Beit Yossef Il se joint — « pour que sa fin ne soit pas plus lourde que son commencement » ; pas de חנ״נ dans la viande-et-lait rabbinique Taz ס״ק ד ; Beit Yossef
Rachba, Rama (« et c'est l'essentiel ») Il ne se joint pas — il est devenu un morceau de nevela, car la viande-et-lait, de l'avis de tous, devient nevela Glose du seif א' ; Taz ס״ק ד ; Torat HaBayit HaArokh
« שלא יהא סופו חמור מתחילתו » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
« וכן עיקר » (רמ״א יו״ד צ׳:א)
Le Taz lui-même borne la portée de la divergence par une observation qu'il faut retenir pour la section 8 : le raisonnement du Ran, dit-il, ne parle que du cas où le כחל est tombé dans soixante — car alors le כחל n'est interdit que pour l'apparence, et il n'interdit pas la seconde marmite plus que la première.
« מדנתן הר״ן טעם כיון שאין אסור הכחל רק משום מראית עין ע״כ אינו אוסר בשנייה יותר מבראשונה » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
Grande nafka mina (Taz ס״ק ד). Le Taz écrit qu'il naît de là une ma'hloket nouvelle entre le Rambam et le Rachba, que les poskim n'avaient pas mentionnée : pour le Rambam, on ne dit pas « le morceau lui-même devient nevela » même dans la viande-et-lait rabbinique ; et puisque le Rama a tranché ici comme le Rachba, il se trouve que pour nous on dit, dans tous les interdits, que le morceau devient nevela même pour un interdit rabbinique — et il renvoie au siman צ״ב, seif ד'. La décision du Rama sur le כחל sert donc de précédent à tout le domaine de חתיכה נעשית נבילה dans les interdits rabbiniques. Pour la pratique — demande à ton Rav.
« ומעכשיו נולד לנו מחלוקת חדשה בין רמב״ם לרשב״א מה שלא הוזכר בפוסקים דהיינו להרמב״ם לא אמרינן אפי' בבשר בחלב שהוא מדרבנן חתיכה עצמה נעשה נבילה » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)
« ולפי מה שפסק רמ״א כאן כרשב״א נמצא לדידן דלא קי״ל כרבינו אפרים אמרינן בכל האיסורין נעשה נבילה אפי' באיסור דרבנן » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק ד)

7. La pelougta du Me'haber, du Maharchal et du Ba'h — cuit avec de la viande, בדיעבד

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Rama (seif ב')

הגה (הרמ״א): "ואם עבר ובשלו — אם קרעו שתי וערב וטחו בכותל, יש להתיר בדיעבד... במקום הפסד מרובה, אבל בלאו הכי אין להתיר" (סה״ת, מרדכי, הגה״מ, הטור).
Traduction. Glose du Rama : et s'il a transgressé et l'a cuit — s'il l'avait fendu en croix et écrasé contre le mur, il y a lieu de permettre בדיעבד, en un lieu de perte importante ; mais sans cela, il n'y a pas lieu de permettre (Séfer HaTerouma, Mordekhi, Haggahot Maïmoniot, le Tour).
« ואם עבר ובשלו אם קרעו שתי וערב וטחו בכותל יש להתיר בדיעבד … במקום הפסד מרובה אבל בלאו הכי אין להתיר » (רמ״א יו״ד צ׳:ב)

Le texte du Chakh (ס״ק ח)

הש״ך (ס״ק ח): "יש להתיר בדיעבד במקום הפסד מרובה … אפילו עם בשר כן מוכח להדיא בת״ח שם ד״ג … ודעת מהרש״ל באו״ש ובספרו פ' כ״ה סי' מ״ז להתיר בדיעבד עם בשר ע״י קריעה שתי וערב וטיחה בכותל אפי' בלא הפסד מרוב … והב״ח פסק … הכל אסור אף בדיעבד אפי' קרעו שתי וערב וטחו בכותל ודלא כהגהת ש״ע דמיקל בזה במקום הפסד מרובה".
Traduction. Le Chakh (ס״ק ח) : « il y a lieu de permettre בדיעבד en un lieu de perte importante » — même avec de la viande, ainsi cela ressort clairement du Torat Hatat ; mais seul, c'est permis par la fente en croix et l'écrasement contre le mur, même sans perte importante. Et l'avis du Maharchal, dans son Issour veHetter et dans son ouvrage (Yam chel Chelomo, chapitre כ״ה, siman מ״ז), est de permettre בדיעבד avec de la viande, par fente en croix et écrasement contre le mur, même sans perte importante. Et le Ba'h a tranché que si on l'a cuit avec d'autre viande sans qu'il y ait soixante contre lui, tout est interdit même בדיעבד, même s'il l'a fendu en croix et écrasé contre le mur — et non comme la glose du Choulhan Aroukh qui allège en cas de perte importante.
« אפילו עם בשר כן מוכח להדיא בת״ח שם ד״ג » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
« אבל לבדה מותר ע״י קריעת שתי וערב וטיחה בכותל אפילו בלא הפסד מרובה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
« ודעת מהרש״ל באו״ש ובספרו פ' כ״ה סי' מ״ז להתיר בדיעבד עם בשר ע״י קריעה שתי וערב וטיחה בכותל אפי' בלא הפסד מרוב » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
« ואם בשלו עם שאר בשר ואין ס' כנגדו הכל אסור אף בדיעבד אפי' קרעו שתי וערב וטחו בכותל ודלא כהגהת ש״ע דמיקל בזה במקום הפסד מרובה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
Trois shitot.
La décision du Chakh contre le Ba'h. Le Chakh écrit qu'il n'est pas descendu jusqu'au fond de la pensée du Ba'h : tous les poskim — le Rif, le Rambam, Rabbenou Tam, les Tossafot, le Roch, le Rachba, le Ran, le Semag, le Semak, le Mordekhi, le Chaaré Doura et les autres, le Me'haber parmi eux — permettent בדיעבד, et beaucoup d'entre eux permettent même לכתחלה ; seuls le Raavia et l'Or Zaroua sont rigoureux même בדיעבד. Il y a donc assurément de quoi s'appuyer, à tout le moins בדיעבד en un lieu de perte importante, d'autant qu'il s'agit d'un interdit rabbinique et que la lecture naturelle de la sougya va dans leur sens.
« ולא ירדתי לסוף דעתו שהרי כל הפוסקים הרי״ף והרמב״ם ור״ת והתוספות והרא״ש והרשב״א והר״ן וסמ״ג וסמ״ק ומרדכי וש״ד ושאר פוסקים והמחבר מכללם מתירין בדיעבד והרבה מהם מתירין אפילו לכתחלה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
« אלא שראבי״ה וא״ז מחמירין אפי' דיעבד » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)
« א״כ ודאי דעכ״פ יש לסמוך אכל הנך רבוותא בדיעבד במקום הפסד מרובה בפרט באיסור דרבנן ובשגם שפשטא דסוגיא משמע כוותייהו » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ח)

8. La sougya du « וי״א » du Rama — si le כחל a été interdit, il ne se joint plus

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Chakh (ס״ק ה)

הש״ך (ס״ק ה) על "וי״א דאם נפל תחלה לקדירה": "כלומר לקדרה של בשר שאין בה ס' אפילו עם הכחל דהיינו שנפל לפחות מחמשים ותשעה שאז החלב היוצא ממנה לא נתבטל א״כ נאסר הכחל מדינא אבל כשנפל בס' שאז החלב היוצא ממנה נתבטל ולא נאסר הכחל אלא מפני מראית העין אף בקדרה שנית מצטרף הכחל לס' דלא גרע מפני שנאסר דהא בקדירה הראשונה מצטרף הכחל לס' אע״פ שהוא עצמו אסור".
Traduction. Le Chakh (ס״ק ה), sur les mots « et il y a qui disent que s'il est tombé d'abord dans une marmite, etc. » : c'est-à-dire dans une marmite de viande où il n'y a pas soixante même en comptant le כחל — c'est-à-dire qu'il est tombé dans moins de cinquante-neuf, de sorte que le lait qui en sort n'a pas été annulé ; le כחל s'est donc trouvé interdit selon la lettre du din. Mais lorsqu'il est tombé dans soixante, de sorte que le lait qui en sort a été annulé et que le כחל n'a été interdit qu'à cause de l'apparence — même dans une seconde marmite le כחל se joint aux soixante, car il n'est pas amoindri du fait d'avoir été interdit : dans la première marmite déjà le כחל se joignait aux soixante bien qu'il fût lui-même interdit.
« וי״א דאם נפל תחלה לקדירה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« כלומר לקדרה של בשר שאין בה ס' אפילו עם הכחל דהיינו שנפל לפחות מחמשים ותשעה שאז החלב היוצא ממנה לא נתבטל א״כ נאסר הכחל מדינא » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« אבל כשנפל בס' שאז החלב היוצא ממנה נתבטל ולא נאסר הכחל אלא מפני מראית העין אף בקדרה שנית מצטרף הכחל לס' דלא גרע מפני שנאסר דהא בקדירה הראשונה מצטרף הכחל לס' אע״פ שהוא עצמו אסור » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
La précision du Chakh. Le « וי״א » du Rama parle exclusivement du cas où le כחל est tombé dans moins de soixante (moins de cinquante-neuf) — car alors il a été interdit selon la lettre du din (le morceau devient nevela), et il ne se joint donc plus une seconde fois. Mais s'il est tombé dans soixante, le כחל n'a été interdit que pour l'apparence, et il se joint bel et bien, même dans une seconde marmite. Et cela s'accorde avec les mots du Taz rapportés plus haut (section 6).
בריה — le rejet du Ba'h. Le Chakh, à la fin de son ס״ק ה, écarte le Ba'h qui avait écrit que le כחל serait une בריה comme le nerf sciatique. Cela, dit le Chakh, est étonnant : il est établi dans le Chass et chez les poskim, au siman ק', que n'est une בריה que ce qui a été interdit dès le début de sa formation ; et il est expliqué dans le Rambam que le nerf sciatique est une בריה, tandis que le כחל n'en est pas une. Nafka mina : une בריה n'est pas annulée même dans mille, tandis que le כחל, n'étant pas une בריה, est annulé dans soixante.
« ועמ״ש הב״ח דכחל הוי בריה כמו גיד הנשה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« והוא תמוה כדאיתא בש״ס ופוסקים לקמן סימן ק' דלא הוי בריה אלא מה שנאסר מתחלת ברייתו » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)
« דגיד הנשה הוי בריה וכחל לא הוי בריה » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ה)

9. Le couteau, la broche et la macération — seifim ג'—ד'

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me'haber (seif ג')

"מותר לחתוך כחל רותח בסכין שחתכו בו בשר (וכל שכן כחל חי אע״פ שהיא מלאה חלב), וכן מותר לחתוך בשר בסכין שחתכו בו כחל... [הגה: והוא הדין לצלות זה בשפוד שצלו בו זה... דלאחר צליית הכחל דינו כשאר בשר לכל דבר — ודוקא שנצלה כדינו]".
Traduction. Il est permis de couper un כחל brûlant avec un couteau qui a coupé de la viande (et a fortiori un כחל cru, bien qu'il soit plein de lait), et il est de même permis de couper de la viande avec un couteau qui a coupé un כחל. Glose : et il en va de même pour rôtir l'un à la broche où l'on a rôti l'autre, car une fois le כחל rôti son statut est celui de toute autre viande à tous égards — et cela à condition qu'il ait été rôti selon sa règle.
Le Chakh (ס״ק כ״א) explique pourquoi le couteau est plus léger que la marmite : cette règle vaut même pour nous, dès lors qu'on l'a fendu en croix et écrasé contre le mur, comme l'a écrit le Rama dans sa glose ; et l'on ne compare pas cela à la marmite, où l'usage est de ne pas le cuire seul même après fente et écrasement — car la rigueur de la marmite n'est qu'un décret, de crainte qu'on en vienne à cuire avec de la viande, ce qui ne s'applique pas au couteau (Semak siman רי״ג, Haggahot Maïmoniot).
« דין זה אפילו לדידן אם קרעו שתי וערב וטחו בכותל וכמו שכתב הרב בהג״ה ול״ד לקדירה שנהגו שלא לבשלה לבדה אפילו ע״י קריעה שתי וערב וטיחה בכותל » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק כ״א)

La sougya de כבוש כמבושל dans le lait de bête abattue (seif ג' / Taz ס״ק י״ב)

לשון המחבר (בהגה ס״ג): "וכן אם הניחו כך שלם קודם צלייתו עם חלבו יום שלם — מותר, ולא אמרינן כבוש כמבושל בכי האי גוונא" (או״ה; רמ״א יו״ד צ׳:ג) והט״ז (ס״ק י״ב) הביא טעם או״ה: "לפי שחלב שחוטה מדרבנן לא גזרו ביה רבנן בצונן לומר כבוש כמבושל אע״פ שהחלב הוא צלול בעין".
Traduction. Texte du Me'haber (dans la glose du seif ג') : et de même, s'il l'a laissé ainsi entier avant de le rôtir, avec son lait, un jour entier — c'est permis, et l'on ne dit pas « macéré comme cuit » en pareil cas (Issour veHetter). Et le Taz (ס״ק י״ב) en rapporte la raison au nom de l'Issour veHetter : puisque le lait de bête abattue est rabbinique, les Sages n'ont pas décrété à son sujet, à froid, de dire « macéré comme cuit », bien que ce lait soit là, liquide et visible.
« הטעם שם באו״ה לפי שחלב שחוטה מדרבנן לא גזרו ביה רבנן בצונן לומר כבוש כמבושל אע״פ שהחלב הוא צלול בעין » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק י״ב)
La kachya du Taz (ס״ק י״ב). L'Issour veHetter lui-même a écrit que si une autre viande trempe à froid dans du lait de bête abattue, c'est interdit au titre de la macération. Et le Taz s'en étonne : l'interdit de fond n'est qu'un décret au titre de la viande-et-lait en général ; or, pour la macération, même dans une viande-et-lait de la Tora c'est permis — ce serait donc un décret sur un décret, et d'où tirerions-nous d'y décréter un décret sur un décret ?
« אמנם תמהתי על פה קדוש יאמר כן לאסור בזה בשאר בשר בכבוש בחלב שחוטה דהא עיקר האיסור משום גזירה דבשר בחלב בעלמא והא בכבוש כמבושל אפילו בשאר בשר בחלב מן התורה שרי » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק י״ב)
« א״כ ה״ל גזירה לגזירה בחלב שחוטה ומנלן למיגזר ביה גזירה לגזירה » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק י״ב)
La conclusion du Taz et l'avis du Rama. Le Taz conclut qu'il n'y a pas lieu d'interdire la macération dans du lait de bête abattue (ce serait un décret sur un décret), et il ajoute que telle paraît être aussi l'opinion du Rama ici, qui n'a pas recopié l'interdit concernant une autre viande macérée dans du lait de bête abattue. En revanche, le Pit'hei Techouva (ס״ק ה) rapporte au nom du Peri Megadim un versant rigoureux : si le כחל est resté avec de la viande, sur le feu, dans un ustensile non percé, la durée requise, et qu'il y a de la saumure, il se peut que ce soit interdit pour nous, car nous dirions « macéré » dans du lait de bête abattue — et non comme le Taz. Pour la pratique — demande à ton Rav.
« וכ״נ דעת רמ״א כאן שלא העתיק לאיסור בשאר בשר בכבוש בחלב שחוטה » (ט״ז יו״ד צ׳ ס״ק י״ב)
« דאם שהה הכחל עם בשר בבלי שאינו מנוקב כשיעור על האש ויש ציר אפשר דאסור לדידן דאמרינן כבוש בחלב שחוטה דלא כט״ז » (פתחי תשובה יו״ד צ׳ ס״ק ה)

Le texte du Me'haber et du Rama (seif ד')

"לצלות כחל או למולחו עם הבשר — דינו כדין צליית או מליחת כבד עם בשר. ויש מי שמתיר למלוח כחל על הבשר. [הגה: ואין למלחו עם בשר, אבל בדיעבד בכל ענין מותר. עור הקיבה, לאחר שהוסר חלבו והודח — יש לו דין שאר בשר... ואין לו דין כחל כלל.]"
Traduction. Rôtir un כחל, ou le saler avec de la viande, a le même statut que le rôtissage ou le salage d'un foie avec de la viande. Et il y a qui permet de saler un כחל au-dessus de la viande. Glose : et l'on ne doit pas le saler avec de la viande, mais בדיעבד c'est permis dans tous les cas. La peau de la caillette, après qu'on en a ôté le lait et qu'on l'a rincée, a le statut de toute autre viande — et n'a nullement le statut d'un כחל.
Le Chakh (ס״ק כ״ו), sur les mots « et il y a qui permet » : même לכתחלה, de saler un כחל au-dessus de la viande, et même sans l'avoir fendu du tout ; et l'on ne compare pas cela au foie, car la nature du sel n'est de faire sortir que le sang, et non le lait qui s'y trouve (le Tour au nom du Roch). Le hidouch : le sel ne fait pas sortir le lait comme il fait sortir le sang, d'où une plus grande indulgence.
« ויש מי שמתיר » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק כ״ו)
« אפילו לכתחלה למלוח כחל על בשר אפילו בלא קריעה כלל ול״ד לכבד שאין דרך המלח להפליט אלא דם אבל לא חלב שבו » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק כ״ו)
Le Pit'hei Techouva (ס״ק ה) borne ce hidouch au nom du Peri Megadim : la nature du sel n'est de ne pas faire sortir le lait que s'agissant du lait du כחל ; mais si du lait a été absorbé dans un morceau de viande, ce morceau devient lui-même interdit et interdit ensuite par le salage.
« דאין טבע המלח להפליט חלב ונראה דוקא חלב של כחל אבל אם נבלע חלב בחתיכה נ״נ ואוסר אח״כ ע״י מליחה » (פתחי תשובה יו״ד צ׳ ס״ק ה)

10. Ha'hira et nafka mina pour la pratique

La ha'hira d'ensemble. L'interdit du כחל — est-il un interdit de l'objet (le lait absorbé dans les creux est lui-même l'interdit), ou un simple décret (de crainte qu'on en vienne à cuire de la viande dans du lait véritable) ? Et les deux versants sont vrais : tombé dans moins de soixante, il y a substance de lait ; tombé dans soixante, il ne reste que l'apparence.
Nafka minot pour la pratique.
  1. Un כחל desséché (après trente jours, ou réellement sec) — permis בדיעבד même avec de la viande (Rama seif ב' ; Chakh ס״ק י״ז).
  2. Un pâté de כחל — permis hors de la poêle ; à la poêle — comme une cuisson (Rama ; Chakh ס״ק י״ט).
  3. Perte importante — on permet בדיעבד avec de la viande après fente et écrasement (Chakh ס״ק ח, contre le Ba'h).
  4. Macération dans du lait de bête abattue — pour la halakha on ne dit pas « macéré comme cuit » (Taz), et selon le Peri Megadim il y a lieu de craindre (Pit'hei Techouva ס״ק ה).
Dans tous ces cas — et pour la pratique — demande à ton Rav.

11. Tableaux de synthèse

Tableau — les degrés de préparation et de permission

SituationLe dinSource
Fendu, et le lait extrait Permis de le rôtir et de le manger Me'haber seif א'
Fendu en croix et écrasé contre le mur Permis de le cuire avec de la viande (selon la lettre du din) Me'haber seif א'
Cuit seul, sans fente ni écrasement Interdit même בדיעבד tant qu'il n'y a pas soixante (le כחל étant du compte) Chakh ס״ק ט״ז
Cuit seul après fente et écrasement Permis בדיעבד (sans soixante) Me'haber seif א' ; Chakh ס״ק ט״ז
Cuit avec de la viande, pas de soixante Interdit לכתחלה ; בדיעבד — en cas de perte importante (Rama) ; le Maharchal allège même sans cela Glose du seif ב' ; Chakh ס״ק ח
כחל desséché (trente jours) בדיעבד permis même avec de la viande Glose du seif ב' ; Chakh ס״ק י״ז
« בלא ששים אבל אם לא קרעו שתי וערב או לא טחו בכותל אפי' דיעבד אסור עד שיהא ס' במים נגד הכחל וכחל מן המנין » (ש״ך יו״ד צ׳ ס״ק ט״ז)

Tableau — les ma'hlokot centrales

SujetIndulgentRigoureuxDécision
Le morceau devient nevela dans le כחל (moins de soixante) Rambam, Raa, Beit Yossef — il se joint Rachba — il ne se joint pas Le Rama comme le Rachba (« et c'est l'essentiel »)
Cuisson avec de la viande בדיעבד (pas de soixante) Maharchal — même sans perte Ba'h — interdit entièrement Rama / Chakh — en cas de perte importante
Macération dans du lait de bête abattue Taz — pas de « macéré comme cuit » Peri Megadim — il se peut que ce soit interdit Le Pit'hei Techouva rapporte les deux
Saler le כחל au-dessus de la viande Le Roch / le Tour — permettent même לכתחלה Issour veHetter — ne pas saler avec de la viande Rama — בדיעבד c'est permis dans tous les cas

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : Houlin 109b — 110a (le כחל et le lait de bête abattue) · Houlin 97a (la mesure de soixante) · voir Rambam, Hilkhot Maakhalot Assourot, chap. ט'
Richonim : Rachi · Rambam · Raavad (Hassagot) · Rachba (Torat HaBayit HaArokh, Michmeret HaBayit) · Ran · Raa (Bedek HaBayit) · Roch · Rabbenou Tam · Tossafot · Tour · Semag · Semak · Mordekhi · Chaaré Doura · Haggahot Maïmoniot · Rabbenou Yerouham (Toledot Adam veHava)
Aharonim : Beit Yossef · Rama · Chakh · Taz · Ba'h · Maharchal (Yam chel Chelomo chap. כ״ה ; son Issour veHetter) · Maharaï (Teroumat HaDéchen siman קפ״ב ; Torat Hatat) · Issour veHetter HaArokh (kelal י״ח, ל') · Peri Megadim · Pit'hei Techouva · Raavia · Or Zaroua

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama
Talmid hakham · maggid chiour en halakha et en hassidout
Pilpoul et étude des דיני כחל · siman צ׳ · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l'étude et l'analyse seulement. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

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