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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman רל״א · Que toutes ses intentions soient au nom du Ciel
שכל כוונותיו יהיו לשם שמים — la sieste permise à qui ne peut étudier sans elle (שינת הצהרים), sa mesure (שתין נשמי), et le verset qui range toute la vie ordinaire sous l'intention (בכל דרכיך דעהו)
סימן רל״א · סעיף אחד
שכל כוונותיו יהיו לשם שמים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Les simanim voisins ont réglé le repas et ce qui l'entoure. Celui-ci ne règle plus un acte : il règle une intention. Il n'a qu'un séif, et il y tient six choses : la sieste, sa mesure, la glose du Rama, le verset, les cinq domaines, et la règle finale. Texte hébreu, traduction et explication, avec une section de cas pratiques.
Sujet : שכל כוונותיו יהיו לשם שמים — ההיתר, השיעור, ההגה, הכלל וחמש הדרכים
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רל״א · סעיף אחד
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Un siman d'une seule phrase, qui commence par une sieste et finit par la totalité de la vie. Le Mehaber autorise d'abord ce qu'on n'attendrait pas dans un livre de lois :
« אם אי אפשר לו ללמוד בלא שינת הצהרים יישן » (שו״ע או״ח רל״א:א) — celui qui ne peut pas étudier l'après-midi sans dormir un peu, qu'il dorme. Puis il pose la mesure, prise de la Guemara :
« אמר רב אסור לאדם לישן ביום יותר משינת הסוס וכמה שינת הסוס שיתין נשמי » (סוכה כ״ו ע״ב). Et de cette petite permission il tire, en une seule phrase, la règle la plus large de tout Orah Haïm :
« וכן בכל מה שיהנה בעוה״ז לא יכוון להנאתו אלא לעבודת הבורא יתברך כדכתיב בכל דרכיך דעהו » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : si le sommeil peut devenir du service parce qu'il sert à l'étude, alors rien n'est en dehors. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. הכלל — לשון הסעיף — le texte, sa traduction, et la charnière du siman
B. שינת הצהרים — la sieste permise, et à quelle condition
C. שתין נשמי — la mesure, et l'étonnement du Aroukh haChoulhan
D. הגהת הרמ״א — אלהי נשמה au réveil, ויהי נועם avant de dormir
E. בכל דרכיך דעהו — le verset qui change l'échelle
F. חמש הדרכים — les cinq domaines, et כללו של דבר
1-3. Cas pratiques — et questions de compréhension
A. הכלל — le séif et sa charnière
לְשֵׁם שָׁמַיִם — “au nom du Ciel”. Ce n'est pas ici un supplément de piété ajouté à une action déjà bonne : c'est la qualification de l'action elle-même. Le siman va montrer qu'un même geste — dormir, manger, marcher, parler — change de nature selon la fin que l'homme lui donne, et que cette fin est en son pouvoir.
Le séif — שכל כוונותיו יהיו לשם שמים
שכל כוונותיו יהיו לשם שמים. ובו סעיף אחד:
אם אי אפשר לו ללמוד בלא שינת הצהרים יישן: הגה וכשנעור משנתו א״צ לברך אלהי נשמה (ב״י) ויש אומרים שיקרא קודם שישן ויהי נועם (כל בו) ובלבד שלא יאריך בה שאסור לישן ביום יותר משינת הסוס שהוא שתין נשמי ואף בזה המעט לא תהא כוונתו להנאת גופו אלא להחזיק גופו לעבודת הש״י וכן בכל מה שיהנה בעוה״ז לא יכוון להנאתו אלא לעבודת הבורא יתברך כדכתיב בכל דרכיך דעהו ואמרו חכמים כל מעשיך יהיו לש״ש שאפילו דברים של רשות כגון האכילה והשתיה וההליכה והישיבה והקימה והתשמיש והשיחה וכל צרכי גופך יהיו כולם לעבודת בוראך או לדבר הגורם עבודתו שאפילו היה צמא ורעב אם אכל ושתה להנאתו אינו משובח אלא יתכוין שיאכל וישתה כפי חיותו לעבוד את בוראו וכן אפילו לישב בסוד ישרים ולעמוד במקום צדיקים ולילך בעצת תמימים אם עשה להנאת עצמו והשלים חפצו ותאותו אינו משובח אלא א״כ עשה לשם שמים וכן בשכיבה אין צריך לומר שבזמן שיכול לעסוק בתורה ובמצות לא יתגרה בשינה לענג עצמו אלא אפי׳ בזמן שהוא יגע וצריך לישן כדי לנוח מיגיעתו אם עשה להנאת גופו אינו משובח אלא יתכוין לתת שינה לעיניו ולגופו מנוחה לצורך הבריאות שלא תטרף דעתו בתורה מחמת מניעת השינה וכן בתשמיש אפילו בעונה האמורה בתורה אם עשה להשלים תאותו או להנאת גופו הרי זה מגונה ואפי׳ אם נתכוין כדי שיהיו לו בנים שישמשו אותו וימלאו מקומו אינו משובח אלא יתכוין שיהיו לו בנים לעבודת בוראו או שיתכוין לקיים מצות עונה כאדם הפורע חובו וכן בשיחה אפי׳ לספר בדברי חכמה צריך שתהיה כוונתו לעבודת הבורא או לדבר המביא לעבודתו כללו של דבר חייב אדם לשום עיניו ולבו על דרכיו ולשקול כל מעשיו במאזני שכלו וכשרואה דבר שיביא לידי עבודת הבורא ית׳ יעשהו ואם לאו לא יעשהו ומי שנוהג כן עובד את בוראו תמיד:
Que toutes ses intentions soient au nom du Ciel. Et il comporte un seul seif : s'il lui est impossible d'étudier sans la sieste de l'après-midi, qu'il dorme. Glose (Rama) : et lorsqu'il se réveille de son sommeil, il n'a pas à dire la bénédiction אלהי נשמה (Beit Yossef) ; et certains disent qu'il lise ויהי נועם avant de dormir (Kol Bo). À condition qu'il ne s'y prolonge pas, car il est interdit de dormir le jour plus que le sommeil du cheval, qui est de soixante respirations. Et même dans ce peu, que son intention ne soit pas le plaisir de son corps, mais de fortifier son corps pour le service de Hachem. Et de même pour tout ce dont il jouit en ce monde : qu'il ne vise pas son propre plaisir, mais le service du Créateur, béni soit-Il, comme il est écrit : “en toutes tes voies, connais-Le”. Et les Sages ont dit : que tous tes actes soient au nom du Ciel — car même les choses facultatives, comme manger, boire, marcher, s'asseoir, se lever, l'union conjugale et la conversation, et tous les besoins de ton corps, soient tous pour le service de ton Créateur ou pour ce qui y conduit. Car même s'il avait faim et soif, s'il a mangé et bu pour son plaisir, ce n'est pas louable ; qu'il vise plutôt de manger et de boire selon ce qui le fait vivre, afin de servir son Créateur. Et de même, même s'asseoir dans le conseil des hommes droits, se tenir au lieu des justes et marcher selon l'avis des intègres : s'il l'a fait pour son propre agrément et pour satisfaire son désir, ce n'est pas louable, sauf s'il l'a fait au nom du Ciel. Et de même pour le coucher : inutile de dire qu'au moment où il peut s'occuper de Torah et de mitsvot il ne doit pas se livrer au sommeil pour se faire plaisir ; mais même au moment où il est épuisé et qu'il a besoin de dormir pour se reposer de sa fatigue, s'il l'a fait pour le plaisir de son corps, ce n'est pas louable ; qu'il vise plutôt de donner du sommeil à ses yeux et du repos à son corps pour le besoin de la santé, afin que son esprit ne se brouille pas dans la Torah faute de sommeil. Et de même pour l'union conjugale : même au temps prescrit par la Torah, s'il l'a fait pour satisfaire son désir ou pour le plaisir de son corps, c'est laid ; et même s'il a visé d'avoir des enfants qui le serviront et prendront sa place, ce n'est pas louable ; qu'il vise plutôt d'avoir des enfants pour le service de son Créateur, ou d'accomplir la mitsva de l'ona comme un homme qui acquitte sa dette. Et de même pour la conversation : même pour parler de choses de sagesse, il faut que son intention soit le service du Créateur ou ce qui y conduit. La règle de tout : l'homme est tenu de poser ses yeux et son cœur sur ses voies, et de peser tous ses actes dans la balance de son intelligence ; et lorsqu'il voit une chose qui mènera au service du Créateur, qu'il la fasse ; sinon, qu'il ne la fasse pas. Et celui qui se conduit ainsi sert son Créateur en permanence.
Où sommes-nous ? Le Tour ouvrait ce passage par la suite du programme de la journée :
« אחר שגמר סעודתו יחזור ללמוד » (טור או״ח סימן רל״א) — après avoir fini son repas, il revient à l'étude. Le Beer haGola le signale d'un mot : la source du séif est le Tour,
« לשון הטור » (באר הגולה או״ח רל״א), et pour la mesure de la sieste, סוכה כ״ו (באר הגולה או״ח רל״א).
La charnière du siman Tout tient dans un mot du séif :
« ואף בזה המעט לא תהא כוונתו להנאת גופו אלא להחזיק גופו לעבודת הש״י » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : même dans ce peu de sommeil, l'intention doit être de tenir le corps debout pour le service — et c'est précisément ce raisonnement que le séif va appliquer ensuite à tout le reste.
D'où vient la seconde moitié Elle n'est pas du Mehaber : elle vient de Rabbenou Yona sur les Pirkei Avot, par l'intermédiaire du Tour. Le Tour l'écrit lui-même :
« וכן סדר ה״ר יונה הענין בפרקי אבות » (טור או״ח סימן רל״א), et le Beer haGola l'indique en trois mots :
« טור בשם רבי יונה בפרקי אבות » (באר הגולה או״ח רל״א).
B. שינת הצהרים — la sieste, et à quelle condition
Le din
« אם אי אפשר לו ללמוד בלא שינת הצהרים יישן » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : la permission n'est pas donnée au fatigué, elle est donnée à l'étudiant — c'est l'étude d'après qui rend le sommeil légitime.
La formulation du Tour
« ואם אי אפשר לו ללמוד בלא שינת הצהרים יישן ובלבד שלא יאריך בה הרבה » (טור או״ח סימן רל״א). résumé : le Tour ne dit pas “il est interdit”, il dit “qu'il ne s'y prolonge pas beaucoup”. Cette nuance sera au centre du Niveau 2.
Ce que la Michna Beroura y renvoie
« עיין לעיל בסימן ד׳ סט״ז ובמשנה ברורה שם » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:א) — elle renvoie au siman 4, où la question du sommeil diurne a déjà été posée. Là-bas le séif dit :
« דוד היה נזהר שלא לישן שיתין נשמין » (שו״ע או״ח ד׳:ט״ז), et le Rama y ajoute :
« ובגמרא פ׳ הישן משמע דדוקא ביום היה נזהר » (שו״ע או״ח ד׳:ט״ז).
Et celui qui travaille ? Le Aroukh haChoulhan élargit expressément la permission :
« ואף גם מי שצריך לפרנס אשתו ובניו במלאכה או במסחור וצריך לנוח ביום כדי לעמול בפרנסתו גם כן רשאי » (ערוך השלחן רל״א:ד). résumé : celui qui doit nourrir sa famille et a besoin de se reposer le jour pour peiner à sa subsistance est lui aussi autorisé — car cette subsistance est elle-même au service du même but.
C. שתין נשמי — la mesure
Le din
« ובלבד שלא יאריך בה שאסור לישן ביום יותר משינת הסוס שהוא שתין נשמי » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : soixante respirations — la mesure du sommeil du cheval.
La source dans la Guemara
« אמר רב אסור לאדם לישן ביום יותר משינת הסוס וכמה שינת הסוס שיתין נשמי » (סוכה כ״ו ע״ב). Et la Guemara donne aussitôt la chaîne de cette mesure :
« שנתיה דמר כדרב ודרב כדרבי ודרבי כדדוד ודדוד כדסוסיא ודסוסיא שיתין נשמי » (סוכה כ״ו ע״ב).
Et pourtant Abbayé dormait davantage
« אביי הוה ניים כדמעייל מפומבדיתא לבי כובי קרי עליה רב יוסף עד מתי עצל תשכב מתי תקום משנתך » (סוכה כ״ו ע״ב). résumé : Abbayé dormait le temps d'aller de Poumbedita à Bé Koubé, et Rav Yossef lui appliquait le verset du paresseux. Le Aroukh haChoulhan s'appuie sur ce passage pour dire que la mesure n'est pas un chiffre absolu.
L'étonnement du Aroukh haChoulhan Il note d'abord que le Rambam n'a pas rapporté cette mesure :
« והנה הרמב״ם לא הביא זה כלל וטעמו פשוט » (ערוך השלחן רל״א:א) ; puis il pose la difficulté sur le mot du Mehaber :
« וקשה מנא לן איסור זה דהרמב״ם לא הביא זה כלל וגם הטור לא כתב איסור על זה » (ערוך השלחן רל״א:ג) ; et il conclut :
« ובוודאי בענין כזה הכל לפי מה שהוא אדם » (ערוך השלחן רל״א:א), ajoutant ce qu'il a vu :
« וכן ראינו לגדולי עולם שהיו ישנין ביום כשעה או שתים דכך הוצרכו לפי חלישותם ולפי הנהגתם » (ערוך השלחן רל״א:א). Pour la pratique, on suit son Rav.
La question du Elia Rabba
« קשה דלעיל סימן ד׳ סעיף ט״ו משמע שאינו אלא ממדת חסידות וליכא איסור » (אליה רבה רל״א:א) — au siman 4, il ne s'agissait que d'une mesure de piété, sans interdit ; et le motif y était différent :
« גם כתב שם הטעם משום שטועם טעם מיתה והכא כתב כדי שלא יתבטל » (אליה רבה רל״א:א). résumé : là-bas, on évite le sommeil diurne parce qu'il fait goûter un goût de mort ; ici, parce qu'il fait perdre l'étude.
D. הגהת הרמ״א — אלהי נשמה et ויהי נועם
Au réveil, on ne redit pas אלהי נשמה
« וכשנעור משנתו א״צ לברך אלהי נשמה » (רמ״א או״ח רל״א:א). La raison, selon la Michna Beroura :
« אפשר הטעם דנתקנה ברכה זו על מנהגו של עולם שהקב״ה מחזיר הנשמות לבני האדם בבוקר » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ב). résumé : la bénédiction a été instituée sur l'ordre du monde — le retour des âmes au matin — et non sur chaque réveil.
Mais tous n'étaient pas de cet avis Le Beit Yossef rapporte le contraire :
« כתב האגור בסי׳ ג׳ בשם רבינו יהודה משפייר״א שכאשר נעור משנתו של שינת היום צריך לברך אלהי נשמה » (בית יוסף או״ח סימן רל״א), et ajoute :
« וכ״כ בשבלי הלקט בשם רבינו שמחה וה״ר אביגדור הכהן ולא נהגו כן » (בית יוסף או״ח סימן רל״א). résumé : le Agour au nom de Rabbenou Yehouda de Spire, les Chibolei haLeket au nom de Rabbenou Simha et de Rabbi Avigdor haCohen, tenaient qu'on redit la bénédiction — mais l'usage ne s'est pas fait ainsi.
Le Kaf haḤaim résume la position
« האגור בסי׳ ג׳ כתב בשם ר״י משפירא שכאשר נעור משנתו של שינת היום צריך לברך אלהי נשמה » (כף החיים רל״א:א), puis :
« וכ״פ הב״ח דא״צ לברך אלהי נשמה » (כף החיים רל״א:א), et il ajoute la raison des kabbalistes :
« וכ״נ לפי דברי המקו׳ שאין מקום לברכה זו ביום » (כף החיים רל״א:א).
Et la bénédiction sur la Torah ? Le Ateret Zekenim y joint un second cas :
« וכשנעור משנתו אין צריך לברך אלהי נשמה כו׳ וכן אין צריך לברך ברכת התורה » (עטרת זקנים או״ח רל״א). Le Tour l'avait posé en fin de siman :
« ואם ישן שינת עראי מיושב על אצילי ידיו א״צ לברך ברכת התורה כשיחזור ללמוד » (טור או״ח סימן רל״א), et le Beit Yossef renvoie ailleurs :
« ואם ישן שינת עראי וכו׳ עד סוף הסימן נתבאר בסימן מ״ז » (בית יוסף או״ח סימן רל״א). Pour la pratique, on suit son Rav.
ויהי נועם avant de dormir le jour
« ויש אומרים שיקרא קודם שישן ויהי נועם » (רמ״א או״ח רל״א:א). Le motif, selon le Magen Avraham :
« ויהי נועם משום סכנת המזיקין » (מגן אברהם רל״א:א) ; et la Michna Beroura ajoute l'usage réel :
« ויהי נועם משום סכנת מזיקין וכתב הלבוש שאין נוהגין כן » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ג). La source est le Kol Bo :
« והר״מ היה נוהג כששכב עצמו לישן ביום לקרא ויהי נועם » (כל בו סימן כ״ט). Le Aroukh haChoulhan conclut de même :
« ויש אומרים שיקרא קודם שישן ביום ויהי נועם משום מזיקין » (ערוך השלחן רל״א:ג),
« וגם בזה אין אנו נוהגים » (ערוך השלחן רל״א:ג).
E. בכל דרכיך דעהו — le verset qui change l'échelle
Le passage du particulier au tout
« וכן בכל מה שיהנה בעוה״ז לא יכוון להנאתו אלא לעבודת הבורא יתברך כדכתיב בכל דרכיך דעהו » (שו״ע או״ח רל״א:א), puis :
« ואמרו חכמים כל מעשיך יהיו לש״ש » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : la même règle qui vient d'être dite du sommeil est dite maintenant de tout ce dont l'homme jouit en ce monde.
Le verset
« בכל דרכיך דעהו והוא יישר ארחתיך » (משלי ג׳:ו׳). Et la Guemara en fait la clé de toute la Torah :
« דרש בר קפרא איזוהי פרשה קטנה שכל גופי תורה תלויין בה בכל דרכיך דעהו והוא יישר ארחתיך » (ברכות ס״ג ע״א) — quelle est la petite section dont dépendent tous les corps de la Torah ? Et Rava y ajoute une phrase redoutable :
« אמר רבא אפילו לדבר עבירה » (ברכות ס״ג ע״א).
La michna citée
« רבי יוסי אומר יהי ממון חברך חביב עליך כשלך והתקן עצמך ללמד תורה שאינה ירשה לך וכל מעשיך יהיו לשם שמים » (משנה אבות ב׳:י״ב) — la dernière clause est celle que le Mehaber invoque. Le Gaon de Vilna donne les deux renvois d'un trait :
« וכן בכל כו׳ כדכתי׳ כו׳ ברכות ס״ג א׳ ובאבות דר״נ פי״ז » (ביאור הגר״א או״ח רל״א).
Le Rambam avait fait de cela un chapitre
« צריך האדם שיכון לבו וכל מעשיו כלם לידע את השם ברוך הוא בלבד ויהיה שבתו וקומו ודבורו הכל לעמת זה הדבר » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה ב) ; et pour la nourriture :
« אלא ישים על לבו שיאכל וישתה כדי להברות גופו ואיבריו בלבד » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה ב) ; et pour le corps :
« ישים על לבו שיהא גופו שלם וחזק כדי שתהיה נפשו ישרה לדעת את ה׳ » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה ג). Sa conclusion :
« נמצא המהלך בדרך זו כל ימיו עובד את ה׳ תמיד » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה ג), et jusqu'au sommeil :
« ואפלו בשעה שהוא ישן אם ישן לדעת כדי שתנוח דעתו עליו וינוח גופו כדי שלא יחלה ולא יוכל לעבד את ה׳ והוא חולה נמצאת שנה שלו עבודה למקום ברוך הוא » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה ג).
Un garde-fou dans le même chapitre Le Rambam avait ouvert le chapitre en écartant l'ascèse :
« לפיכך צוו חכמים שלא ימנע אדם עצמו אלא מדברים שמנעתו התורה בלבד » (רמב״ם הלכות דעות פרק ג הלכה א). résumé : l'intention ne se conquiert pas en se privant de ce qui est permis, mais en orientant ce qui est permis.
F. חמש הדרכים — les cinq domaines
L'annonce
« שאפילו דברים של רשות כגון האכילה והשתיה וההליכה והישיבה והקימה והתשמיש והשיחה וכל צרכי גופך יהיו כולם לעבודת בוראך או לדבר הגורם עבודתו » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : cinq domaines sont nommés, et ils couvrent la journée entière d'un homme.
1. אכילה ושתיה — manger et boire
« שאפילו היה צמא ורעב אם אכל ושתה להנאתו אינו משובח » (שו״ע או״ח רל״א:א),
« אלא יתכוין שיאכל וישתה כפי חיותו לעבוד את בוראו » (שו״ע או״ח רל״א:א). La Michna Beroura rapporte un usage :
« וראיתי לאנשי מעשה שקודם אכילה היו אומרים הנני רוצה לאכול ולשתות כדי שאהיה בריא וחזק לעבודת הש״י » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ה) — des hommes d'action disaient avant de manger qu'ils veulent manger et boire pour être forts au service de Hachem.
2. ישיבה, קימה, הליכה — s'asseoir, se lever, marcher
« וכן אפילו לישב בסוד ישרים ולעמוד במקום צדיקים ולילך בעצת תמימים אם עשה להנאת עצמו והשלים חפצו ותאותו אינו משובח אלא א״כ עשה לשם שמים » (שו״ע או״ח רל״א:א). La Michna Beroura tempère :
« ומ״מ טוב הוא דמתוך כך בא לשמה » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ו) — ce n'est pas louable, mais cela reste bon, car c'est ainsi qu'on finit par arriver au “lichma”. Le Magen Avraham l'avait écrit avant elle :
« בסוד ישרים וכו׳ אינו משובח ומ״מ טוב הוא דמתוך כך בא לשמה » (מגן אברהם רל״א:ב).
3. שכיבה — le coucher
« וכן בשכיבה אין צריך לומר שבזמן שיכול לעסוק בתורה ובמצות לא יתגרה בשינה לענג עצמו » (שו״ע או״ח רל״א:א),
« אלא יתכוין לתת שינה לעיניו ולגופו מנוחה לצורך הבריאות שלא תטרף דעתו בתורה מחמת מניעת השינה » (שו״ע או״ח רל״א:א). résumé : c'est le retour du début du siman, mais posé maintenant comme cas particulier d'une règle générale.
4. תשמיש — l'union conjugale
« וכן בתשמיש אפילו בעונה האמורה בתורה אם עשה להשלים תאותו או להנאת גופו הרי זה מגונה » (שו״ע או״ח רל״א:א),
« ואפי׳ אם נתכוין כדי שיהיו לו בנים שישמשו אותו וימלאו מקומו אינו משובח » (שו״ע או״ח רל״א:א),
« אלא יתכוין שיהיו לו בנים לעבודת בוראו או שיתכוין לקיים מצות עונה כאדם הפורע חובו » (שו״ע או״ח רל״א:א). La Michna Beroura renvoie ailleurs pour d'autres intentions :
« ועיין עוד כונות אחרות בסימן ר״מ ס״א ואחר כונת הלב הן הדברים ורחמנא לבא בעי » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ז) — et l'essentiel, ajoute-t-elle, est l'intention du cœur.
5. שיחה — la conversation
« וכן בשיחה אפי׳ לספר בדברי חכמה צריך שתהיה כוונתו לעבודת הבורא או לדבר המביא לעבודתו » (שו״ע או״ח רל״א:א). Et la Michna Beroura étend jusqu'au commerce :
« וכ״ש אם סיפורו הוא בעניני משא ומתן צריך שתהיה כונתו לשם מצוה דהיינו שיהיה לו במה להתפרנס כדי שלא יבוא ליד גזל » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ח), jusqu'à :
« או שכונתו ליקח עסקים תחת רשותו כדי להמציא מלאכה לעניי ישראל שישתכרו להחיות נפשם שכל זה הוא בכלל צדקה ומעולה ממנה כמו שכתב הרמב״ם » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ח) — donner du travail aux pauvres d'Israël est compris dans la tsedaka et lui est supérieur,
« שהמחזיק ביד ישראל שמך ונותן לו מלאכה כדי שישתכר ולא יצטרך לבריות לשאול » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ח). Le Elia Rabba avait déjà mis en garde sur la parole :
« צריך אדם ליזהר בדיבור כמו במעשה גם אל יצא דבר מגונה מפיו » (אליה רבה רל״א:ב).
כללו של דבר — la règle de tout
« כללו של דבר חייב אדם לשום עיניו ולבו על דרכיו ולשקול כל מעשיו במאזני שכלו » (שו״ע או״ח רל״א:א),
« וכשרואה דבר שיביא לידי עבודת הבורא ית׳ יעשהו ואם לאו לא יעשהו ומי שנוהג כן עובד את בוראו תמיד » (שו״ע או״ח רל״א:א). Rabbenou Yona l'écrivait ainsi :
« כללו של דבר חייב אדם לשום עיניו ולבו על דרכיו ולשקול את כל מעשיו במאזני שכל » (רבינו יונה על פרקי אבות ב׳:י״ב) ; et le Tour ajoute l'exemple de Rabbi :
« ועל הדרך הזה זקף רבינו הקדוש אצבעותיו למעלה בשעת מיתתו ואמר גלוי וידוע לפניך שלא נהניתי מהם אלא לש״ש » (טור או״ח סימן רל״א), dont la Guemara rapporte les mots :
« בשעת פטירתו של רבי זקף עשר אצבעותיו כלפי מעלה אמר רבונו של עולם גלוי וידוע לפניך שיגעתי בעשר אצבעותי בתורה ולא נהניתי אפילו באצבע קטנה » (כתובות ק״ד ע״א).
Le siman en une phrase : une sieste permise à celui qui ne peut étudier sans elle, mesurée et non prolongée, devient le modèle de toute la vie ordinaire — בכל דרכיך דעהו — parce qu'un acte permis vaut ce que vaut la fin qu'on lui donne. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas pratiques
Cas 1 — Une sieste après le repas de midi
Situation : on a un séder d'étude fixé l'après-midi, mais après le repas les yeux se ferment et l'on ne retient rien. Peut-on aller dormir un moment ?
Conduite : C'est précisément le cas du séif :
« אם אי אפשר לו ללמוד בלא שינת הצהרים יישן » (שו״ע או״ח רל״א:א). La sieste est ici la condition de l'étude, non son contraire — mais elle reste bornée :
« ובלבד שלא יאריך בה שאסור לישן ביום יותר משינת הסוס שהוא שתין נשמי » (שו״ע או״ח רל״א:א). Et le Aroukh haChoulhan rappelle que la mesure suit l'homme :
« ובוודאי בענין כזה הכל לפי מה שהוא אדם » (ערוך השלחן רל״א:א). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Au réveil de la sieste
Situation : on se réveille d'une sieste d'une heure, l'esprit brouillé comme au matin. Redit-on אלהי נשמה ?
Conduite : Non, selon le Rama :
« וכשנעור משנתו א״צ לברך אלהי נשמה » (רמ״א או״ח רל״א:א), et la Michna Beroura en donne la raison :
« אפשר הטעם דנתקנה ברכה זו על מנהגו של עולם שהקב״ה מחזיר הנשמות לבני האדם בבוקר » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ב). Le Beit Yossef signale que d'autres Richonim tenaient le contraire :
« כתב האגור בסי׳ ג׳ בשם רבינו יהודה משפייר״א שכאשר נעור משנתו של שינת היום צריך לברך אלהי נשמה » (בית יוסף או״ח סימן רל״א) — mais il conclut :
« וכ״כ בשבלי הלקט בשם רבינו שמחה וה״ר אביגדור הכהן ולא נהגו כן » (בית יוסף או״ח סימן רל״א). Le Aroukh haChoulhan tranche de même :
« ואחר שיעור משנתו אין צריך לברך ברכת אלקי נשמה דאין זה רק בבוקר » (ערוך השלחן רל״א:ג). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Une journée de travail entière
Situation : on passe la journée au travail, dans le commerce, loin de toute étude. Ce siman a-t-il quelque chose à dire de ces heures-là ?
Conduite : Il en dit l'essentiel. La Michna Beroura le pose explicitement :
« וכ״ש אם סיפורו הוא בעניני משא ומתן צריך שתהיה כונתו לשם מצוה דהיינו שיהיה לו במה להתפרנס כדי שלא יבוא ליד גזל » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ח), et elle va plus loin :
« או שכונתו ליקח עסקים תחת רשותו כדי להמציא מלאכה לעניי ישראל שישתכרו להחיות נפשם שכל זה הוא בכלל צדקה ומעולה ממנה כמו שכתב הרמב״ם » (משנה ברורה, מ״ב רל״א:ח). Le Aroukh haChoulhan le disait déjà de la sieste elle-même :
« ואף גם מי שצריך לפרנס אשתו ובניו במלאכה או במסחור וצריך לנוח ביום כדי לעמול בפרנסתו גם כן רשאי » (ערוך השלחן רל״א:ד), et du reste :
« וכן בכל מה שיהנה בעולם הזה לא תהא העיקר בשביל הנאת גופו שזהו מעשה בהמה » (ערוך השלחן רל״א:ד). Le Biour Halakha consacre à cette question toute sa notice :
« שאלה איזו היא דרך ישרה שיבור לו האדם אם לעסוק בתורה ולהרבות גבולו בתלמידים כל ימי השבוע וליהנות מאחרים או ליהנות מיגיע כפיו ומלאכה נקיה כל ימי השבוע ולעסוק בתורה לבד כל יום השבת » (ביאור הלכה רל״א, ד״ה בכל דרכיך דעהו), en précisant d'abord ce qui n'est pas en discussion :
« דהא פשיטא דמחוייב האדם עכ״פ לקבוע עתים לתורה בכל יום » (ביאור הלכה רל״א, ד״ה בכל דרכיך דעהו), et ce qui ne l'est pas davantage :
« דמוטב להתבייש בעוה״ז ולקבל מאה מתנות ולא לעבור פעם אחד על לאו דאורייתא של לא תגזול » (ביאור הלכה רל״א, ד״ה בכל דרכיך דעהו). Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- À qui la sieste de l'après-midi est-elle permise par le séif, et à quelle condition ?
- Quelle est la mesure donnée par la Guemara, et pourquoi le Aroukh haChoulhan s'étonne-t-il du mot employé par le Mehaber ?
- Que dit le Rama de la bénédiction אלהי נשמה au réveil, et quels Richonim tenaient le contraire ?
- Comment le séif passe-t-il de la sieste au principe בכל דרכיך דעהו ?
- Nomme les cinq domaines énumérés par le séif, et dis d'où vient cette liste.
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📖Rejoindre la khavroutha
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — שינת הסוס — שיעור או הנהגה ; לשון «אסור» שבמרן ותמיהת ערוך השלחן ; אלהי נשמה — מחלוקת הראשונים ; לשם שמים — תנאי או מעלה
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 🌉 Niveau 4 — Daat HaRav : page-passerelle — l'Admour HaZaken n'a pas rédigé ce siman dans son Choulhan Aroukh