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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman רל״ה · Quand la nuit commence, et jusqu’où elle porte
זמן ק״ש של ערבית — צאת הככבים, la communauté qui devance l’heure, la demi-heure d’avant le repas, et la clôture à חצות puis à עמוד השחר
סימן רל״ה · ד׳ סעיפים
זמן ק״ש של ערבית
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman précédent achevait les lois de Minha ; celui-ci ouvre les lois du Chema du soir — et il les ouvre par une question d’heure. La Torah dit ובשכבך : il faut que ce soit la nuit. Mais quand la nuit commence-t-elle vraiment, que faire quand la communauté prie avant elle, et jusqu’où le retard est-il encore rattrapable ? Quatre séifim pour une seule question : quand ? Texte hébreu, traduction française et explication des ד׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : Le temps du Chema du soir — צאת הככבים, הצבור מקדימים, חצי שעה סמוך לזמן, עד חצות ועד עמוד השחר
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רל״ה · ד׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Le Chema du soir n’est pas une prière qu’on dit quand on veut : c’est un témoignage rendu à l’heure où les hommes se couchent. Tout le siman tourne autour de cette heure. Elle s’ouvre quand trois petites étoiles paraissent ; elle se protège par une demi-heure de silence où l’on ne commence pas de repas ; elle se referme à minuit — barrière que les Sages ont dressée — et, pour celui qui a trop tardé, ne laisse plus qu’un couloir jusqu’à l’aube. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l’étude
A. צאת הככבים (séif 1) — quand la nuit commence, et ce qu’on fait du doute
B. אם הצבור מקדימים (séif 1) — la communauté qui prie avant la nuit, et la glose du Rama
C. חצי שעה סמוך לזמן (séif 2) — le repas qu’on ne commence pas, et ce qu’on interrompt
D. עד חצות ועד עמוד השחר (séifim 3-4) — la clôture du temps, et celui qui fut contraint
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. צאת הככבים — quand la nuit commence
צֵאת הַכּוֹכָבִים — la sortie des étoiles. La michna qui ouvre le traité Berakhot ne parle pas d’étoiles mais de prêtres :
« מֵאֵימָתַי קוֹרִין אֶת שְׁמַע בָּעֲרָבִין? מִשָּׁעָה שֶׁהַכֹּהֲנִים נִכְנָסִים לֶאֱכוֹל בִּתְרוּמָתָן » (ברכות ב׳ ע״א). C’est la Guemara qui traduit aussitôt l’image en repère visible du ciel :
« מִכְּדִי כֹּהֲנִים אֵימַת קָא אָכְלִי תְּרוּמָה? — מִשְּׁעַת צֵאת הַכּוֹכָבִים » (ברכות ב׳ ע״א). Le Choulhan Aroukh, lui, part directement de ce repère — et y ajoute la prudence.
Séif 1 — זמן קריאת שמע בלילה
זמן קריאת שמע בלילה משעת יציאת שלשה ככבים קטנים ואם הוא יום מעונן ימתין עד שיצא הספק מלבו ואם קראה קודם לכן חוזר וקורא אותה בלא ברכות ואם הצבור מקדימים לקרות ק״ש מבעוד יום יקרא עמהם ק״ש וברכותיה ויתפלל עמהם וכשמגיע זמן קורא ק״ש בלא ברכות: הגה ומיהו לא יחזור ויתפלל בלילה אע״פ שהצבור מקדימים הרבה לפני הלילה אלא אם כן הוא רגיל בשאר פרישות וחסידות דאז לא מתחזי כיוהרא מה שיחזור ומתפלל (מרדכי ריש ברכות והגהות מיימוני פ״ב מהלכות תפלה ותרומת הדשן ס״א):
Séif 1 : le temps de la lecture du Chema, la nuit, est à partir de l’heure où sortent trois petites étoiles. Et si le jour est couvert, il attendra jusqu’à ce que le doute ait quitté son cœur. Et s’il l’a lu avant cela, il revient et la lit sans les bénédictions. Et si la communauté devance et lit le Chema alors qu’il fait encore jour, il lira avec elle le Chema et ses bénédictions et priera avec elle ; et lorsque le temps arrive, il lit le Chema sans les bénédictions. Glose du Rama : toutefois il ne recommencera pas la prière la nuit, même si la communauté devance de beaucoup avant la nuit — sauf s’il est accoutumé aux autres pratiques d’abstention et de piété, car alors le fait de recommencer et de prier n’a pas l’apparence de l’orgueil.
Pourquoi la nuit, et pourquoi les étoiles.
« דכתיב ובשכבך וקודם לילה לאו זמן שכיבה הוא ולילה מקרי משנראו ברקיע ג׳ כוכבים בינונים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:א). résumé : le verset commande la lecture “quand tu te couches” ; avant la nuit, ce n’est tout simplement pas l’heure où les hommes se couchent
Pourquoi de petites étoiles, alors que la loi se contenterait des moyennes.
« אך מפני שאין הכל בקיאין ויבואו לטעות בגדולים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:א) ;
« החמירו גבי ק״ש דאינו קורא עד שיראו ג׳ קטנים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:א). résumé : la mesure de la loi est l’étoile moyenne ; c’est notre incapacité à distinguer moyennes et grandes qui a fait exiger les petites
Le jour couvert : un doute, et un doute sur une obligation de la Torah.
« דספק דאורייתא הוא » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ג). résumé : on n’arbitre pas un doute de la Torah par l’à-peu-près : on attend que le ciel, ou l’horloge, lève l’hésitation
Et pour celui qui ne voit rien du ciel — une mesure de temps.
« ואם הוא יודע מתי שקעה החמה ימתין כשיעור ד׳ מילין שהוא ע״ב מינוט » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ד). résumé : quatre milles depuis le coucher du soleil, soit soixante-douze minutes : la Michna Beroura renvoie pour les détails au siman 293
Lu trop tôt : on relit, mais sans les bénédictions.
« דהא כבר בירך אותם ואע״ג דלא יצא בק״ש שקרא קודם הזמן אעפ״כ לא הוי הברכות לבטלה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ז). résumé : les bénédictions du Chema ne sont pas suspendues à la lecture au point d’être perdues : elles ont leur institution propre, et l’on ne les redit pas
B. אם הצבור מקדימים — la communauté qui devance la nuit
Séif 1 (suite) — יקרא עמהם ק״ש וברכותיה ויתפלל עמהם
Ici le Choulhan Aroukh ne légifère pas dans le vide : il répond à une pratique répandue et gênante. Des communautés entières lisaient le Chema et priaient l’arvit longtemps avant la nuit — non par légèreté, mais parce que le public, une fois rentré chez lui, ne se rassemblait plus.
Ce qui poussait à devancer l’heure.
« והיו עושין כן מפני הדחק שכמה פעמים אלו היו ממתינין בתפלת ערבית עד צה״כ היה כ״א הולך לביתו ולא היו מתפללין בצבור » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ח). résumé : ce n’était pas un relâchement mais un calcul : attendre la nuit, c’était perdre le minyan
La solution du Mehaber : deux lectures, une seule acquittante.
« ואם הצבור מקדימים לקרות ק״ש מבעוד יום יקרא עמהם ק״ש וברכותיה ויתפלל עמהם וכשמגיע זמן קורא ק״ש בלא ברכות » (שו״ע או״ח רל״ה:א). résumé : on lit et l’on prie avec le public — pour la prière en commun et pour enchaîner la délivrance à la prière — puis on relit le Chema seul, à l’heure, sans ses bénédictions
Ce à quoi il faut penser au moment de la première lecture.
« ולא יכוין אז לצאת ידי חובת ק״ש כ״א בקריאה שניה שקורא אח״כ בזמנה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ט). résumé : l’intention d’acquitter l’obligation se réserve à la seconde lecture, celle qui tombe dans son temps
Pourquoi ne pas simplement prier plus tard, seul ?
« כדי לסמוך גאולה לתפלה וגם להתפלל עם הצבור » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:י). résumé : deux raisons se conjuguent : la contiguïté de la délivrance et de la prière, et la prière avec le public
Combien faut-il relire ?
« ודי שיקרא שתי פרשיות הראשונות כיון שהזכיר יציאת מצרים בבהכ״נ » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יא) ;
« אבל בשאגת אריה האריך ומסיק דירא שמים יש לו ליזהר לקרות כל השלש פרשיות של ק״ש אחר צאת הכוכבים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יא). résumé : deux paragraphes suffisent selon le Magen Avraham puisque la sortie d’Égypte a déjà été mentionnée ; le Chaagat Aryé demande au craignant-Ciel de relire les trois
Et la lecture du Chema au lit, ne suffirait-elle pas ?
« ואין כדאי לסמוך על הקריאה שקורא על מטתו אפילו אם מנהגו לקרות כל הג׳ פרשיות דהא צריך לכוין לצאת ידי מ״ע של ק״ש » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יב). résumé : celle du coucher n’est pas dite avec l’intention d’acquitter la mitsva ; on ne s’appuie donc pas sur elle
La glose du Rama, et sa mesure.
« ומיהו לא יחזור ויתפלל בלילה אע״פ שהצבור מקדימים הרבה לפני הלילה אלא אם כן הוא רגיל בשאר פרישות וחסידות דאז לא מתחזי כיוהרא מה שיחזור ומתפלל » (שו״ע או״ח רל״ה:א) ;
« אבל מה שחוזר וקורא ק״ש לא מחזי כיוהרא דלענין ק״ש כמעט כל הפוסקים מסכימים דזמנה הוא מצה״כ » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:טו). résumé : refaire la ‘amida après la communauté prendrait l’allure d’une supériorité affichée ; relire le Chema, non — car sur ce point presque tous les décisionnaires tiennent que l’heure est la sortie des étoiles
Ce que fait aujourd’hui le monde.
« והנה בזמנינו נהגו רוב העולם לקרות ק״ש ולהתפלל אחר צאת הכוכבים כדין » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יב) ;
« ואשרי המתפלל מעריב בזמנו בצבור » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יב). résumé : la difficulté du siman est en grande partie derrière nous : on lit et l’on prie après la sortie des étoiles, et c’est le mieux
C. חצי שעה סמוך לזמן — le repas qu’on ne commence pas
Séif 2 — אסור להתחיל לאכול חצי שעה סמוך לזמן
אסור להתחיל לאכול חצי שעה סמוך לזמן קריאת שמע של ערבית ואם התחיל לאכול אחר שהגיע זמנה מפסיק וקורא קריאת שמע בלא ברכותיה וגומר סעודתו ואחר כך קורא אותה בברכותיה ומתפלל: הגה אבל אין צריך להפסיק לתפלה הואיל והתחיל לאכול אבל אם לא התחיל לאכול אע״פ שנוטל ידיו צריך להפסיק (ר״ן פ״ק דשבת) ואם אין שהות להתפלל מפסיק אף לתפלה (הראב״ד בהגהות פ״ג מהלכות ברכות):
Séif 2 : il est interdit de commencer à manger une demi-heure avant le temps de la lecture du Chema du soir. Et s’il a commencé à manger après que son temps est arrivé, il s’interrompt et lit le Chema sans ses bénédictions, achève son repas, et ensuite la lit avec ses bénédictions et prie. Glose du Rama : mais il n’a pas besoin de s’interrompre pour la prière, puisqu’il a commencé à manger. En revanche, s’il n’a pas commencé à manger — même s’il s’est lavé les mains — il doit s’interrompre. Et s’il n’y a pas assez de temps pour prier, il s’interrompt même pour la prière.
La crainte, en une phrase.
« והטעם שמא ימשך בסעודתו ופעמים ישתקע עי״ז גם בשינה וישכח לקרות שמע » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:טז). résumé : ce n’est pas le repas que l’on redoute, mais ce qui vient après : le sommeil qui prend l’homme et emporte toute la nuit
La source, dans la Guemara : le retour des champs.
« חֲכָמִים עָשׂוּ סְיָיג לְדִבְרֵיהֶם, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב, וְאוֹמֵר: ״אֵלֵךְ לְבֵיתִי וְאוֹכַל קִימְעָא וְאֶשְׁתֶּה קִימְעָא, וְאִישַׁן קִימְעָא, וְאַחַר כָּךְ אֶקְרָא קְרִיאַת שְׁמַע וְאֶתְפַּלֵּל״, וְחוֹטַפְתּוֹ שֵׁינָה וְנִמְצָא יָשֵׁן כָּל הַלַּיְלָה » (ברכות ד׳ ע״ב). résumé : les Sages ont dressé une barrière contre une phrase que tout homme fatigué se dit à lui-même
Et ce qu’il faut faire à la place.
« אֲבָל אָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב, נִכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת, אִם רָגִיל לִקְרוֹת — קוֹרֵא. וְאִם רָגִיל לִשְׁנוֹת — שׁוֹנֶה, וְקוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל, וְאוֹכֵל פִּתּוֹ וּמְבָרֵךְ » (ברכות ד׳ ע״ב). résumé : entrer à la synagogue, lire ou étudier selon son habitude, lire le Chema, prier — et alors seulement manger son pain
Le Rambam en fait une halakha à part entière.
« לֹא יָבוֹא אָדָם מִמְּלַאכְתּוֹ וְיֹאמַר אֹכַל מְעַט וְאִישַׁן קִמְעָא וְאַחַר כָּךְ אֶתְפַּלֵּל, שֶׁמָּא תֶּאֱנֹס אוֹתוֹ שֵׁנָה וְנִמְצָא יָשֵׁן כָּל הַלַּיְלָה » (רמב״ם הלכות תפילה פרק ו הלכה ז). résumé : la formule est presque celle de la baraïta : la faute n’est pas de manger, elle est de repousser
Un repas, oui ; goûter, non.
« ואפילו לאכול קמעא אסור ומ״מ טעימה בעלמא מיני פירות או אפילו פת בכביצה שרי » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:טז). résumé : des fruits, ou du pain le volume d’un œuf, ne sont pas un repas ; le Magen Avraham et l’Aroukh haChoulhan tiennent de même
Ce qui vaut pour manger vaut aussi pour dormir.
« וכן לישן אפילו דעתו רק לישן קמעא » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יז) ;
« אבל משהגיע זמן ק״ש אסור אף ללמוד כשהוא מתפלל בביתו ביחיד ואם אמר לחבירו שאינו לומד שיזכרנו שיתפלל מותר » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יז). résumé : même un somme bref est interdit ; et une fois l’heure venue, même l’étude est interdite à celui qui prie seul chez lui — à moins qu’un autre ne se soit engagé à le rappeler
La demi-heure, contestée puis maintenue.
« דעת הט״ז להקל בזה ולא בעי אלא שיעור מועט והאחרונים מסכימים לפסק השו״ע דכל דליכא אלא חצי שעה אסור להתחיל לאכול » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יח). résumé : le Taz jugeait la mesure trop large ; les Aharonim ont maintenu la demi-heure du Choulhan Aroukh
Celui qui a commencé après l’heure s’interrompt — pour le Chema.
« מיד כיון דק״ש דאורייתא הוא והוא התחיל באיסור ואם התחיל בהיתר דהיינו לפני חצי שעה שסמוכה לצה״כ אפילו לק״ש אינו מפסיק כל שיש לו שהות לקרוא אחר גמר סעודתו » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כא). résumé : l’interruption ne frappe que celui qui a commencé dans l’interdit ; qui a commencé licitement, plus d’une demi-heure avant, ne s’interrompt pas s’il lui restera du temps
Pourquoi sans les bénédictions ?
« משום דברכות אינם אלא מדרבנן לא הטריחוהו להפסיק בשבילם » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כב). résumé : les bénédictions sont d’institution rabbinique : on n’impose pas au convive de les dire au milieu de son repas
Pourquoi ici l’on interrompt, alors qu’à Minha on n’interrompt pas.
« ולא דמי להתחיל סמוך למנחה דאינו מפסיק בדיעבד אם כבר נטל ידיו כדמבואר לעיל בסי׳ רל״ב דבמנחה כיון דזמנה מועט מירתת ולא אתי למפשע משא״כ בערבית דזמנה בדיעבד כל הלילה גזרינן דלמא אתי למפשע ויסמוך על אריכותה של לילה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כד). résumé : à Minha le temps est court et l’homme reste en alerte ; le soir, la nuit paraît longue, et c’est cette longueur même qui invite à la négligence
Le cas des mains déjà lavées.
« ודוקא כשלא בירך עדיין ענט״י אבל אם כבר בירך ענט״י נכון שלא יפסיק אלא יברך המוציא ויאכל כזית ויפסיק סעודתו » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כד). résumé : si la bénédiction du lavage a déjà été dite, on ne coupe pas entre elle et le pain : on bénit, on mange un kazayit, et l’on interrompt alors
Et quand il n’y a plus de temps du tout.
« ואם אין שהות להתפלל מפסיק אף לתפלה » (שו״ע או״ח רל״ה:ב) ;
« ר״ל בין שהוא עומד סמוך לעלות השחר או אפילו עומד בתחלת הלילה רק שסעודה זו תמשך עד עלות השחר » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כה). résumé : un repas d’été qui va durer jusqu’à l’aube oblige à s’interrompre dès la sortie des étoiles — même pour celui qui avait commencé licitement
D. עד חצות ועד עמוד השחר — la clôture du temps
Séif 3 — לכתחלה מיד, וזמנה עד חצי הלילה
לכתחלה צריך לקרות ק״ש מיד בצאת הככבים וזמנה עד חצי הלילה ואם עבר ואיחר וקרא עד שלא עלה עמוד השחר יצא י״ח:
Séif 3 : de prime abord, il faut lire le Chema immédiatement à la sortie des étoiles ; et son temps va jusqu’à la moitié de la nuit. Et si l’on a transgressé et tardé, et qu’on l’a lu avant que l’aube ne se lève, on s’est acquitté de son obligation.
Pourquoi “immédiatement”.
« דזריזין מקדימין למצות » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כו). résumé : la règle générale des empressés qui devancent l’heure des mitsvot
Ce que “minuit” veut dire ici.
« דרבנן גדרו שאסור להתאחר בקריאת שמע ביותר מחצות שלא לבוא לידי מכשול ואם מתאחר מקרי עובר על דברי חכמים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כז). résumé : ce n’est pas la fin du temps de la Torah mais une barrière rabbinique ; passé minuit sans avoir lu, on a transgressé une parole des Sages
Et du point de vue de la Torah ?
« דמן התורה לכו״ע זמנה כל הלילה דובשכבך כ״ז שבני אדם שוכבין משמע » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כח). résumé : “quand tu te couches” désigne toute la durée où les hommes sont couchés — c’est-à-dire toute la nuit
La halakha tranchée dans la Guemara.
« אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל » (ברכות ח׳ ע״ב). résumé : Rabban Gamliel dit “jusqu’au lever de l’aube”, et c’est ainsi que la loi a été fixée
Le Rambam, source directe de notre séif.
« מִצְוָתָהּ מִשְּׁעַת יְצִיאַת הַכּוֹכָבִים עַד חֲצִי הַלַּיְלָה. וְאִם עָבַר וְאִחֵר וְקָרָא עַד שֶׁלֹּא עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ שֶׁלֹּא אָמְרוּ עַד חֲצוֹת אֶלָּא כְּדֵי לְהַרְחִיק אָדָם מִן הַפְּשִׁיעָה » (רמב״ם הלכות קריאת שמע פרק א הלכה ט). résumé : le Choulhan Aroukh reprend le Rambam presque mot pour mot ; le Beour Halakha note que d’autres Richonim tenaient autrement, et que la décision suit ici la majorité
Séif 4 — הקורא לאחר שעלה עמוד השחר
הקורא קריאת שמע של ערבית אחר שעלה עמוד השחר קודם הנץ (פירוש יציאת החמה מענין הנצו הרימונים) החמה לא יצא ידי חובתו אלא א״כ היה אנוס כגון שכור או חולה וכיוצא בהן ואנוס שקרא אז לא יאמר השכיבנו דכיון שעלה עמוד השחר אינו זמן שכיבה: הגה אבל שאר הברכות דהיינו שנים שלפני קריאת שמע וברכת אמת ואמונה עד השכיבנו אומר (טור ומרדכי והגהות מיימוני וע״ל סי׳ נ״ח סעיף ה׳):
Séif 4 : celui qui lit le Chema du soir après que l’aube s’est levée, avant le lever du soleil (explication : le lever du soleil, de la même racine que “les grenadiers ont fleuri”), ne s’est pas acquitté de son obligation — sauf s’il était contraint, comme un homme ivre ou un malade et leurs semblables. Et le contraint qui a lu à ce moment-là ne dira pas השכיבנו, car du moment que l’aube s’est levée, ce n’est plus l’heure de se coucher. Glose du Rama : mais les autres bénédictions — c’est-à-dire les deux qui précèdent le Chema et la bénédiction אמת ואמונה jusqu’à השכיבנו — il les dit.
Pourquoi le négligent perd, alors que la Torah lui laissait encore du temps.
« היכא דלא איתנס בטלו חכמים ממנו מצות ק״ש על שאיחר כ״כ ואינו יוצא ידי חובתה שוב בקריאתה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ל). résumé : l’heure d’après l’aube reste “nuit” pour quelques dormeurs attardés ; mais les Sages ont retiré la mitsva à celui qui a tant tardé sans y être contraint
Le mot qui décide de tout : אנוס.
« דבלא אונס אפילו קראה תיכף משעלה עה״ש ג״כ אינו יוצא ובאונס אפילו קראה אח״כ כל שלא הנץ החמה יוצא » (ביאור הלכה או״ח סימן רל״ה). résumé : sans contrainte, même une lecture faite à l’instant même de l’aube ne vaut plus ; sous contrainte, elle vaut jusqu’au lever du soleil
L’ivre : d’où vient qu’il soit un contraint ?
« דְּהָהוּא זוּגָא דְּרַבָּנַן דְּאִשְׁתַּכּוּר בְּהִלּוּלָא דִּבְרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי » (ברכות ט׳ ע״א) ;
« כְּדַאי הוּא רַבִּי שִׁמְעוֹן לִסְמוֹךְ עָלָיו בִּשְׁעַת הַדְּחָק » (ברכות ט׳ ע״א). résumé : deux Sages s’étaient enivrés aux noces du fils de Rabbi Yehochoua ben Levi ; il leur permit de s’appuyer, dans la contrainte, sur l’avis de Rabbi Chimon
Mais tout ivre n’est pas un contraint.
« נ״ל באם נשתכר אדם אחר התחלת הזמן קריאת שמע לא מקרי אונס ואין לו שיעור לקרות רק עד שיעלה ע״ה ותו לא » (ט״ז או״ח סימן רל״ה) ;
« אבל בנשתכר זמן מועט קודם עלות השחר שאי אפשר בשעה קטנה כזו להפיג שכרותו לא הוי אונס ולא יצא ידי חובתו » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:לא). résumé : le Taz distingue selon le moment où l’ivresse a commencé ; la Michna Beroura suit cette ligne pour celui qui s’enivre juste avant l’aube
Pourquoi il ne dit pas השכיבנו.
« אָמַר רַבִּי זֵירָא: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יֹאמַר ״הַשְׁכִּיבֵנוּ״ » (ברכות ט׳ ע״א) ;
« ר״ל אינו זמן שבני אדם הולכים לשכב שיהיה שייך לומר על זה השכיבנו » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:לג). résumé : la bénédiction demande d’être couché en paix ; à l’aube, ce n’est plus ce que l’on demande
Et il ne la sauve pas non plus en la commençant plus loin.
« מתבאר בפוסקים דאפילו אם ירצה לדלג תיבת השכיבנו ולהתחיל מן ותקננו בעצה וכו׳ נמי אינו נכון » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:לב). résumé : le Tour rapportait qu’on pourrait commencer à ותקננו ; la Michna Beroura tranche que cela non plus n’est pas correct
Ce qu’il dit tout de même.
« אבל שאר הברכות דהיינו שנים שלפני קריאת שמע וברכת אמת ואמונה עד השכיבנו אומר » (שו״ע או״ח רל״ה:ד) ;
« וגם שמ״ע לא יתפלל דתפלת ערבית נתקנה רק בשביל לילה ומכיון שעלה עה״ש יום הוא לכל דבר » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:לד). résumé : les deux bénédictions d’avant et אמת ואמונה jusqu’à השכיבנו — mais, pour la Michna Beroura, plus la ‘amida du soir, l’aube ayant fait du moment un jour
Cas pratiques
Cas 1 — Le minyan de l’été qui prie avant la nuit
Situation : ma communauté lit le Chema et prie l’arvit alors qu’il fait encore grand jour. Que dois-je faire ?
Conduite : La réponse du séif 1 est double, et elle ne demande pas de quitter le public :
« ואם הצבור מקדימים לקרות ק״ש מבעוד יום יקרא עמהם ק״ש וברכותיה ויתפלל עמהם וכשמגיע זמן קורא ק״ש בלא ברכות » (שו״ע או״ח רל״ה:א). La première lecture n’est donc pas celle qui acquitte :
« ולא יכוין אז לצאת ידי חובת ק״ש כ״א בקריאה שניה שקורא אח״כ בזמנה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:ט) — et l’on prie tout de même avec eux pour deux motifs,
« כדי לסמוך גאולה לתפלה וגם להתפלל עם הצבור » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:י). Pour la relecture, le Magen Avraham allège,
« ודי שיקרא שתי פרשיות הראשונות כיון שהזכיר יציאת מצרים בבהכ״נ » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יא), tandis que le Chaagat Aryé demande davantage :
« אבל בשאגת אריה האריך ומסיק דירא שמים יש לו ליזהר לקרות כל השלש פרשיות של ק״ש אחר צאת הכוכבים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יא). Quant à recommencer la ‘amida, le Rama l’écarte :
« ומיהו לא יחזור ויתפלל בלילה אע״פ שהצבור מקדימים הרבה לפני הלילה אלא אם כן הוא רגיל בשאר פרישות וחסידות דאז לא מתחזי כיוהרא מה שיחזור ומתפלל » (שו״ע או״ח רל״ה:א) ; mais relire le Chema ne pose aucun problème d’apparence,
« אבל מה שחוזר וקורא ק״ש לא מחזי כיוהרא דלענין ק״ש כמעט כל הפוסקים מסכימים דזמנה הוא מצה״כ » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:טו). résumé : on prie avec le public, on relit le Chema seul à l’heure, et l’on ne refait pas la ‘amida. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Le repas de la sortie de Chabbat, ou un dîner d’été
Situation : la nuit approche, et je m’apprête à m’attabler avant d’avoir lu le Chema.
Conduite : Le séif 2 ferme la demi-heure qui précède :
« אסור להתחיל לאכול חצי שעה סמוך לזמן קריאת שמע של ערבית » (שו״ע או״ח רל״ה:ב) — et la Michna Beroura étend explicitement la prudence au motsaé Chabbat :
« היינו סמוך לצאת הכוכבים ומשמע ממ״א דאפילו במוצאי שבת יש ליזהר שלא להתחיל אז הסעודה » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:יט). La demi-heure d’avant compte comme le temps lui-même :
« ובתוך חצי שעה סמוך לצאת הכוכבים נמי כאחר שהגיע זמן הוא » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כ). Reste permise la simple dégustation :
« ואפילו לאכול קמעא אסור ומ״מ טעימה בעלמא מיני פירות או אפילו פת בכביצה שרי » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:טז) ; l’Aroukh haChoulhan y insiste comme sur l’usage établi,
« ואפילו בהגיע זמן תפלת ערבית וגם אחר כך - מותר בטעימה, והיינו שלא בסעודה קבועה, וכן מנהג העולם » (ערוך השלחן או״ח סימן רל״ה). Et le Magen Avraham ajoute l’avertissement des nuits courtes :
« וצריך ליזהר בימות הקיץ שלא לאכול בסעודה גדולה שיודע שתמשך » (מגן אברהם או״ח סימן רל״ה). résumé : on ne s’attable pas dans la demi-heure d’avant ; goûter est permis ; et un repas qui va s’étirer se prie d’abord. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Je me suis endormi, et je me réveille après minuit
Situation : il est deux heures du matin et je n’ai pas lu le Chema du soir.
Conduite : On lit, et l’on s’acquitte :
« ואם עבר ואיחר וקרא עד שלא עלה עמוד השחר יצא י״ח » (שו״ע או״ח רל״ה:ג) — car du point de vue de la Torah,
« דמן התורה לכו״ע זמנה כל הלילה דובשכבך כ״ז שבני אדם שוכבין משמע » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כח). Le “minuit” du séif 3 était une barrière, non une fin :
« דרבנן גדרו שאסור להתאחר בקריאת שמע ביותר מחצות שלא לבוא לידי מכשול ואם מתאחר מקרי עובר על דברי חכמים » (משנה ברורה, מ״ב רל״ה:כז). Mais la porte se referme à l’aube :
« לא יצא ידי חובתו אלא א״כ היה אנוס כגון שכור או חולה וכיוצא בהן » (שו״ע או״ח רל״ה:ד) ; et le Beour Halakha précise que la contrainte fait ici toute la différence,
« דבלא אונס אפילו קראה תיכף משעלה עה״ש ג״כ אינו יוצא ובאונס אפילו קראה אח״כ כל שלא הנץ החמה יוצא » (ביאור הלכה או״ח סימן רל״ה). résumé : réveillé après minuit, on lit aussitôt, avec ses bénédictions, tant que l’aube ne s’est pas levée. Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Questions de compréhension :
- À partir de quel moment précis le temps du Chema du soir commence-t-il, et pourquoi exige-t-on des étoiles petites (מ״ב רל״ה:א) ?
- Que fait celui dont la communauté lit le Chema et prie avant la nuit, et sur quoi porte alors son intention (שו״ע או״ח רל״ה:א) ?
- Quel est le motif de l’interdit de commencer un repas, et jusqu’où s’étend-il (מ״ב רל״ה:טז) ?
- Pourquoi s’interrompt-on ici pour le Chema alors qu’à Minha on ne s’interrompt pas (מ״ב רל״ה:כד) ?
- Quelle est la nature du “jusqu’à minuit” du séif 3, et que reste-t-il après lui (שו״ע או״ח רל״ה:ג) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📖Rejoindre la khavroutha
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — שיטת רבינו תם והשגת הרא״ש ; תמיהת הט״ז על דרך השולחן ערוך ; למה מפסיקין בערבית ואין מפסיקין במנחה
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : page-passerelle — l’Admour HaZaken n’a pas rédigé ce siman dans son Choul’han Aroukh ; renvoi aux Niveaux 1-3 et à son Siddour