Choulhan Aroukh · Orah Haïm
Pilpoul approfondi
Sources talmudiques, hakira de fond,
shitot des Rishonim et des Aharonim sur le déplacement des portes, des fenêtres et des verrous le Chabbat
Sujet :
Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman 313 — 10 seifim
avec l'appareil : Beit Yossef, Taz, Magen Avraham, Michna Beroura
Relevé des entrées d'appareil (compté sur Sefaria, au segment) : Taz 10 ס״ק · Magen Avraham 17 ס״ק · Michna Beroura 56 ס״ק. Le Choulhan Aroukh HaRav découpe le même siman en 25 seifim.
Rédaction :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- Ouverture de la sougya — bonè et sotèr dans les ustensiles
- La hakira de fond — obturer une ouverture : bâtir, ou se servir ?
- Les shitot des Rishonim — la torat keli du verrou
- La sougya du gond (seif 3)
- Du Beit Yossef au Mehaber — la marche des 10 seifim
- Les gloses du Rama
- Ma'hlokot centrales
- Le psak des Aharonim — Michna Beroura, Taz, Magen Avraham, Choulhan Aroukh HaRav
- Nafka minot pratiques
- Récapitulatif de la sougya et ligne de la halakha
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 10 seifim
Le texte hébreu ci-dessous est celui du Choulhan Aroukh, recopié tel quel, seif par seif. Les passages que Sefaria rend en petits caractères à l'intérieur d'un seif et qu'introduit le mot הגה sont les gloses du Rama — ils sont quatre, aux seifim 1, 3, 4 et 6. Les autres passages en petits caractères ne portent pas cette marque : la parenthèse ouverte par פי׳ au seif 3 est une explication de lexique, et les deux parenthèses du seif 6 ainsi que le renvoi du seif 8 sont des incises dont cette page ne nomme pas l'auteur. Sous chaque seif, une condensation française — ce n'est pas une traduction : la traduction clause par clause est au niveau 1.
פקק החלון כגון לוח או שאר כל דבר שסותמין בו החלון יכולים לסתמו אפי' אם אינו קשור ולא אמרינן דהוי כמוסיף על הבנין והוא שיחשוב עליו מערב שבת לסתמו בו וקנה שהתקינו להיות נועל בו אין צריך שיקשרנו בדלת ומ״מ דמי לבנין יותר מפקק החלון ולא סגי במחשבה שיחשוב עליו מאתמול וצריך שיתקננו לכך לרש״י היינו שיתקננו לשם כלי שיהא ראוי לשום תשמיש שיהא ראוי להפוך בו זתים או לפצוע בו אגוזים ולר״ת א״צ שיהא ראוי לדבר אחר אלא כיון שתקנו ועשה מעשה והכינו לכך סגי: הגה ומקרי ע״י כך כלי שמלאכתו להיתר ומותר לטלטלו כמו שנתבאר לעיל סי' ש״ח ס״ב (ב״י והרמב״ם) ונגר שהוא יתד שנועלים בו ותוחבין אותו באסקופה למטה ודומה טפי לבנין לא סגי בהכי ואין נועלים בו אא״כ יהא קשור וכיצד יהא קשור אם יש בראשו גלוסטרא דהיינו שהוא עב באחד מהראשים וראוי לכתוש בו שדומה לכלי סגי אפי' אם קשור בחבל דק שאינו ראוי להיות ניטל בו ואפי' אם אינו קשור בדלת עצמו אלא בבריח הדלת ואפי' אם החבל ארוך ואינו תלוי כלל באויר אלא כולו מונח בארץ ואם אין בראשו גלוסטרא אם הוא קשור בדלת עצמה סגי אפילו בחבל דק שאינו ראוי לינטל בו ואפי' כולו מונח בארץ ואם אינו קשור בדלת אלא בבריח צריך שיהא הקשר אמיץ שיהא ראוי לינטל בו ואפ״ה אין צריך שיהיה תלוי אלא אפי' כולו מונח בארץ מותר שאין אסור אלא כששמטו ומניחו בקרן זוית:
résumé : le chapeau du siman, puis la première règle : une planche ou tout objet dont on obture la fenêtre, on peut en obturer même s'il n'est ni attaché ni suspendu — à condition d'y avoir pensé la veille. Le roseau qui sert à fermer demande davantage : une mise en état. Le verrou qu'on enfonce dans le seuil demande davantage encore : une attache. Glose du Rama : l'objet ainsi mis en état devient un ustensile dont l'usage est permis, et se déplace.
résumé : tout ce qui précède sur le verrou suppose un seuil plein. Si le seuil s'est troué au point que le verrou perce la terre au-dessous, c'est une construction, et on ne ferme pas avec lui.
résumé : la cour de derrière, dont on n'use pas à tout moment : une porte, une natte de roseaux, une brèche fermée par des épines. Ce qui décide est le gond — actuel, ou seulement passé. Glose du Rama : à plus forte raison si le gond est encore là, pourvu qu'on ne le remette pas dans son logement. Sans gond ni trace de gond, on ne ferme pas, sauf si l'objet ne traîne pas à terre ; et une ouverture dont on use à tout moment se ferme même sans gond et même traînante.
résumé : une porte d'une seule planche, ou qui n'a pas de seuil et qu'on soulève pour ouvrir : on ne ferme pas avec elle, même si elle a un gond. Glose du Rama : faite de plusieurs planches, elle est permise.
résumé : le coffre, la caisse et l'armoire dont l'ouverture est sur le côté et qui ont deux gonds : si le gond du bas est entièrement sorti, on ne le remet pas, de peur qu'on n'enfonce ; sorti en partie, on le pousse. Si c'est celui du haut qui est sorti, même le pousser est interdit.
résumé : le lit à éléments : on ne le remonte ni ne le serre, et qui a enfoncé doit un hatat. S'il est de ceux qui tiennent lâches, c'est permis d'emblée, pourvu qu'on ne serre pas. La coupe à éléments se démonte et se remonte ; et il y a qui donne à la coupe le régime du lit. Glose du Rama : si l'usage est de la serrer, l'interdit tient même lorsqu'elle est lâche ce jour-là.
résumé : une poutre qui s'est brisée : on peut l'étayer avec les montants d'un lit, qui sont un ustensile — non pour la faire remonter, ce qui serait bâtir, mais pour qu'elle ne descende pas davantage ; et à condition que l'étai reste lâche.
résumé : un banc dont un pied s'est déboîté : on ne le remet pas ; et poser le côté déboîté sur un autre banc, il y a qui l'interdit.
résumé : la règle générale du siman : qui enfonce du bois dans du bois, au clou ou par le bois lui-même, jusqu'à ce qu'ils ne fassent qu'un — c'est une toldat bonè.
résumé : une cour détrempée par les pluies : on peut y répandre de la paille, et ce n'est pas « ajouter au bâtiment » — pourvu qu'on s'y prenne autrement qu'à l'ordinaire, par le fond du panier renversé, et non à la main.
1. Ouverture de la sougya — bonè et sotèr dans les ustensiles
La source talmudique
Deux passages portent tout le siman, et il vaut de les prendre dans l'ordre où ils entrent. Le premier est la michna du pkak ha-halon, l'obturateur de fenêtre, où Rabbi Éliézer exige que l'objet soit à la fois attaché et suspendu, et les Sages non :
« פְּקַק הַחַלּוֹן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בִּזְמַן שֶׁהוּא קָשׁוּר וְתָלוּי — פּוֹקְקִין בּוֹ, וְאִם לָאו — אֵין פּוֹקְקִין בּוֹ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ — פּוֹקְקִין בּוֹ » (שבת קכ״ה ע״ב)
Le lamdan s'arrête aussitôt : sur quoi porte au juste cette ma'hloket ? La guemara répond, et sa réponse est ce qui empêche de lire le siman comme une affaire de ohel :
« הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי בַּתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּשַׁבָּת. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְהוֹסִיף » (שבת קכ״ה ע״ב)
Autrement dit, faire une tente de fortune est interdit de l'avis de tous ; la ma'hloket ne porte que sur le fait d'ajouter à une tente qui existe déjà :
« שֶׁרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין מוֹסִיפִין בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּשַׁבָּת. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מוֹסִיפִין בְּשַׁבָּת, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּיוֹם טוֹב » (שבת קכ״ה ע״ב)
Ce que ce déplacement change. La fenêtre est percée dans un mur déjà bâti ; l'obturer n'est donc jamais faire une tente, tout au plus y ajouter. Le Choulhan Aroukh reprend cette raison dans les mots mêmes du seif 1 — ולא אמרינן דהוי כמוסיף על הבנין (שו״ע או״ח שי״ג:א) — et c'est pourquoi le siman ne discutera plus jamais de ohel, mais uniquement de bonè : est-ce bâtir, ou se servir d'un ustensile ?
Le second passage est celui du kané, le roseau que le maître de maison a mis en état pour ouvrir et fermer :
« קָנֶה שֶׁהִתְקִינוֹ בַּעַל הַבַּיִת לִהְיוֹת פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ, בִּזְמַן שֶׁקָּשׁוּר וְתָלוּי בַּפֶּתַח — פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ » (שבת קכ״ו ע״א)
Rabban Shimon ben Gamliel allège : la mise en état suffit, sans attache — et c'est lui que la halakha suit :
« רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: מְתוּקָּן, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ קָשׁוּר » (שבת קכ״ו ע״א)
« הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל » (שבת קכ״ו ע״א)
La même page donne le troisième terme de l'échelle, le nagar — le verrou qu'on enfonce dans le seuil :
« נֶגֶר הַנִּגְרָר, נוֹעֲלִין בּוֹ בַּמִּקְדָּשׁ, אֲבָל לֹא בִּמְדִינָה. וְהַמּוּנָּח, כָּאן וְכָאן, אָסוּר » (שבת קכ״ו ע״א)
Rachi en donne la définition matérielle, qui est celle que reprendra le Mehaber :
« נגר - יתד שתוקעין בחור שבמפתן ונועלין בו את הדלת » (רש״י שבת קכ״ו ע״א ד״ה נגר)
2. La hakira de fond — obturer une ouverture : bâtir, ou se servir ?
La hakira qui commande le siman
חקירה. Obturer une fenêtre, fermer une porte — quelle est la nature de cet acte ?
- Première branche (bâtir) — obturer une ouverture, c'est ajouter au bâtiment, une toldat bonè. Même provisoire, l'acte reste un acte de construction.
- Seconde branche (se servir d'un ustensile) — si la chose employée est un keli, s'en servir n'est pas bâtir du tout : la maison est déjà bâtie, et l'ouvrir et la fermer sont sa manière d'être employée.
נפקא מינה. Tout se joue donc sur la torat keli : si l'objet a reçu statut d'ustensile, la première branche tombe.
Le yessod : trois degrés de « torat keli »
קושיא. Pourquoi l'obturateur de fenêtre se contente-t-il d'une pensée de la veille, le roseau exige-t-il une mise en état, et le verrou une attache ?
תירוץ. La réponse est dans le seif 1 lui-même, et elle est graduée : plus l'objet ressemble à du bâtiment, plus l'acte exigé pour lui conférer la torat keli est fort. Le Mehaber le dit du roseau —
« ומ״מ דמי לבנין יותר מפקק החלון ולא סגי במחשבה שיחשוב עליו מאתמול וצריך שיתקננו לכך » (שו״ע או״ח שי״ג:א)
— puis du verrou, d'un cran au-dessus, parce qu'on l'enfonce dans le seuil, vers le bas :
« ונגר שהוא יתד שנועלים בו ותוחבין אותו באסקופה למטה ודומה טפי לבנין לא סגי בהכי ואין נועלים בו אא״כ יהא קשור » (שו״ע או״ח שי״ג:א)
- Obturateur de fenêtre — ressemble peu au bâtiment → une pensée de la veille suffit.
- Roseau de fermeture — ressemble davantage → il faut une mise en état, un acte.
- Verrou (nagar) — ressemble beaucoup → il faut une attache effective.
Le Choulhan Aroukh HaRav nomme le critère qui commande l'échelle, et ce n'est pas la ressemblance mais le bitoul — le fait de laisser ou non l'objet abandonné sur place :
« הוֹאִיל וְאֵינוֹ מְבַטְּלוֹ שָׁם, אֶלָּא עָשׂוּי לְהוֹצִיאוֹ וּלְהַכְנִיסוֹ תָּדִיר » (שו״ע הרב שי״ג:ב)
D'où la conséquence qu'il tire lui-même, et qui retourne l'allègement du seif 1 contre celui qui n'ouvre jamais sa fenêtre :
« לְפִיכָךְ אִם אֵין פְּקָק זֶה עָשׂוּי לְהִפָּתֵחַ תָּדִיר אֶלָּא לְעִתִּים רְחוֹקִים — אָסוּר לִפְקֹק, אֲפִלּוּ הוּא חַלּוֹן שֶׁבַּכֹּתֶל, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּמוֹסִיף בִּנְיָן הַקָּבוּעַ בַּכֹּתֶל » (שו״ע הרב שי״ג:א)
3. Les shitot des Rishonim — la torat keli du verrou
« לרש״י היינו שיתקננו לשם כלי שיהא ראוי לשום תשמיש שיהא ראוי להפוך בו זתים או לפצוע בו אגוזים » (שו״ע או״ח שי״ג:א)
Sur le daf lui-même, Rachi est bref : il glose le mot de la baraïta d'un seul mot, sans plus.
« שהתקינו - שהזמינו » (רש״י שבת קכ״ו ע״א ד״ה שהתקינו)
La forme développée — retourner des olives, casser des noix — nous vient donc par le Mehaber, qui la donne au nom de Rachi ; nous la rapportons telle qu'il la donne, et nous n'allons pas la chercher dans un ד״ה qui ne la porte pas.
« ולר״ת א״צ שיהא ראוי לדבר אחר אלא כיון שתקנו ועשה מעשה והכינו לכך סגי » (שו״ע או״ח שי״ג:א)
La Michna Beroura pose les deux shitot côte à côte, et dit ce que l'une et l'autre visent : sortir l'objet du régime de la construction.
« רק דלרש״י בעינן דוקא שיהא ראוי לשום תשמיש אחר ולר״ת א״צ שיתקננו אלא לנעול בו דבזה נמי יש תורת כלי עליו ויוצא מתורת בנין » (מ״ב שי״ג:ו)
« וְכֵן נֶגֶר שֶׁיֵּשׁ בְּרֹאשׁוֹ קְלֻסְטְרָא שֶׁמּוֹכַחַת עָלָיו שֶׁהוּא כְּלִי מוּכָן לִנְעִילָה וְאֵינוֹ קוֹרָה כִּשְׁאָר כָּל הַקּוֹרוֹת נוֹעֲלִין בּוֹ בְּשַׁבָּת » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ו הלכה ט)
Et celui qui n'en a pas, qu'on retire et qu'on dépose dans un coin, n'a rien qui plaide pour lui :
« הֲרֵי זֶה אָסוּר לִנְעל בּוֹ שֶׁאֵין עָלָיו תּוֹרַת כְּלִי וְאֵינוֹ אָגוּד וְאֵין בּוֹ אֶגֶד לְהוֹכִיחַ עָלָיו » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ו הלכה י)
Les principes généraux dont le siman est l'application se lisent ailleurs, au chapitre 22 : que celui qui enfonce est passible au titre de bonè (c'est le seif 9), qu'il n'y a ni construction ni destruction dans les ustensiles (c'est le seif 6), et qu'ajouter à une tente de fortune est permis (c'est le seif 1).
« הַתּוֹקֵעַ חַיָּב מִשּׁוּם בּוֹנֶה. לְפִיכָךְ כָּל הַדְּלָתוֹת הַמְחֻבָּרוֹת לַקַּרְקַע לֹא נוֹטְלִין אוֹתָן וְלֹא מַחְזִירִין גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִתְקַע » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ב הלכה כ״ה)
« וְאִם הֶחֱזִיר פָּטוּר שֶׁאֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים וְאֵין סְתִירָה בְּכֵלִים. וְאִם הָיָה רָפוּי מֻתָּר לְהַחֲזִירוֹ » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ב הלכה כ״ו)
« וּמֻתָּר לְהוֹסִיף עַל אֹהֶל עֲרַאי בְּשַׁבָּת » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ב הלכה כ״ז)
« הטעם בשם הראב״ד דכיון דלא משתמש שם תדיר ממילא כשהוא סותם בפתח זה דעתו שיהיה כן לימים מרובים וה״ל אהל קבע דמחזי כבונה » (ט״ז או״ח שי״ג ס״ק ג)
Le Taz ajoute aussitôt que Rachi, lui, suspend la raison à autre chose — au caractère précaire de la porte elle-même. Les deux raisons ne donnent pas la même conséquence, et le Taz tire celle du Raavad :
« וא״כ אם הוא במקום שעומד לפתיחה תמיד מותר אפי׳ אין גבוה » (ט״ז או״ח שי״ג ס״ק ג)
4. La sougya du gond (seif 3)
יסוד. Le seif 3 range les « portes » selon le gond, et ce classement est tout le seif :
| Cas | Ce que tranche le seif 3 |
|---|---|
| Porte qui a son gond maintenant | on ferme — pourvu qu'on ne remette pas le gond dans son logement (glose du Rama) |
| Porte qui a eu un gond (et n'en a plus) | on ferme — il reste visible que c'est une porte |
| Porte qui n'a jamais eu de gond | on ne ferme pas — sauf si elle ne traîne pas à terre |
| Ouverture servant à entrer et sortir à tout moment | on ferme, même sans gond et même traînante |
Le Mehaber donne lui-même la raison de la deuxième ligne — le gond passé laisse une trace qui fait voir que la chose est une porte :
« או אפי׳ אין להם עתה ציר אלא שהיה להם ציר נועלים בהם אפילו הם נגררים בארץ רק שקשרם ותלאם לנעול בהם ולא חשוב כבונה שניכר בהם שהוא דלת כיון שהיה להם ציר » (שו״ע או״ח שי״ג:ג)
Et la quatrième ligne se passe de gond parce que l'usage y supplée :
« ופתח העשוי לכניסה ויציאה תדיר נועלים בו אפי׳ לא היה לו ציר מעולם והוא נגרר » (שו״ע או״ח שי״ג:ג)
La Michna Beroura explique les deux bouts de l'échelle. Pour l'ouverture d'usage constant, c'est le savoir commun qui ôte l'apparence de bâtir :
« שכיון שמשתמשין בה תדיר הכל יודעין שלדלת היא עשויה ולא מחזי כבונה » (מ״ב שי״ג:כח)
Et pour la cour de derrière, c'est l'inverse : ce qui ne s'ouvre qu'à de longs intervalles prend l'apparence d'un ajout au bâtiment.
« ר״ל וע״כ אין עשוי להפתח אלא לזמנים רחוקים לפי שאין דרך כניסתו ויציאתו עליהם ומחזי כמוסיף על הבנין ע״י נעילתו » (מ״ב שי״ג:כג)
5. Du Beit Yossef au Mehaber — la marche des 10 seifim
- Seifim 1-2 : l'obturateur, le roseau, le verrou — les trois degrés de la torat keli ; puis le verrou qui perce le sol, qui est de la construction pour de bon.
- Seifim 3-4 : les portes et le gond — la cour de derrière, la natte de roseaux, la brèche fermée d'épines, la porte d'une seule planche.
- Seif 5 : les gonds des ustensiles — coffre, caisse et armoire, gond du bas et gond du haut.
- Seifim 6-8 : ce qui se démonte et se remonte — le lit à éléments, la coupe à éléments, la poutre étayée, le banc dont un pied s'est déboîté.
- Seif 9 : la règle générale dont tout le siman est l'application — התוקע עץ בעץ בין שתקע במסמר בין שתקע בעץ עצמו עד שנתאחד ה״ז תולדת בונה (שו״ע או״ח שי״ג:ט).
- Seif 10 : la cour détrempée, et la paille qu'on y répand sans que ce soit « ajouter au bâtiment ».
6. Les gloses du Rama
- Seif 1 — l'objet mis en état pour fermer devient « un ustensile dont l'ouvrage est permis », et se déplace comme tel. Le renvoi est au siman 308, seif 2. ומקרי ע״י כך כלי שמלאכתו להיתר ומותר לטלטלו כמו שנתבאר לעיל סי׳ ש״ח ס״ב (רמ״א שו״ע או״ח שי״ג:א)
- Seif 3 — si le gond est encore là, on ferme à condition de ne pas remettre le gond dans son logement : remettre un gond, c'est bâtir. Le renvoi est au siman 519. וכ״ש אם יש להם ציר עדיין ובלבד שלא יחזור הציר למקומו (רמ״א שו״ע או״ח שי״ג:ג)
- Seif 4 — une porte faite de plusieurs planches est permise bien qu'on la soulève pour ouvrir, si elle a un seuil ; et il en va de même là où l'on ferme au moyen de plusieurs planches engagées dans une entaille.
- Seif 6 — si l'usage est de serrer l'objet, l'interdit tient même lorsqu'il se trouve lâche ce jour-là.
7. Ma'hlokot centrales
Ma'hloket 1 — ce qui confère la torat keli (seif 1).
- Rachi : il faut que l'objet soit propre à un autre usage.
- Rabbenou Tam : la préparation à cette tâche suffit.
- Ce que l'appareil en fait : le Mehaber rapporte les deux avis sans trancher ici. Le Magen Avraham note, sur le mot de Rabbenou Tam, que c'est ainsi qu'il a été tranché au siman 308, seif 10.
« ולר״ת וכו׳. וכ״פ בסימן ש״ח ס״י » (מג״א או״ח שי״ג ס״ק ג)
Ma'hloket 2 — l'obturateur posé sur la lucarne du toit à cause d'un mort (מ״ב ס״ק א).
- Celui que le Magen Avraham appelle הר״י הלוי — sigle que ni lui ni la Michna Beroura ne développent, et que nous n'étendons donc pas : avant le décès, obturer n'est qu'un ajout de tente de fortune ; après le décès, c'est une réparation accomplie, et c'est interdit.
- Le Magen Avraham : il conteste — les ustensiles qui s'y trouvaient sont déjà impurs, et l'obturation ne vaut que pour la suite ; ce n'est donc pas une réparation.
- Ce que l'appareil en fait : la Michna Beroura rapporte les deux, indique que les Chaarei Techouva penchent pour le Magen Avraham, et renvoie au Peri Megadim sans aller plus loin.
« הר״י הלוי דקדק בתשובתו מל׳ רש״י והר״ן והתוס׳ דדוקא קודם שימות המת מותר לסתום החלון שלא תכנס הטומאה לבית אבל אחר מיתתו אסור לסתמו דהוי כמתקן » (מג״א או״ח שי״ג ס״ק א)
« אבל לאחר מיתתו מיקרי תיקון גמור והמג״א חולק עליו וסובר דזה לא מיקרי מתקן » (מ״ב שי״ג:א)
« ובשע״ת מצדד כהמג״א ועיין בפמ״ג » (מ״ב שי״ג:א)
Ma'hloket 3 — la porte traînante sans gond (seif 3).
- Une raison : ce qui ne sert pas souvent, on le ferme pour longtemps — c'est une tente durable, et cela ressemble à bâtir. C'est le ta'am que le Taz donne au nom du Raavad.
- Une autre : Rachi, selon le Taz, suspend la raison à la précarité de la porte elle-même, non à la fréquence de l'usage.
- Ce que tranche le Mehaber : l'ouverture d'usage constant se ferme même sans gond et même traînante — c'est la dernière clause du seif 3, citée plus haut.
Ma'hloket 4 — au titre de quoi est-on passible pour le lit à éléments (seif 6) ? Le Mehaber écrit ואם תקע חייב חטאת (שו״ע או״ח שי״ג:ו), sans nommer la melakha. Le Taz la nomme, et ce n'est pas bonè :
« הטעם דהוי גמר מלאכה וחייב משו׳ מכה בפטיש » (ט״ז או״ח שי״ג ס״ק ו)
La Michna Beroura rapporte les deux titres, et le second est bien bonè :
« גזרה שמא יתקע ביתדות ומסמרים דהוי גמר מלאכה וחייב משום מכה בפטיש וי״א דכיון שעושה בזה כלי גמור חייב משום בונה » (מ״ב שי״ג:מא)
L'enjeu n'est pas verbal : le Rambam pose qu'אֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ב הלכה כ״ו), et le seif 6 impose pourtant un hatat. Nommer maké be-patich lave la contradiction ; nommer bonè oblige à dire qu'un objet entièrement fait échappe à la règle. La Michna Beroura renvoie au siman 314, seif 1, et au Gaon de Vilna — et la question reste ouverte ici.
8. Le psak des Aharonim — Michna Beroura, Taz, Magen Avraham, Choulhan Aroukh HaRav
« וצ״ע דא״כ למה לא כתבו הפוסקים חידוש דין זה » (מג״א או״ח שי״ג ס״ק א)
Et sur le seif 6, il tire du lit à éléments une conséquence pour les coupes de son temps, faites de deux pièces à pas de vis :
« ונ״ל דכוסו׳ שלנו העשוי׳ בחריצים סביב ומהודקים בחוזק לכ״ע אסור » (מג״א או״ח שי״ג ס״ק יב)
« ועי״ז נוקב הנגר בארץ ועושה גומא בארץ ע״כ הוה כבנין » (ט״ז או״ח שי״ג ס״ק ב)
Son ס״ק ה est le plus lourd de conséquences. Partant du Beit Yossef sur les portes de ce qui est attaché au sol, il conclut que les retirer est sotèr et les remettre bonè, l'un et l'autre passibles d'un hatat, et il proteste contre un usage de son temps :
« ומזה יש ללמוד דיש למחות מה שנוהגין בסעודות גדולות בימות החמה לסלק החלון ע״י עכו״ם בשבת וזה איסור גדול » (ט״ז או״ח שי״ג ס״ק ה)
« וכ״ש אם נשתמש בו מכבר אפילו רק פ״א דכבר ירדה עליהם תורת כלי ולא צריך תו אפילו מחשבה » (מ״ב שי״ג:ג)
Sur le seif 5, elle étend au gond de fer de nos armoires la crainte qui valait pour le gond de bois :
« ואפילו בצירים שלנו שהם מברזל אסור להחזיר דלתי הכלים דגזרינן שמא יראה שהציר אינו תקוע יפה ויחבר אותו במסמרים » (מ״ב שי״ג:לח)
Et sur le seif 10, elle nomme le critère qui court sous tout le siman — le bitoul : la paille est permise parce qu'on ne l'abandonne pas là, le sable et les gravats sont interdits parce qu'on les y abandonne.
« משום דלא מבטל ליה התם דחזי למאכל בהמה או לטיט אבל דבר דמבטל ליה התם כמו טיט וחול וצרורות אסור » (מ״ב שי״ג:נה)
« שֶׁעַל יְדֵי מַחֲשָׁבָה זוֹ יָרְדָה עָלָיו תּוֹרַת כְּלִי וְהֻתַּר בְּטִלְטוּל כִּשְׁאָר כָּל הַכֵּלִים » (שו״ע הרב שי״ג:א)
Et il donne le critère en peu de mots — non pas la ressemblance, mais le fait que l'objet ne soit pas abandonné sur place : voir la section 2 ci-dessus, où il est cité.
9. Nafka minot pratiques
Où la hakira se voit. Ce qui suit rapporte les critères du siman et les endroits où ils se rencontrent aujourd'hui ; cette page ne tranche aucun de ces cas, et un cas réel se porte devant un Rav.
- Une porte ordinaire sur ses gonds — l'ouvrir et la fermer est l'usage même pour lequel elle a été posée : c'est le cas de l'ouverture d'usage constant du seif 3.
- Une porte sortie de son gond — la remettre est l'objet exprès de la glose du Rama au seif 3 et de la crainte du seif 5 ; la Michna Beroura l'étend aux gonds de fer.
- Un volet, un store — la question est celle du seif 1 : est-il fait pour s'ouvrir à tout moment, ou l'abandonne-t-on là ? C'est le critère du Choulhan Aroukh HaRav rapporté plus haut. Un volet électrique ne relève plus de ce siman : la question qu'il pose est celle de l'électricité, qui se traite ailleurs.
- Un lit ou un meuble qui se replie — c'est le seif 6, avec sa distinction entre ce qui reste lâche et ce qu'on serre, et la remarque du Magen Avraham sur les assemblages à pas de vis.
- Un verrou, une serrure — c'est l'échelle des seifim 1-2 : ce qui est attaché ou mis en état, et ce qui perce le sol. Une serrure à commande électronique pose, là encore, une autre question que celle de bonè.
- Une cloison qui se déplie — si elle sert à séparer des domaines, la question n'est plus celle de notre siman mais celle du ohel et de la méhitsa, au siman 315.
10. Récapitulatif de la sougya et ligne de la halakha
Ce que le siman 313 tient ensemble :
- La sougya est bâtie sur le pkak ha-halon et sur le kané (שבת קכ״ה ע״ב et קכ״ו ע״א), et la guemara y déplace la question de la tente vers l'ajout à une tente.
- Bonè et sotèr se posent aussi sur des objets qu'on déplace — c'est le seif 9, et c'est de lui que le reste dépend.
- Torat keli — un objet qui est un ustensile, son emploi n'est pas une construction.
- Trois degrés : obturateur (une pensée) / roseau (une mise en état) / verrou (une attache).
- Un verrou qui perce le sol est une construction pour de bon, et c'est tout le seif 2.
- Le gond est le signe qui fait voir la porte ; le remettre en place est bâtir, et le Rambam le dit du gond du haut en toute circonstance.
« אֲבָל צִיר הָעֶלְיוֹן שֶׁנִּשְׁמַט אָסוּר לְהַחֲזִירוֹ בְּכָל מָקוֹם גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִתְקַע » (רמב״ם הלכות שבת פרק כ״ב הלכה כ״ה)
Ce que le siman laisse en main. L'usage ordinaire d'une porte, d'une fenêtre ou d'un volet déjà posés appartient au régime de l'ustensile. Ce que le siman surveille est ailleurs : l'assemblage, la remise en place d'un gond, le verrou qui creuse le sol, et le serrage. Tout ce qui met en jeu l'électricité pose une autre question, que ce siman ne traite pas.
Pour aller plus loin
Niveau 3 — synthèse : récapitulatif structuré, avec repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).