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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm — Siman 324

Hilkhot Shabbat — étude approfondie
סימן שכ״ד
דִּינֵי הֲכָנַת מַאֲכָל לִבְהֵמָה
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour lamdanim et talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
shitot des Rishonim sur la préparation de la nourriture des animaux à Shabbat

Sujet :
שולחן ערוך אורח חיים סימן שכ״ד — 15 séifim
Appareil consulté : ביאורי שו״ע, ט״ז (7 ס״ק), מג״א (9 ס״ק), ביאור הלכה, sources et notes

Michna Beroura : 41 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Ouverture de la sougya — la source et les michnayot
  2. Hakira de fond — שווי אוכל contre מטרח באוכלא
  3. Les Rishonim sur le גדר de כוברין et de מרקד
  4. La sougya du gibboul du son — la ma'hloket de Rabbi et de Rabbi Yossé bar Yehouda
  5. La shita du Beit Yossef et du Choulhan Aroukh — la décision halakhique
  6. La shita du Rama — trois gloses restrictives
  7. La ma'hloket des Rishonim sur le גדר d'אבסה et de הלעטה
  8. Le psak des Aharonim — מג״א, ט״ז et משנה ברורה
  9. Nafka minot pratiques
  10. Récapitulatif de la sougya et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 15 séifim

Le siman compte quinze séifim, et la page les donne tous, dans l'ordre du Choulhan Aroukh, avant d'en faire la lecture. Chaque bloc hébreu est suivi d'un résumé français, qui condense et ne cite pas.

סעיף א. דין הכנת מאכל בהמה בשבת. ובו טו סעיפים:
אין כוברין התבן בכברה שיפול המוץ לארץ ולא יניחנו במקום גבוה כדי שירד המוץ אבל נוטל בכברה ונותן לתוך האבוס אע״פ שהמוץ נופל מאליו מותר כיון שאינו מכוין:

résumé : le chapeau du siman et le séif 1. On ne passe pas la paille au crible pour en faire tomber la bale, et on ne pose pas le crible en hauteur afin que la bale descende ; mais on peut prendre la paille avec le crible et la verser dans la mangeoire — la bale tombe alors d'elle-même, et c'est permis puisqu'on ne le vise pas.

סעיף ב. לא ימדוד אדם שעורים לתת לפני בהמתו אלא משער באומד דעתו:

résumé : le séif 2. On ne mesure pas l'orge que l'on met devant sa bête : on évalue à vue.

סעיף ג. אין גובלין מורסן לבהמה או לתרנגולים אבל נותנים בו מים ומעביר בו תרווד או מקל שתי וערב כיון שאינו ממרס בידו ולא מסבב התרווד או המקל מותר ומנערו מכלי אל כלי כדי שיתערב ומותר לערב המורסן כדרך זה בכלי אחד ומחלק אותו בכלים הרבה ונותן לפני כל בהמה ובהמה ומערב בכלי אחד אפי' כור ואפי' כורים ויש אוסרים ליתן מים על גבי מורסן בשבת ולא אמרו שמוליך בו שתי וערב אלא כשהיו המים נתונים עליו מבעוד יום (וע״ל סי' שכ״א סי״ו גבי שום וחרדל כיצד נוהגין):

résumé : le séif 3. On ne pétrit pas le son pour le bétail ou la volaille ; mais on peut y verser de l'eau et y passer une louche ou un bâton en croix — tant qu'on ne malaxe pas à la main et qu'on ne fait pas tourner l'ustensile, c'est permis — et on transvase d'un récipient à l'autre pour que cela se mêle. On peut mélanger de cette façon dans un seul récipient puis répartir dans plusieurs, même un כור, même deux. Et il est des avis qui interdisent de verser l'eau sur le son à Shabbat : pour eux, le passage en croix n'a été permis que si l'eau avait été versée avant la nuit. Une glose renvoie au siman 321 séif 16, à l'ail et à la moutarde, pour la manière dont on se conduit.

סעיף ד. קשים של שבלים שקושרים בב' או בג' מקומות מותר להתירן כדי שתאכל מהן הבהמה (הגה וי״א דלא שרי להתיר רק בקשר שאינו של קיימא) (הגהות אלפסי) אבל אסור לשפשף בהם בידים כדרך שעושים באוכלי בהמה כדי שיהיו נוחים לאכלם דשווי אוכל בדבר שאינו אוכל מותר לעשותו אוכל אבל מטרח באוכלא בדבר שהוא ראוי לאכילה לא טרחינן ביה להכשירו ולתקנו יותר:

résumé : le séif 4. Les épis liés en deux ou trois endroits : on peut défaire les liens pour que la bête mange. Glose du Rama : certains ne permettent de défaire qu'un nœud qui n'est pas destiné à durer (הגהות אלפסי). Mais il est interdit de les frotter à la main comme on le fait d'ordinaire pour la nourriture du bétail, afin qu'elle mange plus commodément — car faire d'une chose qui n'est pas un aliment un aliment est permis, tandis que peiner sur ce qui est déjà propre à être mangé pour le rendre meilleur ne l'est pas.

סעיף ה. עצים שקצצן מן האילן ויש מאכילים אותם לבהמה בעודם לחים מתירין ומפספסין (לשון שפשוף) בהם להאכילם שאינם ראוים בלא שפשוף:

résumé : le séif 5. Des branches coupées de l'arbre que l'on donne au bétail tant qu'elles sont encore vertes : on les délie et on les frotte (מפספסין, terme qui désigne le frottement), car sans cela elles ne conviennent pas.

סעיף ו. מחתכין דלועין לפני בהמה והוא שנתלשו מאתמול:

résumé : le séif 6. On coupe les courges devant la bête, à condition qu'elles aient été cueillies la veille.

סעיף ז. מחתכין נבילה לפני הכלבים אפי' נתנבלה היום בין שהיתה מסוכנת בין שהיתה בריאה והני מילי בנבילה הקשה שאי אפשר להם לאכלה בלא חתיכה אבל אם היתה ראויה להם בלא חתיכה לא דמטרח במה שהוא ראוי לא טרחינן [וע״ל סי' שכ״א אם מותר לחתכו דק דק לפני העופות]:

résumé : le séif 7. On coupe la nevela devant les chiens, même si elle est morte le jour même, qu'elle ait été mourante ou bien portante. Et cela ne vaut que pour la nevela dure, qu'ils ne peuvent manger sans découpe ; mais si elle leur convenait sans découpe, non — car sur ce qui convient déjà, on ne peine pas. [Et voir plus haut siman 321, s'il est permis de la couper très fin devant les volailles.]

סעיף ח. אין חותכין שחת [פי' ירק של תבואה שנקצר טרם נתבשל התבואה] וחרובין לפני בהמה בין דקה ובין גסה משום דבלא חיתוך נמי חזי לאכילה:

résumé : le séif 8. On ne coupe pas le שחת [c'est-à-dire la verdure d'un blé fauché avant que le grain ne soit mûr] ni les caroubes devant la bête, menu ou gros bétail, parce que sans découpe aussi cela convient à être mangé.

סעיף ט. אין אובסין את הגמל דהיינו שמאכילה בידו כל כך עד שמרחיבין בני מעיה כאבוס ולא דורסין דהיינו שדורס לו מאכל בגרונו למקום שאינו יכול להחזירו אבל מלעיטין אין מאמרים את העגלים אבל מלעיטין איזו המראה למקום שאינה יכולה להחזיר הלעטה למקום שהיא יכולה להחזיר: הגה ודין תרנגולים ואווזים כדין עגלים [מהרי״ל]:

résumé : le séif 9. On ne gave pas le chameau — lui donner à manger de la main au point que ses entrailles s'élargissent comme une mangeoire — ni on ne lui enfonce la nourriture dans la gorge, en un lieu d'où il ne peut la ramener ; mais on fait הלעטה. On ne fait pas המראה aux veaux, mais on fait הלעטה. Laquelle est la המראה et laquelle la הלעטה : la première va au lieu d'où la bête ne peut ramener, la seconde au lieu d'où elle le peut. Glose du Rama : la loi des poules et des oies est celle des veaux (מהרי״ל).

סעיף י. מותר ליתן מאכל בפיהם של תרנגולים:

résumé : le séif 10. Il est permis de mettre la nourriture dans le bec des poules.

סעיף יא. אין נותנין מים ולא מזונות לפני דבורים ולא לפני יוני שובך ויוני עליה ולא לפני חזיר אבל נותנין לפני אווזין ותרנגולים ויוני בייתות וכן לפני כלב שמזונותיו עליך:

résumé : le séif 11. On ne donne ni eau ni nourriture aux abeilles, aux pigeons de colombier et de grenier, ni au porc ; mais on en donne aux oies, aux poules, aux pigeons domestiques, et de même au chien dont la subsistance t'incombe.

סעיף יב. מותר להאכיל תולעת המשי:

résumé : le séif 12. Il est permis de nourrir le ver à soie.

סעיף יג. מעמיד אדם בהמתו על גבי עשבים מחוברים ולא חיישינן שמא יתלוש מהם אבל לא על גבי מוקצה מפני שאיסורו קל וחיישי' שמא יתן לה ממנו בידים ודוקא להעמידה על גביו ממש אבל לעמוד בפניה בענין שלא תוכל להטות אלא דרך שם מותר:

résumé : le séif 13. On peut placer sa bête sur des herbes attachées au sol, et l'on ne craint pas qu'il en arrache ; mais non sur du mouktsé, parce que son interdit est léger et qu'on craint qu'il lui en donne de la main. Et cela vise seulement de la placer dessus ; mais se tenir devant elle de telle manière qu'elle ne puisse se tourner que par là est permis.

סעיף יד. נוטלין מאכל מלפני חמור ונותנים לפני שור אבל אין נוטלים מלפני שור ליתן לפני חמור מפני שנמאס ברירי השור ואינו ראוי עוד לחמור: הגה ויש מחמירים ג״כ בשאר מיני בהמות ליקח מלפני א' וליתן לפני אחרת שאינה מינה [מרדכי פ' תולין וסמ״ג וסה״ת]:

résumé : le séif 14. On prend la nourriture de devant l'âne pour la mettre devant le bœuf, mais on ne prend pas de devant le bœuf pour la mettre devant l'âne, parce qu'elle est devenue répugnante de la bave du bœuf et ne convient plus à l'âne. Glose du Rama : certains sont rigoureux également pour les autres espèces de bêtes, de prendre de devant l'une pour donner à une autre qui n'est pas de son espèce (מרדכי פרק תולין, סמ״ג et ספר התרומה).

סעיף טו. אסור לגרוף האבוס לפני שור של פטם אפי' אבוס של כלי גזירה אטו של קרקע דאתי לאשווי גומות ואסור גם כן לסלק התבן לפניו לצדדין:

résumé : le séif 15. Il est interdit de racler la mangeoire devant un bœuf que l'on engraisse, même une mangeoire qui est un ustensile — décret à cause de celle qui est en terre, parce qu'on en viendrait à niveler des creux. Et il est également interdit d'écarter la paille sur les côtés devant lui.

1. Ouverture de la sougya — la source et les michnayot

La source talmudique

Le siman 324 traite de la préparation de la nourriture des animaux à Shabbat. Son point de départ n'est pas un interdit mais une obligation : l'homme doit donner à manger à sa bête, et avant de manger lui-même. Deux dicta, l'un et l'autre de רב יהודה אמר רב, le disent — l'un dans le traité Berakhot, l'autre à la fin du traité Guittin.

« אָסוּר לָאָדָם שֶׁיֹּאכַל קוֹדֶם שֶׁיִּתֵּן מַאֲכָל לִבְהֶמְתּוֹ » (ברכות מ׳ ע״א)
« אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיִּטְעוֹם כְּלוּם עַד שֶׁיִּתֵּן מַאֲכָל לִבְהֶמְתּוֹ » (גיטין ס״ב ע״א)

Shabbat ne dispense pas de cette obligation. La question de tout le siman est donc ailleurs : non pas si l'on nourrit, mais de quelle manière on a le droit de préparer ce que l'on donne.

Les michnayot dont le siman est tiré. Elles sont trois, et elles ne sont pas toutes dans le même chapitre du traité Shabbat — cela vaut d'être tenu, car les deux chapitres ne posent pas la même question. La première est dans le chapitre תולין, et c'est elle que reprend le séif 1 :

« אֵין כּוֹבְרִין אֶת הַתֶּבֶן בִּכְבָרָה, וְלֹא יִתְּנֶנּוּ עַל גַּבֵּי מָקוֹם גָּבוֹהַּ בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּרֵד הַמּוֹץ. אֲבָל נוֹטֵל הוּא בַּכְּבָרָה וְנוֹתֵן לְתוֹךְ הָאֵיבוּס » (שבת ק״מ ע״א — משנה, פרק תולין)

Les deux autres sont dans le chapitre מי שהחשיך, à la fin du traité. La première porte les deux règles opposées dont vivra tout le siman — c'est une seule michna, que nous donnons en deux morceaux :

« מַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה, וּמְפַסְפְּסִין אֶת הַכִּיפִין, אֲבָל לֹא אֶת הַזִּירִין » (שבת קנ״ה ע״א — משנה, פרק מי שהחשיך)
« אֵין מְרַסְּקִין לֹא אֶת הַשַּׁחַת וְלֹא אֶת הֶחָרוּבִין לִפְנֵי בְּהֵמָה, בֵּין דַּקָּה וּבֵין גַּסָּה. רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בֶּחָרוּבִין לַדַּקָּה » (שבת קנ״ה ע״א)

Et la michna suivante donne le régime de l'alimentation forcée, puis celui des bêtes dont la subsistance incombe ou n'incombe pas à l'homme :

« אֵין אוֹבְסִין אֶת הַגָּמָל וְלֹא דּוֹרְסִין, אֲבָל מַלְעִיטִין. וְאֵין מַאֲמִירִין אֶת הָעֲגָלִים, אֲבָל מַלְעִיטִין » (שבת קנ״ה ע״ב — משנה)

La sougya du gibboul du son, enfin, court de שבת קנ״ה ע״ב à שבת קנ״ו ע״א ; elle fait l'objet de la section 4.

Un rattachement à corriger. La variante hébraïque de cette page rattachait la michna de כוברין à שבת קנ״ה, et lui donnait une formulation où le crible serait posé sur du mouktsé — ce qui serait une tout autre halakha. Le Beit Yossef dit lui-même d'où elle vient : אין כוברין את התבן בכברה וכו׳ משנה בפרק תולין (בית יוסף או״ח שכ״ד). Le texte réel est celui qui est cité plus haut, à שבת ק״מ ע״א, et ce qu'il écarte est de poser le crible en hauteur pour que la bale descende. La formulation fautive n'est pas reprise ici.

2. Hakira de fond — שווי אוכל contre מטרח באוכלא

Le yessod du siman

Hakira : quel est le critère qui sépare la préparation permise de la nourriture d'un animal de celle qui est interdite ?

La guemara pose les deux termes en les opposant. Rav Hisda explique la prémisse de Rav Houna, Rava celle de Rav Yehouda — et les deux amoraïm se partagent exactement les deux termes, l'un dans un sens, l'autre dans l'autre :

« אָמַר רַב חִסְדָּא: מַאי טַעְמָא דְּרַב הוּנָא קָא סָבַר לְמִטְרַח בְּאוּכְלָא — טָרְחִינַן, לְשַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא לָא מְשַׁוֵּינַן » (שבת קנ״ה ע״א)
« אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּרַב יְהוּדָה — קָסָבַר: שַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא — מְשַׁוֵּינַן, מִטְרָח בְּאוּכְלָא — לָא טָרְחִינַן » (שבת קנ״ה ע״א)

C'est ce second partage que le Choulhan Aroukh retient, et il l'écrit au séif 4 dans les mots mêmes de la guemara : דשווי אוכל בדבר שאינו אוכל מותר לעשותו אוכל אבל מטרח באוכלא בדבר שהוא ראוי לאכילה לא טרחינן ביה (שו״ע או״ח שכ״ד:ד). Le ט״ז le pose comme le principe reçu — דהא כאן קי״ל כר״י דאשוויי אוכל מותר ומטרח באוכל אסור (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳) ; le sigle ר״י n'y est pas développé, et nous ne le développons pas non plus.

Le yessod. La permission ne dépend donc pas de la lourdeur du geste, mais d'une question : mon acte fait-il l'aliment, ou ne fait-il que l'embellir ? C'est l'axe de tout le siman, et chaque séif s'y range.

De quel ordre est cet interdit ? Sur l'axe שווי/מטרח, le Michna Beroura le dit en toutes lettres à propos de l'alimentation forcée : כ״ז משום טרחא טרחא יתירה (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ד) — une peine superflue, donc un interdit rabbinique. Mais le siman côtoie par ailleurs de véritables מלאכות : le séif 1 est כמרקד — comme celui qui tamise, donc rabbinique —, tandis que לש au séif 3, טוחן aux séifim 7 et 8, et au séif 15 la crainte de niveler des creux, mettent en jeu les מלאכות elles-mêmes. Le ס״ק כ״ד porte sur son séif, et non sur le siman entier.

Note de lecture : dans l'édition suivie, ce ס״ק porte le mot טרחא deux fois de suite. Nous le recopions tel quel et ne le restaurons pas.

3. Les Rishonim sur le גדר de כוברין et de מרקד

רש״י — son commentaire sur cette michna est à שבת ק״מ ע״א, où la michna se trouve, et non à קנ״ה. Il explique d'abord ce qu'est le מוץ : מוץ - הוא מזקן השבולת העליון ואינו ראוי למאכל וכוברין אותו בכברין שיפול המוץ (רש״י שבת ק״מ ע״א ד״ה מוץ). Puis il donne la raison de la permission, et ce n'est pas que le geste du crible serait un autre geste — c'est un דבר שאין מתכוין :

« אבל נוטל בכברה - ליתן בתוך האבוס ואע״פ שהמוץ נופל מאליו כר״ש דאמר דבר שאין מתכוין מותר » (רש״י שבת ק״מ ע״א ד״ה אבל נוטל בכברה)

Le Choulhan Aroukh reprend cette raison au séif 1, dans les mots כיון שאינו מכוין (שו״ע או״ח שכ״ד:א).

הרמב״ם — il range la chose sous la מלאכה et non sous la טרחה, et c'est le sens de son לפיכך :

« הַמְרַקֵּד מֵאֲבוֹת מְלָאכוֹת. לְפִיכָךְ אֵין כּוֹבְרִין אֶת הַתֶּבֶן בִּכְבָרָה » (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ב)

Il achève ce même alinéa sur le mot qui fait toute la mesure : מִפְּנֵי שֶׁהוּא כִּמְרַקֵּד (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ב) — comme celui qui tamise, et non celui qui tamise. Le Michna Beroura ouvre son commentaire sur ce mot-là, אין כוברין - מפני שהוא כמרקד (מ״ב שכ״ד ס״ק א׳), et en tire aussitôt la conséquence dans l'autre sens : וכ״ש דאין לרקד התבואה מפסולת שלהן דזה הוא מרקד ממש וחייב (מ״ב שכ״ד ס״ק ב׳). Sur le gibboul, le Rambam distingue de même le קמח קלי — אֵין מְגַבְּלִין קֶמַח קָלִי הַרְבֵּה שֶׁמָּא יָבוֹא לָלוּשׁ קֶמַח שֶׁאֵינוֹ קָלִי. וּמֻתָּר לְגַבֵּל אֶת הַקָּלִי מְעַט מְעַט (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ג) — et le son, qui n'est pourtant pas matière à pétrissage :

« הַמֻּרְסָן אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְגִבּוּל אֵין גּוֹבְלִין אוֹתוֹ שֶׁמָּא יָבוֹא לְגַבֵּל הֶעָפָר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ » (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ד)

Et sur l'alimentation forcée, sa raison n'est pas la peine mais la crainte d'une מלאכה : שֶׁמָּא יָבוֹא לִידֵי כְּתִישַׁת קִטְנִיּוֹת אוֹ לִידֵי לִישַׁת קֶמַח וְכַיּוֹצֵא בּוֹ (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ה).

הרא״ש, הרי״ף והמרדכי — sur les liens des épis, le désaccord des Rishonim ne porte pas d'abord sur le raisonnement mais sur la leçon du texte, et c'est le Biur Halakha qui le relève : כן הוא גירסת רש״י והרא״ש דאף בתלתא מותר להתיר וגירסת הרי״ף ולא להתיר (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה מותר להתירן). Il ajoute que les Gloses du Gaon de Vilna déclarent שדבריו נכונים מאד (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה מותר להתירן), et que le פירוש רבנו חננאל que l'on a entre les mains paraît lire comme le Rif ; à qui renvoie ce pronom, le texte ne le dit pas, et nous ne le tranchons pas. Quant au Mordekhi, le Choulhan Aroukh le nomme lui-même — mais au séif 14, où la glose du Rama est donnée מרדכי פ׳ תולין וסמ״ג וסה״ת (שו״ע או״ח שכ״ד:י״ד). La glose du séif 4, elle, est donnée הגהות אלפסי (שו״ע או״ח שכ״ד:ד) : ce sont deux sources distinctes, et non une seule.

4. La sougya du gibboul du son — la ma'hloket de Rabbi et de Rabbi Yossé bar Yehouda

La beraita. La guemara cherche d'abord à restreindre le désaccord à la farine, qui est matière à pétrissage, et à en exclure le son, qui ne l'est pas ; une beraita explicite lui coupe la voie :

« אֵין נוֹתְנִין מַיִם לַמּוּרְסָן, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: נוֹתְנִין מַיִם לַמּוּרְסָן » (שבת קנ״ה ע״ב)

Le même partage existe sur la farine, et c'est là qu'il porte un חיוב :

« אֶחָד נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח וְאֶחָד נוֹתֵן לְתוֹכוֹ מַיִם — הָאַחֲרוֹן חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיְּגַבֵּל » (שבת קנ״ה ע״ב)

Le yessod du désaccord. Verser l'eau sur le son est-il déjà le commencement de la לישה — auquel cas il y a לש dès le versement — ou bien n'y a-t-il pas de לישה tant qu'on n'a pas malaxé de la main ? Pour Rabbi, le versement de l'eau est son gibboul ; pour Rabbi Yossé bar Yehouda, il n'y a rien tant qu'on n'a pas pétri.

Comment les Rishonim tranchent, et pourquoi ce n'est pas simple. Le Biur Halakha expose la difficulté en entier : il y a une michna anonyme au dernier chapitre du traité Shabbat qui va comme Rabbi Yossé bar Yehouda, et une au premier chapitre qui va comme Rabbi. Deux anonymes qui se contredisent — et dès lors, faut-il suivre le dernier, ou revenir à la règle générale הלכה כרבי מחבירו ?

ודעת הרי״ף והרמב״ם והרא״ש לפסוק כסתמא בתרא להקל (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה אין גובלין) — c'est-à-dire du côté de l'allègement ; d'autres, écrit-il, reviennent à la règle générale, et il les nomme : הרא״ם, בעל התרומות, סמ״ג, סמ״ק, rapportés dans les הגהות מיימוניות et dans le מרדכי. Et il ajoute ce qui explique la forme du séif 3 : ודעת המחבר בעצם הדין להקל בנתינת מים ותפס הדעה האחרונה רק בשם י״א (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה אין גובלין).

Le Michna Beroura nomme de la même façon le second camp : הוא דעת בעל התרומות וסייעתו דפוסקין כרבי (מ״ב שכ״ד ס״ק י׳). Le ט״ז, lui, nomme le premier : בעל דיעה זאת הוא הרי״ף ורמב״ם ורא״ש וטור שזכרנו בסימן שכ״א סט״ו שפוסקין כר״י בר יהודה (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק א׳) ; et au ס״ק suivant il attribue le second avis au Tour : הוא דעת הטור דפוסק שם כרבא דבנתינת מים לחוד הוה גיבול (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ב׳). Le Tour paraît donc des deux côtés dans les deux ס״ק voisins ; nous le signalons sans le trancher.

La question du ט״ז au Beit Yossef. Le Beit Yossef avait écrit qu'il subsiste malgré tout un interdit à verser de l'eau sur de la farine, parce qu'elle n'est pas nécessaire pour Shabbat, tandis que le son, qui sert à nourrir bête et volaille, n'a pas été inclus dans le décret. Le ט״ז n'accepte pas la distinction, et le dit dans des termes qu'il vaut mieux citer que résumer : ותמהתי על פה קדוש יאמר כן (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק א׳). Son argument est double — la farine aussi est donnée aux bêtes, et le versement de l'eau y est fait pour cela ; et la guemara elle-même, en essayant de restreindre l'avis au קמח דבר גיבול, montre qu'elle cherchait une permission explicite. Ici, celui qui parle est le ט״ז, et celui à qui il s'adresse est le Beit Yossef.

Ce qui reste permis, et à quel prix. Le partage tranché, la guemara demande encore de quelle manière on s'y prend, et les réponses sont toutes des שינויים :

« אָמַר רַב יֵימַר בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: שְׁתִי וָעֵרֶב » (שבת קנ״ו ע״א)
« אָמַר רַב יְהוּדָה: מְנַעֲרוֹ לִכְלִי » (שבת קנ״ו ע״א)

Le Rambam les reprend l'un et l'autre, et donne la raison de l'interdit de malaxer de la main : וְנוֹתְנִין מַיִם עַל גַּבֵּי מֻרְסָן וּמוֹלִיךְ בּוֹ הַתַּרְוָד שְׁתִי וָעֵרֶב. אֲבָל אֵינוֹ מְמָרֵס בְּיָדוֹ שֶׁלֹּא יֵרָאֶה כְּלָשׁ (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ד) ; le Michna Beroura la redit brièvement : אבל אם ממרס או מסבב בהתרווד נראה כלש (מ״ב שכ״ד ס״ק ח׳). Sur le קלי, la beraita porte un désaccord parallèle — תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין גּוֹבְלִין אֶת הַקָּלִי. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: גּוֹבְלִין (שבת קנ״ה ע״ב) — et le שינוי y est d'une autre sorte, אָמַר רַב חִסְדָּא: עַל יָד עַל יָד (שבת קנ״ו ע״א), c'est-à-dire un peu à la fois.

Le Choulhan Aroukh clôt le séif 3 par le second avis : ויש אוסרים ליתן מים על גבי מורסן בשבת ולא אמרו שמוליך בו שתי וערב אלא כשהיו המים נתונים עליו מבעוד יום (שו״ע או״ח שכ״ד:ג).

נפקא מינה. C'est là que se règle l'usage — l'ordre de 'Habad et la décision des poskim touchant la בלילה רכה et la בלילה עבה, la pâte fluide et la pâte épaisse, dont le siman שכ״א traite en propre. Le partage des deux n'appartient pas à ce siman-ci : nous le nommons et nous y renvoyons, sans le trancher.

5. La shita du Beit Yossef et du Choulhan Aroukh — la décision halakhique

בית יוסף — il rassemble les michnayot et les Rishonim, et le Choulhan Aroukh tranche en quinze séifim. Les têtes de chapitre : le crible est interdit, la prise au crible permise (séif 1) ; on n'utilise pas d'instrument de mesure — le Michna Beroura en donne la raison, היינו בכלי המדה מפני שנראה כאלו הוא מודד למכור אבל ליקח בכלי אחר ולשער קב או קביים מותר (מ״ב שכ״ד ס״ק ד׳) — mais on évalue (séif 2) ; on peut verser l'eau sur le son sans malaxer (séif 3) ; et toute découpe n'est permise que là où la chose ne convient pas sans elle (séifim 6 à 8). Sur ce dernier point, le Michna Beroura précise des deux côtés : ודוקא כשהם קשים שאינם ראויים לאכול בלא חיתוך אבל כשהם רכים הוי בכלל מטרח באוכלים ואסור (מ״ב שכ״ד ס״ק ט״ו) pour les courges, et ומוכח מזה דמיירי ברכין אבל בחרובין קשין שאינם ראויים בלתי חיתוך מותר דבכלל שווי אוכלא הוא (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ג) pour les caroubes.

Sur מזונותיו עליך (séif 11), le Mehaber suit le partage de la guemara — הָנֵי מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ, וְהָנֵי אֵין מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ (שבת קנ״ה ע״ב) — et écarte les abeilles, les pigeons de colombier et de grenier, et le porc, tandis qu'il permet אבל נותנין לפני אווזין ותרנגולים ויוני בייתות וכן לפני כלב שמזונותיו עליך (שו״ע או״ח שכ״ד:י״א). Le Michna Beroura donne la raison de chacun : אפילו הם שלו מ״מ אין מזונותיהן עליו דשכיחי להו בדברא וטרחא שלא לצורך היא (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ט) pour les premiers, דאין מזונותיו עליו לפי שאסור לגדלו (מ״ב שכ״ד ס״ק ל׳) pour le porc, et pour le chien il relève au contraire דמצוה קצת ג״כ ליתן לו מזונות (מ״ב שכ״ד ס״ק ל״א). Et sur la mangeoire (séif 15) : אסור לגרוף האבוס לפני שור של פטם אפי׳ אבוס של כלי גזירה אטו של קרקע דאתי לאשווי גומות (שו״ע או״ח שכ״ד:ט״ו).

6. La shita du Rama — trois gloses restrictives

הרמ״א pose dans ce siman trois gloses, et le Choulhan Aroukh les marque toutes trois du mot הגה — aux séifim 4, 9 et 14. Aucune n'allège.

Séif 4 — la glose s'ouvre sur un וי״א et ne permet de défaire le lien que בקשר שאינו של קיימא (שו״ע או״ח שכ״ד:ד), un nœud qui n'est pas destiné à durer. La crainte est celle de מתיר. Le Michna Beroura rapporte que le תוספת שבת et le בית מאיר tiennent que tout le monde en convient, et que le חידושי רע״א, au nom du מהריק״ש — sigle que la source ne développe pas et que nous ne développons pas —, tient que le Rambam en discute ; mais il conclut que ומ״מ לדינא אין להקל דדעת רש״י והרמ״ך ג״כ דיש קושר ומתיר אף באוכלי בהמה (מ״ב שכ״ד ס״ק י״ב).

Séif 9 — ודין תרנגולים ואווזים כדין עגלים (שו״ע או״ח שכ״ד:ט) : la loi des poules et des oies est celle des veaux. Le Michna Beroura en donne le contenu, דהיינו שאסור לתחוב בגרונם המאכל עד שלא יהיו יכולין להחזירו (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ז), puis relève franchement une difficulté sur la glose elle-même, au ס״ק כ״ח — qui est posé sur le séif 10 et non sur celui-ci : וקצת פלא על רמ״א מה הוסיף בזה אחרי שנזכר בשו״ע בהדיא (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ח) — le Choulhan Aroukh le disait déjà, et le Rama n'y ajoute rien ; peut-être, suggère-t-il, pour qu'on ne se méprenne pas sur l'intention du Mehaber.

Séif 14 — ויש מחמירים ג״כ בשאר מיני בהמות ליקח מלפני א׳ וליתן לפני אחרת שאינה מינה (שו״ע או״ח שכ״ד:י״ד) : la rigueur s'étend aux autres espèces. Mais les Aharonim ne l'imposent pas : le מג״א écrit ואין למחות ביד הנוהגין היתר (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ח׳), au nom du ב״ח, et le Michna Beroura reprend, וכתבו האחרונים דאין למחות ביד הנוהגין היתר דיש להם על מי לסמוך (מ״ב שכ״ד ס״ק ל״ח).

7. La ma'hloket des Rishonim sur le גדר d'אבסה et de הלעטה

Le partage de la michna (séif 9). אובסין et דורסין sont interdits ; מלעיטין est permis ; מאמרים est interdit pour les veaux. Reste à dire ce que chacun de ces mots désigne, et c'est là que la guemara se partage.

« אָמַר רַב יְהוּדָה: הַמְרָאָה — לִמְקוֹם שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לְהַחֲזִיר, הַלְעָטָה — לִמְקוֹם שֶׁיְּכוֹלָה לְהַחֲזִיר » (שבת קנ״ה ע״ב)
« רַב חִסְדָּא אָמַר: אִידֵּי וְאִידֵּי לִמְקוֹם שֶׁאֵינָהּ יְכוֹלָה לְהַחֲזִיר, וְהַמְרָאָה בִּכְלִי, הַלְעָטָה בַּיָּד » (שבת קנ״ה ע״ב)

Pour Rav Yehouda, le critère est le lieu : la bête peut-elle ramener la nourriture ? Pour Rav Hisda, les deux vont au lieu d'où elle ne peut la ramener, et le critère est l'instrument : המראה se fait avec un ustensile, הלעטה à la main. Une beraita est enseignée à l'appui de Rav Yehouda, et c'est son critère que retient le Choulhan Aroukh : איזו המראה למקום שאינה יכולה להחזיר הלעטה למקום שהיא יכולה להחזיר (שו״ע או״ח שכ״ד:ט). Le Michna Beroura ajoute l'observation qui rend le critère praticable : ומשמע בגמרא דכל שאינו מרביץ את הבהמה אין יכול לתחוב כ״כ בעומק ומקום שיכול להחזיר הוא (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ו). Le Biur Halakha note toutefois que בחידושי מאירי משמע קצת דדוקא ביד ולא בכלי (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה למקום שהיא יכולה להחזיר) — le critère de l'instrument n'a donc pas entièrement disparu.

La ma'hloket des Rishonim sur אובסין, et ce qui la commande. Le Biur Halakha la pose nettement : הנה מרש״י משמע דג״ז מיירי שתוחב בגרונו למקום שאינו יכול להחזיר (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה דהיינו שמאכילה בידו) ; mais אבל מרמב״ם משמע דכיון שמאכילו הרבה כמאכל שלשה ימים אפילו לא תחב בגרונו כלל ג״כ אסור (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה דהיינו שמאכילה בידו). Autrement dit, pour Rachi, אובסין est lui aussi un enfoncement dans la gorge ; pour le Rambam, la seule quantité suffit — לֹא יַאֲכִיל הַגָּמָל בְּשַׁבָּת מַאֲכַל שְׁלֹשָׁה אוֹ אַרְבָּעָה יָמִים (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ה) —, même sans aucun enfoncement. Et le Biur Halakha donne la raison du déplacement : si אובסין était déjà l'enfoncement, que viendrait ajouter le ולא דורסין de la michna ?

La racine. Ce qui se joue derrière, c'est de quoi l'on a peur. Le Michna Beroura l'assigne à la peine — כ״ז משום טרחא טרחא יתירה (מ״ב שכ״ד ס״ק כ״ד) — tandis que le Rambam l'assigne à la crainte d'une מלאכה : שֶׁמָּא יָבוֹא לִידֵי כְּתִישַׁת קִטְנִיּוֹת אוֹ לִידֵי לִישַׁת קֶמַח וְכַיּוֹצֵא בּוֹ (רמב״ם הלכות שבת כ״א:ל״ה). Les deux raisons ne se recouvrent pas, et la question reste ouverte ici comme elle l'est dans les sources.

8. Le psak des Aharonim — מג״א, ט״ז et משנה ברורה

המג״א — neuf ס״ק sur ce siman. Au ס״ק א׳ il rapporte une permission, et il faut lire exactement ce qu'elle dit : כתב הרמב״ן במלחמות לסברא קמייתא דאם מגבל מעט מעט שרי בלא שינוי (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק א׳) — c'est-à-dire, pour le premier avis, sans שינוי lorsqu'on procède peu à peu. Le Biur Halakha ne le suit pas : il tient que le מלחמות ne dit cela que du קלי, ולא הותר מעט מעט כ״א בקלי (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה מורסן), et note que le קרבן נתנאל est arrivé à la même conclusion. Au ס״ק ב׳, le מג״א pose une limite que le séif ne disait pas : דודאי לכ״ע אסור להכין יותר מהצריך ליום (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ב׳). Au ס״ק ד׳ il élargit au contraire l'autorisation de couper : אפי׳ נאכלין ע״י הדחק בלא חתיכה שרי (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ד׳), au nom du Beit Yossef. Au ס״ק ה׳ il donne la raison de l'interdit de la découpe fine : דדבר שהיא מלאכה כגון טחינה אסור לעשות לבהמה אפי׳ בי״ט (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ה׳). Au ס״ק ז׳ il écrit du froment donné aux oiseaux le jour de שבת שירה : יש נוהגין לתת חטין בשבת שירה לפני העופות ואינו נכון שהרי אין מזונתן עליך (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ז׳). Et au ס״ק ט׳ il explique le retrait de la paille au nom de Rachi : מפני שיש שנמאס ואינו ראוי לאכילה, רש״י (מג״א או״ח שכ״ד ס״ק ט׳).

הט״ז — sept ס״ק. Deux sur le séif 3, pour dire qui tient quoi (voir la section 4), et deux qui portent le poids du siman.

Au ס״ק ד׳, le ט״ז attaque de front le psak que le רמ״א a posé au siman 321, d'après une techouva que le ט״ז désigne lui-même תשו׳ מהרא״י בת״ה סי׳ נ״ו (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳), selon laquelle on ne coupe pas la viande crue très fin devant les volailles : ודברי רמ״א שכ׳ דא״א לאכלו בלא״ה הוא קשה מאוד דמן ההיתר עושה איסור (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳). Son argument est la règle même de notre siman — si la volaille ne peut pas manger sans cela, c'est un שווי אוכל, donc permis. Il tire ensuite de la distinction du Rambam — le ריסוק du שחת d'un côté, la découpe de la נבלה de l'autre — la conséquence que voici : ש״מ דחותך דק דק דבלא״ה לא יוכל לאכלה אין שייך טוחן כלל (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳). Et il s'arrête sur un צריך עיון : וצ״ע מאד מה חשב בת״ה לאסור בזה (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳). Il note enfin que ובלבוש נגרר אחר רמ״א ולא הרגיש בסתירתם (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ד׳). Le Biur Halakha, lui, dénoue autrement : וע״כ ברור דהרמ״א רק אבשר חי הנ״ל בשכ״א קאי וקיצר בלשונו (ביאור הלכה שכ״ד ד״ה וע״ל סימן שכ״א) — le Rama ne parlait que de viande casher crue, qui ne se destine qu'aux volailles, et non de נבלה.

Au ס״ק ה׳, le ט״ז rapporte le Rambam sur אין חותכין שחת et la question que le כסף משנה rapporte : on l'avait posée au רשב״א, et le רשב״א reconnut que c'était une difficulté — וכתב הכ״מ ששאלו להרשב״א למה נתן הרמב״ם טעם שנרא׳ כטוחן דהא בגמ׳ נתנו טעם משום מיטרח באוכל׳ והודה הרשב״א שהי׳ קושיא (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ה׳). Il répond que le Rambam n'a pas voulu donner là le fondement de l'interdit mais sa mesure, et propose sa propre lecture des mots שאין טחינה בפירות : שאין טחינה בפירות הנאכלין בשבת (ט״ז או״ח שכ״ד ס״ק ה׳).

המשנה ברורה — quarante et un ס״ק, et ils dessinent le siman de bout en bout. Le crible est כמרקד et le tamisage véritable est חייב (ס״ק א׳ et ס״ק ב׳) ; le son est interdit au pétrissage par décret, אף דאינו בר גיבול מ״מ גזרו רבנן שמא יבוא לגבל קמח דחייב משום לש (מ״ב שכ״ד ס״ק ה׳), et il ajoute que ודעת הרבה ראשונים דאף במורסן חייב משום לש (מ״ב שכ״ד ס״ק ה׳) ; la quantité préparée ne dépasse pas le besoin du jour, והוא ששיעור זה צריך לו לחלק לפניהם באותו יום השבת דאל״ה אסור לטרוח טרחא דלא צריכא (מ״ב שכ״ד ס״ק ט׳) ; on ne coupe que ce qui ne convient pas tel quel (ס״ק ט״ו, ס״ק י״ח et ס״ק כ״ג) — et même l'à-peu-près suffit à permettre, ואפילו אם איננה קשה לגמרי שראוי להם לאכילה ע״י הדחק ג״כ בכלל שווי אוכלא הוא ושרי (מ״ב שכ״ד ס״ק י״ח) ; la permission de faire d'un non-aliment un aliment tient à לעשותו אוכל - משום צערא דבהמה (מ״ב שכ״ד ס״ק י״ג) ; on ne place pas la bête sur du mouktsé, et le ס״ק ל״ג rattache la règle du séif 13 à la מכילתא, דאיתא במכילתא למען ינוח יכול לא יניחנו תולש ועוקר כתיב למען ינוח ואין זה נוח אלא צער (מ״ב שכ״ד ס״ק ל״ג).

Sur le séif 15, c'est lui — et non le ט״ז, qui n'a pas de ס״ק sur ce séif — qui donne la raison du décret, au nom des תוספות : היינו דשם רגילות הוא שמכוין לאשויי כדי שלא יפלו השעורים בהגומות (מ״ב שכ״ד ס״ק מ׳), ולכן גזרינן גריפה אפילו באבוס שבכלי אבל מותר לגרוף תיבה בשבת מן הפסולת הנמצא בה (מ״ב שכ״ד ס״ק מ׳). Il explique d'abord pourquoi l'on raclerait, שגורפין אותו שלא יתערב העפרורית שבאבוס בתבן ובשעורים שנותנין לפניו ויקוץ במאכלו (מ״ב שכ״ד ס״ק ל״ט), et pourquoi l'on écarterait la paille, דכשהוא רב רוצה לסלקו כדי שלא ידרסנו השור ברעי (מ״ב שכ״ד ס״ק מ״א).

9. Nafka minot pratiques

Ce que la sougya donne à la pratique :

10. Récapitulatif de la sougya et conclusion halakhique

Le yessod de la sougya. Le siman 324 est bâti sur un seul principe : l'obligation de nourrir les bêtes autorise l'acte de les nourrir, mais restreint celui de préparer. Chaque geste se mesure à la question — fait-il l'aliment (שווי אוכל : permis) ou ne fait-il qu'embellir un aliment qui existe déjà (מטרח באוכלא : interdit) — et, en second lieu, à celle de savoir s'il touche à une מלאכה (מרקד, לש, טוחן, ou la crainte de niveler des creux).

Là où la sougya laisse une question ouverte — le partage du Tour entre les deux avis du séif 3, le צריך עיון du ט״ז sur le siman 321, la racine de l'interdit de l'alimentation forcée — cette page la laisse ouverte. Pour la pratique : selon l'usage de sa communauté et la décision de son Rav.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, siman שכ״ד, 12 séifim).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שכ״ד · Niveau 2 — Lamdan
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