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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Chabbat — étude approfondie
סימן רצ״ב
דִּין תְּפִלַּת מִנְחָה בְּשַׁבָּת
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour lamdanim et talmidé hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
shitot des Richonim et des Aharonim sur la Minha du Chabbat

Sujet :
Choulhan Aroukh, Orah Haïm, siman 292 — 2 seifim
avec l'appareil ancré dans le texte : Beer HaGola, Magen Avraham, Taz, Baer Hetev, Chaaré Techouva, Michna Beroura

Michna Beroura : 9 entrées sur ce siman — de ס״ק א à ס״ק ט

Rédaction :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La source de la sougya — Bava Kamma 82a, la takana d’Ezra
  2. Hakira de fond — la lecture de Minha du Chabbat est-elle celle de la semaine ?
  3. « ואני תפלתי » — la source du midrach
  4. « עת רצון » — la nature du temps de Minha du Chabbat
  5. Trois montants et dix versets
  6. « מפרשה הבאה » — et la décision quand un yom tov tombe un Chabbat
  7. צדקתך צדק — le souvenir de la mort des justes
  8. Ne pas fixer d’étude entre Minha et Arvit — l’usage et sa raison
  9. Pirké Avot en été, Chir HaMaalot en hiver
  10. Nafka minot pratiques et ligne de décision

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 2 seifim

סעיף א. דין תפלת מנחה בשבת. ובו ב סעיפים:
במנחה [אומרים אשרי ובא לציון ואני תפלתי וגו'] (טור) מוציאין ספר תורה וקורין שלשה אנשים עשרה פסוקים מפרשה הבאה ואפי' חל יו״ט להיות בשבת קוראין בפרשה הבאה ולא בשל יום טוב:

Traduction. « À Minha [on dit Achré, Ouva leTsion et Vaani tefilati, etc. — אומרים אשרי ובא לציון ואני תפלתי וגו׳] (Tour) — on sort un séfer Torah et trois hommes lisent dix versets de la paracha suivante ; et même si un yom tov tombe un Chabbat, on lit dans la paracha suivante, et non dans celle du jour de fête. » (שו״ע או״ח רצ״ב:א)

סעיף ב. אומרים צדקתך ואם חל בו יום שאלו היה חול לא היו אומרים בו במנחה נפילת אפים אין אומרים צדקתך: הגה ונהגו שלא לקבוע מדרש בין מנחה למעריב (טור זוהר תרומה ע' רע״ט) אבל אומרים פרקי אבות בקיץ ושיר המעלות בחורף וכל מקום לפי מנהגו:

Traduction. « On dit Tsidkatekha. Et si tombe ce jour-là un jour tel que, s’il avait été un jour de semaine, on n’y aurait pas dit la nefilat apayim à Minha — on ne dit pas Tsidkatekha. » Glose du Rama : « Et l’usage s’est pris de ne pas fixer de maison d’étude entre Minha et Arvit (Tour ; Zohar Terouma p. 279), mais on dit les Pirké Avot en été et Chir HaMaalot en hiver, et chaque lieu selon son usage. » (שו״ע או״ח רצ״ב:ב)

Qui parle, et où. Les deux passages en petits caractères ne sont pas de la même main. Celui du seif 2, introduit par הגה, est la glose du Rama : c’est lui, et non le Mehaber, qui rapporte l’usage de ne pas fixer d’étude et celui des Pirké Avot. Celui du seif 1 est un ajout entre crochets, donné au nom du Tour : il énumère ce qu’on dit avant la lecture, et n’est pas la formulation propre du Mehaber. Le siman entier tient en deux seifim — le premier sur la lecture de la Torah, le second sur Tsidkatekha et sur ce qui suit Minha.

1. La source de la sougya — Bava Kamma 82a, la takana d’Ezra

Tout le siman repose sur une ligne de Bava Kamma. La guemara y énumère les dix takanot d’Ezra, et la première nommée est précisément celle qui nous occupe : on lit la Torah à Minha du Chabbat.

« עֲשָׂרָה תַּקָּנוֹת תִּיקֵּן עֶזְרָא: שֶׁקּוֹרִין בַּמִּנְחָה בַּשַּׁבָּת » (בבא קמא פ״ב ע״א)

La guemara revient ensuite sur chacune de ces takanot pour en donner la raison. Pour la nôtre, elle tient dans une seule incise.

« שֶׁיְּהוּ קוֹרְאִין בַּמִּנְחָה בַּשַּׁבָּת – מִשּׁוּם יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת » (בבא קמא פ״ב ע״א)

Qui sont les יושבי קרנות ? Rachi, sur place, les décrit comme ceux qui tiennent boutique tous les jours de la semaine, occupés à leur commerce, et qui ne sont pas là le lundi ni le jeudi : c’est pour eux qu’une lecture supplémentaire a été instituée. L’Admour HaZaken reprend cette explication en toutes lettres.

« בִּשְׁבִיל יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת הַמִּתְעַסְּקִים בִּסְחוֹרָה כָּל יְמוֹת הַשָּׁבוּעַ וְאֵינָם בָּאִים לִשְׁמוֹעַ קְרִיאַת הַתּוֹרָה » (שו״ע הרב רצ״ב:ב)

Deux choses en découlent, et elles commandent toute la suite. D’abord, la lecture de Minha n’est pas instituée pour le Chabbat en tant que tel, mais pour une population — ceux que la semaine tient éloignés du beit haknesset. Ensuite, elle vient en supplément, et non en remplacement de la lecture du matin.

La guemara pose elle-même une difficulté sur la deuxième takana de la liste, celle du lundi et du jeudi : cette lecture-là existait bien avant Ezra.

« וְשֶׁיְּהוּ קוֹרְאִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי – עֶזְרָא תִּיקֵּן?! וְהָא מֵעִיקָּרָא הֲוָה מִיתַּקְנָא » (בבא קמא פ״ב ע״א)

Elle répond que les prophètes du désert avaient déjà institué de lire le Chabbat, le lundi et le jeudi, afin qu’Israël ne passe pas trois jours sans Torah.

« כְּדֵי שֶׁלֹּא יָלִינוּ שְׁלֹשָׁה יָמִים בְּלֹא תּוֹרָה » (בבא קמא פ״ב ע״א)

L’apport propre d’Ezra, dit alors la guemara, n’est donc pas le jour mais la mesure de la lecture : trois montants et dix versets. C’est cette phrase qu’il faudra relire en section 5. Noter que la guemara ne parle pas ici de lire « dans la paracha suivante » — ce point vient d’ailleurs, et on le verra en section 6.

2. Hakira de fond — la lecture de Minha du Chabbat est-elle celle de la semaine ?

חקירה. La lecture de la Torah à Minha du Chabbat : est-elle de même nature que celle du lundi et du jeudi — une lecture de rattrapage instituée pour les יושבי קרנות —, ou bien une lecture propre au Chabbat, qui tiendrait à ce jour-là et non à ceux qui l’écoutent ? La question n’est pas de style : elle décide de ce qu’on lit quand un yom tov tombe un Chabbat.

Les deux côtés de la hakira.

נפקא מינה. Un yom tov qui tombe un Chabbat : que lit-on à Minha ?

Ce que tranche le Choulhan Aroukh, au seif 1 : on lit dans la paracha suivante — c’est-à-dire le côté A.

« ואפי׳ חל יו״ט להיות בשבת קוראין בפרשה הבאה ולא בשל יום טוב » (שו״ע או״ח רצ״ב:א)

La Michna Beroura donne la raison, et elle est exactement celle du côté A : cette lecture n’est pas faite « pour le yom tov », puisque le yom tov, lui, n’a pas de lecture à Minha.

« דהא הקריאה איננה בשביל יו״ט דהא במנחה ביו״ט אין קורין » (מ״ב רצ״ב:ה)

3. « ואני תפלתי » — la source du midrach

Le verset que l’on dit avant de sortir le séfer Torah n’est pas dans le texte du Mehaber : il est dans l’ajout entre crochets, donné au nom du Tour. Il faut donc aller au Tour pour savoir pourquoi on le dit.

« ע״פ המדרש ישיחו בי יושבי שער ונגינות שותי שכר וכתיב בתריה ואני תפלתי לך ה׳ עת רצון וגו׳ אמר דוד לפני הקב״ה רבש״ע אע״פ ששתינו ואני תפלתי לך ה׳ » (טור או״ח רצ״ב)

Le midrach lit deux versets qui se suivent : ceux qui siègent à la porte parlent de moi, et les buveurs font de moi leur chanson — et aussitôt après : et moi, ma prière est pour Toi. David dit devant le Saint béni soit-Il : même après avoir bu, nous, notre prière est pour Toi. La Michna Beroura reprend le même midrach avec une formulation plus large.

« הוא על פי המדרש שאמר דוד לפני הקב״ה רבש״ע אין אומה זו כעו״ג ששותין ומשתכרים ופוחזים ואנו לא כן אע״פ שאכלנו ושתינו ואני תפלתי וגו׳ » (מ״ב רצ״ב:ב)

Le Taz le résume en une ligne, et sa formulation met le doigt sur ce qui fait le lien avec l’heure : c’est l’après-repas du Chabbat qui est visé.

« לפי שישראל אומרים לפני הקב״ה אף ע״פ ששתינו אנו מתפללים לא כשאר אומות » (ט״ז רצ״ב ס״ק א)

Ce que le verset ajoute à la lecture. La guemara de Berakhot entend le même verset autrement : elle y lit la définition du עת רצון.

« מַאי דִּכְתִיב ״וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה׳ עֵת רָצוֹן״. אֵימָתַי עֵת רָצוֹן — בְּשָׁעָה שֶׁהַצִּבּוּר מִתְפַּלְּלִין » (ברכות ח׳ ע״א)

Les deux lectures ne se contredisent pas, mais elles ne se recouvrent pas non plus : pour la guemara, le moment favorable est celui où la communauté prie ; pour le midrach rapporté par le Tour, c’est le contraste entre le repas et la prière qui fait la force du verset. La Michna Beroura, elle, tire de ce verset une conséquence de din — et c’est là que la pratique se joue.

« אבל במנחה של יו״ט א״א אותו כיון דאין קורין בתורה שהוא עת רצון עי״ז ומיהו בשבת נהגו לאמרו אף במקום שאין ס״ת וכן אפילו ביחיד » (מ״ב רצ״ב:ב)

Trois choses y sont dites : à Minha de yom tov on ne le dit pas, faute de lecture de la Torah qui fasse de ce moment un עת רצון ; mais le Chabbat, l’usage est de le dire même là où il n’y a pas de séfer Torah ; et même seul.

Et là-dessus, le Magen Avraham n’est pas du même avis. Sur le yom tov, il dit comme la Michna Beroura.

« ובמנחה של י״ט א״א אותו כיון דאין קורין בתורה » (מג״א רצ״ב ס״ק א)

Mais sur le cas où il n’y a pas de séfer Torah, il rapporte le Rivach et en tire la conclusion inverse : on ne dirait pas non plus le verset.

« וכתב הריב״ש סי׳ שנ״א דבמקום שאין ס״ת א״א קדיש שלפני י״ח ונ״ל שלא יאמרו ג״כ ואני תפלתי » (מג״א רצ״ב ס״ק ב)

La Michna Beroura, au nom des Aharonim, rapporte que l’usage s’est fixé dans l’autre sens. Les deux positions sont sur la page : on ne les tranche pas ici.

4. « עת רצון » — la nature du temps de Minha du Chabbat

L’expression עת רצון ne vient pas dans ce siman comme un ornement : elle y fait un travail précis, et deux entrées de l’appareil s’en servent pour raisonner.

Premier emploi — le verset. Pour la Michna Beroura au ס״ק ב, c’est la lecture de la Torah qui fait du moment un עת רצון — et c’est faute de cette lecture qu’à Minha de yom tov on ne dit pas le verset (voir section 3). L’expression y est donc un effet de la takana d’Ezra, et non sa cause.

Second emploi — l’heure elle-même. Sur צדקתך, la Michna Beroura rapporte la longue démonstration du Bayit Hadach, et c’est là que l’heure de Minha du Chabbat est nommée pour elle-même, avec un renvoi exprès au Zohar.

« וב״ח האריך להוכיח שלא מת משה בשבת רק בע״ש ולא נגנז עד שבת במנחה בשעתא דעת רצון וכמ״ש בזוהר » (מ״ב רצ״ב:ו)

La distinction vaut d’être tenue. Dans le premier emploi, l’expression qualifie un moment parce qu’on y lit la Torah ; dans le second, elle qualifie l’heure en elle-même, indépendamment de ce qu’on y fait. Le Bayit Hadach s’en sert précisément pour résoudre une difficulté de chronologie : Moché ne serait pas mort le Chabbat mais la veille, et ce serait sa mise au tombeau qui aurait eu lieu à cette heure.

Ce que le siman pose à cette heure, et sur quelle autorité :

Il faut résister à la tentation de faire de ces quatre éléments un seul motif. L’appareil ne les rattache pas tous à la même raison : le premier tient à la lecture, les deux derniers à la mort de Moché. C’est la lecture ordinaire des Aharonim sur ce siman ; les commentateurs kabbalistiques en donnent une autre, que le Rama signale lui-même par son renvoi au Zohar, et qui n’est pas développée ici.

5. Trois montants et dix versets

La guemara, après avoir montré que le jour n’était pas l’apport d’Ezra, dit ce qui l’est. Et elle donne à chacun des deux nombres un référent distinct.

« מֵעִיקָּרָא תִּקְּנוּ חַד גַּבְרָא – תְּלָתָא פְּסוּקֵי, אִי נָמֵי תְּלָתָא גַּבְרֵי – תְּלָתָא פְּסוּקֵי, כְּנֶגֶד כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים; אֲתָא הוּא, תַּיקֵּן תְּלָתָא גַּבְרֵי וְעַשְׂרָה פְּסוּקֵי, כְּנֶגֶד עֲשָׂרָה בַּטְלָנִין » (בבא קמא פ״ב ע״א)
Lire ce passage lentement. Les trois montants ne sont pas l’innovation d’Ezra : la guemara les donne pour l’état antérieur, et les rapporte aux cohanim, lévi’im et israélites. Ce qu’Ezra institue, c’est la conjonction — trois montants et dix versets — et les dix versets, eux, sont rapportés aux עשרה בטלנין. Attribuer le symbolisme cohen–lévi–israël à la takana d’Ezra, ou faire des dix versets un écho des trois montants, c’est croiser deux explications que la guemara tient séparées.
Le Rambam. Il énonce la takana d’Ezra en distinguant lui aussi les deux volets, et l’on notera où il place les trois hommes et les dix versets.
« וְעֶזְרָא תִּקֵּן שֶׁיְּהוּ קוֹרִין כֵּן בְּמִנְחָה בְּכָל שַׁבָּת מִשּׁוּם יוֹשְׁבֵי קְרָנוֹת. וְגַם הוּא תִּקֵּן שֶׁיְּהוּ קוֹרִין בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי שְׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם וְלֹא יִקְרְאוּ פָּחוֹת מֵעֲשָׂרָה פְּסוּקִים » (רמב״ם הלכות תפלה פרק י״ב הלכה א׳)

קושיא. Dans cette halakha, le Rambam rattache expressément « trois hommes et pas moins de dix versets » au lundi et au jeudi, et il ne dit pas ici que la lecture de Minha se prend dans la paracha suivante. D’où vient alors ce que le Choulhan Aroukh écrit au seif 1 ?

תירוץ. De la michna de Meguila et de la baraïta que le Tour rapporte — et non de cette halakha du Rambam. Le Tour cite d’abord le Yerouchalmi pour la takana elle-même, puis la michna pour le nombre des montants.

« עזרא תיקן להם לישראל שיהו קורין בתורה בשבת במנחה ובשני ובחמישי » (טור או״ח רצ״ב)
« בשבת במנחה ובשני ובחמישי קורין ג׳ אין פוחתין מהם ואין מוסיפין עליהם ואין מפטירין בנביא » (טור או״ח רצ״ב)

Trois montants, on n’en retranche pas et on n’en ajoute pas, et il n’y a pas de haftara : la mesure est fermée des deux côtés. Le point de la paracha suivante, lui, vient de la baraïta qu’on lira en section 6.

L’Admour HaZaken, dans son Choulhan Aroukh, réunit les deux volets en une seule phrase, et c’est la formulation la plus commode à retenir.

« עֶזְרָא תִּקֵּן שֶׁיִּהְיוּ ג׳ אֲנָשִׁים קוֹרִין בְּסֵפֶר תּוֹרָה בְּצִבּוּר בְּכָל שַׁבָּת בְּמִנְחָה עֲשָׂרָה פְּסוּקִים אוֹ יוֹתֵר מִפָּרָשַׁת שָׁבוּעַ הַבָּא » (שו״ע הרב רצ״ב:ב)

6. « מפרשה הבאה » — et la décision quand un yom tov tombe un Chabbat

D’où sort « la paracha suivante » ? D’une baraïta de Meguila que le Tour rapporte, et qui est une ma’hloket de tannaïm sur le point de départ de la lecture.

« במקום שפוסקין שבת שחרית שם קורין במנחה במנחה שם קורין בב׳ בב׳ שם קורין בה׳ דברי ר״מ רבי יהודה אומר במקום שפוסקין בשבת שחרית שם קורין במנחה בשני ובחמישי ולשבת הבאה והכי הלכתא » (טור או״ח רצ״ב)

Les deux shitot. Pour Rabbi Meir, chaque lecture reprend là où la précédente s’est arrêtée — Minha reprend après chaharit, lundi reprend après Minha, jeudi reprend après lundi : la paracha avance par à-coups au long de la semaine. Pour Rabbi Yehouda, toutes ces lectures repartent du même point, celui où l’on s’est arrêté le Chabbat matin, et c’est seulement le Chabbat suivant qui avance. Le Tour conclut : והכי הלכתא — la halakha suit Rabbi Yehouda.

C’est de là, et non de la seule takana d’Ezra, que vient l’expression du Mehaber : la lecture de Minha se prend dans la paracha de la semaine qui vient, et chaque lecture de la semaine y revient au même endroit.

« ואפי׳ חל יו״ט להיות בשבת קוראין בפרשה הבאה ולא בשל יום טוב » (שו״ע או״ח רצ״ב:א)

קושיא. Un yom tov qui tombe un Chabbat : le matin, on a lu la lecture du yom tov, et non la paracha du cycle. Pourquoi, à Minha, ne pas continuer dans ce qu’on a lu le matin ?

תירוץ. Le Beit Yossef rapporte le Roke’ah, qui pose le din et le prouve.

« כתב הרוקח בסי׳ ש״כ י״ט שחל להיות בשבת קורין במנחה פרשה הנוהגת ולא של י״ט » (ב״י או״ח רצ״ב)

La preuve tient en une ligne, et elle est décisive : s’il n’y avait pas le Chabbat, il n’y aurait aucune lecture à Minha du yom tov.

« אלמלא שבת אין קריאה במנחה בי״ט » (ב״י או״ח רצ״ב)

Autrement dit : cette lecture n’est pas sur le compte du jour, elle est sur le compte du Chabbat. Le yom tov ne lui donne rien, et ne peut donc rien lui imposer. La Michna Beroura dit la même chose, plus brièvement encore.

« דהא הקריאה איננה בשביל יו״ט דהא במנחה ביו״ט אין קורין » (מ״ב רצ״ב:ה)

On retombe exactement sur le côté A de la hakira de la section 2 : la lecture de Minha reste une lecture du cycle, et le Chabbat en est le support.

7. צדקתך צדק — le souvenir de la mort des justes

« אומרים צדקתך ואם חל בו יום שאלו היה חול לא היו אומרים בו במנחה נפילת אפים אין אומרים צדקתך » (שו״ע או״ח רצ״ב:ב)

Le Mehaber pose l’usage et sa limite sans en donner la raison. Celle-ci est dans le Tour, au nom de Rav Char Chalom, et elle lie d’un seul tenant les deux choses que ce siman met à l’heure de Minha : Tsidkatekha, et l’usage de ne pas fixer d’étude.

« וכתב רב שר שלום הטעם שתקנו לומר צדוק הדין על שמת משה רבינו באותה שעה וגם נהגו שלא לקבוע מדרש בין שתי תפלות משום חכם שמת כל בתי מדרשות בטילין » (טור או״ח רצ״ב)

Le Tour ajoute que Rabbenou Tam en tirait encore autre chose.

« ומזה הטעם נמי הנהיג ר״ת שלא לקבוע אז סעודה » (טור או״ח רצ״ב)

La Michna Beroura, au ס״ק ו, étend le motif à trois justes et non à un seul.

« דמתו בו יוסף משה ודוד ולכן נהגו שלא לקבוע אז מדרש כי חכם שמת כל המדרשות בטלים » (מ״ב רצ״ב:ו)

L’Admour HaZaken le dit dans les mêmes termes.

« נוֹהֲגִים לוֹמַר ג׳ פְּסוּקִים "צִדְקָתְךָ", וְהֵם כְּעֵין צִדּוּק הַדִּין עַל ג׳ צַדִּיקִים שֶׁנִּפְטְרוּ בְּשָׁעָה זוֹ, יוֹסֵף, מֹשֶׁה וְדָוִד » (שו״ע הרב רצ״ב:ה)

Les trois versets. Les trois versets de Tsidkatekha sont des versets des Tehilim, et le Tour en donne l’ordre selon deux usages :

Le Tour rapporte que les deux usages n’ont pas le même ordre, et il donne sa préférence — avec un argument de forme.

« ונוהגים באשכנז לומר תחלה צדקתך צדק לעולם ואחריו וצדקתך אלהים ואחריו צדקתך כהררי אל ובספרד אומרים תחלה צדקתך כהררי אל ואחריו וצדקתך אלהים ואחריו צדקתך צדק לעולם וזה נכון יותר שבזה הסדר כתובות בס׳ » (טור או״ח רצ״ב)

L’argument est celui de l’ordre du livre des Tehilim : en commençant par כהררי אל (chapitre 36), puis עד מרום (chapitre 71), puis צדק לעולם (chapitre 119), on suit l’ordre où ils sont écrits. Le Tour ne déclare pas l’autre usage fautif : il dit que celui-là est plus juste.

Et la chronologie fait difficulté. Le Taz, au ס״ק ב, rapporte d’abord le motif au nom du Tour et de Rav Char Chalom.

« שבאותה שעה מת משה רבינו ע״כ אומרים צידוק הדין וע״כ אין קובעין מדרש כי חכם שמת כל מדרשות בטלים » (ט״ז רצ״ב ס״ק ב)

Puis il rapporte l’objection de l’Acheri — les piské HaRoch — et du Mordekhi, au chapitre ערבי פסחים.

« דא״א לומר שמשה מת בשבת דהא אמרינן שאותו יום כ׳ ס״ת » (ט״ז רצ״ב ס״ק ב)

Et il propose son propre yichouv : Rav Char Chalom n’aurait pas voulu dire que Moché est mort le Chabbat, mais la veille à l’heure de Minha.

« אלא בערב שבת בזמן המנחה מת ולפי שבשבת ניתנה התורה ע״י משה עושים זכרון בזמן המנחה לבטל המדרש » (ט״ז רצ״ב ס״ק ב)

La Michna Beroura rapporte pour sa part la voie du Bayit Hadach, qui résout autrement : la mort la veille, la mise au tombeau à l’heure de Minha du Chabbat (voir section 4). Et le Tour lui-même donne une seconde raison, indépendante de toute cette chronologie.

« ויש מדרשים שמוכיחים שלא מת באותה שעה ומה שאומרים צדקתך בשביל הרשעים שחוזרים לגיהנם » (טור או״ח רצ״ב)

Trois explications se tiennent donc ensemble sur la page — la mort de Moché, la mise au tombeau, le jugement des rechaïm qui reprend à la sortie du Chabbat — et le siman n’en retient aucune contre les autres.

נפקא מינה — quand ne dit-on pas Tsidkatekha ? Le critère du Mehaber n’est pas une liste de jours : c’est un test. Si ce jour, étant un jour de semaine, n’aurait pas porté la nefilat apayim à Minha, on ne dit pas Tsidkatekha. La Michna Beroura au ס״ק ז déplie le cas de Roch ‘Hodech, et l’étend — point qu’on lit mal si on ne le lit pas jusqu’au bout — au cas où c’est le lendemain qui est Roch ‘Hodech.

« פי׳ בין שיום השבת הוא ר״ח בין שיום א׳ שאחריו הוא ר״ח וא״כ אלו היה חול לא היו אומרים במנחה נפילת אפים שכבר חל במקצת יום שלאחריו ולכן גם עתה א״א צדקתך » (מ״ב רצ״ב:ז)

L’Admour HaZaken donne, à titre d’exemples, כְּגוֹן חֲנֻכָּה וְרֹאשׁ חֹדֶשׁ (שו״ע הרב רצ״ב:ז), et ajoute lui aussi le cas du lendemain. Ce sont des exemples, non une liste fermée : c’est le test du seif qui décide, jour par jour.

8. Ne pas fixer d’étude entre Minha et Arvit — l’usage et sa raison

C’est le Rama, et non le Mehaber, qui pose cet usage dans le siman.

« ונהגו שלא לקבוע מדרש בין מנחה למעריב » (רמ״א או״ח רצ״ב:ב)

Le Rama y renvoie à deux sources — le Tour et le Zohar Terouma. La raison que donne le Tour est celle déjà lue en section 7 : un sage qui meurt, toutes les maisons d’étude chôment. L’Admour HaZaken la reprend dans les mêmes termes.

« וְנָהֲגוּ שֶׁלֹּא לִקְבּוֹעַ מִדְרָשׁ בֵּין מִנְחָה לְמַעֲרִיב, כִּי חָכָם שֶׁמֵּת בֵּית מִדְרָשׁוֹ בָּטֵל » (שו״ע הרב רצ״ב:ו)

Deux précisions qui changent tout, et qu’il ne faut pas laisser de côté.

Première : ce n’est pas une interdiction. La Michna Beroura le dit en propres termes au ס״ק ח, et précise en même temps l’étendue de l’usage — ce qui est écarté, c’est l’étude en groupe, pas l’étude à deux à la maison.

« ואינו איסור אלא מנהג לזכרון בעלמא והטעם כנ״ל בסק״ה ודוקא שלא ללמוד בחברותא אבל שנים שנים לומדים בבתיהם » (מ״ב רצ״ב:ח)

Le Magen Avraham dit la même chose au nom du Mordekhi, et renvoie comme la Michna Beroura à Yoré Déa, siman 344.

« ובמרדכי כתוב שלא ללמוד כונתו שלא ללמוד בחברותה אבל שנים שנים לומדים בבתיהם » (מג״א רצ״ב ס״ק ה)

Seconde : l’usage ne vise qu’un moment précis. Au ס״ק ט, la Michna Beroura restreint « entre Minha et Arvit » au temps qui touche à la nuit, et tire de là l’usage de faire la deracha avant Minha.

« היינו כשהוא סמוך לחשיכה ולכן המנהג לדרוש קודם מנחה ואם נמשכה הדרשה עד סמוך לחשיכה אזי לא יאמרו פרקים או שיר המעלות כדי שיוכלו לקיים סעודה ג׳ בזמנה » (מ״ב רצ״ב:ט)

Elle va plus loin encore. Après avoir rapporté au nom du Eliya Rabba que le Maharal de Prague fut vu plus d’une fois faisant deracha entre Minha et Arvit, elle conclut à la pratique de son temps.

« וע״כ נראה דבזמנינו אין למנוע זה כידוע שמצוי בעו״ה באיזה מקומות שעוסקין אז כמה אנשים בבהמ״ד בשיחה בטלה ובודאי טוב יותר לשמוע אז דברי מוסר כדי שלא יבואו לזה » (מ״ב רצ״ב:ט)

יסוד. L’usage est un usage de mémoire, pas un din. C’est pourquoi l’appareil peut, sans se contredire, le maintenir dans son principe et en réduire la portée : étude en groupe écartée, étude à deux maintenue, derecha déplacée avant Minha, et — quand l’alternative est la conversation vaine — préférence donnée aux paroles de moussar. Aucune de ces phrases ne serait possible s’il s’agissait d’un interdit.

9. Pirké Avot en été, Chir HaMaalot en hiver

La glose du Rama ne s’arrête pas à ce qu’on ne fait pas : elle dit ce qu’on fait à la place.

« אבל אומרים פרקי אבות בקיץ ושיר המעלות בחורף וכל מקום לפי מנהגו » (רמ״א או״ח רצ״ב:ב)

Ce que le Rama oppose, et ce qu’il n’oppose pas. Il oppose « fixer une maison d’étude » à « dire » des Pirké Avot ou des Chir HaMaalot : l’un est une séance d’étude, l’autre une récitation. Il oppose aussi l’été à l’hiver. Ce qu’il n’oppose pas, c’est un usage achkénaze à un usage séfarade : dans sa glose, les deux récitations sont le même usage à deux saisons, et il termine en renvoyant chaque lieu à sa coutume.

Le Tour, lui, nomme bien une différence entre Achkénaz et Sefarad — mais elle porte sur l’heure, non sur la saison.

« ונוהגין באשכנז לומר פרקי אבות במנחה וכ״כ רב עמרם ובספרד אומרים אותם בשחרית » (טור או״ח רצ״ב)

En Achkénaz à Minha, et Rav Amram écrit de même ; en Sefarad à chaharit. Faire des Chir HaMaalot un usage séfarade, c’est confondre ces deux partages.

Les deux corpus. Les Pirké Avot comptent six chapitres, dont le dernier — קנין תורה — est une baraïta jointe à la michna : un chapitre par Chabbat, le cycle recommençant tant que dure la saison. Les Chir HaMaalot sont les Tehilim 120 à 134, soit quinze chapitres, tous ouverts par ces mots.

נפקא מינה. La Michna Beroura au ס״ק ט place ces récitations après la seouda chelichit dans l’ordre des priorités : si la derecha s’est prolongée jusqu’au bord de la nuit, on ne dit ni les perakim ni les Chir HaMaalot, afin que la seouda chelichit soit faite en son temps (voir la citation en section 8).

10. Nafka minot pratiques et ligne de décision

QuestionCe que porte la source
Source de la lectureTakana d’Ezra — Bava Kamma 82a
Nombre de montantsTrois, et on n’en retranche ni n’en ajoute (Tour, au nom de la michna de Meguila)
Nombre de versetsDix, dans la paracha suivante (שו״ע או״ח רצ״ב:א)
Yom tov tombant un ChabbatLa paracha du cycle, non celle du yom tov (שו״ע או״ח רצ״ב:א ; מ״ב ס״ק ה)
ואני תפלתי à Minha de yom tovOn ne le dit pas — Michna Beroura et Magen Avraham s’accordent (מ״ב ס״ק ב ; מג״א ס״ק א)
ואני תפלתי sans séfer Torah, ou seulMa’hloket : la Michna Beroura rapporte l’usage de le dire (מ״ב ס״ק ב) ; le Magen Avraham, au nom du Rivach, écrit de ne pas le dire (מג״א ס״ק ב)
צדקתךOn le dit, sauf un jour qui, en semaine, n’aurait pas porté la nefilat apayim à Minha — y compris lorsque c’est le lendemain qui l’empêche (שו״ע או״ח רצ״ב:ב ; מ״ב ס״ק ז)
Fixer une étude entre Minha et ArvitUsage de s’en abstenir, et non un interdit ; seule l’étude en groupe est visée (רמ״א רצ״ב:ב ; מ״ב ס״ק ח)
Pirké Avot en été, Chir HaMaalot en hiverGlose du Rama, « chaque lieu selon son usage » ; on ne les dit pas si la derecha a mené au bord de la nuit (רמ״א רצ״ב:ב ; מ״ב ס״ק ט)

היסוד הקובע. Deux seifim, et deux logiques distinctes qu’il vaut mieux ne pas fondre l’une dans l’autre. Le seif 1 relève de la takana d’Ezra : une lecture instituée pour ceux que la semaine empêche, qui appartient au cycle de la paracha et que le yom tov ne déplace pas. Le seif 2 relève du souvenir : Tsidkatekha et l’usage de ne pas fixer d’étude ont, dans le Tour, une seule et même raison. Ce qui les tient ensemble, c’est l’heure — que la Michna Beroura nomme, au ס״ק ו et au nom du Bayit Hadach, בשעתא דעת רצון.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères de mémoire et règles d’usage.
Niveau 4 — Daat HaRav : la shita de l’Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman רצ״ב · Niveau 2 — Lamdan
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