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DAAT · NIVEAU 4 — HALAKHA LEMA'ASSE / PSAK

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 103 — Un goût qui gâte (נותן טעם לפגם) ne rend pas le mélange interdit — Psika lema'asse
סימן ק״ג · הלכה למעשה
דין נותן טעם לפגם
פסק המחבר והרמ״א · הכרעת נושאי הכלים · פסיקת הספרדים והאשכנזים בזמננו
⚖️ פסק הלכה ולמעשה ⚖️
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Halakha lema'asse — la psika pratique

Du psak du Mehaber et du Rama, à l'arbitrage du Shach, du Taz, du Pri Megadim
et du Pithei Teshuva, jusqu'aux poskim séfarades et ashkénazes contemporains

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״ג (ז' סעיפים)
עם נושאי הכלים: ש״ך, ט״ז, פרי מגדים, פתחי תשובה

⚠ Avertissement de niveau :
Ce niveau n'est pas « Daat HaRav » : le Choulhan Aroukh HaRav
(Admour HaZaken) ne couvre pas le Yoreh De'ah, donc pas le Siman 103.
C'est un niveau de psika pratique : ce que l'on fait, et à qui demander.

Rédaction et iyun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

Comment lire ce niveau. Chaque affirmation est ancrée soit dans le texte du Choulhan Aroukh et de ses nossei kelim (Shach, Taz, Pri Megadim, Pithei Teshuva), soit dans une responsa nommée des poskim contemporains. Sur le Yoreh De'ah, il n'y a ni Mishna Berurah (qui ne commente que l'Orach Chaim), ni Choulhan Aroukh HaRav / Daat HaRav (l'Admour HaZaken n'a pas écrit le YD). Toute application concrète (lema'asse) se conclut par le renvoi à ton Rav : les cas réels mêlent des détails de fait (l'interdit a-t-il une substance ou seulement un goût, la marmite est-elle בת יומה, a-t-elle été rincée, y a-t-il un דבר חריף) que seul un posek voyant ta situation peut trancher.

📑 תוכן העניינים

  1. שורש הסימן — מקור נטל״פ מן הגר (סעיף א')
  2. פסק המחבר והרמ״א — מסגרת ההלכה בז' סעיפים
  3. נטל״פ מותר ובריה לא בטלה — (סעיף א')
  4. שיעור הפגם, רוב וממשות — ולא לשבח ולא לפגם אסור (סעיף ב')
  5. משביח ולבסוף פוגם והקדירה — נ״ט בר נ״ט דהיתרא (סעיף ב')
  6. פוגם בסיוע מלח ותבלין — (סעיף ג')
  7. שמן ודבש של עכו״ם — (סעיף ד')
  8. קדירה אינה בת יומה — הדחה וס' כנגד הדבוק (סעיף ה')
  9. דבר חריף בקדירה שאינה בת יומה — חורפיה משבח (סעיף ו')
  10. בשר בחלב ומים, חתיכה נעשית נבילה — לינה (סעיף ז')
  11. פסיקת הספרדים והאשכנזים בזמננו
  12. סיכום מעשי וטבלאות — ולמעשה, שאל את רבך

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — Seif Alef

כָּל דָּבָר שֶׁטַּעְמוֹ פָּגוּם — אֵינוֹ אוֹסֵר תַּעֲרֻבְתּוֹ. וַאֲפִלּוּ אֵין טַעְמוֹ פָּגוּם מֵחֲמַת עַצְמוֹ, שֶׁבִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא מֻטְעָם וּמְשֻׁבָּח, אֶלָּא שֶׁפּוֹגֵם תַּעֲרֻבְתּוֹ — מֻתָּר.

הגה : מִיהוּ דְּבָרִים חֲשׁוּבִים כְּמוֹ בְּרִיָּה וְכַיּוֹצֵא בָּהּ, אַף עַל פִּי שֶׁפּוֹגְמִים — אֵינָם בְּטֵלִים אֲפִלּוּ בְּאֶלֶף (או״ה כלל ל״ב).

נותן טעם לפגם. Toute chose dont le goût est gâté (טעמו פגום) n'interdit pas son mélange. Et même si son goût n'est pas gâté par lui-même — car en soi elle est savoureuse et excellente — mais qu'elle gâte le mélange [dans lequel elle tombe] → c'est permis.

Rama : toutefois des choses importantes comme une בריה ou semblables, bien qu'elles gâtent le mets, ne s'annulent pas même dans mille.

— Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 103:1 · source talmudique : la נבילה « apte au גר » (Houlin, sur le verset de Devarim 14:21) · Sefaria YD 103:1

1. שורש הסימן — la source de נותן טעם לפגם

Le fondement. Le Siman 103 énonce le principe de נותן טעם לפגם (נטל״פ) : un interdit qui ne communique au mélange qu'un goût détérioré, gâté ne le rend pas interdit. Tout le siman décline ce yessod : à partir de quel degré le goût « gâte » assez, le rôle de la substance (ממשות) par opposition au seul goût, le cas du « amélioré puis gâté », la marmite qui « gâte » parce qu'elle n'est pas בת יומה, l'huile et le miel d'un non-Juif, et l'épice piquante qui annule le פגם.
La source du דין (Taz s.k. 1). Le Taz tire נטל״פ du verset לֹא תֹאכְלוּ כָל נְבֵלָה לַגֵּר אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ תִּתְּנֶנָּה : la נבילה apte au גר (au résident étranger, à qui on peut la donner) est nommée נבילה ; celle qui ne l'est plus — gâtée, immangeable — n'a plus le statut de נבילה. Un interdit qui ne communique qu'un goût gâté est donc comme une נבילה devenue impropre : il n'interdit pas. Le Taz pose ainsi le cadre טעם / רוב qui gouverne le seif 2.

Pourquoi « même si son goût n'est pas gâté par lui-même »

Le Mehaber prévoit deux cas : (a) une chose intrinsèquement gâtée (par ex. un interdit déjà putréfié) ; (b) une chose savoureuse en soi mais qui, en tombant dans ce mélange précis, le gâte. Dans les deux cas → permis, car ce qui compte est le goût qu'elle donne effectivement au mélange. C'est le pivot pratique du siman : on juge le résultat dans l'assiette, non l'interdit en lui-même.

2. פסק המחבר והרמ״א — la carte du siman

Le Siman 103 compte 7 seifim. Le Mehaber pose la trame de נותן טעם לפגם — quand le goût gâté permet, et quand il ne permet pas (substance majoritaire, amélioré-puis-gâté, דבר חריף) ; le Rama (הגה) glose surtout sur la בריה, l'huile et le miel, et la marmite בב״ח. Voici la carte d'ensemble, telle qu'elle ressort du texte lui-même.

SeifSujetPsak (ancré dans le texte)
1נטל״פ מותרTout ce dont le goût est gâté n'interdit pas son mélange ; même savoureux en soi, s'il gâte le mélange → permis. Rama : une בריה (ou chose importante semblable), même gâtée, ne s'annule pas même dans mille (או״ה כלל ל״ב).
2degré du פגם ; רוב ; השביח ולבסוף פוגם ; la marmitePas besoin de gâter complètement : « gâter un peu » suffit. Yesh mi she'omer : seulement si l'interdit est en petite quantité dans un permis abondant ; interdit abondant / מחצה על מחצה → il faut un פגם total. Mais si l'interdit n'a que du goût (sans substance) → permis même majoritaire. השביח ולבסוף פוגם ou l'inverse → interdit. Rama : la קדירה reste interdite ; כף→2ᵉ mets gâté = la marmite n'est pas interdite ; יורה du miel + pattes d'abeilles → non interdite.
3פוגם בסיוע (מלח / תבלין)Même si l'interdit seul n'a pas la force de gâter mais ne gâte que par le concours du sel ou des épices pilées → c'est néanmoins permis.
4שמן ודבש של עכו״םL'huile et le miel d'un non-Juif, même cuits, sont permis : la viande gâte l'huile (la fait puer), et de même le miel. Rama : י״א que la viande ne gâte que la boisson de miel (משקה הנעשה מדבש), non le miel lui-même ; là où il n'y a pas grande perte → être strict. בשר או חלב dans du vin = נטל״פ → permis.
5קדירה אינה בת יומהToute marmite qui n'est pas בת יומה — son goût est tenu pour gâté, elle n'interdit pas. בת יומה tant que 24 h (מעת לעת) ne se sont pas écoulées depuis la cuisson de l'interdit. À condition d'être rincée (מודחת), sans graisse בעין en surface (sinon = morceau d'interdit non gâté). Yesh matirin même cuit avant rinçage. Rama : 60 contre le collé → tous permettent ; וכן נהוג.
6דבר חריף בקדירה שאינה בת יומהYesh mi she'omer : poivres (פלפלין) dans une marmite d'interdit non בת יומה → tout interdit, car sa force piquante (חורפיה) le rend meilleur [annule le פגם] (tranché par le Beit Yossef).
7בב״ח + eau ; חתיכה נעשית נבילהMarmite imprégnée de viande et de lait qui, avant qu'une nuit ne passe, a chauffé de l'eau → בת יומה jusqu'à 24 h depuis le chauffage de l'eau. Rama : si une nuit a passé → permis ; même règle si une nuit a passé entre viande et lait ; idem pour tous les interdits selon חתיכה נעשית נבילה (cf. siman 92) ; en cas de perte → on permet pour les autres interdits, pourvu qu'il y ait 24 h depuis la cuisson de l'interdit.
כלל הפסק של הסימן :
נותן טעם לפגם מותר — איסור שאינו נותן בתערובת אלא טעם פגום אינו אוסרה. ויסוד אחד החותך את הסימן: ההבחנה בין טעם בלבד (פוגם אף ברוב) ובין ממשות ברוב (צריך פגם גמור) ; וצריך שיפגום מתחילתו ועד סופו ; ודבר חריף או בריה מוציאים מן הכלל.

3. נטל״פ מותר ובריה לא בטלה — le principe et son exception

כל דבר שטעמו פגום אינו אוסר תערובתו. ואפילו אין טעמו פגום מחמת עצמו, שבפני עצמו הוא מוטעם ומשובח, אלא שפוגם תערובתו — מותר.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:א ; הגה: מיהו דברים חשובים כמו בריה וכיוצא בה אינם בטלים אפילו באלף (או״ה כלל ל״ב).
Le Mehaber et le Rama. Le Mehaber pose le principe simple : un goût gâté n'interdit pas, et cela vaut même pour une chose savoureuse en soi qui ne gâte que ce mélange. Le Rama ajoute aussitôt l'exception : une בריה (une créature entière) ou une chose « importante » qui ne s'annule pas (cf. siman 100, 101) — même si elle gâte le mets — ne s'annule pas, même dans mille : ce qui ne s'annule pas par חשיבות ne s'annule pas davantage par le fait d'être gâté.

La בריה gâtée — Taz s.k. 2 et la מחלוקת des acharonim

Lema'asse (נטל״פ et בריה). La règle de base : un interdit qui ne donne au mélange qu'un goût gâté ne l'interdit pas. Mais retiens l'exception du Rama (et, plus sévère encore, du Pithei Teshuva) : une בריה et un דבר שיש לו מתירין ne s'annulent pas, même gâtés. Savoir si l'interdit est une בריה, et s'il est « gâté en lui-même » ou seulement « gâte le mélange », est une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

4. שיעור הפגם, רוב וממשות — לא לשבח ולא לפגם אסור

אין הפגם צריך שיהא פוגם לגמרי עד שלא יהא ראוי לאכילה, אלא אפילו פוגם קצת אינו אוסר. ויש מי שאומר דדוקא איסור מועט בהיתר מרובה ; אבל איסור מרובה בהיתר מועט, ואפילו מחצה על מחצה, אין אומרים נותן טעם לפגם ומותר עד שיפגום לגמרי. ואם אין שם ממשות האיסור אלא טעמו בלבד — מותר.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ב
ConfigurationL'interdit a-t-il une substance ?Mesure du פגם requise
Interdit en petite quantité, permis abondantOui (ממשות)« gâter un peu » (פוגם קצת) suffit → permis
Interdit abondant, ou מחצה על מחצהOui (ממשות)il faut un פגם total (impropre à la consommation)
Interdit sans substance, seulement son goût (טעמו בלבד)Non — goût seul« gâter un peu » suffit, même interdit abondant → permis
לא לשבח ולא לפגם אסור (Shach s.k. 2). Le Shach pose un garde-fou décisif : « gâter un peu » suffit, mais un interdit qui n'apporte ni amélioration ni détérioration (לא לשבח ולא לפגם, aucun goût perceptible) est interdit — il ne bénéficie pas du heter de נטל״פ. Sa preuve : le גיד הנשה, qui n'a pas de goût et requiert pourtant 60 (ירושלמי תרומות). Le Shach précise aussi (s.k. 3) qu'il n'y a pas de distinction נמחה / לא נמחה : טעם כעיקר est דאורייתא, mais un goût gâté n'est pas un טעם véritable.
טעם seul vs ממשות majoritaire (Taz s.k. 3). Toute la distinction du seif tient dans la ממשות. Quand l'interdit n'a que du goût (pas de corps), même majoritaire → נטל״פ permet. Mais quand il a une substance et qu'il est majoritaire (ou מחצה), on craint qu'on profite de la quantité, et il faut un פגם total. Le Taz précise que le ציר (la saumure) est compté comme la substance (כגוף), non comme un simple goût.
Le חוכך — quand la quantité l'emporte sur le goût gâté (Taz s.k. 4). Le Mehaber rapporte un avis qui hésite et durcit (יש מי שחוכך) : si l'interdit a augmenté la mesure du permis au point qu'on en profite davantage par la quantité ajoutée que ce qu'il gâte par le goût → c'est interdit, jusqu'à le rendre immangeable. Le Taz (s.k. 4) ancre ce point : le bénéfice de la quantité peut l'emporter sur le préjudice du goût.

Lema'asse (degré du פגם). Si l'interdit a une substance et qu'il est majoritaire ou moitié-moitié, ne te fie pas à un פגם partiel : il faut un goût complètement gâté. S'il n'a qu'un goût (pas de corps), un פגם léger suffit même majoritaire. Mais attention : aucun goût du tout (לא לשבח ולא לפגם) → interdit, et un interdit qui « profite par la quantité » est interdit. Évaluer la ממשות, le ציר et le rapport quantité/goût est une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

5. משביח ולבסוף פוגם והקדירה — il faut gâter du début à la fin

וכל זה כשפוגם מתחילתו ועד סופו ; אבל אם השביח ולבסוף פוגם, או פוגם ולבסוף השביח — אסור.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ב
מתחילתו ועד סופו (Taz s.k. 5). Le heter de נטל״פ ne vaut que si l'interdit gâte du début à la fin. S'il améliore puis gâte (השביח ולבסוף פוגם) ou gâte puis améliore (פוגם ולבסוף השביח) → interdit : à un moment il a amélioré, et cette amélioration ne disparaît pas. Le Taz (s.k. 5) illustre par le vinaigre de יין נסך tombé dans des גריסין (gruaux) : il améliore d'abord puis se gâte — donc interdit.

La marmite, la cuillère et la chaudière (Rama, seif 2)

Pithei Teshuva (s.k. 3) : rapporte le Noda BiYhuda (ל״א, mahadoura kama YD 31) sur un cas voisin — du vin cuit dans une marmite בב״ח בת יומה et remué avec une cuillère חולבת (laitière) : analyse du goût transmis et du statut du vin. Détail de psak à connaître, à ne pas trancher seul.

Lema'asse (amélioré-puis-gâté et la marmite). Le heter de נטל״פ tombe dès que l'interdit a amélioré à un moment quelconque, même si le résultat final est gâté. Et même quand le mets est permis, la marmite, elle, peut rester interdite : pour la cuisson suivante dans les 24 h, on raisonne en 60 contre le 1ᵉʳ interdit. Reconnaître si l'interdit « améliore puis gâte », et le statut de la cuillère (נ״ט בר נ״ט), est une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

6. פוגם בסיוע מלח ותבלין — l'interdit qui ne gâte qu'avec une aide

אפילו אין האיסור פוגם מצד עצמו אלא על ידי דבר אחר, כגון איסור שנפל לקדירה שיש בה מלח או תבלין כתושים הרבה, ובלא המלח והתבלין לא היה כח באיסור לפגום — אף על פי כן מותר.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ג
Du moment qu'en fait il gâte (Shach s.k. 12). Même si l'interdit seul n'a pas la force de gâter, et qu'il ne gâte que par le concours du sel ou des épices pilées abondantes déjà présentes → c'est néanmoins permis, car ce qui compte est le résultat effectif. Le Shach (s.k. 12) ajoute que l'inverse est vrai aussi : si l'interdit améliore seul mais que, joint au sel/aux épices, il finit par gâter → on suit également le résultat final. On juge l'effet réel sur le mélange, non la force intrinsèque de l'interdit.

Lema'asse (le פגם par aide). Le critère est le goût effectivement obtenu dans le mets : si, en fait, l'ensemble est gâté — même grâce au sel ou aux épices — נטל״פ permet. Savoir si le résultat est réellement gâté « du début à la fin » (et non « amélioré puis gâté ») reste une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

7. שמן ודבש של עכו״ם — l'huile et le miel d'un non-Juif

שמן ודבש של עובד כוכבים, אף על פי שנתבשלו, מותרים, מפני שהבשר פוגם השמן ומסריחו, וכן הדבש.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ד ; הגה: וי״א דאין הבשר פוגם הדבש עצמו אלא המשקה הנעשה מדבש (מהרי״ל), ובמקום שאין הפסד מרובה יש להחמיר. ובשר או חלב ביין הוי נ״ט לפגם ומותר.

L'huile et le miel — la מחלוקת (Shach s.k. 13-14)

Taz (s.k. 7) : sur le miel, le Taz rapporte la question du Beit Yossef — on cuit parfois le miel avec de la viande et le résultat est excellent (par les épices, les oignons), ce qui paraît contredire le נטל״פ ; et la מחלוקת Mordechai / Maharil sur le miel lui-même vs la boisson de miel. À méditer avant toute application.
Pithei Teshuva (s.k. 6) : sur du lait dans du vin (חלב ביין) — מחלוקת selon la nature du goût communiqué : צירה (qui pique/aigrit) vs קמץ (qui resserre) ; le Beit Yehuda tient que dans les deux cas c'est un נטל״פ → permis.

Lema'asse (huile, miel, vin). Le Mehaber permet l'huile et le miel d'un non-Juif comme נטל״פ. Mais le Rama distingue le miel lui-même de la boisson de miel, et demande la rigueur là où il n'y a pas de grande perte ; et la nature exacte du goût (לשבח / לפגם) dans l'huile vs le miel fait l'objet d'une longue מחלוקת. Trancher un cas réel (quel produit, cuit avec quoi, quelle perte) passe par ton posek — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

8. קדירה אינה בת יומה — la marmite non « de son jour »

כל קדירה שאינה בת יומה, טעמה פגום ואינה אוסרת. ואינה נקראת בת יומה אלא כל זמן שלא שהתה מעת לעת מאחר שבישלו בה האיסור ; ובלבד שתהא מודחת, שלא יהא עליה שומן בעין.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ה
La clé pratique : 24 h (מעת לעת). Une marmite n'est בת יומה que tant que 24 heures ne se sont pas écoulées depuis qu'on y a cuit l'interdit. Passé ce délai, le goût qu'elle a absorbé est tenu pour gâté (פגום), et si l'on y cuit alors → le mets est permis (נטל״פ). C'est la clé pratique de tout le sujet des ustensiles non cachères « non utilisés depuis 24 h » : leur goût résiduel est réputé détérioré.
La condition du rinçage et le שומן בעין (Taz s.k. 8). Ce heter ne vaut qu'à condition que la marmite soit rincée (מודחת), sans graisse בעין (visible, en nature) à sa surface : car une graisse en nature est comme un morceau d'interdit non gâté et interdit. Le Taz (s.k. 8) souligne qu'une graisse בעין ne se gâte jamais, même après plusieurs jours (Rashba contre le Ran — on tient comme le Rashba). Le Mehaber rapporte aussi un יש מתירין même si on a cuit avant de rincer.
60 contre le collé (Shach s.k. 15-16). Le Rama ajoute : s'il y a 60 contre ce qui est collé (הדבוק) dessus, tous permettent, puisque la marmite n'est pas בת יומה — « וכן נהוג ». Le Shach (s.k. 15-16) développe : la marmite doit être rincée ; et il conteste le Maharshal qui durcissait — pour le Shach, 60 contre le résidu collé suffit bien lorsque la marmite n'est pas בת יומה.

Lema'asse (אינה בת יומה). Retiens les deux conditions : (1) 24 h pleines écoulées depuis la cuisson de l'interdit (alors le goût est « gâté ») ; (2) marmite rincée, sans graisse en nature en surface, et 60 contre tout résidu collé. Cela ne dispense évidemment pas de la הגעלה requise par ailleurs pour cachériser un ustensile : ici on parle du statut du mets cuit par accident dans une telle marmite. Évaluer « בת יומה ou non », « rincée », « graisse בעין », « 60 contre le collé » est une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

9. דבר חריף בקדירה שאינה בת יומה — le piquant annule le פגם

יש מי שאומר שאם נתן פלפלין בקדירה של איסור שאינה בת יומה — הכל אסור, מפני שחורפיה משבח.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ו
חורפיה משבח (Taz s.k. 9). Si l'on met des poivres (פלפלין) — ou un דבר חריף (chose piquante) — dans une marmite d'interdit même non בת יומה, tout est interdit : sa force piquante (חורפיה) « rend meilleur » et transforme le goût gâté en goût amélioré, annulant le bénéfice de נטל״פ. C'est tranché par le Beit Yossef. Le Taz (s.k. 9) précise qu'il faut un רוב חריף (une majorité piquante) pour produire cet effet, et renvoie aux lois du דבר חריף aux simanim 95:2 et 96.

Lema'asse (דבר חריף). La présence d'un élément piquant (poivre, ail, oignon fort, citron, etc.) renverse le raisonnement : il « réveille » et améliore le goût absorbé, et le heter de la marmite non בת יומה tombe — tout devient interdit (sous réserve d'un רוב חריף). C'est un piège pratique fréquent dans les cuisines réelles. Qualifier un aliment de דבר חריף, et apprécier le רוב חריף, relève des simanim 95-96 et de ton posek — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

10. בשר וחלב ומים, חתיכה נעשית נבילה — et la לינה

קדירה בלועה מבשר ומחלב שנתבשלו בה זה אחר זה, ובתוך מעת לעת הוחמו בה מים — הרי היא כבת יומה עד שיעבור מעת לעת מששפת בה את המים.

— שולחן ערוך יו״ד ק״ג:ז ; הגה: אבל אם עברה לינה — מותר ; וכן אם עברה לינה בין בישול הבשר לחלב ... וכן הדין בשאר איסורים, מטעם חתיכה נעשית נבילה (עיין סימן צב).
בב״ח : on recompte les 24 h depuis l'eau (Taz s.k. 10-11). Une marmite imprégnée de viande et de lait (cuits ensemble ou l'un après l'autre) qui, avant qu'une nuit ne passe, a servi à chauffer de l'eau → est tenue pour בת יומה jusqu'à ce que 24 h s'écoulent depuis le chauffage de l'eau. Pourquoi ? Parce qu'en בב״ח, dès que la marmite est interdite, l'eau qu'on y chauffe dans les 24 h devient comme נבילה (חתיכה נעשית נבילה) : on repart donc d'un nouveau « jour ». Le Taz (s.k. 10-11) développe ce חנ״נ propre au בב״ח, et son rapport au siman 92.

Le Rama, la לינה, et les autres interdits

Pithei Teshuva (s.k. 2) : sur le 2ᵉ mets cuit dans une telle marmite — מחלוקת. Le כנסת יחזקאל l'interdit (au nom du חנ״נ : le 2ᵉ mets devient lui-même נבילה) ; le גבעת שאול le permet, au principe que אין הנאסר חמור מהאוסר (le rendu-interdit n'est pas plus grave que ce qui l'a interdit). Le Pithei Teshuva tranche permis.

Lema'asse (בב״ח, eau, לינה). En viande-lait, le compteur des 24 h se réarme à chaque réabsorption (l'eau chauffée devient comme נבילה) ; mais une nuit qui passe (לינה) « gâte » et permet. Pour les autres interdits, le Shach tient les 24 h depuis la cuisson de l'interdit, et allège en מקום הפסד. Reconstituer la séquence exacte (viande puis lait, eau chauffée, nuit écoulée) est une question de fait — Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

11. פסיקת הספרדים והאשכנזים בזמננו — la psika contemporaine

Note de méthode. Les responsa qui suivent (Yabia Omer, Yehavé Daat, Yalkout Yossef, Or LeTzion ; Iggrot Moshe et acharonim ashkénazes) prolongent les principes du siman 103 ci-dessus pour des cas modernes. Elles ne figurent pas dans le corpus du siman ; elles sont citées comme courants de psika reconnus, à confirmer auprès d'un Rav avant toute application.

Séfarades. La psika séfarade (école du Rav Ovadia Yossef, Rav Ben-Tzion Abba Chaoul) part exactement de la trame du Mehaber : נטל״פ permet, et l'on s'appuie volontiers sur l'אינה בת יומה (24 h + rincée) et sur le נ״ט בר נ״ט pour alléger en pratique, surtout en הפסד מרובה. L'école séfarade est connue pour s'appuyer sur le נטל״פ là où l'usage ashkénaze durcit ; mais elle retient pleinement les exceptions du texte : la בריה qui ne s'annule pas, le דבר חריף qui annule le פגם, et l'exigence d'un פגם מתחילתו ועד סופו.
Ashkénazes. La psika ashkénaze part du Rama et des acharonim (Hokhmat Adam, Aroukh Hachoulhan YD, et pour le XXᵉ siècle l'Iggrot Moshe). Deux traits du Rama dominent ici : (1) la בריה et le דבר שיש לו מתירין ne s'annulent pas, même gâtés (renforcé par le Pithei Teshuva) ; (2) l'attention au שומן בעין et au 60 contre le collé pour la marmite אינה בת יומה. Sur בב״ח + eau, l'usage suit le חנ״נ et la לינה, avec l'allègement du Shach en מקום הפסד.
Cas concretOrientation (séfarade / ashkénaze, à vérifier)
Mets cuit dans une marmite non utilisée depuis 24 hנטל״פ → permis, à condition rincée et sans graisse בעין ; 60 contre le collé. (Ne dispense pas de la הגעלה pour cachériser l'ustensile.)
Interdit majoritaire avec substance (ממשות)Il faut un פגם total ; un פגם partiel ne suffit pas (seif 2).
Présence d'un דבר חריף (poivre, ail, citron)Le piquant annule le פגם → tout interdit (seif 6, renvoi 95:2, 96).
בריה / דשיל״מ même gâtésNe s'annulent pas, même dans mille (Rama, PT s.k. 1).
Marmite בב״ח ayant chauffé de l'eau, puis לינהAprès une nuit → permis ; sinon on recompte 24 h depuis l'eau (חנ״נ ; Shach allège en מקום הפסד).
Ancrage dans le siman. Tout ceci découle du texte : נטל״פ מותר (seif 1), la distinction טעם / ממשות et לא לשבח ולא לפגם (seif 2), le פגם par aide (seif 3), l'huile et le miel (seif 4), l'אינה בת יומה rincée et 60 contre le collé (seif 5), le דבר חריף (seif 6), et le בב״ח + eau / חתיכה נעשית נבילה (seif 7). Les responsa contemporaines appliquent ces règles aux cuisines d'aujourd'hui.
Habad — uniquement par des sources réelles. Le Choulhan Aroukh HaRav ne couvre pas le Yoreh De'ah ; il n'y a donc pas de « Daat HaRav » sur le siman 103. Pour la pratique Habad sur ces questions, on se réfère aux responsa du Tzemach Tzedek et au Sefer HaMinhagim Habad lorsqu'ils traitent explicitement d'un point — et l'on s'abstient d'attribuer à l'Admour HaZaken un psak qu'il n'a pas écrit ici.

12. סיכום מעשי — récapitulatif et tableaux

טבלה — נותן טעם לפגם, en pratique

CasMesure / règleNote
Goût gâté communiqué au mélangeנטל״פ → permisMême savoureux en soi s'il gâte ce mélange (seif 1)
Interdit avec substance, majoritaire / מחצהIl faut un פגם totalטעם seul → permis même majoritaire (seif 2)
Aucun goût (לא לשבח ולא לפגם)InterditPreuve du גיד qui requiert 60 (Shach s.k. 2)
Amélioré puis gâté (ou l'inverse)InterditDoit gâter מתחילתו ועד סופו (Taz s.k. 5)
Marmite אינה בת יומה (24 h), rincéePermis (נטל״פ) ; 60 contre le colléPas de graisse בעין en surface (Taz s.k. 8)
Présence d'un דבר חריףInterdit (חורפיה משבח)Il faut un רוב חריף (Taz s.k. 9, 95:2)
בריה / דשיל״מ même gâtésNe s'annulent pas, même באלףRama ; PT s.k. 1
Marmite בב״ח + eau, sans לינה24 h depuis l'eau (חנ״נ)Après une nuit → permis (Shach s.k. 18-19)

טבלה — qui dit quoi (nossei kelim du siman)

PosekApport décisif (ancré corpus)
Mehaber (seifim 1-7)נטל״פ מותר ; degré du פגם et רוב/ממשות ; השביח ולבסוף פוגם ; פוגם בסיוע ; שמן ודבש ; אינה בת יומה + rinçage ; דבר חריף (יש מי שאומר) ; בב״ח + eau.
Rama (הגה)בריה / דבר חשוב ne s'annule pas même באלף (seif 1) ; la קדירה reste interdite, כף = נ״ט בר נ״ט, יורה sans goût (seif 2) ; miel lui-même vs boisson de miel, viande/lait dans le vin (seif 4) ; 60 contre le collé — וכן נהוג (seif 5) ; לינה et חנ״נ pour tous les interdits (seif 7).
Shach (Siftei Kohen)s.k. 1 (בריה/חה״ל/דבר שבמנין gâtés en eux-mêmes) ; s.k. 2 (לא לשבח ולא לפגם → interdit, preuve du גיד) ; s.k. 3 (pas de נמחה/לא נמחה ; טעם פגום ≠ טעם) ; s.k. 12 (פגום par aide, et l'inverse) ; s.k. 13-14 (שמן נ״ט לשבח, דבש נטל״פ) ; s.k. 15-16 (rincée ; 60 contre le collé, conteste le Maharshal) ; s.k. 18-19 (בב״ח, חנ״נ non concédé, לינה) ; s.k. 20 (מקום הפסד).
Taz (Turei Zahav)s.k. 1 (source נטל״פ du גר ; cadre טעם/רוב) ; s.k. 2 (בריה gâtée en elle-même s'annule, sinon non) ; s.k. 3 (ציר = כגוף) ; s.k. 4 (le חוכך : profit de la quantité > le gâté) ; s.k. 5 (השביח ולבסוף פוגם — חומץ יין נסך) ; s.k. 6 (כף→קדירה = נ״ט בר נ״ט דהיתרא) ; s.k. 7 (le miel, question du B״Y) ; s.k. 8 (graisse בעין ne se gâte pas) ; s.k. 9 (חורפא, רוב חריף, 95:2) ; s.k. 10-11 (בב״ח + eau, חנ״נ, לינה).
Pri Megadim (פר״מ)Sur l'annulation des דברים חשובים et le דשיל״מ gâté — position discutée par le Pithei Teshuva (s.k. 1).
Pithei Teshuva (פתחי תשובה)s.k. 1 (בריה même gâtée לא בטלה — פנים מאירות, חות יאיר, תפארת למשה ; דשיל״מ פגום לא בטיל, contre le Pri Megadim) ; s.k. 2 (2ᵉ mets : כנסת יחזקאל interdit vs גבעת שאול permis — PT tranche permis) ; s.k. 3 (Noda BiYhuda ל״א, vin + cuillère חולבת) ; s.k. 6 (חלב ביין — צירה vs קמץ ; Beit Yehuda).

טבלה — courants de psika contemporains (hors corpus, à vérifier)

Séfarades : école du Rav Ovadia Yossef (Yabia Omer, Yehavé Daat), Yalkout Yossef ; Or LeTzion (Rav Ben-Tzion Abba Chaoul). Prolongent le Mehaber : נטל״פ permet, appui sur l'אינה בת יומה (24 h + rincée) et le נ״ט בר נ״ט, surtout en הפסד מרובה ; mais retiennent la בריה, le דבר חריף et l'exigence d'un פגם מתחילתו ועד סופו.
Ashkénazes : Iggrot Moshe (Rav Moshe Feinstein) et acharonim (Hokhmat Adam, Aroukh Hachoulhan YD). Prolongent le Rama : בריה / דשיל״מ ne s'annulent pas même gâtés, attention au שומן בעין et au 60 contre le collé, חנ״נ et לינה en בב״ח.
Habad : pas de Choulhan Aroukh HaRav sur le YD. On ne cite que des sources réelles — responsa du Tzemach Tzedek, Sefer HaMinhagim — quand elles traitent explicitement le point.

Liens Sefaria (texte et nossei kelim)

Choulhan Aroukh YD 103 : 103:1 · 103:2 · 103:5 · 103:7
Shach (Siftei Kohen) : 103 s.k. 2 · 103 s.k. 15 · 103 s.k. 18
Taz (Turei Zahav) : 103 s.k. 1 · 103 s.k. 9
Pithei Teshuva : 103 s.k. 1 · 103 s.k. 2

👈 הלכה למעשה — la règle d'or de ce niveau

  1. Sur le fond, retiens le yessod : נותן טעם לפגם מותר — un goût gâté n'interdit pas — avec la distinction-clé entre un interdit qui n'a qu'un goût (פגום léger suffit) et un interdit en substance majoritaire (פגם total requis).
  2. En pratique, une marmite אינה בת יומה (24 h, rincée, 60 contre le collé) « gâte » et n'interdit pas — mais un דבר חריף annule ce פגם, et un mets « amélioré puis gâté » reste interdit.
  3. Garde en tête les exceptions : la בריה et le דבר שיש לו מתירין ne s'annulent pas même gâtés ; en בב״ח, l'eau chauffée réarme les 24 h, et la לינה permet.
  4. Et pour tout cas réel — substance ou goût, בת יומה ou non, présence d'un piquant, séquence בב״ח — la halakha lema'asse passe par ton Rav. Pour l'application à ta situation, consulte ton Rav.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
פסק והלכה למעשה בדין נותן טעם לפגם · סימן ק״ג · ⚖️ Niveau 4 — Halakha lema'asse
⚠️ Ce contenu est à but d'étude. Les courants de psika contemporains cités (séfarades et ashkénazes) sont des repères, non un psak personnel. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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