Siman 114 — Niveau Lamdan : la bière du non-Juif, le vin caché, et de combien il s’annule
Ce que la gezeira de ’hatnout atteint vraiment, les trois signes qui débusquent un vin mêlé en secret, et le doute qu’on penche vers la permission — étude et pilpoul
סימן קי״ד
גזרת חתנות על המשקין, יין נסך נסתר, ביטול בששים ודין הספק
Sougya, hakira, shitot des Richonim et des Aharonim, nafka minot
⚡ Pour les lomdim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie
Sougyot, sources, hakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des Aharonim,
nafka minot pour la halakha et examen des shitot
Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קי״ד (י״ב סעיפים)
avec ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), נקודות הכסף, באר היטב et פתחי תשובה
Racines de la sougya, telles que l’appareil du siman les nomme :
עבודה זרה פרק אין מעמידין (שכר של עובד כוכבים משום חתנות) · עבודה זרה ל״ח ע״ב (מים חמים — רש״י, כפי שמביאו הש״ך ס״ק י) · כתובות פרק ב׳ דף כ״ז (מחבואה אחת מצלת על כל הכהנות — כפי שמביאו הט״ז ס״ק י״ג) · שולחן ערוך יו״ד סי׳ קל״ד ס״ה (ביטול יין במים בששה חלקים)
Rédaction :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT
📑 Table des matières
Introduction à la sougya — la bière du non-Juif au titre de ’hatnout, et les deux visages de la gezeira (séif 1)
La hakira de la gezeira — les boissons contre le pain — pourquoi la bière au seul lieu de vente et le pain partout (Taz ס״ק ב)
S’installer ou passer, et le minhag de permettre — קובע עצמו, le Rashal, et le kavi (P’T ס״ק א)
Le vin caché et l’épreuve du prix — ses prix plus chers que le vin, la boutique contre le tonneau (séifim 4–5)
La question du Taz ס״ק ד — soixante contre six, et la réponse des Nekoudot HaKessef — le pôle du pilpoul
קפידא דלא מרע נפשיה — le remède acheté chez l’artisan (séif 5)
Dvar hama’amid et les lies — עביד לטעמיה אפילו באלף לא בטיל (séif 6, P’T ס״ק ה)
Goût qui gâte et guioulé akoum — la graisse de porc sur les chaudrons, l’huile et le miel (séifim 4 et 7)
Le piquant et ce qu’il tire du couteau — conserves, olives, et le siman 96 (séifim 8–9)
Le doute dans les interdits rabbiniques — תלינן לקולא, la majorité et le kavoua (séif 10, Taz ס״ק י״ד)
דיני שכר ושאר משקין של עובד כוכבים. ובו י״ב סעיפים:
כל שכר של עובד כוכבים אחד שכר של תמרים או של תאנים או של שעורים או של תבואה או של דבש אסור משום חתנות ואינו אסור אלא במקום מכירתו אבל אם הביא השכר לביתו ושותהו שם מותר שעיקר הגזרה שמא יסעוד אצלו ולא אסרו אלא כשקובע עצמו לשתות כדרך שאדם קובע בשתייה אבל אם נכנס בבית העובד כוכבים ושתה דרך עראי באקראי מותר וכן מי שלן בבית העובד כוכבים חשוב כביתו ומותר לשלוח בעיר לקנות שכר מהעובדי כוכבים: הגה ויש מתירין בשכר של דבש ותבואה (מרדכי בשם ראבי״ה וב״י בשם תוס׳ והרבה מן האחרונים ואגודה פא״מ ואו״ה כלל מ״ג ד״ו וסמ״ק דף קי״ג) וכן נוהגין להקל במדינות אלו:
(שו״ע יו״ד קי״ד:א)
1. Introduction à la sougya — la bière du non-Juif au titre de ’hatnout
Le fondement — un seul motif, borné de trois côtés
Le siman part d’un motif unique et passe aussitôt à le borner. La bière du non-Juif — de dattes, de figues, d’orge, de blé ou de miel — est interdite au titre de ’hatnout : la crainte que boire ensemble n’amène à la fréquentation, et la fréquentation au mariage. Mais le Mehaber ne laisse pas cette crainte s’étendre. Il en donne le ressort exact — de peur qu’il ne prenne son repas chez lui — et de ce ressort il tire trois bornes : l’interdit ne vaut qu’au lieu où il vend ; il ne vaut que si l’on s’installe à boire comme on s’installe à boire ; et celui qui loge chez le non-Juif est « comme chez lui ». L’interdit ne porte donc pas sur la boisson : il porte sur le repas partagé, au lieu du non-Juif. C’est en cela que cette bière diffère du stam yeinam, qui est interdit par lui-même jusque dans la maison du Juif.
« שעיקר הגזרה שמא יסעוד אצלו » (שו״ע יו״ד קי״ד:א)
« ולא אסרו אלא כשקובע עצמו לשתות כדרך שאדם קובע בשתייה » (שו״ע יו״ד קי״ד:א)
« וכן מי שלן בבית העובד כוכבים חשוב כביתו » (שו״ע יו״ד קי״ד:א)
Une gezeira de lieu, non de substance : les trois bornes ne se contredisent pas, elles disent une seule chose. Ce que les Sages ont craint, ce n’est pas le liquide : c’est la table. La boisson emportée à la maison est permise, celle qu’on boit en passant est permise, et l’hôte qui dort là est déjà sorti du cas puisqu’il ne noue rien de neuf. Et la même retenue vaut du côté des bichoulé akoum : le Chakh (ס״ק א) et le Taz (ס״ק א) expliquent tous deux pourquoi la bière n’y tombe pas — le Chakh parce qu’elle ne vient pas sur la table des rois, et l’un comme l’autre parce que le grain s’annule dans l’eau, comme il s’y annule déjà pour la berakha de שהכל.
« לפי שאינו עולה על שלחן מלכים » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק א)
« ואין בזה איסור משום בישולי עובדי כוכבי׳ כי היכי דהתבואה בטילה לגבי המים לענין ברכה דשהכל » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק א)
La glose du Rama, et le contrepoids du séif 2 : le Rama rapporte qu’« il y a qui permettent » la bière de miel et de blé — au nom du Mordekhaï au nom du Raavyah, du Beit Yossef au nom des Tossafot, de l’Agouda, de l’Issour ve-Heter ha-Arokh et du Semak — et que telle est la coutume « dans ces pays ». Mais le Mehaber pose au séif 2 un garde-fou : là où l’on traite déjà le vin des non-Juifs avec légèreté, la bière redevient interdite. Le Chakh (ס״ק ד) précise l’objet de ce séif 2 : c’est la bière du Juif qui y est interdite, par décret à cause de leur vin.
« ויש מתירין בשכר של דבש ותבואה … וכן נוהגין להקל במדינות אלו » (רמ״א יו״ד קי״ד:א)
« מקום שישראל נוהגין קולא ביין של עובדי כוכבים אף השכר אסור » (שו״ע יו״ד קי״ד:ב)
« של ישראל אסור גזירה אטו יין שלהן » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק ד)
2. La hakira de la gezeira — les boissons contre le pain
C’est l’une des pointes les plus fines du siman, et tout le poids du Taz (ס״ק ב) y est engagé.
La hakira — pourquoi la bière seulement au lieu de vente, et le pain partout : le pain du non-Juif (siman 112), ses cuissons et sa bière viennent tous d’un seul et même motif, משום חתנות. Or le pain est interdit en tout lieu, jusque dans la maison du Juif, tandis que la bière de notre siman n’est interdite qu’au lieu de vente et seulement si l’on s’y installe. Si la racine est une, d’où vient que la branche se partage ?
La réponse du Taz (ס״ק ב) — deux raisons, et la seconde n’est pas de lui : le Taz répond que sur le pain on a été plus sévère « car c’est du pain que l’homme vit », et qu’il faut donc l’éloigner davantage — lui-même explicite aussitôt pourquoi : parce qu’il produit davantage de rapprochement. Puis il apporte une seconde raison, qu’il attribue expressément au Ran et non à lui-même : le pain est מעשה נשים, ouvrage de femmes, et son ’hatnout en est d’autant plus fort. Le même ta’am du Ran se retrouve dans le Baer Hetev (ס״ק ב).
« ובפת החמירו טפי כי על הפת יחיה האדם ובעי ריחוק טפי » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ב)
« פי׳ לפי שעושה קירוב טפי » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ב)
« והר״ן נתן טעם מפני שהפת מעשה נשים אלים חתנות דידיה טפי » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ב)
Ce que la réponse établit : le Taz ne fait pas dépendre la différence du statut de l’aliment mais de la force du rapprochement que chacun produit. Le pain rapproche fortement et tous les jours — on l’interdit partout ; la bière ne rapproche que lorsqu’on s’installe à boire chez celui qui la vend — on ne l’interdit que là. La gezeira est donc graduée, et non uniforme : c’est la même lecture qui permettra, au séif 3, de ne rien décréter du tout sur ce qui n’est pas courant.
3. S’installer ou passer, et le minhag de permettre
ולא אסרו אלא כשקובע עצמו לשתות כדרך שאדם קובע בשתייה אבל אם נכנס בבית העובד כוכבים ושתה דרך עראי באקראי מותר וכן מי שלן בבית העובד כוכבים חשוב כביתו (שו״ע יו״ד קי״ד:א)
יין תפוחים ויין רמונים וכיוצא בהן מותר לשתותו בכ״מ דדבר שאינו מצוי לא גזרו עליו: (שו״ע יו״ד קי״ד:ג)
Le fondement — l’étendue de la gezeira se règle sur la fréquence du rapprochement :
Trois gedarim délimitent le champ :
• S’installer contre passer — seul celui qui s’installe à boire « comme un homme s’installe à boire » vient au rapprochement ; celui qui entre et boit en passant, non.
• Celui qui loge chez lui est comme chez lui — il vit déjà auprès de lui, et ce verre ne noue rien de neuf.
• Ce qui n’est pas courant — cidre, vin de grenades et leurs pareils : on n’a rien décrété du tout, דדבר שאינו מצוי לא גזרו עליו (שו״ע יו״ד קי״ד:ג).
Le minhag de permettre, et la question du kavi (café) — Taz ס״ק ג et Pit’hei Techouva ס״ק א :
Shita
Ce qu’elle dit
Source
Le Rashal, rapporté par le Taz
Le séif 2 ne parle que d’un lieu où l’on est indulgent sur leur vin ; mais là où, de nos jours, on a fait de leur vin une permission entière, il est permis d’y boire de la bière — « seulement qu’il ne boive pas dans sa maison »
ט״ז ס״ק ג
Le Taz, expliquant le Rashal
Là où l’on sait qu’il y a un interdit et qu’on s’en relâche, les Sages ont voulu un signe distinctif ; là où l’on tient la chose pour entièrement permise, il n’y a plus de quoi distinguer, et la gezeira ne porte pas
ט״ז ס״ק ג
Le Bah, tel que le Taz le rapporte — et le refuse
Il lisait le Rashal autrement : d’un Juif interdit, d’un non-Juif permis. Le Taz écrit que cela ne tient pas
ט״ז ס״ק ג
Le Maharit dans le Baer Hetev, et le Peri Hadach סק״ו
Qui était indulgent sur la bière l’est de même pour le kavi (café)
פ״ת ס״ק א
Le Panim Meirot (ח״ב סי׳ ס״ב), aïeul de l’auteur du P’T
Il s’y oppose : le motif de la bière n’était pas l’annulation du grain mais qu’elle ne vient pas sur la table des rois et qu’on ne s’y invite pas ; or le café, « nos yeux le voient », vient sur la table des rois et l’on s’y invite — donc « il convient au ba’al néfesh de ne boire ni kavi ni té d’un non-Juif »
פ״ת ס״ק א
« כתב רש״ל נ״ל דוקא במקום שמקילין קאמר … אבל האידנא שנעשה בקצת מקומות בעו״ה היתר גמור מותר לשתות שם שכר מן עובד כוכבים רק שלא ישתה בביתו » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ג)
« ומו״ח ז״ל נטה הדרך כפי דברי רש״ל הללו לפרשם שמן ישראל אסור ומן העובד כוכבים שרי ואינו מסתבר » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ג)
« אבל בקאוו״י עינינו רואות שעולה על שלחן מלכים ומזמני עלייהו » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק א)
« לכן ראוי לבעל נפש שלא לשתות קאוו״י או טיי״א מעובד כוכבים » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק א)
Où cela conduit aujourd’hui : toute la discussion du Maharit et du Panim Meirot sur le kavi est la racine directe de la question du café, du thé et de la bière bus au comptoir. Les deux avis ne portent pas sur le même point : l’un applique au café le régime de la bière, l’autre conteste que le motif de la bière s’y transporte, puisque le café est honorable et qu’on s’y convie. Et le Panim Meirot lui-même ne formule pas un interdit : il parle de ce qui convient à un ba’al néfesh. Le pilpoul s’arrête là ; la conduite se demande à son Rav.
כל אלו המשקים וכן החומץ של שכר אסור לקנותו מהם אם דמיהם יקרים מדמי היין שאנו חוששים שמא עירב בהן יין (עד שאין ס׳ לבטלו) (מרדכי בשם ראבי״ה) בד״א כשמוכרים בחנות אבל אם רואה שמוציאים אותו מהחבית מותר ולא חיישינן שמא עירב בו יין שאם היה מערב יין בחבית היה מתקלקל: הגה ואע״פ שרגילים למשוח היורות והכלים בשומן חזיר אין לחוש דהוי נתינת טעם לפגם גם בטל בס׳ (ארוך כלל מ״ד ובמרדכי פא״מ) גם אין לחוש אם נתנו משקין אלו בכלים של יין ועי׳ לקמן סימן קל״ז במקום שנהגו לתת דם או שאר איסור לתוך המלח או דיו אם מותר או אסור:
(שו״ע ורמ״א יו״ד קי״ד:ד)
Le fondement — on change de crainte :
À partir d’ici, ce n’est plus la ’hatnout qui inquiète mais le vin mêlé en secret. Trois mesures servent à le débusquer :
• Le prix — si la boisson coûte plus cher que le vin, on craint qu’il n’y ait mêlé du vin, et il est interdit de la leur acheter.
• La boutique contre le tonneau — en boutique on craint ; mais qui voit qu’on la tire du tonneau achète sans crainte, « car s’il mêlait du vin au tonneau il se gâterait ».
• La mesure — et la parenthèse qui fixe le seuil, עד שאין ס׳ לבטלו, n’est pas du Mehaber : Sefaria la rend dans un … à l’intérieur du séif, et elle est donnée au nom du Mordekhaï au nom du Raavyah — c’est elle que le Taz va prendre à partie au ס״ק ד.
Le Chakh (ס״ק ו) ajoute une borne à l’épreuve du prix : même lorsque le vin est cher, s’il améliore notablement la boisson, celle-ci est interdite à cause du vin qui s’y est mêlé.
« אם דמיהם יקרים מדמי היין שאנו חוששים שמא עירב בהן יין » (שו״ע יו״ד קי״ד:ד)
« שאם היה מערב יין בחבית היה מתקלקל » (שו״ע יו״ד קי״ד:ד)
« וה״ה אפילו היין ביוקר אלא שהוא משביח בהם ביותר משום היין שנתערב בו אסור » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק ו)
Ce que vaut l’argument du « il se gâterait » : la permission du tonneau ne repose pas sur une présomption d’honnêteté mais sur un calcul : on ne craint pas la fraude là où elle coûterait au fraudeur. Verser du vin dans le tonneau met en péril tout le tonneau ; en boutique, on vend mesure par mesure et l’on peut fausser une mesure sans rien perdre du reste. Le Taz (ס״ק ה) le dit en une ligne : en boutique cela ne se gâterait pas, parce que le temps y est court. C’est le même ressort qui portera, au séif 5, le לא מרע נפשיה.
« אבל בחנות לא מתקלקל כיון שהוא זמן מועט » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ה)
C’est la question centrale du siman, et le pôle de tout le pilpoul.
L’étonnement du Taz (ס״ק ד) : la parenthèse du séif 4 exige soixante pour annuler le vin mêlé dans ces boissons. Le Taz s’en étonne : nous tenons, au siman 134 séif 5, que du vin tombé dans de l’eau s’annule en six parts. Et il ne s’arrête pas là : il ajoute qu’il en va de même des autres boissons, « car cela est évident, elles annulent le goût du vin plus que l’eau ne l’annule ». Le Beit Yossef et le Darkei Moshe ont bien recopié ici le Mordekhaï au nom du Raavyah — mais, dit le Taz, celui-ci suit les י״מ que le Tour apporte au siman 134, et nous ne tranchons pas comme eux.
« תמהתי למה הצריך ס׳ הא קי״ל בסי׳ קל״ד סעיף ה׳ דיין במים בטל בששה חלקים » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ד)
« וה״ה בשאר משקים דזה פשוט דהם מבטלים טעם היין יותר ממים » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ד)
« דהוא ס״ל כדעת י״מ שמביא הטור סי׳ קל״ד דצריך ס׳ אבל אנן לא קי״ל הכי » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ד)
« ע״כ בודאי גם כאן סגי בששה כן נראה לע״ד » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ד)
« כמה יהא במים ויהא בהם כדי לבטל טעם היין ששה חלקים כנגדו » (שו״ע יו״ד קל״ד:ה)
La ma’hloket telle qu’elle se présente réellement :
Shita
Mesure pour annuler le vin dans ces boissons
Source
Le Mordekhaï au nom du Raavyah, que le Rama apporte ici
Soixante
רמ״א ס״ד
Le Taz
Six — ici comme au siman 134, et il tient pour évident que les autres boissons annulent le goût du vin plus encore que l’eau. Il le redit au ס״ק ו : « pour nous, six suffisent »
ט״ז ס״ק ד וס״ק ו
Les Nekoudot HaKessef (le Chakh sur le Taz)
La difficulté tombe d’elle-même : six ne suffisent que dans l’eau, non dans les autres boissons — et il renvoie à l’Issour ve-Heter ha-Arokh qu’il a apporté au Chakh du siman 134 ס״ק כ״א
נקודות הכסף על ט״ז ס״ק ד
Le Magen Avraham או״ח סי׳ ר״ד ס״ק ט״ז, apporté par le Pit’hei Techouva
Seule l’eau abîme et gâte le vin ; les autres boissons, « peut-être ne le gâtent-elles pas » — et il conclut là-bas que dans les vins d’un Juif, à coup sûr, l’annulation est en soixante
פ״ת ס״ק ב
Le Baer Hetev (ס״ק ז)
Il enregistre les deux : le Taz tranche six, et les Nekoudot HaKessef écrivent qu’il y a lieu de distinguer l’eau des autres boissons
באר היטב ס״ק ז
La réponse des Nekoudot HaKessef : le Chakh, dans ses Nekoudot HaKessef sur ce ס״ק du Taz, écrit que la question ne commence même pas — lo kachya midi : le six du siman 134 n’a jamais été dit que de l’eau, et notre séif parle d’autres boissons. La divergence ne porte donc pas sur une règle d’annulation mais sur un fait : l’eau et les autres liquides se comportent-ils de même à l’égard du goût du vin ? Le Taz tient qu’ils l’annulent davantage ; les Nekoudot HaKessef et le Magen Avraham tiennent que seule l’eau le gâte.
« לק״מ דדוקא במים סגי בששה חלקי׳ משא״כ בשאר משקין » (נקודות הכסף יו״ד קי״ד על ט״ז ס״ק ד)
« וכן מבואר באו״ה הבאתיו בש״ך סימן קל״ד ס״ק כ״א » (נקודות הכסף יו״ד קי״ד על ט״ז ס״ק ד)
« שכתב דדוקא מים שמפסידין ופוגמין היין אבל שאר משקים אפשר שאין פוגמין » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק ב)
« ומ״מ מסיק שם דביינות של ישראל ודאי בטיל בששים » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק ב)
« והט״ז חולק על דין זה ופסק דסגי בששה חלקים כמ״ש בסי׳ קל״ד ס״ה במים » (באר היטב יו״ד קי״ד ס״ק ז)
L’axe, une fois les pièces posées : tout se joue sur la nature du liquide qui reçoit. Si le liquide gâte le vin, le vin n’y est plus tout à fait lui-même et une faible proportion suffit à l’éteindre — six. S’il ne le gâte pas, ou s’il l’améliore, on retombe dans le régime ordinaire du goût — soixante. Le Taz et les Nekoudot HaKessef ne se disputent donc pas une règle : ils se disputent ce que fait la bière à un vin qu’on y verse. Et il faut le noter : la portée de ce désaccord déborde ce séif, puisque le Taz, au ס״ק ו, applique le même six aux lies de vin du séif 6, là où le Rama avait écrit soixante.
La question reste ouverte : le Taz permet avec six, ici et au séif 6 ; les Nekoudot HaKessef, le Magen Avraham et, avec eux, le texte même du Rama, tiennent soixante dès qu’il ne s’agit plus d’eau. Le pilpoul ne la tranche pas, et cette page non plus. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
יין רמונים שמוכרים לרפואה מותר ללקחו מהתגר אפי׳ שלא מהחבית אע״פ שדמיו יקרים מהיין משום דכיון דאית ביה קפידא לא מרע נפשיה (וכן כל דבר שקונים מן האומן דלא מרע נפשיה) (כן משמע מדברי הר״ן פא״מ ומרדכי ר״פ כיצד מברכין):
(שו״ע ורמ״א יו״ד קי״ד:ה)
Le fondement — קפידא דלא מרע נפשיה :
Le vin de grenades vendu comme remède se prend chez le marchand même hors du tonneau et même si son prix dépasse celui du vin. Les deux signes qui accusaient au séif 4 sont ici levés d’un coup, et par un seul motif : la chose a une exigence attachée, et l’homme « n’abîme pas sa propre réputation ». S’il falsifiait et qu’on le découvre, il perdrait son métier. Le Chakh (ס״ק ח) précise en quoi consiste cette קפידא : « s’il s’y mêle du vinaigre et ce qui lui ressemble » — c’est-à-dire que l’acheteur décèlerait la falsification, ce qui est précisément ce qui retient le vendeur.
Une précision d’attribution, et ce qu’elle change : la généralisation « et de même tout ce qu’on achète chez l’artisan, car il n’abîme pas sa réputation » n’est pas du Mehaber : Sefaria la rend dans un … à l’intérieur du séif, entre parenthèses, avec sa référence — « ainsi ressort-il des paroles du Ran au chapitre Ein Ma’amidin et du Mordekhaï au début du chapitre Keitsad Mevarkhin ». C’est donc une glose du Rama. La différence n’est pas d’étiquette : le Mehaber n’énonce, lui, qu’un cas — le remède ; c’est le Rama qui en fait une règle générale sur l’artisan. Et cette règle générale reste un élément de poids, non un permis : elle explique pourquoi un fabricant qui a beaucoup à perdre inspire confiance, elle ne dispense pas de ce que le minhag et les poskim exigent par ailleurs.
« וכן כל דבר שקונים מן האומן דלא מרע נפשיה » (רמ״א יו״ד קי״ד:ה)
צריך ליזהר ולבדוק ולחקור בשכר ובמשקה של דבש שעושים העובדי כוכבים עכשיו אם נותנים בהם שמרים של יין: הגה ואם דרכן ליתן בו שמרים אסור לקנות מהם אם אין במשקה ששים מן השמרים (הב״י בשם תוס׳ ומרדכי) והוא דלא עבידי לטעמיה דלטעמיה אפילו באלף לא בטיל (ארוך כלל כ״ב וב״י ס״ס קל״ד בשם תשובת רשב״א וע״ל סי׳ קכ״ג ס״ק כ״א):
(שו״ע ורמ״א יו״ד קי״ד:ו)
Le fondement — deux règles face à face :
• L’annulation ordinaire — des lies de vin tombées dans la bière, qui n’y donnent qu’un goût incident, s’annulent dans soixante ; c’est ce qu’écrit le Rama, « s’il n’y a pas dans la boisson soixante contre les lies ».
• Ce qui est fait pour le goût — mais si les lies ont été mises pour le goût, elles ne s’annulent plus du tout : והוא דלא עבידי לטעמיה דלטעמיה אפילו באלף לא בטיל(רמ״א יו״ד קי״ד:ו). L’interdit n’est plus un accident de la mêlée, il en est la fin recherchée.
Le Mehaber, lui, n’énonce pas de mesure : il ordonne de vérifier — se garder, examiner et enquêter sur la bière et l’hydromel qu’ils font, pour savoir s’ils y mettent des lies de vin.
« צריך ליזהר ולבדוק ולחקור בשכר ובמשקה של דבש שעושים העובדי כוכבים עכשיו אם נותנים בהם שמרים של יין » (שו״ע יו״ד קי״ד:ו)
« אם אין במשקה ששים מן השמרים » (רמ״א יו״ד קי״ד:ו)
La question du Pit’hei Techouva (ס״ק ה) — pourquoi les lies ne sont pas un ma’amid comme la présure du fromage :
Point de comparaison
Dvar hama’amid (le fromage)
Les lies de vin dans la bière
Ce que l’interdit fait
Il fait prendre le lait, et on le voit : l’interdit est visible à l’œil, puisque le lait caille par lui
Elles font seulement fermenter la bière ; l’interdit n’y est en rien visible
L’annulation
Un ma’amid interdit dans la moindre quantité — voir plus haut siman 87 séif 11
S’il y a soixante, c’est permis ; et seulement si elles n’ont pas été mises pour le goût
Avant et après fermentation
—
Le P’T note qu’il n’y a de différence que pour le goût : l’aspect, lui, reste le même
« אבל אי איכא ס׳ שרי אע״ג דדבר המעמיד אוסר בכל שהוא כדלעיל סי׳ פ״ז סעיף י״א » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק ה)
« מ״מ י״ל דשמרים לא נקרא מעמיד ולא דמי לגבינה דהתם ניכר האיסור בעין שהחלב נקפא מחמתן » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק ה)
« משא״כ הכא שאין האיסור ניכר כלל שהרי השמרים אין עושים רק שהשכר תוסס מחמתן » (פ״ת יו״ד קי״ד ס״ק ה)
Deux gedarim qu’il ne faut pas confondre : un ma’amid ne s’annule jamais parce qu’il est l’agent visible de ce que la mêlée est devenue ; ce qui est עביד לטעמיה ne s’annule pas parce qu’il est ce que l’on a voulu. Le premier tient à l’effet, le second à l’intention. Les lies, dit le P’T, ne sont pas du premier genre ; elles ne tombent dans le second que si on les a mises pour le goût. Et il faut ajouter ici ce que la section précédente a montré : le « soixante » que le Rama écrit dans ce séif est celui-là même que le Taz ramène à six au ס״ק ו — la mesure de ce séif est donc prise dans la même divergence, et elle n’en sort pas tranchée.
Nafka mina — les additifs d’aujourd’hui : un adjuvant interdit ajouté à une boisson pour son goût entre dans le עביד לטעמיה du Rama et ne s’annule pas ; un adjuvant qui ne vise ni le goût ni la prise du liquide reste dans le régime ordinaire de l’annulation — dont la mesure elle-même est en litige, comme on vient de le voir. Cette page n’en tire aucune conduite. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
8. Goût qui gâte et guioulé akoum — graisse de porc, huile et miel
ואע״פ שרגילים למשוח היורות והכלים בשומן חזיר אין לחוש דהוי נתינת טעם לפגם גם בטל בס׳ (רמ״א יו״ד קי״ד:ד)
שמן ודבש של עובד כוכבי׳ מותרים ואינם נאסרים משום בישולי עובד כוכבים ולא משום גיעולי עובד כוכבים וה״ה למים חמים שלהם: (שו״ע יו״ד קי״ד:ז)
Le fondement — deux permissions, et pourquoi il n’y a pas ici de guioulé akoum :
• La graisse de porc dont on enduit les chaudrons — le Rama ne craint pas, et il donne deux motifs plutôt qu’un : c’est un goût qui gâte, et de plus cela s’annule dans soixante.
• L’huile et le miel — ils ne tombent ni sous les bichoulé akoum ni sous les guioulé akoum, et il en va de même de leur eau chaude. Le Taz (ס״ק ז) explique le premier point : ils se mangent tels quels, crus. Et sur le second, lisez bien le sens : ce ne sont pas l’huile et le miel qui gâtent le récipient — c’est la viande et la graisse absorbées dans le récipient qui gâtent l’huile et le miel lorsqu’elles en ressortent. Le Chakh (ס״ק ט) l’écrit dans le même ordre, et ajoute un second motif : d’ordinaire leurs ustensiles ne sont pas « du jour ».
« שהרי נאכל כמו שהוא חי » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ז)
« ולא משום גיעולי עובדי כוכבים דהיינו פליטת הכלי מאיסור שהיה בו מפני שהבשר פוגם את השמן וכן דבש » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ז)
« דנאכלין כמות שהן חיין ולא משום גיעולי עובדי כוכבים דבשר ושומן פוגם בשמן ודבש » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק ט)
« שאין בהן משום בשולי עובדי כוכבים שנאכלין חיין » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י)
Pourquoi le Rama ajoute « et de plus cela s’annule dans soixante » : si le goût gâté suffisait à lui seul, il permettrait même sans soixante, car ce qui donne un goût qui gâte est permis. L’ajout se comprend alors comme un second appui, posé pour le cas où le premier ne serait pas évident — une mince couche passée sur un chaudron gâte-t-elle vraiment ? — de sorte que la permission tienne sans qu’on ait à trancher ce doute-là. La même méthode se lit chez le Chakh au séif 7, qui donne lui aussi deux motifs plutôt qu’un.
9. Le piquant et ce qu’il tire du couteau — conserves et olives
הקפריסין והקפלוטות והחגבים שלהם הכבושים מותרין והוא שרואה שמוציאים אותם מהאוצר אבל הנמכרים בחנות אסורים שמא זילף עליהם יין וכן זיתים שלהם הכבושים מותרים אפי׳ רכים הרבה עד שגרעינתן נשמטת ולא חיישינן שמא זילף עליהם יין ובלבד שלא יהיו חתוכות בסכין שלהם: הגה דמאחר שהם חריפים בלעו מן הסכין אבל אם נכבשו בכלים של עובד כוכבים מותרים דמאחר שיש מים עמהם כבר נתבטל חריפתם וכן כל כיוצא בזה (ב״י בשם א״ח סימן תמ״ז) ועיין לעיל סימן צ״ו:
(שו״ע ורמ״א יו״ד קי״ד:ח)
Le fondement — le piquant et le pouvoir d’extraire :
Une chose piquante possède une force propre : par sa seule âcreté, sans chaleur ni liquide, elle fait sortir ce qu’un ustensile a absorbé et l’absorbe à son tour. De là : des olives coupées avec leur couteau sont interdites, דמאחר שהם חריפים בלעו מן הסכין(רמ״א יו״ד קי״ד:ח).
Mais si elles ont été conservées dans des récipients à eux avec de l’eau, elles sont permises, שיש מים עמהם כבר נתבטל חריפתם(רמ״א יו״ד קי״ד:ח) — l’eau a déjà éteint leur âcreté, et il ne leur reste plus de quoi tirer du couteau. Le Rama renvoie pour tout le détail au siman 96.
Trois craintes distinctes dans ce passage :
La crainte
Ce que dit la source
Référence
Vin aspergé (boutique contre entrepôt)
Permis à qui voit qu’on les sort de l’entrepôt ; interdits s’ils sont vendus en boutique, de peur qu’on n’y ait aspergé du vin
מחבר ס״ח
Et même là où le vin est cher
Le Taz maintient la crainte : on asperge peu de vin, pour leur donner bonne odeur
ט״ז ס״ק ט
Coupées avec leur couteau
Interdites, le piquant tire du couteau ; conservées dans l’eau, leur âcreté est déjà éteinte
רמ״א ס״ח ; סי׳ צ״ו
Ce qui n’a pas coutume de recevoir du vin (séif 9)
Raisins, poisson non découpé, saumure de poissons : permis, ce n’est pas leur usage d’y mettre du vin ou du vinaigre
מחבר ס״ט
« והוא שרואה שמוציאים אותם מהאוצר אבל הנמכרים בחנות אסורים » (שו״ע יו״ד קי״ד:ח)
« ואפילו במקום שהיין ביוקר מכל מקום חיישינן כדי לעשות להם ריח טוב ביין מועט שמזלף » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק ט)
« וכן כל הכבשים שאין דרכם לתת בהם יין וחומץ » (שו״ע יו״ד קי״ד:ט)
Les deux bornes que le Chakh pose sur cette permission : elles sont l’essentiel de la section, et il serait fautif de lire la glose du Rama sans elles. La première (ס״ק י״ב, au nom de l’Issour ve-Heter ha-Arokh) : il ne s’agit que d’olives coupées après avoir été conservées, car c’est alors qu’elles sont piquantes — le même point se lit dans le Baer Hetev (ס״ק י״ג). La seconde (ס״ק י״ג) : que l’eau éteigne l’âcreté ne vaut que si l’eau est en majorité ; si ce sont les olives qui dominent, elles demeurent dans leur âcreté et sont interdites, même si les récipients ne sont pas « du jour », parce que le piquant tourne l’absorbé à l’amélioration. La même mécanique explique, au séif 10, l’interdit du קורט של חלתית : le Chakh (ס״ק ט״ו) et le Taz (ס״ק י״א, au nom de Rachi) y voient l’effet du couteau, non celui du vin.
« דהיינו דווקא שנחתכו לאחר שנכבשו שאז הם חריפים » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ב)
« דוקא שהרוב מים אבל אם הזיתים רוב הרי הן בחריפתן ואסורים » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ג)
« דאע״ג דסתם כלים של עובדי כוכבים אינן ב״י אגב חורפיה דחלתית משוי ליה לשבח » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק ט״ו)
« חלתית הוא מין פרי שקורין בלזר״א וחותכין את קרטיו בסכין ואסור משום שמנונית הסכין » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק י״א)
10. Le doute dans les interdits rabbiniques — תלינן לקולא
אסור ליקח מהם קורט של חלתית וטרית טרופה וחילק דהיינו מיני דגים קטנים מעורבים מפני שדגים טמאים מתערבים עמהם ואינו יכול להפרידם וכבשים שדרך לפעמים שנותנים בהם יין והני מילי לאסור באכילה אבל בהנאה מותר ואם ידוע שהכל נותנים יין אסורים אפילו בהנאה: הגה ומוכרו כולו חוץ מדמי יין נסך שבו (בית יוסף וא״ח בשם רשב״א) ואם ידוע שעובד כוכבים אחד הוא בעיר שאינו מערב בו יין אע״פ ששאר עובדי כוכבים דרכן לערב בו יין מותר ליקח מכולן כל זמן שלא ידוע כן בודאי שעירבו בו דתלינן לקולא שמא לא ערבו בו וכן כל כיוצא בזה באיסורי דרבנן (מרדכי וארוך כלל מ״ד) ואם ידוע שמקצת עובדי כוכבי׳ בודאי נותנים בו יין ומקצתן בודאי אין נותנין בו יין אזלינן בתר רובא דכל דפריש מרובא פריש אבל אסור לקנות מהם בבתיהם דכל קבוע כמחצה על מחצה דמי (ד״ע):
(שו״ע ורמ״א יו״ד קי״ד:י)
Le fondement — trois étages, tous dans un interdit rabbinique :
• On penche vers la permission — s’il se trouve dans la ville ne fût-ce qu’un non-Juif qui n’y mêle pas de vin, il est permis d’acheter chez tous tant qu’on ne sait pas avec certitude qu’ils ont mêlé, דתלינן לקולא שמא לא ערבו בו.
• La majorité — si l’on sait qu’une partie mêle à coup sûr et une autre non, on suit la majorité pour ce qui s’est détaché du lot.
• Le kavoua — mais acheter chez eux, dans leurs maisons, est interdit : ce qui est à sa place fixe compte pour moitié-moitié, et la majorité n’y permet plus rien.
Le Mehaber avait posé avant cela l’échelle des interdits : ce qu’on a coutume d’additionner parfois de vin est interdit à la consommation mais permis au profit ; si l’on sait que tous y mettent du vin, c’est interdit même au profit.
« אבל אסור לקנות מהם בבתיהם דכל קבוע כמחצה על מחצה דמי » (רמ״א יו״ד קי״ד:י)
À quel étage se rattache l’interdit d’acheter chez eux — le Chakh contre une lecture trop rapide : on lirait volontiers la glose du Rama comme si l’interdit de « chez eux » valait pour les deux étages. Le Chakh dit le contraire. Sur תלינן לקולא (ס״ק י״ח) il écrit qu’il est permis d’acheter chez tous y compris dans leurs maisons, puisque de chacun à qui j’achète je puis dire « celui-ci est celui qui n’a pas mêlé » — c’est la מחבואה de Ketoubot qui sauve toutes les kohanot. C’est au ס״ק י״ט, sur אזלינן בתר רובא, qu’il place l’interdit des maisons — et là il est ferme : même lorsqu’on sait que la majorité ne mêle pas, acheter chez eux est interdit, et s’il a pris, c’est interdit. Il ajoute une conséquence que rien dans le séif ne laissait voir : si les vendeurs ont des boutiques, la boutique devient un lieu fixe, et l’on ne dit plus כל דפריש מרובא פריש que lorsque le non-Juif s’en va vendre au marché.
« כלומר ומותר ליקח מכולן אפילו מהן בבתיהן » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ח)
« כיון שאין ידוע בודאי שעירבו אמרי׳ שהאחד שלא עירב מציל על כולם » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ח)
« דאי רוב ודאי מערבים כל הפורש מהן אסור ואם רוב ודאי אין מערבין כל הפורש מהן מותר » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ט)
« אבל אסור לקנות מהן בבתיהן אף על פי שידוע שהרוב ודאי אין מערבין ואם לקח מהן אסור דכל קבוע כמחצה על מחצה » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ט)
« אם העובדי כוכבים המוכרים יש להם חנויות הרי נעשה קבוע בחנויות שלהם » (ש״ך יו״ד קי״ד ס״ק י״ט)
La question du Taz (ס״ק י״ד) et la réponse des Nekoudot HaKessef :
Étape
Ce qui est dit
Source
Le cadre posé par le Taz
Il faut donc que le séif parle de trois sortes : ceux dont il est certain qu’ils mêlent, ceux dont il est certain qu’ils ne mêlent pas, et ceux dont on ne sait rien ; c’est de l’achat chez ces derniers qu’on demande si l’on suit la majorité
ט״ז ס״ק י״ד
Sa kachya
Qu’on décrète alors, de peur qu’il n’aille prendre chez celui qui est à sa place fixe, comme il est dit au siman 110 séif 6 !
ט״ז ס״ק י״ד
Sa réponse, donnée comme un אפשר
Peut-être, dans le stam yeinam où les Sages ont allégé, se sont-ils appuyés sur le Rashba plus haut, qui n’a pas décrété cette crainte
ט״ז ס״ק י״ד
Les Nekoudot HaKessef
La difficulté ne se pose pas : ce qui s’est détaché de soi-même, ou que le non-Juif a pris hors de notre présence, on ne l’a pas décrété même dans un interdit de la Torah
נקודות הכסף על ט״ז ס״ק י״ד
« ע״כ מיירי כאן שיש ג׳ מינים א׳ ודאי מערבי׳ שני ודאי אין מערבין שלישי הם סתם » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק י״ד)
« ויש להקשות נגזור שמא יקח מן הקבוע כדאיתא סי׳ ק״י סעיף ו׳ » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק י״ד)
« ואפשר דבסתם יינם דהקילו בו חכמים סמך ארשב״א דלעיל דלא גזר שמא יקח מן הקבוע » (ט״ז יו״ד קי״ד ס״ק י״ד)
« לק״מ דבפירש ממילא וכן בלקחו עובד כוכבים שלא בפנינו לא גזרינן אפילו באיסורא דאורייתא » (נקודות הכסף יו״ד קי״ד על ט״ז ס״ק י״ד)
Ce que la sougya laisse à celui qui l’applique : le doute sur un vin ajouté à une conserve est un doute dans un interdit rabbinique, et c’est pourquoi il se penche vers la permission ; mais la même sougya donne aussitôt ce qui l’arrête — le kavoua, et, selon le Chakh (ס״ק י״ט), la boutique qui en tient lieu. C’est entre ces deux bornes que se pose la question d’un produit manufacturé acheté chez un producteur déterminé. Cette page ne la tranche pas. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
La hakira d’ensemble du siman : deux racines d’interdit traversent les douze séifim — la ’hatnout, qui porte sur le boire au lieu du non-Juif, et le vin mêlé en secret, qui porte sur la boisson et sur les conserves — et chaque détail est un réglage de l’une ou de l’autre :
La ’hatnout ne vaut qu’au lieu de vente et si l’on s’installe ; l’habitude, le passage et le logement en sortent ; et le Taz (ס״ק ב) explique par la force du rapprochement pourquoi le pain, lui, est interdit partout.
L’épreuve du prix et la boutique contre le tonneau sont des signes destinés à débusquer un vin caché ; le « il se gâterait » en est le ressort, et le Taz (ס״ק ה) le complète par le temps court de la boutique.
Soixante ou six — le Taz tranche six, ici et au ס״ק ו ; les Nekoudot HaKessef et le Magen Avraham (או״ח ר״ד ס״ק ט״ז, dans le P’T ס״ק ב) réservent le six à l’eau. La question n’est pas tranchée dans cette page.
Les lies et le ma’amid — ce qui est mis pour le goût ne s’annule pas ; et le P’T (ס״ק ה) montre que les lies ne sont pas un ma’amid comme la présure, l’interdit n’y étant pas visible.
Le piquant et le doute — ce qui est âcre tire du couteau (siman 96), sauf si l’eau domine (Chakh ס״ק י״ג) ; et le doute rabbinique se penche vers la permission, sauf au lieu fixe (Taz ס״ק י״ד, Chakh ס״ק י״ט, siman 110).
Ce que chaque étape laisse en main, et ce qu’elle laisse ouvert :
Bière, café ou thé chez le non-Juif : l’interdit du Mehaber ne porte qu’au lieu de vente et si l’on s’y installe, et le Rama rapporte un minhag de permettre ; mais le Panim Meirot, dans le P’T (ס״ק א), écrit qu’il convient à un ba’al néfesh de s’en abstenir.
Boissons et conserves où l’on a coutume d’ajouter du vin : c’est la crainte du vin caché, et la mesure de son annulation est l’objet de la divergence Taz / Nekoudot HaKessef.
Lies et additifs mis pour le goût : אפילו באלף לא בטיל (רמ״א ס״ו) ; ce qui n’est pas mis pour le goût relève de l’annulation ordinaire.
Graisse de porc sur les chaudrons : goût qui gâte, et de plus annulé dans soixante (רמ״א ס״ד) ; huile et miel : ni bichoulé ni guioulé akoum (מחבר ס״ז, ט״ז ס״ק ז).
Doute sur un vin ajouté : rabbinique, on penche vers la permission (רמ״א ס״י) ; majorité pour ce qui s’est détaché, moitié-moitié au lieu fixe — et la boutique en tient lieu selon le Chakh (ס״ק י״ט).
Bière du non-Juif, au lieu de vente, en s’y installant
Interdite au titre de ’hatnout
מחבר ס״א
Chez soi, en passant, ou en logeant chez lui
Permise — le ressort de la gezeira est le repas
מחבר ס״א
Bière de miel et de blé
Il y a qui permettent, et telle est la coutume dans ces pays
רמ״א ס״א
Là où l’on est indulgent sur leur vin
Même la bière est interdite — et c’est la bière du Juif, selon le Chakh
מחבר ס״ב ; ש״ך ס״ק ד
Cidre et vin de grenades
Permis en tout lieu — on n’a rien décrété sur ce qui n’est pas courant
מחבר ס״ג
Prix plus cher que le vin / vente en boutique
Interdit d’acheter — on craint un vin mêlé
מחבר ס״ד
Tiré du tonneau sous ses yeux
Permis — il se gâterait ; et en boutique non, le temps y est court (Taz)
מחבר ס״ד ; ט״ז ס״ק ה
Combien pour annuler le vin mêlé
Soixante selon le Rama ; six selon le Taz ; les Nekoudot HaKessef et le Magen Avraham réservent le six à l’eau — non tranché ici
רמ״א ס״ד ; ט״ז ס״ק ד וס״ק ו ; נקודות הכסף ; פ״ת ס״ק ב
Vin de grenades pour remède
Permis même hors du tonneau — קפידא דלא מרע נפשיה
מחבר ס״ה
Tout ce qu’on achète chez l’artisan
Même raison — et c’est une glose du Rama, non le texte du Mehaber
רמ״א ס״ה
Lies mises pour le goût
אפילו באלף לא בטיל ; sinon, la mesure ordinaire
רמ״א ס״ו ; פ״ת ס״ק ה
Graisse de porc sur les chaudrons
Goût qui gâte, et de plus annulé dans soixante
רמ״א ס״ד
Huile, miel et eau chaude
Permis — ni bichoulé ni guioulé akoum ; la viande gâte l’huile et le miel
מחבר ס״ז ; ט״ז ס״ק ז ; ש״ך ס״ק ט
Olives coupées avec leur couteau
Interdites — le piquant tire du couteau ; conservées dans l’eau, permises, à condition que l’eau soit en majorité
רמ״א ס״ח ; ש״ך ס״ק י״ב וס״ק י״ג ; סי׳ צ״ו
Doute sur un vin ajouté — interdit rabbinique
On penche vers la permission ; majorité pour ce qui s’est détaché, moitié-moitié au lieu fixe
רמ״א ס״י ; ט״ז ס״ק י״ד ; ש״ך ס״ק י״ח–י״ט
Tableau — les divergences centrales du siman
Sujet
Première shita
Seconde shita
Étendue de la gezeira sur la bière
Le Mehaber — interdite au lieu de vente et si l’on s’installe
Le Rama — il y a qui permettent le miel et le blé, et telle est la coutume
Comment lire le Rashal sur le séif 2
Le Taz — là où leur vin passe pour entièrement permis, il n’y a plus de quoi distinguer
Le Bah — d’un Juif interdit, d’un non-Juif permis ; le Taz écrit que cela ne tient pas
Le kavi (café) du non-Juif
Le Maharit et le Peri Hadach — il suit le régime de la bière
Le Panim Meirot — le café vient sur la table des rois ; il convient au ba’al néfesh de s’en abstenir (פ״ת ס״ק א)
Mesure d’annulation du vin dans ces boissons
Le Taz — six, ici comme au siman 134, les autres boissons annulant plus que l’eau
Les Nekoudot HaKessef et le Magen Avraham — six ne vaut que pour l’eau
À quel étage s’applique « mais non chez eux, dans leurs maisons »
Le Chakh ס״ק י״ח — dans le cas de תלינן לקולא, même chez eux c’est permis
Le Chakh ס״ק י״ט — dans le cas de la majorité, chez eux est interdit, et la boutique vaut lieu fixe
Tableau — les sources de la sougya, telles que l’appareil les nomme
Richonim : רש״י · תוספות · רא״ש · ר״ן (פרק אין מעמידין) · רשב״א · רמב״ם (בפירוש המשנה) · מרדכי · ראבי״ה · אגודה · סמ״ק · איסור והיתר הארוך · ארחות חיים · מהר״ם · טור · ברטנורה
Aharonim : בית יוסף · רמ״א · דרכי משה · ש״ך (שפתי כהן) · נקודות הכסף · ט״ז (טורי זהב) · ב״ח · רש״ל · דרישה · עטרת זקנים · פרי חדש · מגן אברהם (או״ח סי׳ ר״ד) · באר היטב · פתחי תשובה · מהרי״ט · פנים מאירות · שאילת יעב״ץ · נודע ביהודה · נחלת שבעה · שמש צדקה · באר יעקב
Simanim auxquels le siman renvoie lui-même : סי׳ צ״ו (דבר חריף וסכין) · סי׳ פ״ז סעיף י״א (דבר המעמיד) · סי׳ ק״י (קבוע ופירש) · סי׳ קי״ב (פת של עובד כוכבים) · סי׳ קכ״ג · סי׳ קל״ד סעיף ה׳ · סי׳ קל״ז
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
Talmid hakham · donne des cours de halakha et de hassidout Pilpoul et étude sur la bière et les autres boissons du non-Juif · סימן קי״ד · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’examen seulement. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.