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Accueil Yoreh De'ah · Ne pas tirer profit du yayin nessekh Siman קל״ב Niveau 3 — Synthèse / Révision
✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman 132 — Ne pas tirer profit du yayin nessekh

שֶׁלֹּא לֵיהָנוֹת מִיֵּין נֶסֶךְ

Le vin est interdit — et il vaut de l’argent. Ce qu’on peut recevoir en paiement, ce qu’on peut vendre, le salaire de l’ouvrier, la dette recouvrée : sept seifim qui mesurent, pas à pas, jusqu’où un Juif peut s’éloigner d’un vin interdit sans cesser d’en profiter
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide


Source : Shulchan Aroukh, Yoreh De'ah קל״ב — 7 seifim
Nossei kelim : ש״ך (Shach) · ט״ז (Taz) · טור · בית יוסף · דרכי משה · ב״ח · פרישה · דרישה
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Pour les étudiants ayant maîtrisé les Niveaux 1 et 2
daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L’axiome : un vin qui reste une valeur
  2. Les 3 questions-réflexes : d’où vient l’argent · dans quel ordre · qu’a-t-on dit
  3. Tableau-maître A — d’où vient l’argent (seifim 1–3)
  4. Tableau-maître B — ce que le Juif demande au non-Juif (seifim 4–7)
  5. פסק ומדד — les quatre configurations de la vente
  6. Le tonneau reçu en salaire, et la fenêtre qui se ferme
  7. Le dinar avancé au cabaretier
  8. Le roi et l’entrepôt : deux formules, deux régimes
  9. La dette recouvrée — רוצה בקיומו
  10. La glose du Rama, et la ligne du Chakh
  11. Les 6 règles d’or
  12. Mnémonique — « ק.נ.ס »
  13. Les 5 pièges classiques
  14. Récap des 7 seifim — une ligne chacun
  15. Carte-éclair finale

1. L’axiome : un vin qui reste une valeur

Le point de départ :

Les simanim 123 à 131 demandaient ce qui rend un vin interdit. Le siman 132 part de l’autre bout : le vin est interdit, et il vaut toujours de l’argent. Un tonneau ne disparaît pas parce qu’un non-Juif y a touché ; il reste dans la cave, il a un prix, quelqu’un est prêt à l’acheter, et un ouvrier a travaillé pour lui. La question du siman n’est donc plus une question de statut, c’est une question de circulation : jusqu’où la valeur d’un vin interdit peut-elle voyager avant de cesser d’être son prix ?

Sept seifim, et ils se lisent comme une échelle : à chaque barreau, le Juif est plus loin du vin.

La Guemara écarte deux explications avant d’en retenir une troisième — et c’est la troisième qu’il faut retenir : « קְנָס הוּא שֶׁקָּנְסוּ חֲכָמִים בַּחֲמָרִין וּבְיֵין נֶסֶךְ » (עבודה זרה ס״ב ע״א).

Le Chakh le redit à l’endroit exact où la conséquence se voit : « משום קנס כדאית׳ ברבינו ירוחם שהביא הב״י וכן באשר״י שם » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ד).

La sourceCe qu’elle établitConséquence dans le siman
עבודה זרה ס״ב ע״א — קנס הוא שקנסו חכמיםL’interdit des דמי יין נסך est une pénalité, non une propriété de l’argentIl est personnel : il atteint le vendeur, non l’acheteur
עבודה זרה ס״ב ע״ב — l’atnan et la chemitaCe qu’on donne quand l’interdit n’est plus en cause n’est pas son prixLa vente en crédit du seif 1
עבודה זרה ס״ג ע״ב — כיון דלא מייחד שיעבודיהUne obligation personnelle n’interdit rien tant qu’elle ne vise pas un bien précisLe régime du seif 4
עבודה זרה ע״א ע״א — פסק עד שלא מדדCe qui décide, c’est l’instant du kinyanTout le seif 2
עבודה זרה ע״א ע״א — צא והפס עלי מנת המלךCe qu’on dit change qui accomplit l’acteLes seifim 5 et 6
עבודה זרה ס״ד ע״א — רוצה בקיומוOn peut profiter d’un interdit sans y toucherLe seif 7
💡 Le repère : ne cherche pas ici ce qui rend le vin interdit — c’est le sujet des simanim précédents. Cherche d’où vient l’argent. Chaque fois que le siman paraît sévère, c’est que l’argent est le prix du vin ; chaque fois qu’il paraît indulgent, c’est qu’il est autre chose : un dédommagement, une dette, une libération.

2. Les 3 questions-réflexes

■ 1. D’OÙ VIENT L’ARGENT ? Est-ce le prix du vin — alors on est au cœur de l’interdit ; est-ce un dédommagement, une dette préexistante, ou le prix d’une libération — alors ce n’est pas l’argent du vin, et le siman ne l’atteint pas.
↓ si c’est bien un prix : la question devient une question d’instant
■ 2. DANS QUEL ORDRE ? Le prix a-t-il été fixé avant que le non-Juif n’emporte le vin ? A-t-il payé avant qu’on ne mesure ? A-t-il pris le vin avant de donner l’argent ? Le siman ne juge pas la vente : il regarde à quelle seconde le vin a cessé d’être au Juif.
↓ si le Juif ne touche ni au vin ni au prix : reste ce qu’il a dit
■ 3. QU’A-T-IL DIT, EXACTEMENT ? « Apaise le roi pour moi » ou « prends ma place » ; « attends que je vende » ou rien du tout ; « achète-leur à boire » ou « voici un dinar, garde-le jusque-là ». Aux quatre derniers seifim, c’est le libellé qui décide — parce qu’il désigne qui accomplit l’acte.

Sur la première question, le Taz donne la formule du dédommagement : « דלאו מכר הוא אלא אומר לו שפכת ייני ואבדת ממוני ודמי יין כשר קא שקיל » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק א).

Sur la deuxième, la mishna : « הַמּוֹכֵר יֵינוֹ לְנׇכְרִי, פָּסַק עַד שֶׁלֹּא מָדַד — דָּמָיו מוּתָּרִין, מָדַד עַד שֶׁלֹּא פָּסַק — דָּמָיו אֲסוּרִין » (עבודה זרה ע״א ע״א).

Sur la troisième, Rav : « מוּתָּר לָאָדָם לוֹמַר לְגוֹי: צֵא וְהָפֵס עָלַי מְנָת הַמֶּלֶךְ » (עבודה זרה ע״א ע״א).

⚠ L’erreur de méthode à éviter : commencer par demander « le vin est-il interdit ? ». Dans tout ce siman la réponse est oui, et elle est posée d’avance. Commencer par là fait perdre la seule question utile, qui est de savoir ce que le Juif reçoit et à quel titre.

3. Tableau-maître A — d’où vient l’argent (seifim 1–3)

Base : les seifim 1 à 3, avec le Chakh et le Taz. On classe selon la provenance de l’argent, et non selon la personne ni le montant.

La scèneLa langue du MehaberVerdictSource
Le non-Juif a rendu le vin interdit et paie « מותר ליקח דמיו מאותו העובד כוכבים שאסרו או אותו העובד כוכבים ימכרנו ויתן דמיו לישראל » Permis : c’est un dédommagement, et le prix d’un vin cachère שו״ע יו״ד קל״ב:א
Même cas, mais il refuse de payer avant d’avoir le vin résumé : c’est encore un dédommagement Permis ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק א
Même cas, mais il a agi par inadvertance et ne doit rien en droit résumé : il a causé le dommage, cela suffit Permis ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ב
Même cas, mais les deux étaient déjà en train de vendre résumé : le versement s’impute alors sur le prix Interdit ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק י״א
Vendu à un autre non-Juif : argent d’abord « אם נתן לו המעות קודם שיתן לו הישראל היין המעות אסורים בהנאה » Interdit, et même à autrui שו״ע יו״ד קל״ב:א ; ט״ז ס״ק ב
Vendu à un autre : marchandise d’abord « יש מי שאומר שאף על פי שלבעל היין שמכרו אסורים בהנאה לאחרים מותרים » Interdit au vendeur, permis à autrui — et le Chakh n’en use qu’en cas de grande perte שו״ע יו״ד קל״ב:א ; ש״ך ס״ק ג
Un tonneau envoyé en salaire, avant acceptation « אם עד שלא קבלוה בשכרם מותר שיאמרו לו עד שאתה שולח לנו חבית זו תהא שלך ותתן לנו דמים כנגדה » Permis : il n’a jamais été à eux שו״ע יו״ד קל״ב:ג
Le même, une fois accepté « ואם משקבלוה בשכרם אסור » Interdit : réclamer le prix, c’est vendre שו״ע יו״ד קל״ב:ג ; טור יו״ד קל״ב
Il est entré dans leur cour sans qu’ils l’acceptent résumé : la cour n’acquiert pas malgré son maître Permis ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ז
💡 Pourquoi la première ligne et l’avant-dernière se ressemblent : dans les deux cas, le Juif reçoit de l’argent d’un non-Juif à propos d’un vin interdit — et dans les deux cas c’est permis, pour la même raison de fond : ce n’est pas le prix du vin. Là, c’est la réparation d’un dommage ; ici, c’est la contre-valeur d’un salaire dû. Le vin n’a jamais été l’objet de l’échange.

4. Tableau-maître B — ce que le Juif demande au non-Juif (seifim 4–7)

Aux quatre derniers seifim, le Juif ne vend plus rien. Il demande quelque chose à un non-Juif — de servir à boire, de payer une taxe, d’attendre — et l’on regarde ce qu’il a demandé.

Ce que le Juif demandeLa langue du MehaberVerdictSource
« Buvez chez tel cabaretier et je paierai », sans rien avancer « ואם אמר להם צאו ושתו מחנוני פלוני ואני פורע אם לא הקדים לו דינר מותר אע״פ שייחד לו דינר והוא בעין ביד בעל הבית אבל אם הקדים לו דינר אסור » Permis — même s’il a réservé un dinar à cet usage שו״ע יו״ד קל״ב:ד
Le même, mais il a avancé un dinar et l’a immobilisé « ודוקא כשאמר לו יהא דינר זה בידך עד שתשקה לפועלים ואני אחשוב עמך באחרונה אבל אם נתנו לו להוציאו עכשיו אם יצטרך לו מותר » Interdit שו״ע יו״ד קל״ב:ד
Il a avancé un dinar, mais pour que le cabaretier le dépense au besoin résumé : ce n’est plus un dépôt affecté Permis pour le Mehaber ; le Tour et le Chakh objectent שו״ע יו״ד קל״ב:ד ; ש״ך ס״ק ל״א
Il donne de l’argent à son serviteur pour en acheter à ses invités « וכן מי שמזמן עובד כוכבים אצלו מותר ליתן מעות לעבדו לקנות להם יי״נ » Permis — mais à un serviteur, non à un autre Juif רמ״א יו״ד קל״ב:ד ; ש״ך ס״ק ל״ב
« Apaise le roi pour moi » « יכול לומר לעובד כוכבים פייס למלך בשבילי אע״פ שהעובדי כוכבים נותן יין נסך והוא חוזר ונותן לו דמים » Permis, même s’il ne pouvait s’acquitter qu’en vin שו״ע יו״ד קל״ב:ה ; ש״ך ס״ק ל״ד
« Sois à ma place pour donner au roi » « אבל אסור לומר לו היה במקומי ליתן למלך » Interdit, même s’il pouvait s’acquitter autrement שו״ע יו״ד קל״ב:ה ; ש״ך ס״ק ל״ה
« Entre à ma place dans l’entrepôt » « לא יאמר ישראל לעובד כוכבים הא לך ד׳ זוז והכנס תחתי באוצר השר » Interdit שו״ע יו״ד קל״ב:ו
« Délivre-moi de l’entrepôt » « אבל אומר לו הא לך ד׳ זוז ומלטני מן האוצר » Permis שו״ע יו״ד קל״ב:ו
Sa part est déjà inscrite à son nom au registre résumé : un יש אומרים du Tour interdit alors toute formule Position la plus stricte du siman ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ז
Il ne demande rien : le non-Juif vend de lui-même et le rembourse « ישראל שהיה נושה בעובד כוכבים מנה והלך ומכר אלילים ויין נסך והביא לו דמיהם הרי זה מותר » Permis שו״ע יו״ד קל״ב:ז
« Attends que je vende » « ואם אמר לו קודם שימכור המתן לי עד שאמכור אלילים או יין נסך שיש לי ואביא לך אע״פ שהוא סתם יינם ומכר והביא לו הרי זה אסור מפני שהישראל רוצה בקיומו כדי שיפרע ממנו חובו » Interdit : il veut que l’interdit subsiste שו״ע יו״ד קל״ב:ז

⚖ Les deux critères qui départagent ce tableau

  1. L’affectation. Une obligation qui ne vise aucun bien précis n’interdit rien : « לָא שְׁנָא מַקִּיפוֹ, וְלָא שְׁנָא שֶׁאֵין מַקִּיפוֹ, אַף עַל גַּב דִּמְשַׁעְבַּד לֵיהּ, כֵּיוָן דְּלָא מְיַיחַד שִׁיעְבּוּדֵיהּ — לָא מִיתְּסַר » (עבודה זרה ס״ג ע״ב). Dès que le dinar est immobilisé pour cet usage, il devient une affectation, et le vin est déjà au Juif.
  2. Le libellé. Deux phrases qui décrivent la même opération n’ont pas le même statut, parce qu’elles ne désignent pas le même acteur. Le Chakh le montre des deux côtés : « ואפילו הוא בענין שאין הישראל היה יכול ליפטר מן המלך אלא ביין מותר כיון שלא פירש לעובד כוכבי׳ בפירוש שיתן למלך יי״נ » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ד) d’une part, et « משמע דאפילו היה יכול לפייסו בדברים אחרים מ״מ כיון שא״ל היה במקומי כו׳ אסור לכ״ע » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ה) de l’autre.

5. פסק ומדד — les quatre configurations de la vente (seif 2)

Le seif 2 est le plus long du siman, et il se ramène à un tableau de quatre lignes. Deux variables seulement : quand le prix a-t-il été fixé, et dans quel récipient a-t-on versé.

La mishna : « הַמּוֹכֵר יֵינוֹ לְנׇכְרִי, פָּסַק עַד שֶׁלֹּא מָדַד — דָּמָיו מוּתָּרִין, מָדַד עַד שֶׁלֹּא פָּסַק — דָּמָיו אֲסוּרִין » (עבודה זרה ע״א ע״א).

Et le Mehaber en donne le mécanisme : « פסק עד שלא משך דמיו מותרים שמשפסק סמכה דעתו ומשמשך קנה ויין נסך אינו נעשה עד שיגע בו נמצא בשעת מכירה היה מותר » (שו״ע יו״ד קל״ב:ב).

ConfigurationCe qui s’est passéVerdictSource
1. Prix fixé, puis tractionLa volonté est arrêtée, la meshikha acquiert, et le vin n’est atteint qu’aprèsL’argent est bonשו״ע יו״ד קל״ב:ב
2. Traction, puis prixRien n’était arrêté ; le Juif ne se garde plus, et l’on craint le contactL’argent est interditשו״ע יו״ד קל״ב:ב
3. Versé dans un récipient sans reste de vinRien ne rend le vin interdit à l’instant du transvasementLa configuration 1 suffitשו״ע יו״ד קל״ב:ב
4. Récipient du non-Juif avec un reste de vin, ou tenu par luiLe vin est atteint dès le contact avec le reste, ou par le ballottementEncaisser d’abord, mesurer ensuiteשו״ע יו״ד קל״ב:ב ; ט״ז ס״ק ד

Pourquoi encaisser plutôt que fixer le prix ? Le Taz : « דבעובד כוכבים קונה משיכה או כסף ומ״ה צריך ליקח הדמים דאז קונה בכסף » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק ד).

⚖ Les trois adoucissements du Rama sur la quatrième ligne

  1. A posteriori, tout le lot est permis sauf la valeur du reste : « מיהו אם מדד לכלי של עובד כוכבים שיש בו עכבת יין שאינו נאסר רק מכח תערובות מעט יין שהיה בכלי בדיעבד כולו מותר בהנאה חוץ מדמי מעט היין שהיה בכלי » (רמ״א יו״ד קל״ב:ב). Et le Chakh écarte la lecture qui en ferait une annulation d’interdit préméditée : « אלא ודאי בדיעבד בכל ענין מותר וזה ברור » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״א).
  2. Le lieu du reste compte : à l’ouverture du récipient il interdit aussitôt ; au fond, le vin est déjà acquis avant de l’atteindre.
  3. Le non-Juif qui soulève pour acquérir a tout réglé d’avance : « וכן אם מדדו העובד כוכבים והגביהו תחילה לקנותו הכל מותר דהרי קנאו תחילה קודם שמדד » (רמ״א יו״ד קל״ב:ב). Mais le Chakh borne : « אבל בהגביה בשעה שמודד אינו קונה שאותה הגבהה אינה לקנייה אלא למדידה » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ה).
⚠ Ce que le Mehaber a omis, et pourquoi : le Rambam ajoutait que, mesuré sans avoir encaissé, l’argent est interdit même si le prix était fixé — « וְאִם מָדַד וְלֹא לָקַח דָּמִים אַף עַל פִּי שֶׁפָּסַק דָּמָיו אֲסוּרִים שֶׁמִּשֶּׁיַגִּיעַ לַכְּלִי נֶאֱסַר כִּסְתָם יֵינָם » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ג הלכה כ״ד). Le Mehaber ne l’a pas repris. Le Chakh explique : « והמחבר השמיט זה משום דסבירא ליה דכיון דמיד שהגיע לכלי קנהו ולא מיתסר אלא משום ניצוק ולא אמרינן ניצוק לסתם יינם אלא לאסור בשתיה » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק י״ח).

6. Le tonneau reçu en salaire, et la fenêtre qui se ferme (seif 3)

Un non-Juif emploie des ouvriers juifs et leur envoie un tonneau de vin en paiement. Ils ne peuvent ni le boire ni le vendre. Tout le seif tient dans une fenêtre de quelques secondes.

La mishna : « הָאוּמָּנִין שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁשָּׁלַח לָהֶם נׇכְרִי חָבִית שֶׁל יֵין נֶסֶךְ בִּשְׂכָרָן — מוּתָּר לוֹמַר: תֵּן לָנוּ אֶת דָּמֶיהָ, מִשֶּׁנִּכְנְסָה לִרְשׁוּתָן — אָסוּר » (עבודה זרה ע״א ע״א).

Et le Mehaber met dans leur bouche la phrase à dire : « אם עד שלא קבלוה בשכרם מותר שיאמרו לו עד שאתה שולח לנו חבית זו תהא שלך ותתן לנו דמים כנגדה » (שו״ע יו״ד קל״ב:ג).

💡 La finesse à retenir : ils ne disent pas « reprends-le », car reprendre suppose avoir eu. Ils disent : qu’il reste tien, et donne-nous sa contre-valeur. La différence n’est pas d’élégance : elle décide si le tonneau a été à eux une seconde, et donc s’ils le vendent ou non.

Une fois la fenêtre passée, le Tour dit ce qu’il en est : « ואם לאחר שזכו בו אמרו לו תן לנו דמיו אסורין שהרי הוא כאילו מוכרין אותו לו » (טור יו״ד קל״ב).

Mais si le tonneau est entré chez eux sans qu’ils l’acceptent, rien n’est arrivé : « אבל לא קבלוה בשכרם אע״פ שנכנס לרשותם לא זכו בו שאין חצירו של אדם קונה לו בע״כ » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ז).

Et le Rama ajoute la clause d’époque : « וע״ל סימן קכ״ג דאף משקבלה שרי בזמן הזה » (רמ״א יו״ד קל״ב:ג) — que le Chakh borne aussitôt : « דשם נתבאר דסתם יינם בזמן הזה מותר בהנאה במקום הפסד וא״כ הכא נמי שרי » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ח).

⚠ Le piège : croire que la mishna et le Choulhan Aroukh disent la même chose. La mishna dit משנכנסה לרשותן, le Mehaber dit משקבלוה בשכרם. Sans le Chakh ס״ק כ״ז, on lirait le premier comme un fait matériel — le tonneau est dans la cour, c’est fini — alors que c’est un fait juridique.

7. Le dinar avancé au cabaretier (seif 4)

Le Juif n’a pas de vin. Il a des ouvriers non juifs à nourrir, et un cabaretier au coin de la rue. Comment peut-il devenir responsable d’un vin qu’il n’a jamais vu ?

Le Mehaber pose l’interdit de principe : « מי ששכר פועלים עובדי כוכבים ופסק להם מזונות אסור להשקותם יין נסך » (שו״ע יו״ד קל״ב:ד).

Puis la solution, et sa limite : « ואם אמר להם צאו ושתו מחנוני פלוני ואני פורע אם לא הקדים לו דינר מותר אע״פ שייחד לו דינר והוא בעין ביד בעל הבית אבל אם הקדים לו דינר אסור » (שו״ע יו״ד קל״ב:ד).

La Guemara avait d’abord écarté l’idée qu’un simple crédit interdise : « לָא שְׁנָא מַקִּיפוֹ, וְלָא שְׁנָא שֶׁאֵין מַקִּיפוֹ, אַף עַל גַּב דִּמְשַׁעְבַּד לֵיהּ, כֵּיוָן דְּלָא מְיַיחַד שִׁיעְבּוּדֵיהּ — לָא מִיתְּסַר » (עבודה זרה ס״ג ע״ב).

Et c’est Rav Papa qui isole le cas problématique : « אֶלָּא הָכָא אַמַּאי חוֹשֵׁשׁ מִשּׁוּם שְׁבִיעִית? הָא לָא מְיַיחַד שִׁיעְבּוּדֵיהּ הָכָא! אָמַר רַב פָּפָּא: כְּגוֹן שֶׁהִקְדִּים לוֹ דִּינָר » (עבודה זרה ס״ג ע״ב).

⚖ Ce que le dinar avancé change, en trois lignes

  1. Sans dinar — même s’il a mentalement réservé une pièce pour cela — il n’y a qu’une obligation personnelle, et une obligation n’interdit rien.
  2. Avec un dinar immobilisé jusqu’à l’exécution, le vin est déjà à lui chez le cabaretier ; c’est lui qui les fait boire, et c’est interdit : « ודוקא כשאמר לו יהא דינר זה בידך עד שתשקה לפועלים ואני אחשוב עמך באחרונה אבל אם נתנו לו להוציאו עכשיו אם יצטרך לו מותר » (שו״ע יו״ד קל״ב:ד).
  3. Avec un dinar donné à dépenser librement, le Mehaber, suivant le Rachba, permet. Le Tour objecte — « ואינו נראה דכיון שהקדים לו הדינר מיד נקנה לו היין ובשליחותו נתנו להם » (טור יו״ד קל״ב) — et le Chakh le suit : « מיהו במקו׳ הפסד קי״ל דסתם יינם בזמן הזה מותר בהנאה » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״א).

La glose du Rama ouvre une porte : « וכן מי שמזמן עובד כוכבים אצלו מותר ליתן מעות לעבדו לקנות להם יי״נ » (רמ״א יו״ד קל״ב:ד), et le Taz en donne le motif : « והטעם בכל בו כיון שהוא אומר לקנות בעבורם נמצא שהיין אינו שלו » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק ט).

⚠ La limite qu’on oublie : ce détour vaut pour un serviteur, non pour un ami. Le Chakh : « ונראה דוקא עבדו אבל אסור לומר כך לישראל אחר דרוצה בקיומו של יי״נ עד שיעשה שליחותו לעובד כוכבים » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ב). Et le Beit Yossef lui-même hésite : « ויש לפקפק בזה משום דיד עבד כיד רבו דמי » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ג).

8. Le roi et l’entrepôt : deux formules, deux régimes (seifim 5–6)

Deux seifim, une même situation : une charge publique payable en vin, et un non-Juif chargé de la régler. Le Juif ne touche à rien. Et pourtant l’un est permis et l’autre interdit — pour la seule raison de ce qui a été dit.

Rav pose le permis : « מוּתָּר לָאָדָם לוֹמַר לְגוֹי: צֵא וְהָפֵס עָלַי מְנָת הַמֶּלֶךְ » (עבודה זרה ע״א ע״א).

La braïta paraît le contredire : « אַל יֹאמַר אָדָם לְגוֹי עוּל תַּחְתַּי לָעוֹצֵר » (עבודה זרה ע״א ע״א).

Et Rav distingue : « הָא לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְהָא, אֲבָל אוֹמֵר לוֹ מַלְּטֵנִי מִן הָעוֹצֵר » (עבודה זרה ע״א ע״א).

Ce qu’il ditComment cela se litVerdict
« Apaise le roi pour moi »Aucun moyen n’est prescrit ; le non-Juif choisit, et son choix n’est pas imputéPermis
« Sois à ma place pour donner au roi »Il est fait substitut ; ce qu’il livre, il le livre au titre de la dette du JuifInterdit
« Voici quatre zouz, entre à ma place dans l’entrepôt »Même mécanisme : il prend la place, il ne délivre pasInterdit
« Voici quatre zouz, délivre-moi de l’entrepôt »Il agit pour lui-même ; le Juif achète sa propre libérationPermis
💡 Le point qui surprend : le critère n’est pas la possibilité matérielle. Le Chakh le dit dans les deux sens. D’un côté : « ואפילו הוא בענין שאין הישראל היה יכול ליפטר מן המלך אלא ביין מותר כיון שלא פירש לעובד כוכבי׳ בפירוש שיתן למלך יי״נ » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ד). De l’autre : « משמע דאפילו היה יכול לפייסו בדברים אחרים מ״מ כיון שא״ל היה במקומי כו׳ אסור לכ״ע » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ה). Peu importe donc que le Juif eût pu ou non s’acquitter autrement — c’est le libellé qui décide.

Le Taz le redit au nom du Ri : « ואע״ג דלא מצי לסלוקי ליה בזוזי מותר כיון שלא אמר ליה בפירוש תן לו » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק י).

⚠ La position stricte que le Mehaber n’a pas retenue : pour un יש אומרים du Tour, dès que l’administration a inscrit la part au nom du Juif, aucune formule ne sauve plus rien — « ואין היתר אלא כל זמן שלא כתבו שמותר לומר לעובד כוכבים פייס בשבילי שלא יכתבו עלי » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ז).

9. La dette recouvrée — רוצה בקיומו (seif 7)

Le dernier seif est le plus abstrait, et c’est celui qui déborde le plus loin hors du vin. Le Juif ne fait rien du tout : il attend d’être payé.

La braïta : « יִשְׂרָאֵל שֶׁהָיָה נוֹשֶׁה בְּגוֹי מָנֶה, וּמָכַר עֲבוֹדָה זָרָה וְהֵבִיא לוֹ, יֵין נֶסֶךְ וְהֵבִיא לוֹ — מוּתָּר » (עבודה זרה ס״ד ע״א).

Et la raison de la seconde moitié : « סֵיפָא, מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ כִּי רוֹצֶה בְּקִיּוּמוֹ » (עבודה זרה ס״ד ע״א).

Le Mehaber la recopie sans réserve : « ואם אמר לו קודם שימכור המתן לי עד שאמכור אלילים או יין נסך שיש לי ואביא לך אע״פ שהוא סתם יינם ומכר והביא לו הרי זה אסור מפני שהישראל רוצה בקיומו כדי שיפרע ממנו חובו » (שו״ע יו״ד קל״ב:ז).

PositionQuand l’interdit joue-t-il ?Ce qu’elle mesure
Mehaber (la braïta telle quelle)Toujours, dès qu’il a dit « attends »La parole elle-même
Ri (Tossefot), repris par le Rama en יש אומריםSeulement s’il ne peut être payé ailleursLe bénéfice : y a-t-il une autre source ?
RaavadSeulement s’il pouvait le contraindre et s’en est abstenuLa participation : entretient-il l’interdit ?

Le Ri lit la restriction dans le mot même de la braïta : « אבל אם יש לו ערב או שיכול ליפרע ממקום אחר אין אמירתו של עובד כוכבים מועלת כלום » (תוספות עבודה זרה ס״ד ע״א ד״ה אבל אם אמר לו המתן ואביא לך).

Le Raavad pose l’autre critère : « והראב״ד חילק כשבידו לנגשו ומרצונו ממתין לו אסור שהרי על ידו מתקיים ע״א אבל כשאין בידו לנגשו וע״כ ממתין לו מותר » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ט).

Et le Rama tranche pour le premier : « ויש אומרים דאין איסור זה של רוצה בקיומו אלא דוקא אם אינו יכול להפרע ממקום אחר אבל אם יוכל להפרע ממקום אחר וכל שכן אם יש לו ערב מותר » (רמ״א יו״ד קל״ב:ז).

💡 Pourquoi l’argent aux mains du non-Juif n’est jamais atteint : Tossefot le fondent sur un verset — « ונראה הטעם כי מה שעבודת כוכבים תופסת דמיה משום דכתיב והיית חרם כמוהו כל שאתה מהיה ממנו כמוהו ובישראל דוקא נאמר ולא לבני נח » (תוספות עבודה זרה ס״ד ע״א ד״ה מסתברא דמי עבודת כוכבים ביד עובד כוכבים מותרין). La règle qui fait qu’une idole saisit son prix est adressée à Israël. C’est la clé de tout le siman : l’argent n’est jamais mauvais en soi, il l’est en fonction de ce qu’une main juive en a fait.
⚠ Le complément que le Taz apporte, et qui vise l’autre côté : quand l’argent d’une idole reste-t-il interdit dans la main du non-Juif ? « דוקא כשמוכר לקנות בדמיו צרכי עבודת כוכבי׳ שאז נשארו הדמים באיסורן » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק י״א) — et le motif : « ואע״ג דבעלמא קיימא לן הזמנה לאו מלתא היא מ״מ הכא שאני כיון שבאו מעובד כוכבים ושם ישובו » (ט״ז יו״ד קל״ב ס״ק י״א). C’est une dérogation consciente à la règle générale de הזמנה לאו מלתא.

10. La glose du Rama, et la ligne du Chakh

Quatre fois dans ce siman, le Rama insère la même glose. Il faut la lire à sa source — au siman 123, où il renvoie d’ailleurs expressément ici.

Le Mehaber, au siman 123 : « סתם יינם של עממים עובדי כוכבים אסור בהנאה וה״ה למגעם ביין שלנו » (שו״ע יו״ד קכ״ג:א).

Le Rama, au même endroit : « ובזמן הזה שאינו שכיח שהאומות מנסכים לעבודת כוכבים י״א דמגע עובד כוכבים ביין שלנו אינו אסור בהנאה רק בשתייה » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

Et sa première conséquence : « ולכן מותר לגבות בחובו מן עובד כוכבים סתם יינם מפני דהוי כמציל מידם » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

Mais il pose lui-même la borne, dans la phrase suivante : « אבל לכתחלה אסור לקנותו ולמכרו כדי להשתכר בו » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

Et il conclut : « ויש מקילין גם בזה וטוב להחמיר וע״ל סימן קל״ב » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

SeifLa glose du RamaCe qu’elle rend sans objet
1« וכל זה לא מיירי אלא בעובדי כוכבים שמנסכין אבל בזמן הזה כל מגע שלהם אינו אוסר רק בשתיה » (רמ״א יו״ד קל״ב:א)Le calcul du dédommagement et de la vente en crédit
2« אבל בזמן הזה שאין העובדי כוכבים מנסכים ואין אוסרין במגען רק בשתייה בכל ענין מותר בהנאה וכן המנהג פשוט למכור יין לעובד כוכבים ואין מקפידים בכל אלו הדינים » (רמ״א יו״ד קל״ב:ב)Tout le protocole de la vente
3« וע״ל סימן קכ״ג דאף משקבלה שרי בזמן הזה » (רמ״א יו״ד קל״ב:ג)La fenêtre avant l’acceptation du tonneau
7« ומיהו בזמן הזה שאין העובדי כוכבים מנסכין אין להחמיר בסתם יינם ובכל ענין שאמר המתן עד שאביא לך שרי » (רמ״א יו״ד קל״ב:ז)Les distinctions du Ri et du Raavad

⚖ La ligne du Chakh, en deux temps

Sur la formule la plus large du Rama, le Chakh écrit : « מיהו לכתחלה יש ליזהר » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ו) — et il en donne la mesure : « דבמקום שאין הפסד אף בזמן הזה אין להתיר בהנאה » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ו).

Il le redit ailleurs, dans les mêmes termes : « דשם נתבאר דסתם יינם בזמן הזה מותר בהנאה במקום הפסד וא״כ הכא נמי שרי » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ח), et encore : « מיהו במקו׳ הפסד קי״ל דסתם יינם בזמן הזה מותר בהנאה » (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״א).

💡 La formule à retenir : le Mehaber mesure en profit — y a-t-il ici une hana’a ? Le Rama et le Chakh mesurent en perte — y a-t-il ici un hefsed ? Les deux lisent le même texte et n’obtiennent pas la même carte, parce qu’ils ne comptent pas dans la même monnaie. Pour l’application pratique, voir le niveau 4 — et ton Rav.

11. Les 6 règles d’or

⚖ Six règles qui suffisent à traverser le siman

  1. L’interdit est un קנס, pas une qualité de l’argent. Il est donc personnel : il atteint celui qui a vendu, non celui qui achète après lui.
  2. Un dédommagement n’est pas un prix — sauf si une vente était déjà engagée entre les mêmes parties sur le même vin.
  3. Dans une vente, ce n’est pas ce qu’on fait qui compte, c’est l’ordre. Le prix avant la traction ; l’argent avant la mesure ; la marchandise avant le paiement.
  4. Ce qu’on n’a jamais possédé ne peut pas être vendu. D’où la phrase à dire avant d’accepter le tonneau — et le fait qu’une cour n’acquiert pas malgré son maître.
  5. Une obligation personnelle n’interdit rien ; une affectation, oui. Le crédit ouvert est permis, le dinar immobilisé ne l’est pas.
  6. Le libellé fait partie de l’acte. « Apaise-le » et « prends ma place », « attends » et le silence, désignent les mêmes opérations et n’ont pas le même statut.

12. Mnémonique — « ק.נ.ס »

ק · נ · ס — trois lettres, trois réflexes, et c’est le mot même par lequel la Guemara qualifie l’interdit.

ק — קנס. Ce qui est interdit, c’est une pénalité contre un homme, pas une souillure de l’argent. Donc : personnel, et il tombe là où il n’y a rien à sanctionner.

נ — נזק. Un dédommagement n’est pas un prix. Demande toujours d’abord si ce qui est versé répare une perte ou paie une marchandise.

ס — סדר. L’ordre des gestes décide de tout : le prix, la traction, le paiement, la mesure. Change l’ordre, tu changes le psak.
💡 Comment l’utiliser : devant un cas, pose les trois lettres dans l’ordre. ק — qui serait sanctionné, et pourquoi ? נ — l’argent répare-t-il ou achète-t-il ? ס — qu’est-ce qui s’est passé avant quoi ? Si les trois réponses sont claires, le cas est déjà classé dans l’un des tableaux ci-dessus.

13. Les 5 pièges classiques

Le piègeCe qu’on croitCe que dit le siman
1. Le dédommagementPuisque le vin est interdit au profit, on ne peut rien en tirer, même du fautifOn encaisse de lui le prix d’un vin cachère — mais si une vente était déjà en cours, cela redevient un prix (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק י״א)
2. « Interdit » veut dire « interdit à tous »Si l’argent est interdit, personne ne peut y toucherC’est un קנס, donc personnel : au seif 1, l’argent est interdit au vendeur et permis à autrui
3. Le sujet du seif 2Le seif 2 parle d’un vin déjà interdit qu’on veut écoulerIl parle d’un vin encore permis qui devient interdit pendant la vente — c’est pour cela que l’instant compte
4. « Entré dans leur domaine »Le tonneau est dans la cour, donc il est à euxLa cour n’acquiert pas malgré son maître ; c’est l’acceptation qui compte (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ז)
5. La glose du RamaDe nos jours plus rien de tout cela ne s’appliqueLe Chakh y met deux bornes : lekhatḥila il faut y prendre garde, et là où il n’y a pas de perte on n’allège pas (ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ו)

14. Récap des 7 seifim — une ligne chacun

SeifSujetL’essentiel
1L’argent d’un vin déjà interditUn non-Juif a touché notre vin : bien qu’il soit interdit au profit, on peut en encaisser la valeur de ce non-Juif même, ou le lui faire vendre et recevoir le prix. Si le Juif l’a vendu à un autre non-Juif : celui-ci a-t-il payé avant que le Juif ne livre — l’argent est interdit au profit ; a-t-il pris le vin d’abord et payé ensuite — יש מי שאומר que, tout en restant interdit au propriétaire qui l’a vendu, il est permis à autrui. Rama : tout cela ne vise que des non-Juifs qui font des libations ; de nos jours leur contact n’interdit que la boisson, comme il a été expliqué au siman 123.
2Vendre son vin : l’ordre des gestesPrix fixé avant la traction — l’argent est bon, car la volonté était arrêtée, la traction acquiert, et le vin n’est atteint qu’au contact. Traction avant le prix — l’argent est interdit : rien n’était arrêté, le Juif ne se garde plus, et l’on craint le contact. Cela vaut quand il a mesuré dans ses récipients ; mais s’il a mesuré dans un récipient du non-Juif portant un reste de vin, ou dans un récipient juif tenu par le non-Juif qui le ballotte, il faut encaisser d’abord et mesurer ensuite. Rama : a posteriori tout est permis au profit sauf la valeur du reste ; le lieu du reste compte ; le non-Juif qui soulève pour acquérir a tout réglé ; et de nos jours l’usage répandu est de vendre du vin sans s’arrêter à ces règles.
3Le tonneau reçu en salaireDes ouvriers juifs ont travaillé pour un non-Juif qui leur envoie un tonneau de vin en paiement : tant qu’ils ne l’ont pas accepté comme salaire, c’est permis, car ils peuvent lui dire « au lieu de nous envoyer ce tonneau, qu’il reste tien et donne-nous sa contre-valeur ». Une fois accepté, c’est interdit. Rama : voir siman 123, où il apparaît que de nos jours c’est permis même après acceptation.
4Nourrir des ouvriers non juifsCelui qui a engagé des ouvriers non juifs en s’obligeant à leur entretien ne doit pas leur servir de yayin nessekh. S’il leur dit « allez boire chez tel cabaretier et je paierai » : sans avance, c’est permis, même s’il a réservé un dinar à cet usage et qu’il l’a en main ; avec un dinar avancé, c’est interdit. Et cela seulement s’il a dit « que ce dinar reste chez toi jusqu’à ce que tu les fasses boire, et je réglerai à la fin » ; mais s’il le lui a donné à dépenser dès maintenant en cas de besoin, c’est permis. Rama : de même, celui qui reçoit un non-Juif chez lui peut donner de l’argent à son serviteur pour leur en acheter.
5La part due au roiUn Juif qui possède du vin et doit en verser une part connue au roi peut dire à un non-Juif « apaise le roi pour moi », même si le non-Juif donne du yayin nessekh et se fait ensuite rembourser. Mais il lui est interdit de dire « sois à ma place pour donner au roi ».
6L’entrepôt seigneurialUn seigneur répartissait son vin entre les gens et en percevait le prix : un Juif ne dira pas à un non-Juif « voici quatre zouz, entre à ma place dans l’entrepôt du seigneur » — pour que le non-Juif prenne le vin inscrit au nom du Juif et en paie le prix au seigneur. Mais il peut lui dire « voici quatre zouz, délivre-moi de l’entrepôt ».
7La dette recouvréeUn Juif à qui un non-Juif devait un maneh : celui-ci est allé vendre des idoles et du yayin nessekh et lui en a apporté le prix — c’est permis. Mais s’il lui a dit avant la vente « attends que je vende les idoles ou le yayin nessekh que j’ai, et je t’apporterai » — même s’il s’agit de stam yeinam — et qu’il a vendu et apporté, c’est interdit, parce que le Juif veut que cela subsiste afin d’être payé. Rama : יש אומרים que cet interdit ne joue que s’il ne peut être payé ailleurs, à plus forte raison s’il a une caution ; et de nos jours, les non-Juifs ne faisant pas de libations, il n’y a pas lieu d’être strict sur le stam yeinam, et en tout état de cause « attends que je t’apporte » est permis — voir siman 144.

15. Carte-éclair finale

QuestionRéponse-réflexeSource
Un non-Juif a gâté mon vin : puis-je lui réclamer sa valeur ?Oui — c’est un dédommagement, pas un prixשו״ע יו״ד קל״ב:א ; ט״ז ס״ק א
Même s’il refuse de payer avant d’avoir le vin ?Ouiש״ך יו״ד קל״ב ס״ק א
Même s’il n’en est pas redevable en droit ?Oui — il a causé le dommageש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ב
Et si nous étions déjà en train de négocier ce vin ?Non — le versement devient un prixש״ך יו״ד קל״ב ס״ק י״א
Vendu à un autre, payé d’avance ?L’argent est interdit, et même à autruiשו״ע יו״ד קל״ב:א ; ט״ז ס״ק ב
Vendu à un autre, payé après la livraison ?Interdit au vendeur, permis à autrui — le Chakh : en cas de grande perteשו״ע יו״ד קל״ב:א ; ש״ך ס״ק ג
Pourquoi cet interdit est-il personnel ?Parce que c’est un קנסעבודה זרה ס״ב ע״א ; ש״ך ס״ק ד
Prix fixé, puis le non-Juif emporte le vin ?L’argent est bonשו״ע יו״ד קל״ב:ב
Il l’emporte avant qu’on ait fixé le prix ?L’argent est interditשו״ע יו״ד קל״ב:ב
J’ai bien surveillé et je sais qu’il n’a pas touché ?Le Beit Yossef permet ; le Darkhei Moché et le Ba’h nonש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ח
Récipient du non-Juif avec un reste de vin ?Encaisser d’abord, mesurer ensuiteשו״ע יו״ד קל״ב:ב ; ט״ז ס״ק ד
Et si c’est déjà fait ?Tout est permis au profit sauf la valeur du resteרמ״א יו״ד קל״ב:ב ; ש״ך ס״ק כ״א
Le non-Juif a soulevé pour acquérir avant de mesurer ?Tout est permis — mais un soulèvement fait pour mesurer n’acquiert pasרמ״א יו״ד קל״ב:ב ; ש״ך ס״ק כ״ה
Un tonneau m’est envoyé en salaire : que dire ?« Qu’il reste tien, et donne-nous sa contre-valeur » — avant de l’accepterשו״ע יו״ד קל״ב:ג
Il est entré dans ma cour sans que je l’accepte ?Rien n’est acquis : la cour n’acquiert pas malgré soiש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ז
Ouvriers non juifs à nourrir : compte ouvert chez le cabaretier ?Permis, tant qu’aucun dinar n’est avancé et immobiliséשו״ע יו״ד קל״ב:ד
Un dinar avancé, à dépenser librement ?Le Mehaber permet ; le Tour et le Chakh objectentשו״ע יו״ד קל״ב:ד ; ש״ך ס״ק ל״א
Puis-je charger mon serviteur d’acheter pour mes invités ?Oui — un serviteur, et non un autre Juifרמ״א יו״ד קל״ב:ד ; ש״ך ס״ק ל״ב
« Apaise le roi pour moi » ?Permis, même s’il ne pouvait s’acquitter qu’en vinשו״ע יו״ד קל״ב:ה ; ש״ך ס״ק ל״ד
« Sois à ma place » ?Interdit, même s’il pouvait s’acquitter autrementשו״ע יו״ד קל״ב:ה ; ש״ך ס״ק ל״ה
« Délivre-moi de l’entrepôt » ?Permisשו״ע יו״ד קל״ב:ו
Ma part est déjà inscrite à mon nom ?Un יש אומרים du Tour interdit alors toute formuleש״ך יו״ד קל״ב ס״ק ל״ז
Un débiteur vend de lui-même et me rembourse ?Permisשו״ע יו״ד קל״ב:ז
Je lui ai dit « attends que je vende » ?Interdit — רוצה בקיומושו״ע יו״ד קל״ב:ז
Mais je peux être payé ailleurs, ou j’ai une caution ?יש אומרים que c’est alors permisרמ״א יו״ד קל״ב:ז ; תוספות עבודה זרה ס״ד ע״א
De nos jours, tout cela s’applique-t-il encore ?Le Rama allège ; le Chakh : lekhatḥila prendre garde, et pas là où il n’y a pas de perteרמ״א יו״ד קכ״ג:א ; ש״ך יו״ד קל״ב ס״ק כ״ו

⚖ Le réflexe en 3 questions

  1. D’où vient l’argent ? Prix, dédommagement, dette, libération. Seul le premier est le sujet du siman.
  2. Dans quel ordre ? Le siman ne juge pas la transaction : il regarde à quelle seconde le vin a cessé d’être au Juif.
  3. Qu’a-t-il dit ? Aux quatre derniers seifim, le libellé désigne qui accomplit l’acte — et c’est lui qui décide.
Pour la halakha lema’asseh, consulte ton Rav.

🎓 Récapitulatif du parcours d’étude

NiveauContenuAcquis
🌱 Niveau 1 — Base Texte des 7 seifim, traduction, explication pas à pas Compréhension globale
Niveau 2 — Lamdan Le קנס de la Guemara, le dédommagement contre le prix, la vente en crédit, l’ordre des kinyanim, la cour qui n’acquiert pas malgré soi, le dinar avancé, et רוצה בקיומו Étude approfondie
Niveau 3 — Synthèse Deux tableaux-maîtres, les quatre configurations de la vente, règles d’or, mnémonique, pièges, récap des seifim Maîtrise pratique + révision
📜 Niveau 4 — Halakha lema’asse La psika pratique selon le ש״ך, le ט״ז et les poskim — et la ligne entre psika séfarade et ashkénaze Application contemporaine
💡 Prochaines étapes suggérées :
📖 Sources de ce siman sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קל״ב · Niveau 3 — Synthèse / Révision · שלא ליהנות מיין נסך
daattorah.com

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