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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 135 — Ce qu’un récipient garde du vin qui l’a traversé, et ce qui le lui reprend — étude et pilpoul
סימן קל״ה
בְּאֵיזוֹ כֵּלִים יֵשׁ לָחוּשׁ מִשּׁוּם נִיסּוּךְ
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ה (ט״ז סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (שפתי כהן) · ט״ז (טורי זהב) · באר היטב · פתחי תשובה · בית יוסף · טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ל״ג ע״א · ל״ג ע״ב · ל״ד ע״א · ע״ה ע״א · שבת ק״ח ע״ב
רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — מה בולע הכלי ? — le siman ne parle pas de saveur, il parle d’humidité
  2. גדר המזופף — la poix interdit-elle par ce qu’elle contient, ou par ce qu’elle cache ?
  3. שיעור השביעה — le seul récipient du siman qui ait une histoire
  4. היקף המכניסו לקיום — le Ramban, le Rachba et le Roch — trois cercles emboîtés
  5. גדר הקיום עצמו — destination ou usage effectif ?
  6. נגיעה או תשמיש — la ma’hloket la plus vive du siman, et la plus pratique
  7. סדר העירוי ופיזורו — le Rachba contre le Roch : peut-on additionner des heures ?
  8. מי העירוי — מותרים או אסורים — ce qui sort du récipient est-il devenu interdit ?
  9. מי המלח — ט״ס בהגהה — quand un nossé kelim corrige non pas la sévara mais le texte imprimé
  10. כדי קליפה ומעת לעת — le Chakh laisse la question ouverte, le Noda biYehouda la referme
  11. הגעלה ועירוי — ר״ת ור״י — le versement peut-il valoir un keli richon ?
  12. יסוד הסימן — לחלוחית ולא חומר — pourquoi le dernier seif justifie tous les autres

1. שורש הסימן — מה בולע הכלי ? — le siman ne parle pas de saveur, il parle d’humidité

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Avant toute grille de matériaux, une question de fond : qu’est-ce qui reste dans la paroi ? Les seize seifim n’ont de cohérence que si l’on y répond, et la guemara y répond en cinq mots.

La guemara pose la différence, et c’est une différence de température Pourquoi les récipients vernis sont-ils permis pour le vin et interdits pour le hamets ? Non parce que l’un est d’ordre biblique et l’autre rabbinique — cette réponse est écartée —, mais :
« זֶה תַּשְׁמִישׁוֹ בְּחַמִּין, וְזֶה תַּשְׁמִישׁוֹ בְּצוֹנֵן. » (עבודה זרה ל״ד ע״א)
Toute l’indulgence du siman 135 est là, et le Rama la retournera au seif 6 : dès que l’usage a été chaud, l’indulgence tombe.
Le Rambam a déjà rassemblé les quatre remèdes En une seule halakha : le temps, le feu, la chaleur, l’eau — et il les donne comme quatre voies équivalentes.
« נֹאדוֹת הָעַכּוּ״ם וְקַנְקְנֵיהֶן שֶׁהִכְנִיסוּ בָּהֶן הָעַכּוּ״ם יֵינָם אָסוּר לִתֵּן לְתוֹכָן יַיִן עַד שֶׁיְּיַשְּׁנָן שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ אוֹ עַד שֶׁיַּחֲזִירָן לָאוּר עַד שֶׁיִּתְרַפֶּה הַזֶּפֶת שֶׁעֲלֵיהֶן אוֹ שֶׁיֵּחַמּוּ אוֹ עַד שֶׁיִּתֵּן לְתוֹכָן מַיִם שְׁלֹשָׁה יָמִים מֵעֵת לְעֵת » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה ט״ו)
Quatre remèdes hétérogènes qui produisent le même effet : cela ne se comprend que si ce qu’il s’agit d’ôter est une seule et même chose, et une chose que l’eau, le feu et le temps peuvent chacun emporter.
Ḥakira : בלוע ou לחלוחית ? (א) Ce qui est dans la paroi est un goût absorbé, comme dans les interdits ordinaires : il ne sort que par la chaleur, כבולעו כך פולטו, et l’eau froide n’y peut rien. (ב) Ce qui est dans la paroi n’est qu’une humidité retenue : elle se dilue dans l’eau, s’évapore avec le temps, et se brûle au feu. Le siman tranche pour (ב), et c’est pourquoi son remède central est de l’eau froide laissée à demeure. Le Chakh le dit en toutes lettres au nom du Levouch : l’eau affaiblit le goût du vin.
Le Chakh nomme le mécanisme Et il le fait précisément là où l’objection est la plus forte : pour la terre cuite, dont on sait par ailleurs qu’elle ne sort jamais de son absorption.
« שאני הכא גבי הכשירו מיין נסך שתשמישו על ידי צונן עירוי המים מקלישין טעם היין עד כאן לשון עט״ז » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק י״ב)
Noter la structure de l’argument : la règle générale (« la terre cuite ne sort jamais de sa paroi ») n’est pas contestée ; c’est le cas qui est requalifié — ici il ne s’agit pas d’un goût cuit mais d’un goût froid.
Nafka mina immédiate — et elle est décisive aujourd’hui
« והא דכלי חרס מהני ליה עירוי היינו בדלא נשתמשו בו יין נסך רק בצונן אבל אם השתמשו בו בחמין כלי חרס אין לו תקנה ובשאר כלים צריכים הגעלה כמו בשאר איסורים » (רמ״א יו״ד קל״ה:ו)
Sur (ב), le froid est une condition de tout le siman ; le Rama l’écrit. Tout procédé industriel où le vin a été chauffé — pasteurisation, embouteillage à chaud, nettoyage à la vapeur — sort du régime des seize seifim et retombe dans le droit commun des interdits.
יסוד : כל הכשרי הסימן — שכשוך, עירוי, קליפה, כבשן, הגעלה ויישון — אינם אלא שש דרכים להוציא לחלוחית אחת, ומשום כך הם מתחלפים זה בזה ; ומשעה שהתשמיש בחמין, שוב אין הם מתחלפים.

2. גדר המזופף — la poix interdit-elle par ce qu’elle contient, ou par ce qu’elle cache ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 1 traite le récipient poissé plus sévèrement que le récipient nu. Reste à savoir pourquoi — et deux raisons sont possibles, qui ne donnent pas les mêmes conséquences.

Ḥakira (א) La poix est interdite parce qu’on y a versé du vin au moment de l’enduction : l’interdit est dans la matière même de l’enduit. (ב) La poix n’est pas interdite en elle-même ; elle fait pénétrer dans la paroi le vin qu’on y mettra plus tard, et elle empêche de voir qu’on l’y a mis.
Le Taz tranche pour (ב), et écarte (א) en une incise
« שהזפת מבליע היין לא שהאיסור משום היין שהם נותנים בשעת הזפיתה שאותו היין הוה כמשליך לאיבוד אלא שאח״כ נותנים בהם יין ואינו ניכר » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ב)
Le mot qui fait tout : le vin versé au moment de l’enduction est comme jeté à perdre — il n’a donc rien laissé qui interdise. Ce qui interdit, c’est ce qui vient après, et qu’on ne voit pas.
Les deux seifim suivants sont la nafka mina de cette ḥakira Un trou bouché à la poix, un récipient enduit de cire :
« כלי שניקב וסתמו בזפת אינו נידון ככלי מזופף ולפי זה משפך שהוא מזופף מעט סביב הברזל אין לו דין כלי מזופף: » (שו״ע יו״ד קל״ה:ב)
« אין דינו כמזופף דשעוה לא בלעה: » (שו״ע יו״ד קל״ה:ג)
Sur (א), les deux seraient interdits — il y a de la poix, et de la cire posée pareillement. Sur (ב), les deux sont permis, et pour deux raisons distinctes : le bouchon est trop petit pour faire pénétrer quoi que ce soit dans le corps du récipient, et la cire n’absorbe pas du tout. Le Mehaber donne exactement ces deux raisons.
Kouchia Si tout dépend de l’absorption, pourquoi le Rama permet-il a posteriori un simple rinçage sur un récipient poissé de bois, de pierre ou de métal ? L’enduit y a bien fait pénétrer le vin.
Terouts — le Chakh mesure la souplesse du matériau
« לאפוקי של עור שהן רכים והזפת מבליע בהן היין ולכ״ע צריך עירוי: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ז)
« וכל זה בכלים של עץ וכו׳ לאפוקי של עור שהן רכים והזפת מבליע בהן היין לכ״ע צריך עירוי: » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק ד)
La poix ne fait pénétrer que ce que la paroi consent à recevoir. Sur du bois, de la pierre ou du métal, la pénétration reste superficielle ; sur du cuir, qui est mou, elle est réelle — et de l’avis de tous il faut un vidage. Le Baer Hetev reprend la distinction telle quelle.

3. שיעור השביעה — le seul récipient du siman qui ait une histoire

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 4 introduit une variable que le siman n’avait pas : le passé du récipient. Mais il semble se contredire dans sa propre ligne, et deux A’haronim s’opposent sur ce que le Mehaber a voulu dire.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ד׳

כלי חרס אם נשתמש בהם העובד כוכבים כל זמן שלא שבעו לבלוע צריכים מילוי ועירוי אפילו אינם זפותין ומאימתי שבעו מפעם שניה ואילך לפיכך אם נשתמש בהם העובד כוכבים פעם ראשונה ושנייה צריך מילוי ועירוי (טור) ואם נתן בהם מים שלשה פעמים ואח״כ נתן בהם יין ונגע בו העובד כוכבים מותר בשכשוך אבל אם לא נתן בהם מים אלא ב׳ פעמים ואח״כ נתן בהם יין ונגע בו העובד כוכבים יש אומרים שצריך עירוי ואם נתן בהם מים פעם אחת ושהו בהם שעה גדולה כמו רביע היום הוו בלועים ממים כמו נתן בהם מים שלש פעמים ואם הם זפותים צריכים לקלוף הזפת או מילוי ועירוי אפילו בשלנו שנגע בהם העובד כוכבים בעוד משקה טופח עליהם (ובדיעבד דינן ככלי אבן ועץ כמו שנתבאר) (כך מפרש הב״י ל׳ הטור):

La source : les coupes de la guemara, et le Tour qui en tire la règle
« וְהִלְכְתָא: פַּעַם רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי — אָסוּר, שְׁלִישִׁי — מוּתָּר. » (עבודה זרה ל״ג ע״ב)
« וכלי חרס לפי שהם בולעים הרבה משתנה דינם שאם נשתמש בהם הנכרי כל זמן שלא שבעו לבלוע צריכין עירוי אפי׳ אם אינן זפותין ומאימתי שבעו מפעם שנייה ואילך » (טור יו״ד קל״ה)
La guemara parlait de coupes bues par un non-Juif ; le Tour en fait une règle générale de la terre cuite, et le Mehaber la recopie.
Kouchia du Chakh Le seif dit d’abord que le récipient est rassasié dès la deuxième fois. Puis il rapporte, au nom de « certains disent », que deux eaux ne suffisent pas et qu’il faut un vidage. Comment les deux clauses tiennent-elles ensemble ?
Terouts — deux liquides, deux seuils
« ונ״ל דסבירא ליה דגם הטור מודה דבמים לא שבעו מב׳ פעמים דדוקא ביין שבעו מב״פ ולא במים » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק י״ד)
Le Chakh évite ainsi de mettre le Tour en désaccord avec le Sefer haTeroumot et les Hagahot Maïmoniot : ils ne parlent pas du même liquide. Le Darkhei Moché, lui, avait lu le Beit Yossef comme s’il s’agissait d’un désaccord de fond ; le Chakh écrit qu’il n’y a peut-être là aucun désaccord.
Ma’hloket — le Ba’h contre le Chakh sur le récipient déjà rassasié Une jarre de terre a servi longtemps chez un Juif, donc elle est rassasiée ; un non-Juif s’en sert ensuite pour du vin. Faut-il un vidage ?
« אבל הב״ח כ׳ דבכלי חרס אפילו במכניסו לקיום היכא דכבר שבע לבלוע ביד ישראל א״צ עירוי כשנשתמש בו עובד כוכבים אח״כ אלא סגי ליה בשכשוך וכל זמן שאינו שבע לבלוע ביד ישראל אפילו לא נשתמש בו העובד כוכבים אלא לפי שעה נמי צריך עירוי: » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק ט)
« ולענד״נ דבכלי חרס שלא שבעו לבלוע אפילו לא נשתמש בו העובד כוכבים אלא לפי שעה צריך עירוי וכן משמע מדברי הרשב״א שבטור » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ט״ו)
Le Ba’h allège : rassasiée, la jarre ne boit plus, un rinçage suffit même pour un récipient de conservation. Le Chakh conclut à l’inverse pour le récipient non rassasié — même un usage passager exige un vidage — et il appuie sur le Rachba tel que le Tour le rapporte.
Le Taz contre le Maharchal sur la portée du « on n’a pas coutume » Le Tour écrit qu’il faudrait assimiler nos récipients de terre poissés au cuir, « et l’on n’a pas coutume ainsi ». Sur quoi porte cette phrase ?
« ע״כ נראה עיקר כפי׳ ב״י דאדיעבד קאמר דוקא דאין נוהגין לאוסרו: » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ז)
« אבל מהרש״ל השיג עליו ופירש דברי הטור דאפי׳ לכתחלה נוהגין להתיר לשתות בו ול״ד לכלי עץ דבסעיף א׳ דכלי חרס הואיל ושבעים כבר לא בלעי » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ט״ז)
Le Maharchal la lit comme une permission a priori quand le récipient est déjà rassasié ; le Beit Yossef et le Taz la limitent au a posteriori. Le Taz démontre par le contexte : la phrase du Tour porte sur le cas qu’il venait d’interdire — le récipient non rassasié —, donc elle ne peut pas viser le rassasié.
Nafka mina — et la borne qui annule tout le débat
« דוקא בשלא היה בו יי״נ מע״ל אבל היה בו מע״ל אין חילוק בין שבעו ללא שבעו אלא לעולם צריך מילוי ועירוי » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק י״ג)
Toute cette casuistique suppose un contact bref. Dès que le vin a séjourné vingt-quatre heures dans le récipient, la saturation ne joue plus aucun rôle : il faut toujours un vidage. En pratique, la première question à poser n’est donc pas « ce récipient est-il rassasié ? » mais « combien de temps le vin y est-il resté ? ».

4. היקף המכניסו לקיום — le Ramban, le Rachba et le Roch — trois cercles emboîtés

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 8 énumère trois avis sans les nommer, et tranche pour le troisième. Le Beit Yossef donne les noms, et l’enjeu est immense en pratique : c’est la question de savoir si le métal et la pierre relèvent, oui ou non, de la sévérité du récipient de conservation.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ח׳

יש מי שאומר שלא החמירו בשביל שמכניסו לקיום אלא בכלי חרס בלבד ויש מוסיפים של עץ ושל עור ויש מי שמוסיף של אבן ושל מתכת וכן ראוי לנהוג אבל של זכוכית לדברי הכל אין מחמירים בו בשביל שמכניסו לקיום:

Les trois positions, et leur source
PositionCe qu’elle soutient
RambanLa sévérité du récipient de conservation ne vaut que pour la terre cuite
RachbaIl faut y ajouter le bois et le cuir — mais non le verre et le métal
RochOn ne distingue pas : tout récipient de conservation exige un vidage, et il le prouve du bois et du cuir
« כתב הרמב״ן דלא מחמרינן בשביל שמכניס לקיום אלא בכלי חרס וכו׳ כ״כ הרא״ש בשמו בסוף ע״ז גבי רבא שדר גולפי להרפניא: » (בית יוסף יו״ד קל״ה)
« וכן מסתבר דכיון שהיין משתהה בתוכו זמן מרובה נבלע בתוכו וכן אמרינן גבי נודות של עור אין לחלק במכניסו לקיום » (בית יוסף יו״ד קל״ה)
Le Mehaber suit le Roch et l’écrit en trois mots — וכן ראוי לנהוג — mais il maintient l’exception du verre, que le Roch lui-même paraissait admettre.
Pourquoi le verre échappe : la raison n’est pas juridique
« דשועים וקשים הם ובליעתם מועטת מכל הכלים. ר״ן: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ג)
« לפי שהוא חלק מאד ולא בלע כלל: » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י״א)
Deux formulations de la même chose. Le verre ne boit pas — donc il n’y a rien à extraire, quelle que soit la durée du séjour. C’est le seul matériau du siman pour lequel la variable « usage » ne change rien.
Une difficulté du Taz sur le seif 8, et la réponse du Torat haBayit Si la terre cuite exige déjà un vidage même sans conservation (seif 4), pourquoi la mentionner comme le cas propre de la conservation ?
« א״ל הא בכלי חרס אפי׳ אין מכניסו לקיום אסור כמ״ש בסעיף ד׳ תירץ בתה״א דקא משמע לן דאפילו בחרס דאיכא תרתי לריעותא מועיל עירוי » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י)
La réponse retourne l’objection : la mention de la terre cuite n’est pas là pour aggraver mais pour alléger. Même là où deux facteurs de sévérité se cumulent — matière poreuse et conservation — le vidage suffit encore.
Nafka mina — la cuve moderne Sur le Ramban, une cuve d’acier inoxydable qui a contenu du vin interdit pendant des mois se contenterait d’un rinçage ; sur le Roch, et donc selon le Mehaber, elle exige un vidage de trois jours. Le siman tranche, et c’est la ligne pratique.

5. גדר הקיום עצמו — destination ou usage effectif ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 8 disait quels matériaux relèvent de la conservation. Le seif 9 demande ce que « conservation » veut dire — et la réponse détermine, en pratique, le classement de presque tout le matériel.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ט׳

נודות אין חשובין מכניסן לקיום שהרי אינם עשוים אלא להוליך בהם יין מהגת לחבית אבל חמת של טייעים כיון שהיין נתון בו תמיד שמיד שמערין זה חוזרין וממלאים אותו דינו כמכניסו לקיום אבל כוסות אע״פ ששותים בהם תדיר מכ״מ אין היין שוהה בהם תמיד אלא ממלאן לפי שעה ושותה ומערה והלכך אין להם דין מכניסן לקיום (כלי שמכניסין בו יין לעמוד בו שלשה ימים מקרי מכניסו לקיום ולכן העירוי גם כן הוא שלשה ימים) (מרדכי פא״מ ובכל בו ובארוך כלל כ״ח דין ס״ט):

Le Tour écarte un avis, et la raison qu’il donne est décisive
« ונודות י״א שחשובין מכניסן לקיום וצריכין עירוי אפילו אינן זפותים ונראה שאין דרך להכניס בהן יין לקיום כיון שאינן זפותים » (טור יו״ד קל״ה)
Certains tenaient l’outre pour un récipient de conservation. Le Tour objecte : on ne met pas de vin à demeure dans une outre non poissée. Le critère n’est donc pas ce qui arrive, mais ce à quoi l’objet est fait.
Le Taz formule la règle : la destination initiale, non l’accident
« וס״ל דלא הוי מכניסו לקיום אלא במידי דעשוי לכך מתחלה משא״כ במידי דאינו עשוי לכך רק שדרך מקרה מכניסין בו לקיום לא גזרו בו לפי שעה אם משתמש בו העובד כוכבים ביין » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י״ב)
Et il donne la preuve la plus forte : chaque jour un non-Juif boit du vin, chez un Juif, dans une coupe de terre, et l’on se contente de la rincer. Si l’usage occasionnel suffisait à faire un récipient de conservation, cette pratique quotidienne serait interdite.
Le chiffre du Rama, et ce que le Taz en fait
« פי׳ שמתחלה ייחדו לכך כדפרישית בסמוך לפני זה אבל לא דרך מקרה שהיה שם יין ג׳ ימים » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י״ג)
« כלי שמכניסין בו יין לעמוד בו שלשה ימים מקרי מכניסו לקיום ולכן העירוי גם כן הוא שלשה ימים » (רמ״א יו״ד קל״ה:ט)
Le Rama donne trois jours ; le Taz précise aussitôt que ces trois jours désignent une destination — un récipient prévu pour cela — et non un séjour survenu par hasard. Les deux gloses se lisent ensemble.
Ma’hloket — et si l’on sait que le vin y est resté trois jours ?
« כלומר כל שדרך להכניס בו אבל אם ידוע שעמד בהן יין ג׳ ימים לא מהני ליה עירוי דה״ל כבוש כמבושל » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ד)
« פי׳ שמתחלה ייחדו לכך אבל לא דרך מקרה שהיה בו יין ג׳ ימים. ט״ז. והש״ך כ׳ באם ידוע שעמד בהן יין ג׳ ימים לא מהני ליה עירוי דה״ל כבוש כמבושל ובלבוש משמע דאפילו ידוע שעמד בו יין ג״י זה אחר זה סגי בעירוי: » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק ט״ז)
Le Chakh : le vidage ne suffit plus, car il y a eu macération, et la macération vaut cuisson. Le Levouch, rapporté par le Baer Hetev, est plus indulgent et se contente encore d’un vidage. Le désaccord porte sur la frontière entre ce siman et le droit commun des interdits.
Nafka mina Un tuyau de transfert dans lequel du vin est resté un week-end. Sur le Taz, il n’est pas un récipient de conservation — il n’a jamais été fait pour cela. Sur le Chakh, si le vin y a séjourné, la question n’est plus celle de la conservation mais celle de la macération, et le régime est plus lourd.

6. נגיעה או תשמיש — la ma’hloket la plus vive du siman, et la plus pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 7 dit que le récipient de conservation est atteint dès que le non-Juif s’en est servi, même passagèrement. Mais s’il l’a seulement touché, alors que la paroi était encore humide ? Le mot du Mehaber est ונשתמש, et tout se joue sur lui.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ז׳

כלים שמכניסים בהם יין לקיום צריכי׳ עירוי בין שלקחם ישנים מהעובד כוכבים בין שהם שלנו ונשתמש בהם העובד כוכבים אפילו לפי שעה ומיהו בעירוי סגי להו אפילו הם זפותים:

Le Chakh rapporte la Pericha, et la donne comme une lecture du mot
« דוקא בנשתמש בהן אבל אם נגע בהם בשעת טפיחה לא נאסר דגזרו משום שמא ישתמש בהם העובד כוכבים ויכניס בהן לקיום » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ב)
La logique de la Pericha : la sévérité du récipient de conservation est un décret, motivé par la crainte qu’il finisse par y mettre du vin à demeure. Un décret ne s’étend pas au-delà de son motif — et un simple contact n’est pas un usage.
Le Taz refuse, et il refuse en trois arguments
« ודבריו תמוהים מכל צידי צדדים חדא דמנין לנו לחלק בזה הא אין לנו רמז בתלמוד מזה » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט)
« ואין לנו לבדות חילוקים ודינים מלבנו בפרט להקל כנלע״ד והרב בעל הפרישה לא דק כאן כל הצורך גם מו״ח ז״ל חולק עליו בזה: » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט)
Ses trois arguments : le Talmud ne connaît pas cette distinction ; le Choulhan Aroukh lui-même, au siman 138, interdit expressément par le seul contact ; et le Torat haBayit apprend le cas du pressoir du cas du récipient de conservation — ce qui suppose que le contact y interdit aussi.
Et il en tire une décision qu’il a rendue lui-même
« ועל פי זה אסרתי במי שמכר יינו ונשאר החבית ריקם רק שמרים נשארו בו ומוכרם לעובד כוכבים שלא יקח העובד כוכבים השמרים משם כיון שהחבית יש בו טופח על מנת להטפיח וגם בין השמרים עצמם נשאר קצת יין צלול נמצא שאוסר העובד כוכבים את החבית דהא מכניסין בו יין לקיום ויצטרך החבית להגעלה או עירוי על כן צריך שיוציא ישראל את השמרים ועובד כוכבים לא יגע בו » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט)
Noter la construction du cas : le tonneau est vide de vin, mais la paroi est encore humide et il reste du vin clair entre les lies. Deux faits, et le second suffirait seul ; c’est le premier — l’humidité de la paroi — que le Taz met en avant, parce qu’il vaut aussi quand il n’y a plus de lies du tout.
Le Chakh, dans ses נקודות הכסף, prend le parti de la Pericha Le Baer Hetev rapporte le désaccord tel quel, et il le rapporte en dernier :
« ובנה״כ מסכים לדעת הפרישה בכאן מטעם כיון דאינו מזופף לא גזרו בנגיעה כולי האי להחמיר להצריכו עירוי » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק י״ג)
Sa raison est mesurée : le récipient n’est pas poissé, et l’on n’a pas décrété sur le simple contact au point d’exiger un vidage. Autrement dit, le Chakh ne nie pas l’argument du Taz — il en limite la portée aux récipients où l’absorption est vraiment à craindre.
Nafka mina Un employé non juif déplace une cuve vide mais encore humide, sans rien y verser. Sur le Taz, la cuve exige un vidage ; sur les נקודות הכסף, elle n’exige rien de plus qu’avant, du moins si elle n’est pas enduite. Les deux avis sont rapportés côte à côte par le Baer Hetev, sans trancher — c’est le point du siman où il faut demander.

7. סדר העירוי ופיזורו — le Rachba contre le Roch : peut-on additionner des heures ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 12 donne le protocole, et il pose trois règles de compte. La troisième — l’eau retirée trop tôt ne compte pas — est le lieu d’une ma’hloket de Richonim que le Taz refuse d’accepter, et à laquelle le Chakh répond dans ses נקודות הכסף.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif י״ב

כל מקום שצריך עירוי צריך למלאותו מים על כל גדותיו ויניחם בו כ״ד שעות מעת לעת ולסוף כ״ד שעות ישפכם והמים מותרים (ויש אוסרים המים) (מרדכי פא״מ ובארוך ואגודה בשם ראבי״ה) ויתן בו מים שניים ויניחם בו כ״ד שעות וכן יעשה פעם שלישית ואע״פ שלא היו שלשה ימים אלו רצופים אין בכך כלום ואם עמדו בו המים כמה ימים ולא שפכם לא עלו לו אלא ליום אחד ואם שפך המים קודם שעמדו בו כ״ד שעות לא עלו לו אותם המים: (מי מלח חזקים שיש בהן שליש מלח וב׳ שלישים מים מועילים במעת לעת (טור בשם הרמ״ה) כמו עירוי ג׳ ימים) (טור בשם הרא״ש):

La source, et sa mise en forme par le Tour
« כָּךְ הוֹרָה רַבִּי אַמֵּי הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה — מְמַלְּאָן מַיִם שְׁלֹשָׁה יָמִים וּמְעָרָן. וְאָמַר רָבָא: צָרִיךְ לְעָרָן מֵעֵת לְעֵת. » (עבודה זרה ל״ג ע״א)
« וכל מקום שמזכיר עירוי כה משפטו שימלאנו מים על כל גדותיו ויניחם בו כ״ד שעות מעת לעת ולסוף כ״ד שעות ישפכם » (טור יו״ד קל״ה)
Deux données seulement dans la guemara : trois jours, et un renouvellement à chaque fois. Tout le reste du seif est le travail des Richonim sur ces deux mots.
Premier acquis : les jours peuvent être espacés
« ואפילו לכתחלה יכול לעשות ג׳ ימים מפוזרים. טור ורשב״א: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל)
Et même a priori. Cela suppose déjà que chaque période de vingt-quatre heures est une unité complète en elle-même, non le tiers d’un processus continu.
Ma’hloket — le Rachba contre le Roch et le Tour Si l’eau a été retirée après six heures, ces six heures sont-elles perdues, ou peuvent-elles être complétées le lendemain ? Le Rachba les additionne ; le Roch et le Tour les annulent. Le Beit Yossef a tenté de concilier, le Ba’h a tranché :
« ואם לא יוכל לצמצם ברגע א׳ לא ניתנה התורה למלאכי השרת אבל אם מיהר לערות בא׳ מג׳ ימים בב׳ שעות אותו היום לא עלה לו כלל » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ח)
« וכתב עוד הב״ח והכי נקטינן לחומרא וכן משמע בש״ע שחזר בו עד כאן ודלא כהעט״ז שכ׳ כהרשב״א: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״א)
Le Chakh souscrit au Ba’h et note que le Choulhan Aroukh, en omettant l’avis du Rachba, s’est rétracté de ce qu’il avait écrit dans le Beit Yossef.
Le Taz ne comprend pas la sévérité
« ונראה לע״ד דבדיעבד אם עשה ההכשר כהרשב״א ונשתמש בו אחר כך בהיתר לא אסרינן ליה » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט״ו)
Son raisonnement est serré : si l’on admet que les trois jours peuvent être espacés, c’est qu’une interruption ne fait pas rentrer dans la paroi ce qui en est déjà sorti. Alors pourquoi une interruption au milieu du premier jour ferait-elle exception ? Il propose que la sévérité du Tour tienne seulement à la מראית עין.
Terouts — la réponse du Chakh, rapportée par le Baer Hetev
« ומטעם זה לא בעינן ג׳ מעל״ע רצופים אלא ג׳ פליטות זה אחר זה מיהו בלא״ה מותר בדיעבד ולאו דוקא הכא אלא בכל כלי היין שנשתמשו בהן בדיעבד בלי הכשר כלל משום דמסתמא איכא ס׳ נגד הקליפה ושרי לדידן כדלקמן סי׳ קל״ז עכ״ל): » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק כ״א)
La réponse est exacte et referme la ma’hloket : le vidage n’agit pas comme un rinçage prolongé mais comme une macération, et une macération ne s’additionne pas par fragments — il faut vingt-quatre heures d’affilée. Ce qui n’a pas besoin d’être continu, ce sont les trois macérations entre elles.
Nafka mina Une cuve vidée par erreur après vingt heures. Sur le Rachba, on complète le lendemain par quatre heures ; sur le Roch et le Ba’h, la journée est perdue et il faut trois nouvelles périodes. Le Taz permet de s’appuyer sur le Rachba a posteriori, si l’on s’est déjà servi du récipient.

8. מי העירוי — מותרים או אסורים — ce qui sort du récipient est-il devenu interdit ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber permet l’eau retirée ; le Rama rapporte qu’on l’interdit. Derrière ce détail, une question de principe : si l’eau extrait réellement quelque chose, comment resterait-elle permise ?

Les deux positions dans le texte même
« ולסוף כ״ד שעות ישפכם והמים מותרים (ויש אוסרים המים » (שו״ע יו״ד קל״ה:י״ב)
Le Mehaber tient la permission du texte de la braïta elle-même, où un Juif verse de l’eau dans les jarres du non-Juif ; le Rama rapporte le Raavya par le Mordekhi et l’Agouda.
Le Chakh resserre l’interdit en trois conditions
« נראה דוקא מים הואיל ואינן מאכל אלא מים גרידא מחמירין לכתחלה וכמ״ש בסי׳ צ״ד » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ט)
Trois restrictions : cela ne vaut que pour l’eau (la bière et le miel restent permis) ; seulement lorsqu’on l’a mise pour rendre le récipient propre ; et pas du tout lorsqu’elle s’y est trouvée par accident. Le motif n’est donc pas que l’eau serait devenue interdite en soi, mais qu’on ne doit pas annuler un interdit délibérément.
Nafka mina — et la cohérence avec le siman 137 Le Chakh relève lui-même l’objection : au siman 137, le Rama permet d’y mettre de l’eau et d’autres liquides. Sa distinction la résout — là il ne s’agit pas de rendre le récipient propre. C’est un bon exemple de la méthode du Chakh : il ne choisit pas entre deux textes du Rama, il montre qu’ils ne parlent pas du même acte.

9. מי המלח — ט״ס בהגהה — quand un nossé kelim corrige non pas la sévara mais le texte imprimé

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La glose du Rama au seif 12 donne la seule accélération du siman : une saumure forte fait en un jour ce que l’eau fait en trois. Mais la proportion qu’elle indique est exactement l’inverse de celle de la guemara.

Ce que la glose imprimée dit
« מי מלח חזקים שיש בהן שליש מלח וב׳ שלישים מים מועילים במעת לעת (טור בשם הרמ״ה) כמו עירוי ג׳ ימים) (טור בשם הרא״ש): » (רמ״א יו״ד קל״ה:י״ב)
Un tiers de sel, deux tiers d’eau.
Ce que la guemara dit
« מַאי מֵי מֶלַח עַזִּין? רַבָּה וְרַב יוֹסֵף בַּר אַבָּא דְאָמְרִי תַּרְוַויְיהוּ: כֹּל שֶׁהַבֵּיצָה צָפָה בָּהֶן. וְכַמָּה? אָמַר אַבָּיֵי: תְּרֵי תִּילְתֵי מִילְחָא וְתִילְתָּא מַיָּא. » (שבת ק״ח ע״ב)
Deux tiers de sel, un tiers d’eau — et la définition qui précède le confirme : une saumure où l’œuf flotte.
Le Chakh conclut à la faute d’impression
« והש״ך כ׳ בנה״כ שט״ס הוא וצ״ל ב׳ שלישים מלח ושליש מים וכן איתא בש״ס שבת דף ק״ח ע״ב וכ״כ המחבר בא״ח סי׳ שכ״א ס״ב » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק כ״ב)
Trois preuves convergentes : la guemara, l’ensemble des poskim, et le Mehaber lui-même en Orah Haïm. Noter le point de méthode : le Chakh ne dit pas que le Rama se trompe, il dit que le texte imprimé ne rend pas ce que le Rama a écrit. C’est un jugement sur la transmission, non sur la halakha.
Et pourquoi le ציר ומורייס a disparu du Choulhan Aroukh Le Beit Yossef donne la source, une braïta explicite :
« וכתב הטור ורשב״א דשאר כל המשקין אינם מועילין להכשיר במע״ל חוץ מציר ומורייס והמחבר והרב השמיטו הכשר ציר ומורייס משום דלא שכיח בינינו: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״ב)
« כל דבר שצריך עירוי אם הכניס בו ציר או מורייס מותר ליתן בו יין אח״כ וכו׳. ברייתא בפרק אין מעמידין (שם) קנקנים של נכרים חדשים מותרים ישנים ומזופפים אסורים נכרי נותן לתוכן יין ישראל נותן לתוכן ציר ומורייס ואינו חושש ופירש״י נכרי נותן לתוכן יין ישראל נותן לתוכן ציר ומורייס מיד אע״פ שלא מילאהו מים לפי שהציר והמורייס שורפין את היין הנבלע ומכלין אותו. וכתב הרשב״א שנראין דברי רש״י מדאמרינן בגמרא ציר שורף אור לא כל שכן וכן פסקו הפוסקים ז״ל: » (בית יוסף יו״ד קל״ה)
Le Chakh explique l’omission : le Mehaber et le Rama ont laissé tomber ce remède parce qu’il n’était plus d’usage. C’est un rappel utile — le Choulhan Aroukh omet parfois non parce qu’il rejette, mais parce que le cas ne se présente plus.
יסוד : אין המלח מכשיר בכוחו שלו אלא בכוח שריפתו, ומשום כך הוא נמדד בריכוזו ולא בשהייתו : ״עזים״ הוא תנאי, ולא תואר.

10. כדי קליפה ומעת לעת — le Chakh laisse la question ouverte, le Noda biYehouda la referme

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 13 pose que l’absorption ne dépasse pas l’épaisseur d’une pelure. Le Chakh y attache une réserve considérable, qu’il finit par laisser en צריך עיון — et le Pit’hei Techouva rapporte celui qui tranche.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif י״ג

אפילו במכניסו לקיום אינו בולע יותר מכדי קליפה לפיכך אם העביר עליהם מלקט ורהיטני או קלפם בקרדום הוכשרו (אבל קליפת הזפת לא מהני בכלים המכניסים לקיום) (כך משמע מתשובת הרא״ש):

Le texte, et la limite que le Rama y met
« אפילו במכניסו לקיום אינו בולע יותר מכדי קליפה לפיכך אם העביר עליהם מלקט ורהיטני או קלפם בקרדום הוכשרו » (שו״ע יו״ד קל״ה:י״ג)
« אבל קליפת הזפת לא מהני בכלים המכניסים לקיום » (רמ״א יו״ד קל״ה:י״ג)
Deux pelures, deux objets : peler la paroi ôte ce qui a été absorbé ; peler la poix n’ôte que le vecteur, et le vecteur a déjà fait passer.
Le Chakh : cette règle n’est qu’une présomption
« נראה דהיינו מסתמא אמרינן הכי משום שאינו ידוע שנכבש היין בתוכו יום שלם אבל אם היה ידוע שהיה יי״נ בתוכו יום שלם ה״ל כבוש וכבישה אוסר כל הכלי » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״ג)
Il en tire une conséquence lourde : si l’on sait que le vin y est resté un jour plein, il y a eu macération, et la macération vaut cuisson. Il faudrait alors une hag‘ala complète — et pour la terre cuite, rien du tout n’y suffirait.
Terouts — et le Chakh se le fait à lui-même Il propose ensuite l’inverse : puisque l’interdit n’est entré qu’à froid, on peut dire de lui כבולעו כך פולטו et le vidage suffit même après un jour plein ; les Sages savaient que l’eau affaiblit un goût entré à froid. Puis il conclut : צריך עיון. C’est l’une des rares fois où le Chakh écrit successivement les deux branches sans choisir.
Le Pit’hei Techouva rapporte celui qui tranche
« שכתב דדברי הש״ך בס״ק י״ג (הובא בבה״ט סק״ז) הם עיקר לדינא דאפילו אם עמד מעל״ע מהני עירוי » (פתחי תשובה יו״ד קל״ה ס״ק ב)
Le Noda biYehouda tranche pour la branche indulgente : même si le vin y est resté vingt-quatre heures, le vidage suffit. Attention à la référence : le Pit’hei Techouva renvoie au ס״ק י״ג du Chakh — celui qui exige un vidage en tout état de cause — et non au ס״ק ל״ג où la question est posée.
Nafka mina Un tonneau où le vin est resté une semaine. Sur la première branche du Chakh, aucune hag‘ala n’y suffirait s’il est de terre cuite ; sur le Noda biYehouda, le protocole ordinaire du seif 12 s’applique. C’est la différence entre un récipient à mettre au rebut et un récipient à traiter.

11. הגעלה ועירוי — ר״ת ור״י — le versement peut-il valoir un keli richon ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 15 ouvre une seconde voie, thermique celle-là. Le Mehaber exige un keli richon ; le Rama rapporte une voie plus légère et décrit l’usage. Toute la question est de savoir jusqu’où l’on peut descendre sans quitter le keli richon.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ט״ו

כלי עץ וכלי עור וכלי חרס אפילו מזופתים ואפילו מכניסן לקיום ניתרים בהגעלה בכלי ראשון: הגה ויש מתירין אפילו ע״י עירוי שמערה בהן רותחין ולגלגלן (טור בשם ר״ח ותשובת הרא״ש) ויש לסמוך על זה בדיעבד (ב״י) ואפילו לכתחילה נוהגין ליתן אבנים קטנים מלובנים תוך החבית או (גדולים) ונותנן על המשפך ושופך עליהם רותחים ויורדים לתוך החבית ומגלגלו ומחשבים זה לכלי ראשון (ארוך כלל נ״ח):

La source : la michna des ustensiles du pressoir
« רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הָרוֹצֶה לְטַהֲרָן מִיָּד, מַגְעִילָן בְּרוֹתְחִין, אוֹ חוֹלְטָן בְּמֵי זֵיתִים. » (עבודה זרה ע״ה ע״א)
Le mot de la michna est מגעילן ברותחין, sans autre précision — et c’est de là que naît la question du niveau du récipient.
Le Chakh explique pourquoi l’on est indulgent ici
« ואפילו למ״ד עירוי אינו ככלי ראשון שרי הכא כיון דתשמישו בצונן תוס׳ ופוסקים ומה״ט הקילו נמי הפוסקים הכא בהכשר שכתב הרב: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״ד)
L’argument est le même qu’au premier chapitre de ce niveau : l’absorption s’est faite à froid, donc la restitution n’a pas besoin de la pleine puissance d’un keli richon. Toute l’indulgence du siman procède d’une seule prémisse.
Ma’hloket sur la portée de la permission de Rabbenou Tam
« ויש מתירין אפילו ע״י עירוי שמערה בהן רותחין ולגלגלן » (רמ״א יו״ד קל״ה:ט״ו)
« נראה דוקא מכלי ראשון דכל מה שאפשר לקרב לנו לעיקר הדין כן עבדינן לכתחלה » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י״ט)
Le Rama écrit שמערה בהן רותחין sans dire d’où. Le Taz, contre une lecture large, démontre par la responsa du Roch que même Rabbenou Tam exigeait que l’eau vînt d’un keli richon : c’est le roulement qui est allégé, non la source de la chaleur.
Le Baer Hetev en fait une règle courte
« כ׳ הט״ז נראה דוקא מכלי ראשון ובמזופף לא מהני שום דבר רק קליפת הזפת ולהכשירו אחר כך אם א״א שיכניסנו לכלי ראשון ואי לא עביד הכי אפילו דיעבד אסור ע״ש: » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק כ״ה)
Et il ajoute la conséquence que le Taz tire pour le récipient poissé : là, seule la pelure de la poix ouvre la voie, et le traitement thermique vient après. Une hag‘ala sur un récipient encore poissé ne rachète rien.
Nafka mina Un fût de bois qu’on ne peut pas plonger. La solution du Rama — des pierres portées au blanc dans le fût, l’eau bouillante versée dessus, puis on le roule — est exactement le procédé que la pratique emploie encore. Mais elle ne vaut, selon le Taz, que si l’eau vient elle-même d’un keli richon.

12. יסוד הסימן — לחלוחית ולא חומר — pourquoi le dernier seif justifie tous les autres

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman s’achève sur un remède qui ne demande aucun geste. Le Beit Yossef y voit une difficulté ; le Taz montre qu’il n’y en a pas, et sa réponse dit ce qu’est l’interdit dont il est question depuis le premier mot.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ט״ז

כל הכלים שישנן י״ב חדש שרי שודאי כלה כל לחלוחית יין שבהם ואפילו נתן לתוכם מים תוך י״ב חדש אין בכך כלום:

Deux formules de la guemara, et la difficulté
« וְהִלְכְתָא קַנְקַנִּים שֶׁל גּוֹיִם לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ מוּתָּרִין. » (עבודה זרה ל״ד ע״א)
« הָנֵי גּוּלְפֵי, בָּתַר תְּרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא שָׁרֵי. » (עבודה זרה ל״ד ע״א)
Les Tossefot écrivent qu’il n’est pas de récipient qui ne soit rendu propre par un vidage. Le Beit Yossef objecte : la guemara dit des גולפי qu’ils sont permis après douze mois — signe qu’un vidage n’y suffisait pas.
Le Taz retourne l’objection
« אלא ברור הוא דלא בעי שם בגמרא למעט גולפי מתקנת עירוי אלא בא לומר אם לא עשה עירוי ושהה י״ב חודש שרי גם כן » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק י״ט)
Sa lecture est la bonne : la guemara n’exclut pas les גולפי du vidage, elle ajoute une seconde voie pour celui qui n’a pas fait de vidage. Et il apporte le Rambam en preuve : là où celui-ci traite des cruches, il donne l’un et l’autre. Douze mois ne remplacent pas le vidage — ils s’y ajoutent.
Combien de jours font douze mois ?
« דהנך חדשים הם חדשי לבנה כל חודש כ״ט יום ע״ש: » (פתחי תשובה יו״ד קל״ה ס״ק ג)
Le Pit’hei Techouva rapporte le Brit Avraham, qui l’établit d’après les Tossefot de Nidda 65b : ce sont des mois lunaires. Le calcul importe : trois cent quarante-huit jours et non trois cent soixante-cinq.
Les deux dernières remarques du Chakh, et ce qu’elles confirment
« וא״צ להתיר הקשרים הרשב״א ופוסקים וכ״פ ב״י » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״ה)
« ואפי׳ יין כן הוא בתשו׳ הרא״ש ומביאו ב״י וע״ל סי׳ קל״ז ס״ק י״ח: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק ל״ו)
Pour le vieillissement, on n’a pas à défaire les nœuds d’une outre — l’eau, elle, entre partout, mais le temps agit sans qu’on ouvre quoi que ce soit. Et l’eau mise dans le récipient pendant l’année ne recommence pas le décompte ; même du vin, écrit le Chakh au nom du Roch, ne le recommencerait pas.
יסוד : הסימן כולו עומד על הנחה אחת : אין בדופן אלא לחלוחית יין שנבלעה בצונן. ומשום כך ששת ההכשרים מתחלפים זה בזה, ומשום כך שנים עשר חודש עולים לכולם ; ומשעה שהתשמיש בחמין או שנכבש היין מעת לעת, ההנחה נופלת והסימן יוצא מגדרו אל דין האיסורים הכללי.
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
Pilpoul et iyoun sur les récipients du vin · Siman קל״ה · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude et à l’iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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