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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 139 — L’idole, ce qui la sert, ce qui l’orne, ce qu’on lui offre : à partir de quand, et jusqu’à quand — étude et pilpoul
סימן קל״ט
דִּינֵי אֱלִילִים וּבִטּוּלָם וּמְשַׁמְּשֵׁיהֶם וּכְלֵיהֶם
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ט (ט״ו סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (י״א ס״ק), ט״ז (ח׳ ס״ק), באר היטב (י״ב ס״ק), נקודות הכסף, בית יוסף, טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה נ׳ ע״א (רב גידל : תקרובת אין לה בטילה) · נ׳ ע״ב ונ״א ע״א (שבר מקל, זרק מקל, חגב, כעין פנים) · נ״א ע״ב (מצא בראשו, קלקלין, משנת רבי ישמעאל ורבי עקיבא) · נ״ב ע״א (הלימוד מן הכתובים, משמשיה) · נ״ג ע״ב (ישראל שזקף לבינה)
רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרקים ב׳, ג׳, ז׳, ח׳

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva : l’idole du non-Juif et celle du Juif, et la brique dressée (seif 1)
  2. ישראל מומר — le Taz, la Dericha et l’objection des Nekoudot HaKessef depuis le Rambam (seif 1)
  3. תקרובת אין לה ביטול — pourquoi l’offrande est plus grave que l’idole elle-même (seif 2)
  4. כעין פנים וכדרך עבודתה — les deux voies du חיוב et la seule voie de l’איסור, d’après le Ran (seif 3)
  5. שבירת מקל — le Chakh lit le Tour autrement que le Beit Yossef (seif 3)
  6. שחט לפניה חגב — le Rambam que le Chakh range avec Rabbi Yehouda (seif 4)
  7. גדר התקרובת — l’acte ou le lieu ? Le Tour, le Rambam, et la rigueur du Ba’h (seifim 5 à 7)
  8. נרות של שעוה — le seif 9 et le seif 12 : Rachi, Rabbenou Yona, le Chakh et le Taz (seifim 9 et 12)
  9. מלבושים וכלים — l’ornement des prêtres, le calice et l’encensoir (seifim 11 à 13)
  10. ספרי עובדי כוכבים — écrire, vendre, prêter, relier : trois avis et un והמחמיר (seifim 14 et 15)

1. שורש הסימן — deux idoles, deux moments, et la brique dressée

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 1 pose une asymétrie que rien, à première vue, ne justifie : l’idole d’un non-Juif est interdite dès qu’elle est faite, celle d’un Juif seulement une fois servie. La michna l’énonce, la guemara la fonde sur des versets, et le Taz refuse qu’on en cherche la raison.

« עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל נׇכְרִי — אֲסוּרָה מִיָּד, וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל — אֵין אֲסוּרָה עַד שֶׁתֵּיעָבֵד » (עבודה זרה נ״א ע״ב)

La guemara identifie l’auteur de la michna, et révèle qu’un tanna soutenait exactement l’inverse :

« מִכָּאן אָמְרוּ: עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל נׇכְרִי אֵינָהּ אֲסוּרָה עַד שֶׁתֵּיעָבֵד, וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל אֲסוּרָה מִיָּד, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
« רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: חִילּוּף הַדְּבָרִים, עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל נׇכְרִי אֲסוּרָה מִיָּד, וְשֶׁל יִשְׂרָאֵל עַד שֶׁתֵּיעָבֵד » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
Ḥakira : qu’est-ce qui rend l’objet interdit — le statut qu’il reçoit, ou l’acte qu’on lui fait ? (א) Le statut : dès qu’une chose est faite dieu (חלות שם אלוה), elle est interdite, et le culte n’est qu’une manière parmi d’autres de lui conférer ce nom. (ב) L’acte : c’est le service rendu à l’objet qui l’interdit, et la fabrication n’est qu’une préparation. Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva ne se partagent pas les deux branches — chacun applique l’une au non-Juif et l’autre au Juif, en sens inverse. La halakha suit Rabbi Akiva : pour le non-Juif (א), pour le Juif (ב).

Pour chacun des deux, la guemara donne son verset — et c’est de ces deux versets que le Taz fera, au ס״ק א, la première ligne de son commentaire :

« מִשֶּׁפִּסְּלוֹ נַעֲשֶׂה אֱלוֹהַּ » (עבודה זרה נ״ב ע״א)
« עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה לָהּ דְּבָרִים שֶׁבַּסֵּתֶר » (עבודה זרה נ״ב ע״א)
« דכתיב פסילי אלהיהם תשרפון באש משפסלו נעשה להם אלוה אבל בשל ישראל כתיב ושם בסתר אינו חייב עד שישים דברים שבסתר » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק א)
Ce que le Taz refuse : la raison. On serait tenté d’expliquer l’asymétrie — le non-Juif tient sa statue pour un dieu dès qu’il l’a achevée, le Juif ne s’y attache que s’il la sert. Le Taz coupe court :
« ואין לדרוש לטעמיה דקראי אלא גזירת המלך הם דישראל אינו אוסר עד שיעבוד » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק א)

Le refus n’est pas une paresse : c’est la prémisse de toute la section suivante sur l’apostat. Si la règle tenait à une raison, on pourrait l’étendre par analogie ; si c’est un décret, on ne l’étend pas au-delà des mots des versets.

Les accessoires, eux, ne connaissent pas cette asymétrie — et la guemara le dit en passant, dans une question de Rav Hamnouna :

« בֵּין לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל וּבֵין לְרַבִּי עֲקִיבָא מְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, וּמְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדָה זָרָה אֵין אֲסוּרִין עַד שֶׁיֵּעָבֵדוּ » (עבודה זרה נ״ב ע״א)
« וּמְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בֵּין שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים בֵּין שֶׁל יִשְׂרָאֵל אֵינָן אֲסוּרִין עַד שֶׁיִּשְׁתַּמְּשׁוּ בָּהֶן לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה ד׳)

Et le Beit Yossef en tire les ornements par un kal va’homer — ce qui explique que le Mehaber les range avec les accessoires au seif 1 :

« וכיון דמשמשי אליל אינן אסורין עד שיעבדו כ״ש לנויה » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
ObjetChez le non-JuifChez le JuifSource
L’idoleDès qu’elle est faite — משפסלוUne fois servie — ושם בסתרRabbi Akiva, נ״ב ע״א
Ses accessoiresUne fois employésUne fois employésRav Hamnouna, נ״ב ע״א ; רמב״ם הלכות עבודה זרה פרק ז׳ הלכה ד׳
Ses ornementsUne fois employésUne fois employésBeit Yossef, kal va’homer
Son offrandeDès qu’elle est apportéeDès qu’elle est apportéeSeif 1, fin
Kouchia : la brique dressée par un Juif est-elle une idole de Juif, ou de non-Juif ? Le Rama ajoute au seif 1 : un Juif a dressé une brique pour s’y prosterner, ne l’a pas fait, et un non-Juif s’est prosterné. Selon (ב), une idole de Juif n’est interdite que par son culte — or ici c’est le non-Juif qui a servi. Selon (א), la brique n’a jamais été « faite dieu » par une sculpture. D’où vient l’interdit ?
« יִשְׂרָאֵל שֶׁזָּקַף לְבֵינָה, גַּלִּיא דַּעְתֵּיהּ דְּנִיחָא לֵיהּ בַּעֲבוֹדָה זָרָה, וְכִי אֲתָא גּוֹי וּפְלַח לַהּ, שְׁלִיחוּתָא דִּידֵיהּ קָעָבֵיד » (עבודה זרה נ״ג ע״ב)
Terouts : le culte du non-Juif est celui du Juif, par délégation. Dresser la brique n’est pas la sculpter, mais c’est révéler une volonté ; le non-Juif qui s’y prosterne accomplit la mission du Juif. La brique est donc bien une idole de Juif servie — et, comme toute idole de Juif, elle n’a pas d’annulation. Le Chakh le précise, et il en pose la limite exacte :
« אבל זקף עובד כוכבים לבינה אחרת משל ישראל והשתחוה לה אינה נאסרת דשמא לא ניחא ליה אלא בזו שזקף » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק א)

La délégation ne s’étend qu’à ce que le Juif a lui-même désigné. Et la guemara laisse ouverte la question de l’œuf, dont le dressage n’est pas visible :

« לְבֵינָה הוּא דְּמִינַּכְרָא זְקִיפָתָהּ, אֲבָל בֵּיצָה — לָא? אוֹ דִּלְמָא לָא שְׁנָא? תֵּיקוּ » (עבודה זרה מ״ו ע״א)
« וְכֵן אִם זָקַף בֵּיצָה וּבָא עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְהִשְׁתַּחֲוָה לָהּ אֲסָרָהּ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ח׳ הלכה ג׳)
Nafka mina Un objet appartenant à un Juif, qu’il a lui-même préparé pour un culte, et qu’un non-Juif a servi à sa place. Sur (ב) pris seul, on aurait dit : idole de Juif non servie par lui, donc permise. La guemara répond par la délégation, et le Chakh en tire la double conséquence : interdite, et sans annulation — le non-Juif qui l’a servie n’en est pas le maître.
יסוד של עובד כוכבים נאסרת בשם — משפסלו נעשה אלוה ; של ישראל נאסרת במעשה — עד שיעשה לה דברים שבסתר. ושתיהן גזירת הכתוב, ולפיכך אין למדים מזו על זו, ואין דורשים טעמן.

2. ישראל מומר — le Taz contre la Dericha, et les Nekoudot HaKessef contre le Taz

C’est la seule ma’hloket du siman où le Chakh répond au Taz par une ligne des Nekoudot HaKessef, et elle naît directement du refus de la raison, à la section précédente.

« ודבר פשוט נ״ל דאפי׳ ישראל מומר לעבודת כוכבי׳ נקרא ישראל ודינו עד שיעבוד דאע״פ שחטא ישראל הוא כדאיתא בהרבה דוכתי וכן לענין ביטול שאין יכול לבטל אליל כמו ישראל » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק א)

Le Taz sait qu’on a soutenu le contraire, et il dit contre qui il écrit :

« ודלא כמ״ש בדרישה בהג״ה סי׳ קמ״ה דישראל מומר לעבודת כוכבים דינו כעובד כוכבים דהא ילפינן לה כאן מקראי דעשה הבדל בין עובד כוכבי׳ לישראל » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק א)
La structure de l’argument. La Dericha raisonne par la raison : celui qui sert les idoles est, pour ce sujet, un idolâtre — son idole est un dieu dès qu’il l’a faite. Le Taz raisonne par la source : les versets distinguent « leurs dieux » de « ce qu’il place en secret », et le mot qui décide est ישראל, que l’apostat n’a pas perdu (אע״פ שחטא ישראל הוא). Deux conséquences suivent d’un seul principe : son idole n’est interdite qu’une fois servie, et il ne peut annuler une idole, pas plus qu’un autre Juif.

Les Nekoudot HaKessef ne discutent pas le raisonnement ; ils opposent un texte :

« ומדברי הרמב״ם פ״ב מהל׳ עבודת כוכבים משמע כהדרישה ע״ש » (נקודות הכסף יו״ד קל״ט)
« יִשְׂרָאֵל שֶׁעָבַד עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הֲרֵי הוּא כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לְכָל דְּבָרָיו וְאֵינוֹ כְּיִשְׂרָאֵל שֶׁעוֹבֵר עֲבֵרָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ סְקִילָה » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ב׳ הלכה ה׳)
Kouchia sur l’objection. Le Rambam dit לכל דבריו — « en toutes ses affaires ». Mais le Taz n’a pas nié que l’apostat soit traité comme un idolâtre ; il a nié qu’il ait cessé d’être nommé Juif là où un verset dit « Juif ». La question est donc de savoir si לכל דבריו du Rambam porte aussi sur des règles fondées sur un décret nominal, ou seulement sur celles qui suivent la conduite de l’homme.
Deux lectures possibles des Nekoudot HaKessef. (א) Le Chakh tient que לכל דבריו est sans exception, et que la « raison » de la Dericha est en réalité la position du Rambam : c’est parce qu’il est comme un idolâtre que sa statue est un dieu dès qu’elle est faite. (ב) Le Chakh se borne à signaler que le Taz a présenté comme דבר פשוט ce qui a contre lui un Richon de premier rang — d’où le ע״ש, « va y voir », sans trancher. Le Baer Hetev, qui rapporte les deux textes à la suite, ne tranche pas non plus :
« כתב הט״ז ודבר פשוט נ״ל דאפילו ישראל מומר נקרא ישראל ודינו עד שיעבוד דאע״פ שחטא ישראל הוא וכן לענין ביטול שאינו יכול לבטל אציל כמו ישראל ודלא כמ״ש בדרישה בהג״ה סימן קמ״ה דישראל מומר דינו כעובד כוכבים » (באר היטב יו״ד קל״ט ס״ק א)
PositionL’idole de l’apostat, avant tout culteL’apostat peut-il annuler ?Fondement
Dericha (145, glose)Interdite dès qu’elle est faiteOui, comme un non-JuifIl est, pour ce sujet, un idolâtre
Taz ס״ק אPermise jusqu’au culteNonLe verset dit « Juif », et il l’est resté ; גזירת המלך
Nekoudot HaKessefComme la Dericha, d’après le Rambamהרי הוא כעובד כוכבים לכל דבריו
Nafka mina Deux cas, et ils ne vont pas dans le même sens. Premier cas : une statue faite par un apostat, jamais servie — selon le Taz elle est permise, selon la Dericha interdite. La rigueur est du côté de la Dericha. Second cas : une idole de non-Juif, dont l’annulation a été faite par un apostat — selon le Taz elle ne vaut rien, et l’objet reste interdit ; selon la Dericha elle vaut. Ici la rigueur est du côté du Taz. Une chita qui rend l’apostat « non-Juif » allège dans un cas et aggrave dans l’autre : c’est le signe qu’on n’est pas devant une houmra, mais devant une définition.
יסוד לדעת הט״ז השם קובע ולא המעשה : מומר — ישראל הוא, ואלילו כשל ישראל, וביטולו אינו ביטול. ולדעת הדרישה, ולפי הנקודות הכסף אף לדעת הרמב״ם, המעשה עוקר את השם לענין זה.

3. תקרובת אין לה ביטול — pourquoi l’offrande est plus grave que le dieu

Le seif 2 dit une chose qui devrait surprendre : l’idole d’un non-Juif peut être annulée, mais ce qu’on lui a offert ne le peut jamais. L’accessoire est plus faible que la chose ; comment l’offrande peut-elle être plus forte ?

« אליל של ישראל אין לה ביטול אבל של עובד כוכבים ותשמישיה ונויה יש להם ביטול ותקרובתה אין לה ביטול » (שו״ע יו״ד קל״ט:ב)

La source est une tradition de Rav, et elle repose sur une comparaison au mort :

« מָה מֵת אֵין לוֹ בְּטִילָה לְעוֹלָם, אַף תִּקְרוֹבֶת עֲבוֹדָה זָרָה אֵין לָהּ בְּטִילָה לְעוֹלָם » (עבודה זרה נ׳ ע״א)

Le Taz donne, pour chacune des trois clauses du seif, son verset — et il ne s’en contente pas :

« דכתיב לא תטע לך אשרה אצל המזבח מה מזבח טעון גניזה אף עובד כוכבים טעון גניזה ושל עובד כוכבים כתיב בה פסילי אלהיהם משמע שיכול לפסול אלוה שלו » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ג)
Ḥakira : l’annulation ôte-t-elle un nom, ou exprime-t-elle un reniement ? (א) Elle ôte un nom : l’objet était « dieu », il ne l’est plus, et tout ce qui tenait à ce nom tombe avec lui. (ב) Elle exprime un reniement : le propriétaire a montré qu’il ne tient plus l’objet pour sacré, et l’interdit — qui suivait sa pensée — cesse avec elle. Sur (ב), on ne voit pas pourquoi l’offrande ferait exception : le prêtre qui jette les restes du sacrifice les renie autant qu’il renie une statue brisée. Sur (א), l’offrande n’a jamais porté le nom de dieu — elle n’a donc rien à perdre par une annulation.
« ונרא׳ לי הטעם דתקרובת גרע (מאליל) [דאליל] עצמו ונויו תלוין בשלימותו דכל זמן שהוא שלם הוא פלח ליה וכן מחזיק אותה לנוי אבל אם נפסל בטל ממנו מחשבה זו מה שאין כן בתקרובת דאפילו דבר מועט שאינו חשוב מקריב לפניו נמצא דלא פקע איסור אם נפסל » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ד)
Terouts du Taz : l’annulation agit sur ce qui dépend de l’intégrité. L’idole et son ornement tiennent à leur entièreté : on adore ce qui est entier, on orne avec ce qui est beau ; mutilé, l’objet a perdu ce qui le faisait servir, et la pensée qui l’attachait au culte s’en va. L’offrande n’a jamais tenu à cela — on offre une chose infime, laide, sans valeur. La mutiler ne lui retire rien qu’elle ait eu ; l’interdit n’a donc pas de quoi tomber. C’est la branche (א), et le Taz la formule en termes de ce sur quoi la pensée se fixe.

Le Rambam dit la règle sans le motif, mais il place le même mot — לעולם — sur l’idole du Juif et sur l’offrande, et c’est le rapprochement que le Taz a expliqué :

« וְתִקְרֹבֶת עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֵינָהּ בְּטֵלָה לְעוֹלָם » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ח׳ הלכה ט׳)
« כְּשֶׁבָּאוּ לְיָדֵינוּ וְהֵן נוֹהֲגִין בָּהֶם אֱלֹהוּת, אֲבָל אִם בִּטְּלוּם הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ח׳ הלכה ח׳)
ObjetAnnulable ?VersetMotif selon le Taz
Idole d’un non-Juif, ses accessoires, ses ornementsOuiפסילי אלהיהם — il peut « rendre profane » son dieuIls tiennent à l’intégrité ; brisés, la pensée s’en va
Idole d’un JuifJamaisאשרה אצל המזבח — comme l’autel, elle exige l’enfouissementDécret : גניזה
OffrandeJamaisזבחי מתים — comme un mortElle n’a jamais dépendu de sa valeur ni de son intégrité
Nafka mina entre (א) et (ב) Une offrande que le prêtre lui-même a jetée, piétinée, tenue pour un rebut. Sur (ב) — reniement — c’est l’annulation la plus claire qui soit, et l’objet devrait être permis. Sur (א) — nom — il n’y a rien à annuler, et l’objet reste interdit à jamais. La halakha suit (א) : c’est le sens du mot עולמית chez Rav, et c’est ce que le Taz a voulu rendre intelligible. Le Baer Hetev reprend son explication mot pour mot :
« והטעם דתקרובת עבודת כוכבים אין לו ביטול דאליל עצמו ונויו תלוין בשלמותו וכל זמן שהוא שלם פלח ליה וכן מחזיק אותה לנוי אבל אם נפסל בטלה ממנו מחשבה זו משא״כ בתקרובת דאפילו דבר מועט שאינו חשוב מקריב לפניו נמצא דלא פקע איסורו אם נפסל » (באר היטב יו״ד קל״ט ס״ק ג)
יסוד הביטול מסלק שם — ואין הוא מסלק אלא ממה שהיה תלוי בשלימותו. האליל ונויו תלויים בשלימותם, ובטלים ; התקרובת אינה תלויה בכלום, ואין לה ביטול לעולם.

4. כעין פנים וכדרך עבודתה — deux questions que le seif 3 ne sépare pas

Le seif 3 répète trois fois חייב ולא נאסר, et une fois אינו חייב ולא נאסר. Il mêle donc deux questions — l’homme est-il passible ? l’objet est-il interdit ? — dont les réponses ne coïncident pas. C’est le Ran qui les a séparées, et le Taz qui l’a rapporté.

Tout part de deux traditions de Rav, dont la seconde ajoute à la première le sort de l’objet :

« אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁעוֹבְדִין אוֹתָהּ בְּמַקֵּל, שָׁבַר מַקֵּל בְּפָנֶיהָ — חַיָּיב, זָרַק מַקֵּל בְּפָנֶיהָ — פָּטוּר » (עבודה זרה נ׳ ע״ב)
« אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ אָמַר רַב: עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁעוֹבְדִין אוֹתָהּ בְּמַקֵּל, שָׁבַר מַקֵּל בְּפָנֶיהָ — חַיָּיב וְנֶאֱסֶרֶת, זָרַק מַקֵּל לְפָנֶיהָ — חַיָּיב וְאֵינָהּ נֶאֱסֶרֶת » (עבודה זרה נ״א ע״א)
Kouchia de Rava : si briser ressemble à l’égorgement, jeter ressemble à l’aspersion. Les deux sont des gestes du Temple ; pourquoi l’un interdit-il le bâton et l’autre non ?
« בָּעֵינַן זְרִיקָה מִשְׁתַּבֶּרֶת, וְלֵיכָּא » (עבודה זרה נ״א ע״א)
« פרש״י כעין זריקת דם שלפנים שאינה מחוברת אלא משתברת ונופל טיפין טיפין לאפוקי זרק מקל. אבל שיבר מקל הוה כעין זביחה ששובר צוואר בהמה » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ו)
« שֶׁאֵין זְרִיקַת הַמַּקֵּל כְּעֵין זְרִיקַת הַדָּם שֶׁהֲרֵי הַמַּקֵּל כְּמוֹ שֵׁהוּא וְהַדָּם מִתְפַּזֵּר » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ד׳)
Terouts : la ressemblance au Temple est une ressemblance de résultat, non de geste. L’égorgement brise ; l’aspersion se disperse. Un bâton brisé est brisé — le résultat est là. Un bâton jeté reste un bâton — le geste est là, le résultat non. C’est pour cela que Rambam ajoute, à la lettre de la guemara, la phrase שהרי המקל כמו שהוא והדם מתפזר.

Reste la question de fond : pourquoi jeter le bâton rend-il passible, s’il ne rend pas l’objet interdit ? Le Ran répond en séparant ce que le seif 3 avait mêlé :

« כתב הר״ן לענין חיובא חדא מתרתי מחייב או כעין פנים ונפקא לן מזובח לאלהים יחרם או כדרך עבודתה ונפקא לן מאיכה יעבדו אבל לגבי איסור תקרובת לעולם אינו חייב אלא כעין פנים דנפקא מאשר חלב זבחימו » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ז)
« אבל לגבי איסורא של תקרובת לעולם אינו נאסר אלא בכעין פנים דאיסור תקרובת מאשר חלב זבחימו יאכלו נפקא » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Ḥakira : l’interdit de l’offrande est-il une conséquence du culte, ou une catégorie à part ? (א) Conséquence : tout ce par quoi on a servi une idole devient son offrande — et alors ce qui rend passible devrait rendre interdit. (ב) Catégorie : « offrande » est un nom défini par la Tora (אשר חלב זבחימו), qui vise ce qui ressemble aux sacrifices — et un acte peut être un culte sans produire une offrande. Le Ran choisit (ב), et c’est la seule façon de lire חייב ואינה נאסרת : deux versets rendent passible, un seul interdit l’objet.
Cas du seif 3Culte à sa manière ?Ressemble au Temple ?L’hommeLe bâton
Idole servie au bâton — bâton briséNon (on l’agite, on ne le brise pas)Oui — כעין זביחהחייבנאסר
Idole servie au bâton — bâton agitéOuiNonחייבלא נאסר
Idole servie au bâton — bâton jetéNonNon — pas de זריקה משתברתאינו חייבלא נאסר
Idole servie en jetant — bâton jetéOuiNonחייב (Chakh ס״ק ה)לא נאסר

La dernière ligne n’est pas dans le Mehaber : c’est le Chakh qui l’ajoute, d’après le Ran, et qui l’identifie à la tradition de Rav Na’hman :

« דווקא כשאין עבודתה בזריקה אבל אם עבודתה בזריקה חייב ולא נאסר כך כתב הר״ן והיינו דאמר רב נחמן בש״ס זרקו לפניה חייב ולא נאסר וכן הוא ברמב״ם » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ה)

Rachi, sur le cas du bâton brisé, dit en une phrase pourquoi les deux réponses sont ici positives — et c’est le seul cas du tableau où elles le sont :

« המקל בין שעבודתה בשבירה בין שאין עבודתה בשבירה הויא עבודה להתחייב והויא תקרובת ליאסר כדאמרן דכעין זביחה היא » (רש״י עבודה זרה נ״א ע״א ד״ה שבר מקל לפניה חייב ונאסרת)
Nafka mina Une idole que l’on sert en jetant devant elle des objets — le cas de Markoulis, à la section 7. Sur (א), chaque objet jeté serait une offrande sans annulation possible. Sur (ב), l’objet jeté n’est pas une offrande — il n’y a pas de זריקה משתברת — et c’est précisément la difficulté que Rava oppose à Rav Na’hman : « alors, par quoi les pierres de Markoulis sont-elles interdites ? » La réponse de Rav — נעשה כמגדל עבודה זרה — confirme (ב) : elles sont interdites comme idole, non comme offrande.
יסוד שתי שאלות הן : חיוב הגברא — בכעין פנים או בכדרכה ; ואיסור החפצא — בכעין פנים בלבד. ומה שאינו כעין פנים — חייב ואינה נאסרת.

5. שבירת מקל בלא עבודת מקל — le Chakh lit le Tour autrement que le Beit Yossef

Un mot du Tour est en cause. Le Beit Yossef y voit une omission et le complète ; le Chakh y voit une chita, et il l’a défendue ailleurs.

Le Tour écrit, pour le bâton brisé devant une idole qu’on ne sert pas au bâton :

« אבל אם אין עובדין אותה במקל כלל ושבר המקל לפניה לא נאסר » (טור יו״ד קל״ט)

Seulement לא נאסר — rien sur l’homme. Le Beit Yossef complète :

« אלא שבמ״ש אבל אם אין עובדין אותה במקל כלל ושבר המקל לפניה לא נאסר יש קיצור שהו״ל לכתוב אינו חייב ואינו נאסר » (בית יוסף יו״ד קל״ט)

Et le Mehaber, dans le Choul’han Aroukh, écrit ce qu’il a dit qu’il fallait écrire :

« אבל אם אין עובדים אותה במקל כלל ושיבר מקל לפניה אינו חייב ולא נאסר » (שו״ע יו״ד קל״ט:ג)
Kouchia du Chakh : le Tour n’a rien omis. Il a écrit לא נאסר parce qu’il ne voulait dire que cela — et sur l’homme, sa position est l’inverse de ce que le Beit Yossef lui prête :
« לטעמיה אזיל שכתב כן לדעת הטור ואחריו נמשכו הפרישה והב״ח אבל בספרי כתבתי דדעת הטור דלענין חיובא אע״פ שאין עובדים אותה כלל במקל חייב ולא נאסר וכדעת האחרים שהביא הר״ן » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ד)

« Les autres que rapporte le Ran » : ceux qui lisent la tradition de Rav Na’hman comme portant, elle aussi, sur une idole qu’on sert en agitant le bâton — et qui en déduisent que la mention du culte au bâton n’était pas une condition :

« ואחרים פירשו דהא דרב נחמן אמר רבה בר אבוה בעבודת כוכבים שעובדין אותה בקשקוש מקל היא דומיא דההיא דאמר רב יהודה אמר רב דלעיל ואמוראי נינהו אליבא דרב » (ר״ן על עבודה זרה כ״ג ע״א)
« והא דנקט בש״ס עובדי׳ לרבותא דזריקה דאפי׳ בעובדים פטור וכן הוא דעת הראב״ד בהשגות » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ד)
Le renversement du Chakh. La guemara dit « une idole qu’on sert au bâton ». Pour Rachi et le Beit Yossef, c’est la condition du חיוב dans le cas du bâton brisé : sans culte au bâton, briser n’est rien. Pour le Chakh — et le Raavad —, c’est le rebouta du cas du bâton jeté : même quand on la sert au bâton, jeter ne rend pas passible. Le bâton brisé, lui, rend passible partout, parce que briser est כעין זביחה pour toute idole du monde — exactement comme égorger une bête rend passible devant toute idole. Le Tour n’a donc parlé que de l’objet : לא נאסר, parce que l’objet, lui, n’est interdit que là où l’acte est aussi sa manière d’être servie.

Et le Chakh tire de cette lecture la cohérence du Tour au seif suivant — la sauterelle :

« ועפ״ז ישבתי הא דכ׳ הטור בשחט לפניה חגב דנאסר אפי׳ אין דרך לעובדה בחגב כלל » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ד)
Lecture« Servie au bâton », dans la guemaraBâton brisé, idole sans bâton — l’homme— le bâton
Rachi, Beit Yossef, Pericha, Ba’h — et le Choul’han AroukhCondition du חיובאינו חייבלא נאסר
Le Tour selon le Chakh, le Raavad, « les autres » du RanRebouta pour le bâton jetéחייבלא נאסר
Nafka mina Un homme brise un bâton devant une idole qui n’a jamais été servie par un bâton. Pour l’objet, tous s’accordent : permis. Pour l’homme, le Choul’han Aroukh l’exempte et le Chakh le déclare passible. Le Baer Hetev consigne la position du Chakh en une ligne, sans la trancher :
« כתב הש״ך ולדעת הטור לענין חיובא אע״פ שאין עובדין אותה כלל במקל חייב ולא נאסר עכ״ל » (באר היטב יו״ד קל״ט ס״ק ו)
יסוד לדעת הש״ך, כעין זביחה מחייב בכל אליל שבעולם, ואינו אוסר אלא באליל שדרכה בכך. ולפיכך לא כתב הטור אלא לא נאסר — ולא חסר כלום.

6. שחט לפניה חגב — le Rambam que le Chakh range avec Rabbi Yehouda

Le seif 4 tient en une ligne, et le Chakh lui consacre son plus long ס״ק. Ce qui est en jeu, c’est la lecture du Rambam — et le Chakh la retourne contre le Beit Yossef, le Kessef Michné et le Migdal Oz réunis.

« שחט לפניה חגב נאסר אפי׳ אין דרך לעובדה בחגב כלל » (שו״ע יו״ד קל״ט:ד)

La guemara avait proposé de voir dans la sauterelle une ma’hloket de tannaïm, puis y avait renoncé :

« לֵימָא כְּתַנָּאֵי: שָׁחַט לָהּ חָגָב — רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב, וַחֲכָמִים פּוֹטְרִים » (עבודה זרה נ״א ע״א)
« לָא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא לָא אָמְרִינַן כְּעֵין זְבִיחָה, אֶלָּא כְּעֵין פְּנִים בָּעֵינַן, וְשָׁאנֵי חָגָב הוֹאִיל וְצַוָּארוֹ דּוֹמֶה לְצַוַּאר בְּהֵמָה » (עבודה זרה נ״א ע״א)

Le Beit Yossef explique le psak du Tour, et signale le Rambam en une ligne :

« ופסק הראב״ד כר״י משום דר״י ור״נ אליבא דרב ס״ל כר״י » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« אבל הרמב״ם ז״ל פסק בפ״ג מהלכות ע״ז כרבנן דפטרי ואין זה מקום להאריך » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« שָׁחַט לָהּ חָגָב פָּטוּר אֶלָּא אִם כֵּן הָיְתָה עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ. וְכֵן אִם שָׁחַט לָהּ בְּהֵמָה מְחֻסֶּרֶת אֵיבָר פָּטוּר אֶלָּא אִם כֵּן הָיְתָה דֶּרֶךְ עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ד׳)
Kouchia du Chakh : ce n’est pas dans les habitudes du Mehaber d’omettre le Rambam. Il l’a fait ici ; pourquoi ?
« ותימה על המחבר שלא הזכיר דעת הרמב״ם כלל שאין זה דרכו להשמיט דעת הרמב״ם ונראה דאזיל לטעמיה בכסף משנה שם שדחק עצמו מאד ליישב דברי הרמב״ם בזה » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ו)
La lecture du Chakh : le Rambam suit Rabbi Yehouda, et non les Sages. Le Chakh part de la guemara elle-même. Si la baraïta de la sauterelle parlait d’une idole qu’on ne sert pas du tout par une sauterelle, la guemara aurait pu répondre à la première objection : « Rav parle même selon les Sages, et les Sages n’exemptent que là où ce n’est pas sa manière. » Elle ne l’a pas fait. Donc la baraïta parle d’une idole servie par la sauterelle, d’une autre façon que l’égorgement — et c’est là que Rabbi Yehouda rend passible et les Sages exemptent. Là où l’idole n’a rien à voir avec la sauterelle, Rabbi Yehouda lui-même exempte : la sauterelle ne vaut pas mieux qu’une bête estropiée, dont la guemara déduit l’exemption d’un verset. C’est exactement ce que dit le Rambam en plaçant côte à côte la sauterelle et la bête estropiée.
« והשתא הרמב״ם נמי פסק כרבי יודא (כמו שפסקו הראב״ד וטור ודלא כמגדול עוז וב״י וכ״מ שכתבו שפסק כרבנן) אלא דהיכא. אין עבודתה בכך לרבי יודא נמי פטור כמו בעלת מום והיינו דנקט הרמב״ם חגב ובעלת מום בהדי הדדי » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ו)

Les Tossefot avaient déjà fait ce pas, et le Chakh s’appuie sur eux :

« אלא ודאי מיירי בעבודת כוכבים שרגילין לעבוד בחגב ודמי לדרכה בכך טפי מבהמה בעלת מום לעבודת כוכבים שאין דרכה בבהמה כלל » (תוספות עבודה זרה נ״א ע״א ד״ה חייב)
« וכך היא דעת התוספות לשם דהיכא דאין דרך לעובדה בחגב כלל לכ״ע פטור וכן הוא דעת היש פוסקים כר״י שהביא הר״ן דפטור ואינו נאסר וכתב שלזה הסכים הרמב״ן » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ו)
PositionLe Rambam suit…Sauterelle égorgée, idole sans culte de sauterelle
Beit Yossef, Kessef Michné, Migdal OzLes SagesLe Tour et le Mehaber (Rabbi Yehouda) : נאסר — le Rambam : פטור
Chakh, d’après les Tossefot, le Ran et le RambanRabbi Yehouda — mais Rabbi Yehouda exempte iciלכ״ע פטור ואינו נאסר
Ba’h, rapporté par le ChakhMême selon les Sages, l’objet serait interdit — le Chakh le rejette : דהיכא דפטור שרי
Nafka mina C’est le seul endroit du siman où le Chakh contredit ouvertement le texte du Choul’han Aroukh sur le sort de l’objet. Selon le Mehaber, la sauterelle est interdite quoi qu’il en soit du culte de cette idole ; selon le Chakh, si l’idole n’est jamais servie par une sauterelle, tous exemptent — et ce qui est exempt est permis. Le Baer Hetev enregistre la divergence pour le praticien :
« והש״ך חולק ע״ז ופוסק כדעת הרמב״ם ותוספות ושאר פוסקים דהיכא דאין דרך לעובדה בחגב כלל לכ״ע פטור ואינו נאסר » (באר היטב יו״ד קל״ט ס״ק ח)
Ce que la section 5 et la section 6 ont en commun. Dans les deux, le Chakh lit un texte — le Tour, le Rambam — contre la lecture du Beit Yossef, et dans les deux il le fait par la même clé : la guemara n’a pas répondu ce qu’elle aurait pu répondre, donc elle ne le pensait pas. Au bâton, il en résulte que le Tour rend passible plus large que le Mehaber ; à la sauterelle, que le Rambam exempte plus large que le Mehaber. Les deux corrections tirent dans des sens opposés, et c’est le signe qu’elles ne viennent pas d’un parti pris mais d’une méthode.
יסוד אין החגב חמור מבעלת מום : במקום שאין דרך לעובדה בו כלל — פטור ואינו נאסר לכולי עלמא ; ובמקום שדרכה בו בענין אחר — נחלקו רבי יהודה וחכמים, ופסק הרמב״ם כרבי יהודה.

7. גדר התקרובת — l’acte, ou le lieu ?

Les seifim 5 à 7 disent où l’on trouve l’objet ; mais la question sous-jacente est ce qui fait l’offrande. Le Tour et le Rambam n’y répondent pas de la même façon, et la différence porte sur tout ce qui sort d’un lieu de culte.

« אָמַר רַב אַסִּי בַּר חִיָּיא: כׇּל שֶׁהוּא לִפְנִים מִן הַקִּלְקְלִין, אֲפִילּוּ מַיִם וּמֶלַח אָסוּר. חוּץ לְקִלְקְלִין — דָּבָר שֶׁל נוֹי אָסוּר, שֶׁאֵינוֹ שֶׁל נוֹי מוּתָּר » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
Ḥakira : l’offrande est-elle faite par un acte d’offrande, ou par l’entrée dans le lieu du culte ? (א) L’acte : il faut que l’objet ait été offert à la manière du Temple — כעין פנים — ; et le lieu n’est qu’un indice que cet acte a eu lieu. (ב) Le lieu : introduire une chose dans l’espace du culte, c’est l’offrir ; le lieu n’est pas un indice, il est l’acte.

Le Tour tient (א), et le Beit Yossef précise le sens de sa formule שאנו תולין — non pas « nous supposons qu’on en a versé un peu », mais « l’introduire, c’est l’offrir » :

« אע״פ שברור לנו שלא נסכו מהיין ולא הקטירו מהסלת והשמן אסור משום דאמרינן הכניסו לפנים מן הקילקלין זו היא הקרבתו » (בית יוסף יו״ד קל״ט)

Mais le Tour maintient la condition כעין פנים : ce qui n’est pas offert au Temple n’est pas une offrande, même dedans. Le Rambam ne la maintient pas :

« והרמב״ם כתב דלפנים מהמחיצה אפילו הוא דרך בזיון ואינן ראוין למזבח הכל אסור » (טור יו״ד קל״ט)
« אֲבָל אִם מְצָאוֹ בִּפְנִים בֵּין דֶּרֶךְ כָּבוֹד בֵּין דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן בֵּין דָּבָר הָרָאוּי לַמִּזְבֵּחַ בֵּין דָּבָר שֶׁאֵינוֹ רָאוּי כָּל הַנִּמְצָא בִּפְנִים אָסוּר אֲפִלּוּ מַיִם וּמֶלַח » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה ט״ז)
« וְכָל הַנִּמְצָא בְּבֵית עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֲפִלּוּ מַיִם וּמֶלַח אָסוּר בַּהֲנָאָה מִן הַתּוֹרָה » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה ט״ו)
Comment le Beit Yossef fait tenir le Rambam avec la michna. La michna permet ce qu’on trouve sur la tête de l’idole de manière méprisante ; Rav Assi interdit tout ce qui est en deçà de la tenture, même l’eau et le sel. Pour le Rambam, la michna parle du dehors ; en dedans, tout ce qui s’y trouve n’y a été introduit que comme offrande ou accessoire, et la manière dont on l’y trouve ne change rien — quelqu’un d’autre a pu le déplacer. Et le Tour ? Le Beit Yossef remarque qu’il ne lit pas le Rambam ainsi, sans quoi il l’aurait aussi rapporté au seif 7.

Le seif 6 marque la borne de (ב) : l’objet en chemin n’est pas encore entré, et la michna d’Ein Maamidin le permet :

« בָּשָׂר הַנִּכְנָס לַעֲבוֹדָה זָרָה — מוּתָּר, וְהַיּוֹצֵא — אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּזִבְחֵי מֵתִים, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא » (עבודה זרה כ״ט ע״ב)

Et Péor et Markoulis sont la borne dans l’autre sens : pas de tenture, parce que leur culte est lui-même un mépris ; donc le dehors est comme le dedans.

« אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: נָקְטִינַן, אֵין קִלְקְלִין לֹא לִפְעוֹר וְלֹא לְמַרְקוּלִיס » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
« אֶלָּא, אֲפִילּוּ חוּץ כְּבִפְנִים דָּמֵי וְאָסוּר » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
Ce qu’on trouveTour — Choul’han Aroukh (א)Rambam (ב)
En deçà de la tenture, offert au Temple (eau, sel compris)Interdit — offrandeInterdit — offrande
En deçà de la tenture, non offert au Temple, ou posé avec méprisPermis — pas כעין פניםInterdit — tout ce qui est dedans
Hors de la tenture, avec honneurInterdit — ornementInterdit — ornement
Hors de la tenture, avec méprisPermisPermis
Péor et Markoulis, même dehorsInterditInterdit
Nafka mina — et elle décide du sort des cierges. Le Beit Yossef en tire lui-même la conséquence, et le Chakh la fait passer du commentaire au psak :
« וא״כ הני נרות נמי אם הכניסום במקום עבודתם תקרובת נינהו ולית להו ביטול » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« ודבריו נכונים וכל בעל נפש יש לו להחמיר ול״ד נרות אלא בכל הדברים שהיו בבית תרפותם איכא משום תקרובת עבודת כוכבים דשמא נכנסו במקום עבודתם ואין להם ביטול כלל להרמב״ם עכ״ל ב״ח » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ג)
La portée exacte de la rigueur du Ba’h. Elle ne dit pas que le Rambam est la halakha. Elle dit que, sur un doute de fait — דשמא נכנסו —, une position qui rend l’objet interdit sans annulation possible pèse plus qu’une position qui le permet après annulation, parce que l’erreur dans un sens est réparable et dans l’autre non. C’est une rigueur de בעל נפש, et le Chakh la qualifie ainsi : le niveau 4 en fait sa ligne.
יסוד לטור — התקרובת נעשית במעשה, והמקום אינו אלא ראיה למעשה ; ולרמב״ם — המקום עצמו הוא ההקרבה, וכל הנמצא בפנים תקרובת. ובספק אם נכנס — בעל נפש יחמיר, שאין לתקרובת ביטול.

8. נרות של שעוה — le seif 9 et le seif 12 ne disent pas la même chose

Le seif 9 permet les cierges vendus ou mis en gage, « puisqu’il les a éteints pour lui-même ». Le seif 12 fait de la vente elle-même une annulation, et n’en rapporte la négation qu’en יש אומרים. Le Chakh voit la tension et la laisse ouverte ; le Taz la résout.

D’abord, pourquoi le cierge est-il un ornement et non une offrande — alors qu’on allume bien au Temple ? Le Ran l’explique, et le Beit Yossef le rapporte :

« נרות של שעוה שמדליקין לפני אליל מסתברא דלא מתסרי משום תקרובת אלא משום נויין דאע״ג דהואי הדלקה במקדש מ״מ לא הוו דבר המשתבר דליהוי כעין זביחה או כעין פנים הילכך בביטול סגי להו » (בית יוסף יו״ד קל״ט)

Les Tossefot y arrivent par un mima nafchakh qui rend la question sans conséquence :

« ושמעינן מהכא דהני נרות של שעוה שמביאין דורון לעבודת כוכבים ומדליקין בפניהם ומשכיבן הכומר מכרם או נתנם לישראל מותר בהנאה ממה נפשך » (תוספות עבודה זרה נ׳ ע״א ד״ה בעינן כעין פנים וליכא)

Le Tour donne ensuite deux positions sur ce qui annule — l’extinction, ou la cession :

« וה״ר יונה כתב אפילו אם כבן על דעת לחזור ולהדליקן הוי ביטול אבל כבו מעצמן לא הוי ביטול אבל אם משכנן לישראל או מכרן הוי ביטול כיון דלאו אליל עצמם הן » (טור יו״ד קל״ט)
« ואם מכרן או משכנן פי׳ רש״י דאסירי כרבנן דס״ל אליל שמכרה עכו״ם או משכנה לא בטלה וה״ה נמי נוייהן ותשמישן אבל הרמב״ן כתב אע״ג דאליל גופא לא בטלה במכירה ומשכון נוייה ותשמישה בטלין במכירה ומשכון » (טור יו״ד קל״ט)
Kouchia du Chakh : le Mehaber s’est-il contredit d’un seif à l’autre ? Au seif 9, la clause דכיון שכיבן לצורך עצמו laisse entendre que sans extinction volontaire, la vente ne suffirait pas — c’est Rachi. Au seif 12, la vente suffit — c’est le Ramban —, et Rachi n’est plus qu’un יש אומרים.
« משמע הא אם כיבו ממילא אע״פ שמכרן או משכנן אסורים וכדעת ר״י שהביאו הטור והפוסקים דכי היכי דעבודת כוכבים גופה לא בטלה במכרה או משכנה ה״ה נויה ותשמישה וק״ק דבסעיף י״ב הביא המחבר סברת הפוסקים דבטלה במכירה ומשכון בסתם ואח״כ סברת ר״י בשם י״א וכן לקמן סימן קמ״ו ס״ח כ׳ הרב בפשיטות דבטליה במכירה ומשכון וצ״ע » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ז)
Terouts du Taz : au seif 9, la vente n’est pas l’annulation — elle en est la preuve. Ce qui annule un cierge, c’est de l’éteindre pour ne plus le rallumer. Or l’extinction est un geste muet ; on ne sait pas, en voyant un cierge éteint, si le prêtre l’a soufflé pour la nuit ou pour de bon. La vente le dit. Elle n’opère donc rien par elle-même, et c’est pourquoi même celui qui, au seif 12, refuse à la vente toute valeur d’annulation, l’admet ici :
« משמע דהמכירה או משכון אין מועיל אם כיבן כדי לחזור ולהדליקן וכ״ש אם היו כבין מעצמן אלא דלהכי מועיל המכירה או משכן שמזה אנו רואים שמה שכיבה הוא לצורך עצמו לא לחזור ולהדליקה » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ח)
« ואפי׳ מאן דס״ל בסעיף י״ב דהמכירה ומשכון לא הוי ביטול כאן מודה דמהני כיון דהמכירה אינה אלא ראייה שכיבה על מנת שלא לחזור ולהדליקה » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ח)
Ḥakira : la cession à un Juif est-elle un acte d’annulation, ou un signe d’annulation ? (א) Un acte : vendre, c’est se dessaisir, et se dessaisir d’un objet de culte c’est le renier — Rabbenou Yona, le Ramban, le premier avis du seif 12. (ב) Un signe : la vente ne renie rien par elle-même — elle révèle seulement l’intention d’un autre geste, l’extinction — c’est le seif 9 tel que le Taz le lit, et c’est compatible avec Rachi. Le Taz construit le seif 9 sur (ב) et laisse le seif 12 à (א) : ce ne sont pas deux psakim contradictoires, mais deux mécanismes distincts, dont le premier vaut même pour celui qui nie le second.
PositionÉteint pour de bon, puis venduÉteint pour rallumer, puis venduÉteint de lui-même, puis vendu
Rachi, Roch — יש אומרים du seif 12Permis — l’extinction annuleInterditInterdit
Rabbenou Yona — deux annulationsPermisPermis — l’extinction suffitPermis — la vente suffit
Le Mehaber au seif 9, lu par le TazPermisInterdit — la vente n’est qu’une preuve, et ici elle prouve le contraireInterdit

Le Taz règle enfin une difficulté interne au Beit Yossef — qui semble refuser le don à un Juif tout en rapportant le Ran qui l’admet — par une distinction de mots :

« ונראה פשוט דמ״ש ב״י דנתינה לישראל לא מהני היינו שלא נתנום לו בדרך מתנה אלא בדרך פקדון ולא פקע שמיה ממנו אבל בדרך מתנה פשוט דהוה כמכירה דחד טעמא הוא » (ט״ז יו״ד קל״ט ס״ק ח)
Nafka mina Des cierges qu’un prêtre a confiés à un Juif en dépôt, sans les lui vendre ni les lui donner. Sur (א), il n’y a pas eu dessaisissement, donc pas d’annulation. Sur (ב), le dépôt ne prouve rien sur l’extinction — le prêtre compte les reprendre. Les deux voies s’accordent pour interdire : c’est le seul cas où le Taz et le premier avis du seif 12 tombent d’accord contre la permission. Le Baer Hetev consigne le צ״ע du Chakh tel quel, et laisse la réconciliation au Taz :
« משמע הא אם כבו ממילא אע״פ שמכרן או משכנן אסורים וק״ק דבסי״ב הביא המחבר סברת הפוסקים דבטלה במכירה ומשכון בסתם ואחר כך סברת ר״י בשם י״א וכן לקמן סי׳ קמ״ו ס״ח כתב הרב בפשיטות דבטלים במכירה ומשכון וצ״ע. ש״ך » (באר היטב יו״ד קל״ט ס״ק ט)
יסוד בסעיף ט׳ — הכיבוי הוא הביטול, והמכירה ראיה לכוונת הכיבוי ; ובסעיף י״ב — המכירה עצמה ביטול, לדעה הראשונה. ולפיכך אף האוסר בסעיף י״ב מודה בסעיף ט׳, ואין כאן סתירה.

9. מלבושים וכלים — l’ornement des prêtres, le calice et l’encensoir

Les seifim 11 et 12 posent la même question à deux objets : ce que porte le prêtre, et ce qu’il tient. Dans les deux cas, la réponse dépend de ce qu’on appelle servir l’idole.

« מלבושים שלובשים הכהנים כשנכנסים לבית אלילים נוי שלהם הן ולא נוי של אלילים ואפילו ביטול אינם צריכים ויש מי שמצריך ביטול » (שו״ע יו״ד קל״ט:יא)

Le Beit Yossef aligne les Richonim des deux côtés :

« כ״כ התוס׳ שכתב רשב״ם בשם רש״י וכ״כ הרא״ש בפרק רבי ישמעאל והמרדכי כתב בשם רא״ם [לאסור] וראבי״ה כתב בשם ר״ג להתיר משום דאף יוצא בהם להתנאות כנגד המלכים » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Ḥakira : l’ornement se définit-il par son destinataire, ou par son usage ? (א) Par son destinataire : est ornement de l’idole ce qui la pare, elle ; ce qui pare le prêtre le pare, lui — et peu importe où il le porte. (ב) Par son usage : ce qui n’est porté que pour le culte est de l’ordre du culte, et il participe de l’idole. La raison que rapporte le Raavya au nom de Rabbenou Guerchom tranche pour (א) par un fait : le prêtre sort avec ces vêtements devant les rois — ils ne sont donc pas réservés au culte. Le Rama, lui, pose la limite de (א) : ce dont on revêt l’idole elle-même est ornement au sens plein.
« אבל מה שלובשין לעבודת כוכבים עצמה מיקרי נוי וצריך ביטול » (רמ״א יו״ד קל״ט:יא)

Le seif 12 est plus large dans le Choul’han Aroukh que dans le Tour : le Tour nommait le calice, le Mehaber écrit « les objets qu’il tient en main » :

« והגביע שאוחז הכומר בידו והמחתה שמקטיר בה משמשיה הן וצריכין ביטול » (טור יו״ד קל״ט)
« כלים שאוחז בידו והמחתה שמקטיר בה משמשיה הם וצריכים ביטול » (שו״ע יו״ד קל״ט:יב)
Kouchia : le calice est-il vraiment un accessoire ? Les Tossefot et le Mordekhi ne l’admettent que pour l’encensoir — parce qu’on y brûle l’encens devant l’idole — et permettent le calice ; les sages de France, rapportés par le Ramban chez le Ran, permettaient les calices d’argent. Le Tour et le Mehaber les interdisent. Sur quoi ?
« אבל התוס׳ ומרדכי כתבו דכלי מחתה אסורה מפני שמקטרין בו והוי משמשי אליל וצריך ביטול אבל כלי שקורין קליצ״א אין משמשין בו לאליל » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« והר״ן כתב בשם הרמב״ן שחכמי הצרפתים התירו גביעי כסף שקורין קלני״ש אבל מחתות אסורין דמשמשי אליל הן » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Terouts du Beit Yossef : le calice contient l’offrande, et rien ne sert davantage l’idole.
« ולי נראה שטעמו דכיון דבגביעים נותנין יין הו״ל תקרובת אליל ונמצא הגביע שהיין בתוכו משמש אליל שאין לך משמש אליל גדול ממנו שמקריבין בו תקרובת לאליל » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« וטעם המתירין אפשר שהוא מטעם שכתב המרדכי גבי ככרות הכומרים דאינו תקרובת לאליל כי בימים הראשונים היו מאכילין לאליל עצמה משא״כ בזמן הזה » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Ce que la seconde raison révèle. Les permissifs ne nient pas que le calice serve à l’offrande ; ils nient que ce qui est dans le calice soit encore une offrande — parce qu’on ne nourrit plus l’idole, comme le Mordekhi l’avait dit des pains des prêtres (seif 8). La ma’hloket du seif 12 n’est donc pas sur l’objet, mais sur la nature du rite contemporain de ces Richonim : offrande au sens du Temple, ou cérémonie sans destinataire. Le Mehaber a écrit « les objets qu’il tient en main » pour ne pas trancher objet par objet, et pour rendre la règle générale : ce que le prêtre tient pendant le culte le sert.

Le seif 13 ferme la série par un interdit d’un autre ordre — non plus l’interdit au profit, mais le dégoût. Sa source est une question restée sans réponse :

« בָּעֵי רֵישׁ לָקִישׁ: הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לַדֶּקֶל, לוּלָבוֹ מַהוּ לְמִצְוָה? » (עבודה זרה מ״ז ע״א)
« וכתב עוד רבינו מאיר פסק תכשיטי כהני האליל דמותרים מ״מ לדבר מצוה לציין טלית אין נכון לעשות כן » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« וכן אפילו ללמוד בהן אסור. הר״ף בהג״ה תשב״ץ סימן תי״ז » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ח)
Nafka mina Un manteau de prêtre, jamais posé sur l’idole. Selon (א) et le Mehaber, il est permis sans annulation ; selon le Mordekhi, il en faut une. Mais que l’une ou l’autre soit suivie, le seif 13 lui ferme la même porte : il ne deviendra ni talit ni objet de mitsva, משום דמאיסי. Et le Chakh étend le dégoût jusqu’à la lumière d’étude — ce qui montre que מאיס ne vise pas l’objet de mitsva seul, mais tout ce qui met le culte d’autrui au service de la Tora.
יסוד נוי — לפי מי שהוא מייפה : את הכהן, או את האליל. משמש — לפי מה שהוא עושה בשעת העבודה. ומה שהותר בהנאה — עדיין מאוס הוא לדבר מצוה.

10. ספרי עובדי כוכבים — écrire, vendre, prêter, relier

Les deux derniers seifim quittent l’idole pour la main du Juif : ce qu’il fait des livres du culte d’autrui. Presque chaque règle y est rapportée en יש מי שאומר, et c’est le Rama qui, sur la vente, empile trois avis avant de conclure.

La source du seif 14 est dans les Hagahot Maïmoniot, et le Beit Yossef la rapporte avec son motif — le même מאיס que le seif 13 :

« וכתבו עוד ההגהות לא יכתוב ישראל על הספרים של האליל אא״כ מחקם שלא יהיה רישומן ניכר משום דמאיסי ובשם רי״ח שמעתי שאפי׳ מחק ספרי האליל עד שאין רישומן ניכר אפ״ה לא יכתוב עליהם דברי תפלות ותחנונים דאין קטיגור נעשה סניגור » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Ḥakira : le dégoût tient-il au support, ou à la mémoire ? (א) Au support : tant que l’écriture ancienne est reconnaissable, le parchemin est marqué ; effacé, il est neutre — c’est la première règle du seif 14. (ב) À la mémoire : le parchemin a servi, et rien ne l’efface ; on ne fait pas plaider pour soi ce qui a plaidé contre — c’est le second avis, qui refuse les prières même sur page effacée, et qui n’étend son refus qu’aux prières, parce que c’est là que le contraste accusateur/défenseur est le plus vif.

Sur la vente, le Mehaber rapporte l’avis permissif, du Chibolei haLeket :

« וכתוב בשבלי הלקט ספרים של עכו״ם עובדי אלילים שנשתקעו ביד ישראל הרב רבינו אלעזר לא היה תופס איסור למכרם » (בית יוסף יו״ד קל״ט)

Le Rama y oppose les Tossefot, qui posent le fondement de l’interdit — לפני עור — et en tirent que même la vente à un laïc est interdite :

« והכי נמי ספרי׳ פסולים הראוים לתיפלה בבית עבודת כוכבים אסור למכור להם לכומרים דעובר משום לפני עור ואף לעובד כוכבים שאינו כומר אסור דבודאי יתננו או ימכרנו לכומר » (תוספות עבודה זרה י״ד ע״ב ד״ה חצב קשבא)
« וי״א דדוקא לכהנים אסור למכור אבל לא לשאר עובדי כוכבים (פסקי מהרא״י סי׳ כ״ז) והמחמיר תבא עליו ברכה » (רמ״א יו״ד קל״ט:טו)
AvisVendre un livre de culte à…Fondement
Chibolei haLeket (R. Elazar) — le MehaberQuiconque : permisLe livre n’est ni idole ni accessoire
Tossefot, Sefer haTerouma, Semag, Hagahot Maïmoniot, Kol Bo — premier avis du RamaPersonne, s’il sert au chant du culteלפני עור — le laïc le donnera au prêtre
Piskei Maharaï — second avis du RamaAux prêtres seulement : interditLe prêtre seul en fait l’usage cultuel direct
Le Rama : והמחמיר תבא עליו ברכהLe Ba’h, chez le Chakh : מן הדין הוא אסור
« והב״ח כ׳ דמן הדין הוא אסור » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק י)

Le Chakh élargit l’objet lui-même, au nom de Rabbenou Yerou’ham — les Bibles traduites pour leur usage sont des livres de culte :

« וכ׳ רבינו ירוחם ני״ז ח״ה דהוא הדין ספרי הכ״ד של עובדי כוכבים הכתובים בלשון לע״ז או שאר לשונות שלהן אסור למכור להן כי מי שהעתיקן להם שינה בלשונו כדי לפקרם ולחזק אמונתם » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק ט)
Kouchia : si la raison est לפני עור, pourquoi le papier et l’encre ? Le Rama rapporte des rigoristes qui interdisent de leur vendre même le parchemin et l’encre pour écrire leurs livres. Mais du parchemin vierge n’est pas un livre de culte ; l’acheteur peut en faire n’importe quoi.
« וכ׳ הב״ח דאין איסור בדבר אלא נכון ליזהר וכן כתב מהרש״ל בביאורי סמ״ג וכתב ד״מ סימן קכ״א דאינו אלא בידוע שרוצה לכתוב ספר דתם אבל סתמא שרי » (ש״ך יו״ד קל״ט ס״ק י״א)
Terouts : la mesure de לפני עור est la certitude de l’usage. Le Darkhei Moché, rapporté par le Chakh, tient exactement la ligne des Tossefot : ceux-ci interdisaient la vente au laïc parce que בודאי il donnera le livre au prêtre ; le Darkhei Moché n’interdit le parchemin que בידוע qu’il servira à leur livre. C’est la même règle : l’interdit suit la certitude, non la possibilité. Sans certitude, le Ba’h et le Maharchal ne voient qu’une précaution — נכון ליזהר.

Les deux dernières règles — prêter pour bâtir, et relier — viennent l’une de Rabbi Eliézer de Metz, l’autre de Rabbi Avigdor :

« ורא״מ פסק בפרק קונם (סב:) גבי רב אשי הו״ל אבא זבניה לבי נורא מכאן יש ללמוד שאסור להלוות לצורך בנין אליל או לתכשיטיה או למשמשיה וכ״ש למכור לה תשמישים כגון מחתות וספרים והמונע מצליח » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
« ולקשור ספרים של עבודת כוכבים השיב ר׳ אביגדור שאין ראוי לקשרם חוץ מספר הדיינין והסופרים ואם חשש משום איבה כל מה שיכול להשמט ישמט » (בית יוסף יו״ד קל״ט)
Nafka mina Un relieur à qui l’on apporte un livre de culte. Sur la vente, le Rama a laissé trois avis et une bénédiction pour le rigoureux ; sur la reliure, le Mehaber n’en laisse qu’un — אין לקשור — et il y joint deux clauses que la vente n’a pas : l’exception des registres de juges et de scribes, qui ne sont pas de culte, et la clause d’animosité, qui ne permet pas mais commande d’esquiver. C’est un interdit plus net que celui de la vente, et une issue plus explicite : parce que relier, c’est faire de ses mains un livre de culte, alors que vendre c’est céder ce qui existe déjà.
La ligne de tout le siman, en une phrase. Quatre objets, deux propriétaires, quinze seifim — et, au bout, un relieur qui s’esquive. Le siman commence par ce que l’idole communique à ce qui l’entoure, et finit par ce que le Juif communique au culte d’autrui par sa main. Entre les deux, la même question revient sous chaque cas : l’objet a-t-il été fait dieu, servi comme dieu, ou seulement approché — et la réponse décide de tout, parce qu’elle décide de la seule chose qui compte au seif 2 : peut-on encore l’annuler.
יסוד על ספריהם — הכתיבה תלויה במחיקה, והתפילות אף במחיקה אסורות לדעה אחת ; המכירה — שלוש דעות, והמחמיר תבוא עליו ברכה ; והכריכה — אינה ראויה, חוץ מספרי הדיינים והסופרים, ומפני האיבה — ישמט.
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude et à l’iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :

Le Pit’hei Techouva ne commente pas ce siman ; l’Aroukh HaChoul’han ne nous est pas accessible ici.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קל״ט · Niveau 2 — Lamdan
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