✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 148 — Ce que le non-Juif dira à son idole : étude et pilpoul
סימן קמ״ח
דִּינֵי חַגֵּי הָאֱלִילִים
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
✦ ❖ ✦

Pilpoul et étude approfondie

Sougya, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קמ״ח (י״ב סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), נקודות הכסף, באר היטב, פתחי תשובה, בית יוסף, טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ב׳ ע״א (המשנה) · ו׳ ע״א–ע״ב (הרווחה ולפני עור, דבר המתקיים, הדורון, כמציל מידם) · ח׳ ע״א (אידיהן, יום גנוסיא, רומי והעיירות) · ל״ב ע״ב–ל״ג ע״א (ההולכים לתרפות) · גיטין ס״ב ע״א (השלום וכפילתו) · ברכות י״ז ע״א (ריב״ז) · חולין י״ג ע״ב (מנהג אבותיהן)

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש האיסור — הרווחה ou לפני עור : une question que la guemara laisse ouverte
  2. משא ומתן — ce qu’est « faire affaire » : Rachi, Rabbénou Tam, le Raavad et le Rambam
  3. המודה לאליל — le Taz contre le Ba’h, et la réplique des Nekoudot HaKessef
  4. כמציל מידם — le Chakh contre le Beit Yossef sur la raison du gage
  5. הדורון שאי אפשר לאבדו — quatre lectures d’un même récit
  6. כפילת שלום — le Nom, la langue et la difficulté de Rabban Yohanan ben Zakkaï
  7. יום קבוע — la fixité comme condition du décret
  8. בזמן הזה — l’étendue de la permission et ses trois bornes
  9. יסוד הסימן — הנאה, הודאה, איבה

1. שורש האיסור — הרווחה ou לפני עור : une question que la guemara laisse ouverte

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman commence par un interdit dont la guemara ne dit pas la raison, mais deux raisons possibles. Elle pose la question, donne une nafka mina, et ne tranche pas. Ce silence gouverne le siman entier : de lui dépendent la portée du seif 1, la lecture que le Rambam en fait, et l’objection de Rabbénou Tam au Rambam.

La question de la guemara
« אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִשּׁוּם הַרְוָוחָה, אוֹ דִּלְמָא מִשּׁוּם ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל » (עבודה זרה ו׳ ע״א)
Et la nafka mina qu’elle donne elle-même :
« לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמָה לְדִידֵיהּ. אִי אָמְרַתְּ מִשּׁוּם הַרְוָוחָה — הָא קָא מַרְוַוח לֵיהּ, אִי אָמְרַתְּ מִשּׁוּם ״עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל״ — הָא אִית לֵיהּ לְדִידֵיהּ » (עבודה זרה ו׳ ע״א)
La ḥakira (א) L’interdit porte sur l’enrichissement : ce que je lui donne le met en joie, et de cette joie sortira le remerciement à l’idole. Alors tout objet est concerné, même ce qui ne peut pas être offert sur un autel — un vêtement, une somme d’argent. (ב) L’interdit porte sur la complicité : je lui fournis de quoi servir son idole, et je tombe sous « ne place pas d’obstacle devant l’aveugle ». Alors seuls les objets propres à l’offrande sont concernés, et seulement s’il ne peut pas se les procurer autrement.
Nafka mina Premièrement, l’objet qui ne peut pas être offert. Sous (א), vendre de la laine est interdit ; sous (ב), non. Le Taz montre que c’est là, et non dans la bête que le non-Juif possède déjà, que la vraie différence se voit — et il en fait une difficulté contre Rachi et le Rambam. Deuxièmement, celui qui peut acheter ailleurs. Sous (ב), le לפני עור ne s’applique que lorsque le non-Juif ne peut pas se procurer la chose sans nous ; le Taz le dit expressément. Troisièmement, l’achat. Acheter chez lui ne lui fournit rien du tout : sous (ב) il n’y a rien à interdire, et pourtant le Mehaber l’interdit.
« הא איכא בלאו הכי נ״מ דאי משום הרווחה אסור אפילו במידי דלא חזי להקרבה ואי משום לפני עור ליכא איסור אלא בחזי להקרבה » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
« דאין שייך לפני עור אלא במקום שא״א לעובד כוכבים לעשות זולת הישראל כמו במושיט כוס יין לנזיר דקאי בתרי עברי דנהרא » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
La conclusion du Taz La question n’a pas été résolue, donc on tranche par la sévérité : la vente et l’achat aussi font remercier l’idole, et l’on transgresse « que le nom d’autres dieux ne se fasse pas entendre par ta bouche ».
« וקיימא לן לחומרא דבמכירה וקנייה שייך גם כן מודה לאליל ועובר על לא ישמע על פיך » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
Et il ajoute la raison qui répond à l’objection : même là où le non-Juif l’aurait entendu de toute façon, c’est maintenant par ta bouche qu’il l’entend.
« אבל משום לא ישמע יש כאן שמ״מ על ידו נשמע אע״פ שבלאו הכי היה ג״כ נשמע דמ״מ עכשיו נשמע על פיך » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)

2. משא ומתן — ce qu’est « faire affaire » : Rachi, Rabbénou Tam, le Raavad et le Rambam

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La michna interdit « de faire affaire avec eux ». Trois Richonim ne lisent pas la même chose sous ces mots, et chacun obtient une carte différente du permis et de l’interdit. Le Mehaber suit le quatrième — le Rambam — dont la position est la plus stricte des quatre.

Rachi — la joie du vendeur Ce qui est en cause est bien tout commerce, mais la direction compte : vendre du durable est interdit parce que l’acheteur s’en réjouit ; acheter du durable est permis parce que le vendeur, lui, est triste.
« הילכך כל דבר שמתקיים אסור למכור להם ששמח בו ואזיל ומודה לאליל ומותר לקנותו מהן שהוא עצב במכירתו ואינו מודה » (טור יו״ד קמ״ח)
Rabbénou Tam — il n’y a pas de remerciement dans un marché Il objecte que la guemara elle-même ne parle que d’un objet propre à l’offrande. Dans un achat ordinaire, chacun gagne autant que l’autre, et nul ne va remercier son idole d’un marché équitable.
« וכתב הרא״ש שר״ת הקשה עליו דבגמרא מוכח דלא איירי בכל משא ומתן אלא דוקא במידי דחזי להקרבה » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« אבל במשא ומתן של מקח וממכר לא חשיב ליה רווחא כולי האי שכן הוא ריוח הישראל כמו ריוח שלו » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« ור״ת פירש שאין במכירה משום דאזיל ומודה אלא משום שקונה צורך לאליל הילכך כל דבר שאינו לצורך תקרובת מותר למוכרו להם » (טור יו״ד קמ״ח)
Le Raavad — l’argent aussi se conserve Contre Rachi : acheter est interdit aussi, car le prix reste dans sa main jusqu’au jour de la fête. Le Ran écrit que c’est là la position des Gueonim, et qu’elle est la principale.
« והראב״ד כתב שאפי׳ דבר המתקיים אסור לקנותו מהם שהרי המעות מתקיימין בידו » (טור יו״ד קמ״ח)
« וזו היא סברת הראב״ד שכתב רבינו וכתב הר״ן שזו היא שיטת הגאונים וכתב שדבריהם עיקר » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Le Rambam, et pourquoi le Mehaber le suit Le Rambam interdit les deux directions pour le durable, et permet de vendre — non d’acheter — le périssable. Le Beit Yossef en donne la raison, et elle est la clé du seif 1 : ce qui compte est ce qu’il aura en main le jour de sa fête, argent ou objet.
« וטעמא דמותר למכור להם דבר שאינו מתקיים ואסור ליקח מהם אפי׳ דבר המתקיים היינו משום דכשמוכר לו דבר שאינו מתקיים ביום חגו אין לו לא מעות ולא חפץ שיהא מודה עליהם » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« אבל כשלוקח מהם בין דבר המתקיים בין דבר שאינו מתקיים הרי המעות בידו ביום חגו ומודה עליהם אע״פ שאין בידו החפץ » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Ce que la ma’hloket décide Les quatre positions se distinguent par la question qu’elles posent à l’acte. Rachi demande : lequel des deux se réjouit ? Rabbénou Tam demande : l’objet peut-il être offert ? Le Raavad demande : que reste-t-il dans sa main ? Le Rambam demande la même chose que le Raavad, mais l’applique dans les deux sens. Le seif 1, en écrivant אסור ליקח מהם ולמכור להם דבר המתקיים, choisit la question du Raavad et la réponse du Rambam.

3. המודה לאליל — le Taz contre le Ba’h, et la réplique des Nekoudot HaKessef

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Au milieu de son plus long ס״ק, le Taz rapporte une question de son beau-père le Ba’h, y répond, et démontre sa réponse par une michna de Sanhédrin. Les Nekoudot HaKessef défont la démonstration en huit mots. L’échange est court et il décide de la nature même de l’interdit.

La question du Ba’h Pourquoi Rachi fait-il porter la faute sur « que le nom d’autres dieux ne se fasse pas entendre » plutôt que sur « ne place pas d’obstacle devant l’aveugle » ? Et le Ba’h répond : parce qu’il n’y a pas de לפני עור dans le simple fait de rendre grâce — le non-Juif n’en est pas averti, puisque le Juif lui-même n’encourt pas la mort pour cela.
« ותירץ דבמודה ליכא לפני עור דה״ל כמו גיפוף ונישוק דאין העובד כוכבים מוזהר עליו כיון שגם הישראל אינו חייב מיתה עליו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
La réplique du Taz Le Taz refuse la prémisse : rendre grâce à l’idolâtrie est passible de mort, comme il ressort de la michna du chapitre « Quatre morts ».
« ותמהתי כאן דודאי ישראל חייב מיתה במודה לעבודת כוכבים » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
« ובהדיא אמרינן כל המודה בעבודת כוכבים ככופר בכל התורה » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
La réponse des Nekoudot HaKessef Le Chakh distingue deux gestes que le Taz a confondus. La michna de Sanhédrin parle de celui qui dit « tu es mon dieu » — il reçoit l’idole comme divinité, et c’est une acceptation de culte. Le non-Juif qui remercie son idole d’une bonne affaire ne l’accepte pas : il la remercie. La démonstration du Taz porte donc à côté, et la question du Ba’h n’en est pas une non plus.
« לק״מ דאלי אתה שאני שמקבלו באלוה » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)
Nafka mina Si l’on suit le Taz, la gratitude adressée à une idole est un acte de culte, et le Juif qui la provoque tombe sous un interdit de la Torah — d’où sa sévérité constante dans tout le siman. Si l’on suit les Nekoudot HaKessef, la gratitude n’est pas un culte, et l’interdit du siman n’est qu’un éloignement rabbinique bâti sur une crainte. C’est très exactement ce qui permet au seif 12 de tomber quand la crainte n’a plus lieu.

4. כמציל מידם — le Chakh contre le Beit Yossef sur la raison du gage

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La michna interdit d’encaisser ; la beraïta permet le prêt oral ; le Talmud de Jérusalem interdit encore le prêt sur gage ; les Tossefot le permettent quand même. Reste à savoir pourquoi — et c’est là que le Beit Yossef et le Chakh se séparent, sur un point qui change tout le régime contemporain de la fin du seif 1.

Ce que les Tossefot écrivent, sans raison
« והתוספות כתבו סתמא דבמלוה במשכון נמי הוה כמציל מידם שכמה פעמים אובדות אפילו במשכון » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
Le Beit Yossef : à cause de l’intérêt Puisque, de son temps, tout prêt se fait à intérêt, et qu’un prêt à intérêt est déjà exposé — les Tossefot n’ont fait qu’appliquer la règle du Roch.
« וגם התוס׳ כתבו על ההיא דירושלמי מיהו בכל ענין חשיב כמציל מידן שכמה פעמים אובדות אפילו במשכון ונראה שטעמם מפני שהלואות דהאידנא הם בריבית » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« וכב״י דנראה שטעמא מפני שהלואות דהאידנא הם ברבית » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
Le Chakh : à cause de leur force Le Chakh refuse cette raison et en donne une autre : ce n’est pas l’intérêt qui rend la créance fragile, c’est notre position. Là où ils peuvent calomnier et nier la dette, aucun gage ne protège.
« ולי נראה שטעמא מפני דהאידנא ידם תקיפה עלינו ובקל יכול העובד כוכבים להעליל ולכפור סך ההלואה וכיוצא בזה » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
Nafka mina (א) Un prêt sans intérêt, dans un pays où le créancier est protégé. Selon le Beit Yossef, la permission tombe faute d’intérêt ; selon le Chakh, elle tombe faute de faiblesse — les deux disent non, mais pas pour la même raison. (ב) Un prêt à intérêt, dans un pays où le tribunal fait exécuter. Selon le Beit Yossef la permission tient, selon le Chakh elle tombe. C’est exactement le cas que le Pit’hei Techouva traite, et il tranche comme le Chakh — plus encore, il applique la logique du Chakh jusqu’au bout et retire même le prêt oral de la permission là où la justice l’exécute.
« שכתב דבזמן שעושים משפט חרוץ לכוף לשלם אפילו כתב יד. נשתנה הדין וכל העומד לגבות כגבוי דמי » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ח ס״ק א)
Le yessod Le כמציל מידם n’est pas une catégorie fixe : c’est une mesure de la fragilité de la créance. Elle se lit dans l’état du monde, non dans la forme de l’acte — et c’est pourquoi les A’haronim la déplacent d’une époque à l’autre sans changer un mot du seif.

5. הדורון שאי אפשר לאבדו — quatre lectures d’un même récit

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est la grande ma’hloket du siman, et elle naît d’un silence. La guemara raconte un cas où le sage pouvait jeter le denier dans la fosse sous les yeux du donateur. Que fait-on quand on ne le peut pas ? Le Rambam et le Tour donnent une solution que la guemara ne donne pas ; le Beit Yossef s’en étonne ; le Chakh les défend ; le Taz les défend autrement et va plus loin ; les Nekoudot HaKessef et le Baer Hetev le refusent.

Le récit et sa lecture par le Beit Yossef
« אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ: טוֹל וּזְרוֹק אוֹתוֹ לְבוֹר בְּפָנָיו. אָמַר: כׇּל שֶׁכֵּן דְּהָוְיָא לֵיהּ אֵיבָה! כִּלְאַחַר יָד הוּא דְּקָאָמֵינָא » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)
Le Beit Yossef en tire que la perte doit se faire sous ses yeux, et non ailleurs — sinon elle ne sert à rien :
« ועוד דאי שלא בפניו מה הועיל בזריקה זו דכיון דעכו״ם לא ידע בה אזיל ומודה » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
La question du Beit Yossef sur le Rambam et le Tour Ni l’un ni l’autre n’écrit qu’il faut le perdre en sa présence : ils écrivent seulement qu’il le prend et n’en jouit pas. Le Beit Yossef s’en étonne ouvertement.
« ולפיכך יש לתמוה על הרמב״ם ורבינו שסתמו וכתבו שלא יהנה בו ולא פירשו שצריך לאבדו בפניו » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Le terouts du Chakh : les deux cas ne sont pas le même Le Chakh rassemble le Roch, le Ran, le Semag et les Hagahot Maimoniyot au nom du Sefer haTeroumot, et partage : la guemara parle du cas où l’on peut perdre le cadeau sous ses yeux sans créer d’hostilité ; le Rambam et le Tour parlent du cas où l’on ne le peut pas — et alors on prend, sans jouir.
« ואם א״א שלא יקבלנו משום איבה יקבלנו ולא יהנה בו » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« דהיכא דלא מציל אשתמוטי דלא להוי ליה איבה שקיל ליה » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« ובש״ם מיירי היכא דאפשר לאבדו בפניו וליכא איבה כגון שיזרקנו לבור כלאחר יד כאילו נפל ממנו שלא מדעת » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
Le terouts du Taz : « בפניו » ne dit pas où mais comment Le Taz lit le mot autrement : dans le Rambam, בפניו ne se rattache pas au geste de jeter mais à ce qui suit — il montre un visage qui ne jouit pas. C’est une solution générale, applicable partout, alors que la fosse de la guemara suppose qu’on se tienne à côté d’une fosse.
« ונ״ל דהאי בפניו קאי אדבתריה ורצה לומר שמראה בפניו שלא יהנה בו דהיינו שמראה לו פנים זועפות בשעת קבלת הדורון » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« וזה תקנה כללית בכל מקום דאילו מה שנזכר בגמרא שישליכנו לבור לא היה שייך אלא בעומד אצל הבור אבל אם ילך לבור ודאי ירגיש העובד כוכבים כוונתו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
Et le pas de plus, qui fera la ma’hloket Le Taz ne s’arrête pas au visage : il conclut que là où l’on ne peut rien perdre devant lui, on peut recevoir et en jouir. Sa preuve est le langage même de Rech Lakich, qui a dit « prends et jette », non « si tu peux jeter, prends ».
« אבל נראה דאם א״א לעשות בפני העובד כוכבים שיאבדנו מותר לקבלו וליהנות ממנו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« י״ל דדייק מדאמר טול וזרוק אותו כלאחר יד ולא אמר אם תוכל לזרקו בפניו טול ואם לאו לא תטול אלא ודאי דעכ״פ יטול » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
Le refus : Nekoudot HaKessef et Baer Hetev
« רחוקי׳ בישוב דברי הטור והרמב״ם והנכון כמ״ש בש״ך ס״ק ה » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)
« והט״ז פסק דאם א״א לאשתמוטי יקבל ממנו ומותר להנות ממנו ודבריו תמוהים וכן בנה״כ חולק עליו » (באר היטב יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
Nafka mina Un cadeau que l’on ne peut ni refuser ni perdre — le cas ordinaire aujourd’hui. Selon le Chakh, les Nekoudot HaKessef et le Baer Hetev : on le reçoit et on n’en tire aucun profit ; il faudra donc s’en défaire autrement, ou le laisser inutilisé. Selon le Taz : on le reçoit et l’on s’en sert. Trois voix contre une, et le Baer Hetev — qui est l’abrégé pratique — le dit expressément. Mais la voix isolée est celle du Taz, ce qui suffit à faire de la question une question.

6. כפילת שלום — le Nom, la langue et la difficulté de Rabban Yohanan ben Zakkaï

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 10 interdit de redoubler le salut, et conseille de saluer le premier. Deux difficultés le suivent : quel mot est visé, et pourquoi la guemara loue-t-elle Rabban Yohanan ben Zakkaï d’avoir fait ce que la halakha demande de toute façon ?

Le Maharam, rapporté par le Bedek haBayit Ce qui est interdit, c’est le mot shalom, parce qu’il est un Nom ; une formule de bénédiction qui ne contient pas de Nom n’est pas visée.
« דוק׳ שלום שהוא שמו של הקב״ה אבל ברכה דליכא שם ליכא קפידא » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ז)
« וכתוב בא״ה בשם הר״ם דדוקא שלום שהוא שמו של הקב״ה אסור לכפול אבל ברכה דליכא שם ליכא קפידא » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Le doute du Chakh Le Chakh ne s’en satisfait pas : dans la guemara, ce que Rav Hisda et Rav Kahana disent n’est pas le mot hébreu shalom mais l’araméen shlama, et la guemara les range pourtant sous la règle.
« ומכל מקום צ״ע קצת דבש״ס גבי מקדים ויהיב שלמא וגבי שלמא למר לא משמע לכאורה הכי ושמא שלמא הוי בכלל שלום » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ז)
La difficulté du Taz sur Rabban Yohanan ben Zakkaï
« אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִקְדִּימוֹ אָדָם שָׁלוֹם מֵעוֹלָם, וַאֲפִילּוּ גּוֹי בַּשּׁוּק » (ברכות י״ז ע״א)
Si prendre les devants est déjà ce que la halakha demande, où est le mérite ?
« לכאורה קשה על זה ממה שמצינו בריב״ז מעול׳ לא הקדימו אדם שלום ואפילו עובד כוכבים בשוק מאי אפילו הא עיקר הדין כך הוא שצריך להקדים שלא יצטרך להכפיל » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ו)
Les deux terouzim du Taz Le premier : le passage parle d’un inconnu — le mot « au marché » y renvoie — dont il n’était pas à craindre qu’il salue ; là, prendre les devants n’était plus une obligation mais une piété.
« ויש לומר דשם מיירי בעובד כוכבים שאינו מכירו מעולם כמו שמרמז על זה לשון בשוק » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ו)
Le second, qu’il trouve ensuite dans le Semak, et qui ne suppose plus de distinguer les personnes : le mérite tient au mot. La halakha n’oblige à prendre les devants que pour le mot shalom ; le sage le faisait même avec une autre formule de bénédiction.
« ואסור לכפול להם שלום ודוקא שלום שהוא שמו של הקדוש ברוך הוא או ברכה בלשון שם אבל ברכה אחרת אין קפידא » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ו)
« ולפ״ז ניחא דאותו ששבחוהו שהקדים שלום לעובד כוכבים בשוק היינו אפי׳ בלשון ברכה אחרת ודבר זה נכון » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ו)
La correction des Nekoudot HaKessef Le Taz écrit que le Beit Yossef n’a pas rapporté le Semak. Le Chakh corrige : il l’a rapporté, dans le Bedek haBayit — et le Chakh lui-même l’avait déjà cité au ס״ק ז. La correction n’est pas seulement bibliographique : elle veut dire que le Beit Yossef connaissait la distinction et ne l’a pas retenue dans le corps de son ouvrage.
« אישתמיטתיה דהב״י מביאו בבדק הבית וכמ״ש בש״ך ס״ק ז » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)

7. יום קבוע — la fixité comme condition du décret

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Quatre seifim — 3, 4, 7 et 8 — semblent traiter de sujets distincts. Ils répondent en réalité à une seule question : à quelle condition un jour est-il un « jour de fête » au sens du décret ? La réponse tient en un mot, קבוע, et ce mot recouvre deux exigences que le Beit Yossef prend soin de séparer.

Deux exigences dans un seul mot (א) קבוע לכל — que toute la communauté l’observe, et non un groupe seulement. (ב) בכל שנה — qu’elle revienne annuellement. Le Beit Yossef propose deux répartitions de ces deux exigences entre les cas de la guemara, et préfère la seconde.
« ויותר נראה לפרש דיום קבוע לכל כתב לאפוקי יום תגלחת זקנו ויום שעלה בו מן הים שאינו אסור אלא אותו היום בלבד ועושין אותו בכל שנה ושנה כתב לאפוקי חגא דטייעי דלא קביעא » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
La fête qui ne revient pas — et jusqu’où sa permission va Rachi explique que l’on ne s’en soucie pas quand elle n’est pas annuelle ; le Chakh en tire une conséquence plus large que le Beit Yossef n’allait : même le jour de la fête est permis.
« ופירש״י דלא קביעא אין חוששין לה כ״כ אם אין עושין לה בכל שנה » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« ואם הוא יום חג שאינו קבוע שאינם עושים אותו בכל שנה אפילו ביום חגם מותר » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ד)
La fête d’un seul homme — et le doute du Ran Le seif 7 restreint à ce jour-là et cet homme-là ; la guemara précise que « cet homme-là » exclut ceux qui lui sont assujettis. Le Ran rapporte un doute du Talmud de Jérusalem, resté sans réponse : « ce jour-là » veut-il dire une seule fois, ou ce même jour chaque année ?
« וכתב הר״ן בעו בירושלמי אותו היום בלבד או אותו היום בכל שנה ולא פשטוה » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
« כיון שאינו יום קבוע לכל » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ו)
Le seif 8 : la ville assujettie La question de Rav Matna — Rome fait ses calendes, et les villes qui dépendent d’elle les font aussi : sont-elles interdites ? — est le cas limite du קבוע לכל. Rabbi Yohanan répond que non, et une beraïta l’appuie. Le Ran ajoute la raison, qui est celle du seif : elles ne le font que par crainte du roi, et ne vont pas remercier.
« והר״ן כתב דמשמע בתוספתא שאע״פ שאותם עיירות עושות עמה מותרות לפי שאין עושות אותם אלא מיראת המלך ולא אזלי ומודו » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Ce que les quatre seifim disent ensemble Le décret ne porte pas sur la joie mais sur la reconnaissance publique et régulière d’un culte. Il faut que le jour soit reconnu, que la communauté le reconnaisse, et que ceux qui le tiennent y adhèrent. Ôte l’un des trois — la régularité (Chakh ס״ק ד), la communauté (seif 7), l’adhésion (seif 8) — et le siman ne s’applique plus. Le seif 12 n’est alors que le quatrième cas de la même liste : ôte la connaissance du culte lui-même.

8. בזמן הזה — l’étendue de la permission et ses trois bornes

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 12 est un des rares endroits du Choulhan Aroukh où un siman entier se voit retirer sa portée par son dernier mot. Il faut donc savoir exactement ce qu’il retire, sur quelle base, et ce qu’il laisse.

Le fondement : une observation, non une indulgence
« גּוֹיִם שֶׁבְּחוּצָה לְאָרֶץ לָאו עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, אֶלָּא מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶן בִּידֵיהֶן » (חולין י״ג ע״ב)
« והאידנא כתב הרשב״ם בשם רש״י שהכל מותר דלאו עובדי אליל הם ולא אזלי ומודי » (טור יו״ד קמ״ח)
« והאידנא כתב הרמב״ן בשם רש״י שהכל מותר כלומר כל מה שנזכר בסימן זה לאיסור האידנא מותר » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
La seconde raison, qui n’est pas de même nature Le Tour en ajoute une autre, et il faut voir qu’elle n’a pas la même portée : la première dit que la crainte n’a plus d’objet, la seconde dit que la crainte cède devant l’hostilité. La première abolit l’interdit, la seconde le suspend.
« ועוד כיון שעיקר פרנסתינו מהם ואנו נושאין ונותנין עמהם כל ימות השנה ואם היינו פורשים מהם ביום אידם היה לנו איבה לכך שרי » (טור יו״ד קמ״ח)
« והכי תניא בתוס׳ בד״א בעכו״ם שאינו מכירו אבל אם מכירו מותר מפני שהוא כמחניף לו ותניא נכנס לעיר ומצאם שמחים שמח עמהם מפני שהוא כמחניף להם » (טור יו״ד קמ״ח)
Trois bornes (א) Le seif 9 reste interdit. Le Chakh, au nom du Ba’h, l’écrit sans détour — et c’est cohérent : entrer chez lui le jour de sa fête pour le saluer n’est pas un acte de commerce dont l’abstention créerait de l’hostilité ; c’est une démarche qu’on fait ou qu’on ne fait pas.
« ומ״מ מה שנזכר בסעיף ט׳ אסור גם האידנא » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק י״ב)
« ומה שנזכר בסעיף ט׳ איך דינא האידנא עיין ב״ח » (באר היטב יו״ד קמ״ח ס״ק ט)
(ב) Le בעל נפש. Là où l’abstention ne produirait pas d’hostilité, le Rama demande de s’abstenir. La source est le Ran, et le Beit Yossef y joint le Ramban, qui l’appuie d’une preuve du Talmud de Jérusalem.
« ומיהו כתב הר״ן ואעפ״כ בעל נפש ימעט וכן כתב הרמב״ן ז״ל והביא ראיה מהירושלמי » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
(ג) Le cadeau reste ordonné. La fin de la glose n’autorise pas simplement l’envoi : elle demande de l’avancer à la veille au soir, et ne tolère le jour même que faute de mieux. Le Chakh en donne la raison — et l’on remarquera qu’il invoque, pour justifier l’envoi, la seconde raison du seif, l’hostilité, non la première.
« דאי יאחר תהוי ליה איבה הואיל והורגל כבר דמאי דהוה הוה וכ״ש בזמן הזה דלא שכיחא כולי האי דאזלי ומודי » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק י״ג)
Ce que la structure des bornes révèle Les trois bornes ne sont pas de même espèce, et cela s’explique. Le seif 9 tient parce que sa raison n’était jamais le commerce. Le בעל נפש tient parce que la seconde raison du seif — l’hostilité — n’est qu’un dilatoire, et un dilatoire ne permet que dans sa mesure. Le cadeau tient parce que le Chakh le rattache à la seconde raison, non à la première. Autrement dit : ce que la première raison abolit ne revient pas, et ce que seule la seconde permet reste sous condition.

9. יסוד הסימן — הנאה, הודאה, איבה

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Trois mots suffisent à ranger tout le siman, et ils sont dans un ordre : le premier est l’objet, le second est la crainte, le troisième est la limite.

הנאה — ce qui passe de nous à lui Le siman ne connaît que des transferts : marchandise, objet prêté, argent, cadeau, salut, présence à sa fête. Chaque seif nomme un transfert et demande s’il enrichit. Là où rien ne passe — l’encaissement d’une dette perdue, l’achat auprès de qui ne sert pas d’idole — il n’y a pas de matière à interdit.
הודאה — la phrase que l’on craint Ce n’est pas le transfert qui est interdit mais son écho. D’où trois conséquences : l’interdit dépend du jour (il n’y a de remerciement que devant l’idole, à sa fête) ; il dépend de la personne (seifim 5, 7, 8) ; et il tombe quand le remerciement n’est plus vraisemblable (seif 12). Et c’est ici que se joue la ma’hloket du Taz et des Nekoudot HaKessef : cet écho est-il lui-même un culte, ou seulement le signe d’un culte ?
איבה — ce qui plie l’interdit sans le briser L’hostilité intervient trois fois, et jamais comme une permission pleine. Elle fait recevoir le cadeau mais non en jouir (Chakh) ; elle fait se réjouir avec eux mais le בעל נפש s’en éloigne ; elle fait envoyer le cadeau mais la veille au soir. Sa marque propre est de laisser toujours un reste à faire — et c’est la différence entre un interdit qui a disparu et un interdit qui a cédé.
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קמ״ח · Niveau 2 — Lamdan · דיני חגי האלילים
daattorah.com
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · סימן קמ״ח · 148 · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha