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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קנ״ה — Se faire soigner par un non-Juif

Trois seifim : de qui l’on reçoit un soin, par quel moyen, et avec quelle substance
יורה דעה · סימן קנ״ה
אם מותר להתרפאות מעובד כוכבים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le Siman 155 tient en trois seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ג׳ סעיפים. Il ne parle pas de médecine : il parle de trois relations qu’un malade peut nouer avec ce qui le guérit. À qui confie-t-il son corps ? Par quel moyen accepte-t-il d’être soigné ? Et de quelle matière le remède est-il fait ? Les deux premières questions se règlent au chapitre du danger de mort ; la troisième, au chapitre de ce que la Torah interdit.

Sujet : Le soignant non-Juif, l’incantation, et le remède fait d’un interdit
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קנ״ה

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les trois seifim
2. Contexte : la michna d’Avoda Zara (כ״ז ע״א), la sougya, Pessahim (כ״ה), le Tour et le Beit Yossef
3. Les concepts-clés : מומחה לרבים, ריבדא דכוסילתא, חיי שעה, לחש, אפיקורוס, כדרך הנאתן, יין נסך
4. Le tableau récapitulatif : le soignant, puis la substance
5. L’appareil : le Chakh (20 ס״ק), le Taz (3), le Baer Hetev (10) et le Pit’hei Techouva (9)
6. Le Rambam : dans quels traités ces règles sont-elles codifiées ?
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse : et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les trois seifim

Le siman se lit en trois temps, et chacun répond à une question différente. (1) De qui accepte-t-on un soin, et jusqu’où va la crainte ? (2) Un remède peut-il être pris à ce qui appartient à une idole ? (3) Un remède peut-il être fait de ce que la Torah interdit ?

Seif 1 — le soignant : le danger, l’expertise, le salaire, l’incantation

אם מותר להתרפאות מעובד כוכבים. ובו ג׳ סעיפים:
כל מכה וחולי שיש בהם סכנה שמחללים עליהם שבת אין מתרפאים מעובד כוכבים שאינו מומחה לרבים (וכל המקיזים דם הוו מומחים לענין הקזה) (טור וב״י בשם תוספות והרא״ש ובהגהות מיי׳ פ״ט ור׳ ירוחם ואגודה וסמ״ג) דחיישינן לשפיכת דמים ואפילו הוא ספק חי ספק מת אין מתרפאים ממנו אבל אם הוא ודאי מת מתרפאים ממנו דלחיי שעה לא חיישינן בהא ואם אמר סם פלוני יפה או רע יכול לסמוך עליו והוא שלא יקח ממנו אותו סם (וי״א דכל זה אינו אסור אלא כשהעובד כוכבים עושה בחנם אבל אם עושה בשכר בכל ענין מותר דחייש לפסידא דאגריה) (הגהות אשיר״י פא״מ מא״ז) (וכן נהגו להקל) אבל אם בא לרפאותו בלחש מותר והוא שלא ידע שמזכיר שם אלילים אבל אם יודע שמזכיר שם אלילים אסור אפילו אם יודע שודאי ימות ואם הוא אפיקורוס אפי׳ סתם לחש אסור שודאי מזכיר שם אלילים: (וכן אסור ללמוד ממנו לחש) (הגהות מרדכי פא״מ) :
Titre du siman : s’il est permis de se faire soigner par un non-Juif ; et il comporte trois seifim.

Toute plaie et toute maladie qui comportent un danger, celles pour lesquelles on profane le Chabbat — on ne s’en fait pas soigner par un non-Juif qui n’est pas un expert reconnu du public (glose : et tous ceux qui pratiquent la saignée sont des experts pour ce qui est de la saignée) (Tour et Beit Yossef au nom des Tossefot, du Roch, des Hagahot Maïmoniyot au chapitre 9, de Rabbénou Yerou’ham, de l’Agouda et du Semag)car nous craignons l’effusion de sang.

Et même s’il est douteux qu’il vive ou qu’il meure, on ne s’en fait pas soigner ; mais s’il est certain qu’il va mourir, on s’en fait soigner — car en cela nous ne tenons pas compte d’une vie d’un instant.

Et s’il dit « tel remède est bon » ou « tel remède est mauvais », on peut s’appuyer sur lui — à condition de ne pas prendre ce remède-là de sa main.

Glose : (et certains disent que tout cela n’est interdit que lorsque le non-Juif agit gratuitement ; mais s’il agit contre salaire, c’est permis en tout état de cause, car il craint la perte de son salaire) (Hagahot Achri, chapitre Ein Ma’amidin, d’après le Or Zaroua) (et ainsi a-t-on coutume d’alléger).

Mais s’il vient le soigner par une incantation, c’est permis — pourvu qu’il ne sache pas qu’il mentionne le nom d’idoles ; mais s’il sait qu’il mentionne le nom d’idoles, c’est interdit, même s’il sait qu’il mourra certainement. Et s’il est un apikoros, même une incantation ordinaire est interdite, car il mentionne certainement le nom d’idoles.

Glose : (et de même il est interdit d’apprendre de lui une incantation) (Hagahot Mordekhaï, chapitre Ein Ma’amidin).
Le seif 1 n’a pas un objet mais quatre. Il fixe d’abord quand la question se pose — une plaie assez grave pour que l’on profane le Chabbat ; puis de qui l’on peut malgré tout recevoir un soin — l’expert reconnu du public ; puis jusqu’où va la rigueur — jusqu’au doute entre la vie et la mort, mais pas au-delà ; puis ce qui reste permis en tout état de cause — l’avis, non le remède.

Seif 2 — le remède pris à l’eau ou à l’arbre d’une idole

עובד כוכבים שבא לרפאות את ישראל ואמר ליה קח ממים אלו או מאילן פלוני שהם של אלילים אסור אבל אם אמר לו קח ממים אלו או מאילן זה ולא הזכיר לו שם אלילי׳ אעפ״י שאין מאותם מים ואותו אילן מצויים אלא של אלילים מותר כיון שלא תלה הרפואה במה שהם אלילים ויש אוסרים גם בזה אפילו באומר לו הבא עלים סתם והביא לו מעצי אשרה:
Un non-Juif qui vient soigner un Juif et lui dit « prends de ces eaux-ci » ou « de tel arbre », lesquels sont d’idoles — c’est interdit. Mais s’il lui a dit « prends de ces eaux-ci » ou « de cet arbre » sans lui mentionner le nom d’idoles — bien qu’il n’existe de ces eaux-là et de cet arbre-là que ceux des idoles — c’est permis, puisqu’il n’a pas fait dépendre la guérison de ce qu’ils sont d’idoles. Et certains interdisent aussi dans ce cas, même lorsqu’il lui dit « apporte des feuilles » sans plus, et qu’il lui en a apporté du bois d’une achéra.
Le seif 2 ne parle plus du soignant mais du remède. Le non-Juif y est quelconque ; ce qui décide, c’est ce qu’il dit. S’il nomme l’idole, le Juif serait tenu de reconnaître qu’elle guérit. S’il ne la nomme pas, l’eau reste de l’eau — même si toute l’eau du pays appartient à un temple.

Seif 3 — se soigner avec ce que la Torah interdit

בשאר איסורים מתרפאים במקום סכנה אפי׳ דרך הנאתן ושלא במקום סכנה כדרך הנאתן אסור שלא כדרך הנאתן מותר חוץ מכלאי הכרם ובשר בחלב שאסורים אפילו שלא כדרך הנאתן אלא במקום סכנה: הגה ועיין לעיל סימן קכ״ג י״א דכל איסורי הנאה מדרבנן מותר להתרפאות בהן אפילו חולה שאין בו סכנה (ר״ן פכ״ש בשם י״א וריב״ש סי׳ מ״ה) ואפי׳ יין נסך בזמן הזה מותר להתרפאות בו ולעשות ממנו מרחץ אע״פ שהוא כדרך הנאתן ובלבד שלא יאכל וישתה האיסור הואיל ואין בו סכנה וכל שכן דמותר לזלף יין על גבי אש דאפי׳ לבריא מותר דריחא לאו מילתא היא (ארוך כלל ל "ט) . מותר לשרוף שרץ או שאר דבר איסור ולאכלו לרפואה אפילו חולה שאין בו סכנה חוץ מבעצי עבודת כוכבי׳ (ארוך כלל ל״ב) וכל חולה שמאכילין (לו) איסור צריכים שתהא הרפואה ידועה או על פי מומחה (שם כלל נ״ט) ואין מתירין שום דבר איסור לחולה אם יוכל לעשות הרפואה בהיתר כמו באיסור אע״פ שצריך לשהות קצת קודם שימצא ההיתר מאחר שאין סכנה בדבר (בית יוסף ותשובת הרשב״א סוף סימן קל״ד):
Pour les autres interdits, on se soigne, en un lieu de danger, même selon leur mode d’usage ; et hors d’un lieu de danger, selon leur mode d’usage c’est interdit, autrement que selon leur mode d’usage c’est permis — sauf le kilei hakerem et la viande dans le lait, qui sont interdits même autrement que selon leur mode d’usage, si ce n’est en un lieu de danger.

Glose : et vois plus haut au siman 123. Certains disent que tous les interdits de profit d’ordre rabbinique — il est permis de s’en soigner, même pour un malade qui n’est pas en danger (Ran, chapitre Kol Cha’a, au nom de « certains disent », et Rivach siman 45). Et même du vin de libation, de nos jours, il est permis de s’en soigner et d’en faire un bain, quoique ce soit selon son mode d’usage ; pourvu qu’il ne mange ni ne boive l’interdit, dès lors qu’il n’y a pas de danger. Et à plus forte raison est-il permis d’asperger du vin sur le feu, ce qui est permis même à un bien portant, car l’odeur n’est rien (Aroukh, klal 39). Il est permis de brûler un sheretz ou toute autre chose interdite et de la manger comme remède, même pour un malade qui n’est pas en danger — sauf le bois d’idolâtrie (Aroukh, klal 32). Et tout malade à qui l’on fait manger un interdit, il faut que le remède soit connu, ou attesté par un expert (ibid., klal 59). Et l’on ne permet aucune chose interdite à un malade s’il peut faire le remède avec du permis comme il le ferait avec de l’interdit, quoiqu’il lui faille attendre un peu avant de trouver le permis, dès lors qu’il n’y a pas de danger en la chose (Beit Yossef et responsa du Rachba, fin du siman 134).
Le seif 3 change de chapitre. Il ne s’agit plus d’un non-Juif du tout, mais de la matière du remède. Deux axes le gouvernent : y a-t-il danger, oui ou non ; et la substance est-elle prise selon son mode d’usage ou non. Deux interdits seulement échappent à ce quadrillage — le kilei hakerem et la viande dans le lait.

2. Contexte — la michna, la sougya, le Tour et le Beit Yossef

Le seif 1 vient d’une michna de trois mots et de la sougya qui essaie, trois fois, de dire ce qu’elle veut dire. La michna distingue deux soins ; la guemara demande lesquels.

« מִתְרַפְּאִין מֵהֶן רִיפּוּי מָמוֹן, אֲבָל לֹא רִיפּוּי נְפָשׁוֹת » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
« מַאי ״רִיפּוּי מָמוֹן״, וּמַאי ״רִיפּוּי נְפָשׁוֹת״? אִילֵּימָא ״רִיפּוּי מָמוֹן״ בְּשָׂכָר, ״רִיפּוּי נְפָשׁוֹת״ בְּחִנָּם — לִיתְנֵי: מִתְרַפְּאִין מֵהֶן בְּשָׂכָר אֲבָל לֹא בְּחִנָּם » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
« אֶלָּא, ״רִיפּוּי מָמוֹן״ — דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה, ״רִיפּוּי נְפָשׁוֹת״ — דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ סַכָּנָה » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
« וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה: אֲפִילּוּ רִיבְדָּא דְּכוּסִילְתָּא לָא מִתַּסֵּינַן מִינַּיְיהו » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
« אֶלָּא, ״רִיפּוּי מָמוֹן״ — בְּהֶמְתּוֹ, ״רִיפּוּי נְפָשׁוֹת״ — גּוּפֵיה » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
résumé : on se fait soigner par eux d’un soin d’argent, mais non d’un soin de personnes. — Qu’est-ce qu’un soin d’argent et qu’est-ce qu’un soin de personnes ? Si l’on dit : un soin d’argent, contre salaire, un soin de personnes, gratuitement — que la michna enseigne plutôt « on se fait soigner par eux contre salaire mais non gratuitement » ! Plutôt : un soin d’argent, une chose sans danger ; un soin de personnes, une chose qui comporte un danger. Mais Rav Yehouda a dit : même pour la piqûre de la lancette nous ne nous faisons pas soigner par eux ! Plutôt : un soin d’argent, sa bête ; un soin de personnes, son propre corps.
La sougya se referme sur une difficulté qu’elle ne résout pas : la deuxième réponse — “une chose qui comporte un danger” — est écartée par Rav Yehouda, et la troisième la remplace. Le Beit Yossef montrera que Rabbénou Tam ne s’en contente pas et fait tenir les deux ensemble, en distinguant trois états et non deux. C’est de là que naît la ma’hloket du Chakh (ס״ק א).

Deux mémras fixent ensuite les deux bornes que le seif reprend mot pour mot — l’expert, et le mourant :

« בְּרוֹפֵא מוּמְחֶה, דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִם הָיָה מוּמְחֶה לְרַבִּים — מוּתָּר » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
« אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל מַכָּה שֶׁמְּחַלְּלִין עָלֶיהָ אֶת הַשַּׁבָּת אֵין מִתְרַפְּאִין מֵהֶן » (עבודה זרה כ״ז ע״ב)
« סָפֵק חַי סָפֵק מֵת — אֵין מִתְרַפְּאִין מֵהֶן, וַדַּאי מֵת — מִתְרַפְּאִין מֵהֶן » (עבודה זרה כ״ז ע״ב)
« הָאִיכָּא חַיֵּי שָׁעָה! לְחַיֵּי שָׁעָה לָא חָיְישִׁינַן » (עבודה זרה כ״ז ע״ב)
« לֹא יִשָּׂא וְיִתֵּן אָדָם עִם הַמִּינִין, וְאֵין מִתְרַפְּאִין מֵהֶן אֲפִילּוּ לְחַיֵּי שָׁעָה » (עבודה זרה כ״ז ע״ב)
résumé : … chez un médecin expert, car lorsque Rav Dimi vint il dit au nom de Rabbi Yo’hanan : s’il était un expert reconnu du public, c’est permis. — Rabba bar bar ’Hana dit au nom de Rabbi Yo’hanan : toute plaie pour laquelle on profane le Chabbat, on ne s’en fait pas soigner par eux. — Doute s’il vivra, doute s’il mourra : on ne s’en fait pas soigner ; certain qu’il mourra : on s’en fait soigner. — Mais il y a bien là une vie d’un instant ! — D’une vie d’un instant nous ne tenons pas compte. — Objection : qu’un homme ne traite ni ne commerce avec les minim, et l’on ne se fait pas soigner par eux, même pour une vie d’un instant.
La guemara oppose donc deux cas de mourant : le non-Juif ordinaire, dont on accepte le soin parce qu’on n’a plus rien à perdre ; et le min, dont on ne l’accepte pas, parce que ce qu’on risque là n’est pas la vie. C’est cette seconde ligne que le seif reprend dans ואם הוא אפיקורוס אפי׳ סתם לחש אסור שודאי מזכיר שם אלילים.

Le seif 3, lui, ne vient pas d’Avoda Zara mais de Pessahim, où la règle du remède interdit est posée en deux temps — l’exception de l’idolâtrie, puis la mesure de ce qui est “selon le mode d’usage” :

« אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בַּכֹּל מִתְרַפְּאִין, חוּץ מֵעֲצֵי אֲשֵׁירָה » (פסחים כ״ה ע״א)
« כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בַּכֹּל מִתְרַפְּאִין, חוּץ מֵעֲבוֹדָה זָרָה וְגִילּוּי עֲרָיוֹת » (פסחים כ״ה ע״א)
« מָר בַּר רַב אָשֵׁי אַשְׁכְּחֵיהּ לְרָבִינָא דְּשָׁיֵיף לַהּ לִבְרַתֵּיהּ בְּגוּהַרְקֵי דְעׇרְלָה. אֲמַר לֵיהּ: אֵימוֹר דַּאֲמוּר רַבָּנַן בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה, שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה מִי אֲמוּר » (פסחים כ״ה ע״ב)
« אֲמַר לֵיהּ: הַאי אִישָּׁתָא צְמִירְתָּא נָמֵי כִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה דָּמְיָא. אִיכָּא דְאָמְרִי, אֲמַר לֵיהּ: מִידֵּי דֶּרֶךְ הֲנָאָה קָא עָבֵידְנָא » (פסחים כ״ה ע״ב)
résumé : Rabbi Yaakov dit au nom de Rabbi Yo’hanan : on se soigne avec tout, sauf avec le bois d’une achéra. Quel est le cas ? Si l’on dit qu’il y a danger — même le bois d’une achéra devrait l’être ! et s’il n’y a pas de danger — même tous les interdits de la Torah ne devraient pas l’être ! — Lorsque Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yo’hanan : on se soigne avec tout, sauf avec l’idolâtrie et les unions interdites [et l’effusion de sang]. — Mar bar Rav Achi trouva Ravina qui frottait sa fille avec des rejets d’orla. Il lui dit : dis donc que les Sages ont permis en un temps de danger — hors d’un temps de danger, l’ont-ils dit ? Il lui répondit : cette fièvre brûlante aussi est comme un temps de danger ; et selon d’autres il lui répondit : est-ce que je fais là quelque chose selon le mode de son usage ?

Le Tour donne la règle du seif 1 en la motivant, et il ajoute deux cas que le Mehaber ne reprendra pas — celui de l’homme proche du pouvoir, et celui du non-Juif jaloux ou ennemi :

« כל מכה וחולי שיש בהם סכנה שמחללין עליהן שבת אין מתרפאין מהן דכיון שחשודין על שפיכות דמים ודאי יהרגנו » (טור יו״ד קנ״ה)
« וכן בדבר שאין בו חולי ואין בו סכנה כמו ריבדא דכוסילתא שהקיז לו ישראל וכואב לו המקום לא יתרפא ממנו » (טור יו״ד קנ״ה)
« ורב אלפס התיר בזה וא״א הרא״ש ז״ל כתב כסברא ראשונה » (טור יו״ד קנ״ה)
« ובחולי שצריך אומנות לרפואתו ואין בו סכנה לדברי הכל מתרפאין מהן » (טור יו״ד קנ״ה)
« וכ״ז כשאינו מומחה לרבים אבל אם הוא מומחה לרבים מתרפאין ממנו בכל דבר דלא מרע נפשיה » (טור יו״ד קנ״ה)
« ואדם שקרוב למלכות יכול להתרפאות מהכל אפי׳ ממי שאינו מומחה שירא לעשות לו רעה » (טור יו״ד קנ״ה)
« ואם העכו״ם מתקנאים בו או שהוא שונאו אפי׳ הוא קרוב למלכות אסור שהעכו״ם מוסר נפשו עליו לעשות לו רעה » (טור יו״ד קנ״ה)
« ודוקא שאומר לו שאין לו רפואה אלא במים אלו או מאילן זה שאז נראה לו כאילו הישראל נותן ממשות באליל » (טור יו״ד קנ״ה)
résumé : toute plaie et toute maladie qui comportent un danger, pour lesquelles on profane le Chabbat, on ne s’en fait pas soigner par eux : puisqu’ils sont soupçonnés d’effusion de sang, il le tuera certainement sans s’en soucier, car il aura pour lui de dire qu’il était en danger de mort. Et de même pour une chose où il n’y a ni maladie ni danger, comme la piqûre de la lancette, lorsqu’un Juif lui a fait la saignée et que l’endroit lui fait mal — il ne s’en fera pas soigner… Le Rif a permis en cela, et mon seigneur et père le Roch a écrit comme le premier avis. Et pour une maladie dont la guérison demande un métier et qui ne comporte pas de danger, de l’avis de tous on s’en fait soigner. Et tout cela lorsqu’il n’est pas un expert reconnu du public ; mais s’il est un expert reconnu du public, on s’en fait soigner en toute chose, car il ne compromettra pas sa réputation. Et un homme proche du pouvoir peut se faire soigner par n’importe qui, même par celui qui n’est pas expert, car celui-ci craindra de lui faire du mal ; et si les non-Juifs le jalousent, ou s’il est son ennemi, même proche du pouvoir c’est interdit, car le non-Juif y met sa propre vie pour lui nuire. Et [pour l’eau et l’arbre], c’est seulement lorsqu’il lui dit qu’il n’a de guérison que dans ces eaux-ci ou dans cet arbre-là, car il paraît alors que le Juif reconnaît à l’idole une réalité.

Le Beit Yossef, lui, expose la résolution de Rabbénou Tam — celle qui fera tout le débat du Chakh — puis situe la règle chez le Rambam, et rapporte la lecture des Hagahot Achri sur le salaire :

« והתוספות והרא״ש והר״ן כתבו שר״ת הקשה על זה והעלה לקיים שתיהן דג׳ דינים הם » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« חולי שיש בו סכנה אין מתרפאין מהם משום דלא מירתת דילמא מרע נפשיה » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« וחולי שאין בו ספנה מתרפאים מהם שאילו ימות יתלו הדבר בחסרון ידיעתו ויקפח פרנסתו » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« אבל רב יהודה מיירי כגון שאינו חולה כלל אלא מיחוש בעלמא כריבדא דכוסילתא דבכה״ג לא מתסינן מינייהו » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« וכ״פ הרמב״ם שכתב בפי״ב מהלכות רוצח ושמירת נפש » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« כתוב בהג״א פרק אין מעמידין נראה בעיני דכל זה מדברו בחנם אבל בשכר הכל שרי דחייש להפסידא דאגריה ולא קטיל ליה » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« וכתב הרמב״ן בפי״ב מהלכות רוצח דמכל מקום לא יקח ממנו אותו הסם » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« בפרק כל שעה (פסחים כה.) אמרינן הכי בכל מתרפאין במקום סכנה חוץ מעצי אשרה ומפורש שם דשאר איסורי הנאה מותרים אפילו שלא במקום סכנה והוא שיהנה מהן שלא כדרך הנאתן » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« וכתב הרא״ש דהמינים אפילו הוא מומחה לרבים אין מתרפאין מהן אפילו לחיי שעה משום דמינות משכא לפי שהם מזכירים בלחש שם כו״ם » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« אבל אם העכו״ם בא לרפאותו בלחש סתם ואינו יודע אם יזכיר כו״ם אם לאו מותר והכי איתא בירושלמי » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
résumé : les Tossefot, le Roch et le Ran ont écrit que Rabbénou Tam a objecté à cela et a conclu en maintenant les deux, car il y a trois cas : une maladie qui comporte un danger — on ne s’en fait pas soigner par eux, parce qu’il ne craint pas et pourrait compromettre sa réputation ; une maladie sans danger — on s’en fait soigner par eux, car s’il mourait, on l’attribuerait à son ignorance et sa clientèle en souffrirait ; mais Rav Yehouda parle du cas où l’homme n’est pas malade du tout, seulement incommodé, comme la piqûre de la lancette, et en pareil cas on ne s’en fait pas soigner. Et ainsi a tranché le Rambam au douzième chapitre des lois du meurtrier et de la sauvegarde de la vie. Et il est écrit dans les Hagahot Achri : il me paraît que tout cela est dit du cas où il agit gratuitement, mais contre salaire tout est permis, car il craint la perte de son salaire et ne le tuera pas. Et le Ramban a écrit qu’en tout état de cause il ne prendra pas de lui ce remède-là. Et au chapitre Kol Cha’a il est dit : on se soigne avec tout en un lieu de danger, sauf le bois d’une achéra, et il y est expliqué que les autres interdits de profit sont permis même hors d’un lieu de danger, pourvu qu’il en tire profit autrement que selon leur mode d’usage. Et le Roch a écrit que des minim, même expert reconnu du public, on ne se fait pas soigner, même pour une vie d’un instant, parce que l’hérésie attire ; mais si le non-Juif vient le soigner par une incantation ordinaire et qu’il ne sait pas s’il mentionnera une idole ou non, c’est permis, et ainsi est-il dans le Yerouchalmi.
« אבל בירוש׳ דפ׳ אין מעמידין לא משמע הכי דהתם אמרינן בהדיא שאפילו אמרו לו הבא עלין סתם והביא לו מעצי אשרה ימות ואל יתרפא בהן » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
résumé : mais dans le Yerouchalmi du chapitre Ein Ma’amidin, cela ne paraît pas ainsi : car on y dit expressément que même si on lui a dit “apporte des feuilles” sans plus et qu’on lui en a apporté du bois d’une achéra, qu’il meure et qu’il ne s’en soigne pas. — C’est la source du « certains interdisent » du seif 2.
  1. D’où vient l’interdit du seif 1 ? D’une michna d’Avoda Zara et de trois mémras de Rabbi Yo’hanan — l’expert, la plaie du Chabbat, et le mourant.
  2. Pourquoi craint-on ? Le Tour le dit en toutes lettres : parce qu’ils sont soupçonnés d’effusion de sang, et qu’un mourant offre au meurtrier une explication toute faite.
  3. Qu’est-ce qui protège malgré tout ? Le métier. L’expert reconnu ne détruit pas sa propre réputation ; c’est un calcul d’intérêt, non de bienveillance.
  4. D’où vient le seif 3 ? De Pessahim : on se soigne avec tout sauf l’idolâtrie, les unions interdites et l’effusion de sang — et l’épisode de Ravina y ajoute la mesure du “mode d’usage”.

3. Les concepts-clés de ce siman

מוּמְחֶה לָרַבִּיםl’expert reconnu du public. La seule qualité qui lève l’interdit du seif 1. Le Chakh en donne la définition la plus courte du siman — c’est un homme de métier, et un homme de métier ne ruine pas son métier.
« שאינו מומחה לרבים. אבל מומחה דהיינו אומן לא מרע אומנתיה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
רִיבְדָּא דְּכוּסִילְתָּאla piqûre de la lancette. La blessure la plus légère qui soit : ce qui reste après une saignée. Elle sert de cas-limite à Rav Yehouda et, chez Rabbénou Tam, de troisième état — ni maladie dangereuse, ni maladie tout court.
« וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה: אֲפִילּוּ רִיבְדָּא דְּכוּסִילְתָּא לָא מִתַּסֵּינַן מִינַּיְיהו » (עבודה זרה כ״ז ע״א)
לֹא מַרַע אוּמָּנוּתֵיהּil ne compromet pas son métier. Le ressort de toute la permission. Ce n’est pas que le soignant soit bon, c’est qu’il a quelque chose à perdre. Le Chakh (ס״ק א) montre par l’envers ce qui arrive quand il n’a rien à perdre : on attribuera la mort au temps venu, ou à l’inimitié.
« דכיון דאין ברפואה זו אומנות אם ימיתנו לא יתלו הדבר בחסרון ידיעתו אלא יאמרו בלאו הכי הגיע זמנו למות או ששונאו היה והמיתו ולא מרע נפשיה לגבי אחרים » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק א)
חַיֵּי שָׁעָהune vie d’un instant. Le temps qui reste à un mourant. La guemara n’en tient pas compte ici — et le Taz (ס״ק ב) explique pourquoi elle en tient compte ailleurs : dans les deux cas on agit pour son bien.
« דלחיי שעה לא חיישינן בהא » (שו״ע יו״ד קנ״ה:א)
לַחַשׁl’incantation. Un soin par la parole, non par la substance. Le Chakh (ס״ק ז) en donne la raison en quatre mots : il n’y a là aucun danger physique. Ce qui reste en jeu n’est donc pas le corps mais ce qui est nommé.
« בלחש מותר. שאין בו סכנה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ז)
אֶפִּיקוֹרוֹסl’apikoros. Celui dont le Roch dit, dans le Chakh (ס״ק ח), qu’il est interdit même expert reconnu — parce que ce qu’on craint de lui n’est pas qu’il tue mais qu’il entraîne.
« אפיקורוס. עובד כוכבים אפי׳ הוא מומחה לרבים. הרא״ש » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
עֲצֵי אֲשֵׁירָהle bois d’une achéra. La seule matière que la guemara de Pessahim retranche de « on se soigne avec tout » — et le Pit’hei Techouva s’en servira comme d’un étalon : ce qui vaut de l’achéra vaut de toute contrainte à transgresser.
« אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בַּכֹּל מִתְרַפְּאִין, חוּץ מֵעֲצֵי אֲשֵׁירָה » (פסחים כ״ה ע״א)
כְּדֶרֶךְ הֲנָאָתָןselon leur mode d’usage. L’axe qui gouverne le seif 3 : manger ce qui se mange, boire ce qui se boit. Hors de ce mode, l’interdit d’usage tombe — hors danger — et c’est ce que Ravina répond à Mar bar Rav Achi.
« אֲמַר לֵיהּ: הַאי אִישָּׁתָא צְמִירְתָּא נָמֵי כִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה דָּמְיָא. אִיכָּא דְאָמְרִי, אֲמַר לֵיהּ: מִידֵּי דֶּרֶךְ הֲנָאָה קָא עָבֵידְנָא » (פסחים כ״ה ע״ב)
כִּלְאֵי הַכֶּרֶם וּבָשָׂר בְּחָלָבle mélange de la vigne et la viande dans le lait. Les deux exceptions du seif 3 : eux seuls demeurent interdits même hors du mode d’usage. Le Rambam les nomme dans les mêmes termes.
« חוּץ מִכִּלְאֵי הַכֶּרֶם וּבָשָׂר בְּחָלָב שֵׁהֵן אֲסוּרִים אֲפִלּוּ שֵׁלֹּא דֵּרֵךְ הֲנָאָתָן » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ח׳)
אִיסּוּרֵי הֲנָאָה מִדְּרַבָּנָןles interdits de profit d’ordre rabbinique. La classe que la glose du Rama traite à part : on peut s’en soigner même sans danger, et même selon le mode d’usage — la seule barrière restant de ne pas les manger ni les boire.
« י״א דכל איסורי הנאה מדרבנן מותר להתרפאות בהן אפילו חולה שאין בו סכנה » (רמ״א יו״ד קנ״ה:ג)
סְתָם יֵינָםle vin d’un non-Juif. Le Chakh (ס״ק ט״ז) écarte la difficulté par une raison de fait, non de droit : les non-Juifs de son temps ne sont pas des idolâtres, et la sévérité du Rachba et du Rivach vise le régime du Talmud.
« כלו׳ דעובדי כוכבים בזמן הזה לאו עובדי עבודת כוכבים הן וכדלעיל סימן קכ״ג וקכ״ד וכמה דוכתי » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט״ז)
רְפוּאָה יְדוּעָה אוֹ עַל פִּי מוּמְחֶהun remède connu, ou attesté par un expert. La condition que la glose du Rama pose à toute permission de ce siman : ce n’est pas parce qu’un malade réclame une substance qu’elle guérit. Le Chakh (ס״ק כ) renvoie pour cela à Orah Haïm.
« וכל חולה שמאכילין (לו) איסור צריכים שתהא הרפואה ידועה או על פי מומחה » (רמ״א יו״ד קנ״ה:ג)

4. Le tableau récapitulatif — le soignant, puis la substance

A. De qui l’on accepte un soin (seifim 1 et 2)

La situationLe verdictLa source
Plaie ou maladie dangereuse, soignant non-Juif non expertאין מתרפאיםשו״ע יו״ד קנ״ה:א
Le même, mais le soignant est expert reconnu du publicמתרפאיםש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ג
Saignée pratiquée par un non-Juifמומחים לענין הקזהרמ״א יו״ד קנ״ה:א
Doute entre la vie et la mortאין מתרפאיםשו״ע יו״ד קנ״ה:א
Il est certain qu’il mourraמתרפאיםשו״ע יו״ד קנ״ה:א
Le soignant est un min ou un apikorosאין מתרפאים אפילו לחיי שעהעבודה זרה כ״ז ע״ב
Il donne un avis sur un remède, sans le vendreיכול לסמוך עליושו״ע יו״ד קנ״ה:א
Prendre ce remède de sa mainלא יקח ממנושו״ע יו״ד קנ״ה:א
Il agit contre salaireבכל ענין מותר — וכן נהגו להקלרמ״א יו״ד קנ״ה:א
Soin par une incantation ordinaire, sans savoir ce qu’elle nommeמותרשו״ע יו״ד קנ״ה:א
Il sait que l’incantation nomme une idoleאסור אפילו אם יודע שודאי ימותשו״ע יו״ד קנ״ה:א
Apprendre l’incantation de luiאסוררמ״א יו״ד קנ״ה:א

B. Avec quelle substance (seifim 2 et 3)

La substance et le casLe verdictLa source
Il nomme l’eau ou l’arbre comme étant d’une idoleאסורשו״ע יו״ד קנ״ה:ב
Il ne le nomme pas, même s’il n’en existe pas d’autreמותרשו״ע יו״ד קנ״ה:ב
Le même cas, selon « certains interdisent »ויש אוסרים גם בזהשו״ע יו״ד קנ״ה:ב
Autre interdit, en un lieu de danger, selon le mode d’usageמתרפאיםשו״ע יו״ד קנ״ה:ג
Hors danger, selon le mode d’usageאסורשו״ע יו״ד קנ״ה:ג
Hors danger, autrement que selon le mode d’usageמותרשו״ע יו״ד קנ״ה:ג
Kilei hakerem et viande dans le lait, hors dangerאסורים אפילו שלא כדרך הנאתןשו״ע יו״ד קנ״ה:ג
Interdit de profit d’ordre rabbinique, malade sans dangerמותר להתרפאות בהןרמ״א יו״ד קנ״ה:ג
Vin de libation, de nos jours, pour un bainמותר — לחולהש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ז
Le même bain, pour un bien portantאבל לבריא לאש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ז
Brûler un sheretz ou un autre interdit et le mangerמותר — חוץ מבעצי עבודת כוכבי׳רמ״א יו״ד קנ״ה:ג
Le même remède existe sous une forme permiseאין מתירין שום דבר איסוררמ״א יו״ד קנ״ה:ג
Les deux tableaux ne se lisent pas de la même façon. Le premier est gouverné par un calcul : que risque le soignant ? Le second par une qualification : que fait-on de la substance ? C’est pourquoi le salaire change tout dans le premier et rien dans le second.

5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev et le Pit’hei Techouva

Trois seifim, et un appareil de quarante-deux entrées : le Chakh en compte vingt, le Baer Hetev dix, le Pit’hei Techouva neuf, le Taz trois. La disproportion est le fait le plus parlant du siman : c’est un texte court sur une matière où l’on meurt.

Le Chakh — vingt entrées

ס״ק א — trois états et non deux : la ma’hloket de fond du siman

« משמע דעת המחבר דאם אין בו סכנה בכל ענין מותר וכדפי׳ רש״י ורי״ף ורמב״ם » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« אבל הרא״ש וטור פסקו דבדבר שאין בו חולי ואין בו סכנה כמו הקזה וכה״ג לא יתרפא ממנו » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« דכיון דאין ברפואה זו אומנות אם ימיתנו לא יתלו הדבר בחסרון ידיעתו אלא יאמרו בלאו הכי הגיע זמנו למות או ששונאו היה והמיתו ולא מרע נפשיה לגבי אחרים » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« וכן דעת התו׳ בשם ר״ת וכן הר״ן וגם ר׳ ירוחם והאגודה הביא דברי ר״ת במסקנא » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק א)
résumé : il ressort de l’avis du Mehaber que s’il n’y a pas de danger, c’est permis en tout état de cause, comme l’ont expliqué Rachi, le Rif et le Rambam. Mais le Roch et le Tour ont tranché que dans une chose où il n’y a ni maladie ni danger, comme une saignée et ce qui lui ressemble, il ne s’en fera pas soigner — car, n’y ayant dans ce soin aucun métier, s’il le tuait on n’attribuerait pas la chose à son ignorance : on dirait qu’il devait de toute façon mourir, ou qu’il était son ennemi et l’a tué ; il ne compromet donc pas sa réputation à l’égard des autres. Et tel est l’avis des Tossefot au nom de Rabbénou Tam, du Ran, de Rabbénou Yerou’ham et de l’Agouda.

ס״ק ב-ה — la mesure du danger, l’expert, l’avis, et le remède qu’on n’achète pas

« שמחללין עליהם שבת. וכמו שנתבאר בא״ח סימן שכ״ח » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
« שאינו מומחה לרבים. אבל מומחה דהיינו אומן לא מרע אומנתיה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« יכול לסמוך עליו. שירא שמא ישאול גם לאחרים » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« שלא יקח ממנו. דכדי למכור חיישינן שמא משקר (וע״ל סימן פ״ו) אי נמי שמא יערב בו סם המות » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ה)
résumé : (ב) « celles pour lesquelles on profane le Chabbat » — comme il est expliqué en Orah Haïm au siman 328. (ג) « qui n’est pas un expert reconnu du public » — mais un expert, c’est-à-dire un homme de métier, ne compromet pas son métier. (ד) « il peut s’appuyer sur lui » — car il craint qu’on n’interroge aussi d’autres que lui. (ה) « qu’il ne le prenne pas de sa main » — car pour vendre nous craignons qu’il ne mente (et vois plus haut au siman 86), ou bien qu’il n’y mêle un poison mortel ; ainsi le Beit Yossef.

ס״ק ו — le plus long du siman : le Chakh défend la glose du Rama contre le Maharchal et le Ba’h

« ומהרש״ל כ׳ ע״ז חידוש הוא דש״ס סתמא קאמר וגם גדולה השנאה כו׳ דלא חייש לשכרו היכא דליכא למיחש למירע חזקתו וכן דעת רוב המחברים ועיקר » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« ולא עמדתי על סוף דעתם דמ״ש דש״ס סתמא קאמר אדרבה בש״ס (דף כ״ו ע״א) קאמר מאי רפוי ממון ומאי רפוי נפשות » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« ופרש״י דלא קטיל דחייש לפסידא דאגריה אלמא דס״ל לש״ס דבשכר שרי » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« ועוד תימה מנין לו לומר גדולה השנאה וכי בעובד כוכבים שהוא שונא לו עסקינן והלא בסתם עובד כוכבים קא מיירי » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« אלא מפני שהם חשודים על ש״ד אסור וכל שבשכר לא מפסיד אגריה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« וכל זה ברור ונמצא דברי הרב עולים כהוגן » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
résumé : le Maharchal a écrit là-dessus que c’est un chiddouch : le Talmud parle sans distinguer, et l’on dit aussi “grande est la haine”, de sorte qu’il ne se soucierait pas de son salaire là où il n’y a pas à craindre pour sa réputation ; et tel est l’avis de la plupart des auteurs, et c’est le principal. — Le Chakh répond : je n’ai pas saisi le fond de leur pensée. Que le Talmud parlerait sans distinguer ? Au contraire : le Talmud demande lui-même ce qu’est un soin d’argent et un soin de personnes, et envisage “contre salaire / gratuitement” ; Rachi y explique qu’il ne tue pas parce qu’il craint la perte de son salaire — preuve que pour le Talmud, contre salaire, c’est permis. Et d’où tiendraient-ils “grande est la haine” ? Il ne s’agit pas ici d’un non-Juif qui le haïrait, mais d’un non-Juif quelconque : c’est parce qu’ils sont soupçonnés d’effusion de sang que c’est interdit, et quiconque agit contre salaire ne perd pas son salaire. Tout cela est clair, et les paroles du Rama se tiennent parfaitement.

ס״ק ז-ח — l’incantation, et l’apikoros

« בלחש מותר. שאין בו סכנה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ז)
« אפיקורוס. עובד כוכבים אפי׳ הוא מומחה לרבים. הרא״ש » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
résumé : (ז) « par une incantation, c’est permis » — parce qu’il n’y a là aucun danger. (ח) « un apikoros » — un non-Juif, même s’il est un expert reconnu du public ; ainsi le Roch.

ס״ק ט — la Derisha, le Ba’h, et ce que le Mehaber concède : le sens implicite des paroles

« עיין בדרישה דמסיק דכשניכר מדבריו שמכוין לשם אליל אסור אע״ג שאינו מזכיר שם אליל » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
« והב״ח בקונטרס אחרון האריך וכ׳ דאפי׳ אין העובד כוכבים אומר בפי׳ אלא שכך אנו למדין ממשמעות דבריו » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
« א׳ הוא כשאותן מים או אילן מצויין יותר והעובד כוכבים אומר קח מאלו אסור אפי׳ לא אמר בפירוש קח מאלו של אליל » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
« הב׳ הוא כשאין מצוי אלו ואמר קח מאלו של אליל נמי אסור ואין היתר אלא כשאין מצוי יותר וגם לא אמר קח מאלו כו׳ דלא כהש״ע ודלא כהדרישה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
« ולפעד״נ גם דעת הדרישה כן גם המחבר נראה שמודה לזה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
résumé : vois la Derisha, qui conclut que dès lors qu’il est manifeste, à ses paroles, qu’il vise une idole, c’est interdit, quoiqu’il n’en nomme pas le nom. Et le Ba’h, dans son Kountress A’haron, s’est étendu et a écrit que même sans que le non-Juif le dise expressément — nous l’apprenons de la portée de ses paroles — et cela de deux manières : la première, lorsque ces eaux-là ou cet arbre-là sont plus répandus et que le non-Juif dit “prends de ceux-ci”, c’est interdit, même s’il n’a pas dit expressément “prends de ceux de l’idole” ; la seconde, lorsqu’il n’y a que ceux-là et qu’il a dit “prends de ceux-ci, qui sont de l’idole”, c’est également interdit — et il n’y a de permission que lorsqu’il n’y en a pas de plus répandus et qu’il n’a pas dit “prends de ceux-ci”, contre le Choulhan Aroukh et contre la Derisha. Et le Chakh conclut : à mon humble avis, telle est aussi l’opinion de la Derisha, et le Mehaber lui-même paraît en convenir.

ס״ק י-י״א — le vin en un lieu de danger, et l’avis retenu au seif 2

« כתב בד״מ ולפ״ד המתירין נ״ל דגם ביין נסך מותר להתרפאות במקום סכנה במקום דליכא למיגזר לאמשוכי בתריה כגון דא״ל הביא לי יין סתם » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י)
« ונ״ל דסתם יינם מותר לכ״ע במקום סכנה אפילו בשתייה וכ״ש בזמן הזה דפשיטא דשרי בשתייה במקום סכנה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י)
« וכ״ש בשאר איסורים שאינם אסורים אלא באכילה מותרים באכילה במקום סכנה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י)
« ויש אוסרין כו׳. והסכמת הפוסקים כסברא הראשונה וכ״פ האו״ה שם » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״א)
résumé : (י) le Darkei Moché a écrit que, selon ceux qui permettent, même du vin de libation on peut se soigner en un lieu de danger là où il n’y a pas lieu de craindre d’être entraîné, par exemple lorsqu’il lui dit “apporte-moi du vin” sans plus. Et le Chakh ajoute : il me semble que le vin d’un non-Juif est permis de l’avis de tous en un lieu de danger, même à boire — et à plus forte raison de nos jours ; et à plus forte raison les autres interdits, qui ne sont interdits qu’à la consommation, sont permis à la consommation en un lieu de danger. (י״א) « et certains interdisent » — l’accord des décisionnaires est comme le premier avis, et ainsi a tranché le Issour veHeter.

ס״ק י״ג-ט״ו — ce que « autrement que selon le mode d’usage » permet, et ce qu’il ne permet pas

« לצורך רפואה אבל שלא לצורך רפואה אפי׳ שלא כדרך הנאתן אסור הרא״ש פרק כל שעה ופשוט הוא » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ג)
« והיינו באיסורי הנאה אבל באיסורי אכילה שרי כדאי׳ בפוסקים » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ג)
« והיינו דוקא כדרך אכילתן אבל שלא כדרך אכילתן כ׳ המרדכי ואגודה ר״פ כ״ש בשם ראבי״ה דמותר » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ד)
« וכתב עוד המרדכי שם דמהאי טעמא מותר לאכול חלב חי ומיהו אדם בריא יזהר » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ד)
« אפילו חולי כו׳. אפי׳ דרך הנאתן » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט״ו)
résumé : (י״ג) pour le besoin d’une guérison ; mais hors du besoin d’une guérison, même autrement que selon le mode d’usage c’est interdit — ainsi le Roch au chapitre Kol Cha’a, et cela va de soi ; et cela vaut des interdits de profit, mais des interdits de consommation, c’est permis, comme il est dans les décisionnaires. (י״ד) « pourvu qu’il ne mange ni ne boive l’interdit » — et cela seulement selon le mode de consommation ; mais autrement que selon le mode de consommation, le Mordekhaï et l’Agouda ont écrit au nom du Ravyah que c’est permis ; et le Mordekhaï a encore écrit que pour cette raison il est permis de manger du suif cru, mais qu’un homme bien portant s’en gardera. (ט״ו) « même un malade [sans danger] » — même selon leur mode d’usage.

ס״ק ט״ז-כ — le vin de nos jours, le bain, la cendre, et la condition du remède connu

« כלו׳ דעובדי כוכבים בזמן הזה לאו עובדי עבודת כוכבים הן וכדלעיל סימן קכ״ג וקכ״ד וכמה דוכתי » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט״ז)
« וכ״כ הריב״ש סי׳ נ״ה דסתם יינם דינו כדין עצי עבודת כוכבים והיינו לדין הש״ס ונ״מ במקום שהגוים שם עובדי עבודת כוכבים הן » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק ט״ז)
« ולעשות ממנו מרחץ לחולה. אבל לבריא לא דסיכה בכלל שתיה או״ה שם » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ז)
« דמותר לזלף כו׳. ע״ל ס״ס ק״ח ס״ק (י׳) [כ״ה » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ח)
« אפי׳ הוא מאיסורי הנאה דקי״ל כל הנשרפין אפרן מותר חוץ מעצי עבודת כוכבים ויי״נ ריב״ש סי׳ רכ״ה וכן נראה דעת הרב » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק י״ט)
« הרפואה ידועה כו׳. עיין בא״ח סי׳ שכ״ח ותרי״ח » (ש״ך יו״ד קנ״ה ס״ק כ)
résumé : (ט״ז) « de nos jours » — c’est-à-dire que les non-Juifs de ce temps ne sont pas des idolâtres, comme plus haut aux simanim 123 et 124 et en bien des endroits ; et le Rachba, qui interdit dans une responsa de faire un bain avec du vin de non-Juif, parle selon le régime du Talmud ; ainsi le Rivach a-t-il écrit que ce vin a le statut du bois d’idolâtrie — selon le régime du Talmud —, et la différence pratique apparaît là où les nations sont idolâtres. (י״ז) « et d’en faire un bain » — pour un malade ; mais pour un bien portant non, car l’onction est comprise dans la boisson ; ainsi le Issour veHeter. (י״ט) « ou toute autre chose interdite » — même s’il s’agit d’un interdit de profit, car nous tenons que la cendre de tout ce qui se brûle est permise, sauf le bois d’idolâtrie et le vin de libation ; ainsi le Rivach, et tel paraît l’avis du Rama. (כ) « que le remède soit connu » — vois Orah Haïm aux simanim 328 et 618.

Le Taz — trois entrées

ס״ק א — pourquoi le Tour dit « c’est un Juif qui lui a fait la saignée »

« והא דכתב הטור כגון שהקיז לו הישראל כתב ב״י דמיירי באינו אומן לזה » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« וכתב בד״מ וצ״ל דאורחא דמילתא נקט הטור דאם הקיז לו אומן אין דרך שיכאוב לו מקום ההקזה אלא ודאי איירי באינו אומן וזה בעובד כוכבים אסור על כן נקט ישראל » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק א)
résumé : ce que le Tour a écrit, “par exemple lorsqu’un Juif lui a fait la saignée”, le Beit Yossef explique qu’il s’agit de quelqu’un qui n’est pas un homme de métier pour cela ; et le Darkei Moché a écrit qu’il faut dire que le Tour a pris le cas ordinaire, car si un homme de métier lui avait fait la saignée, l’endroit n’aurait pas coutume de lui faire mal — il s’agit donc bien de quelqu’un qui n’est pas du métier, et cela, chez un non-Juif, est interdit ; c’est pourquoi il a pris le cas d’un Juif.

ס״ק ב — pourquoi l’on écarte ici la vie d’un instant, et non à Yoma

« כתבו התוספות והא דאמרינן ביומא מפקחין עליו הגל בשבת לחוש לחיי שעה » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
« הכא והתם עבדינן לטובתו דהתם אם לא תחוש ימות והכא אם תחוש ולא יתרפא ממנו ודאי ימות וכאן שבקינן הודאי מיתה ועבדינן הספק » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
résumé : les Tossefot ont écrit : ce que nous disons à Yoma, qu’on dégage les décombres le Chabbat par égard pour une vie d’un instant — ici et là nous agissons pour son bien : là-bas, si tu ne t’en soucies pas, il mourra ; ici, si tu t’en soucies et qu’il ne se fait pas soigner par lui, il mourra certainement — et ici nous laissons la mort certaine et nous prenons le doute.

ס״ק ג — le Taz accorde le Tour avec lui-même sur le nom de l’idole

« בטור כתוב ודוקא שאומר שאין לו רפואה כו׳ וקשה דבריו אהדדי דבסיפא אוסר שם כל שמזכיר לו שם אליל לחוד » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« ונראה כוונתו דבודאי בהזכרת שם אליל לחוד אין איסור דלסימן בעלמא נקטיה לידע היכן אותן המים בנמצא » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« על כן אין איסור אלא בצירוף שאומר שאין לו רפואה כו » (ט״ז יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
résumé : dans le Tour il est écrit “et seulement lorsqu’il dit qu’il n’a pas de guérison…”, et ses paroles semblent se contredire, car à la fin il interdit dès qu’il lui mentionne le nom d’une idole, à lui seul. Et il paraît que son intention est celle-ci : à coup sûr, la seule mention du nom d’une idole ne fait pas interdit, car il l’a prise comme un simple repère, pour savoir où ces eaux se trouvent ; c’est pourquoi il n’y a d’interdit qu’avec, en outre, qu’il dise qu’il n’a pas de guérison sans elles.

Le Baer Hetev — dix entrées

ס״ק א-ו — le résumé du Chakh, seif par seif

« משמע דעת המחבר דאם אין בו סכנה בכל ענין מותר אבל הרא״ש וטור פסקו דבדבר שאין בו חולי ואין בו סכנה לא יתרפא ממנו » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« שירא שמא ישאל גם לאחרים אבל לא יקחו ממנו דכדי למכור חיישינן שמא משקר א״נ שמא יערב בו סם המות » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
« ומהרש״ל כתב דזה חידוש הוא דש״ס סתמא קאמר וגם גדולה השנאה כו׳ דלא חייש לשכרו היכא דליכא למיחש שמרע חזקתו » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« ואחריו נמשך הב״ח אבל הש״ך השיג עליהם ומסיק דהעיקר כדעת הרמ״א » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« אפיקורוס. פי׳ עובד כוכבי׳ אפי׳ הוא מומח׳ לרבים. הרא״ש » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« כתב הב״ח מיהו אפילו אינו אומר בפירוש אלא שכך אנו למדין ממשמעות דבריו והוא על ב׳ דרכים » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ה)
« אפילו. והסכמת הפוסקים כסברא הראשונה וכ״פ האו״ה. ש״ך » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
résumé : (א) l’avis du Mehaber et celui du Roch et du Tour. (ב) l’avis qu’on peut suivre, et le remède qu’on n’achète pas. (ג) le Maharchal, le Ba’h, et la conclusion : le Chakh les a contredits et conclut que le principal est comme le Rama. (ד) l’apikoros, même expert reconnu. (ה) le Ba’h sur le sens implicite des paroles. (ו) l’accord des décisionnaires est comme le premier avis.

ס״ק ז-י — le seif 3 : le mode d’usage, le bain, la cendre, le remède connu

« פירוש איסורי הנאה מתרפאים כו׳ לצורך רפואה אבל שלא לצורך רפואה אפילו שלא כדרך הנאתן אסור » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ז)
« אפילו דרך הנאתן וכ׳ המרדכי דמותר לאכול חלב חי אפי׳ חולה שאין בו סכנה ומיהו אדם בריא יזהר » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
« וגם אסור לאדם בריא לעשות לו מרחץ מסתם יינם דסיכה בכלל שתיה הוא » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
« אבל לחולה מותר דעובדי כוכבים בזה״ז לאו עובדי עבודת כוכבים הן » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
« ואפילו איסורי הנאה דקי״ל כל הנשרפין אפרן מותר חוץ מעצי עבודת כוכבים ויי״נ. ריב״ש » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
« ידועה. ע״פ מה שנתבאר בא״ח סימן שכ״ח וסימן תרי״ח » (באר היטב יו״ד קנ״ה ס״ק י)
résumé : (ז) il s’agit des interdits de profit, et pour le besoin d’une guérison. (ח) même selon leur mode d’usage ; le Mordekhaï sur le suif cru ; et il est interdit à un bien portant de se faire un bain avec du vin de non-Juif, car l’onction est comprise dans la boisson — mais à un malade c’est permis, les non-Juifs de ce temps n’étant pas des idolâtres. (ט) même les interdits de profit, car la cendre de tout ce qui se brûle est permise, sauf le bois d’idolâtrie et le vin de libation ; ainsi le Rivach. (י) selon ce qui est expliqué en Orah Haïm aux simanim 328 et 618.

Le Pit’hei Techouva — neuf entrées, et ce sont les plus modernes

ס״ק א — la responsa du ’Hatam Sofer : une malade, un hôpital, et un prix

« ועי׳ בתשובת ח״ס סי׳ ע״ו שנשאל אודות עלמה אחת בת י״ח שנים והיא בחולי נכפה ר״ל וכל הרופאים נתייאשו מלבקש לה רפואה » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« והשיב הגם לענין להאכילה דבר איסור יש לסמוך אמהרש״ל בשם ר״י שהובא בט״ז לעיל סוף סימן פ״ד דנכפה הוי סכנת נפש » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« ומכ״ש ברופא ההוא שנחשד על ש״ד לולא שהוא רופא מומחה דלא מרע אומנתו והכא הרי לא מרע אומנתו כשימיתנה כי יאמר מעיקרא אדעתא דמיתה נחית » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« וכל להעביר על דת הוי כעבודת כוכבים עצמה דיהרג ואל יעבור » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק א)
« וכשם שאין מתרפאין בעצי אשירה אפילו רפואה בדוקה ה״ה שאין מתרפאין בהעברת דת » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק א)
résumé : il fut interrogé au sujet d’une jeune fille de dix-huit ans atteinte de mal caduc, dont tous les médecins avaient désespéré ; des médecins d’un ordre religieux disaient qu’ils trouveraient peut-être un remède, mais ne l’accueilleraient qu’à condition qu’elle mange avec eux des choses interdites et qu’aucun membre de sa famille ne la visite. Et il répondit : quant à lui faire manger un interdit, on pourrait s’appuyer sur le Maharchal au nom de Rabbénou Yits’haq, rapporté par le Taz à la fin du siman 84, selon lequel le mal caduc est un danger de mort. Mais il est clair, dans notre cas, qu’il est interdit de la remettre entre leurs mains : d’abord parce que ce médecin est soupçonné d’effusion de sang, et qu’il ne compromet pas ici son métier — il dira qu’elle était venue avec la mort en perspective ; ensuite parce que, en exigeant qu’elle ne mange pas sa propre viande casher, ils veulent la faire transgresser sa religion, et toute contrainte à transgresser vaut l’idolâtrie même, où l’on se laisse tuer plutôt que de transgresser ; et de même qu’on ne se soigne pas avec le bois d’une achéra, fût-ce par un remède éprouvé, on ne se soigne pas en transgressant sa religion.

ס״ק ב — de quoi le médecin doit-il être expert ?

« עיין בית יעקב סי׳ ק״ד שלמד מדברי התוס׳ בעבודת כוכבים ד׳ כ״ז דאפי׳ אם אינו מומחה לאותה חולי שרוצה להתרפאות כיון שהוא מומחה לחולאים אחרים מתרפאים מהם » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
« ואם הוא מומחה לאותה חולי שמתרפא ואינו מומחה לדברים אחרים אין מתרפאים » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
« וצ״ע בדין זה האחרון דלענ״ד לא מוכח מידי מדברי התוס׳ גם מדברי הרמ״א שכ׳ וכל המקיזים כו׳ לא משמע כן » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ב)
résumé : vois le Beit Yaakov au siman 104, qui apprend des Tossefot en Avoda Zara 27 que même s’il n’est pas expert de la maladie dont on veut se faire soigner, dès lors qu’il est expert d’autres maladies on se fait soigner par lui ; et s’il est expert de cette maladie-là mais non d’autres choses, on ne s’en fait pas soigner. Et le Pit’hei Techouva objecte : il y a lieu d’examiner ce dernier point, car à mon humble avis rien ne se prouve des paroles des Tossefot ; et des paroles du Rama, qui a écrit “et tous ceux qui pratiquent la saignée…”, cela ne ressort pas non plus.

ס״ק ג-ד — le lait d’une femme, la parole du malade, et celle du médecin

« בת׳ זרע אברהם ח״א סי׳ ה׳ הורה על מי שחלה חולי שיש בו סכנה ואמרו הרופאים שרפואתו לינק חלב מדדי אשה ולא נמצא כ״א אשת איש » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ג)
« ועיין בתשובת רדב״ז ח״א סימן ס״ז שנשאל אם החולה אומר שאינו רוצה לעבור האיסור בשבילו היש בזה חסידות ושומעין לו או לא » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« והשיב שאין בזה שום חסידות אלא מתחייב בנפשו ומלעיטים אותו על כרחו או כופין אותו לעשות מה שאמדוהו » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« שאם אמר צריך אני לאכול אפילו אמר הרופא שהמאכל יזיקהו שומעין לחולה » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« אבל אם אמר צריך אני לרפואה פלונית ורופא אומר שאותו תרופה יזיקהו שומעין לרופא משום סכנת חולה ואפילו בחול » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
« אבל אם אמר שצריך לרפואה פלונית ורופא אומר א״צ לה אבל לא יזיקהו שומעין לחולה » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ד)
résumé : (ג) le Zera Avraham a statué sur un malade en danger dont le remède était de téter le lait d’une femme, et il ne s’en trouvait qu’une femme mariée : il a décidé qu’on interpose un drap et qu’il tète par un trou. (ד) et vois la responsa du Radbaz : si le malade dit qu’il ne veut pas qu’on transgresse un interdit pour lui, y a-t-il là de la piété ? Il a répondu qu’il n’y a là aucune piété, mais qu’il se rend coupable de sa propre vie, et qu’on le nourrit de force. Et ailleurs il distingue : s’il dit “j’ai besoin de manger”, on écoute le malade même si le médecin dit que cet aliment lui nuira ; mais s’il dit “j’ai besoin de tel remède” et que le médecin dit que ce remède lui nuira, on écoute le médecin, à cause du danger, et même un jour ordinaire ; et si le médecin dit seulement qu’il n’en a pas besoin, sans qu’il nuise, on écoute le malade.

ס״ק ה-ט — le pain levé de Pessah, l’aliment gloutonnement mangé, le vinaigre, le fruit tombé

« באם צריך להאכילו חמץ בפסח לא יתן לו החמץ ביחידי דילמא אתי למיכל מיניה וכה״ג אמרינן לענין קריאה לאור הנר » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ה)
« דדוקא אם אחר מזומן לפניו מיד דדבר פשוט דבמקום סכנה צריך לעשות בלי איחור » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ה)
« ונראה דאף אם אחר מזומן מיד דוקא בחמץ בפסח צריך לעשות כן אבל לא בשאר איסורים » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ה)
« עיין במשנה למלך פ״ה מיסודי תורה דדוקא אם המאכל מצד עצמו היא שלא כדרך הנאתן שמעורב בו דבר מר או חם ביותר » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« אבל אם המאכל מצד עצמו הוא טוב אלא שהוא אוכל אכילה גסה וכיוצא נסתפק שם » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« וכ׳ דאף אם נאמר לקולא מ״מ אסור לבלוע מאיסורי תורה לרפואה במקום דליכא סכנה » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ו)
« עיין בתשובת שמש צדקה חי״ד סימן כ״ח שנשאל במי שיש לו חולי הלב וצוו הרופאים לשתות מים הנעשים מתמצית עשבים » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ז)
« והשיב להיתר מכמה טעמים. חדא דחולי הלב י״ל דהוא חולי שיב״ס ועוד דהחומץ נט״ל » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ז)
« עיין בתשובת רבינו עקיבא איגר סי׳ ה׳ שנסתפק בחולה שאב״ס והוצרך בשבת לרפואה אכילת פירות ולא נמצאו רק מאותן שנשרו בשבת אם מותר להאכילו » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ח)
« שאין סכנה בדבר. עיין בתשו׳ אמונת שמואל סימן כ״ז ובשערי תשובה בא״ח סימן תס״ה ס״ק ב » (פתחי תשובה יו״ד קנ״ה ס״ק ט)
résumé : (ה) s’il faut lui faire manger du pain levé à Pessah, qu’on ne le lui donne pas lorsqu’il est seul, de peur qu’il n’en mange — comme pour la lecture à la lumière d’une lampe ; le Cha’arei Techouva précise : à condition qu’un autre soit immédiatement là, car en un lieu de danger il faut agir sans délai. Et le Pit’hei Techouva ajoute que cela ne vaut que du pain levé à Pessah, dont on ne se sépare pas toute l’année, et non des autres interdits. (ו) la Michné LaMelekh, au cinquième chapitre des lois des fondements de la Torah : “autrement que selon le mode d’usage” ne se dit que si l’aliment lui-même est ainsi — mêlé d’amer ou brûlant ; mais si l’aliment est bon et qu’il le mange seulement avec gloutonnerie, elle laisse la chose en doute ; et le Noda BiYehouda écrit que même à alléger, il reste interdit d’avaler un interdit de la Torah pour un remède là où il n’y a pas de danger. (ז) le Chemech Tsedaka a permis, à un malade du cœur, une préparation contenant du vinaigre fait de vin de non-Juif — pour plusieurs raisons, dont que le mal de cœur peut être un danger et que le vinaigre a mauvais goût. (ח) Rabbi Akiva Eiger doute d’un malade sans danger qui aurait besoin, le Chabbat, de fruits tombés ce jour-là. (ט) et voir encore le Emounat Chmouel et le Cha’arei Techouva.
Quatre appareils, et une seule ligne les traverse : ce que le soignant a à perdre. Le Chakh la suit dans le Talmud, le Baer Hetev la résume, et le ’Hatam Sofer, deux siècles plus tard, s’en sert pour dire pourquoi cet hôpital-là ne doit pas recevoir cette malade-là — car là, précisément, le médecin n’a rien à perdre.

6. Le Rambam — dans quels traités ces règles sont-elles codifiées ?

La question n’est pas de curiosité : elle dit ce que chaque seif est. On chercherait volontiers ce siman dans les lois des aliments interdits, puisqu’il y est question de manger de l’interdit. Il n’y est pas. Le Rambam le répartit entre trois traités, et chacun donne au seif correspondant sa véritable nature.

Le seif 1 — הלכות רוצח ושמירת נפש : les lois du meurtrier et de la sauvegarde de la vie

Le Beit Yossef y renvoie expressément, et c’est le seul renvoi de traité qu’il fasse pour ce seif :

« וכ״פ הרמב״ם שכתב בפי״ב מהלכות רוצח ושמירת נפש » (בית יוסף יו״ד קנ״ה)
« אָסוּר לִקַּח רְפוּאָה מִן הָעַכּוּ״ם אֶלָּא אִם כֵּן נִתְיָאֲשׁוּ מִמֶּנּוּ שֶׁיִּחְיֶה » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה ט׳)
« וְאָסוּר לְהִתְרַפְּאוֹת מִן הָאֶפִּיקוֹרוֹס וְאַף עַל פִּי שֶׁנִּתְיָאֲשׁוּ מִמֶּנּוּ שֶׁמָּא יִמָּשְׁכוּ אַחֲרָיו » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה ט׳)
« וּמֻתָּר לִקַּח רְפוּאָה מִן הָעַכּוּ״ם לִבְהֵמָה אוֹ לְמַכָּה שֶׁבַּגּוּף מִבַּחוּץ כְּגוֹן מְלוּגְמָא וּרְטִיָּה » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה ט׳)
« וְאִם הָיְתָה מַכָּה שֶׁל סַכָּנָה אָסוּר לִקַּח מִמֶּנּוּ. וְכָל מַכָּה שֶׁמְּחַלְּלִין עָלֶיהָ אֶת הַשַּׁבָּת אֵין מִתְרַפְּאִין מֵהֶם » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה ט׳)
résumé : il est interdit de recevoir un soin d’un non-Juif, sauf si l’on a désespéré qu’il vive ; et il est interdit de se faire soigner par un apikoros, quoiqu’on ait désespéré de lui, de peur qu’on ne se laisse entraîner après lui. Et il est permis de recevoir d’un non-Juif un soin pour une bête, ou pour une plaie extérieure du corps, comme un cataplasme ou un emplâtre ; mais si c’était une plaie dangereuse, il est interdit d’en recevoir. Et toute plaie pour laquelle on profane le Chabbat, on ne s’en fait pas soigner par eux.
Le classement est la thèse. Ce n’est pas une règle de cacherout, ni une règle de fréquentation : c’est une règle de sauvegarde de la vie, du même traité que le devoir de poser un parapet sur son toit. Le Rambam y ajoute deux choses que le Mehaber ne reprend pas : la permission pour la bête et pour une plaie extérieure — c’est exactement le ריפוי ממון de la michna.

Le seif 3 — הלכות יסודי התורה : les lois des fondements de la Torah

Le seif 3 se lit presque mot pour mot chez le Rambam — mais au chapitre 5 des fondements de la Torah, celui du יהרג ואל יעבור. Ce n’est donc pas un chapitre sur ce qu’on mange : c’est un chapitre sur ce pour quoi l’on meurt. Le Pit’hei Techouva (ס״ק ו) y renvoie lui-même par la Michné LaMelekh.

« מִי שֶׁחָלָה וְנָטָה לָמוּת וְאָמְרוּ הָרוֹפְאִים שֶׁרְפוּאָתוֹ בְּדָבָר פְּלוֹנִי מֵאִסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה עוֹשִׂין » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ו׳)
« וּמִתְרַפְּאִין בְּכָל אִסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה בִּמְקוֹם סַכָּנָה חוּץ מֵעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְגִלּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכַת דָּמִים שֶׁאֲפִלּוּ בִּמְקוֹם סַכָּנָה אֵין מִתְרַפְּאִין בָּהֶן » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ו׳)
« בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים שֶׁאֵין מִתְרַפְּאִין בִּשְׁאָר אִסּוּרִים אֶלָּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה. בִּזְמַן שֶׁהֵן דֶּרֶךְ הֲנָאָתָן » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ח׳)
« אֲבָל שֶׁלֹּא דֶּרֶךְ הֲנָאָתָן כְּגוֹן שֶׁעוֹשִׂין לוֹ רְטִיָּה אוֹ מְלוּגְמָא מֵחָמֵץ אוֹ מֵעָרְלָה » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ח׳)
« אוֹ שֶׁמַּשְׁקִין אוֹתוֹ דְּבָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן מַר מְעֹרָב עִם אִסּוּרֵי מַאֲכָל שֶׁהֲרֵי אֵין בָּהֶן הֲנָאָה לַחֵךְ הֲרֵי זֶה מֻתָּר וַאֲפִלּוּ שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם סַכָּנָה » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ח׳)
« חוּץ מִכִּלְאֵי הַכֶּרֶם וּבָשָׂר בְּחָלָב שֵׁהֵן אֲסוּרִים אֲפִלּוּ שֵׁלֹּא דֵּרֵךְ הֲנָאָתָן » (רמב״ם הלכות יסודי התורה פרק ה׳ הלכה ח׳)
résumé : celui qui est tombé malade et penche vers la mort, et que les médecins disent que sa guérison est dans telle chose parmi les interdits de la Torah — on la fait. Et l’on se soigne avec tous les interdits de la Torah en un lieu de danger, sauf l’idolâtrie, les unions interdites et l’effusion de sang, avec lesquels on ne se soigne pas même en un lieu de danger. En quoi cela est-il dit — que l’on ne se soigne avec les autres interdits qu’en un lieu de danger ? Lorsqu’ils sont pris selon le mode de leur usage ; mais autrement que selon le mode de leur usage, comme lorsqu’on lui fait un emplâtre ou un cataplasme de pain levé ou d’orla, ou qu’on lui fait boire des choses amères mêlées à des aliments interdits — il n’y a là aucun agrément pour le palais — c’est permis, et même hors d’un lieu de danger ; sauf le kilei hakerem et la viande dans le lait, qui sont interdits même autrement que selon le mode de leur usage.

L’incantation — הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים : les lois du culte étranger

Reste l’incantation, dont le seif 1 traite en trois lignes. Elle n’est ni une question de vie ni une question d’aliment : c’est une question de culte étranger, et c’est là que le Rambam en parle — pour une morsure de serpent, et sans lui prêter d’efficacité :

« מִי שֶׁנְּשָׁכוֹ עַקְרָב אוֹ נָחָשׁ מֻתָּר לִלְחשׁ עַל מְקוֹם הַנְּשִׁיכָה וַאֲפִלּוּ בְּשַׁבָּת כְּדֵי לְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ וּלְחַזֵּק לִבּו » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה י״א)
« אַף עַל פִּי שֶׁאֵין הַדָּבָר מוֹעִיל כְּלוּם הוֹאִיל וּמְסֻכָּן הוּא הִתִּירוּ לוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּטָּרֵף דַּעְתּוֹ עָלָיו » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה י״א)
résumé : celui qu’un scorpion ou un serpent a mordu, il est permis de dire une incantation sur l’endroit de la morsure, et même le Chabbat, afin d’apaiser son esprit et de raffermir son cœur — quoique la chose ne serve à rien : puisqu’il est en danger, on lui a permis, pour que sa raison ne se trouble pas.
Trois seifim, trois traités : הלכות רוצח ושמירת נפש pour le soignant, הלכות יסודי התורה pour la substance, הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים pour l’incantation. Et aucun des trois n’est הלכות מאכלות אסורות — ce que ce siman gouverne n’est jamais la cacherout.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Un médecin non-Juif, aujourd’hui

Le seif écarte l’interdit dès que le soignant est מומחה לרבים, et le Chakh (ס״ק ג) en donne la définition — un homme de métier ne ruine pas son métier. Le Rama y ajoute deux choses : que les praticiens d’un geste donné sont réputés experts de ce geste, et que là où il y a salaire בכל ענין מותר, וכן נהגו להקל. Le Chakh (ס״ק ו) défend cette dernière lecture contre le Maharchal et le Ba’h, et le Baer Hetev (ס״ק ג) enregistre qu’il conclut ainsi. Mais la qualification d’une situation réelle — un praticien, un pays, un système de soins — n’est jamais donnée par le texte. Question de Rav.

Cas 2 — Un avis sur un traitement, donné par celui qui le vend

C’est la distinction la plus fine du seif 1, et elle traverse les siècles sans une ride : l’avis est fiable, l’achat ne l’est pas. Le Chakh (ס״ק ד) donne la raison du premier — il craint qu’on n’interroge d’autres que lui — et (ס״ק ה) celle du second : pour vendre, on ment, ou pire. Le Baer Hetev (ס״ק ב) réunit les deux en une ligne.

Cas 3 — Un “soin” par formule, prière ou invocation

Le seif permet l’incantation ordinaire, parce qu’elle n’expose pas le corps (Chakh ס״ק ז) — et l’interdit dès qu’on sait qu’elle nomme une idole, même si l’on sait qu’on mourra sans elle. C’est la clause la plus dure du siman, et elle inverse exactement la règle du mourant : là où le corps ne risque rien, la sévérité revient. Le Rama y ajoute qu’on n’apprend pas non plus l’incantation. Le Rambam, lui, traite le lachach permis dans les lois du culte étranger, et précise qu’il ne sert à rien — on l’a permis pour apaiser le malade.

Cas 4 — Un médicament qui contient une substance interdite

Tout le seif 3 est là, et il se lit en deux questions successives, jamais en une seule. Premièrement : y a-t-il danger ? Si oui, on se soigne avec tous les interdits, sauf les trois que le Rambam nomme. Deuxièmement : hors danger, la substance est-elle prise selon son mode d’usage ? Le Chakh (ס״ק י״ג) précise que la permission du “hors mode d’usage” ne vaut que pour un besoin de guérison, et seulement pour les interdits de profit ; et le Pit’hei Techouva (ס״ק ו) rapporte la question ouverte de la Michné LaMelekh — un aliment bon en soi, avalé sans plaisir, est-il “hors mode d’usage” ? Elle est restée en doute.

Cas 5 — Le même remède existe sous une forme permise

La glose du Rama ferme ici toutes les permissions qu’elle vient d’ouvrir, et c’est la clause la plus opératoire du siman pour un lecteur d’aujourd’hui : אין מתירין שום דבר איסור לחולה אם יוכל לעשות הרפואה בהיתר — et cela même s’il faut attendre un peu, dès lors qu’il n’y a pas de danger. La condition finale est aussi importante que la règle : elle tombe là où il y a danger.

Cas 6 — Un malade qui refuse qu’on transgresse pour lui

Le Pit’hei Techouva (ס״ק ד) rapporte la réponse du Radbaz, et elle est sans détour : il n’y a là aucune piété ; le malade se rend coupable de sa propre vie, et on le nourrit de force. Le même ס״ק donne la règle inverse pour la parole du malade — quand elle l’emporte sur celle du médecin, et quand elle cède. Ce sont les deux textes du siman qui parlent directement au chevet.
Aucun de ces six cas ne se tranche sur une page. Ce siman touche à la santé et parfois à la vie, et le Choulhan Aroukh y renvoie lui-même à un expert : צריכים שתהא הרפואה ידועה או על פי מומחה. Ce qui se lit ici, ce sont les sources ; la décision se demande à un Rav — et le diagnostic, à un médecin.

8. Synthèse du Siman 155

En une phrase : ce siman ne demande jamais si une chose guérit, mais toujours ce que l’on accepte pour guérir — un homme dont on ne sait ce qu’il a à perdre, une parole dont on ne sait ce qu’elle nomme, une substance dont on sait ce qu’elle est ; et il répond chaque fois par le même partage : ce qui met la vie en jeu cède devant la vie, ce qui met la foi en jeu ne cède pas.

Tableau-mémoire

Ce que dit le simanEn hébreuRetenir
L’occasionכל מכה וחולי שיש בהם סכנהCelle pour laquelle on profane le Chabbat
L’interditאין מתרפאים מעובד כוכביםLe soin, non la fréquentation
Ce qui le lèveשאינו מומחה לרביםL’expert reconnu est hors de la règle
Le motifדחיישינן לשפיכת דמיםUn calcul, non un jugement moral
La limiteואפילו הוא ספק חי ספק מתLe doute est plus sévère que la certitude
L’avisיכול לסמוך עליוMais non le remède acheté de lui
La gloseאבל אם עושה בשכר בכל ענין מותרEt la coutume allège
L’incantationאבל אם בא לרפאותו בלחש מותרSauf s’il nomme une idole
Le remède de l’idoleכיון שלא תלה הרפואה במה שהם אליליםCe qui décide, c’est ce qu’il dit
La substanceמתרפאים במקום סכנה אפי׳ דרך הנאתןDeux axes : danger, mode d’usage
Les deux exceptionsחוץ מכלאי הכרם ובשר בחלבInterdits même hors du mode d’usage
La condition finaleאין מתירין שום דבר איסור לחולה אם יוכל לעשות הרפואה בהיתרTant qu’il n’y a pas de danger

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Choulhan Aroukh mesure-t-il le danger par le Chabbat, et non par la médecine ?
  2. Le doute entre la vie et la mort est traité plus sévèrement que la mort certaine. Explique pourquoi, et trouve la réponse du Taz (ס״ק ב) à la difficulté que cela soulève avec Yoma.
  3. Rabbénou Tam distingue trois états là où la guemara semblait n’en connaître que deux. Lesquels, et à quoi sert le troisième ?
  4. Le Chakh (ס״ק ו) répond au Maharchal en trois arguments. Retrouve-les.
  5. Pourquoi peut-on écouter l’avis d’un non-Juif sur un remède, mais non lui acheter ce remède ?
  6. Quelle est la différence entre le cas où le non-Juif nomme l’idole et celui où il ne la nomme pas — et qu’ajoute le Ba’h par le Chakh (ס״ק ט) ?
  7. Quelles sont les deux questions successives du seif 3, et pourquoi ne se posent-elles jamais en même temps ?
  8. Dans quels traités le Rambam range-t-il les trois matières de ce siman, et que prouve ce classement ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קנ״ה · Niveau 1 — Initiation · אם מותר להתרפאות מעובד כוכבים
daattorah.com

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