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Accueil Yoreh De'ah · Le prêt à intérêt Siman ק״ע Niveau 3 — Synthèse / Révision
✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman ק״ע — le Juif qui se porte garant, et l’intérêt qui passe par lui

שלא יוכל ישראל להיות ערב לישראל שלוה מן העובד כוכבים ברבית

Deux seifim : la caution donnée à un prêteur non-Juif, et la caution donnée pour un emprunteur non-Juif
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide


Source : Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah ק״ע — 2 seifim
Nossei kelim : ש״ך (10 ס״ק) · ט״ז (8 ס״ק) · באר היטב (10 ס״ק) · פתחי תשובה (3 ס״ק) · נקודות הכסף (5) · בית יוסף · טור
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Plan de la synthèse

  1. L’axiome : ce qui est interdit, c’est un ordre de recouvrement
  2. Les 3 questions-réflexes
  3. Tableau-maître — les deux seifim clause par clause
  4. Les trois figures du garant
  5. רבית קצוצה et אבק רבית — ce que le tribunal reprend
  6. Le seif 1 : la caution donnée à un prêteur non-Juif
  7. Le seif 2 : la caution donnée pour un emprunteur non-Juif
  8. Les huit ma’hlokot, et qui suit qui
  9. Le vocabulaire du siman
  10. Règles d’or, mnémonique, pièges et carte-éclair

1. L’axiome : ce qui est interdit, c’est un ordre de recouvrement

Personne ne verse un centime de plus, et c’est pourtant de l’intérêt. Le siman ק״ע tient tout entier dans ce paradoxe : ce qui rend la caution illicite n’est pas une somme, c’est l’ordre dans lequel le prêteur se fait payer. Réclamé le premier, le garant devient créancier — et il l’est pour un montant qui contient de l’intérêt.

Le Mehaber écrit la raison dans le corps même de la règle, ce qu’il fait rarement :

« שכיון שבדיניהם תובע הערב תחלה נמצא הערב תובע את ישראל ברבית שהערב חייב בה לעובד כוכבים » (שו״ע יו״ד ק״ע:א)
« כי בדיניהם הלוה דוחה את המלוה על הערב שממנו יתבע החוב » (ט״ז יו״ד ק״ע ס״ק ד)

2. Les 3 questions-réflexes

Trois questions dans l’ordre, et n’importe quel cautionnement se situe.

Qui est le prêteur, qui est l’emprunteur ?
Prêteur non-Juif → seif 1. Prêteur juif et emprunteur non-Juif → seif 2, plus sévère.
Qui est réclamé le premier ?
L’emprunteur → il n’y a pas d’interdit. Le garant, ou l’un ou l’autre au choix → on entre dans la ma’hloket de Rachi et du Rachba.
A-t-on déjà payé ?
Non → la question est celle du permis. Oui → la question est celle de la reprise, et le Rama ne reprend pas.

3. Tableau-maître — les deux seifim clause par clause

ClauseLe dínQui le dit
Seif 1 — la règleUn Juif ne cautionne pas un Juif qui a emprunté à intérêt d’un non-JuifMehaber, d’après le Rambam
Seif 1 — la sortieLe prêteur accepte de ne pas réclamer le garant en premierMehaber
Seif 1 — de nos joursUne caution ordinaire vaut cette acceptation, là où telle est la coutumeRama, d’après le Tour
Seif 1 — l’avis allégeantSeul le ערב שלוף דוץ est viséיש אומרים du Mehaber
Seif 1 — la perteL’emprunteur rembourse tout le dommage, non l’intérêt comme telRama, contre R. Yits’haq Korkos
Seif 1 — déjà payéNon repris : אבק רביתRama ; le Taz et le Beit Yossef reprennent
Seif 2 — la règleUn Juif ne cautionne pas un non-Juif emprunteur d’un JuifMehaber, d’après le Raavad
Seif 2 — la sortiePas de renvoi au garant tant que le débiteur peut payerRama, d’après le Tour
Seif 2 — capital ou intérêt seulPermisRama ; le Taz laisse en צ״ע
Seif 2 — qui prend l’argentLe non-Juif doit le prendre du prêteur ; sinon interditRama, d’après le Teroumat HaDechen
Seif 2 — le gageAvec un gage du non-Juif pour le capital, on cautionne l’intérêtRama ; usage confirmé par les Nekoudot HaKessef
Seif 2 — la substitutionCapital et intérêt échu, non l’intérêt futurRama, d’après le Mordekhaï
Seif 2 — la זקיפהTout devient capital, tout est dûRama, d’après le Mordekhaï et le Maharik

4. Les trois figures du garant

Trois mots que l’on confond souvent, et dont le siman dépend entièrement.

FigureQui est réclamé le premierStatut dans le siman
ערב — garant ordinaireL’emprunteur, toujoursPermis selon le Rachba ; interdit לכתחלה selon Rachi
ערב קבלן — garant solidaireL’un ou l’autre, au choix du prêteurLe cœur de la ma’hloket ; le Chakh en fait l’équivalent de l’emprunteur
ערב שלוף דוץ — garant substituéLe garant seul ; l’emprunteur est hors d’atteinteInterdit de l’avis de tous
« דהיינו שאין דין המלוה עם הלוה כלל שהוא יכול לדחותו אצל הערב » (שו״ע יו״ד ק״ע:א)
« מיהו כ״ז בסתם ערב אבל ע״ק דינו כלוה עצמו והרי הוא כאילו פטר הלוה עצמו » (ש״ך יו״ד ק״ע ס״ק ט)

5. רבית קצוצה et אבק רבית — ce que le tribunal reprend

La différence entre les deux régimes n’est pas une différence de gravité morale : c’est une différence de tribunal. La רבית קצוצה sort en justice ; l’אבק רבית ne sort pas. Toute la controverse du siman se ramène à savoir dans lequel des deux on se trouve.
QuiCe qu’il tientConséquence
Ramaאבק רבית — le צד אחד ברבית n’est que rabbiniqueCe qui a été versé n’est pas repris
Tazרבית קצוצה — prouvé de la guemara, et conforme au siman קע״ד · 174Ce qui a été versé se reprend en justice
Beit Yossefספיקא דדינא : rigueur d’enseignement, mais possession pour trancherL’argent reste où il est
Chakh et Nekoudot HaKessefLa guemara ne parle que du ערב שלוף דוץ ; l’engagement seul n’est jamais interditLe Rama tient
« ואי כבר פרע לו הרבית אין מוציאין מידו דלא גרע מאבק רבית » (שו״ע יו״ד ק״ע:א)
« על כן נראה לע״ד ברור דרבית דאורייתא יש כאן כל שיש איסור ברור בהאי ערבות » (ט״ז יו״ד ק״ע ס״ק א)
« אבל בדיעבד סמכינן אהי״א והיכא דקיימי זוזי שבקינן להו כדין הספיקות שהמע״ה » (ש״ך יו״ד ק״ע ס״ק ב)

6. Le seif 1 : la caution donnée à un prêteur non-Juif

Ce qui est interdit. Signer pour un Juif qui emprunte à intérêt d’un non-Juif, dès lors que le prêteur peut réclamer le garant avant l’emprunteur.
Ce qui est permis. La même signature, si le prêteur a accepté de réclamer l’emprunteur en premier — et, selon le Rama, si la coutume du lieu veut qu’on réclame ainsi.
« והאידנא מסתמא הוי כאילו קבל עליו הכי דסתם ערבות כך הוא » (שו״ע יו״ד ק״ע:א)
« ודוקא במקום שהמנהג כך שתובעין הלוה תחלה » (שו״ע יו״ד ק״ע:א)
La condition du Rama est une condition de fait, pas une formule. Elle demande de savoir comment la créance se recouvre réellement — ce que dit le contrat, et ce que fait le créancier.

7. Le seif 2 : la caution donnée pour un emprunteur non-Juif

Le seif 2 est le plus long du siman, et presque tout y est du Rama. Cinq clauses, dans l’ordre du texte.

La clauseLe dín
La stipulationPas de renvoi au garant tant que le débiteur peut payer — alors on peut recevoir capital et intérêt du Juif si le non-Juif ne paie pas
Capital seul, intérêt seulPermis selon le Rama ; les Nekoudot HaKessef précisent que ce « permis » vise l’exécution, non la souscription
Qui prend l’argentLe non-Juif de la main du prêteur ; si le Juif le prend, interdit même sans caution
Le gageUn gage du non-Juif pour le capital permet de cautionner l’intérêt ; usage établi
La substitution et la זקיפהCapital et intérêt échu ; non l’intérêt futur — sauf זקיפה, où tout est capital
« אלא אם התנה עם העובד כוכבים שכל זמן שיש לו לפרוע לא ידיחנו אצל הערב אז שרי לקבל הקרן והרבית מישראל » (שו״ע יו״ד ק״ע:ב)
« ודוקא שהעובד כוכבים לוקח המעות מיד המלוה אבל אם ישראל ערב ולקחן מידו אע״פ שעושה בשביל העובד כוכבים אסור » (שו״ע יו״ד ק״ע:ב)

8. Les huit ma’hlokot, et qui suit qui

La questionRigueurIndulgence
L’étendue de l’interditRachi : il faut que le prêteur épuise l’emprunteurRachba : il suffit que l’emprunteur reste atteignable
Le rang de l’intérêtTaz : biblique, prouvé de la guemaraR. Yits’haq Korkos : rabbinique, צד אחד ברבית
Le remboursement de l’intérêt au garantTour, Rama : on ne dit à personne de donner de l’intérêtR. Yits’haq Korkos : il rembourse tout le dommage
Ce qui a déjà été verséBeit Yossef, Taz : on reprendRama, Chakh, Nekoudot HaKessef : on ne reprend pas
Cautionner le capital seulTaz : צ״ע, et il doute d’en faire un acteRama, Nekoudot HaKessef : permis — l’engagement n’est jamais l’interdit
Cautionner l’intérêt seulLevouch, Taz : cela emporte le capitalChakh : non, s’il ne répond pas du capital ; Noda BiYehouda : à terme et taux fixés
Le gage du non-JuifBa’h, Taz : קרוב לשכר ורחוק להפסדRama, Nekoudot HaKessef : le prêt porte sur le gage — et tel est l’usage
Le kinyan du garant substituéTaz : avec kinyan, il doit toutChakh d’après le Beit Yossef : même avec kinyan, pas l’intérêt futur
« ובכל הסי׳ דקאמרינן אסור לישראל להיות ערב היינו אסור לקיים ערבות שלו דהיינו שישלם הרבית אבל ודאי בערבות גרידא ליכא איסורא כלל » (נקודות הכסף יו״ד ק״ע)

9. Le vocabulaire du siman

המונחTraductionCe qu’il décide
ערבle garantRéclamé après l’emprunteur : c’est la figure de base
ערב קבלןle garant solidaireRéclamable d’emblée ; le Chakh le tient pour l’emprunteur même
ערב שלוף דוץle garant substituéLe prêteur n’a plus d’action contre l’emprunteur : interdit de l’avis de tous
צד אחד ברביתl’intérêt d’un seul côtéL’interdit n’est qu’éventuel à la signature : de là toute la controverse
אבק רביתla poussière d’intérêtInterdit, mais non repris par le tribunal
רבית קצוצהl’intérêt stipuléRepris par le tribunal
משכוןle gageQuand le prêt porte sur lui, la personne n’est plus l’emprunteur
זקיפהla consolidationL’intérêt refondu dans le capital cesse d’être de l’intérêt pour le droit de la dette
המוציא מחבירו עליו הראיהà qui réclame la charge de la preuveLa règle qui tranche en fait ce que le droit laisse en doute

10. Règles d’or, mnémonique, pièges et carte-éclair

Les 5 règles d’or

  1. Ce qui interdit n’est pas une somme, c’est un ordre de recouvrement.
  2. La sortie du Mehaber est procédurale : que le garant ne soit pas réclamé le premier.
  3. La glose « de nos jours » du Rama porte une condition de fait, à vérifier et non à supposer.
  4. Le seif 2 est plus sévère que le seif 1, l’intérêt y étant encaissé par un Juif.
  5. L’engagement n’est jamais l’interdit ; le paiement l’est — c’est la clé des Nekoudot HaKessef.

Mnémonique — ס־ק־ת

ס סדר — Quel est l’ordre de recouvrement ? → interdit ou permis

ק קבלן — Suis-je un simple ערב ou un קבלן ? → gravité du cas

ת תשלום — Le paiement a-t-il eu lieu ? → question de reprise, non de permis

Les 4 pièges classiques

  1. Croire que le seif 2 est le miroir bénin du seif 1. Il est plus grave, parce qu’un Juif y encaisse l’intérêt.
  2. Lire la glose du Rama comme une permission générale d’époque. Il l’a expressément liée à la coutume du lieu.
  3. Confondre la caution du capital seul, que le Rama permet, avec la caution de l’intérêt seul, sur laquelle le Levouch, le Taz et le Noda BiYehouda posent des limites.
  4. Prendre le « permis » du Rama pour une autorisation de souscrire. Les Nekoudot HaKessef le lisent comme une autorisation d’honorer.
🎓 Carte-éclair — le parcours d’étude
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן ק״ע · Niveau 3 — Synthèse / Révision · שלא יוכל ישראל להיות ערב לישראל שלוה מן העובד כוכבים ברבית
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