✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦
Siman 175 — Fixer un prix au cours du marché
דין הפוסק על הפירות כפי השער
Huit seifim, ramenés à une question : la marchandise était-elle disponible le jour où l’argent a été versé ?
שולחן ערוך יורה דעה סימן קע״ה · ח׳ סעיפים
ש״ך · ט״ז · באר היטב · פתחי תשובה · טור · בית יוסף · רמב״ם
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
1. L’axiome : l’argent qui aurait pu acheter a acheté
L’axiome. Une avance d’argent n’est un prêt que si elle procure à celui qui la reçoit quelque chose qu’il n’aurait pas eu. Lorsque la marchandise était disponible à un prix connu — ou lorsque le vendeur l’avait déjà —, l’acheteur n’a rien obtenu de plus que ce que son argent lui donnait déjà : il a acheté.
Trois conséquences. (1) Ce qu’il faut vérifier n’est pas l’équilibre du prix mais la disponibilité de la marchandise. (2) Deux voies mènent à cette disponibilité, et elles sont indépendantes : le cours du marché, ou la possession du vendeur. (3) Tout ce que l’acheteur obtient en plus de la marchandise sort de l’axiome et redevient un intérêt — d’où le seif 5.
2. Les trois questions-réflexes
1. La marchandise a-t-elle un cours fixe et connu ? Dans une grande ville selon le Mehaber ; les bourgs suffisent selon la glose. Un seul prix pour l’espèce, et le prix de cette marchandise-là.
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2. Sinon : le vendeur possède-t-il ? À concurrence de ce qu’il possède, et pourvu qu’il ne manque pas trois travaux.
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3. L’acheteur gagne-t-il quoi que ce soit d’autre ? Le courtier, le déchet — s’il y échappe, la permission tombe, quelle que soit la réponse aux deux premières questions.
3. Tableau-maître — les huit seifim clause par clause
| Seif | La clause du Choulhan Aroukh | Ce qu’elle décide |
| 1 | « אין פוסקין על הפירות על שער של עיירות מפני שאינו קבוע אבל פוסקין על שער שבמדינה שהוא קבוע » (שו״ע יו״ד קע״ה:א) | Le cours se prend dans la grande ville |
| 1 | « ומשיצא השער של מדינה מותר להקדים מעות לחבירו ולפסוק עמו שיתן לו אותם פירות כל השנה כשיעור מעותיו כפי אותו השער » (שו״ע יו״ד קע״ה:א) | Avancer l’argent et fixer pour toute l’année |
| 1 | « אפי׳ אם יתייקרו ואפילו אם אין למוכר פירות » (שו״ע יו״ד קע״ה:א) | Ni la hausse ni l’absence de stock n’y font obstacle |
| 1 | « וי״א דפוסקין על שער של עיירות » (רמ״א יו״ד קע״ה:א) | La glose : le cours des bourgs suffit |
| 2 | « היו החדשות במדינה ד׳ סאין בסלע וישנות שלשה בסלע אין פוסקין עד שיצא השער לחדש ולישן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ב) | Deux prix pour une espèce : pas de cours |
| 3 | « ד׳ סאין בסלע ושל בעה״ב ג׳ פוסק ללקוטות כשער הלקוטות ולא יפסוק לבע״ה עד שיקבע השער לבעל הבית » (שו״ע יו״ד קע״ה:ג) | Deux marchandises : chacune son cours |
| 4 | « אם היה למוכר מאותו המין אע״פ שעדיין לא נגמרה מלאכתו מותר לפסוק עליו עד כדי השיעור שיש לו אף על פי שעדיין לא יצא השער » (שו״ע יו״ד קע״ה:ד) | La possession remplace le cours, à concurrence |
| 4 | « והוא שלא יהא מחוסר אלא מלאכה אחת או ב׳ אבל אם מחוסר ג׳ מלאכות אסור » (שו״ע יו״ד קע״ה:ד) | Un ou deux travaux manquants, non trois |
| 5 | « הפוסק על השער צריך שלא ירויח בדבר כלום כגון שאם מנהג שהלוקח נותן שכר הסרסור צריך שיתן הוא » (שו״ע יו״ד קע״ה:ה) | L’acheteur paie le courtier |
| 5 | « וצריך שינכה למוכר החסרון שראוין להתחסר לפי המדה ולפי הזמן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ה) | Et déduit le déchet, selon la mesure et le temps |
| 6 | « הפוסק על הפירות ונתייקרו בשעת הפרעון יכול לשום הפירות שנפסק עליהן במעות וליתן לו פירות אחרות אבל מעות אינו יכול ליתן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ו) | Substituer des denrées, non de l’argent |
| 6 | « ודוקא שלא שם הפירות הראשונים על מעות רק אומר כך וכך סאה חטין יש לי אצלך תן לי בהם כך וכך יין או שאר דבר » (רמ״א יו״ד קע״ה:ו) | Parler en mesures — la formule permise |
| 7 | « כיצד היו החטין נמכרות ד׳ סאין בסלע ופסק עמו שיתן לו החטין כשער הזול אם עמדו אח״כ עשר סאין בסלע נותן לו עשר סאין בסלע » (שו״ע יו״ד קע״ה:ז) | Le cours le plus favorable, une fois le cours établi |
| 7 | « נתן לו המעות סתם ולא פסק עמו כשער הגבוה והוזלו נותן לו כשער שהיו שוים כשנתן לו המעות ומי שחזר מקבל מי שפרע » (שו״ע יו״ד קע״ה:ז) | À défaut de stipulation : le cours du jour du paiement |
| 7 | « ואם היה שליח לאחרים אינו נוטל אלא כשער הזול או מחזיר דמים ואין השליח ולא המשלח מקבלים מי שפרע » (שו״ע יו״ד קע״ה:ז) | Le mandataire et son mandant échappent au mi chepara |
| 8 | « והוא שנתקיים המקח באחת מדרכי ההקנאות אבל אם לא נתקיים המקח אלא לענין מי שפרע בטל לגמרי » (שו״ע יו״ד קע״ה:ח) | Sans mode d’acquisition, rien à ramener : la vente tombe |
4. Ce qui fait un cours, et ce qui le défait
| Le cas | Est-ce un cours ? | Source |
| Un prix stable dans une grande ville | Oui | שו״ע יו״ד קע״ה:א |
| Un prix de bourg, changeant | Non selon le Mehaber ; oui selon la glose | שו״ע יו״ד קע״ה:א · רמ״א שם |
| Une localité sans cours, approvisionnée par une grande ville | On suit celui de la ville | ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב |
| Une localité voisine d’une grande ville mais approvisionnée ailleurs | On ne suit pas celui de la ville | ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב |
| Nouveau à quatre, vieux à trois | Non — deux prix pour une espèce | שו״ע יו״ד קע״ה:ב |
| Glaneurs à quatre, maître de maison à trois | Oui — deux marchandises distinctes | שו״ע יו״ד קע״ה:ג |
| Maître de maison au prix des glaneurs | Interdit | שו״ע יו״ד קע״ה:ג |
5. La possession du vendeur — combien, et jusqu’où
Deux questions, deux réponses. Combien ? Jusqu’à concurrence de ce qu’il possède — et non « un peu suffit », comme au prêt en nature du siman 162. Le Taz en donne la raison : ici c’est une vente, et ce que l’on n’a pas, on ne le vend pas. Jusqu’où l’inachèvement ? Un ou deux travaux manquants, oui, même s’ils dépendent du ciel ; trois, non, même s’ils sont entre ses mains.
Le piège. Une marchandise « en cours de fabrication » n’est pas automatiquement une marchandise possédée. Le critère n’est ni la certitude de l’achèvement ni le pouvoir du vendeur : c’est le nombre d’opérations qui restent. Le Rambam en donne l’exemple : un tas qui doit encore sécher, être battu et vanné en manque trois ; s’il est sec et qu’il ne reste que battage et vannage, il n’en manque que deux.
6. Ne rien gagner : le courtier et le déchet
Le seif 5 est la condition la plus facile à oublier, parce qu’elle ne porte pas sur le prix mais sur ce qui l’entoure. Deux exemples, et ils ne sont que des exemples : le salaire du courtier, que l’acheteur doit payer là où l’usage le met à sa charge ; et le déchet que la marchandise subit au stockage, que le vendeur doit pouvoir déduire — selon la mesure et selon le temps. Le Tour donne la raison en huit mots.
7. La substitution — denrées, argent, mesures
Donner d’autres denrées de même valeur — permis pour le Mehaber, et c’est l’avis du Rachbam et du Roch.
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Donner de l’argent — interdit pour le Mehaber ; permis pour l’avis rapporté, celui de Rabbénou Tam.
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Fixer sur d’autres denrées en parlant en mesures — « tant de blé est à moi chez toi, donne-m’en du vin » : permis.
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Fixer sur d’autres denrées en parlant en somme — « telle est la valeur du blé, donne-moi du vin » : interdit, c’est devenu un prêt d’argent.
8. Le cours le plus favorable, le mi chepara et le mandataire
| Ce qui a été convenu | Ce qui est dû | Rétractation |
| Le cours le plus favorable est stipulé, et la denrée baisse | La quantité au cours baissé | — |
| Le cours le plus favorable est stipulé, et la denrée monte | La quantité convenue | — |
| Rien n’a été stipulé, et la denrée baisse | La quantité au cours du jour du paiement | Qui se rétracte reçoit le mi chepara |
| Un mandataire a omis de stipuler | Le cours le plus favorable, ou le remboursement | Ni lui ni le mandant ne le reçoivent |
9. Le vocabulaire du siman
| Terme | Sens | Où il joue |
| פוסק על הפירות | Avancer de l’argent contre une quantité de denrée calculée au prix du jour | Le titre du siman |
| יצא השער | Un prix s’est établi, fixe et connu | Seif 1 ; בבא מציעא ע״ב ע״ב |
| שער שבמדינה | Le cours de la grande ville, réputé stable | Seif 1 ; ט״ז ס״ק א |
| שער של עיירות | Le cours des bourgs, qui bouge | Seif 1 ; רמ״א שם |
| לקוטות | Les pauvres qui glanent ; par extension, leur blé mêlé | Seif 3 ; ט״ז ס״ק ג |
| מחוסר מלאכה | Marchandise inachevée ; un ou deux travaux, non trois | Seif 4 ; רמב״ם פרק ט׳ הלכה ב׳ |
| שכר הסרסור | Le salaire du courtier, que l’acheteur ne doit pas épargner | Seif 5 |
| חסרון | Le déchet du stockage, à déduire selon la mesure et le temps | Seif 5 ; ט״ז ס״ק ו |
| שער הגבוה | Le cours qui donne le plus de mesures pour la même somme | Seif 7 |
| מי שפרע | La réprobation du tribunal contre qui se rétracte après paiement | Seifim 7 et 8 |
| קרוב לשכר ורחוק להפסד | Proche du gain et loin de la perte — écarté ici par les Tossefot | ט״ז ס״ק ט |
| אגר נטר | Le salaire de l’attente — le nom générique de l’intérêt | Seif 8 |
10. Règles d’or, mnémonique et pièges classiques
Cinq règles d’or.
- 1. Ce qui permet n’est pas l’équité du prix mais la disponibilité de la marchandise au jour du paiement.
- 2. Un cours est le prix d’une chose : deux prix pour une chose n’en font pas un ; deux choses ont deux cours.
- 3. La possession du vendeur remplace le cours, mais seulement à concurrence de ce qu’il a.
- 4. L’acheteur ne doit rien gagner d’autre que la marchandise — ni le courtier ni le déchet.
- 5. Une créance de denrée ne doit pas redevenir une créance d’argent : on parle en mesures.
Mnémonique — C · U · P · R · M
Cours : existe-t-il, et où ? · Un seul prix pour la denrée ? · Possession du vendeur, à concurrence ? · Rien de gagné en plus ? · Mesures et non somme, au règlement ?
Cinq pièges classiques.
- Prendre un prix affiché pour un cours : il faut qu’il soit fixe, et le prix d’une chose unique.
- Appliquer le cours d’une grande ville à une localité qui s’approvisionne ailleurs.
- Croire qu’« il en a un peu » suffit ici comme au siman 162 : ici, il faut la quantité.
- Oublier le seif 5 : une remise pour paiement anticipé qui ne correspond à aucun coût épargné est un intérêt.
- Convertir la dette en somme au moment de la substitution — la formule interdite de la glose.
Carte-éclair
Une phrase : payer d’avance achète lorsque la marchandise était disponible au jour du paiement.
Les deux voies : יצא השער ou יש למוכר.
La condition oubliée : שלא ירויח בדבר כלום.
La formule à garder : parler en mesures, jamais en somme.